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26 août 2015 3 26 /08 /août /2015 09:13
Pour réduire le risque d’affrontement militaire entre la Russie et l’OTAN

      Nous sommes 14 anciens responsables de pays européens (Grande Bretagne, Allemagne, France, Russie, Turquie, Finlande, Espagne, Pologne), préoccupés par le climat dangereux qui s’est installé entre les forces militaires de la Russie et de l’OTAN.

 

      Nous avons signé cette déclaration, qui vient d'être publiée dans plusieurs pays. En voici la version française.

 

- Adam Daniel Rotfeld, ancien ministre des affaires étrangères (Pologne)

- Igor S. Ivanov, ancien ministre des affaires étrangères (Russie)

- Des Browne, ancien secrétaire d’Etat à la Défense (Grande Bretagne)

- Özdem Sanberk, ancien sous-secrétaire du Ministre des affaires étrangères (Turquie)

- Ana Palacio, ancienne ministre des affaires étrangères (Espagne)

- Malcolm Rifkind, ancien secrétaire d'Etat aux affaires étrangères et à la défense (Grande Bretagne)

- Volker Ruehe, ancien ministre de la défense (Allemagne)

- Tarja Cronberg, ancienne députée du Parlement Européen (Finlande);

- Igor Yu. Yurgens, vice-président du syndicat des Industriels et Entrepreneurs (Russie)

- Tony Brenton, ancien ambassadeur de Grande Bretagne en Russie

- Alexei Gromyko, directeur adjoint de l’Institut de l’Europe de l’Académie des sciences (Russie)

- Paul Quilès, ancien ministre de la défense (France)

- Vyacheslav I. Trubnikov, ancien directeur du renseignement étranger russe, général d’armée (à la retraite), ambassadeur plénipotentiaire de la Fédération de Russie

- Hikmet Cetin, ancien ministre des affaires étrangères (Turquie).

 

****

      Nous savons tous qu’au cours des 18 derniers mois, la relation entre la Russie et l’Occident s’est considérablement détériorée. Il y a eu une diminution fondamentale de la confiance, du fait d’analyses divergentes et, à ce stade totalement incompatibles, de ce qui s’est produit en Ukraine et pourquoi cela s’est produit.

 

      Des préoccupations anciennes et des différends concernant d’autres problèmes, tels que la défense antimissile, l’élargissement de l’OTAN, les régimes destinés à renforcer la confiance sur les déploiements des forces militaires conventionnelles en Europe et des armes nucléaires non stratégiques, sont devenus plus aigus par la suite.

 

      Les relations économiques entre la Russie et le reste de l’Europe sont également en train de se désagréger, en raison du processus de sanctions en cours et de nombreux commentateurs, en Russie comme en Occident, spéculent désormais ouvertement sur le retour d’une nouvelle Guerre froide.

 

    Une des caractéristiques de ce nouvel environnement a été l’augmentation du nombre d’interceptions entre les forces militaires russes et celles de l’OTAN et entre les forces militaires russes et celles de la Suède et de la Finlande. Comme toujours, il y a une différence d’interprétation entre ce qui se passe et son exacte raison, mais il y a peu de doute sur le fait qu’il y a un accroissement des activités militaires et sur la réalité d’une plus grande proximité des forces en présence.

 

     L’organisation ELN (European Leadership Network) a enregistré 66 incidents depuis mars 2014. La plupart de ceux-ci, environ 50, ont été classés comme « proches de la routine », mais certains ont été plus graves et trois ont été considérés comme « à haut risque ».

 

      Evidemment, l’ensemble des incidents est beaucoup plus élevé. L’OTAN a rapporté avoir mené plus de 400 interceptions d’avions russes en 2014, soit quatre fois plus que le nombre d’interceptions réalisées en 2013. La Russie a déclaré publiquement qu’elle avait recensé deux fois plus de vols d’avions tactiques de l’OTAN en 2014 qu’en 2013 près de ses frontières, soit plus de 3000. La Suède et la Finlande ont signalé un certain nombre d’interceptions d’avions russes près de leur espace aérien et chaque Etat a dû sonder, au moins une fois au cours des 12 derniers mois, ses eaux territoriales, pour rechercher de mystérieux «objets sous-marins ».

 

      La Russie a augmenté le nombre et la taille de ses exercices militaires, sans réaliser de notification préalable, certains exercices se déroulant dans sa région militaire occidentale, donc très proche des territoires de l’OTAN. Au cours de la crise actuelle, des responsables russes et des experts ont confirmé une activité accrue de l’armée de l’air russe, incluant l’utilisation d’avions de surveillance et d‘avions stratégiques à longue portée. La Russie a également déployé d’autres aéronefs, des navires, des unités de défense aérienne et de missiles antinavires en Crimée.

 

      L’OTAN a réagi à la détérioration de la situation en Europe centrale et orientale, en augmentant sa présence militaire le long de son flanc oriental. L’organisation a ainsi accru ses missions de surveillance de l’espace aérien de la zone baltique. Elle a déplacé plus de troupes dans cette région, augmenté sa structure de commandement et envisage de pré-positionner du matériel. Selon les données officielles de l’OTAN, 162 exercices ont été réalisés en 2014 dans le des actions de formation militaire de l’OTAN et d’exercices programmés, soit le double du nombre d’exercices initialement prévu. A cela, il convient de rajouter 40 exercices nationaux supplémentaires ; ceux-ci faisaient partie d’un effort plus large de l’OTAN pour démontrer sa détermination et pour rassurer les alliés dans le contexte de la crise actuelle  En 2015, il est prévu une poursuite de ces tendances concernant les actions de la Russie et de l’OTAN.

 

    Sans entreprendre une évaluation collective de ce qui motive ces déploiements militaires spécifiques, les signataires sont d’accord sur deux observations importantes. Tout d’abord, la Russie et l’OTAN semblent réaliser de nouveaux déploiements et mettre d’avantage l’accent lors des exercices sur les corrections nécessaires à apporter à leur précédent dispositif militaire. Chaque côté est convaincu que ses actions sont justifiées par les changements négatifs de son environnement sécuritaire. Deuxièmement, un cycle action-réaction est maintenant en oeuvre et semble difficile à arrêter.

 

      Certains disent que cette augmentation des tensions est gérable et que les militaires des deux côtés veilleront à ce que rien de fâcheux ne se passe. Cela peut être le cas, mais nous ne devons pas perdre de vue que nous traitons ici, dans la plupart des situations, de relations et d’affrontements militaires entre une puissance nucléaire d’une part et une alliance nucléaire militaire de l’autre, qui se déroulent dans un contexte de méfiance accrue et de tensions significatives des deux côtés. L’histoire est parsemée d’exemples de crises et de tensions internationales qui ont développé une dynamique propre et ont abouti à un conflit, même si aucune des parties ne le voulait. Nous ne sommes pas nécessairement dans une dynamique similaire à celle de l’Europe de 1914, mais quel responsable politique optimiste ne voudrait pas tenir compte des leçons de l’histoire collective de notre continent et faire tout ce qui est possible pour s’assurer que les choses ne glissent pas hors de tout contrôle ?

 

      À notre avis, la situation est mûre pour une possible dangereuse erreur de calcul ou  un accident qui pourrait déclencher une nouvelle aggravation de la crise ou même une confrontation militaire directe entre la Russie et l’Occident.

 

      En juillet 2014, plusieurs d’entre nous ont déjà fait remarquer le danger de la situation et ont notamment appelé à ce que chaque partie améliore le niveau de communication entre militaires, fasse preuve de retenue politique et militaire au sein des chaînes de commandement, améliore les règles d’engagement militaire et, si possible, exerce une influence sur les actions de ses amis et alliés.

 

      L’OTAN a depuis confirmé explicitement que les liens de communication entre le Commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR), le chef du Comité militaire de l’OTAN et le chef de l’état-major général russe sont actifs et disponibles 24h sur 24 et 7 jours sur 7. De manière à éviter des incidents dangereux, des discussions ont été menées en profondeur au sein de l’OTAN et ont été également réalisées au cours des dernières rencontres entre le Secrétaire général de l’OTAN, le représentant permanent de la Russie auprès de l’OTAN et le ministre russe des Affaires étrangères. Nous nous félicitons de ces développements, mais nous croyons nécessaire de faire plus encore.

 

      Notre proposition

 

     Le Conseil OTAN - Russie devrait être convoqué d’urgence pour discuter d’un éventuel mémorandum d’entente entre l’OTAN et la Fédération de Russie, ainsi que des règles de conduite à tenir entre les deux parties lors des interceptions, pour la sécurité du trafic aérien et maritime. Un tel accord a été signé entre les Etats-Unis et la Chine à la fin de l’année 2014 "pour renforcer le respect du droit et des normes internationales en vigueur actuellement, pour améliorer la sécurité  opérationnelle dans l’espace maritime et aérien, pour renforcer la confiance mutuelle, pour élaborer un nouveau modèle de relations entre les militaires de chacune des parties"

 

      Parallèlement à un accord multilatéral OTAN – Russie, des négociations bilatérales pourraient être engagées sur des accords similaires entre la Russie et les États membres de l’OTAN.

 

      L’accord sino-américain énonce les principes et les procédures de communication qui doivent être observés lors des interceptions entre les navires et avions militaires, et exige de chaque côté de donner des avertissements de danger en temps  opportun, si des exercices militaires et des tirs d’armes réels doivent avoir lieu dans un environnement où peuvent être opérationnels les navires militaires et aéronefs de l’autre partie.

 

     Il énonce également une série de règles pour établir la confiance mutuelle. Celles-ci comprennent par exemple l’engagement à communiquer en temps opportun lors de la conduite des opérations sur les intentions de manœuvre des navires et des avions militaires. Elles comprennent également une liste d’actions qui doivent être évitées, y compris la simulation d’attaques en orientant ses canons, ses missiles, ses radars de contrôle de tir, ses tubes lance-torpilles et autres armes en direction des navires et avions militaires rencontrés. L’accord précise les fréquences radios à utiliser pour la communication et les signaux à réaliser, si des difficultés sont rencontrées sur la compréhension de la langue par les commandants.

 

     L’accord contient également une disposition pour que chaque partie procède à une réunion d’évaluation annuelle, dirigée par des officiers supérieurs de l’armée, sur tous les événements de l’année précédente concernant l’application de cet accord.

 

      Il existe au moins deux accords entre les Etats-Unis et l’Union soviétique (puis la Russie) qui opèrent d’une manière similaire dans les relations bilatérales entre ces deux Etats : l’Accord pour la prévention des incidents en haute mer et au-dessus de la haute mer (1972) et l’Accord sur la prévention des activités militaires dangereuses de 1989.

 

      Étant donné l’ampleur accrue des activités militaires dans la région Euro-atlantique et l’augmentation du nombre d’interceptions militaires, un tel accord est maintenant nécessaire entre l’OTAN et la Russie, afin de prévenir les incidents ou les erreurs de calcul pouvant conduire à une escalade de la tension, voire à une confrontation. Il serait également utile d’impliquer à un stade précoce des discussions la Suède et la Finlande, qui sont tous les deux exposés aux dangers liés à l’accroissement des activités militaires dans la région de la mer Baltique.

 

      Les signataires de cette déclaration sont convaincus qu’un tel objectif doit être poursuivi avec la plus grande urgence. Bien que cela puisse apparaître comme une mesure bureaucratique ou technique, l’avenir de la sécurité Euro-atlantique pourrait pourtant bien en dépendre.

                                                                                     

                                                                                                  26 Août 2015

Lire la déclaration sur le site d'ELN

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9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 09:33
Nagasaki

     Trois jours après le bombardement d’Hiroshima, qui fit de 95 000 à 166 000 victimes, celui de Nagasaki eut lieu le 9 août 1945 à 11h02. La bombe au plutonium 239 d'une puissance de 20 KT fit entre 60 000 et 80 000 victimes. Le choix de la ville de Nagasaki (195 000 habitants) fut fait au dernier moment, pour remplacer la cité historique de Kokura, en raison d’une mauvaise météo.

 

     Le 70ème anniversaire de ces bombardements a été l’occasion de nombreux débats dans les médias français et il faut s’en féliciter. La décision du Président américain, Harry Truman, n’est plus considérée, comme cela a été le cas pendant de nombreuses années comme « la solution » pour faire capituler le Japon et mettre fin à la seconde Guerre mondiale. (Lire cette analyse)

 

     Ces débats, auxquels j’ai participé, commencent à faire apparaître des doutes sur la nature de l’arme nucléaire présentée trop souvent comme indispensable pour assurer la paix et la sécurité dans le monde. Je m’en félicite et cela m’encourage à persévérer dans mon combat pour promouvoir un monde sans armes nucléaires et, je l’ai déjà dit, je ne me sens pas seul !

 

    J’ai retrouvé à ce propos une déclaration qui mérite d'être méditée, celle du Général Lee Butler. Elle a du poids, venant de l'ex-commandant en chef (1992-94) des Forces aériennes stratégiques (nucléaires) des Etats-Unis :

 

     « Nous n’avons pas de plus grande responsabilité que de mettre un terme à l’ère nucléaire (….)

     Nous ne pouvons continuer de soumettre à un blocage souverain les clés qui nous délivreraient enfin du cauchemar nucléaire.

     Nous ne pouvons refuser d’engager les ressources essentielles pour nous délivrer de son emprise, pour réduire les dangers qu’il représente.

     Nous ne pouvons rester là, assis, à acquiescer par notre silence aux sermons dépassés des grands prêtres du nucléaire.

     Il est temps de réaffirmer la primauté de la conscience individuelle, de redonner voix à la raison et aux intérêts légitimes de l’humanité. » (2 février 1998) 

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7 août 2015 5 07 /08 /août /2015 07:08
"Un climat de paranoïa dangereux dans les années 80""Un climat de paranoïa dangereux dans les années 80"

J'étais l'invité de RFI ce matin

 

Au lendemain des 70 ans du largage de la bombe d’Hiroshima, nous faisons un point géopolitique sur les rapports de forces liés à l’armement nucléaire.

Paul Quilès, maire PS de Cordes-sur-Ciel, président de l’association ALB (Arrêtez la bombe) et ancien ministre de la Défense est l'invité de Vincent Souriau.

 

   Extrait de l'interview:

"Il y a une vingtaine de doctrines qui ont présidé à la défense de la religion nucléaire : c’était une super arme au départ. Après on a parlé de dissuader – faire peur – dissuasion minimale, proportionnée, flexible, concertée, élargie, étendue. Ensuite ça a été les représailles massives. Puis on a critiqué la théorie des représailles massives et on a parlé de riposte graduée, de stratégie antiforces, de DMA (dissuasion mutuelle assurée). Ensuite ça a été la doctrine Reagan dans les années 80 : c’était la guerre des étoiles, plus rien au sol, juste un bouclier, on vous protège (…).

Une espèce de folie qui a couté des fortunes et qui n’a servi à rien, sauf à créer un climat de paranoïa dangereux entre les Soviétiques complètement paranoïaques d’un côté et les Américains qui n’étaient pas mieux et qui pensaient chacun que l’autre allait les attaquer brutalement."

 

Ecouter

 

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6 août 2015 4 06 /08 /août /2015 07:08
70 ans après Hiroshima, relire Camus70 ans après Hiroshima, relire Camus
70 ans après Hiroshima, relire Camus

Cette tribune est publiée ce jour sur le site de Marianne par 

 

Paul Quilès, Président d’ALB

Bernard Norlain, vice-Président d’ALB

Jean-Marie Collin, vice-Président d’ALB

Michel Drain, membre du bureau d’ALB

 

     Voici soixante-dix ans, deux bombes atomiques détruisaient les villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki. Près d’un demi-million de personnes vivaient dans ces villes ; il a suffi de deux engins, d’une puissance considérée aujourd’hui comme faible (15 et 21 kt), pour en tuer immédiatement 200 000. Des dizaines de milliers d’autres devaient périr au cours des années suivantes des conséquences de leurs brûlures ou sous l’effet des radiations. (visionner le film "Hiroshima, la véritable histoire")

 

     Dans un premier temps, ces bombardements ont suscité peu d’émotion. C’était une nouvelle horreur, qui s’ajoutait aux innombrables horreurs de la Seconde Guerre mondiale. Beaucoup d’observateurs n’y ont vu qu’une « prouesse scientifique et technique ».

 

     Albert Camus était bien seul lorsqu’il lançait, le 8 août 1945, dans un éditorial du journal Combat, son cri d’alarme :

 

     « La civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l'utilisation intelligente des conquêtes scientifiques. En attendant, il est permis de penser qu'il y a quelque indécence à célébrer ainsi une découverte, qui se met d'abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l'homme ait fait preuve depuis des siècles. Que dans un monde livré à tous les déchirements de la violence, incapable d'aucun contrôle, indifférent à la justice et au simple bonheur des hommes, la science se consacre au meurtre organisé, personne sans doute, à moins d'idéalisme impénitent, ne songera à s'en étonner. »

 

     Dans ce texte, écrit le lendemain de la destruction d’Hiroshima et la veille de celle de Nagasaki, Camus essayait quand même de se consoler en se demandant si ce bombardement ne pourrait pas pousser les Japonais à capituler. On sait aujourd’hui que la capitulation du Japon eut d’autres raisons, notamment l’entrée en guerre de l’Union soviétique, dont l’armée venait d’envahir la Mandchourie et l’île de Sakhaline.(Lire à ce sujet la passionnante analyse de Ward Wilson )

 

     Dans la période qui a suivi les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki, les responsables politiques américains et, en premier lieu, le président Truman ont tenté d’éviter la course à l’arme nucléaire. Cela aurait pu être le cas si l’URSS n’avait pas opposé son véto au « plan Baruch » (décembre 1946), qui prévoyait d’éliminer l’armement nucléaire, sous contrôle international. On connaît malheureusement la suite : une folle et dangereuse escalade, qui a conduit le monde à accumuler entre 1945 et le début des années 1990 un immense arsenal de 70 000 ogives.

 

     70 ans plus tard, les fausses vérités ont toujours cours. C’est ainsi que l’arme nucléaire est encore présentée comme notre « assurance vie » ou comme « la garantie de notre sécurité et de notre indépendance ». On sait qu’il n’en est rien. Il suffit d’observer l’état du monde, des menaces et des relations internationales pour s’en convaincre. En quoi est-elle utile au Mali, en Syrie, en Ukraine, face au terrorisme djihadiste ?

 

     Malgré la très forte réduction des potentiels nucléaires américain, russe, britannique et français depuis le début des années 90, l’arme nucléaire continue à faire peser de sérieux risques et de réels dangers sur la sécurité du monde, où les zones d’instabilité ne cessent de s’étendre. Il y a d’abord le risque de tir par accident alors que des dizaines de systèmes nucléaires restent sous alerte permanente. Il y a aussi le risque de méprise sur les intentions d’un éventuel adversaire alors que le déclenchement d’un tir balistique ne laisserait que quelques minutes pour décider d’une riposte aux dirigeants d’une puissance qui détecterait un signal de lancement. Enfin il y a le risque du tir nucléaire « tactique » qui suivrait une confrontation conventionnelle majeure. Ce risque n’a pas disparu ; il s’est au contraire étendu et peut être identifié aujourd’hui sur plusieurs théâtres (Cachemire, Corée et à présent, selon l’OTAN, pays baltes, Pologne ou Ukraine). Il est d’ores et déjà prévu d’entrainer la future force de réaction ultra-rapide de l’OTAN à fonctionner en ambiance nucléaire. Or un seul tir considéré comme « tactique » pourrait égaler en puissance plusieurs Hiroshima. Comment pourrait-il ne pas être suivi d’autres tirs en riposte ?

 

     Les théoriciens de la dissuasion affirment que la détention de l’arme nucléaire n’est qu’une menace, mais, dans le même mouvement, ils insistent sur la nécessité de maintenir la crédibilité de cette menace, c’est-à-dire pour que toutes les conditions d’un emploi immédiat de l’arme soient en permanence réunies. Hiroshima et Nagasaki nous rappellent que, dès qu’une arme existe, elle peut être employée lorsque ses détenteurs considèrent qu’elle peut servir une stratégie de puissance. Ce fut pleinement le cas pour la bombe de Nagasaki, qui visait à montrer la puissance américaine au futur adversaire soviétique.

 

     Le récent accord avec l’Iran laisse espérer que la prolifération nucléaire pourra être endiguée, mais il faut se rendre à la réalité et constater que les 16 000 ogives nucléaires possédées par 9 pays (les 5 « autorisés » par le TNP- Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande Bretagne- plus Israël, l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord) constituent un arsenal toujours aussi dangereux pour la sécurité mondiale.    

 

    Plus que jamais aujourd’hui, la conclusion de l’éditorial d’Albert Camus devrait s’imposer : « Devant les perspectives terrifiantes qui s'ouvrent à l'humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d'être mené. Ce n'est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l'ordre de choisir définitivement entre l'enfer et la raison. »

 

     Aujourd’hui, le nombre des pays qui militent pour affranchir le monde des risques mortels de l’arme nucléaire atteint 159. Ils viennent de souscrire à l’ONU à une déclaration sur « les conséquences humanitaires catastrophiques des armes nucléaires ».

 

    La France s’honorerait de prendre des initiatives ambitieuses, au lieu de camper sur des positions d’une autre époque et de se contenter d’utiles, mais timides propositions, notamment pour l’interdiction de la production de matières fissiles militaires. Elle pourrait par exemple appeler les puissances nucléaires à une conférence internationale, qui entamerait la marche vers un monde sans armes nucléaires. Elle pourrait faire de l’entrée en vigueur du traité d’interdiction des essais nucléaires une priorité de sa diplomatie, notamment lors de ses rencontres avec ses partenaires chinois et américains.

 

     Elle pourrait annoncer le gel de la modernisation de ses programmes nucléaires. (sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, missiles balistiques et aéroportés) Elle pourrait demander d’inscrire le désarmement nucléaire parmi les objectifs prioritaires de la politique étrangère et de sécurité commune de l’Union européenne. Elle pourrait enfin plaider, au sein de l’Otan, pour la suspension de la modernisation des armes nucléaires tactiques américaines et pour l’ouverture de négociations concernant le retrait, la réduction et à terme l’élimination de ces armes en Europe.

 

     Ces initiatives auraient une valeur symbolique forte. Elles devraient être suivies d’un vrai débat parlementaire, associant la société civile, les scientifiques, les experts officiels et les militaires sur la possession de cet arsenal.

 

     Cette démarche, 70 ans après les bombardements nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki, serait certainement saluée et soutenue par une écrasante majorité des Etats des cinq continents. La France ne peut plus rester prisonnière de la pensée d’un monde ancien et vivre sur des mythes. Elle doit redevenir audacieuse et ceux qui se réclament de Jean Jaurès pourraient ainsi redonner tout leur sens aux valeurs issues de son héritage.

70 ans après Hiroshima, relire Camus
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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 11:17

Il y a 70 ans, la première bombe atomique

tombait sur Hiroshima 

 

        Rappel des faits (courte vidéo)

 

       Mes interventions:

 

Radio:

 

- France Inter, jeudi 6 août à 12h15

- RFI, vendredi 7 août à 7h50

 

Presse (tribunes):

 

- le Monde

- l'Humanité

- site de Marianne

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4 août 2015 2 04 /08 /août /2015 10:28
Hiroshima....J-2Hiroshima....J-2

     Je vous conseille vivement de regarder ce soir un programme exceptionnel d’ARTE consacré au bombardement nucléaire d’Hiroshima :

 

     - mardi 4 août à 20h55: HIROSHIMA, LA VÉRITABLE HISTOIRE

 

     Présentation :

 

« Les noms sont entrés dans la mémoire collective, et ils résonnent encore de manière macabre. Le projet atomique américain s’appelait "Manhattan Project", la bombe "Little Boy", et l’avion qui a ouvert sa soute "Enola Gay". Le 6 août 1945, sur ordre du président Truman, un bombardier B-29 largue sur Hiroshima la première arme nucléaire jamais utilisée lors d’une guerre. "Il y eut un anneau de feu rouge et aveuglant. Je ne devrais pas le dire, mais c’était magnifique", dit aujourd’hui un des survivants. "L’aube d’une ère nouvelle", assurent certains scientifiques. 80 000 Japonais paient sur le champ ce basculement de l’histoire de l’humanité. Si, bien entendu, les suites immédiates et dantesques de l’explosion sont l’épicentre du documentaire, elles n’en constituent pas l’unique objet. Grâce à la révélation d’étonnants secrets, Hiroshima, la véritable histoire dissipe les écrans de fumée qui ont détourné le monde de la réalité des faits.

 

Test grandeur nature

 

Cette investigation ambitieuse éclaire aussi bien les motivations réelles des Américains que les conséquences sociales, sanitaires et environnementales du désastre. Little Boy était-elle un "mal nécessaire" pour forcer les Japonais à capituler ? Hiroshima démontre que le pays de l’empereur Hirohito avait de toute façon déjà perdu la guerre et s’apprêtait à négocier. Les objectifs de Truman étaient autres : tester in vivo l’efficacité de la bombe et devancer les Russes dans la course à l’armement. Même duplicité après la seconde explosion atomique (Nagasaki, le 9 août) : les Américains font des études scientifiques mais ne soignent personne. Le quotidien des irradiés est occulté : considérés comme des pestiférés, ils doivent subir l’emprise rapace des mafias japonaises et la désagrégation des rapports humains. Dans le même temps, aux États-Unis, une propagande gouvernementale massive tente de rendre populaire le recours au nucléaire. Bénéficiant d’images d’archives inédites et de documents confidentiels, le film de Lucy van Beek met en avant de nombreux  témoignages, notamment  japonais (experts, agents secrets, survivants). Les souvenirs et les histoires individuelles qu’ils esquissent aboutissent tous au même constat : les ondes de choc d’Hiroshima n’ont pas encore disparu. »

 

    - mardi 4 août à 22h30: JOHN VON NEUMANN, Prophète du XXIe siècle

 

     Présentation :

 

« Peu connu du grand public, le mathématicien hongrois John von Neumann (1903-1957) a pourtant élaboré des théories qui ont définitivement changé le cours de l'humanité. Installé aux États-Unis à partir de 1930, il a contribué aux découvertes les plus fondamentales (théorie des jeux, intelligence artificielle, physique statistique, entre autres) du siècle dernier et a initié la révolution informatique. Sous une bonhomie apparente, l'homme, dont le cerveau était aussi rapide que celui d'un super ordinateur, cachait en réalité une vision cynique et pessimiste de l'humanité. En 1943, c'est lui qui calcula la trajectoire de la bombe atomique qui allait détruire Nagasaki. En 1945, en se fondant sur sa théorie des jeux appliquée à l'analyse des conflits, il conseille au président des États-Unis une frappe atomique préventive sur l'Union soviétique. Pionnier de l'informatique, il conçoit Maniac, un calculateur utile aux tests de la bombe H et ancêtre des premiers ordinateurs.

 

Docteur Folamour

 

Grâce à d'exceptionnelles images d'archives, le film retrace le destin de ce savant qui inspira le personnage du film de Stanley Kubrick Docteur Folamour. Il l'éclaire avec de nombreux témoignages d'éminents scientifiques (Roger Penrose, Marvin Minsky, Ray Kurzweil…) qui concluent à l'inestimable apport de John von Neumann. Si, un jour, une conscience artificielle supplante l'intelligence humaine, ce sera en grande partie de son fait. »

 

     Voir aussi SCIENCE ET ÉTHIQUE- 70 ANS APRÈS HIROSHIMA

 

   - mardi 4 août à 23h30:  GUERRE FROIDE- L'HOMME QUI SAUVA LE MONDE

 

      Présentation :

 

« Dans la nuit du 25 au 26 septembre 1983, en pleine guerre froide, le lieutenant-colonel Petrov est de service. Sa mission est des plus simples : surveiller depuis son bunker un écran de contrôle destiné à donner l’alerte en cas d’attaque nucléaire. Lorsque le militaire soviétique voit apparaître cinq points représentant des missiles nucléaires en provenance d’une base américaine, le doute l’envahit : pourquoi les États-Unis attaqueraient-ils à ce moment précis ? N’écoutant que son instinct, Stanislav Petrov décide de ne pas avertir son état-major. Il s’agissait bien d’une fausse alerte, due à une erreur technique… Par ce geste courageux, voire inconsidéré, Petrov a peut-être évité une riposte de l'URSS et, de fait, la fin de ce monde. Celui qui habite aujourd'hui dans une modeste demeure de la banlieue moscovite se souvient encore avec émotion de cet instant crucial. Vingt-deux ans plus tard, le héros oublié était invité en grande pompe aux États-Unis, l’ancien pays "ennemi", pour y rencontrer le journaliste Walter Cronkite (décédé l’année suivante), le documentariste David Hoffman et les stars Robert De Niro, Matt Damon ou encore Kevin Costner. Ce témoignage émouvant permet, au travers d’images d’archives saisissantes, une relecture inédite de cette histoire méconnue. »

 

    Voir aussi sur ce blog : "1983, au bord de l'apocalypse nucléaire"

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2 août 2015 7 02 /08 /août /2015 23:05
Retour à Hiroshima

     Au lendemain du bombardement nucléaire d’Hiroshima et de Nagasaki, en août 1945, l’essentiel de la presse française, toutes tendances confondues, s’extasiait sur une victoire de la science.

 

     On pouvait lire par exemple:

 

     "L’Amérique vient de révéler au monde une découverte scientifique qui est bien la plus sensationnelle du siècle", "Une révolution scientifique", "Un des plus grands triomphes du génie américain"

 

     Albert Camus fut l’un des seuls à dénoncer l’explosion des bombes atomiques, dans l’éditorial du journal Combat du 8 août 1945 :

 

    "On nous apprend, au milieu d’une foule de commentaires enthousiastes, que n’importe quelle ville d’importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d’un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l’avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. Nous nous résumerons en une phrase : la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie"

 

    70 ans plus tard, il n’est pas inutile de revenir sur ce terrible évènement –les faits, les raisons, les mensonges, les conséquences- et de réfléchir à la signification de l’arme nucléaire dans le monde d’aujourd’hui.

 

     C’est ce que je ferai à plusieurs reprises au cours de cette semaine.

 

     En attendant, je suggère la lecture de 2 passionnants documents qui éclairent sur les vraies raisons de la destruction d’Hiroshima et de la capitulation du Japon :

 

     Les véritables raisons de la destruction d'Hiroshima

 

     Ce n'est pas la bombe atomique qui a poussé le Japon à capituler

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31 juillet 2015 5 31 /07 /juillet /2015 13:39
Il y a 101 ans

     Comme je le fais depuis 23 ans, je serai ce soir aux côtés de mes amis devant la statue de Jean Jaurès à Carmaux pour rappeler le souvenir du grand tribun, assassiné le 31 juillet 1914 au Café du Croissant.


    Quitte à me répéter, je souligne à cette occasion combien ses analyses, ses réflexions philosophiques, humanistes ou politiques, qui datent pourtant d’il y a un siècle, sont toujours d'actualité dans les temps difficiles que nous traversons.

 

     Il faut vraiment relire Jaurès ! Pour vous aider, voici d’intéressants liens :

 

- le site de la Société d’études jaurésiennes:

http://www.jaures.info/welcome/index.php

 

- mes 46 textes concernant Jaurès, sur ce blog :

http://paul.quiles.over-blog.com/tag/Jaurès/

 

- le dernier discours de Jaurès, prononcé le 25 juillet 1914. Prémonitoire !

http://paul.quiles.over-blog.com/2014/02/le-dernier-discours-de-jean-jaur%C3%A8s.html

 

- le site du spectacle « Jaurès, une voix pour la paix », joué à Carmaux en octobre 2013 et  du 27 au 31 juillet 2014 à Cap’ Découverte, près de Carmaux :

http://www.jaures-lespectacle.fr/le-synopsis/

 

- un extrait vidéo de ce spectacle :

http://www.jaures-lespectacle.fr/2014/03/extrait-video-du-spectacle-jaures-une-voix-pour-la-paix/

 

- l’extrait d’un texte de François Mitterrand, qui parlait si bien de Jaurès et qui m’a envoyé ce texte pour l’insérer dans la brochure de présentation du spectacle « Ils ont tué Jaurès » http://www.jaures-lespectacle.fr/lecriture/ ) joué à Carmaux en juillet 1994 :

 

      « Sa pensée est une espérance, mais elle n’est jamais un système. Parce qu’elle plonge ses racines dans le goût pour la vie, elle en affronte toutes les contradictions. Ce sont les contradictions de la République elle-même : entre ordre et progrès, entre raison et liberté. Jaurès aura tenté, sans jamais se lasser malgré les épreuves, cette difficile synthèse (....) 

 

      Il a toujours su s’écarter des deux périls opposés qui menacent tout engagement politique : l’excès d’idéalisme et l’excès d’opportunisme ; la tentation de préférer à l’homme une théorie de l’homme ; la tentation de capituler, au nom de la raison, devant les résistances du réel. C’est l’honneur de Jaurès d’avoir conjuré ces périls : d’avoir affirmé qu’il n’y a science, ni progrès hors de la démocratie ; d’avoir tracé la voie entre les dogmatismes qui conduisent à la terreur et les renoncements qui fomentent les servitudes. Puisse cet exemple de courage demeurer vivant dans les mémoires »

      J’ai pu à nouveau constater combien ses analyses, ses réflexions philosophiques, humanistes ou politiques, qui datent pourtant d’il y a un siècle, sont toujours d'actualité dans les temps difficiles que nous traversons.

 

      Il faut vraiment relire Jaurès ! Pour vous aider, voici d’intéressants liens :

 

- le remarquable site de la Société d’études jaurésiennes:

http://www.jaures.info/welcome/index.php

 

- tous les documents et les initiatives concernant l’année Jaurès, rassemblés par la Fondation Jean-Jaurès :

http://www.jean-jaures.org/2014-annee-Jaures

 

- mes 37 textes concernant Jaurès, sur ce blog :

http://paul.quiles.over-blog.com/tag/Jaurès/

 

- le dernier discours de Jaurès, prononcé le 25 juillet 1914. Prémonitoire !

http://paul.quiles.over-blog.com/2014/02/le-dernier-discours-de-jean-jaur%C3%A8s.html

 

- le site du spectacle « Jaurès, une voix pour la paix », joué à Carmaux en octobre 2013 et qui sera rejoué du 27 au 31 juillet 2014 à Cap’ Découverte, près de Carmaux :

http://www.jaures-lespectacle.fr/le-synopsis/

 

- un extrait vidéo de ce spectacle :

http://www.jaures-lespectacle.fr/2014/03/extrait-video-du-spectacle-jaures-une-voix-pour-la-paix/

 

- le site des Editions de Matignon, qui éditent de nombreux livres consacrés à Jaurès:

http://www.editionsdematignon.com/

 

- l’extrait d’un texte de François Mitterrand, qui parlait si bien de Jaurès et qui m’a envoyé ce texte pour l’insérer dans la brochure de présentation du spectacle « Ils ont tué Jaurès » http://www.jaures-lespectacle.fr/lecriture/ ) joué à Carmaux en juillet 1994 :

 

      « Sa pensée est une espérance, mais elle n’est jamais un système. Parce qu’elle plonge ses racines dans le goût pour la vie, elle en affronte toutes les contradictions. Ce sont les contradictions de la République elle-même : entre ordre et progrès, entre raison et liberté. Jaurès aura tenté, sans jamais se lasser malgré les épreuves, cette difficile synthèse (....) 

 

      Il a toujours su s’écarter des deux périls opposés qui menacent tout engagement politique : l’excès d’idéalisme et l’excès d’opportunisme ; la tentation de préférer à l’homme une théorie de l’homme ; la tentation de capituler, au nom de la raison, devant les résistances du réel. C’est l’honneur de Jaurès d’avoir conjuré ces périls : d’avoir affirmé qu’il n’y a science, ni progrès hors de la démocratie ; d’avoir tracé la voie entre les dogmatismes qui conduisent à la terreur et les renoncements qui fomentent les servitudes. Puisse cet exemple de courage demeurer vivant dans les mémoires »

Il y a 101 ans
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30 juillet 2015 4 30 /07 /juillet /2015 17:55
Le maire de Kourou, François Ringuet et le maire de Cordes, Paul Quilès, signant le protocole de jumelage entre les 2 communes

Le maire de Kourou, François Ringuet et le maire de Cordes, Paul Quilès, signant le protocole de jumelage entre les 2 communes

    Un évènement exceptionnel a eu lieu hier: le jumelage entre 2 communes françaises, une commune médiévale, Cordes sur Ciel (élue l’an dernier “village préféré des Français”) et une ville guyanaise, Kourou, siège d’une des plus grandes bases spatiales au monde.

 

  Ce rapprochement, opéré sous les auspices du CNES, est le fruit notamment de l’histoire de quelques hommes et de l’intérêt commun porté au développement de l’activité spatiale.

 

  Il s’enrichira des contacts prévus entre élus et représentants des associations, notamment dans les domaines de la jeunesse, du tourisme, de l'environnement, de la culture.

 

    Des échanges entre enseignants et élèves conduiront à la réalisation de projets communs, culturels, sportifs et environnementaux. Le tourisme et sa communication seront aussi au programme, sans négliger les mesures de préservation de l'environnement : protection de la faune et de la flore.

 

    Le programme de la visite des élus de Kourou à Cordes sur Ciel a repris l'ensemble de ces thématiques communes aux deux collectivités. Il a été l’occasion, dans une ambiance amicale et constructive, de jeter les bases de projets communs….dont nous reparlerons bientôt.

 

                            Lire l’article de La Dépêche du midi

 

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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 17:15
Les élus pendant la guerre de 14
Les élus pendant la guerre de 14Les élus pendant la guerre de 14

       Ce témoignage exceptionnel décrit de façon détaillée et émouvante l’action des élus municipaux de Cordes pendant la guerre de 14-18. Certes, la France n’est pas en guerre aujourd’hui et les élus ne sont pas soumis aux mêmes contraintes qu’en 14-18, mais, alors qu’il est de bon ton de critiquer leur travail, l’intérêt de ce document n’est pas seulement historique !

 

Paul Quilès

 

****

 

         " La guerre de 14-18 est une guerre « totale » au sens où toute la nation devient combattante et où les populations de l'arrière ont autant d'importance que les poilus des premières lignes. Nous avons évoqué précédemment les femmes, puis les enfants. Parlons aujourd'hui d'une autre catégorie de combattants : les élus municipaux.

        

        On a du mal à se rendre compte de l'énorme travail fourni par le conseil municipal au cours des années de guerre. Rappelons tout d'abord un handicap : au moment même où les problèmes à résoudre augmentent, le nombre des élus diminue suite à la mobilisation générale : sur quinze élus, cinq sont mobilisés. De plus, au début de 1918, le maire Jean-Louis Favarel décède : impossible de le remplacer avant la fin des hostilités. La tâche est tellement lourde qu'il est demandé à l'autorité militaire de nommer, pour un service à temps partiel du conseil municipal, Ernest Tisseyre, élu cordais mobilisé comme réserviste mais détaché au Ministère de l'Agriculture.

 

        Les élus ont à mener la bataille sur trois fronts principaux. Le premier est celui des travaux habituels comme en temps de paix : ils sont rendus plus difficiles à cause du manque de travailleurs et de la montée des prix : un mur qui s'écroule ici, un égout bouché là, de vieux arbres qui menacent de bloquer un chemin en tombant, l'hygiène aux abattoirs qui ne répond plus aux normes...il n'y a pas de répit dans cette offensive aggravée du fait des lois nouvelles décrétées par le gouvernement et qui nécessitent beaucoup de temps et d'énergie, ne serait-ce que pour les étudier.

 

        La deuxième ligne de feu est faite d'impromptus qui viennent comme de soudaines salves d'artillerie : ce sont les demandes de la préfecture imposant une réaction immédiate non seulement pour obéir mais aussi pour donner le compte-rendu de leur exécution : vingt couvertures à rassembler immédiatement : il faut les acheter faute de pouvoir les trouver sur  Cordes même... organiser l'accueil d'une quarantaine de réfugiés qui arrivent à la gare de Vindrac... libérer une maison assez grande pour loger un contingent de prisonniers allemands... visiter chaque exploitation agricole pour voir si toutes les terres sont cultivées et envoyer à la préfecture la liste précise d'éventuelles friches... surveiller chaque foire, chaque marché hebdomadaire et faire connaître l'évolution des prix de base... collecter les emprunts en franc-or pour la défense nationale, etc, etc... De plus, il faut toujours un élu pour accompagner les délégations militaires venant régulièrement réquisitionner des chevaux, des bœufs, des chiens, des céréales, du fourrage...

 

         Enfin et surtout il y a le combat permanent à mener contre la misère pour protéger autant que faire se peut la santé des habitants les plus fragiles, notamment les personnes âgées. Les élus sont certes aidés par quelques personnes formant le Comité de bienfaisance qui recueillent les demandes d'aide et font des propositions mais c'est à eux les élus à prendre les décisions au cas par cas. Cela occupe une part importante des réunions du conseil municipal sans parler du travail d'information en amont. En 1914, l’État a décidé que l'allocation mensuelle donnée aux « indigents » ne pouvait pas dépasser 20 frs.

 

        Le montant de l'allocation dépend de la situation réelle de tout un chacun, ce qui impose aux élus de connaître cette situation ; les comptes-rendus des séances du Conseil municipal montrent par leur précision qu'ils prennent cela très au sérieux. Il faut savoir d'ailleurs qu'ils sont très surveillés par l'administration préfectorale. C'est ainsi par exemple que, le 7 juin 1916 une lettre du préfet ordonne au maire de Cordes de supprimer l'allocation à la moitié environ des bénéficiaires, car leur nombre dépasse trop la moyenne du département (!...). Et voilà les élus prenant la liste des personnes aidées et répondant au préfet pourquoi ils refusent de supprimer l'allocation à telle et telle personne. Non seulement cela montre le sérieux avec lequel ils « défendent » les administrés, mais aussi donne une idée de leur charge de travail car ils ont à s'occuper ainsi, une par une, de quelques 71 personnes, et pour beaucoup, le montant de l'allocation varie de mois en mois selon l'évolution du coût de la vie.

 

        Ajoutons à ce nombre la liste des femmes enceintes dont la situation financière est fragile et qui perçoivent une allocation spéciale pour l'accouchement : entre 1914 et 1918,  elles sont au nombre de 49.

 

        Enfin n'oublions pas les urgences : à huit reprises,  les élus devront décider de l'hospitalisation de malades à la dernière extrémité qu'on ne peut pas prendre en charge sur place, hospitalisation soit au Bon Sauveur d'Albi soit à l’hôpital de Gaillac. Et en 1914 les communications sont loin d'être aussi faciles qu'aujourd'hui !"

                                                           Michel Bonnet

 

 

Ce texte, publié dans Cordes Infos, a été rédigé par Michel Bonnet dans le cadre du travail minutieux qu’il conduit avec la Commission "14-18 en Pays cordais"

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     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez