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25 janvier 2021 1 25 /01 /janvier /2021 18:41
Quand finira la pandémie ?

Nul ne sait aujourd’hui répondre à cette question, bien entendu, mais ce constat n’interdit pas de réfléchir à l’état sanitaire de la planète, notamment en Afrique.

C’est ce que fait mon ami Jean-José Colomès dans ce texte très intéressant.

 

****

    « S'agissant du vaccin contre le Covid-19, le Président de la République a utilisé l'expression pour dire combien il devait être justement partagé au niveau planétaire. Ceci dans un souci de justice mais également dans l'intérêt de tout un chacun : la pandémie sera vaincue lorsque l'immunité sera collective et globale, que l'on pourra voyager sans risque un peu partout dans le monde, lorsque nous pourrons occuper l'espace public sans masque.

 

     Nous en sommes loin, très loin.

 

    Des laboratoires qui esquivent leurs engagements en prétendant que les contrats signés visaient à pouvoir extraire six doses et non cinq par flacon et qu'en conséquence, leurs livraisons seront revues à la baisse d'autant. D'autres qui sous le prétexte de travaux d'agrandissement font savoir qu'ils ne pourront pendant plusieurs semaines livrer les quantités prévues. Quant au vaccin AstraZeneca qui pourrait recevoir le feu vert dès le 29 janvier et qui présente l'avantage de se conserver à une température entre 2 et 8°, le laboratoire faisait savoir vendredi, « qu'en raison d'une baisse de rendements » sur un site de production, les premières livraisons seraient moins importantes que prévu.

 

    Tout cela a pour conséquence qu'en Europe, les différents États sont dès à présent confrontés à un manque cruel de vaccins. Dès lors, que vaut la promesse du ministre de la santé lorsqu'il déclare que chez nous, « tous les français » seront vaccinés à la fin août ?

     

     Ce 24 janvier correspond à la date anniversaire de l'identification de la présence sur le sol français du Sars-CoV-2 . Un an après, à la suite de l 'apparition depuis quelques semaines des variants anglais, sud-africains et brésiliens, la menace d'un troisième confinement n'a jamais été aussi forte alors que la lassitude pour ne pas parler de déprime s'est emparée de nombre d'entre nous. Et de guetter l'annonce d'une intervention du Président qui viendrait en préciser les conditions.

 

     Alors que certains parlent d'un risque d'explosion dans une population en proie au doute et à la désespérance, un regard sur le continent africain devrait nous amener à plus de mesure, de la même façon que la mise au point de différents vaccins dans l'année qui a suivi l'apparition du virus, devrait nous aider à renouer avec un certain optimisme.

   

     Le 29 janvier on célèbrera la journée mondiale des lépreux. Cette maladie remonte à la nuit des temps et est apparue en Europe dans les premiers siècles de l'ère chrétienne. On dépiste chaque année plus de 200 000 nouveaux cas essentiellement dans les pays les plus pauvres en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie. Songeons que si aujourd'hui on a appris à soigner et à guérir de la lèpre, aucun vaccin n'a pu être mis au point de manière à protéger contre cette maladie les populations à risques !

 

    Il en est de même en ce qui concerne le sida. Les biologistes moléculaires sont formels, si la maladie a été identifiée en Europe au début des années 1980, elle serait apparue en Afrique Centrale au début du XXème siècle. Or, si l'on a appris à soigner les malades atteints du virus, aucun vaccin n'a à ce jour été mis au point. Voici un an, quel scientifique aurait parié que le 24 janvier 2021, en France, un million de personnes auraient reçu la vaccination contre le Sars-CoV2 ?

 

    Jusqu'à ce jour, le continent africain a été relativement épargné par le Covid-19 si l'on met à part la situation au Nigéria et en Afrique du Sud. Le nombre de contaminations sur ce continent n'a rien de comparable avec celles enregistrées en Europe de l'Ouest, aux Etats-Unis ou au Brésil. Les raisons seraient pour l'essentiel à trouver dans la jeunesse de la population ainsi que dans une expérience acquise dans la gestion d'autres pandémies (Ébola, tuberculose, sida) donc, dans une plus grande réactivité.

 

    Avec l'arrivée d'une deuxième vague résultant notamment de la variante sud-africaine du virus qui faciliterait fortement sa propagation, le risque d'une catastrophe sanitaire est bien présent s'agissant de pays aux systèmes de santé les plus fragiles et les plus pauvres au monde.

 

    Les États africains se retrouvent face à un enjeu majeur : devoir dans les prochaines semaines tenter de contenir une vague de contaminations avec des structures hospitalières et des services de réanimation fragiles et sous-dotés en moyens humains, en lits et en équipements. Or, alors que la seule solution réside dans l'organisation des campagnes de vaccination massive, l'Afrique est le seul continent qui, faute de vaccins, n'a pu à ce jour en faire bénéficier ses populations alors que la perspective d'obtenir les précieuses doses mises à disposition sur les marchés américains et européens, s'éloigne de plus en plus.

 

    C'est dans ce contexte que la présidence de l'Union Africaine a annoncé le 13 janvier que des contrats pour l'acquisition de 270 millions de doses ont été signés avec trois laboratoires. Sur cette commande, cinquante millions de doses pourraient être livrées entre avril et juin prochain.

 

    Cette information rassurera-t-elle les populations au moment où la deuxième vague touche une majorité de pays africains ? Le seuil de 3 millions de cas a été franchi avec 75 000 décès essentiellement en Afrique du Sud et au Maghreb alors que dans 20 pays du continent la mortalité liée au virus progresse à une vitesse supérieure à la moyenne mondiale.

 

     Les 270 millions de doses annoncées doivent être mises en regard des 1,3 milliard d'habitants que comptait le continent africain en 2019. Alors même que le Canada a acheté de quoi vacciner 5 fois sa population, les États-Unis 4 fois et l'Union Européenne 3 fois...

 

    Certains pays comme le Maroc, l'Afrique du Sud, l'Égypte, l'Algérie ont pu négocier directement avec les différents laboratoires la livraison de doses. Il n'empêche que l'apparition d'une souche mutante à la contagiosité plus élevée sur le continent africain expose non seulement les populations locales mais, si la situation n'était pas maitrisée, compromettrait gravement l'état sanitaire au niveau planétaire.

 

    Le chef de l'État sud-africain Cyril Ramaphosa dont le pays assure actuellement la présidence de l'Union Africaine a annoncé les débuts de la campagne de vaccination dans son pays pour la fin du mois de janvier en indiquant que ce sera « l'entreprise logistique la plus vaste et la plus complexe de l'histoire du pays ». Ce pays qui dépasse depuis le début de l'année, les 20 000 infections quotidiennes. 

 

    Vouloir que les vaccins permettant de vaincre la pandémie qui nous atteint constituent « un bien commun », c'est créer les conditions pour que chaque pays ait accès aux doses en fonction des besoins et de l'importance de sa population ; c'est aligner les prix des doses sur les possibilités contributives de chacun des États ; c'est veiller à ce que certains pays ne soient pas contraints de se jeter dans les bras des Russes et des Chinois, au motif que les vaccins « occidentaux » ne seraient ni accessibles ni disponibles.

 

    Est-ce bien la voie dans laquelle le monde est aujourd'hui engagé ? »

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23 janvier 2021 6 23 /01 /janvier /2021 11:10
L’offensive du Vatican contre les armes nucléaires

Alors qu’entre en vigueur vendredi 22 janvier le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, le Saint-Siège a réaffirmé sa position contre l’utilisation et la détention de l’arme nucléaire.  (Article de Loup Besmond de Senneville paru dans La Croix du 22 janvier 2021)

 

****

     « Dans un tweet, c’est le pape lui-même qui a appelé "tous les États et tous les peuples à promouvoir les conditions nécessaires à un monde sans armes nucléaires, en contribuant à faire progresser la paix et la coopération multilatérale, dont l’humanité a tant besoin aujourd’hui".

 

Un défi et un impératif moral et humanitaire 

 

    Le message intervient au lendemain de la diffusion par les médias officiels du Vatican d’un long entretien avec Mgr Paul R. Gallagher, le Secrétaire d’État du Saint-Siège pour les relations avec États. "L’élimination totale des armes nucléaires est à la fois un défi et un impératif moral et humanitaire", martèle Mgr Gallagher, qui estime que leur utilisation et leur détention doivent ainsi être "continuellement stigmatisées et délégitimées".

 

    Le "ministre des affaires étrangères" de François s’élève également contre la légitimité du concept de dissuasion nucléaire. "La paix et la sécurité internationales ne peuvent être fondées sur la menace d’une destruction mutuelle ou d’un anéantissement total, ni sur le maintien d’un équilibre des pouvoirs ou la régulation des relations en substituant "la force du droit" à "la loi de la force" ", juge-t-il.

 

    Il développe au contraire une vision d’un monde de paix fondée "sur le dialogue et la solidarité, sur la justice, sur le développement humain intégral, sur le respect des droits fondamentaux de l’homme, sur la sauvegarde de la création, sur la promotion des structures éducatives et sanitaires, sur l’instauration de la confiance entre les peuples". Et il invite à aller ainsi "au-delà de la dissuasion nucléaire".

 

Ratification par 51 États

 

    Le Saint-Siège a fait partie des premiers États, avec la Thaïlande et la Guyana, à ratifier ce traité en septembre 2017. À leur suite, il a été adopté par 86 pays et ratifié par 51 autres, mais le nouveau traité international n’a pas emporté l’adhésion des neuf capitales, dont Paris, qui possèdent l’arme nucléaire. "Nous sommes préoccupés par le fait que les puissances nucléaires semblent souvent se détourner du multilatéralisme en matière de nucléaire et de la table des négociations", affirme Mgr Gallagher, en déplorant notamment "l’abandon du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI), l’affaiblissement du plan d’action conjoint global (JCPoA) iranien".

 

    Le pape François s’est, à plusieurs reprises, engagé contre les armes nucléaires, notamment au Japon, lors de son discours à Nagasaki, le 24 novembre 2019. "Un monde en paix, libre des armes nucléaires, est l’aspiration de millions d’hommes et de femmes partout", avait-il affirmé. Le pape y avait jugé la dissuasion nucléaire "perverse et immorale".

 

Divergences entre Paris et Rome

 

    Le jugement porté sur la dissuasion demeure l’une des principales pierres d’achoppement entre la diplomatie vaticane et la diplomatie française, selon les informations de La Croix. La question fait l’objet d’échanges réguliers entre Paris et Rome, mais les divergences de vues entre les deux États semblent irréconciliables.

 

    Alors que le Vatican revendique "une approche concrète" du sujet, certains considèrent au Quai d’Orsay que la prise de position ferme de l’Église contre toute possession d’armes nucléaires revient à une forme d’enfermement dans une posture morale inapplicable. Et donc à la fermeture de la possibilité de toute discussion politique. »

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22 janvier 2021 5 22 /01 /janvier /2021 12:19
Les armes nucléaires sont-elles vraiment devenues illégales ?
Les armes nucléaires sont-elles vraiment devenues illégales ?

     Le Traité sur l'interdiction des armes nucléaires (TIAN) entre en vigueur aujourd’hui. Adopté par 122 pays aux Nations Unies en 2017, il a été jusqu'à présent signé par 86 États, dont 51 l'ont ratifié. Est-il pour autant effectif ?

Voici l’analyse de Marc Finaud,

vice- Président d’IDN et chef du service sur la Prolifération des armes au Centre de Politique de Sécurité de Genève. Texte publié par l’agence Swissinfo.

 

*****

    Cette initiative de la société civile, récompensée par le Prix Nobel de la paix, a été soutenue par une majorité écrasante de pays, à l'exception de ceux qui possèdent des armes nucléaires et de leurs alliés. Des voix critiques soulignent que, de ce fait, le nouveau traité n'aura aucun effet sur le désarmement nucléaire. Dans tous les cas, il convient d'évaluer si et comment l'interdiction des armes nucléaires peut favoriser leur élimination

 

    L'adoption du TIAN a été accueillie en 2017 par la plupart avec joie et soulagement. Les Etats dotés d’armes nucléaires, eux, y ont réagi par un silence assourdissant ou manifesté leur consternation face à ce traité. Celui-ci résulte de conférences internationales sur les conséquences humanitaires de toute explosion nucléaire et de semaines de discussions à Genève. La plupart des États dotés d'armes nucléaires ont boycotté ces réunions et se sont opposés à la négociation à New York.

 

L’opposition des puissances nucléaires

 

     La principale pomme de discorde était l'interprétation du Traité de non-prolifération(TNP) de 1968: les cinq États dotés d'armes nucléaires du TNP (Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, et Russie) ont fait valoir que leur droit légitime de posséder des armes nucléaires était inscrit dans cet instrument sans aucune contrainte de temps, alors que la plupart des États non dotés d'armes nucléaires considèrent qu'ils ont renoncé à ces armes en échange d'un engagement de désarmement nucléaire il y a un demi-siècle. Les puissances nucléaires non parties au TNP telles que l’Inde et le Pakistan ont regretté de perdre le droit de veto accordé par la Conférence du désarmement dans la négociation du traité.

 

     Certes, les deux principaux détenteurs, les États-Unis et l'URSS / Russie, ont réduit les arsenaux nucléaires de leur pic de la guerre froide de quelque 70 000 à 12 000, auquel il faut ajouter 1200 autres armes des autres États possesseurs (y compris la Corée du Nord, l’Inde, Israël et le Pakistan). Cependant, de tels arsenaux sont toujours capables de détruire l'humanité et la planète. Même une guerre nucléaire limitée entre l'Inde et le Pakistan pourrait entraîner une famine mondiale tuant jusqu'à deux milliards de personnes en raison de son impact sur le climat global.

 

     Comme l'a reconnu la Cour internationale de Justice en 1996, aucune utilisation d'armes nucléaires ne peut être compatible avec l'obligation de distinguer les cibles civiles des cibles militaires, ou de s'abstenir de causer «des blessures superflues ou des souffrances inutiles». C’est cette approche humanitaire qui a rallié une grande majorité d'Etats.

 

Ce que change le traité

 

     Les États dotés d'armes nucléaires et leurs alliés affirment que le TIAN ne leur imposera aucune obligation, y compris en vertu du droit coutumier potentiel. Les armes nucléaires peuvent-elles donc être considérées comme illégales? Elles le seront sans aucun doute pour les États parties au TIAN. Si certains États alliés y adhéraient, les dispositions du traité sur le non-déploiement ou le non-transit d'armes nucléaires toucheraient bien entendu les détenteurs d'armes nucléaires.

 

     Ce qui est le plus probable est que, dans les États parties au TIAN, les banques, les entreprises, les universités ou les particuliers ne seront pas autorisés à contribuer au développement d'armes nucléaires, même dans des États non parties. Les tribunaux nationaux des États parties pourront également accepter les plaintes pour dommages-intérêts résultant d'essais nucléaires ou de fabrication d'armes et exiger une indemnisation des États dotés d'armes nucléaires. Même au sein de ceux-ci, le débat en faveur d’une redistribution des ressources astronomiques détournées par la dissuasion nucléaire vers la santé publique ou les besoins sociaux devrait être encouragé par le TIAN.

   

      Ces effets indirects contribueront à stigmatiser et à délégitimer encore davantage les armes nucléaires. S’ils sont sincères dans la poursuite de leur objectif affirmé du désarmement nucléaire à long terme, les puissances nucléaires et leurs alliés auront de nombreuses occasions de se mettre au travail, même en dehors du TIAN. L’architecture internationale de sécurité (Traité New STARTTraité INFAccord sur l’IranTraité Ciel ouvert, etc.) a besoin d’être restaurée après les attaques que lui a infligées l’administration Trump. Toutefois, continuer d’affirmer que les armes nucléaires sont vitales pour la sécurité de leurs détenteurs mais inacceptables pour le reste du monde ne fera qu’encourager la prolifération, comme l’a montré le cas de la Corée du Nord.

 

L’attentisme de la Suisse

 

     La Suisse elle-même, dont les deux chambres du Parlement fédéral ont voté en faveur de la signature du TIAN, ne pourra longtemps rester en dehors de l’Histoire et de son rôle de gardienne du droit humanitaire international. Elle ne saurait s’abriter derrière des pressions de l’OTAN ou le rejet du traité par les puissances nucléaires pour s’affranchir de sa responsabilité. Rappelons que c’est à son initiative qu’en 2010 tous les Etats parties au TNP se sont déclarés «profondément [inquiets] du risque que continue de représenter pour l’humanité la possibilité que les armes nucléaires soient utilisées et des conséquences humanitaires catastrophiques qu’entraînerait un tel emploi.»

________________________

Ecouter aussi sur ce sujet l'interview de Marc Finaud sur France Culture

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22 janvier 2021 5 22 /01 /janvier /2021 00:02
Traité New START : une bonne décision de Joe Biden

     Une des premières décisions du président Joe Biden a été de proposer à Vladimir Poutine une prolongation de cinq ans du dernier accord de contrôle des armes nucléaires entre la Russie et les États-Unis, le New START.

     Ce traité, qui limite les deux pays à un maximum de 1 550 armes nucléaires stratégiques chacun, expirera le 5 février 2021 s’il n’y a pas eu d'accord mutuel pour le proroger, ce qui était malheureusement l’intention affichée par Donald Trump.

     Vladimir Poutine a fait savoir qu'il était favorable à une prolongation inconditionnelle de 5 ans du traité et le ministère russe des affaires étrangères a publié une déclaration en ce sens le 20 janvier. Il est à noter que cette prolongation ne nécessite pas l'approbation du Sénat américain.

     Comme l'a déclaré Derek Johnson, directeur général du mouvement international Global Zero pour l'élimination des armes nucléaires  "les États-Unis reviennent à la raison. L'offre du président Biden marque un retour bienvenu à une diplomatie sérieuse qui ouvre la voie à un avenir plus sûr et plus sécurisé pour tous."

      Il reste maintenant à espérer que le nouveau président américain n'oubliera pas dans son agenda l'entrée en vigueur aujourd'hui même du Traité d'Interdiction des Armes Nucléaires (TIAN)

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20 janvier 2021 3 20 /01 /janvier /2021 14:40
Interdiction des armes nucléaires

        L'entrée en vigueur du TIAN (Traité d'Interdiction des Armes Nucléaires) le 22 janvier 2021 n'est pas un événement ordinaire dans le climat actuel de tension et de risque pour la sécurité de la planète.

 

    19 associations et organisations* (dont 5 anciens Prix Nobel de la paix) lancent un appel solennel au Président de la République pour que la France adhère à ce traité.

 

      Ce texte a été publié aujourd'hui par La Croix

 

                 

LA FRANCE DOIT ADHERER AU TRAITÉ SUR L’INTERDICTION

DES ARMES NUCLÉAIRES

Le 22 janvier 2021 restera une date historique : un traité multilatéral, le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN), adopté par les deux tiers des pays membres de l’ONU en 2017, entre en vigueur et rend les armes nucléaires illégales, que ce soit leur possession, leur fabrication, ou la menace de leur utilisation, c’est-à-dire la stratégie de dissuasion nucléaire. Le TIAN comble un vide juridique et complète l’interdiction des autres armes de destruction massive, biologiques et chimiques, ainsi que de certaines armes classiques condamnées pour leur impact sur les civils. Il aura des effets même sur les pays qui le rejettent. La France, qui s’est toujours voulue le pays porteur des valeurs de respect du droit international, ne doit pas tourner le dos à ce processus de démocratie internationale et doit adhérer au TIAN.

Cet accord est le résultat de dizaines d’années d’efforts persévérants de la société civile, à travers des organisations dont de nombreuses ont été regroupées au sein de la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires (ICAN), lauréate du prix Nobel de la paix 2017, et le Comité international de la Croix-Rouge, en convergence avec plusieurs Etats, dont le Saint-Siège, l’Afrique du Sud (ancienne puissance nucléaire) et la Nouvelle-Zélande.

Les organisations, gouvernements, Eglises, syndicats qui soutiennent l’interdiction des armes nucléaires n’ont pas agi seulement par frustration à l’égard des détenteurs d’arsenaux qui n’ont pas tenu leurs engagements, pris notamment dans le cadre du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Le TIAN concrétise le rejet d’un système verrouillé par le veto de ces quelques pays et d’un système de sécurité fondé sur la capacité de perpétrer des massacres de masse de civils.

Les puissances nucléaires, dont la France, ont beau déclarer que le TIAN ne leur imposera aucune obligation, elles ne pourront plus désormais affirmer que leurs armes nucléaires sont légitimes. Elles se comportent comme si le TNP leur accordait indéfiniment un droit de possession et de recours à l’arme nucléaire, en contradiction avec l’esprit et le texte de ce traité. Ainsi tentent-elles de justifier l’injustifiable, à savoir les programmes de modernisation et de renouvellement de leurs arsenaux nucléaires, étalés encore sur plusieurs décennies à coup de centaines de milliards d’euros. Pourtant, l’article VI du TNP leur fait bien – depuis un demi-siècle – obligation de négocier en vue de « la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée » et d’un « traité de désarmement général et complet » !

Les autorités françaises, comme celles des autres puissances nucléaires, affirment de manière contradictoire que la dissuasion nucléaire exclut tout recours à l’arme nucléaire, alors même qu’elles incluent dans leur doctrine des scénarios d’emploi de l’arme atomique (le « dernier avertissement ») et investissent dans de nouveaux types d'armes nucléaires plus « utilisables », qui abaissent dangereusement le seuil de la guerre nucléaire.

Les puissances nucléaires affirment que la seule solution réaliste vers le désarmement consiste à cheminer « étape par étape », et fixent comme objectif prioritaire la non-prolifération. En fait, toutes les mesures en discussion (interdiction des essais nucléaires ou de la production de matières fissiles militaires, réduction des arsenaux, non-emploi en premier, etc.) sont actuellement bloquées par ces mêmes puissances. De plus, en continuant d’affirmer que l’arme nucléaire est la garantie ultime de leur sécurité, elles la rendent encore plus attrayante et elles favorisent la prolifération qu’elles prétendent combattre.

Le Président de la République doit sortir de trois contradictions dans lesquelles il s’est enfermé :

  • il a fustigé le « désarmement unilatéral », tout en s’enorgueillissant des mesures de réduction que la France avait prises unilatéralement depuis la fin de la Guerre froide ;
  • il prône le multilatéralisme, tout en rejetant les aspirations d’une majorité d’Etats, dont des membres de l‘Union européenne ;
  • il entend inscrire la protection de l’environnement dans la Constitution alors qu’une guerre nucléaire, même limitée, serait un crime d’écocide compte tenu de ses conséquences catastrophiques sur la planète, ses habitants et les générations futures, ainsi que l’ont démontré plus de 2000 essais nucléaires dont les effets sanitaires et environnementaux se font aujourd’hui encore ressentir sur les populations concernées.

Il est donc grand temps, trois quarts de siècle après l’horreur d’Hiroshima et de Nagasaki, que la France se joigne au mouvement mondial pour l’élimination progressive et multilatérale des armes nucléaires en adhérant au TIAN.  La France contribuera ainsi, comme elle l’a déjà fait pour les autres armes de destruction massive, à l’élimination de l’arme la plus destructrice inventée par l’être humain.

_________________

* Abolition des armes nucléaires – Maison de Vigilance ; ADN (Collectif Arrêt du nucléaire) ; AFCDRP (Association française des communes, départements et régions pour la paix) – Maires pour la Paix ; AMFPGN (Association des médecins français pour la prévention de la guerre nucléaire, affiliée à IPPNW, Prix Nobel de la paix 1987) ; Amnesty International France (affilié à Amnesty International, Prix Nobel de la Paix 1977) ; Artistes pour la paix ; EPP (Enseignants pour la paix, membre de l'Association internationale des éducateurs à la paix - AIEP) ; ICAN France (affiliée à ICAN, Prix Nobel de la paix 2017) ; IDN (Initiatives pour le désarmement nucléaire) ; IPSE (Institut Prospective et Sécurité en Europe) ; LIFPL France (Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté) ; Ligue des droits de l'Homme (affiliée à ICAN France) ; Mouvement de la paix (affilié à ICAN et au Bureau international de la paix, Prix Nobel de la paix 1910) ; MIR-France (Mouvement international de la réconciliation, affilié à ICAN France) ; Mouvement national de lutte pour l’environnement ; Observatoire des armements ; PAX Christi France ; PNND France (Parlementaires pour la non-prolifération et le désarmement nucléaire) ; Pugwash-France (affilié au Mouvement Pugwash, Prix Nobel de la paix 1995).

 

Ces 19 signataires viennent d'être rejoints par 2 autres organisations: IDRP (Institut de Documentation et Recherche sur la Paix); MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples);

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18 janvier 2021 1 18 /01 /janvier /2021 10:33
En finir avec le terme inepte de dissuasion

   Telle est la conclusion de la pertinente tribune de Solène Vizier, publiée sur le site d’IDN et qui analyse les sérieuses conséquences du piratage SolarWinds, considéré comme la plus grande cyberattaque jamais menée.

 

   La campagne d’intrusion a ciblé le gouvernement américain, ses agences fédérales et plusieurs grandes entreprises privées américaines et mondiales : Sécurité Intérieure, Département de la Justice, du Trésor, du Commerce…  Nombre d’agences ont été touchées et l’ampleur exacte de ce piratage est pour le moment inconnue.  

 

 LIRE la tribune

 

Extraits :

 

   « Les cyberattaquants ont indiqué que d’autres données seraient proposées dans les prochaines semaines. Cette annonce est particulièrement inquiétante lorsque l’on sait que le programme nucléaire militaire américain a été visé par la cyberattaque. Le Département de l’Energie (DOE) et son agence subsidiaire, l’administration nationale la sécurité nucléaire (NNSA), font en effet partie des agences gouvernementales touchées. La National Nuclear Security Administration est responsable de la gestion et de la sécurité des armes nucléaires américaines. Elle s’occupe ainsi du développement des armes nucléaires, des essais non-explosifs, des programmes de réacteurs navals, du transport des armes et composants nucléaires, ainsi que d’autres missions soutenant la sécurité nationale. »  (….)

 

  « Les armes nucléaires sont particulièrement vulnérables à la contamination et à la manipulation de l’information sur laquelle les décisions nucléaires sont fondées. Que se passerait-il, si un pirate informatique usurpait les systèmes d’alerte pour faire croire à une attaque de missiles nucléaires, déclenchant une frappe de représailles ? Les capteurs et les systèmes d’alerte automatisés peuvent être trompés – ils l’ont déjà été par le passé. Les pirates peuvent aussi accéder directement aux systèmes d’alerte ou de communication pour manipuler, contaminer et corrompre l’information, un risque d’autant plus réel lorsque l’on sait que les attaquants de SolarWinds ont pu accéder aux communications de la Sécurité Intérieure américaine. »  (….)

 

   « Le caractère sacré des normes nucléaires doit aujourd’hui être entièrement réévalué et un débat public ouvert dans chaque État nucléarisé. L’arme nucléaire est inutile face aux menaces du XXIe siècle. La dissuasion nucléaire n’a pas empêché les guerres, le creusement des inégalités, le dérèglement climatique ou la pandémie de Covid. Elle s’est révélée inopérante, disproportionnée et inadaptée pour faire face au terrorisme. Pire, des groupes terroristes comme Al-Qaida ou l’État islamique ont exprimé leur désir d’acquérir des armes nucléaires.

 

    Qu’elle soit minimale, proportionnée, flexible, élargie ou encore étendue, la dissuasion nucléaire, dans ses définitions successives depuis 1945, n’a eu que pour effet de rendre le monde toujours plus dangereux. A l’heure où entre en vigueur le Traité d’interdiction des armes nucléaires(TIAN), il est temps d’en finir avec le terme inepte de dissuasion. »

 

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17 janvier 2021 7 17 /01 /janvier /2021 10:15
Le club Démocraties en 2021

Message de Paul Quilès, Président du club 

 

       Chères amies, chers amis

      J’aurais tant aimé vous transmettre un message d’enthousiasme à l’aube de la nouvelle année.

    Force est de constater que les conditions ne sont pas encore réunies, du fait de la crise sanitaire, qui impose à notre société des contraintes physiques fortes, dont on ne voit pas encore la fin.

    Pour notre club, 2020 se termine en nous laissant le sentiment de l’inaccompli. Ainsi, nous n’aurons pu le faire fonctionner que pendant un petit trimestre, avec l’espoir d’une sortie de crise qui n’a finalement pas été au rendez-vous.

     Nous avons ressenti bien des frustrations face à notre impuissance à pouvoir échanger sur les multiples défis auxquels la démocratie a été confrontée en cette année, malmenée dans bien des pays, y compris chez ses fondateurs. La tentation de tourner la page est grande quand on évoque, de façon parfois contradictoire, le « monde d’après ».

     Dans le cadre de notre assemblée générale virtuelle du 10 décembre 2020, nous avons esquissé les termes de la reprise de nos activités en 2021. Bien sûr, leur mise en œuvre dépendra beaucoup du calendrier de sortie de la crise sanitaire.

     Mais il nous faut être optimistes et faire preuve de créativité. Même si les conditions d’une reprise de nos dîners débats ne sont pas réunies au premier semestre, nous vous proposerons de décliner l’exercice en mode visioconférence (malheureusement sans la partie dîner). Nous travaillons par ailleurs à une évolution de notre site internet pour le rendre plus interactif et plus participatif.

     Nous espérons ainsi rétablir au plus vite les liens qui nous sont si chers.

    Dans ce contexte, je forme, pour chacune et chacun d’entre vous, en mon nom personnel et en celui de l’équipe qui anime notre club, de sincères vœux de bonheur et de contribution active à l’entretien de nos valeurs communes.

Paul Quilès

Le club DEMOCRATIES a vocation à accueillir celles et ceux qui partagent les idéaux de la démocratie, et à promouvoir les valeurs de l’Etat républicain. A travers ses débats, il entend analyser les mouvements sociaux, culturels et politiques et ouvrir ainsi les grands dossiers de la France et du monde contemporain.

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17 janvier 2021 7 17 /01 /janvier /2021 08:55
Histoire d'un logo

      En 2021, après le 25e anniversaire de la mort de François Mitterrand célébré le 8 janvier dernier, l’héritage politique du premier président socialiste de la Ve République sera mis à l’honneur à l’occasion des cinquante ans du congrès de l’unité des socialistes à Épinay-sur-Seine et des quarante ans de la victoire de la gauche en 1981.

 

      Toutes ces années ont été accompagnées d’un logo, « le poing et la rose », que l’on doit au militant socialiste et créateur audiovisuel Yann Berriet et au dessinateur Marc Bonnet.

 

      Evelyne Soum, communicante et observatrice privilégiée de l’histoire de ce logo, nous apporte son témoignage et son regard contemporain. 

 

LIRE

 

   François Mitterrand répond à la question d’un journaliste sur les raisons du choix de l'emblème du poing et de la rose pour symboliser le Parti socialiste. (15 septembre 1972)

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16 janvier 2021 6 16 /01 /janvier /2021 09:11
Conséquence du couvre feu?

Heureusement que ce n'est pas lui qui fait les lois.....

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13 janvier 2021 3 13 /01 /janvier /2021 19:16

On me pose souvent des questions sur les objectifs et les moyens de l'association que je préside, IDN (Initiatives pour le Désarmement Nucléaire). 

 

Si vous n'avez pas le temps de prendre connaissance des éléments fournis par notre site, vous en trouverez un bon résumé sur le document qui suit.

 

Je reste de toute façon à votre disposition, avec l'équipe dynamique qui gère et anime IDN, pour vous apporter les réponses que vous vous poseriez sur ces sujets.

Mieux connaître IDN
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Recherche Sur Ce Blog

Faites connaissance avec IDN

 (Initiatives pour le désarmement nucléaire),

dont Paul Quilès est président.

IDN travaille chaque jour à la réduction des arsenaux nucléaires et du risque, intentionnel ou non, d’utilisation de l’arme nucléaire.

IDN oeuvre à construire un monde sans armes nucléaires, pour une paix et une sécurité internationale durables.

Faites connaissance avec

Cordes sur Ciel,

la cité médiévale dont Paul Quilès a été le maire pendant 25 ans.

cordes-nuages-8-bp--R-solution-de-l--cran-.jpg 

site de l'Office du tourisme 

Bibliographie

- 2018: L'illusion nucléaire- La face cachée de la bombe atomique (avec Jean-Marie Collin et Michel Drain)

- 2017: Quelques citations sur les armes nucléaires

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  

- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu) 

- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff ) 

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï) 

- 1992: Nous vivons une époque intéressante 

- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez