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12 octobre 2018 5 12 /10 /octobre /2018 08:28
Souvenirs de l'Intérieur

     L'absence de ministre de l'Intérieur depuis le 3 octobre inquiète à juste titre les observateurs de la vie politique, parce qu'il est évident que la fonction de "ministre par intérim" assumée par le Premier ministre n'est qu'un arrangement de façade.


     Comme j'ai été ministre de l'intérieur et que j'en connais bien le fonctionnement, des journalistes m'ont interrogé pour que je leur donne mon avis sur le caractère étrange et, à certains égards dangereux, de la situation actuelle.

Mon intervention à RFI

   

       Pour en savoir plus sur ce ministère, voici comment je racontais mon passage "place Beauvau" dans le livre de Laurent Huberson "Vu de l'intérieur"

POUR LIRE LA SUITE DE L'INTERVIEW, CLIQUEZ SUR LE LIEN PDF CI-DESSOUS
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10 octobre 2018 3 10 /10 /octobre /2018 11:04
Contre la peine de mort

     " C'est aujourd’hui la Journée mondiale contre la peine de mort. Cet événement est organisé chaque 10 octobre depuis 2003, pour lutter contre la peine de mort.

    Celle-ci a été abolie en France le 9 octobre 1981. Depuis cette date, 110 Etats l’ont abolie, et 30 autres ne la pratiquent plus depuis plus dix ans, appliquant une forme de moratoire.

    Si la tendance constatée au niveau mondial est plutôt à une abolition, la menace terroriste actuelle tend à la ralentir. Voire à l’inverser dans certains pays. » 

    (Extrait de Journée mondiale contre la peine de morttexte paru sur le site de la section PS de Commentry)

    A lire également: un article très argumenté publié par "Opinion Internationale"Pour une Journée nationale à vocation pédagogique

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9 octobre 2018 2 09 /10 /octobre /2018 09:23
Trump, le parrain de Manhattan

      Soirée exceptionnelle hier soir pendant 3 heures sur France 3 avec un très bon film de Frédéric Mitterrand sur l’ascension et la nature profonde de Donald Trump, suivi d’un débat de grande qualité avec des journalistes et des commentateurs tels qu’on aimerait en voir plus souvent sur les plateaux de télévision.

    Si vous ne l’avez pas regardé, n’hésitez pas à visionner ce document très fort (encore disponible en podcast pendant 6 jours), qui aide à comprendre la réalité d’un phénomène qui nous interpelle et nous agace.

Le film

« Depuis qu'il a été élu président des Etats-Unis, Donald Trump ne cesse de stupéfier le monde avec sa politique brutale et réactionnaire. On le dit imprévisible, primaire et dangereux. Mais l'homme n'est pas sorti de nulle part. Son enfance, son environnement familial et sa carrière d'homme d'affaires aident à comprendre cet homme controversé. C'est pourquoi Frédéric Mitterrand et le journaliste Gilles Biassette reviennent sur l'ascension de Donald Trump, de ses débuts dans l'immobilier jusqu'à la Maison-Blanche, recueillant les témoignages de proches et rassemblant des documents d'archives puisés aux meilleures sources ».

Le débat

« Donald Trump, magnat de l'immobilier devenu président des Etats-Unis à la surprise générale, ne laisse personne indifférent. Narcissique, immature, imprévisible, provocant, il mène une politique réactionnaire qui inquiète une bonne partie du monde et gouverne comme aucun de ses prédécesseurs. Pour essayer de comprendre l'homme et d'expliquer sa politique, Francis Letellier et ses invités reviennent sur son parcours, son enfance, sa formation et sa carrière. Ils s'intéressent à cet homme fascinant, qui s'avère finalement plus intelligent et habile qu'il le laisse paraître ».

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7 octobre 2018 7 07 /10 /octobre /2018 09:05
 Ejectée d’un B 52 en perdition, cette bombe de 3,8 mégatonnes a été retrouvée intacte en Caroline du Nord le 24 janvier 1961, puis désamorcée sur place

Ejectée d’un B 52 en perdition, cette bombe de 3,8 mégatonnes a été retrouvée intacte en Caroline du Nord le 24 janvier 1961, puis désamorcée sur place

Les bombes perdues de la guerre froide

 

Surtout ne manquez pas ce documentaire remarquable intitulé

« Les bombes perdues de la guerre froide »,

diffusé ce soir sur France 5 à 22h40

(la 2ème partie sera donnée dimanche prochain 14 octobre).

     Vous y constaterez la réalité des immenses dangers décrits dans le livre "L’illusion nucléaire- La face cachée de la bombe atomique", que j’ai écrit avec Jean-Marie Collin et Michel Drain).

    Espérons que ce film commencera à déciller les yeux des responsables, y compris en France, trop souvent inconscients et qui ne réalisent pas ce qui se cache derrière les grands discours.

    Ils devraient méditer ce que disait il y a quelques années Bruce Blair, qui a été contrôleur américain de lancement de missiles nucléaires balistiques.

« Chaque jour de la semaine, chaque semaine de l’année, l’organisme de commande et de contrôle des armes nucléaires des Etats-Unis recense des incidents, tels que des lancements de missiles.

Les autorités ont trois minutes pour décider s’il s’agit d’une attaque nucléaire, ce qui exige alors sa notification dans les trois minutes qui suivent au Président. Ce dernier a ensuite entre six et huit minutes pour décider de lancer ou non une riposte.

À plusieurs reprises dans le passé, des accidents anodins, tels que le lancement d’un satellite météorologique ou une confusion lors d’un exercice de guerre, ont failli provoquer un affrontement nucléaire. » (octobre 2011)

 

Résumé du film :

1950. L'autorité civile américaine confie une bombe atomique aux militaires, dans le cadre d'une mission secrète d'entraînement qui projette rien de moins que l'anéantissement de l'Union soviétique. Mais l'arme est perdue en territoire canadien ! C'est le premier accident nucléaire de l'histoire, il restera secret pendant plus de 40 ans.

Bien d'autres suivront, avec des engins de plus en plus puissants et dévastateurs. Les Américains en acceptent le risque, car c'est à leurs yeux le prix à payer pour être protégés contre le péril rouge.

Jusqu'au jour où deux bombes au pouvoir de destruction 250 fois supérieur à celle d'Hiroshima tombent d'un bombardier en perdition sur la Caroline du Nord !

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4 octobre 2018 4 04 /10 /octobre /2018 18:08
Vous avez dit « Constitution » ?

     A l’occasion du 60ème anniversaire de la Constitution de la Vème République, un débat intense se déroule autour de ses mérites, ses insuffisances ou ses défauts. Certains prônent même l’avènement d’une VIème République, dont la Constitution gommerait tous les défauts qu’ils attribuent à celle de 1958.

     Il n’est pas nécessaire d’aller jusque là pour corriger une grave anomalie, qui ne donne lieu à aucun commentaire dans ce débat, ce qui semblerait indiquer qu’elle est entrée dans les mœurs.

     Il s’agit du pouvoir conféré au chef de l’Etat d’engager les forces nucléaires. A vrai dire, cette anomalie n’est pas dans la Constitution, mais elle découle de la définition monarchique que celle-ci a donné du pouvoir du président de la République. C’est le décret du 12 juin 1996-modifié, remplaçant le décret du 14 janvier 1964, qui définit ainsi les responsabilités concernant les forces nucléaires :

« Le chef d'état-major des armées, ou le chef d'état-major général des armées, s'il est nommé, est chargé de faire exécuter les opérations nécessaires à la mise en oeuvre des forces nucléaires. Il s'assure de l'exécution de l'ordre d'engagement donné par le Président de la République, chef des armées et président du conseil de défense. » (article 5)

     Ce pouvoir exorbitant de déclencher l’apocalypse nucléaire[1] figure donc dans un simple décret et ne se trouve donc ni dans la Constitution ni dans la loi.

     Tant que la France disposera d’armes nucléaires, destinées à dissuader un éventuel adversaire, dans des conditions définies par un concept – la dissuasion- de plus en plus confus, le risque de cette situation restera considérable. Il paraît donc très souhaitable d’encadrer ce pouvoir du chef de l’Etat, en méditant ces paroles de Ronald Reagan, ancien Président des Etats-Unis, dans ses mémoires :

« En tant que Commandant en chef des forces armées américaines, vous n’avez que six minutes pour décider comment réagir à un signal sur un écran radar et s’il fallait ou non déclencher l’apocalypse ! Qui pourrait faire preuve de raison dans un moment pareil ? »

     C’est le même Ronald Reagan qui déclarait en 1985 dans Time :

« Vous apprenez que des missiles soviétiques ont été lancés, vous savez que, désormais, plus rien ne peut les arrêter et qu'ils vont détruire une partie de votre pays, beaucoup plus grande que ce que vous pouvez imaginer. Et vous êtes assis là, sachant que tout ce que vous pouvez faire est d'appuyer sur le bouton pour que des Soviétiques meurent aussi, alors que nous serons déjà tous morts ».

     Terrible lucidité sur ce qu’est la dissuasion nucléaire, dont la définition est justement décrite par la formule officielle « Destruction Mutuelle Assurée », traduction de la formule américaine « Mutual Assured Destruction », dont l’acronyme est MAD.

     Oui, c’est bien vrai, c’est fou ! (mad, en anglais)

 

[1]  Ceux qui prétendent que ce pouvoir découle du titre de « chef des armées » attribué au président oublient que cette qualification traditionnelle, qui se retrouve dans les constitutions précédentes, est bien antérieure à l’existence de forces nucléaires en France. 

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1 octobre 2018 1 01 /10 /octobre /2018 09:23
« Quand j’entends les discours des ministres aujourd’hui, je retrouve les mêmes formules sur la stricte suffisance que celles qu’on me faisait lire à l’époque », raconte Paul Quilès.                       (Photo Jean-Luc Padellec)

« Quand j’entends les discours des ministres aujourd’hui, je retrouve les mêmes formules sur la stricte suffisance que celles qu’on me faisait lire à l’époque », raconte Paul Quilès. (Photo Jean-Luc Padellec)

Dissuasion nucléaire. Paul Quilès, une voix qui détonne

Article de Jean-Luc Padellec, publié le 30 septembre 2018 dans Le Télégramme

 

Paul Quilès est une des rares personnalités françaises engagée en faveur du désarmement nucléaire. Lors d’une conférence, samedi, à la Maison des syndicats de Brest, l’ancien ministre de la Défense a récusé la pertinence du concept de dissuasion dans le monde d’aujourd’hui.

Dans le cadre de la nouvelle loi de programmation militaire (LPM), les dépenses destinées à l’arme atomique vont pratiquement doubler entre 2019 et 2025. Une sénatrice socialiste avait voulu déposer un amendement en mai dernier, demandant un grand débat national sur la question. « Il ne me paraît pas judicieux de le relancer, au risque de mettre ainsi à nouveau en lumière toutes les oppositions sur le sujet et de donner la parole à tous ceux qui souhaitent se manifester contre le nucléaire d’une manière générale », avait répondu le président de la commission. L’amendement avait été retiré.

Cette fin de non-recevoir est éclairante pour Paul Quilès, qui dénonce « l’omerta générale » qui règne sur la question de l’arme atomique en France. « Près d’un demi-siècle après la mort du général de Gaulle, et malgré la fin de la guerre froide, le débat reste impossible », a-t-il déploré, samedi, devant un parterre de militants du désarmement nucléaire réunis à la Maison des syndicats, à l’invitation du Cian 29 qui milite pour que la France rejoigne, enfin, les 122 pays membres de l’Onu qui se sont déjà prononcés pour l’interdiction des armes nucléaires.

 

« Le système est verrouillé »


Étonnamment, l’ancien ministre de la Défense, qui ne fit qu’un passage éclair de six mois à l’Hôtel de Brienne en 1985-1986, mais qui présida ensuite la commission de la Défense pendant cinq ans, est devenu un allié de ce combat. Il raconte comment lui-même, alors ministre, récitait des discours serinés par des « savants, eux-mêmes pilotés en sous-main par le complexe militaro-industriel ».

Dans les années 90, après la chute du Mur de Berlin, et alors que l’on comptait 70 000 armes nucléaires dans le monde, celui qui fut également responsable des questions de stratégies de défense au Parti socialiste jusqu’en 2008 a tenté de faire passer quelques messages. « Mais c’est très difficile, car le système est verrouillé sans que personne ne s’en émeuve ».

Dans son dernier ouvrage coécrit, l’ancien polytechnicien, qui préside désormais l’IDN (Initiatives pour le désarmement nucléaire), dénonce « l’illusion nucléaire » en déconstruisant l’idée que l’arme atomique serait une garantie ultime de la sécurité par la dissuasion. « Cette affirmation reste non démontrée et bâtie sur des mensonges », soutient-il, en citant quelques exemples.

 

Une arme appartenant au passé

 

Ainsi, « on nous fait toujours croire que les deux bombes lâchées sur le Japon ont mis fin à la Seconde Guerre mondiale, alors que l’empereur avait déjà capitulé dans sa tête ». (…) On continue d’affirmer que l’objectif de l’arme nucléaire est d’impressionner, sans avoir à employer la bombe, pour en appeler à la raison de l’ennemi. Or, le président américain, Ronald Reagan, le disait très bien : ‘’Vous n’avez que six minutes pour décider comment réagir à un signal sur un écran radar et s’il faut, ou non, déclencher l’apocalypse ! Qui pourrait faire preuve de raison dans un moment pareil ? ‘‘»

Mais surtout, pour Paul Quilès, l’arme atomique appartient déjà au passé : « Aujourd’hui, le vrai danger est la cyber-menace. Et le hacker ne signe pas. S’il détourne un système de communication d’un sous-marin, que faites-vous avec votre arme nucléaire ? À qui lancez-vous des représailles ? » Samedi, à la Maison des syndicats de Brest, aucune autorité de l’Ile Longue n’était là pour répondre.

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27 septembre 2018 4 27 /09 /septembre /2018 16:52
Arme nucléaire: « Une hypocrisie insupportable »

Interview donnée à Ouest France

 

Pour Paul Quilès, ancien ministre de la Défense de François Mitterrand, l’arme atomique est une religion, dont les préceptes sont fondés sur des mensonges. Il cosigne un livre polémique sur la question : « L’illusion nucléaire, la face cachée de la bombe atomique. » Nous l’avons rencontré.

https://media.ouest-france.fr/v1/pictures/2e4feb78f5b64c12eec29a9404228407-arme-nucleaire-une-hypocrisie-insupportable.jpg?width=630&height=0&fill=0&focuspoint=49%2C24&cropresize=1Ancien ministre de la Défense (1985-1986), Paul Quilès prend position contre l'arme nucléaire dans son dernier livre. | DR

 

En 1985 et 1986, alors ministre de la Défense, vous étiez au cœur de la question de l’armement nucléaire. Quel était votre avis sur la question à ce moment-là ?

Je n’avais pas de vraie connaissance sur le sujet. Vous savez, ce n’est pas un critère qui rentre en compte lorsqu’on vous choisit en tant que ministre. Il faut des gens loyaux, intelligents et qui apprennent vite. Je récitais ma leçon, comme les autres avant et après moi. J’ai véritablement pris conscience que la logique de « dissuasion » était une folie après la chute du mur de Berlin. On comptabilisait à ce moment-là environ 70 000 armes nucléaires dans le monde, résultat d’une course à l’armement devenue folle. Ces bombes auraient pu détruire la planète 10 fois.

 

Vous dites considérer l’arme nucléaire comme une « religion », fondée sur le mensonge.

Dans une religion, on peut discuter de tout, sauf de l’existence de Dieu. La même logique s’applique à l’arme nucléaire : ne jamais remettre en cause sa nécessité absolue. Pour cela, on applique les trois techniques du mensonge : la déformation de la vérité, la dissimulation de faits avérés et la sous-estimation volontaire de certaines données.

 

C’est-à-dire ?

On nous dit que la bombe assure notre sécurité, qu’on m’explique comment elle nous protège du terrorisme ? Qu’elle garantit de notre indépendance, mais la France fait partie de l’OTAN, il est ridicule de penser qu’elle peut prendre une telle décision seule. Enfin, la « stratégie de dissuasion » nucléaire est une blague : l’objectif est d’impressionner, de faire peur, sans avoir à employer la bombe, pour en appeler à la raison de l’ennemi.

Or, le président américain Ronald Reagan le disait très bien : « Vous n’avez que six minutes pour décider comment réagir à un signal sur un écran radar et s’il faut ou non déclencher l’apocalypse ! Qui pourrait faire preuve de raison dans un moment pareil ? ». Ce même Reagan, dont l’image que nous avons conservée n’est pas celle d’une colombe de la paix, disait en 1985 : « Vous apprenez que des missiles soviétiques ont été lancés, vous savez que, désormais, plus rien ne peut les arrêter et qu’ils vont détruire une partie de votre pays, beaucoup plus grande que ce que vous pouvez imaginer. Et vous êtes assis là, sachant que tout ce que vous pouvez faire est d’appuyer sur le bouton pour que des Soviétiques meurent aussi, alors que nous serons déjà tous morts ». Ces mots montrent à quel point le danger est présent, et qu’il est vital de s’engager sur la voie d’une dénucléarisation au niveau international.

 

Quelle est la situation de l’armement nucléaire aujourd’hui en France ?

Nous nous situons dans une nouvelle course à l’armement. La nouvelle loi de programmation militaire prévoit de doubler le budget consacré à l’arme nucléaire, passant de 3,5 à 6 milliards d’euros annuels. La France bafoue donc le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires signé en 1968, qui l’engage sur la voie d’un désarmement progressif.

Sans compter que l’arme atomique appartient déjà au passé : aujourd’hui, le vrai danger est la cyber-menace. Le piratage, contrairement à l’arme nucléaire, n’est pas traçable. Il peut prendre pour cible des centrales nucléaires, voire des sous-marins à l’armement atomique. Nous ne sommes plus dans la fiction.

 

Où en est le débat sur le sujet ?

Il est totalement étouffé en France. La séance parlementaire du 23 mai dernier est révélatrice : lorsqu’une sénatrice a proposé un débat national sur la question, le rapporteur lui a répondu : « Il ne me paraît pas judicieux de le relancer, au risque de mettre ainsi à nouveau en lumière toutes les oppositions sur le sujet et de donner la parole à tous ceux qui souhaitent se manifester contre le nucléaire d’une manière générale. » [extrait du journal officiel à la suite de l’article]. Il y a une omerta sur ce sujet qu’il faut à tout prix briser aujourd’hui.

 

Que répondez-vous à ceux qui estiment qu’on ne peut pas « désinventer » la bombe ?

Que c’est faux. La technologie militaire nucléaire est extrêmement complexe. Certains experts (Donald MacKenzie et Graham Spinardi) ont montré qu’il est possible de « perdre » ce savoir-faire, car celui-ci est principalement transmis entre les différentes générations de personnel. Si cette transmission n’était pas assurée, les ingénieurs de la nouvelle génération ne disposeraient d’aucun retour sur expérience, cela suffirait à enrayer la poursuite du programme. On peut donc « désinventer » l’arme nucléaire, pour cause d’inutilité.

*******************

Annexe:  Extrait du Journal officiel, séance parlementaire du 23 mai 2018

 

La parole est à Mme Hélène Conway-Mouret.

 

Mme Hélène Conway-Mouret. Dans le cadre de cette nouvelle loi de programmation militaire, les dépenses destinées à la dissuasion nucléaire vont pratiquement doubler entre 2019 et 2025. Elles passeront d’une moyenne annuelle de 3,2 milliards d’euros, entre 2014 et 2019, à 5 milliards d’euros entre 2019 et 2023, et approcheront les 6 milliards d’euros en 2025. C’est un choix politique assumé, qui s’inscrit dans la continuité de décisions qui ont été prises par les gouvernements successifs et qui ont été garantes de notre paix jusqu’à présent.

Sur un sujet très important lié à notre sécurité et, surtout, à la défense du territoire, face à l’évolution d’un monde dans lequel les rapports de force changent rapidement, mais aussi lorsque l’on voit comment, aujourd’hui, des acteurs mondiaux majeurs bousculent la notion même de dissuasion, il nous paraît opportun d’organiser un débat au niveau national sur cette question, afin d’informer et de sensibiliser nos concitoyens.

Il ne s’agirait en aucun lieu d’un sondage ni même d’un référendum. Ce serait une occasion pour les Français d’être correctement informés et de s’approprier le thème du nucléaire militaire au travers d’un débat porté, par exemple, par les parlementaires. Je sais combien le Gouvernement est sensible à l’idée de lancer des débats, comme le montre l’exemple de la consultation citoyenne qui vient d’être lancée sur l’Europe.

Ce débat pourrait être porté par le Parlement et répondre ainsi aux besoins des populations locales directement concernées par le dispositif français de dissuasion nucléaire.

 

M. le président. Quel est l’avis de la commission ?

 

M. Christian Cambon, rapporteur. Après un échange, cet amendement n’a pas été retenu par la commission. Je souhaitais certes que Mme Conway-Mouret puisse le présenter en séance, mais compte tenu de la position de la commission, il me serait un petit peu compliqué de lui donner un avis favorable ce soir.

Sur le fond, un débat national, c’est quelque chose de très compliqué et de très lourd à organiser. Pour notre part, au sein de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, nous avons des rendez-vous qui nous attendent. Ils concernent la dissuasion nucléaire dans le cadre du lancement de la rénovation de la force nucléaire et de ses deux composantes. À cette occasion, nous pourrons, bien sûr, en débattre.

Par ailleurs, un an après la campagne pour l’élection présidentielle, au cours de laquelle ce sujet a été abordé, j’ai le sentiment que le débat a été tranché. Il ne me paraît pas forcément judicieux de le relancer, au risque de mettre ainsi à nouveau en lumière toutes les oppositions sur le sujet et de donner la parole à tous ceux qui souhaitent se manifester contre le nucléaire d’une manière générale.

Pour ma part, je souhaite que la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées multiplie débats et auditions. Ainsi, par notre intermédiaire, nos concitoyens seront librement informés sur ces sujets et connaîtront les propositions qui seront faites, le moment venu, par le Gouvernement.

Après vous avoir laissé la possibilité de le présenter en séance, je vous suggère donc, madame Conway-Mouret, de retirer cet amendement.

 

M. le président. Quel est l’avis du Gouvernement ?

 

Mme Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’État. Même avis : le Gouvernement demande le retrait de cet amendement.

 

M. le président. Madame Conway-Mouret, l’amendement n° 105 est-il maintenu ?

 

Mme Hélène Conway-Mouret. Non, je le retire, monsieur le président.

 

M. le président. L’amendement n° 105 est retiré.

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27 septembre 2018 4 27 /09 /septembre /2018 15:30
La construction de la paix

Interview que j'ai donnée

 

à L'Humanité Dimanche 

 

*******

 

     Alors que s'ouvre l'Assemblée générale de l'Onu, de nombreux conflits comme le Yémen ou la Syrie, l'Ukraine n'ont toujours pas trouvé d'issue politique. Est-ce que cela révèle une crise de la diplomatie mondiale et de l'un de ses piliers, les Nations Unies?

 

     Il y a certainement une crise de la diplomatie en ce sens que, en violation de la Charte des Nations Unies1, la tentation du recours à la force l’emporte à présent souvent sur la volonté de dialogue. Les conflits sont en outre généralement internes aux États, mais ils donnent lieu à des ingérences étrangères sous des formes diverses. Chacun d’eux présente cependant des caractéristiques spécifiques, irréductibles à un traitement global.

      En Ukraine, l’opposition entre Européens, Américains d’un côté, Russes de l’autre semble irréductible, malgré les accords de Minsk 2 (février 2015). Il en résulte une détérioration de la sécurité paneuropéenne, un affaiblissement considérable de l’OSCE et l’apparition de tensions militaires sur le continent, à l’ombre des menaces nucléaires réciproques.

     En Syrie, les Européens et les Américains semblent se résigner à une victoire gouvernementale, alors que la Turquie est appelée à jouer un rôle-clef dans l’évolution indispensable du pouvoir syrien vers un mode de gouvernement plus inclusif.

     Au Yémen, les grandes puissances semblent donner carte blanche à l’Arabie saoudite et à son allié émirati pour affaiblir la rébellion houthie, malgré les crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis. Aucune solution militaire n’est possible, mais les belligérants se refusent à entrer dans une réelle négociation politique.

     Dans ces trois cas comme dans celui de nombreuses autres crises, le Conseil de sécurité est impuissant à exercer la « responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales » que lui attribue la Charte des Nations Unies2, essentiellement en raison de désaccords de fond entre ses cinq membres permanents3, chacun doté d’un droit de veto. Cette situation montre à quel point une réforme de l’ONU est indispensable, en particulier pour rendre le Conseil de sécurité plus représentatif ou pour accroître les pouvoirs de l’Assemblée générale qui rassemble tous les États membres. Il est à noter cependant que, même dans sa configuration actuelle, le Conseil de sécurité montre parfois une certaine efficacité dans le traitement des crises régionales notamment africaines.

 

    L'Onu et le multilatéralisme semblent s'effacer au profit du bilatéralisme dont le président des États-Unis, Donald Trump, est le plus fervent partisan. Désormais l'intervention militaire unilatérale (Syrie, Yémen...) n'est plus un "tabou". Comment expliquer cette mise à l'écart de l'Onu et du dialogue?

 

     L’intervention militaire unilatérale est contraire à la Charte, sauf en cas de légitime défense. Si elle est à présent trop souvent pratiquée sans conséquences pour ses auteurs (Turquie en Irak et en Syrie ; Israël en Syrie), c’est en raison des divisions qui affaiblissent le Conseil de sécurité et de la tolérance des grandes puissances. Cette évolution est dangereuse, dans la mesure où elle favorise l’escalade des conflits armés, notamment lorsque des puissances nucléaires sont impliquées. Le risque existe alors, par exemple aux frontières de la Russie, que ces puissances aient recours à des formes de « gesticulation nucléaire » en annonçant le déploiement dans leurs unités d’armes nucléaires dites « tactiques » ou du champ de bataille. Il est donc urgent de retirer ces armes, qu’elles soient américaines ou russes, du continent européen. J’aimerais que la France s’exprime fermement à ce sujet.

 

     Construire la paix apparaît de plus en plus difficile....

 

     Il est vrai que le dialogue, et plus largement les modes pacifiques de règlement des conflits, ne sont pas assez pris en considération lorsqu’il s’agit de régler une crise. C’est trop souvent l’arme des sanctions qui est utilisée, presque de manière réflexe. Les sanctions peuvent être utiles lorsqu’il s’agit de combattre une atteinte au droit international, mais il est contre-productif et dangereux de les lancer sans avoir défini au préalable avec précision l’objectif recherché. Elles ne peuvent en aucun cas se substituer au dialogue ou rendre le dialogue impossible (par exemple lorsqu’elles visent à réduire le potentiel de croissance de l’adversaire).

     Pour ce qui est des tentatives d’hégémonie régionale, l’expérience montre qu’il s’agit d’un objectif difficile à atteindre, sauf, sans doute, dans certaines circonstances, pour une hyperpuissance comme les États-Unis. Toute entreprise en ce sens d’une puissance moyenne se heurte inévitablement à la résistance d’autres puissances du même rang. Si des organisations internationales suffisamment fortes existent pour concilier les intérêts en présence, ce phénomène naturel de concurrence entre États n’est pas nécessairement générateur de conflits.

 

     Quelles pourraient-être selon vous, les pistes pour construire la paix et éviter que le multilatéralisme ne disparaisse ?

 

      Comme je l’ai dit, la construction de la paix passe par le renforcement des institutions internationales, pas seulement dans le domaine de la sécurité, mais aussi dans le domaine économique, de façon à prévenir notamment des guerres commerciales, dont on voit aujourd’hui qu’elles peuvent être dangereuses pour les équilibres politiques et pour la paix.

      La paix se construit aussi sur le terrain du développement durable : dans ce domaine l’action individuelle des États est insuffisante, elle doit être coordonnée et démultipliée par les organisations internationales autour de l’ONU.

     Le désarmement, tout particulièrement nucléaire, est enfin essentiel pour écarter le risque catastrophique d’un emploi de l’arme nucléaire, notamment tactique, dans les zones de tension (régions frontalières de la Russie, « ligne de contrôle » entre l’Inde et le Pakistan). Un désarmement progressif, contrôlé et multilatéral permettrait de restaurer le climat de confiance indispensable aux progrès de la paix. Il devrait notamment conduire les puissances nucléaires à adhérer au traité d’interdiction des armes nucléaires, ouvert à la signature depuis septembre 2017. Il devient urgent que les cinq « pays dotés » de l’arme nucléaire (États-Unis, Russie, France, Royaume-Uni, Chine), qui sont signataires du TNP (Traité de Non-Prolifération), sortent de l’hypocrisie insupportable qui consiste à proclamer qu’ils luttent contre la prolifération, alors qu’ils ne respectent pas ce traité4 et qu’ils alimentent une nouvelle course aux armements.

 

[1] Article 33 de la Charte des Nations Unies : obligation du règlement pacifique des différends

[2] Article 24

[3] États-Unis, Russie, France, Royaume-Uni, Chine

[4] Article 6 du TNP : « Chacune des Parties au Traité s’engage à poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée et au désarmement nucléaire, et sur un traité de désarmement général et complet sous un contrôle international strict et efficace. »

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26 septembre 2018 3 26 /09 /septembre /2018 20:49
Le 26 septembre 1983, l’apocalypse nucléaire a été évitée

        Le choix par l’ONU de la date du 26 septembre pour la journée internationale pour l’élimination totale des armes nucléaires n’est pas un hasard.

 

      Le 26 septembre 1983, c’est grâce à la lucidité et au courage du lieutenant-colonel soviétique Stanislav Petrov qu’une apocalypse nucléaire a été évitée. En effet, le système informatique d’alerte antimissiles avait indiqué le tir de cinq missiles balistiques intercontinentaux en provenance des Etats-Unis. Stanislav Petrov a su détecter qu’il s’agissait d’une fausse alerte nucléaire en raison de la réflexion des rayons du soleil sur les nuages situés au-dessus du site de lancement américain et il en a informé sa hiérarchie.

 

Voir le film "1983, au bord de l'Apocalypse" qui relate l'incident

 

       Trente-cinq ans plus tard, cette date a une résonance particulière, alors que la 73ème Assemblée Générale annuelle des Nations- Unies s’est ouverte hier à New-York. Un an après l’adoption du Traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN) par une écrasante majorité de pays membres de l’ONU, la grande messe des diplomaties devrait passer sous silence le sujet majeur de l’interdiction des armes nucléaires.

 

      Alors que certains responsables n’ont que le mot “multilatéralisme” à la bouche, il est regrettable que les États nucléaires ignorent et méprisent l’opinion des 122 pays qui ont voté l’interdiction de l’armement nucléaire. L’argument selon lequel le TIAN viendrait déstabiliser la sécurité internationale n’est pas crédible, venant de pays qui ne respectent pas les engagements du traité qu’ils ont ratifié, le TNP, notamment son article 6, qui stipule que « chacune des Parties au Traité s’engage à poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée et au désarmement nucléaire, et sur un traité de désarmement général et complet sous un contrôle international strict et efficace. »

 

Communiqué d’IDN (Initiatives pour le Désarmement Nucléaire )

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20 septembre 2018 4 20 /09 /septembre /2018 15:04
La banalisation du racisme

     Alors que le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme font un retour en force dans les discours de certains responsables politiques et même de commentateurs*, je vous conseille vivement de regarder ce remarquable documentaire diffusé hier sur France 3:

"La police de Vichy"  (disponible 6 jours)

     C’est non seulement un témoignage de l’attitude de la police française pendant la période de la collaboration, mais aussi une description des conséquences effrayantes que la banalisation du racisme peut avoir sur l’ensemble d’une société.

     A regarder absolument!

 

    * Lire par exemple dans Politis "Tapis rouge pour idées brunes"

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Faites connaissance avec IDN

 (Initiatives pour le désarmement nucléaire),

dont Paul Quilès est président.

IDN travaille chaque jour à la réduction des arsenaux nucléaires et du risque, intentionnel ou non, d’utilisation de l’arme nucléaire.

IDN oeuvre à construire un monde sans armes nucléaires, pour une paix et une sécurité internationale durables.

Faites connaissance avec

Cordes sur Ciel,

la cité médiévale dont Paul Quilès a été le maire pendant 25 ans.

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site de l'Office du tourisme 

Bibliographie

- 2018: L'illusion nucléaire- La face cachée de la bombe atomique (avec Jean-Marie Collin et Michel Drain)

- 2017: Quelques citations sur les armes nucléaires

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  

- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu) 

- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff ) 

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï) 

- 1992: Nous vivons une époque intéressante 

- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez