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7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 11:34

Ecoutez l'intervention de Paul Quilès, invité des radios RCF, à propos du génocide rwandais.

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6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 22:18
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6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 18:37

Devant la recrudescence d’attaques extravagantes contre la France

à propos du génocide commis au Rwanda en 1994,

l’Institut François Mitterrand rappelle les faits suivants.

 

 ****

 

         " Dès les attaques d’octobre 1990, le Président Mitterrand a compris qu’elles allaient conduire à une guerre civile et engrenage meurtrier. D’où sa décision de tout faire pour l’enrayer. Cette politique française, poursuivie pendant la cohabitation à partir de 1993, a permis d’imposer aux protagonistes les accords d’Arusha, qui :

          • organisaient le partage du pouvoir et le retour des réfugiés tutsis au Rwanda ;

          • permettaient le départ des troupes françaises du pays.

 

        Mais, tragiquement, l’attentat du 6 avril 1994, perpétré par des extrémistes opposés au compromis politique d’Arusha, ruina ces efforts.

 

        De même que la France a été le seul pays au monde, avec la Belgique, à mesurer dès 1990 le risque des massacres et à peser de tout son poids pour un compromis politique, elle a été seule à intervenir, sous mandat du Conseil de sécurité des Nations unies, pour sauver des vies humaines en déclenchant l’opération Turquoise.

 

       Ceci après qu’il soit malheureusement apparu que la “communauté internationale” resterait passive face à ce génocide.

 

       Quelles que soient les appréciations que l’on peut porter sur l’action de la France – dont l’évaluation critique est connue depuis 1998 grâce aux travaux de la mission parlementaire sur le Rwanda –, les accusations de complicité et de participation (!) à ce génocide sont absolument infondées et donc intolérables.

 

      Pour ces raisons, l’Institut François Mitterrand recommande la lecture du texte suivant, lequel répond point par point à ces accusations. Ce document, établi par des experts à partir des témoignages recueillis par la mission Quilès, a été mis à jour avec les nombreux éléments apparus depuis lors, y compris les plus récents."

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6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 17:24

Paul Quilès est intervenu dans le journal de 13 h

 

de France Inter de ce jour

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6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 09:01
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5 avril 2014 6 05 /04 /avril /2014 23:06

      Alors que l’on commémore le 20ème anniversaire de l’épouvantable génocide des Tutsis rwandais, Paul Kagamé, Président du Rwanda, vient de tenir des propos insupportables, en accusant notre pays d’avoir organisé et encouragé ce génocide, d’en avoir été complice et même acteur !

 

       Il appartiendra aux analystes politiques et aux diplomates de décrypter les raisons de cette attitude incroyablement agressive. Il n’est pas impossible qu’elle soit liée aux difficultés du président du Rwanda sur la scène internationale avec les Etats-Unis, l’Afrique du Sud, plusieurs pays européens et avec l’ONU, en raison de son comportement et de ses agissements, notamment au Congo.

 

       J’aurai l’occasion de réagir plus longuement à ces ignominies, comme j’ai eu l’occasion de le faire depuis décembre 1998. C’est à cette date en effet que j’ai présenté le rapport de la Mission parlementaire sur le génocide du Rwanda que j’ai présidée et qui a fait justice des accusations aberrantes émanant de M. Kagamé et de certains milieux français.

 

       Pour mieux comprendre, je vous recommande de lire notamment cet article que j’ai écrit avec Bernard Cazeneuve, rapporteur de la Mission parlementaire, publié dans le Figaro du 28 mars 2009 ("Chercher la vérité sans manipuler")

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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 21:50

Débat sur France Culture,

 

animé par Hervé Gardette

 

entre Paul Quilès, ancien ministre de la Défense

 

et Camille Grand, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique

 

Thème:

      "Que se serait-il passé si Kiev avait conservé ses capacités de dissuasion ?

       Les Russes auraient-ils agi avec la même désinvolture ?

       C’est une des nombreuses questions posées depuis le début de cette crise.

       Question assortie d’interrogations sur un possible effet en cascade.

       Car comment convaincre des pays de renoncer au nucléaire militaire, comme le prévoit le Traité de non prolifération, si cette démarche ne garantit pas en retour une véritable protection ?  "

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30 mars 2014 7 30 /03 /mars /2014 22:40

J'ai signé ce texte avec les responsables nationaux

 

du courant "Maintenant la Gauche"

 

********

      Monsieur le Président,

 

      La défaite est sévère. Son ampleur, son impact sur tout le territoire en dépit du travail de qualité des élus locaux, témoigne d’une volonté des électeurs de gauche de sanctionner les choix politiques engagés depuis le début du quinquennat.

 

     Ce soir, c’est toute la gauche qui est pénalisée. Mais plus que nos partenaires écologistes ou communistes, ce sont les candidats socialistes qui subissent le plus durement le désaveu des urnes.

 

      L’exécutif ne peut rester sourd au message des électeurs. Rien ne serait pire que de relativiser l’ampleur de la défaite. Rien ne serait plus dangereux que de se tromper dans l’analyse de ses causes. Le problème n’est pas de nature méthodologique, il est politique. Le sujet central n’est pas la demande d’autorité, il est le refus de l’austérité. Il ne s’agit pas d’ "envoyer des signaux de gauche" à notre électorat, il faut changer de cap.

 

      Monsieur le Président, vous aviez fait du "redressement dans la justice" le mot d’ordre de votre campagne présidentielle. A juste titre, vous aviez pointé la responsabilité historique du monde de la finance dans les difficultés que traversent notre pays et notre continent. Vous aviez porté haut et fort l’exigence d’une réorientation de la construction européenne, en dénonçant le caractère néfaste des politiques d’austérité. Vous aviez rappelé avec force que "l’âme de la France, c’est l’égalité".

 

      Deux ans après, cette analyse nous paraît toujours aussi pertinente. Force est de constater que, parfois, les actes ont démenti les paroles. Certes, des réformes salutaires ont été entreprises. Certes, personne ne méconnaît la gravité de la crise et le lourd bilan laissé par Nicolas Sarkozy. Certes, l'éradication du chômage de masse requiert du temps et de la constance. Mais, comme nous le faisons inlassablement depuis des mois, nous vous exhortons à changer de cap.

 

      Augmentation de la fiscalité indirecte, flexibilité du marché du travail, réduction à marche forcée des déficits publics, baisse massive du coût du travail : nous ne contestons pas seulement ces solutions parce qu'elles risquent de fragiliser notre modèle social et nos services publics, nous les contestons parce qu'elles s'avèrent inefficaces pour relancer l'activité économique!

 

     Comme vous, nous pensons que les Français attendent avant tout des résultats en matière d’emploi. Comme vous, nous pensons que nous serons jugés sur notre capacité à améliorer concrètement les conditions d’existence du plus grand nombre.

 

     Aujourd'hui, c'est le pragmatisme qui impose d’être audacieux! Parce que la France n’est jamais aussi grande que dans le sursaut, il est possible de démentir les résignés, les fatalistes et les pessimistes. Il n'y a pas qu'une seule politique possible.

 

     Pour réussir une nouvelle étape du quinquennat, il faut remplir trois conditions.

 

     1) A l’échelon européen, il est temps de desserrer l’étau des contraintes du pacte de stabilité. Concrètement, il s’agit dès demain d’engager le rapport de force avec la Commission en lui notifiant non seulement l’impossibilité, mais surtout le refus respecter dans les délais les critères de déficit restrictifs qu’elle nous assigne. La réduction à marche forcée des déficits publics érigée en dogme est absurde en période de croissance atone, alors que c’est précisément l’investissement, et singulièrement l’investissement public qui soutient l’activité. L’austérité conduit l’Europe vers l’abîme, tant elle réduit les protections de ses citoyens sans aboutir à un autre résultat qu’un dumping social qui ne dit pas son nom. La politique monétaire est aujourd'hui plus un handicap qu'un atout, le libre-échange généralisé nous affaiblit. Les Français se moquent d’être présentés comme les mauvais élèves de l’Europe libérale. Au contraire, ils plébisciteraient un gouvernement qui se donnerait comme objectif d’être l’acteur déterminé de la réorientation du projet européen. Proposer un autre chemin pour l’Europe, jeter les bases d’une coalition progressiste contre l’austérité, voilà une façon de "réenchanter le rêve français"

 

      2) Sur le plan intérieur, le temps est venu d'un tournant économique majeur. Plutôt qu’à la "politique de l’offre" et aux coupes massives dans les dépenses publiques, la priorité doit revenir à la croissance, à l'emploi, au redressement productif. A l'évidence, la transition écologique doit en être le fil conducteur.

 

     Le pacte de responsabilité est mort-né. Prenons acte de la position intransigeante du MEDEF, qui refuse toute contrepartie pour le monde du travail. Désormais minoritaire chez les syndicats de salariés, extrêmement coûteux pour les finances publiques, ce pacte n’est pas aujourd’hui le "grand compromis social" que vous aviez souhaité. N'ayons pas peur d’abandonner cette voie. La mobilisation générale pour l’emploi passe par la relance de l'investissement public et par celle de la consommation.

 

      Car il est urgent d'agir pour le pouvoir d'achat. La réforme fiscale est évidemment un outil pour améliorer le quotidien des Français les plus modestes. Mais l'augmentation substantielle du SMIC lors de sa revalorisation annuelle, le dégel des salaires des fonctionnaires, la revalorisation des petites retraites nous paraissent tout aussi nécessaires

 

      3) De même qu’il n’y aura pas de redressement sans justice, il n’y aura pas de réussite de la gauche si elle ne parvient pas à se rassembler. Le changement ne peut devenir une réalité sans la prise en compte des aspirations de la majorité sociale à laquelle nous devons notre majorité politique acquise en 2012. Pour le traduire en actes, la gauche ne réussira qu’avec un nouveau pacte majoritaire qui rassemble, au service de la France, toutes celles et tous ceux qui ont contribué à la défaite de la droite lors de la dernière campagne présidentielle.

 

      Mais au-delà de la gauche, c'est au profond malaise qui traverse notre pays qu'il faut aujourd’hui répondre. Comme à chaque période décisive de son histoire, la France peut retrouver le meilleur d'elle-même en s’inspirant des principes qui font la force et la singularité de son modèle républicain. Respect de la souveraineté populaire, défense de notre modèle social, promotion de l’égalité : en cette "année Jaurès", la République sociale reste un projet fédérateur. Ce projet, il vous appartient de le faire vivre.

 

     Nous espérons que vous entendrez cette adresse, qui se veut une contribution franche et constructive, tournée vers un seul objectif : la réussite de votre quinquennat, celle de la gauche, celle de la France.

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30 mars 2014 7 30 /03 /mars /2014 07:54
Crise ukrainienne: il faut retrouver les voies du dialogue

Je viens de publier cette tribune sur les relations entre les pays occidentaux et la Russie à la suite de la crise ukrainienne.

Elle m'a été demandée par le réseau ELN (European Leadership Network)

Lire aussi la tribune sur le site d'ELN

*****

      Alors que nous commémorons le centenaire de la Première Guerre mondiale, des comparaisons inquiétantes viennent à l’esprit : une crise locale (l’attentat de Sarajevo en 1914, l’annexion de la Crimée par la Russie aujourd’hui), une escalade de la confrontation, puis une catastrophe générale.

  

      Nous ne sommes évidemment pas à la veille d’un cataclysme comparable à celui de 1914. Pourtant, si l’actuel enchaînement des coups de force et des réactions improvisées continuait, on pourrait glisser, sans l’avoir voulu, vers une guerre économique et un retour de la confrontation entre l’Occident et la Russie dont aucun des camps ne sortirait indemne. Des risques d’incidents armés entre Russes et Ukrainiens ne seraient plus à exclure. L’Europe devrait faire face aux graves conséquences pour elle-même d’une campagne de sanctions économiques où elle se serait laissé entraîner. Sur tous les théâtres de crise, de la Syrie à l’Iran, les Occidentaux trouveraient en face d’eux, une Russie acharnée à les contrer. Les espoirs de construction d’une sécurité commune et de désarmement, en particulier nucléaire, seraient réduits à néant pour de nombreuses années.

 

Comment sortir de cet engrenage?

 

       Il faut d’abord reconnaître les maladresses et les erreurs commises.

      

      Du côté de la Russie, elles sont évidentes : pression massive pour forcer l’Ukraine à adhérer à son projet d’union douanière et économique eurasiatique ; utilisation politique de l’arme du gaz ; développement brutal d’une présence militaire en Crimée.

 

       Mais du côté occidental et plus particulièrement européen, aucun dialogue n’a été noué avec la Russie pour tenir compte de certaines préoccupations légitimes. Pourquoi avoir voulu obliger l’Ukraine à choisir entre l’Union européenne et la Russie, alors que ce pays a pour vocation d’être un pont entre ces deux pôles ? Pourquoi ne pas avoir tenu compte du mécontentement des régions russophones d’Ukraine devant une politique trop centraliste et intolérante quant à l’usage des langues ? Pourquoi ne pas reconnaître que le gouvernement intérimaire, qui représente pour le moment quasi exclusivement l'Ouest de l'Ukraine, souffre d'un déficit de légitimité tant que des élections libres n'ont pas eu lieu ? Il ne peut donc être considéré que comme ce qu'il est : un gouvernement provisoire.

 

       La riposte russe consistant à s’emparer de la Crimée par la force et à maintenir une présence militaire inquiétante aux frontières de l’Ukraine est inexcusable, mais on peut regretter qu’elle ait été favorisée par les erreurs européennes et occidentales.

 

La Russie est-elle un partenaire, un rival ou un adversaire?

 

      C’est le fond de la question pour nous, Européens. Considérer la Russie comme un adversaire nous replongerait dans une situation d’affrontement. Des confrontations militaires indirectes seraient inévitables, comme à l’époque de la Guerre froide, mais dans un contexte plus instable et donc plus dangereux. Si nous considérons la Russie comme un simple rival, des accords ponctuels sont concevables, mais sans entente durable et stratégique. Il ne peut alors plus être question d’action commune pour faire face aux grands défis de la planète : renforcement de l’ONU, lutte contre la prolifération et désarmement, développement, climat. Ce qu’il faut donc souhaiter, c’est la restauration d’une relation de partenariat entre la Russie et l’Europe et, plus largement entre la Russie et l’Occident.

 

Quel partenariat?

 

       Une telle relation nécessite un accord entre l’Union européenne, les États-Unis, l’Ukraine et la Russie sur quatre points :

     

      1. Des élections rapides et incontestables doivent être organisées, sous contrôle international. Ceci implique que la Russie cesse ses menaces et que le gouvernement de Kiev n’entreprenne aucune action susceptible d’affecter la sincérité du scrutin (interdiction de partis, arrestation d’opposants, maintien de milices armées par exemple). Au cours de cette période de transition vers une situation juridique stable, le gouvernement ukrainien intérimaire doit veiller à empêcher tout incident ou provocation. Il en va naturellement de même pour la Russie. Les Européens doivent par ailleurs se garder d'encourager ceux qui veulent la victoire totale et sans compromis d'une Ukraine sur l'autre.

       2. Les élections ne devraient pas seulement conduire à la désignation d’un président mais aussi d’une assemblée constituante. Il est en effet indispensable qu’une nouvelle constitution soit adoptée, afin de garantir les droits des russophones et autres minorités et d’organiser la décentralisation du pays.

       3. Du point de vue géostratégique, le futur accord d’association entre l’Ukraine et l’Union européenne devrait tenir compte des intérêts économiques légitimes de la Russie. De plus, une entente de toutes les puissances concernées devrait exclure l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN.

       4. Pour ce qui concerne la Crimée, il n’est pas question de reconnaître le coup de force russe. Dans un premier temps, Russes et Occidentaux ne peuvent donc que constater leur désaccord. Quand les passions seront retombées, il faudra faire appel à l'inventivité des diplomates pour vérifier quel est véritablement le souhait de la population de la Crimée (le statut de la péninsule ne peut pas se décider sans elle) et pour maintenir un lien juridique à définir entre la Crimée et l'Ukraine.

 

       Un accord sur ces points permettrait d’interrompre l’escalade des tensions. Les Occidentaux pourraient alors mettre un terme à leurs sanctions et l’ensemble de la communauté internationale, Russie comprise, pourrait s’atteler à la tâche prioritaire pour l’Ukraine : réussir son sauvetage économique et financier. Parallèlement, l’Union européenne aura la lourde responsabilité d’appuyer l’Ukraine dans l’indispensable réforme de sa gouvernance, mais dans un climat de dialogue et non de confrontation avec la Russie.

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28 mars 2014 5 28 /03 /mars /2014 23:52

L'hebdomadaire Marianne,

 

qui vient de publier un dossier sur le Rwanda

 

à l'occasion du 20ème anniversaire du génocide,

 

m'a interrogé en tant qu'ancien Président

 

de la "Mission parlementaire sur le Rwanda".

 

 

1) Vingt ans après le génocide rwandais, que peut-on ou doit-on reprocher à notre pays dans cette histoire complexe?

 

Au Rwanda, les colonisateurs allemands puis belges avaient systématiquement favorisé - pour s’appuyer sur elle – une élite traditionnelle tutsie qui représentait environ 15% de la population et dont était issu un roi coutumier, le Mwami. Cette couche sociale dominait une majorité hutue (83 % de la population, le groupe des Twas en représentant 2 %). L’ensemble de ces groupes parle la même langue, le kinyarwanda.

 

Pour expliquer mais aussi renforcer ce clivage (qui se retrouve au Burundi et dans l’Est du Congo voisins), les colonisateurs ont développé une théorie raciste : les Tutsis étaient vus comme les descendants de conquérants venus de l’Éthiopie actuelle pour assujettir la masse hutue. Cette vision raciste des rapports sociaux rwandais a été la cause première du génocide.

 

Dans le contexte de l’accession du pays à l’indépendance, de 1959 à 1961, puis jusqu’en 1963, les Hutus renversent la monarchie tutsie et massacrent un grand nombre de Tutsis. Ils s’emparent de leurs richesses et du pouvoir. Près de la moitié des Tutsis s’enfuient en Ouganda, les autres restent. D’où une situation déterminante pour l’évolution politique du Rwanda : les Tutsis de l’extérieur veulent retrouver leur patrie perdue, les Hutus entendent les en empêcher et soumettent les Tutsis de l’intérieur à une discrimination et à des persécutions constantes. L’appartenance ethnique était inscrite à l’état civil et figurait sur les cartes d’identité. Des quotas limitaient à 9 % la présence des Tutsis dans l'enseignement supérieur et l’administration. Des massacres de Tutsis par des Hutus ont été perpétrés à diverses reprises dans les années 60 et 70.

 

À l’indépendance, le régime hutu s’était tourné vers la France. Le Général de Gaulle avait accueilli le Rwanda dans l’ensemble africain francophone. Après 1981, ces liens n’ont pas été mis en cause.

 

En Ouganda, les Tutsis exilés, sous la conduite de Paul Kagamé, ont aidé le président Yoweri Museveni‎ à prendre le pouvoir à Kampala. Dotés d’une organisation armée, le FPR (Front Patriotique Rwandais), ils ont lancé en octobre 1990 une offensive pour renverser par la force le pouvoir hutu. Lorsque le président Juvénal Habyarimana demande son aide, François Mitterrand estime, comme en 1983 au Tchad face à la Libye, que la France doit défendre un gouvernement lié à elle par des accords de coopération, à moins de perdre sa crédibilité de pays garant de la stabilité africaine. Sa politique revêt alors deux aspects indissociables :

 

1) aider, former et équiper les forces armées rwandaises pour les mettre en état de résister à l’offensive du FPR soutenue par l’Ouganda, mais sans engagement militaire direct ;

 

2) parallèlement, obliger le régime hutu à engager un processus de démocratisation englobant toutes les composantes de la société, dans la ligne du discours de La Baule du 20 juin 1990. Pour cela, la France a demandé au président Habyarimana de rétablir le multipartisme et de former un gouvernement de coalition avec l’opposition hutue et tutsie, en vue d’un accord politique avec le FPR pour régler notamment la question du retour des réfugiés.

 

Les extrémistes hutus et le FPR se sont violemment opposés à cette politique, pour la simple raison qu’ils ne voulaient pas partager le pouvoir mais l’accaparer.

 

La France a néanmoins réussi à imposer la négociation et à contraindre les deux camps à conclure le 4 août 1993, les accords d’Arusha, qui organisaient le partage du pouvoir dans les institutions et l’armée. Après la signature de cet accord, les troupes françaises ont été retirées (à l’exception d’une vingtaine de coopérants) et la surveillance de la mise en œuvre du processus de paix a été confiée à une force de l’ONU, la Mission pour l’assistance au Rwanda (MINUAR). Le mandat de cette force très hétérogène était cependant dramatiquement inadapté : elle ne pouvait accomplir que des missions d’interposition ou de surveillance du cessez le feu, sans possibilité de faire usage de ses armes dans d’autres cas que la légitime défense. Cette faiblesse de l’implication internationale a directement favorisé le génocide.

 

Le président Habyarimana pensait que les élections libres prévues par les accords lui permettraient de conserver un rôle central. Il s’est alors éloigné des extrémistes hutus qui, pour saboter les accords d’Arusha, se sont mis à attiser par tous les moyens, la haine raciale et à préparer des massacres de Tutsis à grande échelle. De son côté, le FPR maintenait sa pression militaire.

 

Dans cette situation de tension extrême, la destruction, le 6 avril 1994, de l’avion qui transportait les présidents rwandais et burundais a ruiné les espoirs de paix. Dès l’assassinat de leur président, les Hutus les plus fanatiques ont déclenché, sous prétexte de le venger, des tueries qui ont vite dégénéré en génocide.

 

L’action de la France a alors été limitée et sans doute insuffisante : elle a d’abord pris la forme d’une opération d’évacuation de ressortissants, puis d’une intervention très tardive, le 22 juin 1994, sous un mandat de l’ONU. Cette intervention, connue sous le nom d’opération Turquoise, a permis la protection de la population civile (très majoritairement hutue) fuyant vers le Congo et le sud du Rwanda devant les forces du FPR. Elle a également permis le sauvetage d’environ quinze mille Tutsis.

 

Ce rappel conduit aux observations suivantes : le génocide est d’abord un crime rwandais, produit d’une organisation autoritaire du pouvoir et d’une propagande raciste structurée, dans un contexte de guerre et de crise économique et humanitaire profonde. L’ONU a, quant à elle, laissé le génocide se dérouler sans pouvoir ni vouloir réagir efficacement. L’obstruction américaine a joué un rôle déterminant dans cette paralysie.

 

Quant à la France, elle a sans doute, depuis de Gaulle, prêté trop peu d’attention à la nature des régimes qu’elle soutenait en Afrique. François Mitterrand a voulu rompre avec cette indifférence, lorsqu’il a prononcé son discours de La Baule. Mais, dans une situation de crise intense et de guerre, les nouvelles institutions démocratiques rwandaises ont vite été paralysées par les rivalités ethniques et politiques. La diplomatie française a alors été accaparée par les nécessités de la médiation entre les forces politiques rwandaises et le président Habyarimana. Le soutien français aux forces gouvernementales rwandaises a peut-être été trop marqué lorsqu’il s’est agi de contrer l’offensive du FPR de février-mars 1993. Mais il était alors indispensable de contraindre le FPR à la négociation. Quand le génocide s’est déclenché, la France a été le premier pays à l’avoir explicitement dénoncé comme tel, le 15 mai 1994. Elle s’est également battue, mais sans succès, pour le renforcement du mandat et des effectifs de la MINUAR. Néanmoins, elle a trop longtemps misé sur le cessez-le-feu et a, dans ce but, maintenu (comme les États-Unis) des contacts avec tous les protagonistes, y compris les responsables du génocide, jusqu’en mai. Mais, dans une situation où les forces internationales avaient été retirées, il n’existait plus d’autre espoir d’interrompre les massacres.

 

2) Comment expliquez-vous que certains milieux médiatiques et politiques persistent à accuser la France d'avoir été le bras armé des génocidaires?

 

Les accusations contre la politique française au Rwanda ont parfois été d’une très grande violence. Elles ont confiné à l’absurdité, par exemple lorsqu’il a été soutenu que la France aurait lancé l’opération Turquoise pour sauver les responsables du génocide : ces individus n’avaient nullement besoin de l’aide de la France pour quitter le Rwanda et si elles avaient voulu les aider, les autorités françaises n’auraient certainement pas attendu, comme elles l’ont fait, l’accord du Conseil de sécurité.

 

Certaines accusations sont formulées de bonne foi par des personnes sincèrement bouleversées, qui ne comprennent pas que la France, qui s’était fortement impliquée dans la gestion de la crise rwandaise, ne soit pas tout simplement intervenue militairement pour mettre fin au génocide par la force. Elles sous-estiment les contraintes de la politique internationale et les conséquences du refus catégorique par le FPR de toute intervention française qui l’aurait conduit de fait à limiter ses ambitions de contrôle politique total du Rwanda.

 

D’autres accusations sont calculées et ont pour but de discréditer tout engagement français en Afrique. Elles se sont atténuées dans la période récente en raison, notamment, de l’aggravation des difficultés sécuritaires du continent africain et des responsabilités qu’a assumées la France au Mali ou en Centre Afrique, avec l’approbation de la communauté internationale. Elles sont également devenues moins vives avec la prise de distance des États-Unis à l’égard du régime de Paul Kagamé. Le Rwanda est en effet responsable de graves ingérences dans l’est du Congo. Il appuie en particulier un mouvement rebelle, le Mouvement du 23 mars (M 23), responsable notamment du recrutement à grande échelle d’enfants soldats. Cette ingérence et ces méthodes ont été condamnées par les États-Unis et de nombreux pays européens (Royaume-Uni, Allemagne, Pays-Bas), qui ont suspendu leur aide au Rwanda.

 

À l’origine, les mises en accusation calculées de la France émanaient de personnalités politiques tutsies, africaines anglophones, anglaises, américaines et belges. Elles ont été reprises sans examen critique par une partie de la presse française. Elles ont connu leur plus grande intensité en avril 2004 lorsque le juge Bruguière a voulu explorer la piste, pourtant envisageable, d’une implication du FPR dans l’attentat contre l’avion du président Habyarimana. Kigali a alors publié des rapports très violents où il était par exemple soutenu que les médecins militaires français de Turquoise s’étaient livrés à des refus de soins et à des amputations abusives à l’encontre de Tutsis.

 

3) Votre vision de la tragédie s'est-elle modifiée depuis les travaux de la Mission parlementaire que vous présidiez?

 

Pour l’essentiel, les travaux de la mission parlementaire d’information que j’ai présidée me semblent donner une image fidèle des circonstances de la tragédie rwandaise et de la politique française au Rwanda entre 1990 et 1994. Des précisions ont été depuis apportées par des rapports comme celui de l’ONU et des travaux de chercheurs. Mais je n’y ai pas trouvé d’éléments remettant profondément en cause les conclusions de la mission d’information. Il existe toujours des zones d’ombre concernant en particulier les auteurs de l’attentat contre l’avion du président Habyarimana. De même, on ne sait pas encore quel était le degré exact de préparation et d’organisation du génocide. Les travaux du Tribunal pénal international d’Arusha ne permettent pas de se prononcer définitivement sur ce point. En raison de son ampleur, de la multiplicité des facteurs qui l’ont provoquée, de ses implications, la tragédie rwandaise reste une question brûlante pour les chercheurs, pour le public et pour les responsables politiques.

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Cordes sur Ciel

CORDES

Faites connaissance avec

la cité médiévale

dont Paul Quilès est le maire
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 Avant de venir à Cordes, consultez:

     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez