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8 juin 2017 4 08 /06 /juin /2017 15:30
Monsieur le Président, qu'allez-vous faire?

Lettre ouverte au Président de la République,

 

publiée sur le site de Liberation.fr

 

*********

 

Monsieur le Président de la République

 

Depuis le 14 mai 2017, vous êtes le détenteur suprême et unique du pouvoir de déclenchement de l’apocalypse nucléaire.

 

Avec 21 personnalités* éminentes (dont Nicolas Hulot), j’ai attiré votre attention dès le 30 avril, sur un évènement important qui se déroule en ce moment à l’ONU : la négociation d’une Convention d’interdiction des armes nucléaires. La France a voté contre le principe d’un tel instrument juridique le 23 décembre 2016 et elle n’a pas participé à la première session (mars) qui a rassemblé 132 Etats pour réfléchir et débattre du contenu de ce texte.

 

Nous souhaitons que la France ne continue pas à pratiquer la politique de la chaise vide et qu’elle participe à la seconde session qui se tiendra à New York à partir du 15 juin prochain. Il s’agit d’une opportunité historique qui s’offre à notre pays de montrer la voie vers un désarmement multilatéral négocié, vérifiable et universel, à ne pas confondre naturellement avec un désarmement unilatéral.

 

Pour vous qui voulez rompre avec l’ancien monde et qui souhaitez incarner un visage nouveau de la France, ce peut être l’occasion de montrer que vous n’êtes pas attaché aux concepts éculés d’un monde ancien - celui de la Guerre froide - qui continuent à alimenter la doctrine officielle.

 

Il n’est pas raisonnable de continuer à s’arc-bouter sur le maintien d’une arme que nombre d’experts militaires et stratégiques s’accordent à reconnaître comme obsolète et inadaptée, rappelant furieusement la triste "ligne Maginot". Les principales menaces à notre sécurité proviennent aujourd’hui du terrorisme, des cyber-attaques, de la criminalité organisée, des pandémies, du changement climatique et ne sauraient être dissuadées par un arsenal nucléaire.

 

En outre, on sait avec certitude qu’un emploi même limité d’armes nucléaires dans le monde aurait des conséquences humanitaires catastrophiques pour l’ensemble de la communauté internationale. Comment concilier cette perspective avec l’attachement de la France au respect du droit international humanitaire et à la préservation des populations dans les conflits ? Comment croire encore que la sécurité de notre pays repose sur la capacité d’anéantissement de millions de civils innocents ?

 

En donnant votre accord à une participation de nos diplomates à ce processus, vous élèverez le niveau de confiance internationale, donc de sécurité, et entraînerez avec vous l’ensemble des Etats de l’Union européenne. La France peut faire de cette négociation historique une occasion d’être du bon côté de l’Histoire et de prendre la tête du mouvement vers l’objectif d’un monde libéré des armes nucléaires.

 

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de mes sentiments respectueux.

 

Paul Quilès,

Ancien Ministre de la défense,

Président d’Initiatives pour le Désarmement Nucléaire (IDN)

_______________________________________________________________

* Sébastien Balibar, physicien, membre de l’Académie des Sciences ;

Rony Brauman, ex-président de MSF, enseignant, essayiste ;

Valérie Cabanes, juriste internationale, Porte-parole « Pour en finir avec l'écocide » ;

Gilles Candar, président de la Société d'études jaurésiennes ;

Jean-Marie Collin, expert, vice-président d’IDN ;

Michel Drain, membre de Pax Christi et de Justice et Paix France;

Jean-Pierre Dupuy, philosophe, professeur émérite à l'Ecole Polytechnique, professeur à l'université Stanford

Marc Finaud, ancien diplomate français, professeur associé au Centre de Politique de Sécurité, Genève ;

Christiane Hessel ;

Bernard Hourcade, directeur de recherche au CNRS ;

Nicolas Hulot, militant écologiste ;

Yannick Jadot, député européen ;

Alain Joxe ;

Georges Le Guelte, ancien secrétaire du Conseil des Gouverneurs de l’AIEA;

Francis Lenne, Général de brigade aérienne (2 S) ;

Bernard Norlain, Général d’armée aérienne (2 S), vice-président d’IDN ;

Ivar Ikeland, ancien président de l'Université Paris-Dauphine ;

Jean-Claude Pecker, Professeur émérite au Collège de France, membre de l’Académie des sciences ;

Paul Quilès, ancien ministre de la défense, président d’IDN ;

Monseigneur Marc Stenger, évêque de Troyes, Président de Pax Christi France ;

Annick Suzor-Weiner, présidente de Pugwash France, professeur émérite à l’Université Paris-Sud ;

Thierry Salomon, co-président du mouvement #LesJoursHeureux.

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6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 21:59
Paul Quilès, en avril 2004 à l'Assemblée nationale. (Sipa Press)

Paul Quilès, en avril 2004 à l'Assemblée nationale. (Sipa Press)

Interview de Paul Quilès au JDD

 

Quel regard portez-vous sur le Parti socialiste, à la veille d'élections législatives qui s'annoncent compliquées pour Solferino?


Le Parti socialiste est dans une situation difficile pour de nombreuses raisons. Des raisons historiques, politiques et d'autres liées au choix des hommes. Ceci étant, je n'ai pas l'intention d'en rajouter sur la crise actuelle. Il y a, dans l'air du temps, une attaque contre les partis politiques, le "vieux monde" et la "vielle politique". On va voir assez vite, dans les semaines et mois qui viennent, que les règles de la vie politique française et de notre mode de fonctionnement démocratique vont s'imposer. En disant cela, je ne veux pas non plus considérer que le Parti socialiste n'a pas commis d'erreurs et de fautes pendant la dernière période.

 

Lesquelles?


Je n'ai pas l'intention de les dire aujourd'hui pour ne pas accentuer le malaise. Par contre, je fais partie de ceux qui pensent que le Parti socialiste, une fois qu'il aura fait un examen de conscience approfondi, a évidemment un avenir. Mais cela peut prendre des années. J'ai vécu la renaissance du Parti socialiste dans les années 1970. Il partait de très bas aussi. On pourrait faire une comparaison avec 1969 et l'élection présidentielle avec l'échec de Gaston Defferre [le candidat de la SFIO n'avait alors recueilli que 5,01% des suffrages, NDLR]. Il a fallu de nombreuses années pour que le PS renaisse : il fallait un projet, une orientation, des alliances, un parti et des personnalités politiques ayant une certaine capacité de rassemblement et un certain charisme.

 

Quand vous évoquez les "règles de la vie politique française", vous pensez au clivage droite-gauche?


Evidemment. Ecoutez les journalistes, les hommes politiques, les sondeurs, très régulièrement, nous disons : "celui-ci est de droite" ; "lui est de gauche". C'est un clivage qui est dans le fonctionnement démocratique de la France. Ensuite, qu'il y ait besoin de redéfinir les valeurs qui sont de droite et celles de gauche, c'est une évidence. Mais le gloubi-boulga qui consiste à dire que la droite et la gauche n'existent plus, que les partis politiques sont condamnés… Cela ne tient pas longtemps. La meilleure preuve : le groupe majoritaire s'il est celui du président de la République à l'Assemblée nationale va être obligé de former un groupe et de constituer un parti, qu'il le veuille ou non. Ces règles n'ont pas disparu du jour au lendemain à l'issue d'une période calamiteuse qui est celle d'élections à "huit tours" : primaire de droite, de gauche, élection présidentielle et législatives. Nos institutions fonctionnent-elles bien? Je ne le pense pas.

 

Pourquoi?


Cela fait quinze ans que je répète ce qu'il faut changer dans nos institutions. Aujourd'hui, nous avons le résultat de cette dégradation. A mon avis, deux graves désorganisations sont intervenues dans la dernière période : 2001, avec le passage du septennat au quinquennat et l'inversion du calendrier électoral, à savoir l'automaticité des élections législatives après la présidentielle.  (....)

 

LIRE la suite de l'interview sur le site du JDD

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2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 11:08
Stupidity first !

     Irresponsable, calamiteuse, tragique…. les adjectifs n’ont pas manqué pour qualifier la décision de D.Trump de retirer les Etats-Unis de l’accord de Paris signé par 175 pays lors de la COP 21 pour lutter contre le réchauffement climatique.

 

     On avait cru que le provocateur de la campagne présidentielle s’assagirait une fois aux affaires. Erreur. Devenu Président, Donald Trump reste lui-même et tous ses défauts continuent à se manifester de façon inquiétante.

 

    L’influence du lobby du charbon est indiscutable. Celle de certains de ses conseillers, non plus. On pense par exemple à Steve Bannon, ex-rédacteur en chef du site complotiste, misogyne et ultranationaliste Breitbart News, devenu le principal "conseiller stratégique" à la Maison Blanche!

 

     Mais il ne faut pas sous-estimer, à propos de cette décision, deux autres aspects de la personnalité de D. Trump :

 

- sa méconnaissance grave des dossiers. Voir par exemple cet article et ces photos "Cinq preuves que Trump se trompe sur le climat". Sur un autre dossier, celui de l’Obamacare, son aveu est pathétique : "On ne pensait pas que c’était aussi compliqué" !

 

- son caractère, que certains psychiatres dénoncent comme celui d’un "pervers narcissique mégalo et dangereux" .

 

     Il reste à espérer que des contre-pouvoirs vont se manifester, tant aux Etats-Unis que dans le reste du monde pour empêcher que cette décision stupide ne conduise à accentuer les dégâts causés à la planète par le réchauffement climatique.

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1 juin 2017 4 01 /06 /juin /2017 14:04
Retour sur terre

      Le 17 novembre 2016, j’écrivais sur ce blog :

 

« Malgré les passionnantes (??) annonces que recèle l'actualité sur terre en ce moment, je concentrerai mon enthousiasme ce soir sur l'événement qui me fera vibrer, comme à chaque fois qu'il s'agit de " l'aventure spatiale ". Je veux parler du départ pour l'espace du spationaute français Thomas Pesquet, qui décollera dans quelques heures de Baïkonour avec la fusée Soyouz, en direction de la Station spatiale internationale (ISS). »

 

    Demain, vendredi 2 juin 2017, je ressentirai probablement la même émotion au moment du retour sur terre de Thomas Pesquet, dont la mission dans la station internationale a passionné un très vaste public pendant un peu plus de 6 mois.

 

     A partir de midi 15, sur le site du CNESvous pourrez suivre en direct son retour .

 

      Nous espérons que Thomas Pesquet sera parmi nous à Cordes sur Ciel fin juillet, lors de la 6 ème édition de la manifestation "le Ciel sur Cordes", à laquelle je l’ai invité.

 

     Si vous voulez savoir pourquoi on s'intéresse tant à l'espace dans la cité médiévale de Cordes sur Ciel, lisez "Pourquoi l’espace à Cordes sur Ciel ?"

 

     Je vous recommande aussi de visiter la galerie de photos de Thomas Pesquet, qui rassemble de superbes vues de la Terre et des photos prises dans la station spatiale.

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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 17:03
Après la réunion de Taormina : à quoi sert le G7 ?

     Ceux qui espéraient que le G7 qui vient de se tenir en Sicile pourrait servir à améliorer la gouvernance mondiale devront se rendre à l’évidence. Cette rencontre entre les chefs d’Etat et de gouvernement des 7 pays[1] n’a servi qu’à démontrer le refus de Donald Trump de s'engager en faveur de l'accord de Paris contre le réchauffement climatique.

 

     Tous les autres participants ont réaffirmé « leur engagement à rapidement mettre en oeuvre l'accord de Paris », mais en dépit de leurs pressions répétées, le Président américain n’a pas cédé. "Je prendrai ma décision finale sur l'accord de Paris la semaine prochaine !", a-t-il tweeté en quittant Taormina.

 

     Si l’on veut être optimiste, on peut croire les propos de son conseiller économique qui a déclaré que "Donald Trump évolue "et qu’il est "venu au G7 pour apprendre" !!

 

     En revanche, on peut craindre le pire si l’on se souvient de ses propos violents de campagne ("les USA se retireront de l’accord de la COP 21") et ses premières mesures de détricotage des efforts de B.Obama (remise en  cause "clean air act ", autorisation de forages polluants, décrets favorisant les énergies fossiles telles que le pétrole et le charbon….).

 

     Si les Etats-Unis se retiraient de l’accord de Paris, les conséquences seraient catastrophiques, d’abord parce que ce pays est le deuxième plus gros émetteur de GES (gaz à effet de serre) du monde, gaz responsables du réchauffement climatique, mais aussi parce que cette défection pourrait en entraîner d’autres (Chine, Russie…)

 

     Le seul sujet sur lequel un accord, qui existait avant le début des travaux, a été obtenu concerne la lutte contre le terrorisme. Le rapport[2], qui comporte 15 points, précise que la pression sera accentuée sur les grands groupes internet pour qu'ils luttent davantage contre les contenus radicaux. Il est également fait état, mais de façon assez peu précise, de mesures à prendre face au retour des combattants étrangers[3]Quant à la question préoccupante de la lutte contre le cyber terrorisme, elle  n’est évoquée que sous forme d’une déclaration d'intention, tout en demeurant dans  "le cadre juridique existant".

 

Ecouter mon commentaire lors du Journal de France Culture du 27/5/2017

(à partir de 12’30)

 

     Pas grand-chose n’a été décidé à propos des migrations, sujet pourtant majeur, auquel tenait en particulier l’Italie, alors même que le G7 ne s'était jamais tenu aussi près des côtes africaines. Ici encore, le comportement de Donald Trump a empêché la prise en considération de l'aspect humanitaire du dossier.

 

     Concernant la question du commerce international, autre sujet de friction avec un Donald Trump  tenté par une forme d'isolationnisme, il a été timidement mentionné la lutte contre le protectionnisme.

 

     Dernier sujet, soulevé par le premier ministre japonais, l’attitude à adopter à l’égard de la Corée du Nord à la suite des nouveaux essais de missiles. Face à une situation complexe et qui nécessiterait une analyse approfondie, la réponse à l’emporte-pièce de Donald Trump n’est pas rassurante: « le problème sera résolu » ! 

 

[1] Le G7 réunit les représentants de 7 pays -Allemagne, France, Italie, Grande-Bretagne, Etats-Unis, Canada, Japon- et de l’Union européenne. On parlait de G8 jusqu’à 2014, date à laquelle la Russie a été exclue de la conférence à la suite de la crise ukrainienne.

 

[3] Il a été fait référence au récent attentat de Manchester commis par un Britannique d'origine libyenne, qui pourrait s'être rendu en Syrie après une visite en Libye.

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24 mai 2017 3 24 /05 /mai /2017 20:49
Les ambiguïtés de l’OTAN

     Tribune de Paul Quilès 

publiée sur le site du Monde.fr

 

      « On ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens », disait le Cardinal de Retz. C’est probablement le risque que ne veulent pas courir les responsables des gouvernements européens de l’Alliance atlantique.

 

      Il suffit de se référer aux déclarations confuses, contradictoires ou rédigées dans la plus pure tradition de la langue de bois qui émaillent leurs grands rendez-vous pour prendre la mesure de leur goût pour l’ambiguïté lorsqu’ils se retrouvent en présence de leur allié américain. Ils ont ainsi décidé en 2016 à Varsovie de déployer quatre bataillons de mille hommes chacun aux frontières de la Russie, en principe pour dissuader une attaque russe. Mais on a envie de dire que c’est trop ou trop peu. Trop pour engager avec la Russie le dialogue proposé par l’Alliance lors de ce même sommet de Varsovie. Trop peu s’il s’agit d’arrêter le "déferlement" annoncé des chars russes. À moins qu’il ne s’agisse que de décourager des "menaces hybrides", c’est à dire de se préparer à combattre des manifestations pro-russes. Mais l’essentiel n’était-il pas de donner l’impression qu’on "faisait quelque chose" contre les démonstrations de force du président Poutine ?

 

      La même remarque peut être faite à propos de la posture de dissuasion et de défense adoptée en 2012 à Chicago. Il y est dit que l’Alliance restera une "alliance nucléaire" aussi longtemps qu’existeront des armes nucléaires. Veut-on dire que la dissuasion nucléaire est pérenne, ou accepte-t-on la perspective d’un monde sans armes nucléaires comme le promettait alors le président Obama ? Dans le même document, l’Alliance s’affirme "déterminée à maintenir une combinaison appropriée de capacités nucléaires, conventionnelles et de défense antimissile". Mais aucune précision n’est donnée sur le poids respectif des différents éléments de cette "combinaison appropriée", par nature fonction des circonstances.

 

      Ce n’est pas sur la base de ces déclarations que les Européens pourront mener à bien leur projet de relance de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC). Comme je tente de l’expliquer depuis bien longtemps, il ne saurait y avoir de véritable Europe de la défense sans rédaction d’un Livre blanc, définissant les objectifs politiques communs et les moyens à mettre en œuvre pour les atteindre. La stratégie globale élaborée par la Haute Représentante pour la PESC, Federica Mogherini, donne des éléments d’une "autonomie stratégique" européenne, mais elle n’en tire pas les conséquences concrètes en termes de politique militaire, de politique industrielle et de politique de sécurité orientée vers la réduction des tensions et le désarmement, au premier chef nucléaire. Faute de ce Livre blanc, les Européens seront condamnés à inscrire leur défense dans le cadre d’une doctrine d’abord conçue en fonction des intérêts américains ou bien ils juxtaposeront les mesures partielles, souvent prises au niveau national dans l’urgence d’un événement qu’on n’avait pas anticipé[1]

 

      La brève visite de Donald Trump au siège de l’OTAN à Bruxelles ne changera pas cette pratique de l’ambiguïté. Les désaccords seront masqués par des déclarations publiques d’unité et de fermeté face à la Russie et au terrorisme. Ils seront si heureux d’entendre que le président américain ne considère plus leur alliance comme "obsolète" qu’ils risquent d’accepter, au moins en paroles, ses demandes les moins raisonnables : porter les budgets de la défense à 2 % du PIB, ce qui représente pour la France 44,5 milliards d’euros et pour l’Allemagne 63 ; engager l’OTAN dans la lutte contre le terrorisme, alors que cette lutte n’est pas principalement militaire mais policière et judiciaire.

 

      Comment seront utilisées de telles augmentations de crédits militaires? À financer un système de défense antimissile orienté manifestement vers la Russie et qui risque d’accélérer la course aux armements nucléaires ? À financer la modernisation des armes tactiques américaines[2] installées en Europe et l’achat des appareils américains F35 destinés à les emporter ?

 

      Plus inquiétant encore : dans son discours en Arabie Saoudite, Donald Trump vient de citer l’Iran parmi les pays à combattre pour éradiquer le terrorisme. L’Europe devra-t-elle accepter, au nom de cette lutte, de remettre en cause l’accord de juillet 2015, jusqu’à présent pleinement respecté par l’Iran ? Doit-on risquer une nouvelle crise de prolifération, alors que le défi du programme nucléaire coréen requiert d’urgence une solution politique avec le soutien de toutes les puissances d’Asie du nord-est et au premier chef de la Chine ?

 

      Il faut refuser la logique d’affrontement prônée par Donald Trump. La stabilité internationale ne pourra être garantie que par le respect loyal des accords de non-prolifération et de désarmement signés.

 

      Quant aux dirigeants de l’Alliance atlantique, ils semblent croire que le retour à une politique d’armement nucléaire renforcera leur sécurité. Il n’en est pourtant rien, comme l’ont compris les 132 pays qui négocient actuellement à l’ONU un traité d’interdiction universelle et vérifiée de l’arme nucléaire. Jusqu’à présent, les pays nucléaires ou membres de l’OTAN[3], alliance qui se proclame nucléaire, ont refusé de participer à cette négociation. Pourtant, dans le concept stratégique de l’OTAN de 2010, toujours en vigueur, les pays de l’Alliance se déclaraient "déterminés à tendre vers un monde plus sûr pour tous et à créer les conditions d'un monde sans armes nucléaires, conformément aux objectifs du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires".

 

      Désarmement, dialogue, sécurité commune, telles sont les clefs d’un retour de la confiance en Europe. Je participerai dans les prochains jours à une réunion d’un groupe de travail de 25 personnalités européennes, anciens ministres de la défense ou des affaires étrangères, diplomates, militaires de haut rang pour y faire des propositions en ce sens.

_________________________________________________________________

 

[1] Par exemple : crise du Mali, crise des réfugiés…

[2] 180 B-61, positionnées dans 4 pays européens et en Turquie.

[3] A l’exception des Pays-Bas.

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17 mai 2017 3 17 /05 /mai /2017 16:30
Pourquoi ministre des armées?

      Ainsi, le premier gouvernement d'Emmanuel Macron ne comprend plus de ministre de la défense, mais un(e) ministre des armées.

 

      S’agit-il d’un hasard ou d’une volonté délibérée ? J’aimerais le savoir, parce que je ne pense pas que cette reprise de l’appellation ancienne de ministre des armées, qui date de 1958, au début de la Vème République, soit anodine. 

 

      Depuis 1974, le ministre de la défense est responsable de la préparation et de la mise en œuvre de la politique de Défense. Il est en particulier chargé de l’infrastructure militaire, de  l’organisation, de la gestion, de la mise en condition d’emploi et de la mobilisation des Forces armées. Il a autorité sur les armées et leurs services. Il veille à ce que les armées disposent des moyens nécessaires à leur entretien, leur équipement et leur entraînement. Il est responsable de leur sécurité. 

 

      Je ne pense pas que ces attributions vont changer. En revanche, le signal qui risque d’être donné par le changement d’appellation est celui d’un affaiblissement de la capacité de ce ministère à intervenir dans la définition de la politique de défense et de sécurité de notre pays.

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16 mai 2017 2 16 /05 /mai /2017 20:53
En marche ou en bateau ?

     " En bateau pour 2016" : c’était le titre de mes vœux pour 2016.

 

     En les relisant à la lumière de ce qui se passe en ce moment, je ne peux m’empêcher de prolonger ma comparaison. Embarqué sur ce bateau, je souhaitais que de bons conseils soient prodigués au capitaine du navire," balloté par la tempête, qui tangue et qui prend même l’eau et dont l’équipage peine à garder son cap dans le brouillard". Je suggérais aussi de se tenir "éloigné des canots de secours et de l’atmosphère angoissée que génèrent ceux qui s’apprêtent à les utiliser".           

 

    Aujourd’hui le brouillard ne s’est pas encore levé, il  reste encore quelques canots à bord, le nouveau capitaine et son équipage s’efforcent de définir un cap et tous ceux qui sont embarqués sur le bateau s’efforcent de déchiffrer ce qu’ils entendent.

 

   Revenons sur terre et écoutons : décomposition, recomposition, éclatement, dégagisme, nouveau et ancien monde, nouvelle et ancienne politique, fin des combinaisons, mort des partis….Ces expressions, répétées à satiété par les médias et les réseaux sociaux, entretiennent une confusion, dont on voit bien à quelle fin elle est utilisée par les vainqueurs de l’élection présidentielle et leurs allié(e)s.

 

     Comment vont se comporter les Français qui auront à élire dans un mois une Assemblée nationale, dont la majorité définira la politique du gouvernement ? Il leur faudra certainement une grande capacité de discernement au moment de voter.

 

     Pour l’instant, alors  que la campagne des élections législatives n’a pas commencé, on distingue plusieurs types de comportement :

   

   - il y a ceux qui sont de droite (mais oui, la droite, ça existe…...c’est le nouveau Premier ministre qui le dit !) et qui acceptent l’idée d’une majorité composée de députés de droite et de gauche ;

 

   - il y a ceux qui sont de gauche (mais oui, la gauche, ça existe aussi!) et qui accepteraient aussi ce type de majorité ;

 

   - il y a ceux qui sont de droite ou de gauche et qui souhaiteraient une majorité clairement positionnée ;

 

   - il y a ceux qui veulent tout changer, probables adeptes de la formule de Tancrédi dans  Le Guépard , "il faut que tout change pour que rien ne change" ;

 

   - il y a ceux qui pensent que les partis politiques vont disparaître, sans dire par quoi les remplacer et oubliant l’article 4 de notre Constitution, qui en définit la place dans notre démocratie ;

 

   - il y a enfin ceux qui proclament que les concepts de droite et de gauche sont dépassés (ce que j’entends depuis que j’ai commencé à m’intéresser à la politique !), sans s’interroger sur l’existence de caractéristiques qui différencient toujours clairement la gauche de la droite.

 

     Et c’est bien là que se situe le principal problème pour la gauche. Ces marqueurs qui concernent autant l’affirmation des valeurs (social, économie, questions de société, politique internationale), que les objectifs et les moyens à mettre en œuvre ont été parfois négligés au cours du dernier quinquennat. La confusion qui en a résulté et à laquelle le nouveau Président a pris sa part pendant plusieurs années, est probablement la cause de la confusion actuelle.

 

    Il reste à espérer, en reprenant ma comparaison initiale, que les incertitudes sur le cap suivi par le capitaine du navire et son équipage soient rapidement levées, afin qu’après nous avoir invités à nous mettre en marche, on ne nous mène pas….en bateau

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14 mai 2017 7 14 /05 /mai /2017 06:30

 

 

Monsieur le Président de la République

 

Lors de votre arrivée à l’Elysée, vous participerez ce matin à un entretien privé avec votre prédécesseur, pour le rituel de la "passation des codes nucléaires". C’est un moment grave, puisqu’il sacralise le nouveau Président de la République en le faisant le détenteur suprême et unique du pouvoir de déclenchement de l’apocalypse nucléaire. Vos lointains prédécesseurs ont évoqué à ce sujet la « responsabilité énorme qui pèse sur un seul homme » et sa « solitude effroyable ».


Lors de cet entretien, vous serez assisté du Chef d’Etat- Major Particulier (CEMP) et, plus tard, vous recevrez les conseils et les avis de nombreux experts, civils et militaires. Ils vous recommanderont très probablement de poursuivre la politique menée jusqu’ici.

 

Pour vous qui voulez rompre avec « l’ancien monde » et qui souhaitez incarner un visage nouveau de la France, ce peut être l’occasion d’abandonner les concepts éculés d’un monde ancien -celui de la guerre froide-  qui continuent à alimenter la doctrine officielle.

          

L’enjeu est de taille, puisque, selon l’ancien Secrétaire à la Défense américain William Perry, jamais l’éventualité d’une conflagration nucléaire n’a été aussi élevée qu’actuellement. Tout concourt à abaisser le seuil d’emploi des armes nucléaires, sans parler de la menace invisible de cyber attaques et du danger d’explosion nucléaire terroriste ou accidentelle.

 

Il n’est pas raisonnable de continuer à s’arc-bouter sur le maintien d’une arme que nombre d’experts militaires et stratégiques s’accordent à reconnaître comme obsolète et inadaptée, rappelant furieusement la triste "ligne Maginot". En outre, on sait aujourd’hui avec certitude qu’un emploi même limité d’armes nucléaires dans le monde aurait des conséquences catastrophiques pour l’humanité toute entière. Comment concilier cette perspective avec l’attachement de la France au respect du droit humanitaire et à la préservation des civils dans les conflits ? Comment croire encore que la sécurité de notre pays repose sur la capacité d’anéantissement de millions de civils innocents ?

 

Une opportunité historique s’offre à notre pays aujourd’hui de montrer la voie vers un désarmement négocié, vérifiable et universel, en se joignant aux 132 Etats qui négocient actuellement à l’ONU un traité d’interdiction des armes nucléaires.

 

Grâce à vous, ce serait un nouveau point de départ, qui non seulement renforcerait les obligations du Traité de Non- Prolifération (TNP) mais pourrait également entraîner les pays nucléaires encore absents de cette négociation. La France aurait ainsi saisi l’occasion de prendre la tête du mouvement vers l’objectif d’un monde libéré des armes nucléaires.

 

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de mes sentiments respectueux.

 

Paul Quilès, ancien Ministre de la défense

 

 

PS : Je soumets à votre réflexion ces 2 phrases de Ronald Reagan, Président des États-Unis, dans une interview à Time en 1985. 

« Vous apprenez que des missiles soviétiques ont été lancés, vous savez que, désormais, plus rien ne peut les arrêter et qu'ils vont détruire une partie de votre pays, beaucoup plus grande que ce que vous pouvez imaginer. Et vous êtes assis là, sachant que tout ce que vous pouvez faire est d'appuyer sur le bouton pour que des Soviétiques meurent aussi, alors que nous serons déjà tous morts ».

Lettre à Emmanuel Macron, Président de la République
Lettre à Emmanuel Macron, Président de la République
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13 mai 2017 6 13 /05 /mai /2017 11:44
Nostalgie?

      Est-ce de la nostalgie de rappeler quelques moments de bonheur du "vieux monde" ? Je ne le crois pas, si j’en juge par la façon dont le nouveau Président s’en est inspiré pour célébrer sa victoire le 7 mai 2017.

 

      Je comprends la joie de ceux qui étaient présents au Louvre ce soir là. Et pourtant, un détail surprend ceux qui, comme moi, ont préparé la grande fête populaire qui a suivi l'élection de François Mitterrand le 10 mai 1981. Il a été relevé dans un article du magazine du Mondequi rappelle que la cérémonie du Panthéon (regarder à partir de 3’40) s’est déroulée le jour de son investiture, le 21 mai 1981 et non le jour de son élection, le 10 mai.

 

     Pour revivre quelques instants de la liesse populaire du soir de la victoire historique du 10 mai 1981, voici quelques images….très bruyantes !

 

    Voir aussi "On a repris la Bastille"

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 Avant de venir à Cordes, consultez:

     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez