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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 15:53

A quelques jours de la première représentation à Carmaux

 

du spectacle "Jaurès, une voix pour la paix" ,

 

on m’a posé la question :

 

« Est-ce vraiment utile de parler de Jaurès aujourd’hui ? »

 

      Ma réponse est catégorique : oui, c’est utile et important. Je l’ai expliqué en détail au cours de cet entretien sur CFM 89 :

 

ECOUTER

 

       Dans notre monde si agité, dangereux et parfois difficile à déchiffrer, il est important de mieux situer le rôle et l’action des décideurs politiques.

 

       Le spectacle "Jaurès, une voix pour la paix", au-delà de sa valeur artistique, aide justement à cette prise de conscience, en faisant revivre les grands évènements du siècle écoulé à la lumière des valeurs et des enseignements que nous a légués Jaurès.

 

* Pour en savoir plus sur le spectacle

 

* Pour réserver vos places

 

* Pour soutenir le projet

Parler de Jaurès : utile et importantParler de Jaurès : utile et important
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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 10:07

        Je participerai le mardi 1er octobre à une table ronde, qui se déroulera à Paris à la Maison du Danemark, sur « L'exercice du pouvoir. Action, nécessité, solitude ».

 

       Ce débat est organisé à l’occasion de la prochaine sortie sur ARTE de la saison 3 du film danois « Borgen ». Visionner un extrait.

 

       Thème :

 

      « Le plein exercice de sa citoyenneté devrait passer par une meilleure appréciation des enjeux quotidiens de la politique et des personnes qui en ont la charge.

        Car tel est bien le défi : il s’agit d’une délégation d’un mandat exercé par une personne élue ou nommée et accompagnée par un certain nombre d’acteurs dont le citoyen cerne parfois mal les responsabilités au milieu du bruit médiatique.

       L'objet de cette table ronde est de comprendre le quotidien psychologique et opérationnel de l'individu en position de gérer les leviers du pouvoir. »

 

      Autres intervenants :

 

    - Pierre-Emmanuel Guigo

   Professeur agrégé d'histoire. Doctorant Sciences Politiques Paris. Spécialiste de la communication politique.

 

    - Pierre Schoeller

   Scénariste et réalisateur du film L'exercice de l'Etat (2011)

 

   - Aude Harlé

  Sociologue. Auteure de « Le coût et le goût amer du pouvoir: le désenchantement politique face à l'épreuve managériale »

 

      Le débat sera animé par Claude Soula, journaliste au Nouvel Observateur.

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28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 20:15

      Enfin, des bonnes nouvelles ! L’entretien téléphonique entre Barack Obama et le président iranien Rohani (le premier contact officiel à ce niveau depuis 34 ans) et le vote par le Conseil de sécurité unanime de la résolution 2118 (qui encadre la destruction de l'arsenal chimique syrien) semblent indiquer qu’une voie pour un règlement politique commence à se dégager au Moyen Orient.

 

     Certes, tout n’est pas réglé. En Syrie, la guerre sanglante continue et la liste des horreurs s’allonge : bombardements, massacres, affrontements entre opposants au régime, nombre élevé de déplacés et de réfugiés… En Iran, la « modération » d’Hassan Rohani ne fait pas disparaître les difficultés de la négociation à venir sur le nucléaire.

 

      Malgré cela, je me félicite que cette voie ait été choisie par les diplomaties américaine, russe et iranienne, parce qu’elle peut éviter au Moyen Orient et à la paix du monde des enchaînements guerriers aux conséquences extrêmement graves. C’est la voie que je propose sans relâche depuis des années *, ce qui me permet aujourd’hui de tirer 4 enseignements de la séquence que nous venons de vivre.

 

      1er enseignement : Dans une période de crise internationale aigüe, un pays comme la France, qui n’a pas la puissance des Etats-Unis, peut néanmoins jouer un rôle de « facilitateur », de « défricheur », à condition de proposer des solutions répondant aux problèmes de fond, de ne pas se limiter à des réactions faisant une trop grande part à l’émotion et d’éviter de se contredire dans les déclarations, les postures et les menaces.

 

     2ème enseignement: Le débat autour de la fameuse « ligne rouge » à ne pas dépasser concernant l’utilisation des armes chimiques a été escamoté. On a d’abord eu le sentiment que certains pays entendaient se substituer aux organisations internationales compétentes pour apprécier et juger ces crimes de masse (ONU, Cour Pénale Internationale). Certaines réactions ont ensuite laissé penser qu’il y aurait des victimes « acceptables » et d’autres qui ne le seraient pas ! Ces hésitations ont eu au moins le mérite de montrer l’importance des traités internationaux destinés à empêcher l’utilisation des armes de destruction massive (biologiques, chimiques, nucléaires) et de celles qui visent surtout les civils (armes à sous-munitions, mines anti-personnel). Je constate que certains de ces traités concernant ce qu’on appelle, de façon un peu hypocrite, les « armes inhumaines »** n’ont pas été signés par de grands pays, qui ne se privent pourtant pas de donner des leçons de vertu.

 

      3ème enseignement : Ce qui vaut pour l’armement chimique devrait également s’appliquer aux armes nucléaires, qu’il faut reconnaître comme des armes et pas comme des instruments de pouvoir. Je rappelle d’ailleurs que dans le langage militaire, on désigne ces armes de destruction massive sous le même sigle : armes « ABC » (Atomiques, Biologiques, Chimiques). Il devient urgent d’aller rapidement et de façon transparente vers le désarmement nucléaire, comme le demandent beaucoup de pays et un nombre élevé de personnalités ayant exercé de hautes fonctions dans le domaine de la défense ou des affaires étrangères.

     Ceux qui s’opposent, au nom d’un prétendu « réalisme », à ce qu’ils considèrent comme des rêveries sont les mêmes qui affirmaient il n’y a pas longtemps que le dilemme était « la bombe iranienne ou le bombardement israëlien » ou qui proposaient de se débarrasser de l’armement chimique syrien par des actions militaires. Cette attitude a un nom : le fatalisme. Ce n’est pas ainsi qu’on répond le mieux aux désordres du monde.

 

      4ème enseignement : La suggestion faite par François Hollande à la tribune de l’ONU de supprimer le droit de veto des cinq membres permanents du Conseil de sécurité dans certains cas est bienvenue. Elle rejoint une proposition*** du rapport d’un « Groupe de personnalités de haut niveau » remis au secrétaire général de l’ONU le 2 décembre 2004, qui recommandait que le droit de veto ne soit pas utilisé « en cas de génocide ou de violation massive des droits de l’Homme ». J’ignore l’écho que cette suggestion rencontrera chez les quatre autres partenaires de la France au Conseil de sécurité. Je crains malheureusement qu’ils ne remettent pas en cause le privilège dont dispose le « club des cinq » depuis 1945, privilège aujourd’hui abusif alors que notre monde ne ressemble plus, par bien des aspects, à celui de la fin de la 2ème guerre mondiale.

_________________________________________________________________________________________

* Voir notamment :

http://paul.quiles.over-blog.com/article-iran-un-autre-scenario-100128824.html

http://paul.quiles.over-blog.com/syrie-une-issue-politique

http://paul.quiles.over-blog.com/la-russie-les-etats-unis.et-la-france

http://paul.quiles.over-blog.com/iran-va-t-on-sortir-de-l%E2%80%99impasse

….. mais je sais bien que « ceux qui ont raison 24 heures avant les autres passent pendant 24 heures pour n’avoir pas le sens commun » (Chamfort)

 

** Traités d’interdiction des « armes inhumaines » :

- la Convention d’Ottawa interdisant les mines antipersonnel, signée par 160 pays, entrée en vigueur en 1999. Une soixantaine de pays – notamment producteurs !- ne sont pas signataires (dont USA, Russie, Chine, Inde, Iran…) 10% des stocks ont été détruits.

- la Convention d’Oslo interdisant les armes à sous-munitions, signée par 112 Etats (sauf USA, Russie, Chine, Israël, Inde, Pakistan), entrée en vigueur en 2010.

- le traité interdisant la fabrication et le stockage des armes chimiques.

. Le protocole de Genève (1925) interdisait l’utilisation des armes biologiques et chimiques et des gaz asphyxiants. Les USA ne l’ont ratifié qu’en 1975 !

. La mise au point, le stockage et l’utilisation des armes biologiques ont été interdits par la Convention de 1972, signée par plus de 50 Etats, ratifiée par la France en 1984, par l’URSS et les USA.

. La Convention sur l’interdiction de la mise au point, de la fabrication, du stockage et de l’emploi des armes chimiques et sur leur destruction a été signée à Paris le 14 janvier 1993. Le traité est entré en vigueur le 29 avril 1997. Il a été ratifié par 189 Etats, sauf 7 (Syrie, Egypte, Angola, Corée du Nord, Soudan du Sud, Israël, Birmanie). L’OIAC, organisme de vérification dont le siège est à La Haye, a pour mission de vérifier la bonne application de l’accord. Tous les stocks déclarés n’ont pas encore été détruits, mais les Etats ont pris des engagements concernant le calendrier de destruction.

 

*** Proposition que j’ai reprise en 2005 dans mon livre « Face aux désordres du monde », page 120.

Syrie, Iran : 4 enseignements
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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 11:43

Grand entretien de Paul Quilès dans l'Humanité

 

du 20 septembre.

 

    Après la publication de l'ouvrage "Arrêtez la bombe!", l'ancien ministre, ancien président de la commission de la défense et vice -président de la commission des affaires étrangères a décidé, avec ses amis, de créer une association pour ouvrir le débat public sur la dissuasion nucléaire, en faveur du désarmement. se référant à la figure emblématique de Jaurès, il évoque l'avenir de la gauche.

 

Voici les 10 questions posées.

 

Vous trouverez les 10 réponses directes et parfois détaillées

 

à ces questions

 

sur le site de l'Humanité

 

  1. Comment un ancien ministre de la Défense en arrive-t-il à remettre en cause une « philosophie » considérée comme une évidence depuis des décennies par cette institution ?
  2. Mais, vous dites que la pertinence de la dissuasion nucléaire est maintenant largement mise en cause. Qu’est-ce qui a changé ?
  3. Ces temps-ci les discours qui font de la France une des principales puissances dans le monde sont légion… Qu’en pensez-vous ?
  4. Dans l’ouvrage « Arrêtez la bombe ! », vous considérez, avec un des anciens plus haut-gradés de l’armée française et un expert, que l’arme nucléaire met en péril la survie de l’humanité. Sur quelles bases, affirmez-vous cela ?
  5. Comment expliquez-vous que la culture du désarmement connaisse un recul sensible dans la dernière période ?
  6. On parle beaucoup du risque de la nucléarisation de l’Iran. Qu’en pensez-vous ?
  7. La France n’est pas en pointe sur le désarmement nucléaire. Est-ce dû à l’approbation populaire de la dissuasion dans notre pays ?
  8. Les arbitrages budgétaires confirment la stratégie de dissuasion. Comment se fait-il que votre voix, celle d’un ministre issu des rangs de gauche, ne soit pas entendue ?
  9. Nous entrons dans l’année du centenaire de l’assassinat du fondateur de l’Humanité. Est-ce pour vous la figure politique qui incarne le mieux ce que représente la gauche ?
  10. « Revenir à Jaurès »… Vous êtes initiateur du club Gauche Avenir, qui cherche à unir et à repenser un projet de transformation sociale. Où en est-on aujourd’hui ?

 

            Interview de Pierre Chaillan

Paul Quilès dans "l'Humanité des débats"
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22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 09:31

A l'occasion de la conférence sur le thème du désarmement nucléaire

 

qu'il a donné au Creusot à l'invitation du Collectif pour la paix,

 

Paul Quilès a répondu aux questions

 

du Journal de Saône et Loire. 

 

 

- Que vous évoque le thème choisi cette année: "L’éducation pour la paix"?

 

- Vous avez été chargé des questions de stratégie et de défense au PS de 1995 à 2008. Pourquoi la gauche s’est-elle ralliée à la dissuasion nucléaire ?

 

- Pourquoi le débat de la dénucléarisation ne s’engage-t-il pas plus en France ?

 

                              Réponses:   cliquez ici

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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 22:03

Une bombe atomique américaine, 260 fois plus puissante

 

que celle d’Hiroshima, a failli exploser en janvier 1961

 

aux Etats-Unis, en Caroline du Nord.

 

      Cette révélation est issue d’un document « déclassifié », repris hier par The Guardian et ce matin par Ouest France

 

      " On y apprend qu’en 1961, dans le ciel de Caroline du Nord, un bombardier B-52 s’est disloqué en vol, laissant échapper deux bombes Mark 39 à hydrogène au-dessus de Goldsboro. (....)

 

       L’une des deux s’est comportée exactement comme si elle avait été larguée intentionnellement, malgré les mécanismes de sécurité. Son parachute s’est ouvert et le processus de mise feu s’est enclenché. (....)

 

      La catastrophe a été évitée d’extrême justesse, grâce à un modeste interrupteur à faible voltage. Washington, Baltimore, Philadelphie et même New York auraient pu être touchées, ce qui représente plusieurs millions d’habitants.

 

     Les autorités américaines ont toujours nié que des vies aient été menacées en raison de mesures de sécurité insuffisantes." (....)

 

******

   Cette révélation, qui se trouve page 65

dans le livre "Arrêtez la bombe!" 

que nous avons publié il y a quelques mois,

avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin,

confirme ce que nous expliquions 

sur les risques du nucléaire et

sur la politique du secret qui l'entoure.

On vous l'avait dit!
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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 10:46

 

Confrontation entre Paul Quilès

 

et le général Etienne Copel,

 

dans l'émission de Serge Moati, PolitiqueS,

 

sur la chaîne parlementaire LCP.

Pour visionner,

(entre 23'30 et 42')

 

cliquez ici

 

Dissuasion nucléaire, le débat interdit
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20 septembre 2013 5 20 /09 /septembre /2013 20:54

Entretien avec Paul Quilès

 

                                A lire aussi sur le site de Causeur.fr

 

"De l’interdiction des armes chimiques au désarmement nucléaire"

 

 

1- Dans votre dernière tribune publiée dans Marianne, vous appelez la communauté internationale à contraindre la Syrie à souscrire sans réserves à la Convention de désarmement chimique de 1993. Bachar-el-Assad a  déjà annoncé vouloir signer cette convention.  Hormis faire gagner du temps au régime syrien, et réhabiliter en partie Assad, quel est l’intérêt d’une telle initiative ?

 

        Dès le 28 août, j’ai demandé publiquement que la France, dépositaire du protocole de 1925 interdisant l’emploi des gaz de combat et initiatrice de la Convention de 1993 d’élimination de l’arme chimique, fasse entendre sa voix, en présentant rapidement une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU. Il s’agissait de demander, en complément de toute action pour sanctionner les auteurs du massacre de Damas et prévenir de nouvelles attaques chimiques, l’adhésion immédiate de la Syrie à la Convention de 1993.[1]

 

       L’intérêt de cette initiative aurait été de relancer l’indispensable action diplomatique avec la Russie et la Chine, qui n’auraient pas pu, comme elles l’avaient fait jusque là, opposer leur véto, sauf à apparaître comme cautionnant l’utilisation de l’arme chimique, alors qu’elles sont signataires de la Convention de 1993. La France se serait trouvée au cœur du dispositif politique de résolution du conflit syrien, au lieu de quasiment disparaître de la scène internationale après l’initiative du 9 septembre des Russes, rejoints immédiatement par les Américains.

 

       Aujourd’hui, la priorité est certainement, comme le dit Hans Blix, ancien chef des inspecteurs de l’ONU en Irak, de « faire cesser les souffrances des populations civiles » et il faut souhaiter que la reprise des négociations politiques, malgré toutes les difficultés qui se présentent, le permettra.

 

2- Barack Obama et François Hollande ont fait des armes chimiques une « ligne rouge » à ne pas dépasser.  Or, si l’on additionne les morts des deux camps, la guerre civile syrienne a déjà fait plus de 100 000 morts. En quoi les exactions perpétrées de manière « traditionnelle » sont plus acceptables qu’un bombardement chimique ?

 

       Selon les propos de Barack Obama[2], la « ligne rouge » a été tracée par « le monde ». C’est donc à l’ONU, qui est l’organisation que s’est donnée « le monde », d’apporter des réponses à ce crime. C’est ce qui est en train de se faire, après bien des hésitations et des contradictions dans les discours et les menaces. Ceci étant, vous avez raison, il serait indécent de considérer qu’il y aurait des victimes « acceptables » et d’autres qui ne le seraient pas. Néanmoins, le drame syrien montre à nouveau l’importance des traités internationaux destinés à empêcher l’utilisation des armes de destruction massive (biologiques, chimiques, nucléaires) et de celles qui visent surtout les civils (armes à sous-munitions, mines anti-personnel). Certains de ces traités concernant ce qu’on appelle (de façon un peu hypocrite) les « armes inhumaines » n’ont pas été signés par de grands pays[3] et il serait utile de faire un bilan complet de la situation et de prendre toutes les mesures susceptibles d’éviter de nouveaux drames.

 

3- A entendre Laurent Fabius, l’impuissance de la communauté internationale face à l’usage des armes chimiques en Syrie adresserait un message d’impunité à l’Iran pour poursuivre son programme nucléaire. Les armes chimiques syriennes et le programme nucléaire iranien sont-ils vraiment liés, comme l’affirment le quai d’Orsay et certains néoconservateurs américains ? Le dialogue et la discussion ne sont-ils pas des voies plus constructives pour détacher Téhéran de Damas ?

 

       Il faut arrêter de tout confondre ! L’Iran cherche à l’évidence à développer l’enrichissement de l’uranium. Mais où est le « seuil » entre le nucléaire civil et militaire ? L’approche actuelle n’est pas la meilleure. Les sanctions pénalisent plus le peuple iranien que ses dirigeants, qui considèrent, comme les Français, que la maîtrise de l’armement nucléaire est un signe de puissance. Contrairement aux dirigeants qui ont joué sur cette perspective (Ahmedinejad, Ali Khamenei…), le président nouvellement élu, Hassan Rohani, paraît plus « modéré ».

     

       Les propos de ce dernier il y a quelques jours et l’attitude de Barack Obama à son égard montrent que les choses sont en train de changer. Il n’est plus impossible de penser qu’une négociation pourrait avoir lieu, pour autant que les Américains mais aussi d’autres acteurs, comme Israël, acceptent des mesures de désarmement. Il faut poursuivre le projet de création d’une « zone exempte d’armes de destruction massive » au Moyen-Orient, demandé par la conférence d’examen du TNP (Traité de non-prolifération nucléaire). Certains, dont les Américains, prétendent que l’instabilité de la région empêche tout arrangement de ce type. Mais un tel accord serait précisément créateur de stabilité. Si on parvenait à une interdiction de l’arme chimique dans la zone, comme le fait espérer le récent accord sur la Syrie, une dynamique favorable pourrait être enclenchée.

 

4- Vous avez été ministre de la défense pendant la Guerre froide (1985-1986), où la dissuasion nucléaire était la garantie de la paix. Aujourd’hui vous militez activement pour le désarmement nucléaire. Pourquoi cette évolution ? Est-il souhaitable ou même possible de viser à long-terme un monde entièrement « dénucléarisé » ?

 

       C’est vrai, j’ai évolué. En 1985, lorsque je suis devenu ministre de la défense, nous étions effectivement dans la période de la Guerre froide. Chaque partie menaçait l’autre de destructions massives, de manière à la dissuader de toute action militaire directe. La théorie de la dissuasion pouvait alors justifier l’armement nucléaire, encore que cela soit discutable et il faut bien voir, avec le recul, le délire auquel cela a conduit, notamment avec la folle course aux armements (70 000 ogives nucléaires au début des années 90, de quoi détruire plusieurs fois la planète !)

 

       Depuis, j’ai constaté que les doctrines avaient souvent changé entre 1945, date des premières bombes atomiques lancées sur Hiroshima et Nagasaki et 1989, fin de la Guerre froide. On nous disait à chaque fois qu’il s’agissait de répondre à des nécessités déclarées évidentes.

 

      Par la suite, j’ai découvert que la dissuasion aurait pu échouer et que, par exemple, nous sommes passés très près d’une apocalypse nucléaire en 1983. William Perry, ancien ministre américain de la défense, qui souhaite maintenant le désarmement nucléaire, expliquait dans une récente et passionnante tribune(ignorée en France) les catastrophes qui ont failli se produire à plusieurs reprises avec l’armement nucléaire.

 

       Le langage de la dissuasion m’est apparu comme un discours qui intoxique les dirigeants eux-mêmes. J’ai vu dans les décisions relatives aux systèmes d’armes, notamment nucléaires, l’effet d’un complexe militaro-industriel, déjà dénoncé par Eisenhower en 1961 lorsqu’il a quitté la Maison-Blanche. Entendons-nous bien, il ne s’agit pas d’un complot, mais d’un système. Les industriels veulent des commandes. Les techniciens, les chercheurs et les conseillers défendent leurs travaux et leurs théories. Les militaires demandent des armes toujours plus puissantes. Faute de débat public contradictoire, tous ces acteurs persuadent les décideurs que leurs solutions sont les seules possibles.

 

       En lisant les documents que j’ai publiés sur mon blog , vous comprendrez mieux les raisons de mon évolution. Si j’avais quelque doute sur la pertinence de ma position, je serais conforté par le nombre élevé de personnalités ayant exercé de hautes fonctions au niveau international dans le domaine de la défense ou des affaires étrangères - responsables politiques, anciens chefs d’Etat ou de gouvernement, généraux- qui se prononcent dans ce sens . Ils ont eu à connaître de près le développement de l’arme nucléaire et ils ont même été associés  à l’élaboration des doctrines changeantes de son utilisation. Leur engagement n’est pas anodin et je suis fier de me retrouver à leurs côtés dans ce combat pour un monde plus sûr, débarrassé d’une arme qui, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, pourrait faire disparaître toute vie de la planète.

 

       A ceux qui doutent qu’il est - pour reprendre vos termes- « souhaitable ou même possible de viser à long-terme un monde entièrement dénucléarisé », je conseille simplement de lire les livres que je viens de publier[4] et qui répondent positivement et en détail à cette interrogation. 

___________________________________________________________________

[1]  Cette convention, ratifiée par la quasi-totalité des Etats, à sept exceptions près, dont celle de la Syrie, impose à ses signataires de détruire tous leurs stocks d’armes chimiques, de renoncer définitivement à cette arme et de se soumettre à un mécanisme contraignant de contrôle  international sur place du respect des engagements pris.

[2]  Barack Obama à Stockholm début septembre.

[3]  Traités d’interdiction des « armes inhumaines » :

- la Convention d’Ottawa interdisant les mines antipersonnel, signée par 160 pays, entrée en vigueur en 1999. Une soixantaine de pays – notamment producteurs !- ne sont pas signataires (dont USA, Russie, Chine, Inde, Iran…) 10% des stocks ont été détruits.

- la Convention d’Oslo interdisant les armes à sous-munitions, signée par 112 Etats (sauf USA, Russie, Chine, Israël, Inde, Pakistan), entrée en vigueur en 2010.

- le traité interdisant la fabrication et le stockage des armes chimiques.

         . Le protocole de Genève (1925) interdisait l’utilisation des armes biologiques et chimiques et des gaz asphyxiants. Les USA ne l’ont ratifié qu’en 1975 !

         . La mise au point, le stockage et l’utilisation des armes biologiques ont été interdits par la Convention de 1972, signée par plus de 50 Etats, ratifiée par la France en 1984, par l’URSS et les USA.

         . La Convention sur l’interdiction de la mise au point, de la fabrication, du stockage et de l’emploi des armes chimiques et sur leur destruction a été signée à Paris le 14 janvier 1993. Le traité est entré en vigueur le 29 avril 1997. Il a été ratifié par 189 Etats, sauf 7 (Syrie, Egypte, Angola, Corée du Nord, Soudan du Sud, Israël, Birmanie). L’OIAC, organisme de vérification dont le siège est à La Haye, a pour mission de vérifier la bonne application de l’accord. Tous les stocks déclarés n’ont pas encore été détruits, mais les Etats ont pris des engagements concernant le calendrier de destruction.

[4] « Nucléaire, un mensonge français » (Editions Charles Léopold Meyer) ; « Arrêtez la bombe ! », avec le Général Norlain et Jean-Marie Collin (Editions du Cherche Midi)

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15 septembre 2013 7 15 /09 /septembre /2013 22:43

Que faut-il penser de l'accord

 

entre la Russie et les Etats-Unis

 

sur le désarmement chimique de la Syrie

 

et du rôle qu'aurait pu jouer la France

 

****

Regardez l'interview de Paul Quilès

 

à la fête de l'Humanité

La Russie, les Etats-Unis....et la France
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14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 22:22

François Mitterrand et son rôle méconnu

 

dans l'accord de 1993 entre Israël et les Palestiniens

 

 

Il faut vraiment lire cette tribune, publiée par Le Monde,

d’Uri Savir, chef de la délégation israélienne

lors de la négociation des accords d'Oslo

signés le 13 septembre 1993.

 

       Il raconte pour la première fois le rôle qui fut celui de François

Mitterrand dans les accords d'Oslo, tentative de processus de paix

israélo- palestinien.

 

       A méditer par ceux qui pensent que le conflit entre Israël et la

Palestine ne peut pas trouver d’issue politique.    

 

      A méditer aussi par ceux qui doutent du rôle que peut jouer

la France pour aider au règlement politique

des crises internationales.

Israël et Palestine
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Cordes sur Ciel

CORDES

Faites connaissance avec

la cité médiévale

dont Paul Quilès est le maire
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 Avant de venir à Cordes, consultez:

     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez