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19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 08:52

         Tribune de Paul Quilès et Shlomo Ben Ami *

 

    publiée dans Le Figaro du 19 juin 2013.

 

       Le résultat de l’élection présidentielle iranienne va-t-il permettre de sortir de l’impasse dans laquelle sont enfermées les relations entre l’Iran des mollahs et la communauté internationale ? L’accession à la présidence de la République islamique de Hassan Rohani, qui avait accepté en 2004 de suspendre les activités iraniennes d’enrichissement d’uranium, ouvre-t-elle de nouvelles perspectives et contraindra-t-elle le Guide, Ali Khamenei, à davantage de souplesse dans les négociations ?

 

      Il faut le souhaiter, car l’épreuve de force dure depuis plus de onze ans. Pendant tout ce temps, on a assisté à la répétition incessante du même scénario : des demandes catégoriques des grandes puissances et du Conseil de sécurité de l’ONU suivies d’apparentes concessions iraniennes, bientôt reprises. Puis de nouvelles demandes et de nouveaux faux-fuyants.

 

      Au-delà de cette comédie diplomatique, une réalité semble s’imposer derrière la scène : malgré les contrôles sur les exportations, malgré les actions de contre prolifération, malgré des sanctions financières et commerciales qui ruinent son économie, l’Iran progresse vers son but, qui est de maîtriser le cycle du combustible nucléaire et de produire assez de matière fissile pour pouvoir développer une arme nucléaire lorsqu’il le décidera.

 

Une alternative catastrophique

 

      Faut-il conclure à l’échec de la diplomatie et, comme Nicolas Sarkozy il y a six ans, évoquer, en des termes trop simples, une « alternative catastrophique : la bombe iranienne ou le bombardement de l’Iran » ? Car dans les faits, il n’y a, pour l’ensemble des parties, aucune autre perspective que la négociation. L’enjeu est bien, comme François Hollande l’a souligné le 8 mars dernier à l’occasion de sa rencontre avec Shimon Peres, de « convaincre les autorités iraniennes de prendre les négociations avec le plus grand sérieux et de trouver une issue qui permette de donner toutes les garanties que l’Iran, grand pays, n’a pas à accéder à l’arme nucléaire ».

 

      Pour l’Iran, la poursuite de l’actuelle confrontation est périlleuse : la répression ne suffira pas éternellement à contenir le mécontentement provoqué par la dégradation continue de son économie et la menace d’une action militaire s’alourdit à mesure que le temps passe. Pour les États-Unis, l’Europe et Israël, le recours à la force serait une demi-mesure et un échec sérieux. Une demi-mesure parce que l’action de force retarderait le programme iranien sans l’arrêter (on ne bombarde pas un savoir-faire technologique), un échec sérieux parce qu’elle aggraverait les fractures diplomatiques du monde, multiplierait les dangers et transformerait l’Iran de réprouvé international en victime d’une agression illégale, car non autorisée par l’ONU.

 

Quel compromis ?

 

      Un compromis reste possible. Il reposerait sur les éléments suivants :

-  l’acceptation, une fois la confiance établie sur la nature exclusivement pacifique du programme iranien, d’une capacité d’enrichissement contrôlée, encadrée et plafonnée à un niveau civil, dans la ligne de l’accord proposé par le Brésil et la Turquie en 2010 ;

- l’application du régime renforcé de contrôle de l’AIEA sur tout le territoire de l’Iran ;

- la surveillance stricte des flux d’uranium quelle qu’en soit la forme.

 

       En contrepartie, les sanctions seraient levées progressivement et la coopération dans les applications nucléaires manifestement dépourvues de tout caractère militaire pourrait reprendre progressivement, conformément au TNP (Traité de Non-Prolifération), qui reconnaît le « droit inaliénable » des États non-dotés de l’arme nucléaire à conduire des activités nucléaires pacifiques, « sans discrimination ».

 

      Pour parvenir à une solution de ce type, il faut encore que les stratégies occidentales et iraniennes se rejoignent. L’Iran doit renoncer à se donner une garantie illusoire de sécurité en accédant au « seuil » de l’arme nucléaire. Les États-Unis et l’Europe doivent miser sur le combat politique et diplomatique pour faire évoluer le régime iranien.

 

Une zone exempte d’armes de destruction massive au Moyen Orient

 

      Pour parvenir à cette convergence des stratégies, il nous paraît indispensable d’élargir le champ de la négociation et de poser clairement le problème de l’élimination de toutes les armes de destruction massive du Moyen-Orient.

 

      L’obstination iranienne et les réticences russes et chinoises à l’égard d’une accentuation des pressions et des sanctions s’expliquent aussi par le sentiment que l’Occident pratique à l’égard de l’Iran une politique des « deux poids, deux mesures ». Le refus de reconnaître le problème posé par les capacités nucléaires attribuées à Israël en fait « le secret le plus mal gardé du monde ». Ce n’est que récemment que la question des armes chimiques syriennes a été dramatiquement posée. Mais personne ne parle du refus de l’Égypte d’adhérer à la convention d’interdiction de l’arme chimique, Israël l’ayant signée mais suspendant toujours sa ratification. Or, pour l’Égypte comme pour la Syrie, l’arme chimique semble être considérée comme l’instrument de la « dissuasion du pauvre ».

 

      Le principe d’une conférence internationale sur la négociation d’une zone exempte d’armes de destruction massive au Moyen-Orient a été acté lors du dernier examen de la mise en œuvre du traité de non-prolifération. Son lieu a été fixé (Helsinki) mais sa date a été repoussée à une échéance indéterminée. L’obstacle invoqué pour justifier sa non-tenue est la persistance des tensions régionales et le blocage du processus de paix israélo-palestinien. Cet argument peut sembler étrange, dans la mesure où la finalité de cette rencontre consiste justement à tenter de lever les tensions !

 

Un changement radical d’approche

 

      Il faut reconnaître que la question des activités nucléaires iraniennes n’est qu’un élément de la problématique globale de construction d’une architecture de sécurité et de coopération au Moyen-Orient, qui a été posée dès le début des années 90. C’est ainsi que la conférence de Madrid de 1991 sur la paix entre Israël et les Palestiniens avait permis la constitution d’un groupe de travail israélo-arabe sur le contrôle des armements et la sécurité au Moyen-Orient. Les discussions au sein de ce groupe de travail ont certes achoppé sur la question de la création d’une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient, Israël considérant que la question du nucléaire ne pouvait être négociée que dans le cadre d’une paix globale. Mais tous les participants reconnaissaient le lien unissant l’ensemble des questions de sécurité dans la région.

 

      La solution du problème iranien ne peut pas être trouvée dans la répétition indéfinie d’une démarche manifestement sans issue. Elle ne passe pas non plus par une nouvelle confrontation armée aux conséquences incalculables. La nouvelle configuration du pouvoir à Téhéran offre à la communauté internationale une chance à saisir sans délai.

 

      Il faut donc un changement radical d’approche, qui suppose que quatre conditions soient remplies :

-  ne plus dissocier les activités nucléaires iraniennes de leur contexte géopolitique;

 

- s’engager véritablement en faveur d’une conférence sur une zone exempte d’armes de destruction massive au Moyen-Orient;

 

- ramener Israéliens et Palestiniens à la table des négociations, ce qui implique qu’Israël cesse de préempter un éventuel accord final par la construction de nouvelles implantations;

 

-  et, face au chaos qui menace, parvenir, avec toutes les parties intéressées, à un règlement politique de la crise syrienne.

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* Paul Quilès est ancien ministre français ; Shlomo Ben Ami est ancien ministre israélien ; tous deux sont signataires de l’appel de Global Zero pour un désarmement nucléaire multilatéral.

Iran : va-t-on sortir de l’impasse ?
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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 11:10

    

 

Invité par Martine Aubry, maire de Lille,

 

je serai présent demain

 

à la cérémonie organisée dans sa ville

 

en hommage à Pierre Mauroy.

 

 

Ecouter les enseignements de Pierre Mauroy

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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 09:12

Jean-Marie Colin,

 

co-auteur avec le général Bernard Norlain et moi

 

du livre "Arrêtez la bombe!" 

 

s'exprime sur les failles de sécurité

 

concernant la base de sous-marins nucléaires de l'Ile Longue

 

révélées par l'enquête du Télégramme

 

Visionner son interview sur France 3 Bretagne

Sécurité de la base nucléaire de l'Ile Longue
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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 16:26

 

Sur Sud Radio, Paul Quilès parle de Pierre Mauroy,

 

qui vient de décéder

 

et des enseignements

 

qu'il tire de son action politique.

 

ECOUTER

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8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 17:43

Dans un discours devant le Parlement japonais,

François Hollande vient de demander que le Japon devienne membre

permanent du conseil de sécurité de l’ONU.

 

      C'est la position traditionnelle de la France, qui souhaite que des pays comme l’Allemagne, le Brésil, l’Inde et le Japon puissent accéder à un siège de membre permanent. C'est également ce que j'ai proposé en 2005 dans un livre* "Face aux désordres du monde", qui évoquait longuement la nécessaire réforme de l'ONU.

 

      Je vois cependant dans cette initiative solennelle la confirmation de ce que j’affirme depuis des années, à savoir qu’il n’est pas nécessaire de posséder un armement nucléaire pour être membre permanent du Conseil de sécurité** et pour faire entendre sa voix au niveau international !

 

     Je salue ce rappel, qui contredit le discours habituel des défenseurs de la « bombe » et qui montre la nécessité d’un débat sérieux sur la pertinence de l’arme nucléaire, de façon à faire apparaître au grand jour le caractère fallacieux de la plupart des arguments avancés pour justifier son utilité.

 

      Pour en savoir plus:   Lire « Arrêtez la bombe ! »

                                               Lire les articles de ce blog sur ce thème

 

*   écrit avec Alexandra Novosseloff

**  Les 5 membres du Conseil de sécurité de l’ONU ont été désignés en 1945, lors de la mise en place de l’ONU. Ce sont les « vainqueurs » de la seconde Guerre mondiale : les Etats-Unis, la Russie (qui a remplacé l’Union Soviétique), la Chine populaire (qui a remplacé la Chine nationaliste), la Grande Bretagne et la France. Ce choix n’a donc rien à voir avec la détention de l’arme nucléaire, qui est intervenue en 1945 (Etats-Unis), en 1949 (URSS), en 1952 (Grande Bretagne), en 1960 (France), en 1964 (Chine).

Le Conseil de sécurité de l'ONU

Le Conseil de sécurité de l'ONU

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5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 17:13

Jeudi 6 juin, les socialistes voteront pour décider de la

 

méthode que le Parti socialiste défendra pour

 

réorienter la construction européenne.

 

Voici la position du courant "Maintenant la gauche"

 

et la raison d’être des 4 amendements

 

qu’il présente et que je voterai.

                                                                            

                                                                Paul Quilès

 

 

      «  Face au risque de risque d’un délitement irréversible du pacte fondateur européen dans l’impasse austéritaire, il y a urgence pour le premier parti de la gauche à porter une orientation forte pour le sursaut en Europe. Le PS doit avoir une vision claire et un agenda précis.

 

      Le Parti socialiste a affirmé la nécessité d’une alternative à l’austérité en Europe. Nous appelons à une politique de relance en France et en Europe.

 

      Nous ne portons pas la même vision de l’avenir de l’Europe que les conservateurs européens. Nous proposons que le Parti socialiste s’engage sur les moyens à mettre en œuvre pour atteindre les objectifs que nous pouvons partager collectivement.

 

      Au moment où les politiques conservatrices, centristes ou social-libérales conjuguées tuent l’idée européenne et nourrissent les souverainismes de droite et de gauche, nous devons absolument démontrer notre capacité en portant un discours offensif et constructif sur la réorientation de la construction européenne.

 

      Nous avons donc décidé de proposer 4 amendements*, qui condensent les questions-clés pour les prochaines années en Europe : mettre la croissance et l’emploi avant la réduction des déficits, pour un véritable plan de relance européen, mettre la BCE au service de l’économie réelle, refuser le traité transatlantique.

 

      La gauche du PS français n’est pas isolée en Europe et Maintenant la Gauche se réjouit qu’un nombre croissant de parlementaires et de responsables socialistes ou sociaux-démocrates dans les pays de l’UE, se mobilisent en pour infléchir les choix européens. Notre appel « une autre Europe est possible », lancé avec des responsables et parlementaires du SPD et de Die Linke (Allemagne), du SPÖ (Autriche) et du SEL (Italie) a connu un large écho.

 

      Notre responsabilité est donc claire : profiter de cette dynamique et l’amplifier pour créer le rapport de force nécessaire à la réorientation de la construction européenne. »

 

Amendement 4 : le Pacte de stabilité .....Argumentaire

 

      La priorité à la question sociale va de pair avec l’impératif de relance de l’économie.   Le pacte de stabilité ne s’applique déjà plus sous la pression des faits – la récession – et de la réorientation de la politique européenne défendue par François Hollande. Il doit être maintenant révisé. 

 

      Les dépenses d’investissements doivent être exclues du calcul des déficits, son fonctionnement doit rejeter la logique de sanction et introduire celle de coopération. 

 

      Le dogme du 3 %, chiffre sans aucune valeur économique, doit être reconsidéré. Le calendrier de réduction des déficits, pour être réaliste, doit tenir compte du cycle économique et de la nécessité de lutter contre le chômage.

 

Amendement 8 : la politique de l’Euro....Argumentaire


      Par la force des choses, le rôle de la BCE est devenu central pendant la crise. Pour autant, une réforme de la politique monétaire européenne et des statuts de la BCE est indispensable afin de faire de la croissance et de l’emploi des objectifs prioritaires. 

 

      En outre, la BCE doit pouvoir prêter directement aux États-membres sans contreparties. Enfin, une politique de change doit être impulsée avec pour objectif de mettre fin à la politique de l’euro fort.

 

Amendement 10 : l’accord de libre-échange transatlantique avec les USA ..... Argumentaire


       Il faut suspendre les négociations pour un accord de libre-échange avec les États-Unis. La mise en œuvre de cet accord va à l’encontre du projet d’une Europe forte et indépendante dans un monde multipolaire. Ce serait en outre, diluer davantage les solidarités européennes dans un grand marché transatlantique. 

 

        D’autres voies de coopération avec les États-Unis peuvent être promues mais l’accroissement du tout-concurrence n’est pas acceptable.

 

Amendement 13 : le budget européen....Argumentaire


        Le compromis proposé par le Conseil européen est largement insuffisant pour faire face à la crise. Nous demandons aux parlementaires européens d’obtenir par leur vote la renégociation de ce compromis et d’exiger du Conseil un budget ambitieux. 

 

       A terme, la construction d’une Europe de la croissance et de l’emploi implique la mise en place d’un vrai budget d’intégration solidaire, représentant au minimum 5 % du PIB européen.

Une autre Europe est possible
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29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 22:19

De g à dr Philippe Layeb de Planète Science, Didier Huc CPE, Paul Quilès Maire, céline Arnaud et Frédéric de Dguebouadze du CNES.

Comme l'an dernier, Cordes sur ciel va se mettre à l'heure spatiale.


L'opération "Le ciel sur Cordes" se déroulera

 

du 29 juillet au 9 août.


Lire l'article de La Dépêche du Midi

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29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 21:50

Un film qui rend bien compte de l'ambiance de la Guerre froide,

 

à regarder sur le site ARTE +7

 

(disponible encore quelques jours)

 

       " Le 24 février 1968, le sous-marin soviétique K-129 quitte Vladivostok. Quelques jours plus tard, il fait naufrage.

 

        Début mai le sous-marin américain Scorpion appareille d'un port espagnol pour aller espionner des navires soviétiques au sud des Açores. Le 22 mai, il est porté disparu.

 

        Dans les deux cas, les gouvernements et les militaires se retranchent derrière le secret défense et mènent des campagnes de désinformation systématiques.

 

         Quelles thèses accréditer aujourd'hui ? Le K-129 a-t-il été victime d'une collision avec un bâtiment américain ? Pourquoi se trouvait-il à des milles de son itinéraire prévu ? Était-il aux mains d'une bande de mutins qui n'obéissaient plus à Moscou ? Le Scorpion a-t-il été coulé en représailles par les Soviétiques ?

 

       Anciens des services secrets, ingénieurs, militaires et veuves des sous-mariniers soviétiques et américains témoignent".

 

      (film allemand-ZDF-2009)

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25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 18:00

© A.G. / CCJe vous recommande de visionner, si vous ne l'avez vu,

 

ce remarquable film de Cap Sud-Ouest

 

 diffusé aujourd'hui sur France 3,

 

qui raconte l'histoire du pays albigeois

 

et notamment de Cordes au XIIIème siècle

 

et qui présente de superbes images

 

de ce territoire qui m'est cher.

 

VISIONNER LE FILM

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25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 17:26

Intervention de Paul Quilès

 

 au Colloque de MONS- 22-24 mai 2013 

 

 INTRODUCTION

 

             Le nucléaire a toujours été entouré de mystère et d’une volonté affirmée de garder secret nombre d’informations et d’éléments de nature tant technique que politique et stratégique. Au début de « l’ère nucléaire », il s’agissait de discrétion, car on considérait que la maîtrise des techniques et la possession de l’arme faisaient partie de secrets militaires, qu’il ne fallait pas divulguer. La course démentielle aux armements qu’a connue le monde entre 1945 et le début des années 90, aussi bien en termes de volume que de modernisation, a conduit à empêcher tout débat sur la pertinence de l’arme nucléaire des doctrines qui justifiaient son existence.

 

            A l’évidence, le monde d’aujourd’hui n’est plus celui de la Guerre froide, avant 1989. Et pourtant, la question de l’armement nucléaire et de son utilité est toujours peu abordée, sauf dans des milieux assez fermés. Pour la majorité des Français, le sujet semble très loin de leurs préoccupations quotidiennes et les incertitudes générées par la crise économique les inquiètent beaucoup plus.

 

            On peut comprendre qu’à l’époque de la guerre froide, dans un monde marqué par le face à face entres les blocs soviétique et américain, la présentation de l’arme nucléaire comme garantie absolue de la sécurité de la France avait de quoi rassurer…..même si cela peut être jugé aujourd’hui comme illusoire.

 

            Mais chacun voit bien que le monde a changé et que les menaces ne sont plus de même nature. Malgré cela, le discours officiel, largement relayé par les prescripteurs d’opinion, fait toujours appel aux mêmes formules lénifiantes, assez fortes pour ne pas nécessiter de démonstration. Elles forment la base d’un discours officiel qui postule l’existence d’un « consensus », en réalité par défaut, puisque le débat public n’a pas encore eu lieu !

 

            En France, l’engagement éventuel de l’arme nucléaire est devenu, depuis le décret du 14 janvier 1964, une prérogative absolue du Président de la République. François Hollande, qui a réaffirmé que « la dissuasion nucléaire demeure encore aujourd’hui la garantie fondamentale de notre sécurité », doit considérer qu’il n’y a pas lieu par conséquent de débattre de la pertinence de l’arme nucléaire (exemple : absence du nucléaire dans le récent Livre blanc !)

 

            Il s’appuie aussi sur le prétendu consensus dont ferait l’objet cette doctrine, qui se nourrit d’affirmations selon lesquelles l’arme nucléaire serait notre « assurance vie », qu’elle ne coûterait pas cher et que, grâce à sa capacité dissuasive, elle resterait une « arme de non emploi ». On nous dit aussi que « l’arme nucléaire a permis la paix pendant 60 ans », qu’elle « assure l’indépendance de la France » et que, grâce à elle, notre pays « peut maintenir son statut de grande puissance et se faire entendre dans le monde ».

 

            Toutes ces affirmations sont contestables. Par exemple, l’argument du « statut », qui fait référence (à tort)  à la présence de la France parmi les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU parce qu’elle détient l’arme nucléaire, ne tient pas. De plus, comment ne pas souligner la contradiction qui consiste à la fois à dénoncer la prolifération nucléaire et à mettre en avant l’argument du « statut » que donnerait la possession de la bombe ! Cet argument peut pousser des pays, désireux de faire eux aussi entendre leur voix, au niveau régional par exemple, à acquérir un tel armement.

 

            Pour mieux comprendre comment les responsables politiques construisent leurs décisions et engagent leurs actions dans le domaine de l’armement nucléaire, il faut d’abord examiner comment cette question est abordée par ceux qui en sont les acteurs et les observateurs.

 

            En France (mais probablement aussi dans d’autre pays disposant de cet armement), les responsables politiques, dans l’opposition ou au pouvoir, sont conseillés par des militaires, eux-mêmes sous influence des industriels et des experts. Ces influences sont encore plus marquées lorsqu’elles s’exercent auprès des décideurs du plus haut niveau de l’Etat.

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Recherche

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CORDES

Faites connaissance avec

la cité médiévale

dont Paul Quilès est le maire
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 Avant de venir à Cordes, consultez:

     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez