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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 10:11

          Depuis le 11 janvier, date de l’intervention militaire de la France au Mali, nombre de nos concitoyens ont découvert ce pays africain et sa situation préoccupante.

      

         Il est vrai que la médiatisation autour des nombreux lieux de tension et de conflits internationaux, ainsi que le débat public omniprésent sur le mariage homosexuel, ont éloigné l’attention des Français du drame qui se préparait dans ce pays depuis un an. Certains responsables, dont je suis, avaient pourtant poussé un cri d’alarme dès avril 2012 sur ce que j’appelais alors (voir sur ce blog:«  les risques d’un Mali effondré  ».

 

            Aujourd’hui, même si la pression semble avoir baissé, il est essentiel de bien s’informer pour éviter de se laisser abuser par les simplifications médiatiques et les formules du langage guerrier, qui décrivent mal la complexité de la situation. 

 

            De nombreux documents ont rappelé l’origine des difficultés de ce pays, dont certaines datent de l’époque coloniale. Le développement du Nord (l’Azawad) a été négligé et, après l’indépendance en 1960, l’opposition entre le pouvoir central de Bamako et la population du Nord (peuplé en grande partie de Touaregs) a conduit à plusieurs reprises à des rébellions. En 1991, un « pacte » a accordé une forme d’autonomie au Nord, mais rien n’a été fondamentalement réglé, si bien qu’une nouvelle rébellion a éclaté en 2012.

 

            La faiblesse de l’armée malienne, imputée à l’incompétence du pouvoir civil, a eu comme première conséquence le coup d’Etat militaire du Capitaine Sanogo à Bamako, fin mars. Les pressions internationales ont permis de remettre en place un pouvoir civil, mais sans légitimité. L’autre conséquence a été que le MNLA[1] a pu prendre le contrôle du Nord, en s’alliant aux mouvements djihadistes implantés dans cette région (Ansar Dine, Mujao, AQMI). Les exactions de ces derniers ont amené le MNLA à rompre avec eux dés le mois de juin 2012. C’était malheureusement trop tard et les ambitions territoriales des islamistes sont devenues un danger manifeste pour la région.

 

            Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est alors saisi du dossier, mais il a fallu attendre sa résolution 2085 du 20 décembre 2012 pour que soit décidée la création d’une force d'intervention, la MISMA, composée exclusivement d'Africains, la France et les pays européens devant apporter un soutien, notamment en termes de formation.

 

            Dans les jours qui ont suivi l’annonce de cette résolution, on a appris, par diverses déclarations publiques, que cette force africaine ne serait pas opérationnelle avant octobre 2013! Les responsables politiques de la Communauté internationale (Conseil de sécurité, France, Africains, UE, Etats-Unis.....) pensaient-ils sérieusement que les djihadistes n'avaient rien entendu et qu'ils attendraient pendant 9 mois que la MISMA s'installe avant de réagir? Cette naïveté, qui frise l'incompétence, a conduit les mouvements islamistes[2] à décider d'attaquer rapidement l'armée malienne, de prendre la ville de Konna, avec l'intention affichée de foncer vers Bamako.

           

            Dans ces conditions, du fait de la lenteur, de l’imprévoyance et de l’inefficacité de la Communauté internationale, la France, seul pays capable de donner un coup d'arrêt rapide aux plans des mouvements djihadistes, a été condamnée à intervenir seule et dans l’urgence. L’intervention de ses forces militaires a été un succès, puisque les djihadistes ont subi des pertes sévères et se sont dispersés dans le Nord. Pour autant, il serait dangereux de croire que la « question » du Mali est réglée, comme en témoignent les récents affrontements à Gao.

 

            La stratégie de la France doit maintenant prendre en compte la réalité de la situation. De toute façon, la question demeure de connaître l'objectif ultérieur de cette guerre et de la part que souhaite y prendre notre pays. Le discours martial sur la « guerre contre les terroristes islamistes », avec ses relents « bushistes », ne peut décrire la finalité de l’action de la France et de la Communauté internationale. Pour nécessaire qu’elle soit, la lutte contre le terrorisme ne résume pas les nombreux défis autour de la crie malienne. J’en énumèrerai quelques-uns.

 

            1- Le défi politique : il n’y a toujours pas d’élection depuis le coup d’Etat de mars 2012. La démocratie est à construire, dans un pays gangréné par la corruption et avec un Etat défaillant.

 

            2- Le défi territorial : la vengeance à l’encontre des Touaregs prendra-t-elle le dessus ou les Maliens sauront-ils trouver les voies de la réconciliation ?

 

            3- Le défi économique et social : comment aider le pays à sortir de son sous-développement (relance des programmes cotonniers et céréaliers)? Quid d’un « Plan Marshall » ?

 

            4- Le défi de la sécurité : comment former une armée efficace ? Comment assécher les trafics de drogue, d’armes et de carburant ?

 

            5- Le défi africain : les pays de la CEDEAO vont-ils faire les efforts nécessaires pour prendre la relève de l’armée française et constituer la partie militaire de la MISMA ?

 

            6- Le défi européen : au-delà des belles paroles, l’Europe est-elle prête à s’impliquer dans le développement du pays ? Alors que s’écrit en ce moment en France le « Livre blanc de la défense », qui définit les raisons et les moyens de notre défense nationale, l’Europe est toujours incapable de faire le même exercice, pourtant indispensable si l’on veut vraiment définir ce que nous avons à défendre en commun.

 

            On le voit, la tâche est immense, dans ce pays pauvre, au cœur d’une Afrique qui a le droit de vouloir accéder à un développement que ses richesses, notamment minières, devraient lui permettre d’atteindre.


[1]  Mouvement National de Libération de l’Azawad, mouvement laïque de Touaregs.

[2] Ces mouvements, ainsi que les Touaregs, se sont largement approvisionnés en armement dans les arsenaux de Kadhafi, après la chute du dictateur libyen.

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Published by Paul Quilès - dans International et défense
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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 23:53
      Comment sortirons-nous de la crise ?” , “Comment desserrer l’étau qui pèse sur les salariés ?”, “Quel modèle européen soutenir ?”, “La gauche au pouvoir porte-t-elle les aspirations des couches populaires?”, ”Le redressement en France peut-il encore supporter plus longtemps les critères de l’austérité ?”…
     
      Ces questions que les animateurs de "Maintenant la Gauche" (motion 3 du parti socialiste) mettent au coeur du débat public depuis plusieurs mois, et sur lesquels ils ont été 400 à travailler le 9 février dernier, sont enfin entendues. Heureusement !
     
      Car des millions de compatriotes se les posent avec d’autant plus d’inquiétude qu’en dépit des mesures prises par le pouvoir de gauche depuis l’élection présidentielle, tout porte à croire qu’aucune embellie économique n’est envisageable à court ou moyen terme. Il n’y a guère que la finance qui a tranquillement traversé la crise dont elle est pourtant largement responsable. Le monde de l’argent en est sorti indemne, ce qui ne l’empêche pas de demander à l’immense majorité des salariés de nouveaux sacrifices.
    
      Nous le mesurons depuis plus de 6 mois : les résistances au changement social sont fortes. L’offensive du MEDEF est d’une rare vigueur. Aujourd’hui, la gauche doit contribuer à construire un rapport de forces favorable au monde du travail.
     
      C’est tout de suite qu’il faut assumer des choix alternatifs ! 
     
      En baissant son budget, pour la première fois de son histoire, les dirigeants de l’Union Européenne ajoutent l’austérité communautaire à celle qu’ils ont imposée aux Etats membres. Aujourd’hui, c’est le réalisme qui impose «un tournant de la relance» en France et en Europe.
 
      Samedi dernier les 400 animateurs de Maintenant la Gauche réunis pour une journée de travail ont adopté une résolution porteuse de propositions concrètes pour un tournant de la relance. Ils seront présents dans les débats pour défendre ces exigences économiques,sociales et environnementales. !

                                               ***************************** 
                          Voici la résolution adoptée à cette occasion

     

      Quand et comment sortirons-nous de la crise ? Des millions de compatriotes se posent cette question avec d’autant plus d’inquiétude qu’en dépit des mesures prises par le pouvoir de gauche depuis l’élection présidentielle, tout porte à croire qu’aucune embellie économique n’est envisageable à court ou moyen terme.

 

      Dans un contexte international incertain, l’Europe semble incapable du moindre sursaut : budget d’austérité, euro fort qui pénalise nos industries, dumping social et fiscal qui encourage les délocalisations. Il n’y a guère que la finance qui a tranquillement traversé la crise dont elle est pourtant largement responsable. Le monde de l’argent en est sorti indemne, ce qui ne l’empêche pas de demander à l’immense majorité des salariés de nouveaux sacrifices.

 

      Bref, cela ne peut continuer comme cela ! On pensait que la crise financière obligerait les dirigeants à inverser la donne : on constate aujourd’hui qu’elle la conforte.

 

                                                Vite une nouvelle politique !


      Quand François Hollande, devant le Parlement Européen, affirme que la France elle-même a pris des engagements, et elle les tiendra, mais en même temps nous devons collectivement, et constamment, ajuster nos objectifs aux réalités de la conjoncture », il confirme en termes feutrés ce que nous disons clairement depuis des mois : dans un contexte de croissance nulle, les politiques de rigueur mènent inexorablement à l’austérité généralisée. Même le FMI l’admet : la rigueur n’est pas « efficace », puisqu’elle mène tout droit à la récession, à l’augmentation vertigineuse du chômage, et au creusement de la dette qu’elle est pourtant censée combattre !

 

      Faudra-t-il attendre la fin de l’année pour constater que ni les prévisions de déficit, ni les objectifs de croissance n’ont été tenus ? Faudra-t-il attendre que la droite européenne se saisisse de ces mauvaises nouvelles pour préconiser de nouveaux tours de vis ? A l’évidence non.

 

      C’est maintenant qu’il faut rouvrir le débat sur notre stratégie macro-économique ! C’est tout de suite qu’il faut assumer des choix alternatifs ! La priorité c’est la croissance : la résorption des déficits et de la dette doit être étalée dans le temps.C’est maintenant, parce qu’il n’est plus possible d’entretenir l’illusion d’une reprise conséquente de la croissance portée par un volontarisme européen.

 

      En baissant son budget, pour la première fois de son histoire, les dirigeants de l’Union Européenne ajoutent l’austérité communautaire à celle qu’ils ont imposée aux Etats membres.

 

      C’est maintenant, parce que la relance de notre appareil productif prend du temps. C’est maintenant, parce que nos concitoyens perdent espoir et qu’il appartient à la gauche de répondre à l’urgence sociale tout en préparant l’avenir.

 

      Il revient désormais au Président, dont l’autorité est renforcée sur la scène internationale, de prendre une initiative en faveur d’un changement de politique au niveau européen comme au niveau national. François Hollande a souvent indiqué qu’il se refusait d’opérer un « tournant de la rigueur » après des choix insuffisamment réalistes. Aujourd’hui, c’est le réalisme qui impose « un tournant de la relance ».

 

                                  La relance, elle est d’abord industrielle

 

      Plans sociaux en cascade et délocalisations massives dévastent des milliers de vies et fragilisent nombre de territoires. Parce qu’il n’y a pas de fatalité, nous en appelons à un volontarisme sans faille C’est le rôle d’un Etat stratège qui élabore une véritable politique en faveur des industries, à leur modernisation, mais aussi à leur sauvetage. Il est crédible de proposer aujourd’hui de mobiliser du capital public, voire d’engager des nationalisations dans des secteurs stratégiques. Elles peuvent être temporaires, elles ne sont pas nécessairement à 100%. Mais se priver de cet outil, c’est faire preuve de dogmatisme là où les Français attendent de nous de l’audace et des résultats. L’Etat doit, en même temps, engager une stratégie offensive, par une politique de soutien aux filières, en particulier celles qui permettront l’indispensable transition énergétique.


      La relance passe par un grand plan d’investissements publics. Il est impossible de soutenir notre économie, sa compétitivité, sa force d’innovation, sans y consacrer les moyens suffisants.

 

      Nous avons toujours demandé que soient exclus du calcul des déficits les dépenses d’investissements. Parce que nous empruntons à des taux historiquement très bas, parce que la France mérite de nouvelles infrastructures publiques de très haute qualité, le gouvernement ne saurait, pour des raisons comptables, négliger la préparation de l’avenir. De nombreux chantiers sont en attente : l’accès au haut débit sur tout le territoire, le développement du transport logistique et fluvial, l’amélioration des réseaux de transports collectifs et de l'hopital public.

 

      Parce que nous croyons en l’innovation, nous pensons que les dotations prévues pour le lancement de la Banque Publique d’Investissement, actuellement 42 millards, ne sont pas suffisantes. Nous proposons qu’elles soient portées à terme à 200 milliards d’euros pour aider nos PME dans la crise et pour leur permettre de se développer, d’innover et d’exporter. Une part de ces crédits doit être consacrée à des prises de capital.

 

      Nous proposons que la réforme de l'épargne, qui va s'engager après la réforme bancaire, intègre une réorientation de l'épargne détenue par les Français. Outre le doublement du plafond de Livret de Développement Durable et la poursuite du doublement du plafond du livret A, nous proposons de pouvoir réorienter une partie des fonds de l'Assurance Vie vers le financement de l'économie productive.


       Nous attendons de l'examen du projet de loi bancaire par le Parlement qu'il améliore la séparation des activités de dépôts et d’investissements, des activités speculatives.

 

      Enfin, nous devons sortir de nos contradictions. On ne peut pas à la fois solliciter toujours davantage les collectivités locales, dont on connait le rôle décisif en matière de développement économique et de soutien à l’emploi, tout en les ponctionnant de plusieurs milliards d’euros dans les années à venir. On ne peut préconiser la construction massive de logements tout en augmentant la TVA sur le logement social!

 

      La relance passe par un soutien au pouvoir d’achat et une hausse de salaires. Le pouvoir d’achat des Français est en berne. Cela est dû notamment à l’explosion des dépenses consacrées au logement. Nous demandons un blocage des hausses des loyers pendant 3 ans dans les secteurs où l’on a pu constater des excès insupportables.

 

     Le gouvernement a mis en oeuvre des dispositifs utiles en faveur des jeunes et des familles (emplois d’avenir, contrats de génération, plan pauvreté, revalorisation des allocations). En complément de ces mesures importantes, il est temps de remettre l’augmentation des salaires à l’ordre du jour. C'est maintenant qu'il faut une substantielle revalorisation du SMIC et des salaires de la fonction publique négociée par les partenaires sociaux. Au moment où l’on consent de larges baisses d’impôts aux entreprises, le monde du travail est fondé à demander de justes contreparties en terme de revenus et de réduction de la précarité.

 

     Cela ne nous empêchera pas de continuer à douter du bien fondé du CICE, qui aurait dû être ciblé (quel besoin d’aider la grande distribution ou les cliniques privées, alors que c’est aujourd’hui l’industrie qui souffre ?) et conditionné (comment justifier qu’un aussi lourd effort budgétaire bénéficient à des entreprises qui licencient ou délocalisent ? )

                          La relance doit se faire avec les salariés !

 

      Nous le mesurons depuis plus de 6 mois : les résistances au changement social sont fortes. L’offensive du MEDEF est d’une rare vigueur. Aujourd’hui, la gauche doit contribuer à construire un rapport de forces favorable au monde du travail.

 

     Si nous saluons l’effort du gouvernement en faveur du dialogue social, nous ne saurions nous satisfaire de l’accord signé récemment entre le patronat et des syndicats représentant une minorité de salariés. Cet accord inacceptable contient de nombreuses régressions sociales que les quelques avancées ne peuvent en aucun cas justifier. Nous ne souhaitons pas que le texte soit présenté en l’état au Parlement.

 

     Dans cette étape décisive, députés et sénateurs auront un rôle majeur à jouer pour améliorer la protection des salariés. Comme la gauche s’y était engagée, il est temps de faire voter l’interdiction des licenciements boursiers, d’instaurer l’obligation de reprise des entreprises en cas d’offre viable et le droit de priorité donné aux salariés pour reprendre leur entreprise en coopérative. Enfin, il est indispensable de renforcer les pouvoirs des comités d’entreprises et des CHSCT, en adoptant une grande loi sur les nouveaux droits des salariés, à l’instar des lois Auroux dans les années 80.


      Le temps presse, et les esprits sont mûrs pour une nouvelle politique : une politique qui rendra possible, nous en sommes sûrs, une nouvelle étape dans le rassemblement de la gauche et des écologistes. C’est aujourd’hui qu’il faut négocier le tournant de la relance.

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Published by Paul Quilès - dans Politique française
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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 18:43
      banque.jpgProbablement pris par les nombreux sujets d'actualité, les médias français ont zappé une intervention qui aurait dû donner lieu à débat. Seule France Info a évoqué "le discours détonnant du Président islandais" au Forum économique de Davos, cette petite station de ski suisse où, chaque hiver, se retrouvent les grands patrons, les banquiers et les responsables politiques.

      Alors que le projet de réforme bancaire du gouvernement français est l'objet de controverses, il n'est pas inutile de prendre connaissance des propos d'Olafur Ragnar Grimsson, qui a encouragé à "penser davantage aux peuples qu'aux banques", en prenant son pays pour exemple: une île où "nous avons laissé les banques faire faillite et nous sommes occupés des citoyens....et ça a marché", a-t-il affirmé.

      Ces propos seront probablement considérés comme irresponsables par l'establishment financier français, mais ils méritent d'être lus et médités

                                                  ******

      "Nous avons été assez sages de ne pas suivre les politiques traditionnelles qui ont prévalu normalement en Occident au cours des 30 dernières années. Nous avons introduit le contrôle des changes, nous avons laissé les banques faire faillite, nous avons soutenu les plus pauvres, nous n’avons pas adopté les mesures d’austérité comme ailleurs en Europe, et le résultat final, 4 ans plus tard, est que l’Islande a accompli des progrès et une relance très différente des autres pays européens qui ont souffert de la crise financière".
     
      "Pourquoi considère-t-on que les banques sont des saintes-chapelles de l’économie moderne, et pourquoi ne peuvent-elles pas faire faillite comme les compagnies aériennes ou les entreprises de télécommunication, si elles ont été gérées d’une façon irresponsable ? La théorie que vous devez payer pour sauver les banques est une théorie selon laquelle les banquiers peuvent jouir de leurs propres bénéfices et de leur succès, puis que les gens ordinaires payent pour leurs échecs au moyen des impôts et de l’austérité, et dans les démocraties éclairées, les gens ne l’accepteront pas sur le long terme ".
 
      " L’une des choses que nous avons apprises après l’effondrement des banques en Islande, c’est que les banques islandaises, comme les banques britanniques ou les banques américaines, sont devenues des entreprises de haute technologie, qui recrutent des ingénieurs, des mathématiciens et des informaticiens. Et quand elles se sont effondrées, le secteur innovant de notre économie, le secteur informatique, le secteur des TI s’est mis à prospérer, et en fait, sur les trois dernières années, il a eu de bien meilleurs résultats que jamais auparavant dans son histoire. Donc la leçon à en tirer, c’est la suivante : si vous voulez que votre économie soit compétitive dans le secteur innovant du 21ème siècle, un secteur financier fort qui prend les talents de cet autre secteur, même un secteur financier qui marche bien, est en fait une mauvaise nouvelle".
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Published by Paul Quilès - dans International et défense
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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 19:31

Web-2.0.jpg       Si, comme moi, vous êtes perplexe et parfois inquiet devant l'utilisation compulsive d'Internet et des réseaux sociaux par un nombre de plus en plus élevé de vos relations professionnelles et amicales, je vous recommande la lecture de ce texte.

                         Le destin tragique du Web 2.0
     

      C'est l'analyse brillante et argumentée d'un sociologue, qui décortique le fonctionnement du système et fait apparaître avec beaucoup de clarté les conséquences préoccupantes de "ce monde de l'éphémère, du perpétuel présent, de l'information jetable et du "LOL", où le discours trompeur s'avère plus efficace que l'honnête explication, la manipulation plus aisée que l'éclairage pédagogique"

                                         A lire absolument!

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Published by Paul Quilès - dans Réflexions à haute voix
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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 17:43

MaliAprès le succès de l'intervention militaire française au Mali,
il faut maintenant bien préciser les objectifs des opérations à venir
et tenir compte du contexte particulier de ce pays.

***************

                  Interview de Paul Quilès dans la Dépêche du Midi
                                                 du 4 février 2013
                             «Une situation compliquée depuis longtemps»

 

 

 

     En tant qu'ancien ministre de la Défense, comment analysez-vous la situation au Mali ?

 

     À mon sens, on doit se méfier d'une vision simplificatrice. La situation est compliquée. Alors, je suis étonné que l'on passe d'un sentiment d'extrême inquiétude à une sorte d'extase. Rien n'est terminé. Quand à la question des otages, je suis étonné des déclarations qui sont faites. Ce n'est pas à mon avis le sujet qu'il faudrait aborder pour le moment. Pour bien comprendre la situation actuelle du Mali, il faut remonter loin dans le temps…

 

 

 

     Jusqu'à quelle date ?

 

     Le congrès de Berlin en 1885, au moment où les grandes puissances coloniales se sont partagé l'Afrique, avec de grands tracés de lignes droites, des répartitions totalement artificielles ! Ainsi, au Mali, se pose toujours la question des Touaregs, au nord, qui étaient autrefois un peuple dominant par rapport au sud, où se trouvaient les esclaves. Nous avons des peuples avec une histoire et une culture différentes. Les Touaregs ont depuis cette époque une volonté d'autonomie, l'envie d'être traités de manière différente de ceux du sud. Cela a donné une série d'affrontements jusqu'à ces événements de 2 012. Voilà comment les Touaregs ont pu s'associer à un moment donné avec les jihadistes, mais quand ils ont vu les horreurs que ceux-là commettaient, ils s'en sont détournés. Il n'en reste pas moins que nous avons des grands risques de représailles, de vengeances.

 

 

 

     Le Mali pourra-t-il y faire face ?

 

     Le Mali est un pays qui doit réaliser une reconstruction, peut-être même une construction démocratique. Il y a une centaine de partis… mais pas d'élections !

 

 

 

     Que pensez-vous de l'action de l'armée française sur place ?

 

     Quelle action ? Vous pouvez me le dire ? Il y a eu des bombardements de colonnes de camions, la destruction d'objectifs logistiques, et les armées françaises et maliennes qui sont entrées dans des villes vides. Alors, il y a peut-être eu des opérations réalisées par les forces spéciales, mais vous et moi n'en savons rien. Pour l'instant, c'est une guerre presque sans mort et les guerres sans mort, ça n'existe pas. Il est donc hasardeux de penser que tout est fini. Il s'agit plutôt de savoir ce que vont faire les forces maliennes, les forces africaines, l'Algérie, l'ONU… Les 3 500 soldats français ne resteront pas, mais les forces spéciales, elles resteront. Et nous n'en saurons rien.  

 

Recueilli par Dominique Delpiroux
______________________________________________________________________________________________
         Lire aussi l'excellente analyse d'Olivier Roy, directeur d'études à l'EHESS, dans Le Monde: Vaine stratégie française au Mali

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Published by Paul Quilès - dans International et défense
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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 16:51

mitterrand.jpg      Voici un sujet qui peut malheureusement sembler hors du temps et bien éloigné des préoccupations de notre monde en pleine crise: le rôle de la Culture.

 

     

      Ce remarquable discours de François Mitterrand mérite d’être (re)lu. L’ancien Président s'interroge à haute voix sur de nombreux sujets touchant aux bouleversements de la société, à leur dimension culturelle, au réveil des critères ethniques ou religieux archaïques. « Les savants, les artistes sontils en mesure d’exercer pleinement le rôle que leur impose l’état du monde à l’orée du 21ème siècle ? Ou bien existetil une responsabilité culturelle comme il existe une responsabilité morale et civique ? »

 

      

      Il parle de l’évolution de la Nation, de l’influence des réseaux d’information et de la transmission des images. « Notre conscience et notre mémoire ne sontelles pas façonnées par des œuvres qui ont accompagné l’Histoire en accroissant ses dimensions ? »

 

     

       Il s’interroge sur la justice : secret de l’instruction, indépendance des tribunaux, droit au respect de la vie privée, qu’en estil en vérité ? L’opinion exige et tranche, le désir de châtiment l’emporte sur l’esprit d’équité.  

 

     

      Ce discours date d’il y a exactement 20 ans et pourtant, il n’a pris aucune ride ! A vous de juger.
                                                                   **********

Allocution prononcée par Monsieur François Mitterrand,
Président de la République,

lors de l’installation de l’Académie universelle des cultures
au musée du Louvre,
Paris, vendredi 29 Janvier 1993

 

 Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs,

 

      

      C’est donc au cœur du Louvre, parmi certaines des œuvres les plus hautes que l’esprit ait opposé depuis 4000 ans au temps et à la mort, dans ce musée, inventé par les hommes de la Révolution française, installé dans le Palais des Rois pour offrir aux citoyens de France et du monde les grands témoignages des civilisations, c’est donc ici que se dérouleront les travaux de l’Académie des Cultures.

 

     

      Je vous remercie d’y prendre part. Vous marquez ainsi votre volonté de mettre les moyens de l’intelligence et de l’imagination au service d’une éthique fondée sur la rencontre des cultures et j’espère que cette rencontre contribuera à leur mutuel enrichissement, c’estàdire à la reconnaissance de l’autre. Cette volonté est d’autant plus nécessaire qu’on voit les espoirs nés de la dislocation des empires totalitaires en Europe se charger d’anxiété devant la montée de l’intolérance, des haines, des peurs, des nationalismes dévoyés. Et je vous interroge : les cultures offrentelles aux hommes et aux sociétés d’aujourd’hui des repères pour le temps présent et pour les temps à venir ?

 

     

      Les savants, les artistes sontils en mesure d’exercer pleinement le rôle que leur impose l’état du monde à l’orée du 21ème siècle ? Ou bien existetil une responsabilité culturelle comme il existe une responsabilité morale et civique ? Au sein d’une société dont les devoirs à l’égard de la culture dont elle hérite sont évidents, les créateurs ontils une responsabilité singulière ? Dans les pays de tradition démocratique, l’époque est révolue où les pouvoirs religieux ou politiques censuraient les créateurs et prétendaient dicter leur choix. Les sciences ont pris leur essor en s’affranchissant des tutelles qu’ont exercé les dogmes. Les arts ont conquis leur autonomie contre l’âpre résistance des ordres établis. On peut discuter à l’infini sur le point de savoir si chercheurs et créateurs ont à répondre  (et devant quel juge ?) de l’utilité sociale de leur tâche. La responsabilité première du savant c’est de traquer les secrets de la matière sans idée préconçue de ce que seront les applications éventuelles de ses découvertes. La responsabilité première de l’artiste c’est de suivre jusqu’au bout l’intuition qu’il l’a mu et d’obéir à sa propre exigence intérieure. Et cependant, je crois que la culture ne peut se développer pour ellemême, isolée dans le seul univers des formes. Face aux progrès de l’individualisme de masse que redoutait déjà Tocqueville, face à la montée des fanatismes, au repli sur les satisfactions matérielles, la culture aide à cerner quelques problèmes, ceux que nous pensons être les vrais, et peut offrir des réponses ou des esquisses de réponse à la solitude des hommes et à leurs désarrois.

 

     

      Nous n’avons pas l’illusion de croire que la culture met fin à la douleur humaine. Peutêtre aidetelle à l’apaiser. Mais nous croyons qu’elle cimente les solidarités et qu’elle invente par là l’histoire, l’histoire de demain. En quelques générations nous avons vécu des changements qui atteignent ce qu’il y a de plus intime dans le cœur de tout être. Particulièrement en Occident, les croyances collectives se sont érodées, renvoyant les individus à euxmêmes comme si c’était à chacun désormais de trouver un sens à sa vie, privé du secours des grands systèmes de symboles qui servaient autrefois de référence commune.

 

    

      Et c’est là précisément qu’apparaît la responsabilité des créateurs qui ont à dresser les phares dont parlait Baudelaire afin de jalonner la marche du temps. Ce sont ceux qui tracent les chemins par où retrouver les quelques valeurs permanentes qui autrement se perdraient dans l’effervescence des images et des mots, eux qui ordonnent le chaos des expériences. Pensons à l’exclamation de Rimbaud : " moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol avec un devoir à chercher et la réalité rugueuse à étreindre ".

 

    

       Qu’on m’entende bien, la culture n’a pas à s’inféoder aux combats politiques selon l’idée de l’engagement qui prévalut au milieu de ce siècle. Nous n’avons pas à vous demander des comptes, mais conseil, ce beau mot qui suggère la délibération, la pensée partagée, un autre nom de la culture. Dans le bouleversement des grands équilibres économiques, démographiques, idéologiques comme c’est le cas aujourd’hui, je suis convaincu que les périls auxquels se trouvent confrontées nos sociétés ont une dimension culturelle plus profonde que jamais.

 

     

      Considérons, par exemple, l’idée de Nation que l’étymologie relie à la naissance et qui comme tout être vivant se transforme. Ne doitelle pas être pensée à nouveau pour tenir compte de réalités comme les mouvements migratoires, les ruptures politiques ou la précarité des frontières ? A quelles conditions la rencontre sur un même sol de cultures différentes seratelle source d’enrichissement et non d’affaissement, de paix et non de conflits ? Lorsque qu’au lieu de se métisser, c’estàdire de s’imbriquer en s’ajoutant l’une l’autre, les cultures se combattent, leur affrontement s’achève le plus souvent par leur commune défaite. Alors c’est le vide, c’est la fuite vers des réconforts factices, ceux de la démagogie, les exaltations de la haine, c’est le triomphe de la tribu sur la nation. Quel pays peut dire aujourd’hui qu’il en sera préservé ? N’estil pas frappant qu’au moment où les pays d’Europe de l’Ouest mettent l’accent sur leur communauté, la recomposition territoriale à l’Est réveille les critères archaïques de l’appartenance ethnique ou religieuse ? Nous apercevons là, deux mouvements qui vont en sens contraire. Que deviendra la Nation ? Eclatée ou absorbée ? Elargie ou rétrécie ? Iraton vers l’unité des continents ou vers leur dispersion ? On assistera sans doute aux deux phénomènes à la fois. La recherche s’appliquera donc à la synthèse possible entre des besoins qui aujourd’hui s’opposent et qui pourtant sont conciliables dans une vision audacieuse de l’Histoire où les grands ensembles, où les identités multiples et particulières sauront s’harmoniser.

 

     

      Autre question, notre esprit dépend de plus en plus de la puissance des réseaux capables de produire, de transmettre et d’interpréter l’information en tous points du globe. Les symboles collectifs ne sont plus l’expression d’une culture, domaine où se réalisent les valeurs suprêmes, mais le produit d’une industrie. Au lieu d’affermir notre conscience, la pauvreté des représentations offertes vide les faits de leur sens. L’intelligence des causes s’affaiblit, l’émotion se dévoie. Or le réel refuse de se laisser réduire aussi bien aux « grandes machines ontologiques » comme le disait Bataille, qu’aux « instantanés » de nos écrans cathodiques où nous voyons l’image et l’expérience s’éloigner l’une de l’autre.

 

     

      Requalifier les mots et les images est un devoir des créateurs. Notre conscience et notre mémoire ne sontelles pas façonnées par des œuvres qui ont accompagné l’Histoire en accroissant ses dimensions ? Je songe, en disant cela, à Goya ou à Picasso face aux résistances espagnoles à Voltaire, à Hugo, à Zola pour penser aux Français, à tant de grands écrivains d’Amérique ou d’Afrique dressés contre l’injustice et l’asservissement de leurs peuples. L’artiste n’est pas seulement un constructeur de formes, il est aussi un témoin. Il se demande si la loi du marché doit régner sans partage sur l’art et la pensée, si la loi du succès médiatique autorise à pervertir la morale ou la philosophie. Comment concilier la liberté d’entreprendre et la liberté de créer, l’efficacité économique et le pluralisme des idées, des œuvres et des publics ? Et quel rôle, dans cette difficile conjugaison, doivent jouer les Etats ?

 

     

      La responsabilité culturelle appelle un examen sans complaisance de ces questions. Il n’est pas jusqu’à la tragédie du chômage, à son cortège d’exclusion, qui ne revête une signification culturelle par delà la dure réalité économique et sociale. Celles et ceux qui sont touchés jusque dans leur identité et leur dignité sont les victimes d’une mutation des sociétés développées qui modifie la place et les valeurs attachées au travail. Le nouveau partage de l’activité sociale, à peine ébauché mais sans lequel aucune réponse à terme n’est possible, suppose, outre un ajustement de l’économie, une évolution des esprits.

 

     

       Et puis, il y a la justice. Dans la plupart de nos pays, la loi pénale, pénétrée des principes de la déclaration des Droits de l’Homme, proclame la présomption d’innocence. Nos lois imposent le secret de l’instruction, l’indépendance des tribunaux. Notre morale affirme le droit de chacun au respect de son honneur et de sa vie privée. Je vous le demande, qu’en estil en vérité ? Nourrie par les médias et par les sondages, l’opinion publique exige et tranche. Le désir de châtiment l’emporte sur l’esprit d’équité. Alors, n’estil pas temps de réhabiliter dans nos cultures, l’idée d’éducation civique, cette noble passion qui habitait l’école républicaine, aujourd’hui négligée ? Respecter l’autre, c’est d’abord respecter le droit ; combattre l’inégalité, c’est d’abord se reconnaître dans les lois, ces lois qui depuis les Grecs sont l’expression de la souveraineté des citoyens.

 

     

      Et bien d’autres sujets, tout aussi graves, pourraient requérir votre attention :

 

Celui des rapports du Nord et du Sud ; n’estce pas dans l’insuffisante prise en compte des spécificités et des richesses culturelles que résident bien des échecs de l’aide au développement ?

 

Celui des villes ; ne sontelles pas la forme la plus achevée et la plus complexe des cultures et n’estce pas dans notre incapacité à les penser comme telles qu’il faut chercher la source de désordres et de laideurs, celles de nos cités d’aujourd’hui ?

 

Celui de l’inégalité des femmes et des hommes sur tous les continents ; cette inégalité ne révèletelle pas la défaillance de nos cultures à vaincre les oppressions primordiales ?

 

Celui de la drogue ; que répond la culture au malêtre des jeunes, à leur soif inaltérée d’espoir et de projets ? Ne les laissetelle pas démunis au seuil de leur destin ?

 

     

      Toutes ces questions ont en commun de déplacer la limite entre les sphères publique et privée. Car elles nous atteignent dans une part essentielle de ce que nous sommes, je veux dire dans l’identité culturelle de chacun. N’estce pas au nom de l’identité culturelle que tentent de se justifier les pires nationalismes. N’estce pas l’identité culturelle que le racisme et la xénophobie opposent aux difficultés de l’intégration ? N’estce pas l’identité culturelle que proclame l’intégrisme religieux ? Rien n’est plus contraire à la recherche véritable d’une identité que ces réflexes identitaires qui sont des réflexes de repli. Et rien n’est plus opposé à la découverte et à la construction de soi que le rejet de l’autre. Car audelà des menaces que je viens d’évoquer, c’est bien cette question de l’autre qui est obstinément posée. Alors toujours des questions. Par quel moyen apaiser la peur, par nature irrationnelle que suscite l’autre ? Par quels moyens prévenir la rumeur qui calomnie l’inconnu ? Par quel moyen convaincre ceux qui diabolisent l’étranger sans les diaboliser euxmêmes ?

 

    

      L’intolérance, on le sait, est fille de l’ignorance. C’est donc par les armes de l’esprit et du savoir qu’il faut lutter. Le désir d’universel des philosophes de la Grèce antique, des artistes de la Renaissance, des penseurs des Révolutions modernes à partir de la Révolution française, ces inspirations essentiellement libérales n’étaient pas un désir de conquête mais de libération et d’ouverture.

 

     

      Votre assemblée, qui témoigne par la représentation très large et diverse des grandes cultures du monde est, je le pense et je l’espère, en mesure de ranimer cette tradition, d’en assurer la continuité ou le réveil. Cette tradition la plus haute, me sembletil, dans l’histoire de l’esprit. La société n’a pas besoin de bons sentiments. Elle a besoin de ce conseil dont j’ai parlé, d’une délibération sereine, patiente, attentive aux appels qui lui sont lancés. Elle a besoin de lieux de résistance, d’une parole de sens et de lumière.

 

    

      Cher Elie Wiesel, nous attendons de cette assemblée des propositions et des actes. Vous venez de l’annoncer : vous vous êtes fixé un plan de travail ambitieux et concret. Vous décernerez chaque année un prix prestigieux qui consacrera la contribution d’un homme ou d’une femme de culture aux progrès de l’éthique. Vous susciterez des recherches sur des thèmes précis. Vous organisez sur ces thèmes la confrontation publique des idées et des expériences. Vous animerez des réseaux d’échanges internationaux de savants et d’artistes. Vous utiliserez, vous l’avez souligné, les moyens modernes de transmission des savoirs au service de l’esprit civique. Vous entreprendrez enfin des " travaux singuliers " comme ce " dictionnaire des cultures " C’est pourquoi je me réjouis de la naissance de votre Académie dont le nom seul proclame qu’elle veut faire entendre la voix de toutes les cultures, non pour les confondre mais pour qu’elles dialoguent.

 

     

      Je me réjouis aussi que la France soit l’hôte de cette institution. Paul Valéry disait, je le cite : " Notre particularité, parfois notre ridicule à nous Français, est de nous sentir hommes de l’univers, d’avoir pour spécialité l’universel ". L’accueil d’une telle académie honore notre pays. Elle est, je crois, sans exemple, même si l’idée, depuis longtemps, chemine dans les esprits des artisans de la culture les plus conscients de leurs responsabilités. Permettezmoi de citer l’un d’eux, Franz Werfel, qui conçut le projet d’une " Académie mondiale des écrivains et des penseurs ". " Existetil, demandaitil, une possibilité que l’esprit gagne en pouvoir et en autorité au sein même des puissances et des autorités actuelles " ? Et il concluait : " Pouvoir ? Tout homme raisonnable répondra non ! Autorité ? A cette question je réponds : peutêtre ". C’était en 1937. En ce début d’année 1993, je répondrai pour ma part " sûrement ". Cette espérance, Mesdames et Messieurs, je vous en prie, incarnezla. 

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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 12:50

       Dans les affrontements, souvent confus, autour de la question du mariage homosexuel, la compréhension des véritables enjeux est trop souvent occultée par l’utilisation de sophismes (« Un sophisme est un raisonnement fallacieux, malgré une apparence de vérité, qui est délibérément conçu pour tromper ou faire illusion »).


      C’est pourquoi, j’ai apprécié cette tribune de Nathalie Heinich, sociologue et directrice de recherche au CNRS, parue dans le Monde du 29 janvier et intitulée "Mariage gay: halte aux sophismes"). Je vous en conseille la lecture.

                                 Lire la tribune


      Pour aider à la réflexion sur la délicate question du droit des enfants, j'ai également aimé l'analyse claire et intelligente de Jean-Pierre Rosenczveig, Président du tribunal pour enfants de Bobigny, interviewé sur France Inter, ce matin.

                               Ecouter l'interview
                                            (entre 82'35 et 93')

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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 10:38

Les-577-copie-1      Le constat du déséquilibre de nos institutions et du rôle très insuffisant du Parlement m’avait amené, en 2000, à écrire un livre "Les 577- Des députés, pour quoi faire ? "(avec Ivan Levaï).

     J’y développais mon analyse et je faisais 20 suggestions, pragmatiques et volontaristes,  « pour décorseter la République, avec l’ambition de réconcilier les pouvoirs et de redonner confiance en l’action politique »

 

    Treize ans plus tard, malgré quelques timides avancées, il reste encore beaucoup à faire pour atteindre cet objectif ambitieux. L’exemple du cumul des mandats est à cet égard emblématique.

 

      Je me félicite de ce que j’entends à ce sujet, puisqu’il est (toujours) question de s’attaquer à cette « exception française » et que certains poussent l’audace jusqu’à avancer l’idée de réduire le nombre des députés. En entendant cela, j’ai cru rêver, me souvenant des sarcasmes qui avaient accompagné la sortie de mon livre, où figurait justement cette proposition !

 

      Il m’a donc semblé utile de redonner les quelques pages de ce livre qui concernaient le cumul des mandats et la réduction à 300 du nombre des députés. Bonne lecture !

                                      
                                                      *********************
 


Ivan Levaï : Les dysfonctionnements de notre République ne proviennent pas seulement des rap­ports difficiles entre gouvernement et Parlement! Peut-être faut-il aussi améliorer le fonctionnement des deux assemblées.   

 

Paul Quilès : Si l'on veut une démocratie plus vivante et des institutions mieux respectées, il est indispensable en effet d'apporter des modifications fortes à son fonctionnement. Je pense qu'il faut d'abord des députés qui se consacrent pleinement à leur tâche, ce qui implique :  

la réduction du nombre des députés    

l'interdiction du cumul de la fonction parlementaire avec tout mandat local    

 

Ivan Levai: Réduire le nombre des députés! Vous allez inquiéter beaucoup de monde : les dépu­tés actuels, ceux qui ont envie de le devenir et peut­-être aussi les électeurs qui aiment la proximité de    « leur» député. Celui pour lequel ils ont voté ... et qui habite à côté de chez eux!  

 

Paul Quilès: Entendons-nous bien. Ce que je souhaite, c'est un Parlement plus efficace et une meilleure prise en compte des aspirations des citoyens. Est-il nécessaire pour cela d'avoir 577 députés? Rien n'est plus ravageur que l'image d'un hémicycle déserté au moment du vote d'une loi importante. Et pourtant, je l'ai expliqué, ce n'est pas la faute des députés, mais bien d'un système qui fonctionne mal... ou plutôt qui ne peut pas fonction­ner correctement.

 

Revenons un peu en arrière dans notre histoire politique. Un nombre élevé de députés est souvent apparu comme un gage de démocratie et de respect des pouvoirs du Parlement. C'est ainsi que l'Assem­blée constituante de 1848 était composée de 900 membres, l'Assemblée nationale qui l'a suivie a compté 750 représentants. Sous la IIIème République, le nombre des députés est progressivement passé de 534 à 618. Il a varié entre 619 et 596 sous la Ive République. En revanche, sous le Second Empire, l'effectif des députés du Corps législatif n'a pas dépassé 292. Je ne crois pas pour autant qu'il faille considérer comme une vérité intangible ce qui a pu passer pour une évidence jusqu'au milieu du xxe siècle.

Je doute beaucoup pour ma part que l'Assemblée élue au suffrage universel direct représente mieux les citoyens lorsqu'elle est nombreuse. N'oubliez pas que l'augmentation du nombre des députés en 1848 puis en 1871, après la chute du Second Empire, est intervenue à une époque où les citoyens étaient peu représentés au niveau local et où leurs représentants avaient peu de pouvoirs. L'élection des maires n'a été définitivement acquise qu'après l'installation de la IIIème  République. Et il a fallu attendre les grandes lois de décentralisation des années 1980 pour libérer les élus locaux d'une tutelle administrative souvent pesante et tatillonne.

Aujourd'hui, la décentralisation est entrée dans les mœurs et le nombre des élus locaux dépasse les 510 000! Il ne paraît donc plus indispensable, comme par le passé, que les citoyens soient repré­sentés au plan national par un député géographi­quement proche d'eux et donc élu dans une circonscription de dimension limitée.

D'ailleurs, une Assemblée nombreuse est-elle plus forte? Permettez-moi d'en douter. Le nombre élevé des députés ne favorise pas leur assiduité. Il permet au contraire de répartir les travaux parlementaires, surtout en séance publique, entre un plus grand nombre de participants. Ce qui encourage une spé­cialisation excessive et facilite l'exercice d'un autre mandat électif. Quant à la présence d'un nombre élevé de députés dans l'hémicycle, pendant les séances télévisées en direct de questions au gouver­nement, nous avons vu qu'elle n'a pas que des avan­tages. Les interventions y prennent facilement un tour polémique, voire théâtral, et les oppositions politiques s'y réduisent souvent à des affrontements schématiques. Les mouvements de séance y accen­tuent de manière artificielle la véhémence des pro­pos.  

 

Ivan Levaï: À votre avis, jusqu'à combien d'hommes et de femmes faudrait-il réduire les effec­tifs de l'Assemblée?    

 

Paul Quilès : Une fois n'est pas coutume, je pren­drai l'exemple des États-Unis, qui mérite d'être regardé de près. Le Sénat américain, dont l'autorité est incomparable, ne compte que cent membres (deux par État). L'effectif de la Chambre des repré­sentants est, lui, fixé à 435. Personne ne peut contes­ter qu'il s'agit d'assemblées très puissantes, dont les travaux constituent aux États-Unis une référence obligée pour tout débat politique. Les pouvoirs que leur accorde la Constitution américaine sont évidem­ment la première source de leur prestige. Mais il est certain que la qualité de leurs travaux est rehaussée par le nombre limité de leurs membres.

 

En France, on pourrait envisager une Assemblée dont l'effectif serait réduit de la moitié environ. Ces 300 députés, qui ne représenteraient pas un nombre excessif d'électeurs (130 000 en moyenne[1], contre 68 000 actuellement), devraient nécessairement pri­vilégier leur mission de législateurs. Les contraintes de présence qui leur seraient imposées, du simple fait de leur nombre, les empêcheraient de se consa­crer à d'autres responsabilités électives, voire à d'autres activités professionnelles trop accaparantes. Je suis convaincu que la réduction de leur nombre entraînerait un accroissement corrélatif de leur auto­rité, d'autant plus qu'il serait possible de doubler leurs moyens individuels d'étude et d'expertise, et donc leur capacité d'argumentation et de conviction face au gouvernement et à son administration. Les débats en séance publique gagneraient nettement en sérénité, et ressembleraient davantage aux actuelles discussions en commission. L'expression des points de vue politiques deviendrait naturellement plus nuancée et plus argumentée.  

 

Ivan Levaï: Ce système ne peut fonctionner effI­cacement que si le cumul des mandats, justement cri­tiqué et contesté, disparaît véritablement. On sait que les électeurs sont assez favorables à ce que les maires et les présidents de conseil général ou régional exercent exclusivement leur mandat d'élu local et les députés leur mandat national. Pourquoi attendre?      

 

Paul Quilès : Le cumul des mandats est une origi­nalité française, qui s'est plutôt accentuée sous la VèmeRépublique. Savez-vous qu'en 1936, la propor­tion de députés exerçant également un mandat local était de l'ordre de 33 %? Elle était de 40 % environ sous la VèmeRépublique. Elle est aujourd'hui de plus de 90 %! On voit bien la raison d'une telle vogue: dans un pays où, malgré la décentralisation, le rôle de l'État reste souvent essentiel, cette situation faci­lite le dialogue et la négociation entre l'échelon local et les autorités nationales. Il est évident qu'un élu local qui est député peut plus facilement sensibiliser un ministère à un projet qu'il juge nécessaire pour sa commune, son département ou sa région.

 

On connaît les critiques émises à l'égard du cumul de mandats.

 

. La première concerne la disponibilité des élus. On estime généralement que le cumul les empêche de se consacrer correctement à leur tâche. De fait, la fonction d'élu local est souvent plus grati­fiante que celle de député. Grâce en particulier à la décentralisation, un maire, un président de conseil général ou de conseil régional dispose d'une liberté d'action incomparablement plus grande que celle d'un député, qui se heurte aux limitations imposées par les institutions à son rôle et à ses prérogatives. C'est ce qui incite souvent les députés exerçant des responsabilités locales importantes à déserter l'hémicycle.

 

. La seconde critique est d'ordre déontologique. Le député élu local se trouve inévitablement au centre d'un conflit d'intérêts. Représentant de la Nation tout entière, il doit aussi tenir compte des intérêts particuliers de sa collectivité locale. Il est évident qu'il lui serait plus facile de maintenir l'équilibre entre les enjeux locaux et l'intérêt général s'il n'exerçait qu'un mandat national.

 

. Ajoutez à cela le débat sur le cumul des indemnités, considéré parfois comme la finalité du cumul des mandats et la cause est entendue!

 

. La dernière critique concerne le renouvellement insuffisant des élus: en annulant plusieurs mandats, un député élu local s'implanterait de manière pro­fonde et durable dans une même zone géographique. Cette implantation se ferait au détriment de ses concurrents aux élections suivantes, qui se lance­raient dans la compétition avec des chances plus faibles de l'emporter.   

 

Ivan Levaï: J'imagine que vous êtes d'accord avec ces critiques.        

 

Paul Quilès : Pour les trois premières, tout à fait. Il est évident qu'un député sans autre mandat élec­tif serait libéré d'obligations lourdes qui le gênent dans l'exercice de sa fonction. Il deviendrait pleinement disponible pour son travail d'élaboration de la loi et de contrôle de l'action du gouvernement.

 

 Il est vrai également qu'il serait incité à privilégier d'emblée des considérations politiques d'ordre natio­nal, dans l'examen des questions qui lui seraient sou­mises, quitte à les nuancer après en avoir discuté sur le terrain avec ses électeurs.

 

Au plan matériel, il serait aussi plus sain que chaque fonction élective soit convenablement rému­nérée afin d'éviter que le cumul des indemnités soit recherché pour compenser la rémunération insuffi­sante de beaucoup d'élus locaux.

 

Mais en ce qui concerne la dernière critique, je serai plus réservé. Au moment de son entrée en vigueur, l'interdiction de cumul libère, par définition, des mandats. Il n'est pas certain que ces mandats seront, par la suite, plus facilement remis en cause. À mon avis, l'enracinement des partis politiques et leur vitalité comptent plus en ce domaine que les contraintes ou restrictions d'ordre institutionnel.     

 

Ivan Levaï: Soit. Les Français souhaitent la fin du cumul des mandats et pourtant, on s'en tient depuis quelques années à des demi-mesures un peu hypocrites, pourquoi ne pas le dire?    

 

Paul Quilès: Reconnaissez que les positions conservatrices de la majorité sénatoriale n'ont pas arrangé les choses! Néanmoins, des mesures de limi­tation du cumul des mandats ont bel et bien été prises, d'abord en 1985 puis, plus récemment, en 2000. Aujourd'hui, le mandat de député est incompatible avec celui de représentant au Parle­ment européen. Un député élu maire, président de conseil général ou de conseil régional ne peut plus exercer d'autre mandat électif. Il en va de même du député élu conseiller régional, conseiller général ou conseiller municipal d'une commune de plus de 3 500 habitants. Un régime plus souple est prévu pour les fonctions de conseiller municipal des com­munes de moins de 3 500 habitants.

 

Mais, je l'admets, cette situation n'est pas satis­faisante. Elle risque même de banaliser le double mandat, qui tend déjà à se généraliser depuis 1985. Plus grave - et ce sont certainement les demi-­mesures hypocrites que vous évoquez -, l'interdic­tion de cumuler ne concerne pas les adjoints aux maires des villes de moins de 100 000 habitants et les présidents de communautés urbaines. On ne peut quand même pas les considérer comme de simples conseillers municipaux!

 

Enfin, à propos du cumul des indemnités, un pro­grès important à été fait avec l'instauration de leur plafonnement: lorsqu'un élu local est député ou sénateur, le total des indemnités qu'il perçoit ne peut pas dépasser une fois et demie le montant de son indemnité parlementaire.   

 

Ivan Levaï: Il n'empêche que certains parle­mentaires continuent d'exercer une activité profes­sionnelle. Curieusement on n'en parle pas beaucoup.    

 

Paul Quilès: Je pense que c'est un oubli regret­table. En concentrant l'attention sur le cumul des indemnités liées aux mandats électifs, on passe sous silence les situations - à mes yeux contestables- d'exercice parallèle d'une fonction parlementaire et d'une activité professionnelle.

 

Il existe bien des restrictions, mais elles sont timides. Elles concernent les fonctions de direction dans des entreprises nationales, dans des établisse­ments publics nationaux ou dans des entreprises bénéficiant d'avantages accordés par l'État ou les collectivités publiques, travaillant principalement pour le compte ou sous le contrôle de l'État, faisant appel public à l'épargne ou exerçant une activité immobilière.    

 

Ivan Levaï: Ces restrictions ont été interprétées de manière très bienveillante par le Conseil constitu­tionnel, puisque le député Marcel Dassault avait été considéré comme n'exerçant pas de participation «active, régulière avec prise de décision dans la conduite générale de son entreprise»! Ce qui est tout de même un comble.   

 

Paul Quilès: Il serait effectivement plus conforme à la déontologie de rendre incompatible le mandat parlementaire avec une activité professionnelle rémunérée. On pourrait à la rigueur prévoir des dérogations pour certaines professions, par exemple médicales, qu'il faut continuer à exercer à temps partiel, si on veut les reprendre un jour dans des conditions normales.

 

En définitive, je considère que la fin souhaitable de l'exception française du cumul des mandats passe par son interdiction générale, au-delà des limitations partielles proposées jusqu'ici. Les députés ne pourraient alors n'être que députés, sans avoir le droit d'exercer un mandat local, même au sein d'une structure intercommunale. Ils ne pourraient pas non plus exercer d'activité professionnelle rémunérée.

 

Naturellement, de telles mesures ne prendraient tout leur sens que si le rôle et la fonction du Parlement étaient renforcés comme nous le suggérons.


[1] Soit trois fois moins pour un membre de la Chambre des représentants des États-Unis.   

 

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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 13:37
                   Peut-on débattre du nucléaire militaire en France?

         Je suis intervenu hier  lors d'un colloque organisé dans les locaux de l'Assemblée Nationale sur le thème "Dissuasion nucléaire: ouvrons le débat".

         Cette initiative a permis d'intéressants échanges avec des parlementaires européens, des experts et des représentants de divers mouvements sur ce sujet trop ignoré dans notre pays. Il ne semble d'ailleurs pas avoir passionné les parlementaires français, puisque le seul député présent était Denis Baupin (EELV), l'organisateur du colloque.

         C'est dommage et on pourrait croire que ce thème ne concerne pas la représentation nationale. On constate par exemple qu'il est rarement abordé à la Commission de la défense de l'Assemblée Nationale et qu'il ne donne presque jamais lieu à débat dans l'Hémicycle. A titre d'exemple, il faut remonter au 13 décembre 1995 pour retrouver la trace d'un échange approfondi sur la dissuasion nucléaire en séance plénière  (débat sur la reprise des essais nucléaires décidée par J. Chirac) !

        Il est vrai que l'exemple vient d'en haut. Le Président de la République a exclu la dissuasion nucléaire du champ de la discussion au sein de la commission qui travaille actuellement à l'élaboration du "Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale". Selon les propos du Ministre de la défense, ce document devra répondre "aux menaces, anciennes et nouvelles, qui pèsent sur notre sécurité" et "respecter les principes de la consolidation de la dissuasion nucléaire".

        Dans la présentation du budget 2013 de la Défense, on enfonce le clou, en précisant: "La dissuasion nucléaire demeure aujourd’hui encore la garantie fondamentale de la sécurité de la France. Elle lui donne le pouvoir d’être maître de ses actions, de sa politique, de la pérennité de ses valeurs démocratiques et de son destin. Elle est indissociable de sa sécurité et de son statut international."

      Ces affirmations sont discutables et doivent être discutées. Ce sera le thème du livre (Editions du Cherche Midi), que j'ai écrit avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin, et qui sera bientôt dans les librairies. Nous en reparlerons....


couverture-livre.JPG     En France, l’arme nucléaire et le concept de dissuasion associé feraient l’objet d’un « consensus ». Dans le discours officiel, cette arme est présentée comme « l’ultime garantie de notre sécurité », « garante de l’indépendance nationale » ou encore notre « assurance-vie ». Ce discours lénifiant masque une réalité totalement différente, sur laquelle l’arme nucléaire n’a plus de prise.

    Démontrer que celle-ci n’a plus la même pertinence face aux défis du monde actuel, dénoncer la désinformation, briser l’« omerta » sur ce sujet : autant de thèmes abordés ici, pour que s’ouvre enfin un débat fondamental à notre stratégie de sécurité, mais aussi pour la survie de l’humanité.
 
Paul Quilès a été ministre, notamment de la Défense, président de la commission de la Défense puis vice-président de la commission des Affaires étrangères à l’Assemblée nationale. Il est maire de Cordes-sur-Ciel, dans le Tarn, et a signé l’appel de « Global Zero ». Il a publié, sur ce sujet, Nucléaire, un mensonge français (Éditions Charles Léopold Mayer, 2012). 
Bernard Norlain est général d’armée aérienne (2S). Il a été chef de cabinet militaire des Premiers ministres Jacques Chirac puis Michel Rocard. Ancien pilote de chasse, il fut à la tête de la force aérienne de combat, puis nommé, par la suite, directeur de l’Institut des hautes études de Défense nationale. 
Jean-Marie Collin, consultant sur les questions de défense, est le directeur pour la France du réseau international des Parlementaires pour la non-prolifération nucléaire et le désarmement (PNND). Il a publié La Bombe, l’univers opaque du nucléaire (Éditions Autrement, 2009).
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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 11:33

      guerre-Mali.jpgQuinze jours après l'intervention française au Mali, la pression médiatique retombe. Et pourtant, les opérations continuent et elles sont d'autant plus dangereuses -et parfois, difficiles à décrypter- que l'objectif de "guerre contre le terrorisme" est ambigü.

     Lors d'un dîner avec des amis, le sujet est venu en discussion et j'ai été, en quelque sorte, sommé de me prononcer clairement sur l'opportunité de cette intervention: "Etais-tu pour ou étais-tu contre?" Devant mon refus de répondre à une question aussi mal posée, j'ai failli être suspecté de faire preuve d'irresponsabilité, voire, plus grave, de nourir des sympathies pour les Djihadistes!

      Heureusement, nous étions entre (vrais) amis. J'ai pu dérouler mon raisonnement, au cours d'une discussion animée.... qui a duré plus d'une heure et il me semble que j'ai fini par les convaincre.

     
      Je résumerai ma position de la façon suivante:

1- Bien entendu, il n'est pas question d'avoir la moindre sympathie pour ces hommes, leurs "valeurs" et leurs méthodes.

2- Cela n'interdit pas d'essayer de comprendre l'origine de ces mouvements et leurs motivations (voir sur ce blog: "D'où vient le terrorisme d'origine islamique?"). Se tromper sur le diagnostic peut conduire à se tromper sur les remèdes.

3- Pendant 8 mois (avril à décembre 2012), la Communauté internationale (le Conseil de sécurité de l'ONU), les Africains (la CEDEAO), l'Union Européenne, la France ont tenté de trouver une solution susceptible de mettre fin au chaos qui régnait au Mali.

4- La nécessité de prendre des mesures urgentes, sous peine de faire le lit des mouvements islamistes radicaux, était connue (voir sur ce blog mon texte du 14 avril 2012: "Les risques d’un Mali effondré") 

5- Malgré cela, les lenteurs de la mise en oeuvre des solutions envisagées, notamment sur le plan militaire, ont conduit à attendre le 20 décembre 2012, pour qu'une résolution du Conseil de sécurité décide de créer la MISMA, force d'intervention, composée exclusivement d'Africains.

6- Dans les jours qui ont suivi, on a appris, par diverses déclarations publiques, que cette force africaine ne serait pas opérationnelle avant octobre 2013!

 7- Question: Les responsables politiques de la Communauté internationale (Conseil de sécurité, France, Africains, UE, Etats-Unis.....) pensaient-ils sérieusement que les Djihadistes n'avaient rien entendu et qu'ils attendraient pendant 9 mois que la MISMA s'installe avant de réagir? Cette naïveté, qui frise l'incompétence, a conduit les mouvements islamistes à décider d'attaquer rapidement l'armée malienne, de prendre la ville de Konna, avec l'intention affichée de foncer vers Bamako.

      Dans ces conditions, compte tenu des éléments que j'ai rappelés, la réponse à la question que me posaient mes amis ne peut être "oui" ou "non", mais plutôt: "La France était condamnée à intervenir rapidement". En répondant ainsi, je n'ai pas l'intention d'exonérer pour autant de leur responsabilité ceux qui ont laissé la situation se dégrader, rendant inévitable cette intervention du seul pays -la France- capable de donner un coup d'arrêt rapide aux plans des mouvements djihadistes. De toute façon, la question demeure de connaître l'objectif ultérieur de cette guerre et de la part que souhaite y prendre notre pays.

________________________________________________________________
Je vous conseille la lecture de ces 2 intéressants articles:
"une intervention sans doute nécessaire mais pas nécessairement juste" (Le Monde)

- "Mali, un nouvel Afghanistan?" (Marianne)

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Published by Paul Quilès - dans International et défense
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Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez