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31 juillet 2015 5 31 /07 /juillet /2015 13:39
Il y a 101 ans

     Comme je le fais depuis 23 ans, je serai ce soir aux côtés de mes amis devant la statue de Jean Jaurès à Carmaux pour rappeler le souvenir du grand tribun, assassiné le 31 juillet 1914 au Café du Croissant.


    Quitte à me répéter, je souligne à cette occasion combien ses analyses, ses réflexions philosophiques, humanistes ou politiques, qui datent pourtant d’il y a un siècle, sont toujours d'actualité dans les temps difficiles que nous traversons.

 

     Il faut vraiment relire Jaurès ! Pour vous aider, voici d’intéressants liens :

 

- le site de la Société d’études jaurésiennes:

http://www.jaures.info/welcome/index.php

 

- mes 46 textes concernant Jaurès, sur ce blog :

http://paul.quiles.over-blog.com/tag/Jaurès/

 

- le dernier discours de Jaurès, prononcé le 25 juillet 1914. Prémonitoire !

http://paul.quiles.over-blog.com/2014/02/le-dernier-discours-de-jean-jaur%C3%A8s.html

 

- le site du spectacle « Jaurès, une voix pour la paix », joué à Carmaux en octobre 2013 et  du 27 au 31 juillet 2014 à Cap’ Découverte, près de Carmaux :

http://www.jaures-lespectacle.fr/le-synopsis/

 

- un extrait vidéo de ce spectacle :

http://www.jaures-lespectacle.fr/2014/03/extrait-video-du-spectacle-jaures-une-voix-pour-la-paix/

 

- l’extrait d’un texte de François Mitterrand, qui parlait si bien de Jaurès et qui m’a envoyé ce texte pour l’insérer dans la brochure de présentation du spectacle « Ils ont tué Jaurès » http://www.jaures-lespectacle.fr/lecriture/ ) joué à Carmaux en juillet 1994 :

 

      « Sa pensée est une espérance, mais elle n’est jamais un système. Parce qu’elle plonge ses racines dans le goût pour la vie, elle en affronte toutes les contradictions. Ce sont les contradictions de la République elle-même : entre ordre et progrès, entre raison et liberté. Jaurès aura tenté, sans jamais se lasser malgré les épreuves, cette difficile synthèse (....) 

 

      Il a toujours su s’écarter des deux périls opposés qui menacent tout engagement politique : l’excès d’idéalisme et l’excès d’opportunisme ; la tentation de préférer à l’homme une théorie de l’homme ; la tentation de capituler, au nom de la raison, devant les résistances du réel. C’est l’honneur de Jaurès d’avoir conjuré ces périls : d’avoir affirmé qu’il n’y a science, ni progrès hors de la démocratie ; d’avoir tracé la voie entre les dogmatismes qui conduisent à la terreur et les renoncements qui fomentent les servitudes. Puisse cet exemple de courage demeurer vivant dans les mémoires »

      J’ai pu à nouveau constater combien ses analyses, ses réflexions philosophiques, humanistes ou politiques, qui datent pourtant d’il y a un siècle, sont toujours d'actualité dans les temps difficiles que nous traversons.

 

      Il faut vraiment relire Jaurès ! Pour vous aider, voici d’intéressants liens :

 

- le remarquable site de la Société d’études jaurésiennes:

http://www.jaures.info/welcome/index.php

 

- tous les documents et les initiatives concernant l’année Jaurès, rassemblés par la Fondation Jean-Jaurès :

http://www.jean-jaures.org/2014-annee-Jaures

 

- mes 37 textes concernant Jaurès, sur ce blog :

http://paul.quiles.over-blog.com/tag/Jaurès/

 

- le dernier discours de Jaurès, prononcé le 25 juillet 1914. Prémonitoire !

http://paul.quiles.over-blog.com/2014/02/le-dernier-discours-de-jean-jaur%C3%A8s.html

 

- le site du spectacle « Jaurès, une voix pour la paix », joué à Carmaux en octobre 2013 et qui sera rejoué du 27 au 31 juillet 2014 à Cap’ Découverte, près de Carmaux :

http://www.jaures-lespectacle.fr/le-synopsis/

 

- un extrait vidéo de ce spectacle :

http://www.jaures-lespectacle.fr/2014/03/extrait-video-du-spectacle-jaures-une-voix-pour-la-paix/

 

- le site des Editions de Matignon, qui éditent de nombreux livres consacrés à Jaurès:

http://www.editionsdematignon.com/

 

- l’extrait d’un texte de François Mitterrand, qui parlait si bien de Jaurès et qui m’a envoyé ce texte pour l’insérer dans la brochure de présentation du spectacle « Ils ont tué Jaurès » http://www.jaures-lespectacle.fr/lecriture/ ) joué à Carmaux en juillet 1994 :

 

      « Sa pensée est une espérance, mais elle n’est jamais un système. Parce qu’elle plonge ses racines dans le goût pour la vie, elle en affronte toutes les contradictions. Ce sont les contradictions de la République elle-même : entre ordre et progrès, entre raison et liberté. Jaurès aura tenté, sans jamais se lasser malgré les épreuves, cette difficile synthèse (....) 

 

      Il a toujours su s’écarter des deux périls opposés qui menacent tout engagement politique : l’excès d’idéalisme et l’excès d’opportunisme ; la tentation de préférer à l’homme une théorie de l’homme ; la tentation de capituler, au nom de la raison, devant les résistances du réel. C’est l’honneur de Jaurès d’avoir conjuré ces périls : d’avoir affirmé qu’il n’y a science, ni progrès hors de la démocratie ; d’avoir tracé la voie entre les dogmatismes qui conduisent à la terreur et les renoncements qui fomentent les servitudes. Puisse cet exemple de courage demeurer vivant dans les mémoires »

Il y a 101 ans

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30 juillet 2015 4 30 /07 /juillet /2015 17:55
Le maire de Kourou, François Ringuet et le maire de Cordes, Paul Quilès, signant le protocole de jumelage entre les 2 communes

Le maire de Kourou, François Ringuet et le maire de Cordes, Paul Quilès, signant le protocole de jumelage entre les 2 communes

    Un évènement exceptionnel a eu lieu hier: le jumelage entre 2 communes françaises, une commune médiévale, Cordes sur Ciel (élue l’an dernier “village préféré des Français”) et une ville guyanaise, Kourou, siège d’une des plus grandes bases spatiales au monde.

 

  Ce rapprochement, opéré sous les auspices du CNES, est le fruit notamment de l’histoire de quelques hommes et de l’intérêt commun porté au développement de l’activité spatiale.

 

  Il s’enrichira des contacts prévus entre élus et représentants des associations, notamment dans les domaines de la jeunesse, du tourisme, de l'environnement, de la culture.

 

    Des échanges entre enseignants et élèves conduiront à la réalisation de projets communs, culturels, sportifs et environnementaux. Le tourisme et sa communication seront aussi au programme, sans négliger les mesures de préservation de l'environnement : protection de la faune et de la flore.

 

    Le programme de la visite des élus de Kourou à Cordes sur Ciel a repris l'ensemble de ces thématiques communes aux deux collectivités. Il a été l’occasion, dans une ambiance amicale et constructive, de jeter les bases de projets communs….dont nous reparlerons bientôt.

 

                            Lire l’article de La Dépêche du midi

 

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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 17:15
Les élus pendant la guerre de 14
Les élus pendant la guerre de 14Les élus pendant la guerre de 14

       Ce témoignage exceptionnel décrit de façon détaillée et émouvante l’action des élus municipaux de Cordes pendant la guerre de 14-18. Certes, la France n’est pas en guerre aujourd’hui et les élus ne sont pas soumis aux mêmes contraintes qu’en 14-18, mais, alors qu’il est de bon ton de critiquer leur travail, l’intérêt de ce document n’est pas seulement historique !

 

Paul Quilès

 

****

 

         " La guerre de 14-18 est une guerre « totale » au sens où toute la nation devient combattante et où les populations de l'arrière ont autant d'importance que les poilus des premières lignes. Nous avons évoqué précédemment les femmes, puis les enfants. Parlons aujourd'hui d'une autre catégorie de combattants : les élus municipaux.

        

        On a du mal à se rendre compte de l'énorme travail fourni par le conseil municipal au cours des années de guerre. Rappelons tout d'abord un handicap : au moment même où les problèmes à résoudre augmentent, le nombre des élus diminue suite à la mobilisation générale : sur quinze élus, cinq sont mobilisés. De plus, au début de 1918, le maire Jean-Louis Favarel décède : impossible de le remplacer avant la fin des hostilités. La tâche est tellement lourde qu'il est demandé à l'autorité militaire de nommer, pour un service à temps partiel du conseil municipal, Ernest Tisseyre, élu cordais mobilisé comme réserviste mais détaché au Ministère de l'Agriculture.

 

        Les élus ont à mener la bataille sur trois fronts principaux. Le premier est celui des travaux habituels comme en temps de paix : ils sont rendus plus difficiles à cause du manque de travailleurs et de la montée des prix : un mur qui s'écroule ici, un égout bouché là, de vieux arbres qui menacent de bloquer un chemin en tombant, l'hygiène aux abattoirs qui ne répond plus aux normes...il n'y a pas de répit dans cette offensive aggravée du fait des lois nouvelles décrétées par le gouvernement et qui nécessitent beaucoup de temps et d'énergie, ne serait-ce que pour les étudier.

 

        La deuxième ligne de feu est faite d'impromptus qui viennent comme de soudaines salves d'artillerie : ce sont les demandes de la préfecture imposant une réaction immédiate non seulement pour obéir mais aussi pour donner le compte-rendu de leur exécution : vingt couvertures à rassembler immédiatement : il faut les acheter faute de pouvoir les trouver sur  Cordes même... organiser l'accueil d'une quarantaine de réfugiés qui arrivent à la gare de Vindrac... libérer une maison assez grande pour loger un contingent de prisonniers allemands... visiter chaque exploitation agricole pour voir si toutes les terres sont cultivées et envoyer à la préfecture la liste précise d'éventuelles friches... surveiller chaque foire, chaque marché hebdomadaire et faire connaître l'évolution des prix de base... collecter les emprunts en franc-or pour la défense nationale, etc, etc... De plus, il faut toujours un élu pour accompagner les délégations militaires venant régulièrement réquisitionner des chevaux, des bœufs, des chiens, des céréales, du fourrage...

 

         Enfin et surtout il y a le combat permanent à mener contre la misère pour protéger autant que faire se peut la santé des habitants les plus fragiles, notamment les personnes âgées. Les élus sont certes aidés par quelques personnes formant le Comité de bienfaisance qui recueillent les demandes d'aide et font des propositions mais c'est à eux les élus à prendre les décisions au cas par cas. Cela occupe une part importante des réunions du conseil municipal sans parler du travail d'information en amont. En 1914, l’État a décidé que l'allocation mensuelle donnée aux « indigents » ne pouvait pas dépasser 20 frs.

 

        Le montant de l'allocation dépend de la situation réelle de tout un chacun, ce qui impose aux élus de connaître cette situation ; les comptes-rendus des séances du Conseil municipal montrent par leur précision qu'ils prennent cela très au sérieux. Il faut savoir d'ailleurs qu'ils sont très surveillés par l'administration préfectorale. C'est ainsi par exemple que, le 7 juin 1916 une lettre du préfet ordonne au maire de Cordes de supprimer l'allocation à la moitié environ des bénéficiaires, car leur nombre dépasse trop la moyenne du département (!...). Et voilà les élus prenant la liste des personnes aidées et répondant au préfet pourquoi ils refusent de supprimer l'allocation à telle et telle personne. Non seulement cela montre le sérieux avec lequel ils « défendent » les administrés, mais aussi donne une idée de leur charge de travail car ils ont à s'occuper ainsi, une par une, de quelques 71 personnes, et pour beaucoup, le montant de l'allocation varie de mois en mois selon l'évolution du coût de la vie.

 

        Ajoutons à ce nombre la liste des femmes enceintes dont la situation financière est fragile et qui perçoivent une allocation spéciale pour l'accouchement : entre 1914 et 1918,  elles sont au nombre de 49.

 

        Enfin n'oublions pas les urgences : à huit reprises,  les élus devront décider de l'hospitalisation de malades à la dernière extrémité qu'on ne peut pas prendre en charge sur place, hospitalisation soit au Bon Sauveur d'Albi soit à l’hôpital de Gaillac. Et en 1914 les communications sont loin d'être aussi faciles qu'aujourd'hui !"

                                                           Michel Bonnet

 

 

Ce texte, publié dans Cordes Infos, a été rédigé par Michel Bonnet dans le cadre du travail minutieux qu’il conduit avec la Commission "14-18 en Pays cordais"

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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 14:02
Dissuasion nucléaire: abandonner les mythes

Voici le texte que j'ai rédigé pour "la revue socialiste" (juillet 2015)

 

qui vient de le publier dans la rubrique "le débat"

 

***

 

    Les socialistes sont toujours timides et parfois gênés sur ce sujet. Il leur arrive d’en découvrir l’importance quand le Président de la République est socialiste et qu’il apparaît comme le « chef des armées » et le détenteur du « pouvoir nucléaire ».

 

    Le PS s’est exprimé peu souvent sur les questions de défense. Le court paragraphe qui aborde ces questions à la fin du texte de la Convention internationale du PS d’octobre 2010[1] montre bien qu’il faut aller plus loin dans notre réflexion et nos propositions.

 

    Nous devons faire le lien entre nos analyses, nos propositions et les valeurs qui fondent la tradition internationaliste, à laquelle nous sommes attachés : la solidarité, la réduction des inégalités, le règlement politique des conflits grâce à l’arbitrage international, l’utilisation mesurée de la force en dernier ressort et de manière proportionnelle pour faire face aux menaces graves contre notre sécurité, conformément au droit international.

 

    Nous devons trier et hiérarchiser nos thèmes d’intervention, pour être audibles, convaincants et efficaces, en évitant de nous limiter à un catalogue de bonnes intentions.

 

    Nous devons répéter que la construction de la paix est au cœur du message internationaliste des socialistes, tout en étant conscients que c’est un mécanisme complexe, qui passe par:

      - la prévention et l’anticipation, à partir d’une analyse sérieuse de l’état du monde, de ses dysfonctionnements, des motivations des acteurs ;

    - l’intervention, menée, lorsqu’elle devient inévitable, sur décision du Conseil de sécurité de l’ONU ou en légitime défense ;

    - la consolidation de la paix, qui a pour objectif d’éviter qu’un pays ne retombe dans la crise et qui nécessite un engagement de très long terme de la communauté internationale, pour remettre sur pied des pays et des économies dévastés par la guerre.

     - la maîtrise des armements et le désarmement, notamment nucléaire, qui constitue un élément efficace de ce mécanisme au service de la paix et de la sécurité.

 

A quoi sert la dissuasion nucléaire ?

 

    Mali, Centrafrique, Irak, Syrie, terrorisme djihadiste, Ukraine… Personne n’en doute, l’arme nucléaire n’a servi et ne servira à rien dans le déroulement de ces conflits. Elle ne sera d’aucune utilité non plus dans la réponse à apporter aux menaces qu’ils représentent.

 

    Et pourtant, l’existence de tensions internationales, qui n’ont pas disparu avec la chute du Mur de Berlin, mais qui ont pris des formes nouvelles, est un argument qu’utilisent les inconditionnels de l’arme nucléaire pour refuser tout débat sur le sujet. Pensez donc, disent-ils, il est indispensable, dans ce monde dangereux, de disposer de l’« assurance vie » que nous apporte l’armement nucléaire. Mais ils refusent tout à la fois d’imaginer les scénarios d’emploi de cette arme, prétendument décrite comme une « arme de non emploi » et d’autoriser d’autres pays à disposer de cette assurance !

 

    Ceux qui ne partagent pas leur conviction sont traités, au mieux, par le mépris. Il faut dire que cette conviction a toutes les caractéristiques d’une foi, bâtie sur des certitudes mystérieuses, avec ses dogmes, ses formulations peu accessibles au grand public, ses grands prêtres. Comme il s’agit d’une religion, il est donc impossible de remettre en cause la doctrine fondamentale, celle de la dissuasion nucléaire, présentée comme indispensable et consubstantielle à la France. Etonnante prégnance de cette approche quasi religieuse de la sécurité dans un pays, pourtant laïque et qui ne reconnaît donc aucune religion officielle !

 

Les dogmes

 

    Pour étayer mon propos, je prendrai quelques exemples de ces dogmes.

  • Il paraît que la possession de l’arme nucléaire permettrait à la France de jouer un rôle important sur la scène internationale. Je ne sache pas pourtant que cet argument ait pesé lorsqu’il s’est agi pour V. Poutine d’accepter de discuter de la crise ukrainienne avec la représentante d’un pays non nucléaire, l’Allemagne.
  • Quant à prétendre que le statut de membre permanent de la France au Conseil de sécurité de l’ONU lui imposerait de disposer d’un armement nucléaire, c’est tout simplement méconnaître l’Histoire. Lors de la création de l’ONU, en 1945, un seul membre permanent du Conseil de sécurité possédait des bombes atomiques : les Etats- Unis, qui en avaient déjà « utilisé » 2 contre le Japon.
  • Dans les discours officiels, l’armement nucléaire est présenté comme une garantie de la stabilité et donc de la paix dans le monde, à condition qu’il ne dépasse pas un niveau de « stricte suffisance ». Le concept de suffisance n’appelle, en toute logique, aucun qualificatif. Un armement est suffisant ou ne l’est pas. Si on qualifie la suffisance de stricte, c’est parce qu’on veut faire croire que l’arme est rigoureusement dimensionnée et en quelque sorte calculée au millimètre. Or, il est en réalité impossible de définir en toute rigueur un niveau de suffisance au-delà duquel l’arme nucléaire serait déstabilisante et en-deçà duquel elle perdrait sa crédibilité.
  • On affirme que la possession d’un armement nucléaire est utile pour lutter contre la prolifération. Or, c’est bien au contraire l’addiction des grandes puissances au nucléaire militaire, qui pousse à la prolifération dans les pays qui écoutent leurs arguments, à savoir que la possession de l’arme nucléaire serait la meilleure façon de se défendre et de se faire « entendre » (Inde, Pakistan, Iran…). C’est pourquoi ces Etats pratiquent délibérément ce que l’on nomme la prolifération « verticale », en accroissant leurs systèmes d’armes par des programmes de modernisation.
  • On nous dit que la France respecte le Traité de Non-Prolifération (TNP), dont notre pays est signataire depuis 1992. C’est inexact, puisque la modernisation des armes va à l’encontre de l’engagement de l’article VI de ce traité (« Chacune des Parties au Traité s’engage à poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée et au désarmement nucléaire, et sur un traité de désarmement général et complet sous un contrôle international strict et efficace. ») et des décisions prises lors des conférences d’examen de ce traité tous les 5 ans.
  • Cet armement ne coûterait pas cher. Tout est relatif, puisque la loi de programmation militaire annonce 23,3 milliards d’euros de dépenses d’équipement pour la période 2014-2019, sans parler de ce qui est caché dans d’autres chapitres budgétaires. Chaque décision politique sur ces équipements engage des dépenses pour plusieurs décennies.
  • La dissuasion interdirait toute attaque nucléaire. Si c’était le cas, pourquoi donc prévoir avec l’OTAN un coûteux « bouclier anti-missile », qui signe l’échec de la dissuasion ?
  • Bien d’autres contrevérités sont colportées et pas seulement en France. Leur répétition n’en fait pas pour autant des vérités. Par exemple, l’affirmation que le bombardement d’Hiroshima et de Nagasaki aurait permis de mettre fin à la seconde guerre mondiale ou encore que l’amoncellement des ogives nucléaires ne présente pas de danger. Trois conférences internationales sur l’impact humanitaire catastrophique des armes nucléaires, avec 158 Etats présents lors de la dernière (décembre 2014, Vienne, mais sans la présence de la France) ont fait la preuve de l’inexactitude de ces affirmations.

 

L’argument du consensus.

 

    C’est l’argument suprême : il y aurait un consensus en France sur cette question. Mais comment peut-on l’affirmer, en l’absence de véritable débat ? Le débat suppose la confrontation et l’expression des désaccords, ainsi qu’une information complète du public, actuellement désinformé par des enquêtes d’opinion mystificatrices. Or ces conditions ne sont pas remplies. Le terme de consensus est donc totalement déplacé.

 

    Si on veut qu’une large majorité se dégage en faveur de choix clairement définis, qu’il s’agisse du désarmement nucléaire ou de toute autre question majeure, il faut, au préalable, une large information, un débat national, une confrontation des points de vue d’experts indépendants. Au terme du processus, un débat parlementaire doit avoir lieu.

 

    Parmi les éléments du débat, devraient figurer les scénarios d’emploi, dont on ne parle jamais. Il paraît que le refus de donner des scénarios serait inhérent à la dissuasion nucléaire. On laisse donc le flou sur des questions comme « à quoi ça peut servir et dans quelles circonstances ?», avec la réponse censée mettre fin à tout débat : « on ne sait jamais ce qui peut arriver! » C’est au nom de ce principe que le monde s’est laissé entraîner dans une folle course aux armements pendant 45 ans, qui a vu le stock d’armes nucléaires passer de 3 en 1945 à 70 000 au début des années 90.

 

    En réalité, on se prépare à des emplois bien déterminés mais on maintient le secret sur ces scénarios d’emploi car l’arme nucléaire serait précisément destinée à ne pas être employée. Le discours sur « l’arme de non-emploi », c’est en quelque sorte « le pari de Pascal ». Il est dangereux, dans le monde réel, d’adopter une telle perspective.

 

    Parler de la nécessité d’une « autonomie de décision » n’est pas plus rassurant. Qui décide de la mise en œuvre de l’arme nucléaire ? En fonction de quelle information ? Avec quelles concertations ? On répète depuis des années qu’il faut envisager une défense européenne. Si la défense européenne est un objectif, imagine-t-on une autonomie de décision sur un point aussi essentiel ? Qui le Président de la République va-t-il appeler avant de prendre sa décision d’avoir recours à l’arme nucléaire ou même de menacer d’y avoir recours ? Comment définir l’autonomie de décision au sein de l’Alliance atlantique, qui est toujours une alliance nucléaire. Quelles sont les conséquences de nos choix pour nos alliés ?

 

    Dans l’élaboration du concept de dissuasion nucléaire, il faut souligner le rôle joué par le lobby militaro-industriel, dont on parle trop peu. Les industriels, qui veulent vendre leurs matériels, exercent des pressions considérables sur les décideurs, soumis à la double influence des experts et des lobbies. Il n’est pas interdit alors de se poser des questions sur la rationalité et la justesse de certains choix. Souvenons-nous du discours édifiant du Général Eisenhower, en quittant la Présidence des Etats-Unis le 17 janvier 1961 : « Nous devons veiller à empêcher le complexe militaro-industriel d’acquérir une influence injustifiée dans les structures gouvernementales…Nous nous trouvons devant un risque réel, qui se maintiendra à l’avenir : qu’une concentration désastreuse de pouvoir en des mains dangereuses aille en s’affermissant. Nous devons veiller à ne jamais laisser le poids de cette association de pouvoirs mettre en danger nos libertés ou nos procédures démocratiques. »

 

Comment agir pour aller vers un monde sans armes nucléaires ?

 

    Il y a près de 26 ans, le Mur de Berlin tombait. Cet évènement majeur, suivi du démantèlement du bloc soviétique, mettait fin à la bipolarisation du monde et marquait une rupture majeure sur la scène internationale. Pourtant, aucune nouvelle doctrine de sécurité n’a véritablement émergé de cette mutation géopolitique profonde et la dissuasion nucléaire - qui consiste à exposer son adversaire à un risque de destruction massive - reste le pilier de la politique de défense de la France.

 

    Hier, le contrôle des armes nucléaires symbolisait la volonté de maintenir un équilibre – même fragile - entre les blocs de l’Est et de l’Ouest. Hier, une certaine pertinence stratégique des armes nucléaires pouvait se concevoir… encore que l’on ait, au nom de cette pertinence, accumulé autant d’armes nucléaires.

 

    Aujourd’hui, les menaces auxquelles nous devions faire face sont à ranger au nombre des peurs du passé et la théorie de la dissuasion nucléaire n’est plus adaptée au monde en mouvement de ce début de 21ème siècle. Aujourd’hui, c’est l’existence même des armes nucléaires, couplée au risque de prolifération et de terrorisme nucléaire, qui constitue paradoxalement la plus grande menace. On assiste, par exemple, dans le contexte du conflit ukrainien, à des « gesticulations » nucléaires russes et américaines, les uns approchant leurs bombardiers de l’espace aérien des pays de l’OTAN, les autres s’efforçant de les gêner dans leurs manœuvres et ce, au moment même où les canaux de communication de crise ne fonctionnent plus. Dans ce cas précis, la dissuasion accroît les risques d’escalade, jusqu’à faire apparaître l’éventualité d’un chantage nucléaire, alors qu’il faudrait porter tous les efforts vers la solution politique de la crise et sa « démilitarisation ».

 

    C’est plus par le multilatéralisme et les traités (comme le TNP) qu’on combattra la prolifération nucléaire que par la dissuasion. La nouvelle donne internationale et son lot d’instabilités politiques profondes plaident pour faire de l’élimination des armes nucléaires le fer de lance d’une nouvelle doctrine de sécurité internationale. Le désarmement nucléaire, présenté et vécu comme un acte de courage et non pas comme un acte de faiblesse, passera par un ensemble d’actions politiques, diplomatiques et militaires. Chacune a son importance, chacune est une étape essentielle pour asseoir cette vision d’un monde sans armes nucléaires.

 

Le rôle de la France

 

    Dans cette nouvelle donne, la France a un rôle à jouer. Le Président de la République, dont les prérogatives sont essentielles dans le fonctionnement de la Vème République[2], a fait un discours à Istres, le 19 février 2015, dans lequel il a rappelé les principes classiques de la dissuasion nucléaire, les mêmes qu’à l’époque de la Guerre froide !

 

    Il est regrettable qu’il n’ait pas profité de son aura internationale actuelle pour appeler les puissances nucléaires à une conférence internationale, qui entamerait la marche vers un monde sans armes nucléaires.

 

    Il aurait pu aussi indiquer qu’il gelait la modernisation des programmes nucléaires (SNLE, missile balistique et aéroporté, têtes nucléaires) et annoncer un programme de transparence, comme l’ont fait les Britanniques, les Russes et les Américains.

 

    Il aurait pu demander d’inscrire le désarmement nucléaire parmi les priorités de la politique étrangère et de sécurité commune de l’Union européenne.

 

    Il aurait pu plaider, au sein de l’OTAN, pour la suspension de la modernisation des armes nucléaires tactiques américaines et pour l’ouverture de négociations concernant le retrait et la réduction de ces armes en Europe.

 

    Il aurait pu enfin rappeler avec force la nécessité d’une « zone libre d’armes nucléaires et d’armes de destruction massive » au Moyen-Orient.

 

    L’annonce de ces mesures, qui ne remettraient pas en cause – au moins pour le moment - l’existence de la dissuasion nucléaire, auraient une valeur symbolique forte. Elles devraient être suivies d’un vrai débat parlementaire, associant la société civile, les scientifiques, les experts officiels et les militaires sur la possession de cet arsenal.

 

    Une telle démarche, 70 ans après les bombardements nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki, serait certainement saluée et soutenue par une écrasante majorité des Etats des cinq continents.

 

    La France ne peut plus rester prisonnière de la pensée d’un monde ancien et vivre sur des mythes. Elle doit redevenir audacieuse et les socialistes doivent redonner tout leur sens aux valeurs issues de l’héritage que leur a légué Jean Jaurès.

 

Paul Quilès

ancien Ministre de la défense,

ex- Président de la Commission de la défense à l’Assemblée Nationale,

délégué national du PS (1995-2008) chargé des questions de défense et de stratégie.

Il préside actuellement  l'association "Arrêtez la bombe" (ALB)

____________________________________________________________________

 

[1] Extrait du texte de la Convention : « Notre action pour assurer la sécurité s’accompagnera d’une position claire et responsable en faveur du désarmement : le désarmement plutôt que la course aux arsenaux défensifs. Sans remettre en cause la légitimité d’une dissuasion indépendante de notre pays, tant que subsistent d’autres arsenaux nucléaires, la France reprendra son rôle d’impulsion dans les débats sur le désarmement et la non-prolifération des armes de destruction massive. Celui-ci, appliqué à un cadre régional en particulier, peut contribuer fortement à l’apaisement des tensions. La France soutiendra activement le projet d’un Moyen-Orient dénucléarisé.

Nous saisirons l’opportunité historique créée par les orientations du Président Obama en faveur d’un désarmement nucléaire universel, progressif, négocié et efficacement contrôlé. La France exprimera son soutien à la perspective d’un monde sans armes nucléaires.

Nous prendrons des initiatives afin de relancer les négociations pour un traité d’interdiction de la production de matières fissiles à usage militaire.

Nous soutiendrons les initiatives tendant à une réduction des armements conventionnels les plus déstabilisants et les plus dangereux pour les populations, en particulier les armes de petit calibre qui font aujourd’hui des ravages dans les conflits africains. La vigilance politique sur les ventes d’armement, affaiblie par le pouvoir actuel, sera rétablie. »

 

[2] Le décret du 14 janvier 1964 définit le fonctionnement de la « force de frappe » et de la dissuasion nucléaire. Depuis cette date, c’est le Président de la République et lui seul qui transmet l’ordre et qui décide, en tant que responsable du Conseil restreint de défense.

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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 11:58
Soutien à l’accord nucléaire avec l’Iran

      Avec 70 personnalités européennes, membres du réseau ELN, j’ai signé ce texte de soutien à l'accord nucléaire passé avec l'Iran le 14 juillet.

      Nous y expliquons pourquoi il est essentiel que toutes les parties (États-Unis, pays de l'Union européenne, Iran) s’engagent à le mettre en œuvre de bonne foi.

 

      Extraits de la déclaration :

 

     " Nous croyons que cet accord fournit un cadre solide pour mettre fin à la crise sur le programme nucléaire iranien et le fondement de réintégrer l'Iran dans la communauté internationale. Dans le même temps, l'adoption de ce document est seulement une première étape dans un processus qui doit augmenter le niveau de la sécurité de tous les pays du Moyen-Orient, en Europe et au-delà.      (….)

 

    L'impératif de stopper la prolifération des armes nucléaires et le renforcement du régime de non-prolifération a été au cœur de la crise iranienne. L’accord passé le 14 juillet répond à cet objectif pour les raisons suivantes:

 

  - L'accord met des contraintes à long terme et vérifiables sur le développement de technologies et de construction d'installations qui pourraient être utilisées par l'Iran pour produire des matériaux de qualité militaire. Il plafonne l'accumulation de matières nucléaires susceptibles d’être utilisées pour produire une bombe nucléaire et il offre simultanément à l'Iran la possibilité de développer un programme nucléaire civil.

 

    - L'accord inclut un mécanisme "robuste" pour le suivi du développement du programme nucléaire iranien et la vérification de son caractère pacifique par l'AIEA, répondant à la fois la question de la surveillance des installations déclarées et la possibilité de tricher en utilisant des dispositifs clandestins.

 

    - L'accord démontre que la crise sur le non-respect d'un pays avec les obligations de non-prolifération nucléaire peut être résolue par la négociation plutôt que l'usage de la force. Mis en œuvre fidèlement, il sera un puissant argument contre ceux qui prétendent que seule la possession d'armes nucléaires peut garantir la sécurité "réelle" d'un pays."

                 (….)

 

      Lire l’ensemble de la déclaration

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19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 16:44
Le ciel sur Cordes
Le ciel sur Cordes

      La quatrième édition de la manifestation "le Ciel sur Cordes" se déroulera du mercredi 29 juillet au 6 août.

 

     Son inauguration aura lieu le 29 juillet en présence de Jean-Yves Le Gall, Président du CNES et de François Ringuet, maire de Kourou (Guyane), qui signera avec moi à cette occasion la Convention de jumelage entre Cordes sur Ciel et Kourou.

 

      Trois conférences seront proposées: le 29 juillet, sous la Halle, "Philae, la mission de tous les records" et "L’apport du spatial en océanographie" (conférences animées par Michel Chevalet) ; le 5 août, au théâtre du Colombier, "Au cœur de Mars"..

 

Présentation de la manifestation 

:

      « Aux côtés de la mairie de Cordes sur Ciel, le Centre national d’études spatiales (CNES), Arianespace et Thales Alenia Space prennent part à cet événement, dont le but est de conjuguer histoire et modernité, en ouvrant une fenêtre sur le spatial dans un cadre architectural unique.

 

      Cette manifestation donnera l’occasion au public de participer à des animations organisées au sein de cette bastide tarnaise.

 

      Rendez-vous scientifique et culturel en Midi-Pyrénées, « Le Ciel sur Cordes » souhaite devenir un moment privilégié de rencontres rassemblant des acteurs européens du secteur spatial et le grand public. Une ambition résumée par Paul Quilès, maire de Cordes sur Ciel et ministre en charge de l’Espace de 1988 à 1992 :    « Le Ciel sur Cordes est un programme pluridisciplinaire et multiculturel sur plusieurs années, qui a pour but de révéler aux yeux du grand public la réalité, souvent insoupçonnée, de l’espace, susciter des passions et, pourquoi pas, des vocations parmi les plus jeunes ».

 

      La Cité de l’espace participe également à cette 4ème édition en présentant une activité pour les jeunes intitulée « le labo des Expériences » les 29 et 30 juillet. »

 

****

 

    Retrouvez chaque jour les coups de projecteur de la radio CFM 

 

consacrés au Ciel sur Cordes

 

en cliquant ici

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18 juillet 2015 6 18 /07 /juillet /2015 16:48
La première bombe atomique

Jean-Marie Collin, vice-président d'ALB (Arrêtez la bombe) et chercheur associé au GRIP revient sur le premier essai nucléaire réel du 16 juillet 1945 et sur ses conséquences.

Lire son interview sur le site du Monde.fr

Présentation:

Il y a soixante-dix ans, le 16 juillet 1945, les scientifiques du projet Manhattan, lancé en 1942, assistaient à la première explosion d’une bombe atomique, au Nouveau-Mexique, un essai organisé dans le plus grand secret.

La veille, le 15 juillet, la bombe à fission « Little Boy », semblable à celle testée à Alamogordo, avait été embarquée à bord du croiseur Indianapolis à destination de l’île de Tinian, dans le Pacifique. Le 6 août, elle était larguée sur la ville japonaise d’Hiroshima. Une autre bombe de ce type, nommée « Fat Man », était ensuite larguée sur Nagasaki le 9 août. Elles ont tué quelque 220 000 Japonais au moment de leur explosion, auxquels sont venues s’ajouter plus de 200 000 personnes mortes ultérieurement de doses mortelles de radiation.

L’ère atomique était lancée, qui s’est rapidement caractérisée par la course aux armes nucléaires de la guerre froide entre les Etats-Unis et la Russie. On estime que de 1955 à 1989, environ 55 essais nucléaires furent effectués chaque année, selon l’ONU.

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16 juillet 2015 4 16 /07 /juillet /2015 15:53
Ne dites pas:"c'est trop compliqué...."

     Quand j’aborde la question de la dissuasion nucléaire dans une conversation privée, j’entends souvent : "Oh là ! C’est trop compliqué pour moi. Et puis, ça me fait peur, je préfère ne pas savoir et me taire… "

 

      Lorsque des échanges ont lieu, il n'est pas rare que soient mises sur la table les fameuses contre-véritésressassées depuis 50 ans, qui constituent les dogmes de la religion nucléaire.

 

      Et pourtant, si on veut bien se donner la peine de s’informer et de lire (pas seulement Facebook et les tweets !), on s’aperçoit qu’il s’agit d’un sujet grave et qui mérite une réflexion allant au-delà des approximations et des petites polémiques….

 

      C'est pourquoi, je vous suggère de profiter de la période des vacances pour mieux comprendre les enjeux du monde nucléarisé et dangereux dans lequel nous vivons et de consulter le dossier " Le désarmement, la prolifération et la non-prolifération  nucléaires "  réalisé par l’association ALB, que je préside et le site Irénées .

 

      Je vous recommande en particulier la lecture de la fiche concernant " les mythes sur la dissuasion nucléaire ", qui remet en cause les idées reçues.

 

      La dernière fiche publiée est saisissante. Elle décrit l’arsenal nucléaire mondial , qui est aujourd’hui d’environ 16 300 armes nucléaires, que se répartissent neuf puissances nucléaires : États-Unis, Russie, France, Chine, Royaume-Uni, Israël, Inde, Pakistan, Corée du Nord.

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14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 10:10
Iran : un accord essentiel pour la sécurité

     Enfin ! C’est un accord historique qui vient d’être signé à Vienne entre Téhéran et six grandes puissances (Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie et Allemagne).

 

     Non seulement il permet de sortir les négociations sur le nucléaire iranien de l’impasse dans laquelle elles étaient enfermées depuis plus de 12 ans, mais surtout, il constitue un facteur positif pour la sécurité internationale.

 

      Certes, tout n’est pas réglé au Moyen-Orient, tant s’en faut, mais soyons bien convaincus que l’échec des négociations, longues et complexes, qui viennent de se conclure, aurait conduit à un grave accroissement des tensions internationales.

 

      N’en déplaise à M. Nétanyahu *, aux dirigeants saoudiens et aux faucons du parti républicain des Etats-Unis, l’acceptation par l’Iran de ne pas développer un armement nucléaire permet de progresser vers la paix et la sécurité.

 

      Il faut maintenant aller plus loin et prendre de nouvelles initiatives pour renforcer la légitimité du régime international de non-prolifération. Les Européens ont en particulier un rôle essentiel à jouer pour relancer la réunion d’une conférence internationale sur la négociation d’une « zone exempte d’armes de destruction massive » au Moyen-Orient **. 

 

      Il faudra aussi s’interroger sur la pertinence du coûteux « bouclier anti-missile » de l’OTAN, présenté comme devant nous protéger d’un risque d’attaque par un missile nucléaire iranien !  

 

      Un des premiers enseignements de la réussite des négociations qui se sont conclues ce matin à Vienne est que les voies de la paix ne peuvent être trouvées sans persévérance, sans volonté politique et sans refus de céder aux arguments des faucons *** de toute sorte.

 

************

 

- Extrait de l’appel que j’ai lancé avec 2 anciens ministres européens le 16 mars 2015 :    

« Nous appelons nos gouvernements à prendre la mesure de cette occasion historique de s’assurer de l'utilisation pacifique de la technologie nucléaire par l'Iran, de réinsérer ce pays dans la communauté internationale et de renforcer les efforts mondiaux de non-prolifération. En inscrivant leur action dans la perspective d’une réussite des négociations en cours, ils joueraient la carte de l’avenir et de la sécurité mutuelle. »

 

- Relire la tribune que j’ai signée avec Shlomo Ben Ami, ancien ministre des affaires étrangères d’Israël le 19 juin 2013.

_________________________________________________________________

 

*  "C'est une erreur grave aux conséquences historiques", a réagi Benyamin Nétanyahu à l'annonce de l'accord entre l'Iran et les grandes puissances, sur le programme nucléaire de la République islamique. "Israël fera tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher le texte d'être ratifié", a déclaré le Premier ministre israélien.

 

**  Ce sujet donne lieu chaque année à une résolution lors de l’Assemblée générale des Nations Unies. Lors de la conférence de révision du TNP (2010), le Document final indique qu’un ambassadeur est chargé de lancer officiellement au plus tard en 2012 « une conférence en vue de la création au Moyen-Orient d’une zone exempte d’armes nucléaires et de toutes autres armes de destruction massive ». Cette conférence, originellement programmée en décembre 2012, a été annulée par les Etats-Unis (avec le soutien d’Israël) invoquant des motifs de tensions trop grands au Moyen-Orient !

 

*** Se souvenir de la formule de N. Sarkozy : " une seule alternative : la bombe iranienne ou le bombardement de l’Iran "

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12 juillet 2015 7 12 /07 /juillet /2015 08:30
Un socialiste atypique

Interview de Paul Quilès par

 

Gardarem lo Larzac, le bimestriel d'information du Larzac

 

 

      Quand on lui avait téléphoné pour prendre rendez-vous, il nous avait dit : « pas plus d’une demi-heure, j’ai un emploi du temps chargé ! ». Du coup on avait préparé quelques questions courtes. Après avoir déambulé dans les ruelles d’un des plus beaux villages de France, nous fûmes reçus par Paul Quilès, maire de Cordes-sur-Ciel et président de la communauté de communes du Cordais et du Causse (tiens ! là-bas aussi il y a un causse…).

 

      Nous avions souhaité l’interviewer pour deux raisons majeures : d’abord parce que c’est l’un des rares socialistes, et le seul ancien ministre de la Défense (il le fut en 1985-86), à critiquer la doctrine de la dissuasion nucléaire, ensuite en tant qu’élu tarnais (Cordes est située à 20 km du projet de barrage de Sivens), parce qu’il a pris ses distances avec ses voisins élus, PS ou de droite, tous pro-barrage, en ne participant pas à la marche des élus, trois semaines après la mort de Rémi Fraisse et le gel du projet.

 

      En fait d’interview, ce fut à peu près aussi difficile que d’interroger Ticlo et Lucienne Galtier (cf. GLL n°320), tant Paul Quilès semblait heureux de rencontrer des paysans du Larzac et de raconter son long cheminement de militant et d’élu socialiste.

 

      Et c’est au bout de presque deux heures d’entretien que Paul Quilès nous a raccompagnés à la porte de la mairie, après nous avoir narré des épisodes de sa vie publique, en commençant par sa présence à l’arrivée de la marche des paysans du Larzac, en décembre 1978. Il était alors l’unique député socialiste de Paris et, ceint de son écharpe tricolore, il avait tenté de négocier avec les forces de l’ordre qui arrosaient de gaz lacrymogène la foule massée sur le boulevard Jourdan. Il nous a aussi raconté comment fut annoncé l’abandon du projet de centrale nucléaire de Plogoff, en début de meeting à Brest, par le candidat Mitterrand, pourtant très prudent sur la question du nucléaire civil, comme d’ailleurs sur la dissuasion nucléaire…

 

      Sur ce dernier sujet, il nous a assez longuement exposé sa position (lire l’entretien ci-dessous).

 

      Concernant Sivens, Paul Quilès s’est effectivement désolidarisé de ses collègues élus socialistes du Tarn, mais il est surtout très critique envers les zadistes, et envers « ces responsables politiques qui ont exploité l’affaire à des fins électoralistes », par exemple Cécile Duflot. Sur le fond, « ce dossier a été mal monté, le dialogue n’a pas eu lieu au bon moment. Je regrette en particulier que le rapport des experts, qui concluait à un surdimensionnement du projet, n’ait pas été rendu public avant la manifestation du 26 octobre et la mort de Rémi Fraisse. On aurait évité un drame humain. » Sur le vieux débat bien connu sur le Larzac entre légalité et légitimité, Paul Quilès se démarque nettement de ses voisins élus tarnais : « des décisions respectant la légalité ne peuvent naturellement pas être mises en cause, mais lorsqu’elles ont été mal préparées, il est nécessaire de définir la façon de tenir compte des critiques contestant leur légitimité. » Comment sortir de la situation de blocage actuelle ? « Il n’y a pas de solution magique. Je suggère une démarche visant à dépassionner le débat ; qu’on prenne le temps et qu’on trouve un lieu où pourraient se confronter les points de vue. Ce n’est pas forcément dans les assemblées politiques que se résume la volonté de trouver des solutions consensuelles. »

 

      À l’heure où beaucoup désespèrent de la classe politique en général, et du parti socialiste en particulier, c’est un petit réconfort de rencontrer un élu qui réfléchit, qui évolue, et qui met en cause le dogme de la dissuasion nucléaire, même si sur ce point il ne nous semble pas aller jusqu’au bout de la démarche en refusant de franchir le pas du soutien à un désarmement unilatéral.

T. L. et T. C.

 

*********

 

Pour la suppression des armes nucléaires

 

  • Vous vous démarquez de la grande majorité des responsables politiques par votre critique de la doctrine de la dissuasion nucléaire.

 

Oui, on parle d’un consensus en France sur cette question, alors qu’il n’y a jamais eu vraiment de débat. Pour les inconditionnels de l’arme nucléaire, cela relève d’une foi, on est comme en présence d’une sorte de religion, avec ses dogmes, ses grands-prêtres. Or dans une religion, on peut discuter de dogmes, mais pas du cœur de la religion : on ne remet pas Dieu en question. Le cœur de cette religion, c’est cette idée que la dissuasion nucléaire est indispensable et presque consubstantielle à la France.

 

  • Les responsables politiques ont-ils vraiment foi dans la bombe ? Ou bien cette absence de débat est-elle due à ce qu’ils ont d’autres soucis, d’autres priorités ?

 

Vous avez raison, il y a l’économie, le chômage… Ils sont tous très occupés. Et dans ce domaine comme dans d’autres il existe un lobby puissant, le « complexe militaro-industriel ». Cela commence par le chercheur, puis on fait des essais : le chercheur a montré que ça marchait, l’industriel que c’est réalisable, l’utilisateur trouve qu’il y a un mieux, et on en arrive au théoricien, qui construit la doctrine. Tous les échelons franchis, le conseiller va trouver le ministre, ou le président. Vous êtes intelligent, honnête, occupé, le travail est prémâché et vous dites oui. La réflexion se fait niveau par niveau, il n’y a pas de réflexion globale. Et il ne faut pas y voir un complot, ce serait une grave erreur, mais l’influence de ce « complexe militaro-industriel », que le Président américain Eisenhower avait dénoncée en quittant la Maison Blanche le 17 janvier 1961.

J’ai présenté une contribution au congrès de Poitiers (1) qui propose d’agir pour un monde sans armes nucléaires. On raisonne comme si c’était impossible, mais on a bien réussi à supprimer les armes chimiques. Mitterrand s’était battu pour leur complète disparition, pas seulement pour leur réduction : en 1993, pour la première fois, une arme de destruction massive a fait l’objet d’une interdiction vérifiée. Pourquoi la France ne prendrait-elle pas des initiatives dans ce sens concernant l’armement nucléaire ? On peut quand même mettre au crédit de Mitterrand la signature du TNP (2), l’initiative d’arrêt des essais nucléaires, l’arrêt de la production de matières fissiles (mais il est vrai qu’on a du stock pour des dizaines d’années) et la suppression des armes chimiques.

 

  • Vous défendez l’idée d’un désarmement multilatéral et progressif. Pourquoi pas un désarment unilatéral de la France, puisque notre dissuasion ne sert à rien ?

 

On peut se faire plaisir en le demandant, mais je crains qu’il y ait une impossibilité due au monde politique et à l’opinion publique. Et ce n’est pas parce que la France le ferait que les autres désarmeraient. Je crois que ce n’est pas de cette façon qu’on fera avancer le désarmement mondial. Si moi, ancien ministre de la Défense, je proposais cela aujourd’hui, je suis sûr que je perdrais toute crédibilité dans mon combat. Le désarmement international ne peut être que progressif et contrôlé. Par contre, je suis favorable à des actes forts : par exemple la suppression de la force aérienne stratégique. Pendant longtemps on a entretenu l’idée que la dissuasion exigeait trois composantes : terrestre, aérienne et maritime. On a renoncé aux missiles terrestres et à présent, même si on est favorable à la dissuasion nucléaire, on doit pouvoir reconnaître qu’on peut se passer de la force aérienne, comme l’ont fait les Britanniques. Rappelons-nous Jaurès, pour qui le courage consistait à ne pas céder sur l’idéal tout en sachant composer avec la réalité et en étant capable de négocier.

 

  • Mais l’obstacle pour un désarmement unilatéral n’est-il pas seulement psychologique ?

 

Quand on me dit que la France a besoin de l’arme nucléaire pour faire entendre sa voix, je m’interroge : en quoi lui est-elle utile au Mali, en Syrie, en Ukraine, face au terrorisme djihadiste ? Et quand on argumente que l’abandon de la dissuasion nucléaire menacerait la position de la France comme membre permenent du Conseil de Sécurité, on oublie qu’elle a obtenu cette place bien avant de se doter de l’arme nucléaire. Dans les années 1960, De Gaulle a fait passer le message que la France devait pouvoir se défendre toute seule, on a mis dans la tête des gens que la bombe atomique nous rendait libre par rapport aux Etats-Unis, que c’était la fierté de la France. Au départ, Mitterrand était contre les euromissiles, puis il s’y est rallié, mais c’était l’époque de la Guerre froide.

On est passé de trois armes nucléaires en 1945 à 70 000 dans les années 1990 : une monstruosité ! Cette accumulation a été justifiée par une suite de théories, jusqu’à celle de la « guerre des étoiles ». On a souvent organisé un sorte d’enfumage de l’opinion publique. Et encore aujourd’hui avec la façon de poser des questions orientées dans les sondages pour connaître l’opinion des Français sur l’armement nucléaire. Et ça marche. Les enfumés, ce sont aussi les médias, qui répercutent sans esprit critique, ou font de la simplification à outrance. Quant à cette idée que c’est la bombe atomique qui aurait garanti la paix pendant 50 ans, on peut en douter. Ce qui est sûr, c’est qu’elle nous a fait frôler la catastrophe : il faut voir à ce propos le film « 1983, au bord de l’apocalypse nucléaire » (3) et qui raconte comment les Russes avaient détecté par erreur le lancement de missiles américains et ont été à deux doigts de riposter. Et on nous parle d’assurance-vie ! Notez qu’en 1985, lorsque j’ai été ministre de la Défense, personne ne m’a parlé de ces faits…

 

  • En poursuivant le projet de laser Mégajoule, la France n’est-elle pas en contradiction avec son adhésion au TNP, qui lui interdit de moderniser son arsenal nucléaire ?

 

Effectivement, c’est une hypocrisie. Comme passer du missile M45 au missile M51, en augmentant la portée de 4 000 à 8 000 km. Le laser Mégajoule sert à tester les têtes nucléaires, il remplace les essais souterrains. Mais si on dit qu’il faut arrêter le projet Mégajoule, on nous répond que le nucléaire nous protège, qu’il stimule la recherche, qu’il y a des emplois en jeu… Il n’y a pas de réelle volonté. On répète depuis 30 ans « On veut bien faire des efforts, mais quand les autres en feront ». Cependant, si on peut me dire : « Vous êtes un rêveur », on ne peut pas me dire : « Vous êtes incompétent ! » Il y a deux ans, deux sous-marins nucléaires, français et britannique, se sont rentrés accrochés : ils ne pouvaient pas se détecter l’un l’autre ! Je vous renvoie encore à ce film sur 1983 : le danger est surtout dans l’erreur d’interprétation, on joue avec un risque phénoménal, monumental.

 

Propos recueillis par Thomas Lesay et Thierry Castelbou

 

(1) Lire la Contribution au Congrès du Parti Socialiste de Poitiers:

 

(2) TNP: Traité de Non-Prolifération

 

(3) Regarder le film (en 4 parties)

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Recherche Sur Ce Blog

Faites connaissance avec

Cordes sur Ciel,

la cité médiévale dont Paul Quilès a été le maire pendant 25 ans.

    cordes-nuages-8-bp--R-solution-de-l--cran-.jpg

        site de l'Office du tourisme 

Faites connaissance avec IDN

 (Initiatives pour le désarmement nucléaire),

dont Paul Quilès est président.

IDN travaille chaque jour à la réduction des arsenaux nucléaires et du risque, intentionnel ou non, d’utilisation de l’arme nucléaire.

IDN oeuvre à construire un monde sans armes nucléaires, pour une paix et une sécurité internationale durables.

Bibliographie

- 2018: L'illusion nucléaire- La face cachée de la bombe atomique (avec Jean-Marie Collin et Michel Drain)

- 2017: Quelques citations sur les armes nucléaires

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  

- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu) 

- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff ) 

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï) 

- 1992: Nous vivons une époque intéressante 

- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez