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3 avril 2012 2 03 /04 /avril /2012 16:25
 explosion nucléaire       Voici plusieurs initiatives que j’ai prises concernant l’importante (bien que peu médiatique) question du désarmement nucléaire : 
  • Je participerai à 2 réunions dans les prochains jours:
-  le 5 avril, à Nancy, débat autour du thème « l’armement nucléaire en questions »
- le 2 mai, à Vienne (Autriche), au siège de l’ONU, table ronde dans le cadre du « Comité préparatoire de la conférence du Traité de Non Prolifération » 
  • Je publierai prochainement un livre à ce sujet, que je vous présenterai sur ce blog.
    En attendant, je vous recommande de lire ce texte admirable d’Albert Camus, alors journaliste à Combat* et qui dit son effroi et son inquiétude, au surlendemain du bombardement atomique d’Hiroshima (et à la veille de celui de Nagasaki!). 
Editorial de Combat  [1]
(8 août 1945) 
            Le monde est ce qu'il est, c'est-à-dire peu de chose. C'est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d'information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique. On nous apprend, en effet, au milieu d'une foule de commentaires enthousiastes que n'importe quelle ville d'importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d'un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l'avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. Nous nous résumerons en une phrase : la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l'utilisation intelligente des conquêtes scientifiques.
            En attendant, il est permis de penser qu'il y a quelque indécence à célébrer ainsi une découverte, qui se met d'abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l'homme ait fait preuve depuis des siècles. Que dans un monde livré à tous les déchirements de la violence, incapable d'aucun contrôle, indifférent à la justice et au simple bonheur des hommes, la science se consacre au meurtre organisé, personne sans doute, à moins d'idéalisme impénitent, ne songera à s'en étonner.
            Les découvertes doivent être enregistrées, commentées selon ce qu'elles sont, annoncées au monde pour que l'homme ait une juste idée de son destin. Mais entourer ces terribles révélations d'une littérature pittoresque ou humoristique, c'est ce qui n'est pas supportable.
            Déjà, on ne respirait pas facilement dans un monde torturé. Voici qu'une angoisse nouvelle nous est proposée, qui a toutes les chances d'être définitive. On offre sans doute à l'humanité sa dernière chance. Et ce peut-être après tout le prétexte d'une édition spéciale. Mais ce devrait être plus sûrement le sujet de quelques réflexions et de beaucoup de silence.
            Au reste, il est d'autres raisons d'accueillir avec réserve le roman d'anticipation que les journaux nous proposent. Quand on voit le rédacteur diplomatique de l'Agence Reuter annoncer que cette invention rend caducs les traités ou périmées les décisions mêmes de Potsdam[2], remarquer qu'il est indifférent que les Russes soient à Koenigsberg ou la Turquie aux Dardanelles, on ne peut se défendre de supposer à ce beau concert des intentions assez étrangères au désintéressement scientifique.
            Qu'on nous entende bien. Si les Japonais capitulent après la destruction d'Hiroshima et par l'effet de l'intimidation, nous nous en réjouirons. Mais nous nous refusons à tirer d'une aussi grave nouvelle autre chose que la décision de plaider plus énergiquement encore en faveur d'une véritable société internationale, où les grandes puissances n'auront pas de droits supérieurs aux petites et aux moyennes nations, où la guerre, fléau devenu définitif par le seul effet de l'intelligence humaine, ne dépendra plus des appétits ou des doctrines de tel ou tel État.
            Devant les perspectives terrifiantes qui s'ouvrent à l'humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d'être mené. Ce n'est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l'ordre de choisir définitivement entre l'enfer et la raison. 
[1] Journal clandestin lié à la Résistance pendant l’occupation allemande. Camus y entre sans doute dés 1942. Le 24 Août 1944 paraît le premier numéro diffusé librement. Combat devient quotidien à la libération. Essayiste et romancier célèbre depuis Le Mythe de Sisyphe (1942) et L’Etranger (1942), Camus en sera le principal éditorialiste en 1944-1945.
 
[2] La Conférence de Potsdam (17 Juillet-2 Août 1945) avait défini les zones d’influence respectives des Russes et des Américains après la défaite allemande : elle avait notamment entériné la présence des Soviétiques en Allemagne de l’est (Koenigsberg) et placé la Turquie (donc les Dardanelles) sous influence américaine. 
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Published by Paul Quilès - dans Désarmement nucléaire
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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 09:47

     Alors que l'on semble parfois découvrir le phénomène des délocalisations et que l'on s'inquiète de ses effets ravageurs sur notre économie et sur l'emploi,

il est stimulant de retrouver ce que disait Jean Jaurès

il y a plus d'un siècle à ce propos.

Impressionnant!

    

     "De plus en plus, selon la loi d'essaimage du capital, les grands industriels français fondent à l'étranger des établissements rivaux des nôtres: les raffineurs de Paris ont créé des raffineries en Egypte, les grands patrons de Roubaix ont créé des tissages dans la Russie occidentale, les industriels lyonnais, eux aussi, exportent leur industrie.  (....)

     Il y a là une expropriation évidente de la main-d’œuvre française, et si, au moment où nos capitaux vont stimuler au loin, contre nous, la concurrence universelle, nous n’accroissions pas aussi notre force interne de production, il y aurait rupture d’équilibre". (…)
Article dans La revue de Paris (1er avril 1898)

 

    

     "Ce que ne nous ne voulons pas, c’est que le capital international aille chercher la main-d’œuvre sur les marchés où elle est le plus avilie, humiliée, dépréciée, pour la jeter sans contrôle et sans réglementation sur le marché français et pour amener partout dans le monde les salaires au niveau des pays où ils sont le plus bas."   (....)

Intervention à la Chambre des députés (17 février 1894)

 

 

Extraits de l'excellent petit livre de Jean-Pierre Fourré:

"Moi, Jaurès, candidat en 2012..."


couverture-Jaures.jpg

Voir le site de Jaurès candidat

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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 19:33

fait-divers.jpg            Il fait beau, la France passe à l’heure d’été, le plan Ecarlate est levé après la fin de la traque du tueur de Toulouse et Montauban, la campagne présidentielle reprend…..Bientôt, le drame qui a bouleversé le pays pendant une semaine et endeuillé tant de familles pourrait être ramené à un fait divers tragique, s’il ne suscitait pas une réflexion en profondeur sur l’état de notre société, sur son fonctionnement et sur les graves problèmes qui la traversent.

 

            Certes, l’ambiance électorale, avec ses excès et ses caricatures, ne facilite pas la tâche. Nombreux sont ceux, aussi bien dans la sphère politique que dans le monde médiatique, qui n’ont pas résisté à la tentation d’utiliser l’évènement à des fins politiciennes. Et l’on a tout mélangé, le terrorisme, l’islamisme, le communautarisme ….en oubliant (ou en évitant) d’analyser les raisons qui ont conduit un jeune à devenir un psychopathe fanatique.   

          

             Au delà de la responsabilité pénale gravissime de l'auteur de ces crimes, au delà de l'immense douleur qui nous bouleverse, au delà même de la lutte incessante contre le terrorisme, les responsables politiques se doivent en effet d'analyser à fond toutes les conséquences de cette tragédie. Y avait-il une fatalité à ce que ce jeune, décrit comme un délinquant de droit commun, se transforme en criminel embrigadé dans le terrorisme international? Il faut s'interroger, en évitant les simplismes, pour savoir quelles politiques (sociale, carcérale, de prévention, de répression...) pourraient éviter de mettre en danger à ce point la sécurité des citoyens.

 

            Vu sous cet angle, le drame constitue une sorte de révélateur de plusieurs grands débats que notre société n’a pas été capable jusqu’ici de traiter sereinement : les sources de la violence, la sécurité des Français, la religion et la laïcité…. Je n’aurai pas la prétention de les aborder ici en quelques lignes, mais je souhaite qu’une fois passée la période électorale, le nouveau président de la République sache créer le climat propice à ce que ces questions soient abordées à l’écart des anathèmes, des simplifications outrancières et des coups à vocation médiatique, assénés chaque fois que l’émotion et la peur prennent le dessus sur la raison.

 

            S’agissant de l’intervention policière et des polémiques qui ont suivi, je pense disposer, de par mes responsabilités passées, de certaines connaissances me permettant de formuler un avis, mais je ne le ferai pas. Je ne mêlerai pas ma voix à celles des commentateurs, experts auto- proclamés ou anciens fonctionnaires ayant eu à connaître ce domaine, qui n’ont pas hésité à parler de façon imprudente. J’ai du respect pour ceux qui risquent leur vie et qui exercent leur mission périlleuse dans des conditions difficiles et parfois extrêmes. Je sais l’angoisse des responsables qui doivent prendre des décisions fortes dans l’urgence, en étant conscients qu’ils peuvent se tromper.

 

             J’ignore s’il y a eu des « failles » dans l’opération, pour reprendre une expression largement utilisée depuis quelques jours, mais, de grâce, qu’on n’apporte pas les réponses avant d’avoir posé les bonnes questions –auxquelles il faudra naturellement répondre, y compris avec l’aide d’une commission d’enquête - et surtout sachons donner du temps au temps.

 

            Il faut sortir du climat dans lequel nous avons baigné pendant plusieurs jours, avec cette déferlante d’informations, parfois non vérifiées, de commentaires exaltés et dévidés en continu, sans la moindre retenue. J’ai suivi dans le détail les reportages qui ont rendu compte des évènements relatifs à cette abominable série de tueries et j’ai trouvé insupportable l’incapacité de certains médias et de plusieurs responsables politiques à se taire ou, au moins, à modérer leurs propos. Dans la débauche des récits médiatiques, j’ai noté par exemple une propension incroyable des commentateurs à parler sans savoir, à faire des hypothèses gratuites et en tirer des leçons, à accuser sans preuves.

 

            La chasse à l’homme en direct a été le "clou" des reportages. L’obsession de prévoir avant les autres, sans attendre de connaître la vérité des faits, a conduit à présenter et à largement commenter des scénarios imaginaires. Pire encore, il ne semble pas que l’on ait pesé le risque que pouvait représenter le fait que les informations diffusées, vraies ou fausses, auraient pu (au moins au début de la traque) être entendues à la radio par le tueur et orienter son comportement !

 

            Je suis certain de ne pas être seul à juger durement cette pénible séquence politico médiatique, qui s’est ajoutée à la profonde tristesse que nous avons tous ressentie. La décence à l’égard des victimes et des familles aurait dû imposer un devoir de modération. Cela s’appelle tout simplement le respect. Un mot à méditer dans une société où le souci exacerbé de la transparence et de l’instantanéité conduit trop souvent à des excès très regrettables. 
            

               Voir aussi sur les sites de Mediapart et de terra eco 

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Published by Paul Quilès - dans Politique française
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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 17:52

JauresACarmaux   Jean Pierre Fourré, ancien vice-président de l’Assemblée Nationale. s'est mis dans la tête de faire revivre la pensée de Jaurès à l'occasion de la campagne électorale actuelle, où son nom est souvent évoqué.
 

   Il pense en effet que ceux qui le citent à tort et à travers feraient mieux de savoir de quoi (et de qui) ils parlent! Il considère que leur filiation sera seulement reconnue par la fidélité aux principes de Jean Jaurès pour une société réellement démocratique.

 

   C'est avec cette idée qu'il a écrit un petit livre intitulé "Moi, Jaurès, candidat en 2012", qui contient 30 thèmes-propositions, qui sont autant d’adresses aux candidats. Au travers d’extraits de nombreux articles, discours, livres, interventions à la Chambre des députés, Jean-Pierre Fourré présente idées et propositions de Jean Jaurès sur des thèmes toujours d’actualité (le racisme, Dieu, la laïcité, l’immigration économique, l’éveil des peuples du monde, la patrie…).
 

     

       A quelques semaines de l’élection présidentielle et alors que les candidats présentent leurs propositions, la "contribution" de Jean Jaurès aux débats n'est pas inutile.

 

Jean-Pierre Fourré, qui s’est auto-proclamé avec humour

directeur de campagne de cet inattendu candidat,

animera un débat

vendredi 23 mars à 20h30,

à Carmaux,

Maison de la citoyenneté, 26 avenue Bouloc Torcatis.
Vous y êtes cordialement invités.


Lire sur le site de la Dépêche du Midi

 

     Rappelons qu'en 2009, pour la commémoration du 150ème anniversaire de la naissance de Jean Jaurès, de nombreuses manifestations ont eu lieu dans toute la France et en particulier dans le Carmausin. C’est dans ce cadre que, sur le site de Cap’ Découverte, l'association Gauche Avenir a organisé, devant 500 personnes, la projection du film du spectacle "Ils ont tué Jaurès", suivie d’un débat.
    Le 1er mai 2010 nous avons accueilli, toujours sur ce site, un spectacle intitulé "La dernière journée de Jean Jaurès- Paris 1914", dans lequel Jean-Pierre Fourré jouait le rôle de Jean Jaurès. 

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12 mars 2012 1 12 /03 /mars /2012 15:49

colombierL'expérience unique de théâtre menée au Colombier

(aux Cabannes, près de Cordes)

va se poursuivre,

avec une nouvelle équipe et de nouvelles perspectives.

Ecouter l'interview de Paul Quilès sur CFM Radio

Voir aussi le site de Cordes sur Ciel

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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 14:56

Témoignage de Paul Quilès

dans La Dépêche du Midi du 10 mars 2012

Lire sur le site de La Dépêche

Si vous voulez en savoir plus sur le livre d'Elisabeth Fechner

"Le pays d'où je viens", cité dans l'interview,

cliquez ici

Dépêche 1Dépêche 2-copie-1

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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 17:45

                  Syrie                         Cette tribune a été publiée sur le site du Monde.fr

          

            La Russie et la Chine ont bloqué la condamnation des massacres d’État par le régime syrien. Il faut certes s’en émouvoir, condamner ces deux pays, mais cela ne suffit pas, car aucune condamnation n’arrête les chars ou les balles des fusils. Il faut arrêter de se lamenter de ne rien pouvoir faire et envisager le peu de possibilités qu’il reste pour agir.

 

            La réunion de Tunis a marqué une étape importante, celle de la division. D’un côté se trouvent les « amis de la Syrie », c’est-à-dire les Occidentaux et la Ligue arabe, qui soutiennent l’insurrection, et de l’autre ceux qu’on pourrait nommer les « amis du régime », c’est-à-dire la Russie, la Chine et l’Iran, qui semblent vouloir coûte que coûte le maintenir en place. Le constat est amer: la « communauté internationale » est radicalement divisée, l’ONU bloqué, et le nombre des civils syriens tués augmente jour après jour.

 

            Mais à Tunis, au-delà du soutien politique au Conseil national syrien (CNS), la Ligue arabe a envisagé deux options.

 

 

La solution de l’Arabie saoudite : armer les opposants

 

            En pleine exacerbation de sa rivalité avec l’Iran dont elle redoute les ambitions nucléaires, l’Arabie saoudite souhaite que la Syrie rompe avec « l’axe chiite ». Si l’Iran et le Hezbollah soutiennent le pouvoir de Damas, alors l’Arabie saoudite armera les rebelles, et possiblement en armes lourdes. C’est en substance le message qu’elle a fait passer lors de la conférence.

 

            Sur le terrain, cela signifierait que l’Armée syrienne libre (ASL), dont une partie est hébergée par la Turquie, pourrait disposer de moyens militaires tels qu’armes antichars et antiaériennes, bien plus puissants que l’armement léger qu’elle possède actuellement.

 

            Cela déboucherait sans aucun doute sur l’intensification du conflit, et peut-être sur la division de l’ASL en commandements autonomes, alors que des groupes de francs-tireurs existent déjà et que des combattants djihadistes semblent s’infiltrer en Syrie, notamment à partir des zones sunnites de l’Irak.

 

            Des milices armées et autonomes se constitueraient alors, avec des risques évidents d’affrontements communautaires, dans un pays composite religieusement (sunnites, alaouites, druzes, ismaéliens, chrétiens) et ethniquement (arabes, kurdes, arméniens, circassiens, turkmènes). Par ailleurs, les soutiens internationaux de Damas en profiteraient sûrement pour armer plus amplement le régime, le Hezbollah et les milices locales qui le soutiennent.

 

            Derrière cette tentation flotte donc le spectre d’une guerre civile sans fin, aux répercussions inquiétantes pour la stabilité de la région, par ailleurs toujours menacée par les équilibres communautaires précaires du Liban et la persistance du conflit israélo-arabe.

 

 

La solution du Qatar : une force arabe de dissuasion

 

            Une force d’interposition a été très vite envisagée. Mais les Occidentaux sont –avec juste raison- réticents à l’idée d’intervenir militairement, dans une zone de graves tensions internationales, où l’on ne veut d’ailleurs pas vraiment d’eux. Il s’agirait donc d’une force d’interposition arabe, à l’instar de ce qui s’est fait au Liban, avec la Force arabe de dissuasion (FAD).

 

            Cette solution présenterait cependant deux inconvénients. 

        - Premièrement, pour faire intervenir une telle force, il est indispensable d’avoir l’autorisation bon gré mal gré du régime, ce qui est aujourd’hui inenvisageable, car cette force serait composée de pays qui lui sont majoritairement hostiles.  

         - Deuxièmement, le précédent libanais n’a pas porté ses fruits, loin de là. La FAD, mise en place par la Ligue arabe en 1976, n’avait aucunement empêché la guerre civile, provoquant au contraire, par l’afflux de troupes essentiellement syriennes, l’entrée d’un nouvel acteur dans les combats. Et ces troupes sont restées après la dissolution officielle de la FAD… jusqu’en 2005.

 

            Et dans ce cas, même cause, même effet : un appui capacitaire de l’opposition armée ou considéré comme tel entraînerait un renforcement militaire automatique des forces loyalistes.

 

 

Une option plus crédible : une force neutre de maintien de la paix

 

            Les massacres de civils ne s’arrêteront que s’il existe une forme de protection militaire, mais, pour être efficiente et stabilisatrice, celle-ci ne peut pas être assurée par des acteurs régionaux ou internationaux ayant des intérêts directs dans la gestion de la crise. Il est clair qu’il s’agit là d’une condition à l’acceptation de troupes étrangères par le régime et à l’autorisation de leur déploiement par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité.

 

            Il n’est pas irréaliste d’espérer une telle décision du Conseil de sécurité, surtout après la fin, en Russie, des débordements nationalistes liés à la période électorale. On peut en effet raisonnablement penser que les risques de chaos généralisé qu’entraînerait une dérive de la crise syrienne vers la guerre civile conduiront tôt ou tard la Russie et la Chine à infléchir leur attitude.

 

            Bien entendu, la décision de déployer une force neutre de maintien de la paix ne pourrait être prise qu’après un cessez-le-feu et la mise en route d’un processus politique. Cela suppose en particulier l’unification de l’opposition et l’acceptation par le régime de véritables négociations sous la pression du Conseil de sécurité.

 

            Les casques bleus auraient une mission d’interposition, qui n’exclurait pas l’utilisation de la force armée pour faire respecter le mandat de l’ONU. Ils seraient recrutés exclusivement dans des pays non impliqués dans le conflit (des Latino-américains, des Asiatiques, des Africains). Ils seraient autorisés à se déployer dans tout le pays et surtout dans les villes particulièrement touchées depuis un an.

 

            Il serait alors possible d’envisager une issue pacifique, qui ne peut se concevoir sans un transfert de pouvoir progressif assurant une pleine garantie de sécurité aux minorités, avant des élections libres et l’établissement d’un gouvernement démocratique.

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Published by Paul Quilès - dans International et défense
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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 17:08
Lettre à Jean-François Copé, secrétaire général de l'UMP
 
     Le combat politique amène -particulièrement pendant les campagnes électorales- à utiliser des caricatures et à reprendre sans retenue des clichés, souvent faux, mais dont la seule valeur est qu'ils sont ressassés depuis des années.
      C'est ainsi que vous avez cru bon d'évoquer hier [2 mars] sur Europe 1 "la célèbre phrase de M. Quilès, en 1981, lorsqu'il expliquait, dans l'euphorie du moment, 'il ne faut pas dire que des têtes vont tomber, il faut dire lesquelles' "
      Permettez moi de vous dire que cet argument polémique fondé sur une formule tronquée et totalement isolée de son contexte, ne constitue pas, même répétée, une vérité. C'est ce qu'ont compris nombre de mes interlocuteurs, même s'ils ne partageaient pas mes convictions politiques.
      Vous pourrez le vérifier à la lecture des correspondances (voir ci-dessous) que m'ont adressées à ce sujet deux de vos amis: Gérard Longuet (20 mai 1990) et Patrick Devedjian (26 mai 2003).
      Je vous adresse également une brève analyse qui permet d'aller au delà de la lecture sommaire et partisane de l'évènement.
        Enfin, je pense que l'ancien ministre que vous êtes se souvient certainement que la désignation de plusieurs centaines d'emplois civils et militaires de l'Etat se fait en conseil des ministres (partie B), sous l'autorité du Président de la République. Selon l'article 13 de la Constitution, celui-ci a, comme vous le savez, la responsabilité de nommer "les conseillers d'Etat, le grand chancelier de la Légion d'honneur, les ambassadeurs et envoyés extraordinaires, les conseillers maîtres à la Cour des comptes, les préfets, les représentants de l'Etat dans les collectivités d'outre-mer régies par l'article 74 et en Nouvelle-Calédonie, les officiers généraux, les recteurs des académies, les directeurs des administrations centrales".
      Cette liste, déjà longue, est complétée par l'ordonnance du 28 novembre 1958 portant loi organique, qui ajoute d'autres emplois à pourvoir en conseil des ministres :"procureur général près la Cour de cassation, procureur général près la Cour des comptes, procureur général près une cour d'appel; direction dans les établissements publics, les entreprises publiques et les sociétés nationales quand leur importance justifie inscription sur une liste dressée par décret en conseil des ministres".
        Fort de ces informations, vous voudrez bien à l'avenir faire preuve de plus d'exactitude dans votre argumentation politique.
        A vous.
                          Paul Quilès
        Devedjian.JPG
Longuet.JPG
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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 10:11
      Iran-nucleaire.jpg                     Ce texte a fait l'objet d'une publication dans le Figaro
                                                  du 1er Mars 2012


       La possibilité d’une attaque israélienne contre les installations nucléaires iraniennes est d’autant plus évoquée que, chaque jour, un nouvel évènement vient alimenter ce qui ressemble de plus en plus à « la chronique d’une catastrophe annoncée ».
      Peut-on imaginer qu’un autre scénario évite au Moyen-Orient et à la paix du monde ces enchaînements guerriers, dont les conséquences seraient d’une extrême gravité ? Je le pense, mais avant de le décrire, il faut d’abord répondre à trois questions.
 
1- L’Iran peut-il disposer de l’arme nucléaire ?
       Les Iraniens clament que leur programme nucléaire est mené à des fins civiles et non militaires. Dans un cas comme dans l’autre, la nature des matières fissiles, le processus et le taux d’enrichissement diffèrent. Si l’Iran, comme le soupçonnent Israël et les Occidentaux, parvenait à développer les capacités de production nécessaire, encore lui faudrait-il produire suffisamment de matière nucléaire. Cela n’est pas inenvisageable, mais ne semble pas encore être le cas : il ne suffit pas d’annoncer qu’on est capable d’enrichir l’uranium à 20%, il faut atteindre au moins 90% pour disposer de combustible militaire.
       Il lui faudrait aussi disposer de « vecteurs » performants, c’est-à-dire de bombardiers ou de missiles capables de porter une tête nucléaire. Dans le cas de l’Iran, il s’agirait certainement de missiles. Or leur puissance et leur objectif de ceux-ci déterminent leur portée et leur type d’utilisation : tactique (sur un champ de bataille) ou stratégique (pour des frappes plus importantes). Pour que ces vecteurs atteignent leur cible, il faut également qu’ils disposent d’une technologie leur permettant d’éviter les systèmes de défense antimissiles. L’Iran dispose-t-il de tels engins ? Probablement pas à l’heure actuelle, mais son programme de missiles bat son plein avec le développement de la gamme Shahab, de plus en plus puissante. Téhéran développe également un programme spatial, dont les lanceurs pourraient servir à confectionner des missiles balistiques intercontinentaux. Le programme n’en est qu’à ses débuts, mais les experts sont hésitants quant à son niveau réel de développement technologique.
 
2- Un Iran doté de l’arme nucléaire représenterait-il une menace imminente ?
      Il est peu probable que l’Iran attaquerait alors directement ses ennemis déclarés (Israël, États-Unis), car il s’exposerait à des représailles militaires colossales. L’hypothèse est encore moins probable, lorsqu’il s’agit de ses rivaux régionaux ou de l’Europe. L’idée d’un bouclier anti-missile européen apparait donc n’avoir aucune utilité réelle, d’autant plus que la France et le Royaume Uni disposent de forces de dissuasion et que la quasi-intégralité des États européens participent à l’OTAN, avec l’arsenal américain en garantie.
      En termes d’influence politique, en revanche, un Iran hissé au statut de puissance nucléaire militaire se mettrait à l’abri de représailles. Il jouirait d’une aura bien plus étendue qu’aujourd’hui, auprès de ses alliés (en Irak, en Syrie, au Liban) comme à l’encontre de ses adversaires (Israël, Arabie saoudite). Cette influence nouvelle lui permettrait d’affirmer son influence stratégique dans des dossiers clefs comme la maîtrise du détroit d’Ormuz, la présence de forces navales iraniennes en Méditerranée et en mer Rouge ou dans le dossier afghan.
       Les conséquences de cette situation seraient désastreuses, car elle inciterait plusieurs pays de la région à se nucléariser : l’Arabie saoudite, avec l’accord tacite des Occidentaux, la Turquie, qui pourrait être tentée, et peut-être même l’Egypte ou la Syrie, selon les développements politiques du printemps arabe.
 
3- Quelles seraient les conséquences d’une attaque israélienne contre l’Iran ?
      Il est probable qu’Israël utiliserait une conjonction de moyens : force aérienne, éventuellement navale, commandos, informatique, voire bombes anti-bunkers (« mini-nukes »). Si l’attaque atteignait ses objectifs, il est probable que l’Iran réagirait violemment, à la différence de l’attitude de l’Irak et de la Syrie après les attaques contre leurs installations.
      Le risque est d’enclencher une réaction en chaîne, avec, pour commencer, une riposte immédiate contre Israël, sans que l’on sache où frapperait l’Iran, l’ensemble israélo-palestinien étant aussi réduit qu’enchevêtré.
       D’autres cibles pourraient être la flotte et les troupes américaines stationnées dans le Golfe, des sites stratégiques d’Arabie saoudite. Le blocage du détroit d’Ormuz serait probable, ainsi que le déclenchement de troubles régionaux catastrophiques. L’Iran en a les moyens, par son influence sur le Liban, l’Irak, la Syrie, la Palestine. Il peut aussi pousser à la rébellion dans des pays à présence chiite (Arabie saoudite, Yémen, Bahreïn, Koweït, Afghanistan).
      Au-delà du risque pour le Moyen Orient lui-même, l’Europe serait concernée, car c’est son voisinage immédiat qui s’embraserait.                
 
Un autre scénario, celui de la paix
      Pour éviter à la fois une attaque israélienne et une bombe iranienne, il n’y a pas d’autre choix possible qu’une action diplomatique forte et multilatérale.
      Les principales parties en présence subissent pour le moment des mouvements politiques internes susceptibles d’influencer leur comportement futur :
  • Le cabinet israélien est partagé entre les faucons favorables à une intervention et ceux qui pensent que cela ne ferait qu’empirer la situation. La population israélienne est également partagée.
  • En Iran, des élections législatives se tiendront début mars et une bataille d’influence fait rage entre le camp nationaliste du Président Ahmadinejad et le camp religieux proche de l’Ayatollah Khamenei. La répartition du pouvoir à venir n’est donc pas encore arrêtée, mais il est probable que le dossier nucléaire sera l’objet d’une surenchère interne. Si le programme nucléaire dépend des Gardiens de la Révolution attachés à l’Ayatollah, il est défendu ardemment par le Président, dont la rhétorique est notoirement antioccidentale.
  • L’issue de l’élection présidentielle américaine de l’automne peut se révéler décisive, l’administration Obama étant beaucoup plus réticente à une intervention que les Républicains, partisans d’une ligne dure face à l’Iran... À condition naturellement qu’Israël ne décide pas d’attaquer dès cet été !
      Un évènement récent ne doit pas être sous estimé : quelle qu’en soit la cause (effet des sanctions, possibilité d’une attaque israélienne, volonté de gagner du temps), Téhéran vient de s’ouvrir à nouveau aux contrôles de l’AIEA[1], dont le dernier rapport accrédite clairement la thèse d’un programme militaire. Pourquoi ne pas prendre l’Iran au mot, jouer la responsabilisation de l’acteur régional qu’il est, le mettre devant ses obligations relatives au Traité de non prolifération qu’il a signé en 1970 et au Protocole additionnel de 2003, qui permet aux inspecteurs de l’AIEA d’inspecter des sites non-déclarés ?
      Il n’est pas impensable non plus de proposer un assouplissement des sanctions –dont l’effet est loin d’être négligeable- contre une coopération pleine et entière avec l’AIEA. Dans certaines situations, l’incitation peut produire des effets plus constructifs que les sanctions, dont l’effet est souvent de crisper un régime sur ses ambitions, même si les répercussions économiques du bâton occidental commencent à se faire sentir.
      Et pourquoi ne pas mettre dans la balance, à terme, une coopération multilatérale sur le nucléaire civil contre un renoncement total au nucléaire militaire ?
     L’Europe doit peser de tout son poids, aux côtés des Américains, afin d’œuvrer à une solution non militaire. Même si la fenêtre d’action diplomatique est restreinte, elle n’est pas inexistante. Il faut l’utiliser pleinement, car elle est  indiscutablement la meilleure des options.
[1]  Agence internationale de l’énergie atomique
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Published by Paul Quilès - dans International et défense
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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 09:15

Dujardin.jpg     Pas question de bouder le plaisir d'assister à la consécration d'un film français aux États-Unis.
     Pas question non plus de critiquer un film qui accumule tant de louanges.
     Je me permets quand même un clin d'oeil à cette concomitance amusante d'un film français tourné à Los Angeles, avec une équipe en grande partie américaine, qui porte un titre anglais et qui
est....muet!
    Le "Fabriqué en France", si en vogue depuis quelque temps et la francophonie n'y trouveront probablement pas leur compte.
     Pardon, j'oubliais, le héros, Jean Dujardin, a parlé français à Hollywood: " Oh putain, merci! "
    Comme on dit en français, no comment!

 

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Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez