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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 18:03

Après le vote du 23 septembre à l’ONU,

pourra-t-on éviter un nouveau conflit ?  
Tribune publiée sur le site de Mediapart    



          Une large majorité d’États membres de l’ONU reconnait déjà, au niveau bilatéral, la Palestine comme État. Seuls l’Europe, les États-Unis et Israël se démarquent de cette réalité diplomatique.

          La démarche palestinienne à l’ONU se heurtera à un veto américain au Conseil de sécurité, puisque les États-Unis ont fait savoir qu’ils s’opposeraient à une solution qui ne serait pas négociée préalablement entre Israël et l’Autorité palestinienne. Il faudra donc que les Palestiniens se contentent d’un vote largement symbolique de l’Assemblée générale élevant la Palestine au statut d’« État non membre observateur ».

          L’Europe apparaît une nouvelle fois divisée. Après l’avoir été sur l’Irak, puis sur la Libye, l’Union européenne va probablement aborder en ordre dispersé le vote sur la reconnaissance de la Palestine comme État. Si tel est le cas, elle montrera son incapacité à prendre la mesure de ce rendez-vous historique, comme elle a déjà du mal à se positionner face aux révolutions arabes.

          En 1999 et 2010 pourtant, l’UE s’était engagée à une telle reconnaissance, « le moment venu », même si cette prise de position s’appliquait à une « solution négociée » alors que la démarche actuelle des Palestiniens reste unilatérale, en raison principalement du blocage complet des négociations.

Que peut-il se passer ?

          Le scénario le plus probable est que l’Assemblée générale de l’ONU aille dans le sens palestinien, avec le soutien d’une partie des États européens. Mais cette reconnaissance, qui devrait souligner de manière spectaculaire l’isolement diplomatique du gouvernement Netanyahu, pourrait aussi avoir des répercussions négatives sur la situation politique du Proche Orient.

          Les Palestiniens attendront des résultats concrets de cette prise de position d’une large partie de la communauté internationale en leur faveur et nul ne doute que certains groupes radicaux y trouvent une justification pour des actions de violence. La population palestinienne s’inspirera probablement des révolutions arabes pour manifester en faveur d’un retrait israélien de Cisjordanie et de Jérusalem Est. Une radicalisation de ces manifestations se heurterait à une répression plus dure encore.

          De son côté, Israël pourrait être tenté par des actions hostiles telles que le gel des transferts de droits de douane et de TVA dus à l’Autorité palestinienne. De telles mesures, que pourrait aggraver la suspension par la Chambre des représentants républicaine de toute aide américaine à la Palestine, ne manqueraient pas de pousser davantage encore les Palestiniens à la révolte.

          Les Israéliens, qui, après avoir perdu leur alliance stratégique avec la Turquie, se trouvent désormais en délicatesse en Égypte, ne pourront compter que sur l’indéfectible allié américain et, à moindre échelle, sur certains pays européens. Mais l’administration Obama ne pourra que bloquer le vote au Conseil de sécurité, tout en s’efforçant de conserver un minimum d’influence dans le monde arabe qui, sans nul doute, lui tiendra rigueur de ce nouveau véto en faveur de l’État hébreu.

          Si les tensions devaient s’accroître et provoquer une intensification des violences entre Palestiniens et Israéliens [1], la scène proche-orientale pourrait rapidement s’embraser.

          Le territoire égyptien peut en effet offrir un passage à des groupes armés palestiniens vers Gaza. Au Liban, le Hezbollah, qui est au gouvernement, pourrait rejoindre le conflit, certainement pas en attaque frontale, mais à la suite d’incidents entraînés par la nervosité générale, voire de provocations. D’autres incidents pourraient également se produire sur la ligne de démarcation du plateau du Golan, ce qui permettrait à Damas de faire oublier sa sanglante répression. Quant à la Jordanie, dont la population est au moins pour moitié d’origine palestinienne, elle n’hypothèquerait sûrement pas la fragile stabilité du royaume hachémite en se rangeant clairement du côté israélien. Enfin, les acteurs régionaux que sont la Turquie, l’Arabie saoudite et l’Iran, verraient certainement dans cette situation de troubles l’occasion d’accroître leur influence, tout en évitant de trop brusquer les États-Unis. Quant à la Ligue arabe, déchirée par les révolutions, elle ferait certainement corps autour des Palestiniens, nouvel objet de cohésion, surtout après le rejet israélien de son plan de paix multipartite.

Une paix négociée est-elle encore possible?

          Elle ne semble pas évidente, car la fenêtre d’action est très réduite. Il faudrait que les Européens, tout en s’efforçant d’adopter une position commune en faveur de la démarche palestinienne à l’ONU, envoient un signal fort à Israël, en lui expliquant qu’ils maintiennent la pression sur les Palestiniens pour empêcher toute manifestation ou action susceptible d’aggraver les tensions, mais aussi en lui faisant valoir que des actions de rétorsion seraient à la fois inutiles et dangereuses du point de vue même des intérêts de sécurité israéliens.

          L’Europe devra s’engager fortement pour que la période qui suivra le vote de l’ONU marque le retour des Israéliens et des Palestiniens à des négociations bilatérales limitées par une date butoir à court terme (3 à 6 mois) pour la partie concernant les frontières et les garanties de sécurité, les autres questions, notamment celle des réfugiés, devant être traitées dans un délai de l’ordre d’un an. La probable victoire symbolique de la Palestine à l’ONU ne pourra en effet avoir de sens que si, à l’issue de ces négociations, Israël la reconnaît à son tour comme État.

          L’Europe pourrait jouer un rôle central dans cette optique, tant en lien avec les Américains, afin de peser sur un gouvernement israélien tenté par le pur et simple recours à la force, qu’avec les acteurs du monde arabo-musulman, afin de peser sur une politique palestinienne fortement disparate malgré son unité de façade.

          Les récentes propositions françaises, notamment de conférence de paix internationale, ne seront à l’évidence pas acceptées par Israël. Le temps n’est pas à une restructuration du cadre de médiation extérieur, mais bien à la reprise du processus de paix entre Israéliens et Palestiniens, pour aboutir enfin à une solution sur le statut des territoires occupés. Les équipes de négociation des deux parties se connaissent et savent parfaitement bien quelles sont leurs options. Il manque une volonté politique, qui devra être encouragée par une pression déterminée, unitaire et ciblée de l’Union européenne. Cette pression aura d’autant plus de chances d’être efficace que le vote de l’Assemblée générale à l’ONU sera large. Mais dans la nouvelle situation créée par ce vote, l’Europe et ses partenaires du Quartet [2] auront aussi la lourde responsabilité d’en gérer les conséquences, pour éviter tout dérapage et débordement sur le terrain. 


[1]  Tsahal a entraîné dernièrement les colons dans l’éventualité d’affrontements.

[2]  ONU, Etats-Unis, Europe, Russie

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Published by Paul Quilès - dans International et défense
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18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 09:40

     Voici 30 ans exactement, le 18 septembre 1981, Robert Badinter présentait la loi abolissant la peine de mort en France à l’Assemblée nationale, qui l’adoptait par 363 voix contre 117.

     Je me souviens d’avoir alors ressenti de la fierté en contribuant, par mon vote, à ce que la France, une des dernières démocraties occidentales à abolir la peine de mort, fasse disparaître de son droit cette peine indigne et inefficace, héritée des temps anciens.

FM-cartes-sur-table.jpgJe me souviens aussi de la reconnaissance que j’ai éprouvée à l’égard de François Mitterrand, dont la promesse était tenue. Pendant sa campagne, je l’avais vu braver une opinion publique majoritairement défavorable à cette mesure. Je n’ai pas oublié par exemple comment, lors de l’émission télévisée « Cartes sur table » du 16 mars 1981, il avait affiché avec force ses convictions, alors que tant de gens considérait qu’il « prenait un risque » ! Un grand moment que vous aurez plaisir à voir ou à revoir.

     Aujourd’hui, les Français sont majoritairement favorables à l’abolition de la peine capitale, mais la tentation de la rétablir existe toujours chez certains partis politiques et dans une partie de la population, particulièrement au moment de faits divers odieux surmédiatisés.

     Dans le monde, 58 États continuent de recourir à la peine capitale ! Plus de 20 000 personnes attendent toujours dans les couloirs de la mort et des milliers de personnes sont exécutées chaque année. En 2009, d’après les chiffres officiels, 18 pays ont procédé à des exécutions et 714 personnes ont été exécutées*.

     Aux Etats-Unis, le maintien de la peine de mort donne lieu à de terribles dérives, comme on peut le voir dans l’article de Pascal Riché publié sur Rue89 : « Pour la quatrième fois, Troy Davis doit être exécuté »

     N’hésitez pas à consulter l’excellent site de l’association « Ensemble contre la peine de mort », organisation francophone de référence de lutte contre la peine capitale dans le monde, qui « s'attache à fédérer et à mobiliser les forces abolitionnistes internationales, à enseigner l'abolition et à agir pour et auprès des condamnés à mort et de leurs défenseurs ». 

_________________________________________________

* Le peu de transparence dans l’information donnée par les pays pratiquant des exécutions (Chine, Iran…) fait craindre que le nombre de personnes exécutées soit beaucoup plus élevé 

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17 septembre 2011 6 17 /09 /septembre /2011 17:27

     Je trouve beaucoup de défauts à l’élection du Président de la République au suffrage universel* …et pourtant, je vote ! Depuis 37 ans, à chaque élection présidentielle, je soutiens un candidat et il m’est même arrivé de diriger la campagne d’un candidat.

     J’ai clairement et publiquement exprimé mes réserves au sujet des primaires socialistes….et pourtant, je vais voter ! J’appelle même à participer à ce scrutin celles et ceux qui souhaitent un vrai changement en mai 2012.

 

     Dans les deux cas (élection présidentielle et primaires), je tiens simplement compte d’une situation que je n’ai pas voulue et dont je connais les inconvénients.

 

     Dans les deux cas, je considère que ne pas voter reviendrait à laisser à d’autres le soin de faire le choix de celle ou de celui qui incarnera la volonté de changement que manifeste de plus en plus la société française, qui en a assez des injustices, des promesses non tenues, de l’accroissement des inégalités, de la façon dont est gouverné le pays, des discours de division….  

 

      En paraphrasant la fameuse phrase de Paul Valéry sur la politique,  je dirai que « si vous ne vous sentez pas concernés par les primaires, le résultat des primaires vous concernera » ! A celles et ceux qui hésitent à voter, je demande simplement d’imaginer un instant leur déception et peut-être leur rage si le candidat choisi n’a pas la capacité d’incarner et de mettre en œuvre ce changement.

 

     Car c’est bien cela qu’il s’agira de juger lors de ces primaires, à travers quatre déterminants :

 

- l’aptitude à rassembler la gauche au 2ème tour de l’élection présidentielle ;

 

- la volonté de défendre les points forts du programme accepté par tous les socialistes, notamment sur les plans économique, social, environnemental et international ;

 

- la vision claire et conforme au message de la gauche du rôle d’un président de la République soucieux d’un meilleur équilibre des pouvoirs au sein de nos institutions ;

 

- les qualités personnelles (expérience, solidité, détermination).

 

     Martine Aubry me paraît à cet égard la mieux placée pour répondre positivement à ces critères. Directeur de la campagne victorieuse de François Mitterrand en 1981, je crois connaître les qualités nécessaires à un candidat de gauche pour l’emporter et j’ai pu vérifier au cours des dernières semaines que Martine Aubry les a.  

     Que ce soit lors de son intervention au récent meeting de Toulouse, lors du débat télévisé et lors d’échanges personnels que j’ai eus avec elle, j’ai constaté la force de son engagement et la clarté de ses choix. Voilà pourquoi j’appelle à voter pour elle dès le 9 octobre. J'y reviendrai.

__________________________________________________________________________

* Mode d'élection qui a fait du Président un véritable monarque républicain, politiquement irresponsable, touchant à tout, parlant de tout, qui a réduit le rôle du Premier ministre à celui d'une sorte de directeur de cabinet et qui a transformé dans plusieurs domaines le Parlement en chambre d'enregistrement. Pour mieux analyser ce phénomène et débattre des réformes que la gauche devrait proposer, une prochaine "Assemblée des gauches et des écologistes" sera consacrée aux institutions de la Vème République.

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17 septembre 2011 6 17 /09 /septembre /2011 16:42
      A en juger par l’audience du premier débat télévisé de jeudi dernier, les primaires socialistes suscitent de l’intérêt chez les Français. On ne peut que se féliciter de voir ainsi le débat sur les grands problèmes de notre société et sur l’avenir ne pas se cantonner au « domaine réservé » des accros de la politique.
     Espérons cependant que la présentation de cette compétition inédite ne sera pas assimilée à une sorte de match sportif : « Qui va gagner ? Qui l’a emporté à l’issue de la première manche ? Va-t-il rappraper son retard?». C’est un peu l’impression que j’ai eue en regardant hier un "Journal télévisé", où le commentaire enchaînait allègrement les interrogations sur les chances des équipes de France de rugby en Nouvelle Zélande, de basket en Lituanie, de tennis en Coupe Davis…..et celles des candidats socialistes aux primaires !
     Espérons aussi que les préférences partisanes de certains commentateurs ne troubleront pas l’appréciation des électeurs. Chacun a le droit d’apprécier ou de détester tel ou tel candidat, pourvu que cela ne vienne pas biaiser les analyses.
     Il est vrai, que depuis la vogue des sondages prédictifs -dont j’ai déjà montré, chiffres à l’appui, ce qu’ils valent[1]-, il y a toujours eu des « chouchous » des médias, des « bons clients ». Je me permets de suggérer à ceux qui se laisseraient encore aller à ces facilités de se remémorer le sort électoral des candidats dont ils nous ont répété pendant des mois, voire des années, sur la foi des sondages : «on ne voit pas comment ils pourraient être battus » : Michel Rocard, Edouard Balladur, Ségolène Royal, Nicolas Hulot….


[1]  Le sondage n’est pas critiquable s’il limite son ambition à procéder à une description instantanée de l’opinion. C’est en quelque sorte un thermomètre, dont la fonction est de mesurer la température et non de prédire ce qu’elle sera dans une semaine, un mois ou un an ! 
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13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 11:59

Kagamé   Le président rwandais Paul Kagamé vient de faire une visite officielle à Paris. Il a souhaité, selon ses propos, "échapper à l'Histoire"....mais cela ne peut se faire au prix d'une réécriture de l'Histoire.

   Je ne conteste pas le principe du rétablissement de relations diplomatiques normales avec le Rwanda, d’autant que la France entretient des relations avec des Etats, pas avec des régimes. Je considère cependant -et j’ai fait part de ce point de vue au Président de la République- que ce rétablissement ne doit pas se faire au prix de l’acceptation, même implicite, d’une présentation des évènements tragiques de 1994, qui impute mensongèrement à la France la responsabilité de ces drames.
  
 

     M.Kagamé a déclaré hier qu’il ne demandait pas que la France présente des "excuses" pour son rôle au Rwanda en 1994. Cela me semble être un premier pas dans la bonne direction, puisque cette déclaration revient à abandonner de fait les charges injustement portées par son gouvernement contre la France.

    Le travail de mémoire sur la terrible tragédie du génocide des Tutsis en 1994 ne peut s'accomoder d'approximations, de polémiques partisanes. J'y reviendrai prochainement.
 

Paul Quilès,

Président de la mission parlementaire sur le Rwanda (1998)

  

Interview de Paul Quilès au JdD  
Interview de Paul Quilès à l'Est Républicain

 

Pour plus d'information sur le Rwanda , lire sur ce blog:
- La France et le drame rwandais
-
Réponse à Patrick de Saint Exupéry
- Lettre au secrétaire général de l'ONU
- Rapport rwandais: pas sérieux?

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13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 09:55

Dans la perspective de la prochaine élection présidentielle,

 le club Gauche Avenir a prévu d’organiser

à Belfort Samedi 24 septembre 2011,

sa troisième assemblée des gauches et des écologistes
sur le thème de l’école.

 

A cette occasion, nous voulons  réunir très largement tous ceux qui, au sein des partis de gauche, des organisations syndicales d’enseignants et de personnels de l’éducation, des associations de parents d’élèves, des associations d’éducation populaire, des groupes de recherche et de réflexion, entendent contribuer à la définition de ce que devrait être, au lendemain de l’élection présidentielle et des législatives, un véritable projet alternatif opérationnel pour l’école de la République.


Lire le texte introductif aux débats 
et le programme de la journée

Comme je l'ai fait pour les 2 précédentes assemblées (logement et énergie),

je vous tiendrai au courant sur ce blog des conclusions des débats.

 

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12 septembre 2011 1 12 /09 /septembre /2011 15:58

       Ce texte a également été publié sur le site de Marianne2.fr

 

     Entendons-nous bien : je ne vise pas ici les enquêtes d’opinion générales et celles réalisées pour le compte d’entreprises et d’organismes divers, qui représentent d’ailleurs la source principale du chiffre d’affaires des instituts de sondage. Je veux parler des sondages « prédictifs » concernant les grandes élections nationales.
     Je ne nie pas l’intérêt d’une technique qui peut être utile pour mieux appréhender l’état de l’opinion publique sur des sujets majeurs et d’en hiérarchiser les aspirations. Ce n’est cependant qu’un outil, qu’il faut remettre à sa place, en intégrant les résultats qu’il fournit dans une analyse plus complète de la réalité politique.
     Par contre, lorsqu’il s’agit de « prévoir » le résultat d’une élection 3 mois, 6 mois, 1 an avant la date du scrutin, on tombe véritablement dans le domaine de la pensée magique. Sans être un grand politologue, on sait en effet qu’un sondage réalisé aussi loin de l’échéance ne peut intégrer plusieurs facteurs déterminants, notamment :
    - les conséquences de la campagne électorale proprement dite, qui fait bouger les lignes ;
     - le handicap de celui qui est en tête longtemps à l’avance et qui devient au fil du temps l’objet de toutes les critiques….y compris du monde médiatique, qui résiste rarement à la tentation de brûler ce qu’il a porté au pinacle ;
     - le changement d’attitude de certains électeurs du camp adverse, favorables par effet de mode à un candidat dans les sondages….mais qui retrouvent leur camp quand l’affrontement se radicalise.
      Il n’empêche, on a beau le répéter, rien n’y fait. Presque tous les commentateurs, les partis et les responsables politiques, les candidats potentiels eux-mêmes ont les yeux rivés sur ces indicateurs, qui ne veulent pourtant pas dire grand-chose. Que penserait-on d’un pilote qui conduirait sa voiture avec un tableau de bord donnant des chiffres qu’il sait pertinemment faux et qui déterminerait cependant sa conduite en fonction de ces indications ? de toute façon, l’accident ne serait pas loin !
      Je regrette que les responsables politiques et les médias (et pourquoi pas, les instituts de sondage) ne soient pas plus prudents dans l’exploitation des sondages prédictifs. Je passe sur l’attitude un peu ridicule qui consiste à se gaver de ces chiffres et à s’en flatter lorsqu’ils vous sont favorables et à les rejeter ou à crier à la manipulation lorsqu’ils ne le sont pas.
      La manipulation peut évidemment exister, mais elle serait sans objet si les politiques expliquaient en toute circonstance l’inutilité et la dangerosité de ces prédictions. Combien d’entre eux, qui affirment en public ne pas y croire et ne pas s’en soucier les regardent quand même, comme ceux qui lisent leur horoscope –auquel ils ne croient naturellement pas- en y cherchant un conseil réconfortant !
      Il me semble indispensable à cet égard de rappeler quelques chiffres concernant plusieurs élections présidentielles, oubliés et pourtant particulièrement éclairants pour comprendre les dangers de la « sondomanie ».

 

Election de 1981

                     Octobre 1980              Avril 1981             Mai 1981
                    (sondage IFOP)          (1er tour)            (2ème tour) 
Mitterrand         18%                         25,9%                   51,8%
Giscard             36%                         28,3%                   48,2%
Marchais           16%                         15,3%                     -
Chirac                 8%                         18,0%                     -


Election de 1995

                      Fin janvier 1995               Avril 1995           Mai 1995
                  (sondage IFOP/SOFRES)     (1er tour)          (2ème tour)
Jospin                 15%                                23,3%              47,4%
Balladur              29%*                               18,6%                 -
Chirac                 16%                                 20,8%              52,6%

 

* Ces mêmes sondages indiquaient que 62% des Français pensaient que Balladur ferait un bon président de la République et 65% d’entre eux étaient convaincus qu’il serait élu….

 

Election de 2002

                   Septembre 2001         Avril 2002              Mai 2002
                  (sondage SOFRES)       (1er tour)            (2ème tour)
Jospin                27%                            16,2%                    -
Chirac                26%                            19,9%               82,2%
Le Pen                7%                             16,9%               17,8%
Chevènement     9%                               5,3%                    -

 

Election de 2007

                      Décembre 2006          Avril 2007           Mai 2007 
                        sondage BVA)          (1er tour)            (2ème tour)
Sarkozy                   32%                      31,2%              53,1%
Royal                       35%                      25,9%              46,9%
Bayrou                      8%                       18,6%                 -
Le Pen                      9%                         0,4%                 -

 

          J’espère que ce retour sur le passé, qui se veut un appel à la lucidité, incitera les responsables politiques de la gauche à ne pas fixer leur cap en fonction des indications de cette boussole si peu fiable que sont les sondages prédictifs.

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8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 11:09

imagesCAZMPT5G.jpgDix ans plus tard, on s'interroge encore sur la nature du terrorisme international, sur ses origines, sur ses motivations, sur la façon de le combattre. 

Alors que des documents saisis dans les décombres du palais de Kadhafi font apparaître les dérives de la lutte anti-terroriste mettant en cause les Etats-Unis, la Grande Bretagne (et peut-être la France), il peut être instructif de relire certains documents.

    Je me suis pour ma part souvent exprimé sur ce sujet. Dès le lendemain des attentats du 11 septembre, j'ai décidé, en tant que Président de la Commission de la défense de l'Assemblée nationale, d'engager une réflexion, qui a débouché dès le 12 décembre 2001, sur un rapport. Comme on pourra le constater (lire le rapport), sur les 25 propositions faites, certaines d'entre elles sont encore pertinentes.

                                   

Approximations sur le terrorisme 

                                           Rappel de ma tribune du 11 janvier 2011

            Chaque fois que je parle de terrorisme, je me tiens à l’écart des approximations de ceux qui voudraient apporter des réponses trop simples et univoques à ces questions graves et complexes. 

            Il est naturel de se retrouver dans la compassion générale qui entoure les familles et les proches des victimes de ces actes inhumains. Il est tout aussi naturel qu’un large accord se fasse au sein de la communauté nationale sur l’objectif de lutter contre un fléau qui présente de graves dangers de déstabilisation de notre société.

            Pour autant, il n’est pas question, au nom de ce consensus, d’accepter aveuglément la stratégie déployée ou les moyens de lutte utilisés, par crainte d’être dénoncé comme un mauvais citoyen rompant l’indispensable unité nationale face à de tels évènements.

            Tant que la réalité du terrorisme international ne sera pas clairement et publiquement analysée, à travers ses motivations, ses objectifs, sa diversité et ses contradictions, les réponses sommaires continueront à prospérer, sans convaincre. Au mieux, comme on vient de le voir à l’occasion de l’opération militaire qui a entraîné la mort de 2 jeunes Français, elles mobiliseront une partie de l’opinion, en donnant l’impression de la fermeté et de la détermination.

            Dans le passé, certains promettaient de « terroriser les terroristes » ….. avec le succès que l’on sait. Ceux qui prônent aujourd’hui, avec de males accents, la « guerre contre le terrorisme », en reprenant la malheureuse formule de George Bush, font la même erreur.

            Il ne peut s’agir en effet d’une guerre, dans la mesure où les adversaires ne nous font pas face, que leurs objectifs sont confus, contradictoires et qu’il ne peut être question de négocier une issue avec eux. La lutte contre le terrorisme est un combat de l’ombre, dans la durée, qui fait appel à un grand nombre de moyens, touchant à des domaines divers comme le renseignement, les circuits économiques, la police, la communication, la coopération internationale,  l’armée. Par contre, croire que les seules interventions militaires, même si elles peuvent être parfois utiles, permettront d’éradiquer le terrorisme, est un leurre.

            Il n’y aura pas de réponse sérieuse et efficace sans réflexion en profondeur sur les raisons qui ont favorisé son émergence, sans analyse des facteurs qui entretiennent son développement, surtout dans des pays pauvres et dans ceux où la contestation de l’influence occidentale –notamment celle de la France- est forte.

            C’est dans ce contexte que devrait être reconsidérée l’opportunité de la présence en Afghanistan des troupes françaises, qui participent depuis 9 ans, à une guerre sans fin, aux objectifs flous. Chacun sait maintenant qu’il ne s’agit plus véritablement d’une lutte contre le terrorisme d’Al Qaïda. En revanche, cette participation donne de la France l’image d’un pays impliqué dans un conflit contre le monde musulman, au sein  au sein d’une coalition militaire essentiellement « occidentale ». Pour ma part, je suis donc de plus en plus convaincu que la France devrait rapidement retirer son contingent d’Afghanistan.
   
      Lire aussi sur ce blog:
lutter contre le terrorisme

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2 septembre 2011 5 02 /09 /septembre /2011 16:18

Une bien belle fable....qui vous rappellera sûrement quelque chose!

    Ane-copie-1.jpgUn homme portant cravate se présenta un jour dans un village. Monté sur une caisse, il cria à qui voulait l’entendre qu’il achèterait cash 100 euros l’unité tous les ânes qu’on lui proposerait. Les paysans le trouvaient bien peu étrange mais son prix était très intéressant et ceux qui topaient avec lui repartaient le portefeuille rebondi, la mine réjouie.   

  Il revint le lendemain et offrit cette fois 150 € par tête, et là encore une grande partie des habitants lui vendirent leurs bêtes. Les jours suivants, il offrit 300 € et ceux qui ne l’avaient pas encore fait vendirent les derniers ânes existants. Constatant qu’il n’en restait plus un seul, il fit savoir qu’il reviendrait les acheter 500 € dans huit jours et il quitta le village.

     Le lendemain, il confia à son associé le troupeau qu’il venait d’acheter et l’envoya dans ce même village avec ordre de revendre les bêtes 400 € l’unité. Face à la possibilité de faire un bénéfice de 100€ dès la semaine suivante, tous les villageois rachetèrent leur âne quatre fois le prix qu’ils l’avaient vendu et pour ce faire, tous empruntèrent.

     Comme il fallait s’y attendre, les deux hommes d’affaire s’en allèrent prendre des vacances méritées dans un paradis fiscal et tous les villageois se retrouvèrent avec des ânes sans valeur, endettés jusqu’au cou, ruinés.

     Les malheureux tentèrent vainement de les revendre pour rembourser leur emprunt. Le cours de l’âne s’effondra. Les animaux furent saisis puis loués à leurs précédents propriétaires par le banquier. Celui-ci pourtant s’en alla pleurer auprès du maire en expliquant que s’il ne rentrait pas dans ses fonds, il serait ruiné lui aussi et devrait exiger le remboursement immédiat de tous les prêts accordés à la commune.

     Pour éviter ce désastre, le Maire, au lieu de donner de l’argent aux habitants du village pour qu’ils paient leurs dettes, le donna au banquier, ami intime et premier adjoint, soit dit en passant. Or celui-ci, après avoir rétabli sa trésorerie, ne fit pas pour autant un trait sur les dettes des villageois ni sur celles de la commune et tous se trouvèrent proches du surendettement.

     Voyant sa note en passe d’être dégradée et pris à la gorge par les taux d’intérêts, la commune demanda l’aide des communes voisines, mais ces dernières lui répondirent qu’elles ne pouvaient en aucun cas l’aider car elles avaient connu les mêmes infortunes.

     Sur les conseils avisés et désintéressés du banquier, toutes décidèrent de réduire leurs dépenses: moins d’argent pour les écoles, pour les programmes sociaux, la voirie, la police municipale... On repoussa l’âge de départ à la retraite, on supprima des postes d’employés communaux, on baissa les salaires et parallèlement on augmenta les impôts. C’était, disait-on, inévitable mais on promit de moraliser ce scandaleux commerce des ânes.

     Cette bien triste histoire prend tout son sel, quand on sait que le banquier et les deux escrocs sont frères et vivent ensemble sur une île des Bermudes, achetée à la sueur de leur front. On les appelle les frères Marchés. Très généreusement, ils ont promis de subventionner la campagne électorale des maires sortants.

     Cette histoire n’est toutefois pas finie car on ignore ce que firent les villageois. Et vous, qu’auriez-vous fait à leur place ? Que ferez-vous?

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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 13:30

                                 Le texte qui suit a été publié sur le site MEDIAPART

  Referendum.jpg
Dans une  
récente tribune, j’ai montré comment, sur des sujets importants, la confusion savamment entretenue par les décideurs politiques masque souvent la volonté de dissimuler la vérité. Les subterfuges sont toujours les mêmes: fausses évidences, formules toutes faites, silences, « non dits »…. 

  En prenant l’exemple du nucléaire, j’ai proposé que des méthodes plus démocratiques soient mises en œuvre pour éviter que s’engagent, sans véritable débat, des politiques qui concernent lourdement notre vie et celle des générations à venir. Ma proposition de consulter les Français par référendum a fait l’objet de commentaires pertinents, ce qui m’amène à préciser ici mon idée.  

            Rappelons-nous d’abord que le principe du référendum est inscrit dans la Constitution, à l’article 11 (modifié le 23 juillet 2008). Celui-ci précise notamment que « Le Président de la République, sur proposition du Gouvernement….. ou sur proposition conjointe des deux Assemblées……. peut soumettre au référendum tout projet de loi portant sur l'organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent…. ». Dans le cas d’une initiative parlementaire, le référendum  « peut être organisé à l'initiative d'un cinquième des membres du Parlement, soutenue par un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales. Cette initiative prend la forme d'une proposition de loi et ne peut avoir pour objet l'abrogation d'une disposition législative promulguée depuis moins d'un an. » 

            Je ne méconnais pas les critiques classiques formulées à l’encontre de ce mode de consultation des citoyens : glissement vers une forme de plébiscite (1969) ; détournement du résultat par une procédure parlementaire (TCE 2005, puis traité de Lisbonne) ; amputation du pouvoir de décision des parlementaires ;  incitation à la démagogie.
            Malgré cela, je suis convaincu qu’il est possible d’utiliser le référendum comme outil de l’expression populaire, à la triple condition :

   -  que l’information préalable soit poussée à l’extrême, pour permettre un véritable débat public, incluant la manifestation de désaccords ;

   -  que le Parlement ne soit pas tenu à l’écart de la démarche ;

   - que la procédure du référendum ne concerne que les questions engageant lourdement l’avenir.           

            L’utilisation de l’énergie nucléaire dans la production d’électricité constitue précisément une question que cette procédure permettrait d’aborder avec sérieux et responsabilité. L’information et le débat, en toute transparence, sur les avantages, les risques, les coûts, le calendrier, éviteraient certainement les passions excessives et les simplifications abusives.           

            Je propose donc un dispositif  en 4 temps : 

1- Des scénarios*seraient élaborés par un comité d’étude, composé d’experts, qui décrirait de façon précise ces scénarios et en analyserait complètement les conséquences, notamment en termes de coût d’investissement et de consommation, de développement de sources alternatives d’énergie, de calendrier, d’emploi.  

2- Le résultat de ce travail serait communiqué aux Français au cours d’une grande campagne d’information, suivie d’un débat public. 

3- Après ces deux phases, le Parlement serait saisi du dossier. A l’issue des travaux parlementaires, un scénario serait choisi et décliné sous forme d’une proposition de loi à soumettre au référendum. 

4- Les Français seraient alors consultés par référendum sur cette proposition de loi. 

            Une telle démarche, démocratique et transparente, fait appel à l’intelligence et à la responsabilité. Elle est exigeante, loin des facilités qu’autorise l’absence de débat : le « tout ou rien », les slogans creux, les formules magiques, les affirmations péremptoires, les caricatures, les surenchères.  

            En choisissant cette voie, la gauche et les écologistes donneraient un signe fort de leur capacité à associer les Français à une décision importante qui engagera l’avenir.

____________________________________________________________________

 

*  J’ai proposé 3 scénarios

   - scénario 1 : continuation du développement tendanciel actuel de la production d’électricité nucléaire, avec maintien de la construction des réacteurs EPR prévus ; mise en œuvre de la 4ème génération ; continuation de la recherche sur ITER.

    - scénario 2 : arrêt définitif et démantèlement programmé de toutes les centrales nucléaires à partir de 2012, avec l’objectif d’une réduction de l’ordre de 60% de la puissance installée en 2020 ; arrêt de la construction de l’EPR de Flamanville et annulation du projet d’EPR à Penly ; développement d’une activité industrielle pour le démantèlement des installations nucléaires et la réhabilitation des sites.

   - scénario 3 : d’ici 2020, non remplacement des centrales en fin de vie (réacteurs construits entre 1977 et 1985) et réexamen de la situation à ce moment là.

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Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez