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20 octobre 2011 4 20 /10 /octobre /2011 14:37

     La disparition de Kadhafi ne règlera pas tous les problèmes auxquels est confronté le CNT, le gouvernement provisoire de la Libye, mais elle devrait faciliter sa tâche pour reconstruire le pays et mettre en place des institutions nouvelles. 
    Les 42 années de la dictature exercée par ce mégalomane sanguinaire ont fait soufrir le peuple libyen et détruit les structures politiques et sociales du pays.
    Elles ont aussi perturbé les relations internationales, puisque Kadhafi a réussi à abuser les dirigeants du monde entier par ses contorsions, ses virages, ses menaces, ses mensonges....et son argent. Après avoir financé les mouvements terroristes, il est devenu terroriste lui même (attentats UTA et Lokerbie), puis il s'est présenté comme un bon élève de la lutte des Américains contre le Jihadisme d'Al Qaïda. Il a acheté le soutien de nombreux pays qui l'ont courtisé et fréquenté sans aucune gêne, comme le rappellent cruellement les images d'archives qui repassent cet après midi sur les chaînes de télévision.
    On aurait souhaité un jugement pour celui qui a été accusé par la Cour Pénale Internationale de crimes contre l'humanité, mais Kadhafi a finalement péri de la violence qu'il avait lui même suscitée et entretenue.

    Je m'honore d'avoir été un des premiers à demander l'intervention de l'ONU, comme on peut le voir sur ce blog dans mes nombreuses interventions depuis le mois de février 2011. Aujourd'hui, l'évènement de la disparition de Kadhafi devrait être l'occasion pour notre pays de réfléchir aux relations qu'il devrait entretenir avec les dictatures. La proposition que j'ai déjà faite (Libye: quels enseignements?) prend toute sa valeur et je la rappelle:

Quelles relations avec les dictatures

      Le redressement de l’image de la France dans le monde arabe ne peut faire oublier les graves erreurs de sa diplomatie et son incapacité à comprendre les révolutions tunisienne et égyptienne. Elle n’efface non plus l’indulgence dont a fait preuve pendant longtemps notre pays à l’égard de Kadhafi et l’ambigüité de ses relations avec les régimes dictatoriaux.

     Quitte à paraître excessivement idéaliste ou même naïf (mais c’est peut-être ainsi que l’on aurait qualifié il y a un an celui qui aurait osé de parler de « printemps arabe »), je fais une proposition : que la France fasse un inventaire des rapports qu’elle entretient avec les pouvoirs qui violent systématiquement les droits de l’Homme (pas uniquement au Moyen-Orient… ) et que soit élaborée une charte définissant des « règles de dignité » dans nos relations avec les Etats.        
    Elles concerneraient notamment les contrats économiques, les ventes d’armes, les accords de coopération et de défense, les conventions d’extradition, les rapports du Président de la République et de son gouvernement avec leurs homologues étrangers.

    Cette réflexion pourrait être engagée au niveau européen. Incapable de dépasser les intérêts particuliers de ses membres et grande absente de cette dernière période, l’Europe a en effet bien besoin d’un souffle nouveau, si elle veut apparaître comme un pôle du monde multipolaire.

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Published by Paul Quilès - dans International et défense
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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 22:06

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     Il est rare que je ressente autant d'émotion en regardant un télé film. C'était ce soir, sur France 3, avec "Joseph l'insoumis", qui raconte l'histoire de Père Joseph Wresinski, fondateur du mouvement "ATD Quart Monde".
     J'avais certainement en mémoire l'action de mes parents, qui ont consacré beaucoup de leur énergie comme "bénévoles d'ATD" auprès de cet homme exceptionnel..
     Mais il y avait aussi l'émotion de découvrir la réalité de la misère -vécue dans l'indifférence quasi générale- de tant d'hommes et de femmes. On comprend mieux alors le combat du Père Joseph pour qu'ils aient accès, eux aussi, aux droits à l'éducation, à la culture, à la formation, à l'emploi. C'est pour cela qu'il refusait la charité qui, disait-il, "enfonce les pauvres dans l'indignité".
     Alors que le débat politique va battre son plein dans notre pays pendant plus de 6 mois, il serait bon que ce thème ne soit pas oublié. Comme le dit justement la lettre d'ATD Quart Monde aux partis politiques: "C’est en prenant en compte l’expérience et l’intelligence de tous, celles des plus démunis comme celles des autres, que nous pourrons bâtir une société authentiquement démocratique".

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Published by Paul Quilès - dans Politique française
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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 21:20

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Pour écouter l'nterview de Paul Quilès
sur CFM radio

à propos de l'élection de François Hollande aux primaires socialistes,
cliquer ici

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Published by Paul Quilès - dans Primaires
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16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 21:02

     La participation aux primaires socialistes et le choix des électeurs sont la preuve de la volonté de beaucoup de Français de tourner la page du sarkozysme dans 7 mois.

 

    Ayant soutenu Martine Aubry, je regrette naturellement que, malgré la force de son engagement et la clarté de ses choix, elle n’ait pas pu réunir une majorité d’électeurs sur son nom. Il est certain qu’au-delà des arguments publics échangés par les candidats, l’indication fournie par les sondages du « mieux placé pour battre Sarkozy » a pesé lourd dans la décision des électeurs.

 

     François Hollande est maintenant le candidat des socialistes et il a la responsabilité de faire la preuve qu’il pourra l’emporter le 6 mai 2012. Pour cela, il devra rapidement rassembler, non seulement ses amis et ses soutiens, mais aussi les socialistes et ensuite l’ensemble de la gauche.

 

      La campagne contre la droite sera dure et il faudra de la détermination et des convictions. Au delà des mots, les propositions et les actes compteront, pour ne pas décevoir la forte attente de changement qui se manifeste partout en France.

 

     Bug ! Un projet de ce communiqué a été prématurément propulsé dans l’après midi sur le Net à la suite d’un bug informatique. J’en suis désolé, mais heureux de savoir qu’il a mis de l’animation sur Twitter et dans la salle des journalistes de la rue de Solférino....

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Published by Paul Quilès - dans Politique française
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15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 08:24

Excellent papier d'humeur de Renaud Chenu

sur le site Causeur.fr!
                                                        

                                                            ***

      En lisant l'interview d'Arnaud Montebourg dans Le Monde, où il fait preuve d'un jésuitisme très maîtrisé en assurant qu'il votera pour François Hollande tout en se défendant d'un quelconque ralliement, quelques souvenirs de mon éducation biblique me sont revenus en mémoire. Dans l’Évangile de Saint Jean, Jésus s'adressant à Pierre lui tint ce langage: « Le coq ne chantera pas que tu m’aies renié trois fois ».

 

     Premier reniement d'envergure auquel l'intéressé lui-même avait donné une connotation religieuse, la question du cumul des mandats. Pour se justifier de «concentrer» des « contre-pouvoirs » entre ses petites mains en devenant le premier impétrant du Conseil général de Saône-et-Loire en sus de son mandat de député, il s'était fendu de ce trait d'esprit teinté d'un mépris assez condescendant à l’égard de ceux qui croient à la force des convictions et des engagements dans la vie politique : « je suis croyant, mais pas pratiquant ».

 

     Second virage sur l'aile, plus idéologique celui-là, son combat pour imposer le système des primaires au Parti socialiste. Le chantre de la VIème République s'était ainsi jeté à corps perdu dans un système dont personne ne peut nier qu’il renforce la présidentialisation voulue par la Vème République. La aussi, avec le recul, « croyant, mais pas pratiquant ».

 

     Et enfin, après avoir déployé une redoutable énergie à prouver l’incompatibilité de son programme avec celui de François Hollande, non sans l'avoir critiqué très vertement sur ses qualités personnelles, notre reine d'un jour n'a su résister longtemps aux ors de la cour et posa ses lèvres sur la main tendue du roi « Flanby », comme il l'appelait à l’époque où il n'était encore que petit marquis. Comment mariera-t-il sa foi à celle Manuel Valls dont il fustigea les thèses, «proches de la droite». On ne saurait que lui suggérer « je suis croyant, mais pas pratiquant ».

 

     Cette formule dépeint finalement assez bien un comportement qui dénote d’un très banal opportunisme, contradictoire avec des idées et des propositions souvent pertinentes et intéressantes, défendues avec fougue et, semblait-il, conviction.

 

     Arnaud Montebourg est-il « croyant mais pas pratiquant » ? A la lumière ce dernier événement, les 450 000 citoyens qui lui ont sacrifié au minimum un euro et un peu de leur temps dimanche dernier pourront légitimement lui demander s'il est seulement croyant...

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Published by Paul Quilès - dans Politique française
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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 05:16

Paul Quilès a prononcé ce discours sur le désarmement nucléaire lors du sommet de "Global Zero", qui s'est tenu à Los Angeles les 11 et 12 octobre.

Lire le communiqué

                                                 

             Il y a 66 ans, la première bombe atomique, d’une puissance de 15 kilotonnes, était lancée sur Hiroshima, tuant 40% de la population de la ville et causant de très graves blessures à des dizaines de milliers de personnes.

            Pendant les 44 ans qui ont suivi, l’horreur de l’hécatombe d’Hiroshima et de Nagasaki a hanté les esprits. Des règles internationales ont été fixées par des traités pour empêcher la prolifération et des accords ont été passés pour limiter certaines armes. Une doctrine a été élaborée, celle de la dissuasion, selon laquelle le nucléaire constitue une arme de « non emploi », de nature défensive, destinée à effrayer un éventuel agresseur[1]. Malgré cela, les dirigeants des grandes puissances ont continué à diversifier et à accroître de façon ahurissante leurs stocks d’armes nucléaires. 

            Il y a 22 ans, avec la chute du Mur de Berlin et la fin de l’affrontement Est-Ouest, une autre période a commencé, lorsque les Etats-Unis et la Russie ont commencé à négocier la réduction de leur armement nucléaire. Au cours des dernières années, cela s’est traduit notamment par 4 évènements :

Ø  Le l5 avril 2009, à Prague, le Président Obama lançait un appel en faveur d’un « monde sans armes nucléaires ».

Ø  Le 24 septembre 2009, le Conseil de sécurité, par la résolution 1887, affirmait la détermination de l’ONU de « créer les conditions d’un monde sans armes nucléaires ».

Ø  Le 6 avril 2010, Barack Obama publiait une nouvelle doctrine nucléaire[2], dans laquelle il exprimait sa volonté de réduire le rôle de cette arme dans la politique de défense américaine.

Ø  Le 28 mai 2010, la Conférence d’examen du Traité de non-prolifération adoptait un document final prévoyant un plan d’action sur les trois volets du traité.

         Malgré ces avancées indiscutables, le processus de désarmement nucléaire risque de marquer le pas. En effet :

·   Aux États-Unis, l’approche de l’élection présidentielle et les clivages actuels de l’opinion ne sont pas propices à de nouvelles initiatives.

·   En Russie, les forces nucléaires sont perçues comme un moyen de rééquilibrer l’infériorité des forces conventionnelles et de maintenir le statut de grande puissance du pays. Ce n’est donc pas de ce pays que l’on peut attendre à court terme des initiatives fortes en matière de désarmement.

      ·   La Chine, le Pakistan et l’Inde, (les 2 derniers étant détenteurs de l'arme nucléaire non reconnus par le Traité de Non Prolifération), paraissent pour leur part se consacrer sans grand bruit au renforcement constant de leurs arsenaux. Le Pakistan bloque même les négociations en vue de la conclusion d’un traité d’interdiction de la production des matières fissiles.

·   En Europe, les inquiétudes économiques et financières dominent les débats de politique internationale et rendent inaudible la problématique du désarmement nucléaire.

         Dans ce contexte, je considère que l’initiative de Global Zero, à laquelle je m’associe volontiers, peut être très utile : 

          - d’abord pour attirer l’attention des opinions publiques, tenues à l’écart des débats, qui se limitent à des échanges parfois confus et très techniques entre spécialistes militaires, industriels et politiques ;

         - ensuite pour obtenir le soutien à votre démarche de nombreuses personnalités marquantes issues de pays et de milieux différents ;

         - enfin, pour contribuer à l’élaboration d’une stratégie conduisant à l’abolition progressive et totale des arsenaux nucléaires.

         La proposition de retirer dans un premier temps les armes nucléaires tactiques américaines d’Europe peut être une sorte de « porte d’entrée » dans ce débat. Elle peut accélérer la prise de conscience et conduire à cette négociation multilatérale que vous appelez de vos vœux. 

         Pourquoi la France ne se sent-elle pas concernée par ce débat ? Je rappelle que, lorsqu’elle a réintégré la structure militaire intégrée de l’OTAN, la France a tenu à rester à l’écart du Groupe des plans nucléaires, pour marquer l’indépendance de sa posture nucléaire. Sa réticence à l’idée du retrait que vous proposez s’explique par la crainte d’une forme de dénucléarisation d’une partie importante de l’Europe, qui l’empêcherait d’envisager, en cas de crise, d’y déployer ses propres avions dotés de missiles nucléaires. Il y a aussila crainte que les trois escadrons français d’avions à capacité nucléaire soient considérés, à un moment du débat, comme des armes tactiques et qu’une pression s’exerce pour qu’ils soient abandonnés. Plus profondément, je crois que la France redoute une dévaluation de la fonction de dissuasion nucléaire, dont elle fait la garantie fondamentale de sa sécurité. 

         Ces arguments ne me semblent pas totalement pertinents. Il est vrai que la mesure proposée réduirait symboliquement le rôle de l’armement nucléaire dans l’organisation de la sécurité du continent. Mais ce serait aussi le gage, d’ailleurs tout aussi symbolique, d’une moins grande dépendance de l’Europe à l’égard de l’armement nucléaire américain. La France, qui plaide depuis longtemps pour que l’Europe s’en remette moins au protecteur américain, ne pourrait qu’y trouver une confirmation de ses thèses !

         Quant à l’inclusion des avions nucléaires français dans la catégorie des armes tactiques, elle méconnaîtrait le fait que les armes nucléaires aéroportées françaises sont stationnées sur le territoire ou sur un bâtiment français. Elles ne peuvent donc pas être assimilées aux armes américaines déployées hors des États-Unis.

         Il n’en reste pas moins que, si une négociation russo-américaine sur l’ensemble des armements nucléaires s’engageait et aboutissait à un abaissement significatif des arsenaux, la France et le Royaume-Uni seraient tenus de s’y joindre, sous peine de manquer à l’obligation de désarmement que ces pays ont contractée en adhérant au TNP.

         Toutefois, pour qu’elle ait des chances réelles de succès, il faudra que soit conclue une entente entre la Russie et l’OTAN sur la défense antimissile balistique. A cet égard, on ne peut que s’inquiéter de la mise en place par les États -Unis, sans un dialogue adéquat avec la Russie, d’un puissant radar dans le sud-est de la Turquie et d’intercepteurs de type SM-3 dans le sud de la Roumanie et en Pologne. Je pense que la France, qui partage avec la Russie le souci que la défense antimissile ne porte pas préjudice à la crédibilité de sa dissuasion, pourrait jouer un rôle actif de médiation dans le rapprochement des points de vue des Russes et des alliés.

         Mais, pour devenir un acteur plus dynamique du désarmement nucléaire, la France devra réviser sa propre doctrine et j’espère que l’alternance politique qui se prépare rendra bientôt cela possible. Le discours français sur la dissuasion ne peut rester immuable, alors que la situation stratégique a changé du tout au tout. Il va falloir reconnaître expressément que l’arme nucléaire a perdu la fonction fondamentale qu’elle exerçait pendant la guerre froide, dès lors que la France et l’Europe ne sont plus exposées à une menace d’agression massive.

         Aujourd’hui déjà, notre arsenal nucléaire n’a comme seule fonction que de garantir contre une agression nucléaire. Il est donc souhaitable d’envisager de nouvelles mesures de réduction, en abandonnant la démarche unilatérale dont la France a fait jusqu’à  présent un axiome. Elle ne doit plus refuser par principe de s’engager à terme dans un cadre multilatéral de discussion avec les autres puissances nucléaires reconnues.


[1] C’était  la « destruction mutuelle assurée » (si bien dénommée en anglais : MAD….donc fou !).

[2] Nuclear Posture Review

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Published by Paul Quilès - dans Désarmement nucléaire
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11 octobre 2011 2 11 /10 /octobre /2011 11:28
Interview de Paul Quilès dans la revue Enerpresse
« L’Etat doit réinvestir son rôle de stratège de la politique énergétique »
Chaque mois, une personnalité commente un ou plusieurs sujets d’actualité du mois écoulé relatifs au secteur de l’énergie en général. Pour le mois de septembre, c’est Paul Quilès, plusieurs fois ministre de François Mitterrand après avoir été le directeur de sa campagne présidentielle en 1981, qui se prête à l’exercice. Le maire de Cordes sur Ciel, dans le Tarn, a commencé sa carrière comme ingénieur chez Shell France et n’a jamais cessé de s’intéresser à ce secteur. Aujourd’hui, il plaide, notamment, pour une validation citoyenne des choix énergétiques.
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En 1981, vous aviez milité pour un abandon du programme nucléaire. Le gouvernement né des élections en a décidé autrement. Quel est aujourd’hui votre sentiment à cet égard ?
Paul Quilès – Une réflexion préalable : la question de l’énergie, que j’ai suivie comme ingénieur, comme syndicaliste, comme politique militant, puis comme acteur dans mes fonctions ministérielles, est un sujet compliqué. Il l’est d’autant plus aujourd’hui que nous nous trouvons dans une période de transition. Or, les ministres, qui ne sont pas forcément des techniciens du secteur, doivent prendre des décisions, parfois lourdes, sur la foi des conseils des experts qui les entourent. Nous touchons là au cœur des difficultés de ce débat.
En 1981, nous n’étions pas pour l’abandon du programme nucléaire, mais contre le « tout-nucléaire », contre un plan d’un volontarisme considérable qui a conduit, pendant 20 ans, la politique énergétique française à se construire autour du nucléaire et de la pénétration de l’électricité pour écouler cette production. Une orientation dangereuse, puisqu’elle a pénalisé le développement des énergies alternatives et l’indispensable effort en direction de ce qu’on appelait les « économies d’énergie ».
Comme je l’ai souligné précédemment, le risque de toute politique énergétique, c’est qu’elle soit le fidèle reflet des solutions que veulent faire passer les conseillers ministériels et les techniciens. Or, à l’époque, Electricité de France et le Commissariat à l’Energie Atomique avaient phagocyté les cabinets ministériels. C’est ce que nous avons découvert à l’été 1981. Ceux qui préparaient les dossiers étaient convaincus que la seule solution était le développement massif du nucléaire et, face à leur détermination, le gouvernement a plié.
J’étais, d’autre part, opposé  au développement du surgénérateur Super Phénix et j’avais d’ailleurs obtenu un vote clair du PS dans ce sens. La gauche est arrivée au pouvoir et… nous avons fait le contraire. Pour arrêter à la fin des années 90. On sait ce que ça a coûté. Je ne voudrais pas que l’on refasse pareil aujourd’hui avec l’EPR.
Comment faire alors ?
Paul Quilès – Je plaide pour un débat public (voir sur ce blog), qui serait précédé par une information complète et, si nécessaire, contradictoire. Le débat, national et décentralisé, pourrait être organisé dans le cadre de la « Commission du débat public ». Après cette phase, qui devrait durer environ six mois, le Parlement se saisirait du dossier et, avec l’aide d’organismes compétents, il élaborerait divers  scénarios de politique énergétique. Les débats parlementaires permettraient alors de définir celui qui serait soumis au référendum public. On le voit, il ne s’agirait pas de proposer aux Français de s’exprimer sur un choix caricatural pour ou contre une énergie, mais sur une politique cohérente de transition énergétique. Une telle démarche, sérieuse et démocratique donnerait une véritable légitimité aux décisions fortes qu’impliquera la nouvelle politique énergétique.
Dans les années 70-80, le consensus s’est fait par défaut. Après le premier choc pétrolier, l’idée principale était de réduire la dépendance aux importations de pétrole et de garantir une énergie moins chère aux consommateurs. Cela ne laissait aucune place au débat. Il ne faut pas s’étonner des difficultés qui surgissent aujourd’hui, avec la remise en cause dont fait l’objet l’utilisation de l’énergie  nucléaire.
Cette idée d’un référendum pourrait-elle être reprise dans le programme du PS ?
Paul Quilès – Elle fait son chemin, puisque le PS propose dans son projet « un grand débat national sur la transition énergétique dès 2012 ». Quant à  Martine Aubry, que je soutiens, elle évoque une loi d’orientation d’ici à juillet 2013. Il me semble que cette loi pourrait constituer l’aboutissement du processus que j’ai décrit. Si on ne débat pas dans le pays et que l’on veut imposer des changements de modes de vie, il y aura des rejets. C’est impensable.
 Le seul sujet lié à l’énergie qui a animé les débats du premier tour des primaires socialistes a concerné le nucléaire, son abandon à plus ou moins brève échéance. Le PS est-il en ordre de marche sur l’ensemble de la stratégie énergétique ?
Paul Quilès – La place du nucléaire a effectivement donné lieu à des positionnements différents. La question fondamentale est de savoir si l’on considère ou non qu’il s’agit d’une énergie de transition. Pour sa part, Martine Aubry a été claire, en parlant de « sortie graduelle, sérieuse, effective, du nucléaire ». A cet égard, le nouveau scénario  de NégaWatt est intéressant, même s’il présente par ailleurs des faiblesses, que reconnaissent ses auteurs. Il s’agit d’une modélisation, qui ne donne pas de solutions concrètes de mise en œuvre et d’indication sur les coûts et les investissements nécessaires. Elle ne prend pas non plus en compte l’inertie sociale propre aux enjeux industriels ou d’éventuels problèmes géopolitiques.
Anticiper 2050, c’est un peu comme si nous avions cherché à imaginer 2011 en 1972, juste avant le premier choc pétrolier… Mais, après tout, gouverner, c’est prévoir. Et lorsque l’on évoque le facteur 4 (la division par 4 des émissions de GES, suggérée par la Convention de l’ONU et le protocole de Kyoto), c’est aussi de l’horizon 2050 qu’il est question. C’est normal de le faire, mais il faut se fixer des étapes.
Au delà de ce sujet, la politique proposée par le PS en matière d’énergie a été clairement définie dans le document présenté le 4 mai dernier (et intitulé « Pour des biens communs partagés et des services essentiels accessibles à tous : eau, énergie, Internet et mobilité - ndlr) : sobriété, rééquilibrage du mix énergétique pour sortir de la dépendance au  nucléaire et au pétrole, développement volontariste des énergies renouvelables. On y constate que la question énergétique y est opportunément appréhendée de façon transversale (usages, transports, logements), sans se limiter, malgré son importance, à la question de l’électricité d'origine nucléaire.
Un développement accéléré des énergies renouvelables implique, comme chacun sait, une augmentation du coût de l’électricité. Comment le faire accepter ?
Paul Quilès – Comme le propose le document que je viens de citer, un tarif progressif sera institué. Il sera assis sur des seuils correspondant aux consommations non contraintes. Plus les consommations de confort seront importantes, plus les usagers seront incités à réduire leurs consommations et/ou à investir dans l’auto- consommation. Par ailleurs, la sobriété énergétique diminuera la consommation et compensera, sur la facture, l’inévitable hausse des prix de l’énergie. Un exemple : à Cordes sur ciel, dont je suis le maire, la nouvelle école a été conçue de façon à être un bâtiment  bioclimatique, ce qui a réduit la facture énergétique de…75 %.
Il faudra aussi mettre en place un « Fonds national de l’efficacité énergétique » permettant de financer les travaux d’économies d’énergie.
Qui sera financé lui-même…
Paul Quilès – Il sera abondé par le produit de la contribution climat-énergie, des taxes sur l’uranium et les déchets nucléaires, des taxes actuelles sur les produits fossiles, des économies liées à la suppression des niches fiscales liées aux énergies fossiles, entre autres.
Le scénario NégaWatt ne paraît-il pas utopiste en prévoyant une division par 3 de la consommation d’énergie d’ici à 2050, ceci avec une population qui se sera accrue de 7 millions de personnes. Est-il, d’autre part, susceptible d’intéresser le PS ?
Paul Quilès – C’est un scénario de techniciens, de mathématiciens, dont je ne conteste pas les difficultés. Pas plus que les auteurs d’ailleurs. Ce que je note, c’est qu’il fait l’impasse sur toute une série de paramètres, cités plus haut, que les responsables de l’association ne peuvent pas et n’ont pas à maîtriser. Mais il présente le grand avantage d’être un travail sérieux et utile, qui va au fond des choses concernant notamment le nucléaire et il faut le prendre comme un outil. Le scénario doit être présenté au PS d’ici à la fin de ce mois.
Les régions sont en train de travailler à des schémas régionaux climat-air-énergie. Quelle doit être la déclinaison des rôles entre l’Etat et les territoires dans la politique énergétique ?
Paul Quilès – Le scénario NégaWatt prône la décentralisation de la politique énergétique et il a raison. Mais cette décentralisation doit se retrouver dans une confiance accordée par l’Etat aux initiatives des régions, qui devraient avoir leurs propres outils de planification d’investissements énergétiques. C’est pourquoi je plaide pour des contrats de plan Région-Etat dans ce domaine. Il faut laisser les régions prendre leurs responsabilités, afin de rapprocher les lieux de production des lieux de consommation et d’adapter le développement des énergies renouvelables aux potentiels des territoires. Quant à l’Etat, il doit réinvestir son rôle de stratège et de pilote de la politique énergétique.
Est-ce à dire qu’il l’a perdu ?
Paul Quilès – Depuis les années 70, la politique énergétique française a essentiellement consisté à réduire la facture pétrolière en développant le nucléaire et à tout faire pour écouler la production d’électricité qui en est issue, au niveau des réseaux comme du chauffage des bâtiments. L’Etat a du mal à se sortir de ce rôle.
Certes, il y a eu le Grenelle de l’Environnement, mais proposer après une table ronde par ci par là, c’est du cache-misère. Rien n’est fait pour atteindre les objectifs de maîtrise de l’énergie dans le bâtiment. Et ne parlons pas des à-coups dans la politique de développement des énergies renouvelables. Des objectifs sont fixés, sans que les moyens soient là pour les atteindre. C’est une politique de gribouille.
Quoi que l’on puisse dire (à juste titre !) de la stratégie choisie dans les années 70, elle témoignait au moins d’un volontarisme politique : les gouvernants d’alors ont « mis le paquet » financièrement, techniquement et sur la formation. On ne peut pas en dire autant aujourd’hui.
Autre sujet qui a marqué le mois de septembre : la fermeture annoncée de la raffinerie de Berre, faute pour son propriétaire, LyondellBasell, d’avoir trouvé un repreneur. Comment régler cette difficile question du raffinage en France ?
Paul Quilès – Je me suis rendu récemment sur le site de Berre, où j’ai commencé ma carrière comme ingénieur et j’ai pu discuter avec le personnel, particulièrement angoissé par ce qui se passe. On ne peut pas traiter cette question du raffinage par le petit bout de la lorgnette, en laissant les raffineries  fermer les unes après les autres sans réflexion prospective. On doit partir des besoins pétroliers à venir, tant pour le transport que pour la pétrochimie. Si les pouvoirs publics abandonnent le secteur du raffinage à la stratégie des grands groupes, le processus de désindustrialisation de l’outil français va se poursuivre. Au risque de supprimer encore des emplois, de devoir importer, à prix élevé, du naphta et du gas-oil du Moyen-Orient et de déséquilibrer un peu plus la balance commerciale.
Au-delà, le problème spécifique de Berre montre bien que certaines décisions, qui impactent lourdement l’emploi, ont des motivations exclusivement financières. Selon les chiffres dont j’ai eu connaissance, la raffinerie dégage des pertes de 70 millions d’euros par an mais la pétrochimie des gains de 170 millions ; l’ensemble du site reste donc rentable et il est possible de l’exploiter sans le découper. J’attends que les pouvoirs publics disent clairement comment ils comptent intervenir pour empêcher ce mauvais coup porté à l’emploi et à notre outil industriel.
 Une dernière question, bien plus anecdotique : le déploiement à grande échelle du compteur communicant Linky, annoncé aussi le mois dernier, est-il, à vos yeux, une bonne initiative ?
Paul Quilès – Le problème de ce compteur c’est qu’il communique avec… l’opérateur, pas avec le consommateur. Laisser la concurrence régler la question essentielle de la maîtrise des consommations individuelles est une mauvaise réponse à une vraie question. Il faut que ce soit le consommateur lui-même qui se sente impliqué. C’est pour cela que le PS propose la mise en place gratuite de compteurs intelligents…pour les consommateurs.  
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Published by Paul Quilès - dans Energie et environnement
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2 octobre 2011 7 02 /10 /octobre /2011 08:21
               Cette tribune a été publiée dans Libération du 30 septembre 2011,
sous le titre "le travail de notre mission a été une première".
La réponse de S.Bourmeau à ma tribune m'amène à faire
une mise au point que l'on trouvera en bas de ce document*.
                                                                Paul Quilès
********** 

            L’éditorial de Libération du 12 septembre signé par S.Bourmeau et intitulé « Insulte » fait preuve de mépris à l’égard du travail minutieux et approfondi réalisé par la Mission parlementaire sur le Rwanda, que j’ai eu l’honneur de présider en 1998. Car c’est bien  à ce titre que je m’exprime sur le génocide dont furent victimes les Tutsis rwandais et non comme « ex-ministre de la défense » (1985-86), qui n’a rien eu à voir ni à connaître de la tragédie qui s’est déroulée en 1994.

 

            Si ce n’est pas du mépris, peut-être s’agit-il d’une méconnaissance de ce qui s’est vraiment passé. Où S. Bourmeau a-t-il vu que j’aurais « empêché une véritable enquête parlementaire », alors qu’il m’a fallu me battre pour obtenir la constitution de cette mission, qui a enquêté pendant neuf mois?

 
     Les 40 députés qui faisaient partie de la mission ont auditionné pendant 110 heures 88 personnes, des responsables politiques, des militaires, des diplomates, des universitaires, des civils français et rwandais. Ces auditions ont été exceptionnelles, tant par leur nombre que par leur caractère détaillé et approfondi. La plupart d’entre elles ont été publiques, ouvertes à la presse écrite et audiovisuelle. Certaines ont même été télévisées en direct. Les rapporteurs se sont rendus à Bruxelles, à Washington, au siège des Nations Unies à New York, ainsi qu’au Rwanda, en Ouganda, au Burundi et en Tanzanie. Les témoignages des 74 personnes qu’ils ont rencontrées par ailleurs ont été intégralement et rigoureusement pris en considération dans le cadre de la méthode de travail définie par la mission parlementaire. Nous avons analysé 15 000 pages de textes, de télégrammes diplomatiques et de documents militaires ; pour 7000 pages, la classification "secret défense" a été levée et certaines d’entre elles ont été publiées en annexe de ce rapport de 1500 pages .
 
     Le travail de notre Mission a été considéré comme une grande première. C’était en effet la première fois sous la Vème République que le Parlement enquêtait sur le "domaine réservé"  que constituent la défense et la politique étrangère. Et nous l’avons fait sans complaisance aucune, ce qui a d’ailleurs amené les députés de droite à ne pas voter le rapport.
      Par ailleurs, je suis surpris de la discrétion de cet éditorial à l’égard du "rapport Mucyo", commandé par le gouvernement de M. Kagamé et publié il y a 3 ans. Son objet était de  "prouver" l’implication de la France dans l’organisation et la conduite du génocide. On y prétend que "la France et l’armée française ont participé à l’exécution du génocide"  et que les soldats de l’opération Turquoise  "étaient venus au Rwanda pour tuer des Tutsis". Rien de moins…. Cet oubli s’explique lorsque l’on lit dans l’éditorial que "l’implication de notre République dans ces atroces massacres" et sa "complicité" seraient évidentes !
 
     S. Bourmeau sait-il que de nombreuses commissions à travers le monde ont également cherché à comprendre ce qui avait rendu possible le génocide? Je pense notamment à la commission du Sénat de Belgique (rapport du 6 décembre 1997), à la commission indépendante instituée par Kofi Annan sur le rôle de l’ONU (rapport du 16 décembre 1999), au panel international mis en place par l’OUA (2000), aux travaux conduits souvent avec beaucoup de rigueur par des ONG et des chercheurs, sans parler des faits mis au jour dans le cadre des procédures judiciaires consécutives au génocide (enquêtes et audiences du Tribunal pénal international pour le Rwanda, instructions conduites par des juges français et espagnols).
    
     Il y a 3 ans, j’ai demandé au Secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki-moon, de soumettre l’ensemble de ces travaux à l’examen d’une commission de personnalités indépendantes à l’expertise reconnue. Cette commission aurait été chargée de procéder à l’évaluation de toutes les enquêtes conduites sur ces évènements et d’établir, à l’intention des gouvernements et des opinions, une analyse impartiale et incontestable. Ses travaux auraient apporté une contribution essentielle aux efforts de réconciliation et de reconstruction dans la région des Grands Lacs. Le refus de M.Ban Ki-moon m’a beaucoup déçu.
 
     Je ne conteste naturellement pas le principe du rétablissement de relations diplomatiques normales avec le Rwanda, d’autant que la France entretient des relations avec des Etats, pas avec des régimes. Je considère cependant -et j’ai fait part de ce point de vue au Président de la République- que ce rétablissement ne devrait pas se faire au prix de l’acceptation, même implicite d’une présentation des évènements tragiques de 1994, qui impute mensongèrement à la France la responsabilité de ces drames.
 
     Le président rwandais, Paul Kagamé, vient de déclarer qu’il ne demandait pas que la France présente des "excuses" pour son rôle au Rwanda en 1994. Cela me semble être un premier pas dans la bonne direction, puisque cette déclaration revient à abandonner de fait les charges injustement portées contre la France.
_________________________________________________________________________
* Réponse de Paul Quilès à Sylvain Bourmeau

 

     Puisque, à la suite de mon droit de réponse publié le 30 septembre, vous semblez vouloir relancer le débat pour justifier vos propos, permettez - moi de m’étonner des arguments que vous utilisez :

     1- pour vous, le Président d’une commission parlementaire ne pourrait pas présider une mission d’information, parce qu’il a été 12 ans plus tôt ministre de la défense pendant 6 mois ! Cette forme de suspicion jetée sur mon honnêteté et mon impartialité est tout simplement insupportable.

     2- l’objet de la mission n’était pas, comme vous le dites, de « questionner les militaires » (ce que nous avons d’ailleurs fait abondamment au cours des 9 mois de notre enquête), mais d’apporter un éclairage rigoureux sur le génocide et sur les évènements qui y ont conduit, en établissant le rôle joué par la France, les grandes puissances et la communauté internationale dans son ensemble.

     3- il n’était pas possible, en raison des dispositions de l’ordonnance du 17 novembre 1958 relative au fonctionnement des assemblées parlementaires  (qui "prohibe expressément la création d’une commission d’enquête lorsque les faits ont donné lieu à des poursuites judiciaires et aussi longtemps que ces poursuites sont en cours") de mettre en place une « commission d’enquête », compte tenu de l’existence d’une procédure judiciaire qui concernait la mort des Français tués dans l’attentat contre l’avion du président Habyarimana. De plus, vous devez savoir que la durée d’une commission d’enquête ne peut excéder 6 mois, alors qu’il nous a fallu plus de 9 mois pour réaliser le travail considérable que j’ai rappelé dans ma tribune.

       
S'agissant du "fond", vous renvoyez "les lecteurs à l'article de M.Franche", qui précède ma tribune. Cette violente et haineuse diatribe n'est qu'un "best of" des arguments sommaires et partisans ressassés depuis 13 ans par les tenants de la thèse de la "complicité de la France", auxquels il a été régulièrement répondu. Elle ne contribuera certainement pas à la compréhension des raisons de l'épouvantable génocide des Tutsis et des Hutus modérés qui a endeuillé le Rwanda.     

        Enfin, je remarque que, dans votre souci de placer mon passage au ministère de la défense « il y a des lustres », vous citez Tchernenko comme dirigeant de l'URSS, parmi les grands "dinosaures" qui dirigeaient le monde à cette époque. Il se trouve que Tchernenko est mort 6 mois avant mon arrivée au ministère et que Gorbatchev lui avait succédé......

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Published by Paul Quilès - dans International et défense
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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 22:13

Raffinerie-Berre.jpg     Emotion et colère: ces deux sentiments m'ont étreint en arrivant cet après miidi sur le site de la raffinerie de Berre, à la rencontre du personnel en grève.

     Emotion de retrouver cette usine où j'ai débuté ma vie professionnelle à 22 ans comme jeune ingénieur. C'est ici que j'ai commencé à m'intéresser au secteur de l'énergie, dans lequel j'ai travaillé pendant près de 15 ans, dans divers secteurs (production, bureau d'études, engineering, international, économies d'énergie...). C'est ici que j'ai appris à connaître le fonctionnement et la logique implcable des multinationales. C'est ici que j'ai découvert le militantisme, syndical d'abord....ce qui me conduira quelques années plus tard à m'engager en politique.

     Cette émotion s'est accompagnée d'un sentiment de colère, quand j'ai constaté le gâchis qui se préparait. Imaginez un énorme site pétrochimique*, dont l'activité directe concerne 1250 salariés et qui touche, avec les sous traitants, plusieurs milliers d'emplois. Imaginez un groupe américain**, propriétaire du site  (acheté à Shell) décidant, depuis Houston, la fermeture de la raffinerie, jugée "non rentable".

     A aucun moment, le personnel et ses représentants n'ont été correctement informés de ce qui se tramait. Les chiffres réels -marges, déficits, prix de transfert des produits entre raffinerie et usine chimique, affectation des frais généraux- ne sont pas fournis et ceux qu'avance la direction ont pour seule vocation de montrer que la fermeture est inéluctable.

     Une autre solution est possible: la vente de l'ensemble du site (raffinerie et usine chimique), qui est globalement rentable, à un acquéreur moins sensible à la logique boursière que le groupe américain propriétaire du site. Il est intéressant de savoir à cet égard que le PDG de LyondellBasell s'est vu attribuer l'année dernière
des millions de stock-options, qu'il est en train de vendre depuis 4 mois, empochant au passage 2 millions de dollars supplémentaires par mois. Moins d'un an après leur attribution, il a déjà vendu 20 % de ses actions. On comprend son intérêt pour l'abandon de la raffinerie de Berre, qui doit permettre de maintenir à un bon niveau le cours de l'action!!

     Je sais bien que l'industrie française du raffinage subit le contre coup de l'évolution inéluctable du marché de l'énergie. Mais ce n'est pas une raison pour laisser de telles opérations de gribouille se multiplier, à l'image de ce qu'on a déjà vu avec le triste feuilleton de Molex.

     Si le gouvernement actuel ne se montre pas capable d'agir en ce sens -ce qui semble probable- la gauche doit annoncer qu'elle saura, le moment venu, prendre ses responsabilités pour endiguer cette véritable désindustrialisation de notre pays.

     Ces instants passés sur le site de Berre m'ont permis de manifester ma solidarité profonde avec le personnel qui, toutes catégories confondues, s'est engagé dans un combat courageux et déterminé, qui mérite d'être popularisé et soutenu.
____________________________________________________

 

* site comprenant une raffinerie de pétrole et une usine chimique appprovisionnée par cette raffinerie en naphta et en VGO (gasoil) pour la production de plastiques.

** LyondellBasell

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Published by Paul Quilès - dans Politique française
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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 10:02

Sondages.jpg        
     Si vous croyez encore que les sondages donnent le résultat d'une élection, lisez cette remarquable analyse de Rémy Lefèbvre dans Le monde sur "la démocratie sondagière".
      
    Voir aussi sur ce blog: "la sondomanie est une maladie dangereuse"

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dont Paul Quilès est le maire
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     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez