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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 15:08

Tribune d'Hubert Védrine

et Jean-Louis Bianco 

 

        La polémique recuite sur la politique conduite par François Mitterrand à l’égard de la réunification de l’Allemagne a resurgi du fait du chef de l’Etat, et de François Fillon. « Nous n’avons rien vu venir dans le monde arabe ; lui non plus en Allemagne », ont-ils dit en guise d’excuse. Sur le premier point ils se seraient mieux défendus en rappelant que personne n’est censé prévoir l’imprévisible (ce qui a fait problème c’était la réaction à côté de la plaque, pas l’absence de prévision). Quant à la seconde affirmation elle est fausse mais tenace, ce qui justifie que l’on y revienne.

 

    « Il n’a rien vu.» On ne peut pas se tromper plus ! Dès octobre 1981, François Mitterrand prédisait à Helmut Schmidt que dici dix ou quinze ans, l’URSS serait assez affaiblie pour ne plus être capable d’empêcher la réunification. L’arrivée de M. Gorbatchev au pouvoir le renforça dans cette conviction. Dès le 9 octobre 1985, au Conseil des ministres, il jugea « possible que l’URSS, s’il se développe une revendication anti-Yalta, s’ouvre une révolution qui pourrait la soulager.  Les Russes exploitent ces pays d’Europe de l’Est mais ils leur coûtent cher ».  En juillet 1989, quatre mois avant la chute du mur il réaffirma publiquement dans le Nouvel Observateur et à trois journaux européens ce qui avait été sa ligne de conduite comme premier secrétaire du PS : « l’aspiration des Allemands à la réunification est légitime dès lors qu’elle se déroule démocratiquement et pacifiquement ». Démocratiquement, cela voulait dire des élections libres en RDA. Pacifiquement, cela supposait que seraient pris en compte les intérêts des pays voisins, en particulier la question des frontières avec la Pologne (elle-même très inquiète) et le renoncement aux armes ABC. Plus tard il ajouta : que cela renforce l’Europe (par contre l’OTAN l’indifférait) et que cela n’entraine pas la chute de Gorbatchev.

 

    Alors qu’a-t-il échoué à prévoir, qu’un autre ait vu mieux que lui ? A quel prophète extralucide le compare-t-on ? Quelle déclaration prémonitoire d’un de ses prédécesseurs, de George Bush père, de Margaret Thatcher, de Mikhaïl Gorbatchev, de Helmut Kohl lui-même lui oppose-t-on aux siennes ? Helmut Kohl qui, en novembre 1989 encore, après la chute du Mur, expliquait à ses compatriotes, dans son plan en dix points, que la réunification prendrait encore des années et bien des étapes ?

 

     « Il était contre. » On l’a vu, c’était faux. Pour autant fallait-il approuver les yeux fermés ce processus ? Pendant quarante ans, la perspective de cette réunification avait été considérée comme un casus belli potentiel.  Tout l’acquis de la construction européenne aurait pu s’en trouver remis en question et on aurait voulu que le président français traitât cet événement avec légèreté, en groupie ou en spectateur ébahi? François Mitterrand l’a traité avec gravité et sérieux, en ami de l’Allemagne, un ami sincère mais exigeant, et en veillant aux intérêts de la France, de l’Union européenne et de la paix en Europe, il s’est comporté non en commentateur ou en supporter, mais en président.  Il ne s’est pas demandé s’il était pour ou contre mais a agi pour que cela se passe bien.

 

    Voilà donc un dirigeant – François Mitterrand – qui a fixé son cap plusieurs années avant que ses futurs détracteurs aient conçu à retardement leurs futures critiques ; qui a mené pendant toutes les années 80 la politique franco-allemande que l’on sait et dont on voit encore mieux avec le recul qu’elle avait pour but de préparer la France, l’Allemagne et l’Europe à ce rendez vous ; qui a agi de concert avec Helmut Kohl pour accompagner les changements à l’Est et la réunification par un renforcement de l’Europe ; qui, dès le Conseil européen de juin 1989, a essayé de convaincre Kohl d’accepter la monnaie unique ; qui, dès septembre 1989 – deux mois avant la « chute » du mur –, a donné comme instruction à Roland Dumas et à ses collaborateurs de tout faire pour obtenir cet engagement allemand sur la monnaie au Conseil européen de décembre 1989 à Strasbourg. Ce qui fut fait. C’est aussi lui qui, pressentant les immenses changements à venir et voulant non pas les empêcher, bien sur, mais les encadrer et les organiser, a lancé en quelques semaines, à fin de 1989, trois idées : celle de la Berd pour aider l’Europe de l’Est a réussir sa transition ; celle d’un sommet spécial de la Conférence pour la sécurité et la coopération européennes, pour régler pacifiquement ce grand bouleversement, et ce fut le sommet de Paris en novembre 1990 ; celle, enfin, d’une « confédération européenne », pour offrir aux nouvelles démocraties de l’Est une structure où elles se seraient trouvées immédiatement à égalité de droits avec les pays d’Europe de l’Ouest. Et là il échoua  du fait du refus des pays de l’Est et des États-Unis. Les tensions légitimes (fallait-il être passif ?), à l’automne et à l’hiver 1989 furent la genèse du traité de Maastricht. Où sont dans tout cela les trains ratés ? La façon dont il a géré nos intérêts et ceux de l’Europe durant ces semaines décisives lui a valu la reconnaissance des Français, l’estime de G. Bush, le respect d’Helmut Kohl (sinon ils n’auraient pas fait Maastricht ensemble !) et celui de Gorbatchev. Des historiens comme Schabert ou Buzzo l’ont magistralement démontré. Pourquoi les dirigeants politiques ne liraient pas les historiens ?

 

     Vingt-cinq ans après ces événements, il est peut-être enfin possible d’en parler sérieusement, de façon historique et non partisane. Ce qui aurait pu être un drame et réduire l’Europe en miettes à fourni, au contraire, un exemple comme il y en a peu de gestion collectivement intelligente d’une grande mutation géopolitique. "

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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 11:41

     Au cours de cette journée du 10 mai 2011, j'ai -comme vous probablement- lu, entendu, vu beaucoup de choses émouvantes, passionnantes, mais aussi critiques, pour raconter ce que beaucoup d'entre nous ont vécu ce jour là.   

    Peu importe quelques réécritures de l'histoire........probablement dues à des défaillances de la mémoire.

    Ce qui compte, ce sont les enseignements que l'on peut tirer de la démarche qui a permis cette victoire historique. 

 

     Voir par exemple:

       

- le débat qui s'est déroulé au Sénat

sur la campagne de François Mitterrand

et auquel j'ai participé avec    

Jack Lang, Jean Glavany, Béatrice Marre.

Pour visionner, cliquer ici

           

mon débat avec les internautes de Metro.

Pour lire, cliquer ici

          

- mon interview sur France Inter

dans l'émission 5/7 Boulevard.

Pour écouter, cliquer ici

 

- mon  interview dans l'Express

Pour lire, cliquer ici

   

- mon interview dans Sud-Ouest

Pour lire, cliquer ici

        

       Il fallait s'y attendre, la droite n'a pas aimé! J.F.Coppé et l'UMP se sont livrés à des attaques virulentes, en diffusant pour l'occasion un argumentaire violent contre François Mitterrand. Quant au directeur du Figaro, qui n'a toujours pas digéré d'avoir dû annoncer à la télévision, le 10 mai 1981, à 20h, la victoire de la gauche, il se fend d'un éditorial vengeur dans son quotidien.

        

En réponse à ces attaques, je vous conseille la lecture de l'excellent texte

de Bruno Roger Petit sur "le Post ":

"François Mitterrand et le 10 mai 1981 : comprendre ce qui est authentiquement français..."

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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 10:23

Interview de Paul Quilès

dans l'Express:

"On avait ramé pour associer Mitterrand à l'espoir"

 

 

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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 07:09

Premiers signataires de

 "l'appel du 10 mai"

 

Signez vous aussi cet appel

en cliquant ici

 

Laure Adler (écrivain et éditrice) 

Pouria Amirshahi (responsable socialiste)

Jean-Jacques Augier (éditeur)

Jean Auroux (ancien ministre)

Jean-Paul Bachy (président de la région Champagne Ardennes)

Guillaume Balas (président du groupe socialiste au conseil régional d’Ile de France)

Gérard Bapt (député)

Maurice Benassayag (conseiller d’Etat)

Pierre Bergé (Président de la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint-Laurent)

Etienne Butzbach (maire de Belfort)

Jean Christophe Cambadélis (député)

Gilles Candar (historien)

Michel Cantal Dupart (architecte)

Patrick Champagne (sociologue)

Michel Champredon (maire d’Evreux)

Gérard Charasse (député)

Michel Charzat (ancien député)

Noëlle Chatelet (écrivain)

Maxime Dumont (dirigeant syndical CFDT)

Najwa El Haite (conseillère municipale du Havre)

Anne Ferreira (vice-présidente de la région Picardie)

Aurélie Filipetti (députée, écrivain)

Jacques Fleury (ancien député)

Daniel Fontaine (maire d’Aubagne)

Gérard Gaumé (ancien dirigeant syndical CGT)

Louis  Gautier (président d’Orion)

Guy Georges (ancien responsable syndical)

Daniel Goldberg (député)

Benoît Hamon (conseiller régional d’Ile de France)

Stéphane Hessel (ambassadeur de France)

Marc-Antoine Jamet (maire de Val de Reuil, vice-président du conseil régional de Haute Normandie)

Pierre Juquin (ancien député)

David Kessler (directeur des Inrockuptibles)

Bariza Khiari (sénatrice de Paris)

André Laignel (secrétaire général de l’Association des maires de France)

Christian Larose (militant CGT, ancien président de la section du travail au CESE)

Rémi Lefèbvre (universitaire)

Marie Noëlle Lienemann (ancienne ministre)

Alain Lipietz (ancien député européen Europe Ecologie Les Verts)

Jean Mallot (député)   

Martin Malvy (président de la région Midi-Pyrénées) 

Philippe Marlière (professeur de science politique, université de Londres)

Emmanuel Maurel (vice-président de la région Ile de France)

Jean Michel (député)

Jean-Pierre Mignard (avocat)

Jean Musitelli (ancien porte parole de François Mitterrand)

Monique Nemer (éditrice)

Stéphane Peu (maire adjoint de Saint- Denis)

Thomas Piketty (professeur à l’Ecole d’économie de Paris)

Jean Baptiste Prévot (membre du CESE, ancien président de l’UNEF)

Franck Pupunat (mouvement Utopia)

Paul Quilès (ancien ministre)

Georges Saunier (historien, maître de conférences)

Hubert Védrine (ancien ministre, ancien secrétaire général de l’Elysée)

Michel Wieviorka (sociologue)

Emile Zucarelli (ancien ministre)    

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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 07:09

Cet "appel du 10 mai", que j'ai signé avec

plus de 50 personnalités

issues de tous les courants de la gauche,

a été publié le 10 mai 2011 par le quotidien Libération .  

Signez vous aussi l'appel,

en cliquant ici

  

Pour un "accord de rassemblement de la gauche "

 

             "A l’occasion du 30ème anniversaire de l’élection du premier, et à ce jour seul, Président de gauche sous la Vème République, la nostalgie n’est pas de mise. La gauche, parce que c’est sa vocation historique, a le devoir de se projeter dans l’avenir, donc de remporter l’élection de 2012.

 

            Une société de plus en plus injuste, à qui l’on prétend faire croire que c’est une fatalité, une jeunesse en panne d’avenir, des classes moyennes et populaires désemparées, la précarité qui s’accroît, la laïcité républicaine menacée, une France controversée. Aujourd’hui comme il y a trente ans, la France a besoin d’espérance, et de profonds changements.

 

            Pour l’emporter, la gauche doit compter sur la vigueur de ses propositions et fédérer toutes celles et tous ceux qui veulent changer de politique pour changer la société. En ce 10 mai 2011, nous invitons donc toutes les forces de la gauche et de l’écologie à souscrire publiquement un « accord de rassemblement de la gauche » en vue de la prochaine élection présidentielle. Cet accord doit concerner le principe du rassemblement, la méthode de travail et la définition d’un « socle commun ». Au-delà, il reviendra aux formations et partis politiques envisageant d’exercer ensemble le pouvoir de discuter d’un programme de gouvernement et d’un accord législatif.

 

            Sans préjuger le choix des différents partis de présenter on non une candidature, nous insistons pour que la campagne présidentielle se déroule à gauche dans cette perspective et avec cet esprit de rassemblement. Nous sommes convaincus que c’est la condition de la victoire en 2012, mais aussi celle d’un véritable changement en faveur du développement durable, de la justice sociale et de l’émancipation humaine.

 

            C’est pourquoi, nous lançons un appel solennel aux responsables de la gauche et de l’écologie pour qu’ils s’engagent, dès à présent, sur le principe puis l’élaboration et la mise en œuvre de cet accord de rassemblement de toute la gauche qui, à partir d’un socle commun, doit  déboucher sur un accord de gouvernement.

           

          Pour notre part, nous nous engageons à porter ce message partout où nos responsabilités et nos activités le permettront."

__________________________________________________________________________________

« Je crois pour demain comme hier à la victoire de la gauche, à condition qu’elle reste elle-même. Qu’elle n’oublie pas que sa famille, c’est toute la gauche. Hors du rassemblement des forces populaires, il n’y a pas de salut ». (François Mitterrand- 18 novembre 1994)

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8 mai 2011 7 08 /05 /mai /2011 16:39

François Mitterrand à Château ChinonTout au long de la journée de mardi 10 mai,

je serai largement mis à contribution:

 

* de 1Oh à 11h: dialogue avec les internautes de Métro....cliquer ici 

* à midi: en direct dans le JT 12-13 de France 3 Midi-Pyrénées

* à 12h30: inauguration de la journée "portes ouvertes" rue de Solférino, en présence de Martine Aubry

* déjeuner avec les participants aux "rencontres autour du 10 mai", débats organisés au Théâtre des Bouffes du Nord

* de 16h à 17h: dédicace du livre "On a repris la Bastille" au siège du PS, rue de Solférino

* de 18h15 à 19h: participation à l'émission "5/7 Boulevard" de France Inter 

* de 19h45 à 20h45: diner républicain à Lognes (77) autour de la commémoration du 10 mai

à partir de 21h15: (fin de) diner avec des "acteurs" du 10 mai 1981.....

 

*****************

Autres participations

 

- débat dans l'Humanité dimanche (n° 260): "1981, enfin la gauche!"

- interview dans Sud Ouest dimanche

- table ronde diffusée par Public Sénat

- débat sur France 3 Midi Pyrénées "la voix est libre"

- plantation de "l'arbre du 10 mai" et débat à Evreux

- témoignages diffusés sur RTL mardi 10 mai

                                         etc.........

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8 mai 2011 7 08 /05 /mai /2011 11:32
Avec FM au Congrès de CréteilInterview de Paul Quilès par Bruno Dive,
publiée par Sud-Ouest:
« Il avait son plan en tête deux ans avant l'élection »
 
« Sud Ouest Dimanche ». Quels sont vos souvenirs les plus vivaces de ce 10 mai 1981 ?
    Parmi les moments forts, il y eut bien sûr la fête à la Bastille, qui avait l'air improvisée mais ne l'était absolument pas. Je l'ai organisée parce que Mitterrand m'avait empêché de faire un meeting au Parc des princes entre les deux tours. Plusieurs de ses conseillers l'avaient convaincu que c'était dangereux, qu'il y avait des risques d'attentat. Il ne faut pas oublier que nous étions encore traumatisés par le coup d'État au Chili contre Allende, sept ans et demi plus tôt. J'étais évidemment furieux car tout était prêt. Mitterrand, voyant ma déception, m'a dit alors : « Puisque vous dites que je vais gagner, vous organisez la fête pour ma victoire. »
    Nous avons opté pour la place de la Bastille, en raison du symbole, et parce que - contrairement à la place de la République - celle-ci n'était pas envahie par les cars de touristes. Nous avons prévu deux camions de sono, sollicité Claude Villers, animateur à France Inter et qui était l'un de ceux qui s'affichaient à gauche - il y en avait moins avant le 10 mai qu'après… Et là, nous avons retrouvé des images dont je ne me souvenais même pas. Jospin et d'autres chantant « L'Internationale » ! Rocard avait réussi à prendre la parole, alors qu'on n'avait pas pu le joindre de tout l'après-midi. Je ne voulais pas qu'il parle, je ne voulais aucune prise de parole et, ce soir-là, Rocard a fait un discours en totale contradiction avec tout ce qu'il avait raconté jusque-là.
    Sinon, il y a le moment où j'annonce sa victoire à Mitterrand. J'avais convoqué pour 18 h 30 une réunion dans mon bureau de Solférino. Dès 18 h 25, le directeur de la Sofres, Jérôme Jaffré, m'a appelé pour me dire que Mitterrand était dans une fourchette comprise entre 50,5 % et 52 %. « Tu peux appeler Mitterrand et lui dire que c'est gagné », m'a-t-il assuré. J'appelle donc Mitterrand à son hôtel du Vieux- Morvan, à Château-Chinon, et je l'informe de sa victoire. Sa réponse : « Bon, restons calmes. Attendons encore un peu. » Et il m'a demandé de lui passer Jospin (premier secrétaire du PS). Il gardait une distance par rapport à l'événement et un calme étonnants.

 
Quand avez-vous commencé à croire en la victoire ?
     Un an plus tôt, Mitterrand était très loin de Giscard, et même de Rocard, dans les intentions de vote… Le discours général en 1980, c'était : Mitterrand n'y arrivera jamais. Les communistes pronostiquaient une troisième défaite, Rocard le traitait d'« archaïque ». Même parmi ses amis, beaucoup songeaient à le dissuader d'aller au casse-pipe. Ça tanguait à l'intérieur du PS. « Compte tenu de son histoire, on ne peut pas lui faire ça », disait Pierre Joxe. « Il faut au moins lui laisser son libre arbitre », nuançait Jospin. D'autres, dont j'étais, considéraient qu'avec Rocard, nous perdrions l'élection car il n'aurait jamais les voix communistes au second tour.
    Beaucoup croient que Mitterrand s'est décidé très tard à être candidat. Il avait lui-même rencontré au cours de l'été 80 des tas de gens - dont l'ancien chancelier Willy Brandt ou les dirigeants du        « Nouvel Observateur » - pour leur dire qu'il ne se présenterait pas. Tous ces gens allaient ensuite le répéter à Michel Rocard, qui a donc annoncé sa candidature dans son fameux appel de Conflans. Mais c'était un leurre. Car pendant ce temps, j'avais sous le coude une liste de 60 premiers secrétaires fédéraux qui ont immédiatement appelé à une candidature de Mitterrand dès que Rocard est sorti du bois. Et lui, Mitterrand, travaillait à la rédaction d'un livre qui s'est appelé « Ici et maintenant », et qui était un livre de candidat.
  
Donc Mitterrand a toujours pensé à être candidat ? N'a-t-il jamais douté ?
    Il disait toujours : « Si j'obtiens 25 % des voix au premier tour, c'est gagné. » J'ai le souvenir du congrès de Metz, en 1979, que nous avons gagné face à Rocard et Mauroy. Nous avons discuté un moment de la date pour désigner notre candidat à l'élection présidentielle. Georges Dayan, un ami de Mitterrand, l'un des rares à le tutoyer, a avancé une date trop proche. Mitterrand l'a fusillé du regard : « Mais tu es fou, Georges ! Certainement pas ! » Ce qui prouve qu'il avait déjà son plan en tête, deux ans avant l'élection.
 
Et vous-même, vous y avez toujours cru ?
    J'ai écrit dans « Le Monde » du 23 novembre 1980, quand Mitterrand était encore très bas dans les sondages, un article qui annonçait sa victoire. Tout simplement parce que les sondages ne tiennent pas compte de la campagne, qui est un moment de polarisation extrêmement fort. Et Mitterrand savait comment faire campagne.
    Ce n'était pas facile pour nous. Chaque fois qu'on lui proposait une émission de radio ou de télé, il râlait. « Mais vous ne vous rendez pas compte ! J'ai une vie privée. » Ce qu'il voulait, c'était voir du monde en province. Il voulait aller dans tous les villages. C'était évidemment impossible, mais à chaque déplacement, il passait sa journée à rencontrer des gens, à discuter. C'était un travail de fourmi. Mais il nous disait : « À la télé, tout le monde se vaut. Certains sont meilleurs que d'autres, mais ça ne compte pas. Ce qui compte, ce sont tous les gens que vous allez voir. Si vous en voyez dix, vous en touchez cent, puis mille. Bien avant Internet, c'était le « buzz » selon Mitterrand…
 
Le 10 mai au matin, les derniers sondages (confidentiels) étaient favorables. Vous êtes-vous réveillé en vous disant : « C'est gagné » ?
    Certainement pas ! La droite avait largement fait campagne sur la peur. Et nous nous demandions si, au moment d'aller voter, certains électeurs n'allaient pas changer d'avis. Car beaucoup de gens ne savent pas encore pour qui ils vont voter quand ils se rendent au bureau de vote.
 
Avez-vous eu des contacts, au cours de cette période, avec des responsables du RPR ?
    À peu près un an avant l'élection, il y a eu un dîner entre Pierre Bérégovoy, Georges Sarre et moi d'une part, Bernard Pons, Georges Gorse et Jean Méo d'autre part. Nous avons discuté de manière très informelle. Nous leur avons demandé ce qu'ils feraient si Chirac n'était pas présent au second tour. Sans prendre d'engagements, ils nous ont dit que beaucoup d'électeurs chiraquiens ne voteraient probablement pas pour Giscard. Je pense aussi qu'ils voulaient tâter le terrain pour savoir si Mitterrand se présenterait ; ils pensaient alors que dans ce cas Chirac aurait des chances de se qualifier pour le second tour. Ils croyaient aussi que si Mitterrand était élu, il ne tiendrait pas deux ans. Ils se sont trompés sur toute la ligne…
 
Avez-vous été associé à la période de transition et à la passation de pouvoirs ?
    Pas beaucoup, parce que Mitterrand m'avait demandé de m'occuper du parti aux côtés de Jospin et de Poperen. Il attachait beaucoup d'importance au parti. Ce n'était pas simple de passer du statut de parti d'opposition au parti de pouvoir. Certains prenaient la grosse tête. Des secrétaires fédéraux allaient trouver le préfet pour lui demander de changer untel ou untel à tel poste. Cela m'inquiétait.
 
Témoignage de Paul Quilès, directeur de campagne de François Mitterrand en 81.
Photo: François Mitterrand avec Paul Quilès, sous le regard de Jacques Attali et Laurent Cathala, lors d'une convention nationale du PS, en janvier 1980.
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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 18:54
France-3.jpgPour visionner le débat ,
 
"La Voix est Libre" spéciale 10 mai 1981,
c’était samedi 7 mai à 11h20
sur France 3 Midi-Pyrénées.
                                                                                                         *******
Ce samedi, "La Voix est Libre" replonge dans une page politique marquante de l’histoire de France: celle de l’arrivée au pouvoir d’un président de Gauche, François Mitterrand.
Avec nous pour revivre et analyser cette période, ceux qui l’ont vécue.
 
- Paul Quilès, maire socialiste de Cordes a été 5 fois ministre sous Mitterrand, après avoir été son directeur de campagne.
- Martin Malvy, président de la région Midi Pyrénées.
Egalement ancien ministre de Mitterrand, il raconte le personnage dans son livre de mémoire.
- Rémi Pech, professeur d’université émérite et historien militant.
 
Présentation : Patrick Noviello avec Laurent Dubois ( politologue)
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3 mai 2011 2 03 /05 /mai /2011 17:10

     Ben LadenPendant toute la journée d’hier, j’ai suivi à chaque instant les informations concernant la mort de Ben Laden, à la suite de l'opération d'un commando américain menée au Pakistan. A plusieurs reprises, je suis intervenu pour dire que, si je comprenais la jubilation des Américains, qui se sentaient en quelque sorte « vengés » du drame du 11 septembre 2001, je me méfiais des conclusions hâtives et parfois superficielles.

     Ainsi, quand un conseiller de la Maison Blanche déclare à la télévision : « Al Qaida, c’est fini », il confond son souhait avec la réalité, parce que ce mouvement terroriste vient de perdre son icône, mais il peut encore malheureusement montrer sa capacité de nuisance. Il est probable par contre que ses objectifs seront plus territoriaux et que son discours délirant sur le Jihad global visant à détruire les Etats nationaux pour se débarrasser des « infidèles » et instaurer le « grand Califat » perdra de sa force. Déjà, les révolutions arabes ont montré qu’il n’était pas la référence des peuples cherchant à se libérer des dictateurs.

     Le terrorisme international ne disparaît pas avec Ben Laden et il faudra continuer à lutter contre cet ennemi de la démocratie et des Droits de l’Homme. Il ne s’agit pas d’une « guerre contre le terrorisme », contrairement à la malencontreuse formule de M. Fillon hier soir, empruntée au vocabulaire de George Bush. Les mots ne sont pas innocents, ils reflètent des concepts et on se souvient à quelles erreurs ils ont pu conduire. Le combat contre le terrorisme exige de nombreuses mesures touchant à plusieurs domaines (renseignement, forces spéciales, coopération internationale, finances….). C’est ce qu’on appelle un affrontement « asymétrique », parce qu’il n’est pas de même nature qu’une guerre entre deux Etats, entre deux armées. L’opération américaine contre Ben Laden (réussie sur le plan technique) en a apporté la preuve de façon indiscutable.

     On voit alors que l’argument de « la nécessaire  guerre contre le terrorisme et contre Ben Laden », souvent utilisée depuis des années pour justifier le désastreux engagement militaire en Afghanistan ne tient pas. Nul besoin de 150 000 hommes (dont près de 100 000 Américains) pour combattre Al Qaida, qui n’a quasiment plus d’effectifs sur le territoire afghan….et dont on réalise que son leader vivait paisiblement depuis six ans au Pakistan, à une cinquantaine de kilomètres de la capitale !

     Si Barack Obama veut conforter sa position aux yeux de ses compatriotes, mais surtout auprès du monde musulman, il devrait maintenant se saisir de ce « succès » et prendre des décisions fortes pour se désengager d’Afghanistan, puisque l’argument principal mis en avant par les Américains est tombé. J’ai souvent dit et écrit que la situation afghane devenait un bourbier, que l'engagement militaire de l'OTAN conduisait à une impasse et que le règlement du conflit ne pouvait être que politique et international.

     La France pourrait prendre les devants et annoncer par exemple un retrait rapide et programmé de notre modeste contingent (moins de 4000 hommes), mais je crains que N. Sarkozy, dont on sent bien qu’il est à la fois fasciné et agacé par les initiatives et la stature du Président américain, soit incapable, une fois encore, de prendre la bonne décision. Mais enfin, il n'est pas interdit de rêver….

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3 mai 2011 2 03 /05 /mai /2011 15:01

Lettre-info-Cordes.jpg

 

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Faites connaissance avec

la cité médiévale

dont Paul Quilès est le maire
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 Avant de venir à Cordes, consultez:

     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez