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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 09:05

 Cette tribune a été publiée dans l'Humanité du

22 mars 2011, sous le titre "Pour un contrat de rassemblement des forces de gauche et écologistes"

 

*******

          

            Il y n’y a pas si longtemps, l’alliance au centre obsédait bien des prétendants à la Présidence de la République. Il a fallu l’effondrement du Modem pour que les esprits reviennent aux réalités. Que de temps perdu !  Que de flottements stratégiques !

 

            Tout aurait changé avec les récents sondages plaçant Marine le Pen au second tour de la présidentielle. Le risque était, hélas, prévisible et sa montée perceptible sur le terrain depuis pas mal de temps. Une analyse rationnelle de la situation aurait dû amener à juger prioritaire le rassemblement de la gauche et des écologistes, sans lequel aucune victoire de la gauche, aucune avancée sociale majeure ne pourront être acquises dans notre pays et aucun recul de Marine le Pen ne s’opérera durablement.

 

            La confusion idéologique, les petits jeux tactiques, les formules creuses, l’ambiguïté des postures entretiennent la désespérance et sont autant de handicaps pour une victoire de la gauche en 2012. Il faut en sortir vite et redonner du sens à la politique. Redonner du sens aux mots, aux valeurs que nous défendons, à la stratégie que nous devons mettre en œuvre, au projet que nous voulons promouvoir, aux propositions que nous  soutenons.

 

            Pour répondre aux questions cruciales d’aujourd’hui, commençons par assumer un choix stratégique, celui du rassemblement des forces de gauche et écologistes. Les vagues intentions et les incantations sur l’union, sans méthode pour y parvenir, ne sont plus de mise, parce qu’elles cachent trop souvent une véritable réticence à affronter les difficultés et les exigences de l’exercice. 

 

La méthode et la chronologie du rassemblement

           

            Certains prônent désormais une candidature unique de la gauche et des écologistes. Pourquoi pas, si cette perspective est, non le début, mais l’aboutissement d’un processus ? Sinon, elle pourrait avoir exactement l’effet contraire, à savoir rendre plus difficile le rassemblement.

           

            En effet, pour réussir l’union, il faut  suivre une méthode et une chronologie respectant la diversité, la spécificité, l’autonomie de chaque force politique, en évitant  toute démarche qui serait vécue comme une volonté hégémonique au nom du vote utile ou de la menace de l’extrême droite.

 

            C’est pourquoi  l’idée d’un  « contrat de rassemblement de la gauche» est la première pierre qu’il faut poser. Dans ce contrat, les principaux partis doivent réaffirmer ensemble leur choix stratégique unitaire et annoncer publiquement les différentes étapes : accord sur le principe du contrat, accord sur la méthode, discussion et accord sur les points de convergence -qui formeront le «socle» du rassemblement-, tout en précisant clairement les nuances et les désaccords, discussion d’un programme de gouvernement, accord législatif.  

 

            Les Français veulent savoir clairement quels engagements communs seront assumés par toute la gauche et les écologistes. Ils veulent être sûrs que ceux-ci porteront effectivement une ambition de transformation sociale, répondront à leurs attentes prioritaires, ainsi qu’aux défis écologiques. Plus que l’exacerbation des divergences, ils attendent  une synthèse solide, cohérente et ambitieuse, entre toutes les forces progressistes.

 

            Le « socle » constituera la base de l’accord qui permettra une juste représentation de chaque formation au sein de la future Assemblée Nationale, car aucun parti ne peut prétendre à lui seul incarner la majorité. L’élection du Président de la République au suffrage universel ne doit pas créer l’illusion qu’un ou une candidat(e) peut passer outre cette exigence et imaginer représenter toute la gauche et l’écologie sans porter un projet commun, sans être garant de cette union.

 

            Il ne faut pas non plus oublier que, si des tensions majeures apparaissent lors de la campagne, le report des voix entre d’éventuels candidats du premier tour risque de se faire à minima, voire avec des pertes. Or, pour l’emporter et pouvoir répondre aux attentes d’une majorité de Français, la gauche ne peut pas compter sur l’automaticité d’une alternance assurée par la situation dégradée de la droite et de son leader. Aucune voix ne doit manquer.

 

            Il reviendra à chaque  parti d’évaluer s’il souhaite aller au bout d’une candidature à l’élection présidentielle ou favoriser une candidature de large rassemblement. Cette seconde hypothèse, qui pourrait se révéler nécessaire si la montée du Front national n’était pas conjurée, n’a aucune chance de se réaliser sans ce contrat et un accord à visée programmatique et législative.  Il doit donc être réalisé avant la désignation des candidats  et d’éventuelles primaires.

 

L’urgence d’une initiative fondatrice

           

            La gauche et les écologistes ne doivent plus perdre de temps, ne pas s’égarer dans des préoccupations subalternes, dans des changements permanents de posture. A cet égard, la frénésie soudaine contre les primaires a de quoi surprendre lorsqu’elle vient de ceux-là même qui, il y a moins d’un an, les approuvaient par leur vote au sein des instances du PS, au mieux sans rien dire, parfois en s’en faisant les défenseurs zélés. Nous aurions aimé les entendre au moment décisif des choix, lors de la consultation des militants socialistes, alors que nous ne fûmes que trois membres du Conseil national du PS à nous y opposer. Nous refusions le cadre socialo-socialiste des primaires et n’envisagions cette procédure qu’à l’issue d’un processus de rassemblement de la gauche.

 

            C’est ce processus qu’il faut engager dès après les élections cantonales. Martine Aubry a manifesté cette intention, les positions de Cécile Duflot semblent aller dans le même sens. Au sein du Parti Communiste, comme sans doute au MRC et au PRG, la volonté de débattre sur le fond, de clarifier les points de vue, le souci d’unité sont certainement majoritaires. En tout cas, le peuple de gauche le demande. Nous appelons donc les responsables de tous les partis et mouvements des forces de gauche à passer à l’acte, à se rencontrer rapidement et à oser l’indispensable : la préparation d’un « contrat de rassemblement de la gauche ».

 

Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès,

membres du Conseil national du PS,

anciens ministres

 

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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 16:35

Alors que la coalition internationale a commencé à intervenir en Libye, sur mandat du Conseil de sécurité de l’ONU (résolution du 17 mars), je souhaite résumer ma réflexion, que j’ai exprimée à de très nombreuses reprises au cours des derniers jours*.



 

LibyeEcouter :

- interview de Paul Quilès sur Europe 1

….cliquer

- interview sur BFM TV  

….cliquer

  

*** 

    Je ne vais pas réécrire l’Histoire, mais je regrette qu’elle ait été écrite mal et tard. Jugez-en plutôt :

   

- le 24 février, sur RMC , je lance un « appel au Président de la République pour qu’il fasse prendre une décision dans la journée : celle d'intervenir auprès du Conseil de sécurité – dont la France est l’un des cinq membres permanents qui ont le droit de veto et donc un rôle prépondérant –, pour mettre en place une "zone d’interdiction de survol aérien". » Pas de réponse….

  

- le 26 février, le Conseil de sécurité adopte la résolution 1970, qui impose des sanctions économiques au régime du dictateur libyen et qui saisit la CPI (Cour Pénale Internationale) , afin que Kadhafi et ses proches y soient déférés pour « crimes contre l’humanité ». Aucune mention sur l’instauration d’une « zone d’interdiction de survol aérien »….

 

- le 3 mars, sur RFI, je rappelle l’urgence de l’instauration de cette zone, au nom de la doctrine sur « la responsabilité de protéger » adoptée par l’ONU en 2005.

 

- le 9 mars, devant les tergiversations de la Communauté internationale et les mauvais arguments pour justifier l’inaction, j’exprime mon inquiétude et ma colère sur ce blog (« Lâcheté ? »)

 

- le 17 mars, le Conseil de sécurité adopte enfin la résolution 1973 (« Un espoir pour la Libye »)

 

             Les risques de ce retard

 

    Entre le 24 février et le 17 mars, il s’est écoulé 3 semaines, pendant lesquelles Kadhafi a cassé l’élan des opposants. Des villes ont été reprises et saccagées (Zaouïa, Misrata) ; les massacres ont continué.

    Si la « zone d’interdiction de survol aérien » avait été instaurée il y a 3 semaines, les opposants auraient pu poursuivre leur marche vers Tripoli. Si cela avait été fait il y a 2 semaines, les forces de Kadhafi ne se seraient pas approchées de Benghazi et il n’y aurait pas eu 200 000 personnes fuyant la Libye pour l’Egypte.

    Cette décision tardive rend les opérations de la coalition –même si l’intervention était nécessaire- encore plus compliquées. Les risques pour les populations civiles sont évidents et toutes les précautions doivent être prises pour éviter ce que les militaires appellent pudiquement des « dégâts collatéraux ».

    L’objectif ne peut naturellement pas être d’«instaurer la démocratie par des bombardements ». Il s’agit de desserrer l’étau imposé par les forces de Kadhafi, pour permettre aux opposants libyens, qui sont des gens courageux et épris de liberté, de faire émerger une relève institutionnelle.

    Personne ne peut envisager sérieusement de négocier avec un dictateur que l’on est en train de traîner devant la Cour pénale internationale. Les pays qui feignent de s’indigner de cette intervention ne sont pas des exemples de démocratie et on voit bien qu’ils craignent que « la responsabilité de protéger » leur peuple ne leur soit un jour rappelée par l’ONU. Comment ne pas penser par exemple aux évènements sanglants qui viennent de se dérouler au Yémen et à Bahrein ? Attention au syndrome du « 2 poids, 2 mesures », qui deviendrait vite insupportable.

_____________________________________________________________ 

 * Derniers interviews de Paul Quilès sur la situation en Libye :

- 17 mars : France Inter

- 18 mars : France 24

- 19 mars : BFM TV, Europe 1, I Télé, France Info, LCI, Dépêche du midi 

 - 20 mars : RMC, Sud Radio             

 - Lire ou écouter la Revue de presse d'Ivan  Levaï sur France Inter

 

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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 19:19

Europe-1.jpgJ'interviendrai demain matin, samedi 19 mars, à 8h20,

 sur Europe 1,

pour parler de la situation en Libye.

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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 23:59

                           

     Le Conseil de sécurité de l'ONU vient de voter, par 10 voix sur 15 membres (5 abstentions, dont la Russie, la Chine, l'Allemagne) une résolution autorisant la mise en place d'une "zone d'interdiction aérienne" et l'utilisation de "toutes les mesures nécessaires" pour protéger les civils et imposer un cessez-le-feu à l'armée libyenne.

 

     Même si cette décision intervient après 3 semaines d'atermoiements, je me félicite de cette décision, en espérant qu'elle va permettre une intervention rapide, qui empêchera Kadhafi de mettre à exécution ses menaces sur les populations civiles.

 

    Je constate que la Russie et la Chine n'ont pas osé user de leur droit de véto. Il est vrai que, dans le cas contraire, il leur aurait été difficile de se faire les complices du dictateur libyen après avoir voté il y a 15 jours en faveur de sa comparution devant la Cour pénale internationale, pour crimes contre l'humanité!

 

    Cette décision du Conseil de sécurité donne enfin un contenu concret à la doctrine de la "responsablité de protéger", votée à l'unanimité par l'Assemblée générale de l'ONU en 2005 et qui autorise la Communauté internationale à intervenir contre un dictateur qui martyrise sa population.

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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 15:23

france 24 Je participerai à un débat

concernant la Libye,

 ce soir 17 mars, de 19h10 à 19h40

sur la chaîne de télévision France 24    

  

                                **************

                         

                        Le déshonneur et la guerre?

 

    Je n'oublie pas les paroles de Winston Churchill, le 5 octobre 1938, après la signature des accords de Munich:  «Nous avons subi une défaite totale et sans mélange (...). Notre peuple doit savoir que nous avons subi une défaite sans guerre, dont les conséquences nous accompagneront longtemps sur notre chemin». Plus tard, il dira: «Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre"

 
     Le conseil de sécurité de l'ONU doit prendre une décision aujourd'hui concernant la Libye. Je souhaite qu'une intervention internationale soit encore possible pour empêcher le bain de sang promis par Kadhafi.  Espérons qu'il n'est pas trop tard et continuons à défendre l'honneur des démocrates. 

  
     Pour ma part, je ne cesse depuis plus de 3 semaines de dire, trop souvent dans l'indifférence générale, qu'il est possible d'intervenir, notamment en mettant en place une "zone d'interdiction aérienne" au dessus de la Libye.

 


   On retrouvera sur ce blog notamment le résumé de mon appel au Président de la République du 24 février 2011, ainsi que mes nombreuses prises de position sur le sujet depuis cette date.

 

                                               Paul Quilès

______________________________________________________________

 

Lire aussi l'interessant article d"Alain Frachon sur le Monde.fr:

"les raisons de la non-intervention"

 

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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 13:12

France Inter

Je suis intervenu avec vigueur ce matin,

lors de l'émission de Patrick Cohen

sur France Inter,

pour répondre à Bernard-Henri Lévy

et lui rappeler que je m'exprime de façon claire et argumentée depuis plus de 3 semaines

(voir mon appel au Président de la République du 24 février)

pour demander la mise en place

d'une "zone d'exclusion aérienne"

au dessus de la Libye.

 

Pour écouter France Inter (3'30),

 cliquer ici

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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 10:08

   Parmi les nombreuses réactions que je reçois à propos du drame libyen, j'extrais ce texte que m'adresse une lectrice de ce blog.  

   Je le trouve particulièrement éclairant et pertinent.

   J'en partage l'analyse et les conclusions.

                                                                     Paul Quilès

                                             

 

     "La communauté internationale, et en particulier les USA, craignant une somalisation du conflit, a perdu sur le plan des valeurs morales à court terme et peut-être fait un pari dangereux sur le plan stratégique à long terme. Même si je sais que les Etats démocratiques n'agissent qu'en fonction de leurs seuls intérêts (c'est d'ailleurs pour cela que leurs représentants sont élus), toutes autres considérations ne constituant qu'un "habillage" destiné au "sentimentalisme" de leurs opinions publiques, le spectacle qu'ils sont en train de donner risque de laisser des traces. Peut-être pas dans leurs opinions publiques déjà sans illusions au sujet de leur capacité à s'entendre, mais plutôt dans la rue arabe qui a manifesté une confiance sans faille dans l'Occident, les valeurs démocratiques dont il se réclame, ses moyens de communications, sa presse, organe de contre-pouvoirs.

     Cette amertume, je l'ai lue sur un tweet déclarant : "Obama, envoie-nous tes marines et tu auras tout le pétrole que tu voudras". Il reste aux jeunes Arabes qui arriveront à échapper à la torture, à la prison et à la mort, à comprendre que le fait d'avoir du pétrole ne suffit pas à leur donner accès à la liberté. Il leur faudra s'exiler, créer un gouvernement qui ait l'aval des grandes puissances, afin d'obtenir la "légitimité" que le bain de sang a échoué à leur donner. Le jour et à l'heure où les grandes puissances le décideront, si elles le décident, ils seront alors autorisés à lever une armée de libération.

     Mais le fils du tyran pouvant apparaître comme étant plus "présentable", ce jour risque de ne jamais arriver. Quel choix leur reste-t-il donc ? S'enfuir pour aller travailler ailleurs, pour certains, s'enfuir vers des camps d'Al Quaïda (qui d'autre ?) en emmenant assez d'argent pour pouvoir, en exil, se fournir au marché noir (ce qu'ils auraient dû faire déjà) ce qui leur permettra de chasser le tyran (en espérant que la communauté internationale ne lui permettra pas de s'armer à nouveau...), pour les autres.

     On finira donc, peut-être, par obtenir ce que l'on veut précisément éviter : à avoir un Etat hostile à l'Occident en Méditerranée. Car, que restera-t-il comme autre option aux malheureuses tribus qui ne sont pas celles qui bénéficient des largesses du régime ? Il fut un temps où on appartenait au bloc occidental ou à celui de l'Est ; à présent, ils n'ont guère de choix, même s'ils ne le souhaitent pas... Et ils devront en payer le prix par une autre soumission (Castro en sait quelque chose...). Nous aurons donc aussi perdu sur le plan de la stratégie. Le printemps arabe a pris de cours un monde sans souplesse et incapable de s'adapter à des changements rapides, imprévus et de les accompagner. Il faudra aux jeunes arabes tirer les leçons de l'attitude de la communauté internationale et de cette candeur qui les a poussés à manifester pacifiquement. Il leur faudra apprendre à hurler avec les loups et à peser sur la scène internationale, s'ils veulent réussir à exister.

     Les jeunes Baïrenis sont en train d'en faire l'amère expérience... Les Egyptiens comprendront vite que cette armée dont ils sont si fiers est un carcan dont il n'est pas possible de se libérer. Quant aux Libyens, je suis d'autant plus écoeurée par leur drame qu'ils se réclament des Lumières et que nous avons donc une responsabilité morale vis-à-vis d'eux et que Kadhafi n'est pas seulement un dictateur mais aussi un malade mental.    

     Si je vivais en Libye et que je survivais à cet enfer, je me poserais de sérieuses questions sur la démocratie..."

                                            Véronique Pons

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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 18:05

Libye-massacres.jpgLes terribles souffrances des Japonais et leurs angoisses devant les dangers qui les menacent éclipsent dans les médias les autres drames de la planète. Je le comprends tout à fait, car nous devons faire preuve de compassion à l’égard du peuple japonais et manifester notre solidarité.

     N’oublions pas cependant que d’autres peuples traversent en ce moment des épreuves, qui, sans être de même nature et sans qu’il soit question de définir une échelle de l’horreur, risquent de devenir insupportables.

     Insupportable, par exemple, l’écrasement programmé par Kadhafi des populations libyennes révoltées, sans que la Communauté internationale décide au moins d’empêcher le tyran d’utiliser son aviation pour mitrailler les opposants ! Depuis 3 semaines, elle « réfléchit », elle « se concerte », elle « hésite », elle « étudie »….Chacun voit qu’au-delà des discours, des effets de manche, des dénonciations, les arguments techniques invoqués ne tiennent pas. Ils ne sont que les paravents d’une absence de volonté politique, qu’il va bien falloir analyser et dénoncer.
     Le plus mauvais exemple a malheureusement été donné par Barack Obama, qui n’a rien trouvé de mieux à dire, dans la plus pure langue de bois, que la Communauté internationale « a l’obligation de faire ce qu’elle peut ». Il est vrai qu’il y a près de 2 ans, en marge du sommet du G8, il avait déclaré : « Dans certaines circonstances exceptionnelles, l’intervention internationale devient un impératif moral », en invoquant l’absence coupable de l’ONU au moment du déclenchement du génocide du Rwanda en avril 1994. « Mais », ajoutait-il, « il doit y avoir un fort sentiment d’indignation internationale. Le seuil à partir duquel une intervention est appropriée doit être très élevé ».

     Et, pour que les choses soient claires, Barack Obama vient de préciser qu'une intervention se justifiera "si on commence à voir des civils sans défense massacrés par les forces de Kadhafi". Il faut donc des images fortes, des morts, du sang à la une, des massacres….si possible à la télévision, pour que la Communauté internationale puisse mener une « intervention appropriée » !

      Dans le cas de la Libye, qu’ils se rassurent, il n’y aura pas d’images. Les journalistes et les photographes sont tenus à distance par Kadhafi, certains d’entre eux ont été violentés et même torturés. On ne saura que plus tard les horreurs de la « reprise en main » par les fidèles du dictateur. Et puis, comme un malheur ne vient jamais seul, les écrans sont occupés par le drame qui martyrise le Japon.

    Alors, que dire, que faire ? Comme le conseille Stéphane Hessel : « Indignons-nous »….c’est tout ce qu’il nous reste pour l'instant. 

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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 11:08

Pour écouter Paul Quilès sur RMC,

(11/3-Bourdin & CO- 8h-9h )

cliquer ici  

 

    Je ne reprocherai pas à Nicolas Sarkozy d’avoir reçu hier 2 représentants du « Conseil national Libyen de Transition ». Bien sûr, il est difficile de ne pas imaginer qu’il s’agit surtout pour le Président de la République et pour sa diplomatie d’essayer de redorer leur blason, très endommagé par leurs piteuses réactions et absences au moment des soulèvements tunisien et égyptien.

    Mais, selon l’adage, « mieux vaut tard que jamais » et je ne bouderai pas devant ce retour de la France dans le concert international, alors qu’un peuple, qui cherche à se libérer d’un tyran, se trouve en grave danger.

   Fallait-il pour autant donner ce sentiment d’improvisation et même d’amateurisme (j’aimerais savoir ce qu’en pense M. Juppé…..)?

    Comment se fait-il par exemple qu’aucune concertation n’ait eu lieu avec nos partenaires de l’UE, à la veille de la réunion du Conseil Européen, qui réunit les 27 chefs d’Etat et de gouvernement de l’Europe ? Ce n’est pas la meilleure façon d’obtenir un accord, que semblent déjà refuser les Allemands. Il faut dire que la diplomatie européenne et sa Haute Représentante, Madame Ashton, s’est illustrée par une absence de réaction qui frise l’incompétence.

    Comment se fait-il qu’il n’y ait pas encore eu de véritable débat sur la « no fly zone » au Conseil de sécurité de l’ONU, instance qui doit donner mandat pour interdire le survol aérien de la Libye ? C’est le ministre russe des affaires étrangères lui-même, Sergueï Lavrov, qui l’affirme. Je rappelle que cela fait plus de 15 jours que je ne cesse de réclamer cette mesure de protection de la population libyenne contre les exactions de Kadhafi. Je connais bien la liste de tous les arguments techniques, financiers, diplomatiques…mis en avant pour ne rien faire. Ils se contredisent d’ailleurs allègrement au fil des jours, à tel point qu’on a entendu hier que la flotte aérienne de Kadhafi était obsolète et que finalement, elle ne causerait pas « de dommages assez massifs sur des civils pour convaincre la communauté internationale d’agir » !!

    Pourquoi entretient-on -Nicolas Sarkozy, en premier lieu- cette confusion entre une intervention militaire directe et des opérations limitées (liées au gel de l’espace aérien) de neutralisation des équipements de défense anti-aérienne ? Il faut répéter que cette mesure n’a rien à voir avec de l’ingérence. Elle est d’ailleurs demandée par les insurgées et elle correspond exactement au « devoir de protéger », qui est la doctrine de l’ONU.

    Pendant combien de temps encore va-t-on tergiverser ? Aurait-on oublié que les grands drames de l’Histoire contemporaine ont souvent été précédés par des attitudes qu’on a qualifiées ensuite de lâches.
    Si la Communauté internationale ne se résout pas à protéger le peuple libyen, que Kadhafi reprend la main et qu’il écrase la révolte dans le sang, il ne faudra pas venir demain nous expliquer doctement ce qu’on aurait dû faire et battre notre coulpe sur la poitrine du voisin !

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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 23:07

Libye.jpgDepuis plus de 15 jours, à la radio, à la télévision, dans la presse –en tout cas, partout où j’ai pu avoir accès- je n’ai cessé de demander l’instauration d’une « zone d’interdiction de survol aérien » de la Libye. (Voir sur ce blog)

    Je suis inquiet de constater que cette mesure n’a toujours pas été prise, alors qu’elle s’impose de plus en plus pour protéger le peuple libyen contre les exactions de Kadhafi. C’est avec tristesse que, jour après jour, j’ai entendu les responsables politiques mettre en avant une succession d’arguments qui ressemblent à autant de prétextes à l’inaction.

    Par exemple :

    - On a commencé à objecter que la France, l’Europe, l’OTAN, les Occidentaux ne pouvaient décider seuls de prendre cette mesure. Lorsque j’ai répondu qu’il n’était pas question de cela et que, bien entendu, c’était au Conseil de sécurité de l’ONU de donner un mandat, on a indiqué que les Russes et les Chinois et peut-être même les Américains (membres permanents du Conseil de sécurité) risquaient de ne pas s’y associer.

    - Puis, on a mis en avant le coût élevé de cette opération et les difficultés techniques. Mais…. à quoi servent les budgets militaires, les techniciens, les stratèges, les matériels sophistiqués ?

    - Ensuite, on a évoqué le « risque » d’avoir à bombarder les défenses anti-aériennes et les installations radars libyennes….alors que les Occidentaux les connaissent bien, puisque ce sont eux qui les ont vendus ! Et les opposants à Kadhafi, ne prennent-ils pas des « risques » ?

    - On n’a pas oublié de mettre en avant l’argument que cette mesure n’était pas demandée par les insurgés….jusqu’à ce qu’on entende rapidement leur voix angoissée suppliant la communauté internationale et même les Occidentaux de les aider.

    - Pour se donner bonne conscience, on a même fait l’inventaire des moyens aériens de Kadhafi, en prétendant que seule une faible part de ces forces était opérationnelle et que, par conséquent, les bombardements créeraient peu de dommages !

 

    La non-intervention serait-elle devenue la philosophie de la Communauté internationale ? Aurait-elle oublié « la responsabilité de protéger », qui devrait être la ligne de conduite de l’ONU ? Combien de temps encore vont-ils « réfléchir », comme ils disent ?

    Mais, peut-être la réflexion va-t-elle s’accélérer, maintenant que les prix des carburants s’envolent et que la pression migratoire se précise. Même si ces raisons utilitaires et intéressées ne sont pas glorieuses, il faut espérer qu’elles inciteront la Communauté internationale à passer de la réflexion aux actes. C’est en tout cas ce que je souhaite et je sais, par les nombreux messages que je reçois, que je ne suis pas isolé.
    Si cette décision n’était pas prise rapidement, avant que des catastrophes humanitaires ne surviennent, il faudrait appeler cette attitude de la Communauté internationale et des responsables politiques –y compris français- pour ce qu’elle est : de la lâcheté.

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CORDES

Faites connaissance avec

la cité médiévale

dont Paul Quilès est le maire
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 Avant de venir à Cordes, consultez:

     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez