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10 janvier 2014 5 10 /01 /janvier /2014 16:44

Tribune de Paul Quilès

 

publiée sur le site de La Croix

 

 

       Ayant été ministre de l’Intérieur, j’évite en général de commenter les évènements concernant les domaines d’intervention des ministres de l’Intérieur ou de la Justice, pour ne pas apparaître dans le rôle –forcément déplaisant- du donneur de leçons.

 

       Cependant, cette fois-ci, je ne peux pas m’empêcher de dire quelques mots sur le psychodrame national qui s’est déclenché autour de « l’affaire Dieudonné ». Je dois avouer que j’ai été profondément choqué par l’ampleur prise soudainement à la suite de faits, qui se sont pourtant répétés depuis des années. Faits délictueux, non sanctionnés ou, pire, condamnés, sans que les condamnations aient été exécutées.

 

Une ambiance d’affrontement de gladiateurs

 

       Et, comble de l’ironie et du cynisme, voici que l’auteur multirécidiviste de ces délits, qui ne sont pas minces (racisme, anti sémitisme, appel à la haine….) se pose aujourd’hui en héraut de la liberté d’expression et en victime d’un prétendu « système »…..dans lequel il baigne d’ailleurs totalement !

 

       Sans vouloir en rajouter, je souhaite simplement, devant le déferlement actuel de commentaires et d’analyses de toutes sortes auquel on assiste, que l’on aille au-delà de la nécessaire indignation. Evitons aussi de réduire ce combat, qui doit être collectif –c’est celui de la République pour défendre ses valeurs- à un « bras de fer » entre un ministre et un trublion, dans une ambiance d’affrontement de gladiateurs.

 

Remonter à l’origine de cette situation insupportable

 

       Il me semble à cet égard indispensable de remonter à l’origine de cette situation insupportable, en essayant de comprendre pourquoi la Justice n’est pas intervenue depuis longtemps avec détermination pour sanctionner les infractions pénales commises par Dieudonné dans son spectacle du Théâtre de la Main d’or.

 

       Même si les RG n’existent plus, le système policier (et notamment la PJ) permettait de relever de tels délits et de donner à la Justice –ici, en l’occurrence, le Procureur de Paris- les moyens d’intervenir en application de la loi Gayssot. Il s’agit d’un « oubli » ou plutôt d’un laxisme dont nous payons malheureusement les conséquences aujourd’hui.

 

                                                                            Paul Quilès

Dieudonné et la justice: un regrettable laxisme

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9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 23:49

Une superbe visite à travers les rues de Cordes

 

Visionner le diaporama

 

Merci à Jean-Marie Clausse  pour la qualité de ses images.
 

A travers les rues de Cordes

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8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 17:23

         Cette excellente analyse, publiée sur le site de Mediapart, confirme de façon implacable ce que j'ai souvent l'occasion d'expliquer (voir notamment sur ce blog et sur le site d'ALB )

 

 Contre l'insouciance et l'oubli qui menacent, Benoît Pelopidas, chercheur affilé à l'université de Stanford, et Sébastien Philippe, doctorant à Princeton, rendent compte de l'ouvrage d'Eric Schlosser, "Command and Control",  récemment paru aux Etats-Unis, qui a notamment mis au jour « une liste de plus de 1 200 accidents pour la période de 1950 à 1968 ».

 

Un danger qui court toujours.

 

 

      " Le 18 septembre 1980, un Titan 2, le plus puissant missile balistique intercontinental jamais déployé par les Etats Unis, explose dans son silo, près de la ville de Damascus (Arkansas). L’explosion détruit la lourde porte de 700 tonnes censée protéger le missile d’une attaque nucléaire soviétique, et projette dans les airs la tête thermonucléaire W-53, qui équipe alors le missile. Celle-ci possède une puissance explosive équivalente à 9 millions de tonnes de TNT, 600 fois plus que la bombe d’Hiroshima, suffisante pour annihiler Paris intramuros et détruire toutes les structures résidentielles de Notre-Dame à Versailles. Heureusement, l’arme s'écrase quelques centaines de mètres plus loin, au bord d’une route de campagne, sans déclencher d’explosion nucléaire. Deux techniciens de l’US Air Force trouvent néanmoins la mort dans cet accident qu'Eric Schlosser raconte en détail dans son dernier ouvrage, Command and Control (New York: Allen Lane, 2013).

 

       Un simple geste malencontreux aura suffi à causer un accident aussi impressionnant que celui de Damascus : une clé à douille glisse de la main d’un technicien lors d’une opération de maintenance et vient perforer dans sa chute le premier étage propulsif du missile, entraînant la fuite du carburant liquide. S’ensuit une course contre la montre pour éviter, en vain, l’explosion du missile. Au fil de la lecture, Damascus se révèle pourtant n’être qu’un événement terrifiant parmi tant d’autres impliquant des armes nucléaires américaines depuis 1945, qu’Eric Schlosser documente dans cet ouvrage, aboutissement d’une enquête de plus de six ans au sein du complexe nucléaire militaire américain.

 

      L’ouvrage accomplit trois tâches salutaires.

 

       D'abord, il donne la parole aux chevilles ouvrières qui assurent au quotidien le maintien en condition opérationnelle des forces stratégiques américaines. Au-delà de l'environnement du laboratoire mythique de Los Alamos, documenté par les anthropologues Hugh Gusterson et Joseph Masco, bien peu de choses sont connues sur ces anonymes du complexe nucléaire.

 

       La jeunesse et les comportements cavaliers des équipes de maintenance des missiles balistiques prennent chair aux côtés de leur héroïsme, lorsque ceux-ci interviennent dans des environnements extrêmes, et souvent avec du matériel défaillant, pour tenter d’empêcher de terribles accidents. Les blâmes et récompenses que leur délivre le complexe nucléaire lorsqu’un accident survient révèlent une allocation de la responsabilité qui incrimine les opérateurs et empêche trop souvent de saisir les problèmes structurels de ces systèmes d’armes.

 

       Parmi les personnages clés de cette histoire de la sûreté nucléaire, on découvre, sur le chemin de Damascus, Bob Purefoy, du laboratoire national de Sandia. Diplômé en ingénierie électrique et recruté à sa sortie de l’université, il participe à la conception de systèmes d’armement et de mise à feu de têtes nucléaires plus fiables et plus robustes, pour devenir plus tard directeur du développement des armes à Sandia et l’un des plus fervents partisans d’une sûreté nucléaire accrue. Pendant quarante ans, il traque chaque événement intéressant la sûreté et se bat sans relâche contre l’administration et la hiérarchie militaire pour faire accepter les modifications techniques, tout d’abord jugées coûteuses et inutiles, aujourd’hui considérées comme essentielles, qui permettent d’améliorer la sûreté nucléaire des armes américaines.

 

       Ensuite, et en conséquence directe de son effort à donner une épaisseur humaine à une entreprise titanesque, Command and Control restitue aux arsenaux nucléaires leur caractère premier de systèmes technologiques complexes. A l’opposé du sobriquet simpliste de « la bombe » et de l’image d’une arme absolue, parfaite et intemporelle qui s’y attache, Schlosser démontre que tous les maillons de ces systèmes d’armes, de la planification et l’ordonnancement algorithmique des frappes nucléaires aux signaux électriques spécialement conçus pour la mise à feu des lentilles explosives, sont inévitablement en proie à des défaillances.

 

       Face à ce risque, une réponse politique est apportée pour la première fois par Carl Walke en 1968. Il fixe un objectif probabiliste de l’occurrence d’une explosion nucléaire dans un environnement accidentel à une chance sur un million – soit à peu près 20 fois moins que de gagner aujourd’hui le jackpot du loto en France. Une fois défini cet objectif, Schlosser détaille les approximations auxquelles se livrent ceux qui veulent l'atteindre. Approximations théoriques d'abord pour les ingénieurs, lors de la conception des systèmes, puisqu'il faudrait envisager toutes les défaillances possibles alors qu'ils sont contraints par les limites de leur imagination; approximations pratiques et physiques ensuite qui consistent à soumettre les armes à plusieurs formes d'agression après leur fabrication sans pouvoir les tester toutes. A ces approximations s'ajoutent des difficultés politiques à faire accepter un contrôle civil et civique sur une technologie qui demeure l’apanage de l’appareil militaire, bien qu'elle mette en jeu la sécurité de chaque citoyen.

 

       Pied de nez historique au pouvoir civil, à la fin des années soixante-dix, la combinaison à huit chiffres nécessaire au lancement des missiles balistiques Minuteman, imposée comme mesure de sécurité par le politique, est choisie par le Strategic Air Command pour être : « 00000000 ». Pire, la liste de contrôle avant lancement demande à l'équipage de tir de bien revérifier le panneau d’affichage des codes pour s'assurer qu’aucun chiffre autre que zéro n’est été entré par inadvertance. Les codes de lancement étaient donc bien connus de tous.

 

       Eric Schlosser développe ici un argument posé et opiniâtre contre l'insouciance à l'endroit des armes nucléaires, un argument éclairé par sa conscience aigue du fait que le temps joue en faveur de l'indifférence et de l'illusion rétrospective de la sécurité que cette technologie est supposée apporter. La mise à pied récente du général américain en charge des missiles balistiques intercontinentaux, qui fait suite à plusieurs sanctions cet automne au plus haut niveau du système de commandement de l’arsenal nucléaire américain, rappelle que l’analyse d’Eric Schlosser n’est pas un exercice d’archéologie qui porterait sur un passé révolu ; la collision entre deux sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, l’un français et l’autre anglais, en patrouille dans l’Atlantique en février 2009, suggère que la portée de cette analyse dépasse le seul cas américain.

 

       Ainsi, un usage systématique du Freedom of Information Act permet à Schlosser de mettre au jour une liste de plus de 1 200 accidents pour la période de 1950 à 1968, bien éloignés du chiffre officiel de 32 jusqu’alors mis en avant par le Pentagone dans un document officiel relatif à la période de 1950 à 1980. C’est la troisième tâche salutaire qu’accomplit l’ouvrage : il ouvre ainsi la porte à un effort global de documentation des accidents impliquant des armes nucléaires, qui cède jusqu'alors trop facilement à un sentiment de sécurité mal fondé et souvent maintenu par des discours officiels opaques comme la politique de l’US Air Force, qui refuse de se prononcer sur la présence d’ogive nucléaire lors de ces accidents. Cet effort aboutirait pourtant à une meilleure compréhension de l’histoire nucléaire et rendrait public un état de fait nécessaire au devoir d'information des citoyens de la part de leurs gouvernements et au contrôle démocratique sur ces armes à la capacité de destruction incomparable et contre lesquelles aucune défense crédible n’existe.

 

       Cet impératif semble d’autant plus pressant qu’un grand nombre d’armes nucléaires dans le monde demeurent déployées et en état d’alerte, prêtes à faire feu à chaque instant. Certes, la contribution à cette histoire que raconte Schlosser reste strictement limitée à la nation américaine, mais elle concerne le deuxième plus gros arsenal nucléaire de l'histoire de l'humanité et montre la voie à suivre, alors qu'aucun effort analogue n'a été entrepris dans les autres Etats dotés d'armes nucléaires, en dépit de l’existence bien connue de certains cas d’accidents comme celui que nous évoquions plus haut.

 

       L’ironie ultime de l’ouvrage consiste sans doute à observer que certaines défaillances ont également minimisé la portée des accidents impliquant des armes nucléaires autant qu’elles les ont provoqués, mais dans ces deux cas, c’est bel et bien la chance qui a décidé de l’issue de ces événements. Il semble bien hasardeux de prédire combien de temps celle-ci restera de notre côté."

******************

Benoît Pelopidas, maître de conférences en relations internationales à l’Université de Bristol (GIC) et chercheur affilié au CISAC, Université Stanford;

Sébastien Philippe, ingénieur diplômé de l’INSA de Lyon, est doctorant en physique nucléaire appliquée à l’Université de Princeton, USA et chercheur au sein du Nuclear Futures Laboratory ainsi que du Program on Science and Global Security depuis juillet 2012.

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4 janvier 2014 6 04 /01 /janvier /2014 09:25

Le très intéressant film intitulé

 

"Le nucléaire, une exception française"

 

et diffusé sur Fance 3 il y a 3 mois,

 

est disponible ICI.

 

Présentation du film:

 

       Depuis la catastrophe de la centrale japonaise de Fukushima, le nucléaire vit à l'heure des critiques et des remises en cause. Malgré l'onde de choc qui résonne dans le monde entier, la France continue de promouvoir cette technologie.

 

       Avec ses 58 réacteurs procurant 74% de l'électricité, ses 410 000 emplois, et un poids économique évalué à 34 milliards d'euros, la filière française est un cas à part. Son développement fait aujourd'hui de la France le pays le plus nucléarisé au monde.

 

       Ce documentaire donne la parole à des acteurs majeurs de la filière, ministres, dirigeants d'EDF ou d'Areva, mais également à des opposants, qui remettent en question le choix quasiment exclusif de l'énergie nucléaire.

 

                    Nucléaire, une exception française

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3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 16:32

Comment peut-on sortir de la crise

 

qui continue à affecter la Centrafrique?

 

Intervention de Paul Quilès, invité du

 

France Inter                     Journal de 13 h de France Inter

 

                    le 3 janvier.

 

 

              ECOUTER

(de 7'20 à 15'00)

 

 

 

 

Quelles solutions pour la Centrafrique?

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1 janvier 2014 3 01 /01 /janvier /2014 22:22

                                          image-test-1

       Quand on m'interroge sur ma démarche, mes analyses, mes propositions à propos du nucléaire militaire et de la dissuasion, je renvoie à la lecture de ce blog où, il est vrai que j'écris beaucoup.

 

       Si vous souhaitez mieux comprendre le sens de mon engagement et de mon action, je vous propose de lire quelques textes récents, qui vous éclaireront sur:

 

- ma démarche

- l'absence de débat au Parlement

- la création d'ALB, pour briser le silence

- le dogme de la dissuasion

- la réalité de la défense européenne

- l'échec des faucons dans l'accord sur le nucléaire iranien

 

       L'ensemble des textes de mon blog sur ce thème se retrouve ICI

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31 décembre 2013 2 31 /12 /décembre /2013 16:56

         A l'aube de cette nouvelle année, je n'oublie pas -tradition oblige- de vous présenter le classique bouquet de vœux (de bonheur, de santé, de réussite....)

 

        Cependant, comme je ne suis pas certain de pouvoir totalement contribuer à leur réalisation, je souhaite vous offrir -c'est plus sûr- une minute trente de bonheur musical, avec ce court extrait.

 

        Il illustre bien ce que disait F. Nietzsche: « sans musique, la vie serait une erreur ».

                         Ecoutez cet extrait

 

   de l’Andante du 2ème concerto pour piano de Chostakovitch 

Voeux en musique

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30 décembre 2013 1 30 /12 /décembre /2013 16:06

Entretien avec Paul Quilès, ancien Ministre de la défense

 

   et Camille Grand, Directeur de la Fondation

 

pour la recherche stratégique.

 

Ce débat a été organisé il y a 2 mois par la revue "Alternatives Internationales", qui en publie un résumé dans son numéro de janvier 2014. Propos recueillis par Yann Mens.

 

*****************************

 

François Hollande, comme Nicolas Sarkozy avant lui, ont qualifié l’arme nucléaire d’assurance-vie pour la France. Cette description vous semble-t-elle juste ?

 

       Paul Quilès : Cette expression relève des contre-vérités dont se nourrit le débat sur la dissuasion nucléaire en France. Ou plutôt l’absence de débat, car un consensus est supposé régner dans le pays sur ce sujet. L’utilisation éventuelle de l’arme nucléaire est censée faire peur à un éventuel adversaire pour le dissuader de nous attaquer et d’envahir notre territoire.  Les défenseurs de la dissuasion, en France et ailleurs, estiment qu’elle a évité une conflagration entre les deux blocs pendant la Guerre Froide. A supposer même que cela soit vrai, nous sommes aujourd’hui dans une situation internationale très différente. Les puissances capables de lancer un missile à tête nucléaire sont au nombre de huit. Et cependant, la dissuasion reste  pensée à peu près dans les mêmes termes qu’avant la chute du Mur de Berlin. En réalité, cette idée d’assurance-vie cache une grande hésitation dans la doctrine censée expliquer le bien-fondé de l’utilisation de l’arme nucléaire.

 

     Camille Grand : Si l’arme nucléaire n’est d’aucune efficacité contre le terrorisme ou pour prévenir les conflits régionaux, elle  joue un rôle essentiel dans la prévention de conflits majeurs entre puissances majeures. Bien que le nombre de puissances nucléaires ait augmenté en effet, aucun affrontement ne s’est produit entre elles et on peut empiriquement attribuer leur prudence à la dissuasion. Dans le même temps, on ne peut complètement exclure une remontée des tensions entre grandes puissances.  Et si les négociations actuelles finissaient par échouer, un pays comme l’Iran pourrait constituer, à un horizon relativement rapproché, une menace nucléaire pour la France. Dans un contexte international incertain, la France trouve dans la dissuasion la "garantie ultime de sa  sécurité", expression que je préfère l’assurance vie, et aussi un levier  de son influence sur la scène internationale, pour un coût, relativement modeste (0,15% du PIB, soit 10% du budget de la défense). Cela dit, l’hypothèse de la menace d’emploi de l’arme nucléaire, sans même parler de son emploi effectif, est réservée à des situations où la survie même de la nation serait mise en cause

 

       Paul Quilès: Mais la définition de ces intérêts vitaux est hasardeuse… Les présidents de la République successifs les ont interprétés de manière différente. En 2006, Jacques Chirac  a même évoqué l’emploi de l’arme nucléaire en cas de menaces sur nos approvisionnements stratégiques. Quant à Nicolas Sarkozy, il a parlé en 2008 d'un "avertissement nucléaire". Et donc d’une menace d’utilisation en premier de cette arme, ce qui est parfaitement contraire à la doctrine classique de dissuasion en France.

 

      Camille Grand :  Jacques Chirac avait évoqué des risques portant sur les approvisionnements stratégiques, non pas strictement au titre des intérêts vitaux mais dans le même développement de son discours. Ce qui pouvait laisser supposer une extension du champ de la dissuasion. Nicolas Sarkozy a réaffirmé sur ce point une définition plus traditionnelle en 2008. De manière constante, la définition des intérêts vitaux comprend l’ensemble du territoire national, la population et les principaux centres de pouvoir d’Etat.  Notre dissuasion couvre aussi les intérêts vitaux du Royaume Uni, autre puissance nucléaire. C’est beaucoup moins explicite en ce qui concerne ceux de nos autres partenaires européens. Enfin, la dissuasion française contribue depuis 1974 à la posture générale de dissuasion de l’OTAN.

 

      Paul Quilès: Sauf qu’on ne nous dit pas précisément comment. Et qu’on nous parle dans le même souffle de l’autonomie de décision de la France. C’est incompréhensible et inaudible pour l’opinion. Tout cela montre qu’en matière de dissuasion, notre système politique est d’essence monarchique, même si le chef de l’Etat est conseillé par des experts, eux-mêmes informés par des industriels, soutenus par des militaires, avec au départ de la chaîne, des physiciens nucléaires. Il n’y pas en France de délibération publique, démocratique concernant la dissuasion. Le dernier débat en séance plénière à l’Assemblée Nationale sur ce sujet date de 1995 !  Certes, le sujet est parfois discuté en commission de défense, mais pas dans l’hémicycle. Et il ne donne jamais lieu à un vote spécifique. Quant à l’opinion, on lui fait dire ce que l’on veut. C’est ainsi que la Délégation à l’Information et à la Communication de la Défense (DICOD) a réalisé en avril 2013 un sondage qui posait notamment la question suivante : « A propos de la force nucléaire française, diriez-vous personnellement qu’elle doit être modernisée pour en maintenir la crédibilité, ou qu’il faut s’en tenir à ce qui existe, ou qu’il faut la réduire ? ». Mais qu’est-ce que les personnes interrogées savent du contenu de la force nucléaire française, de sa crédibilité, de sa modernisation ? Un tel libellé est manifestement destiné à obtenir une majorité de réponses positives pour continuer à faire croire qu’il y a en France un consensus sur la dissuasion.

 

      Camille Grand : Depuis les débuts de la dissuasion française, il y a eu des débats, parfois vifs, au sein de la classe politique, dans le monde militaire, chez les spécialistes des questions stratégiques, dans les milieux favorables au désarmement… même s’ils n’ont pas touché toute l’opinion. Mais c’est le cas des questions de défense de manière plus générale. J’ajoute que les sondages de la DICOD montrent des taux d’approbation constants sur la longue durée. Ce qui n’est pas le cas en Grande-Bretagne par exemple.

 

      Paul Quilès: Le débat sur la dissuasion est extrêmement limité, même dans les cercles fermés que vous évoquez. Ainsi, sur décision du président de la République, la Commission qui a élaboré le Livre Blanc sur la Défense en avril 2013 avait pour instruction du chef de l’Etat de ne pas la remettre en cause. C’est bien le signe qu’elle est considérée comme intouchable.

 

La dissuasion peut-elle vraiment fonctionner avec un nombre d’acteurs nucléaires croissant ?

 

      Paul Quilès: La notion même de dissuasion présuppose, comme l’a montré la Guerre Froide, un adversaire principal que l’on menace de représailles s’il compte utiliser l’arme nucléaire.  Or aujourd’hui, nous ne sommes plus du tout dans le contexte d’un affrontement entre blocs, entre grandes puissances clairement définies, mais dans un monde où les acteurs nucléaires sont plus nombreux et divers.

 

      Camille Grand : Un diplomate suisse a dit un jour que la dissuasion à deux,  c’est une partie d’échec : il y a peu de part pour le hasard. A quatre ou cinq, c’est comme de jouer  au  bridge : des règles peuvent encore être respectées. A 35, c’est de la roulette de casino…. Raison pour laquelle il faut limiter la possession de l’arme nucléaire au plus petit nombre de pays possibles. En outre, il ne suffit pas de détenir l’arme nucléaire pour savoir pratiquer la dissuasion. Durant la Guerre Froide, nous avons frôlé à plusieurs reprises le conflit nucléaire, car les Etats-Unis et l’Union Soviétique ont mis longtemps à apprendre à encadrer l’utilisation de cette arme, à ne pas monter aux extrêmes au premier signe suspect, à communiquer... Je ne considère donc pas comme allant de soi que n’importe quelle puissance émergente qui dispose de la bombe, ou qui en disposerait demain, puisse découvrir naturellement les vertus de la dissuasion.

 

Si la France et d’autres grandes puissances disposent d’une assurance vie, n’est-il pas légitime que certains pays  veuillent un jour s’en doter aussi, même s’ils ont signé le TNP ?

 

      Camille Grand : Je ne crois pas que les décisions prises par la France dans le domaine nucléaire aient un impact sur la politique de l’Iran, de la Corée du Nord ou d’autres pays qui pourraient être tentés par l’acquisition de l’arme nucléaire.  Que la France détienne 300 têtes nucléaires ou aucune ne change rien à leur choix. En revanche, compte tenu de leur taille respective, les arsenaux russe (11 000 têtes) et américain (8500) ont un impact considérable en la matière.

 

En vertu de l’article 6 du TNP, les cinq Etat signataires dotés de l’arme nucléaire sont supposés désarmer. Pourquoi ne le font-ils pas davantage et plus vite ?

 

      Camille Grand : Il faut d’abord rappeler que cinq pays (Corée du Nord, Iran, Irak, Libye, Syrie) ont pu lancer des programmes nucléaires, voire acquérir une capacité nucléaire pour la première, tout en étant signataires du TNP. Le Traité, tel qu’il fonctionne aujourd’hui, ne donne donc pas les assurances suffisantes en matière de non-prolifération ce qui n’incite pas les Etats dotés à désarmer. L’article 6 du TNP demande la cessation de la course aux armements nucléaire, puis, la maîtrise de ces armements, et enfin seulement le désarmement nucléaire dans le cadre d’un désarmement général et complet. Vu l’ampleur des stocks soviétique et américain durant la Guerre Froide, 70 000 armes nucléaires à eux deux, l’effort de réduction a porté avant tout sur la Russie et les Etats-Unis. Puis la France et le Royaume Uni ont diminué leurs arsenaux. Ce qui n’a pas été le cas de la Chine, ni des trois seuls pays au monde non signataires du TNP (Inde, Pakistan et Israël qui ne reconnaît pas détenir l’arme nucléaire). En outre, la France  a ratifié le traité sur l’interdiction des essais, ce que n’ont fait ni les Etats-Unis, ni la Chine notamment. De même, elle a renoncé à produire des matières fissiles.

 

      Paul Quilès: Elle s’y est engagée seulement quand elle a disposé d’un stock suffisant pour plusieurs décennies. De même qu’elle n’a renoncé aux essais physiques que lorsque la mise au point de la simulation informatique d’essais a été suffisamment avancée pour que l’on puise s’en passer. Quant aux arsenaux, ce n’est pas parce que durant la guerre froide, le stock mondial avait atteint un niveau délirant que nous sommes aujourd’hui raisonnables avec un stock planétaire de "seulement" 17 000 armes. L’article 6 du TNP prévoit bien la cessation de la course aux armements nucléaires "à une date rapprochée".

 

      Camille Grand : Si demain nous avions une solution positive à la crise iranienne, des garanties sur une stabilisation positive du Moyen Orient, des éléments rassurants concernant la course aux armements qui traversent toute l’Asie, nous pourrions avancer plus vite la voie du désarmement nucléaire. En attendant, je note qu’un pays comme la Chine parle de désarmement, de non emploi en premier, mais que sa politique nucléaire est très opaque, avec une modernisation rapide de son arsenal.  Il faut  veiller à ce que la pression en faveur du désarmement, à laquelle les démocraties sont évidemment plus sensibles, ne finisse par les placer en position de faiblesse militaire face à des régimes autoritaires.


      Paul Quilès: Sans doute, mais la France aussi modernise son arsenal, en passant par exemple du missile M45 au M51, dont la portée est de 9000 kilomètres. Un missile qui vise la Chine même si on ne le dit pas. La modernisation de notre arsenal est contraire à l’article 6 du TNP. Je souhaite que la France y mette fin. C’est l’une des dix décisions que la France devrait prendre, et dont je dresse la liste dans mon dernier ouvrage : réduire le niveau d’alerte de ses forces nucléaires, améliorer la transparence de ses arsenaux, s’engager à un non-usage en premier de l’arme nucléaire… Sans compter des initiatives diplomatiques qu’elle pourrait appuyer visant à l’élimination des armes tactiques en Europe ou à la création d’une zone dénucléarisée au Moyen Orient. On ne peut pas affirmer (ce qui est d’ailleurs inexact !) que la France compte sur la scène internationale parce qu’elle détient l’arme nucléaire et, dans le même temps, ne pas être capable de faire entendre sa voix et de peser, par des initiatives concrètes, dans le débat international sur le désarmement nucléaire.

Débattre de la dissuasion nucléaire, c'est possible!

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27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 10:50

       Parmi les messages de voeux que je reçois, j'extrait ces quelques lignes émouvantes de mon ami Pedro, réfugié espagnol qui a trouvé refuge avec sa famille à Cordes en 1939. 

 

      Dans une période où l'on doute parfois de la capacité des Français à accueillir les étrangers, ce témoignage prend toute sa valeur.

 

**************

 

Chères amies, chers amis

 

Quelles que soient nos situations sociales, nos âges, nos origines ou nos croyances, la santé est pour toutes et tous la plus grande des richesses ! Avec la sincérité que vous me connaissez, je vous souhaite, à toutes et à tous, une bonne santé, la paix, de la chance, du courage et le plus de bonheur possible.

 

Je profite de ce courriel pour vous offrir quelques images de ce village de France que beaucoup d'entre nous aimons du plus profond de notre coeur. Pour ce qui me concerne, j'estime que Cordes mériterait le titre de " Juste parmi les justes ". Victimes de " la peste brune " qui sévissait sur toute l'Europe, nous nous sommes retrouvés dans ce beau village au cours du très dur hiver 1939. Nous avions peur, froid, faim et la population, avec sa tradition occitane, sut nous accueillir et apaiser notre grand malheur.

 

A moins d'être très ingrats, ce sont des choses qu'on ne peut pas oublier. Dans mon esprit restent gravés les visages de tous les bienfaiteurs, aujourd'hui disparus: Monsieur le Maire, le conseil municipal, toutes et tous les employés de la mairie de cette triste époque. Un grand merci à toutes celles et ceux qui aujourd'hui, sur place, perpétuent l'histoire de l'un des plus beaux villages de France !

 

Respect et amitié.

Plaque posée à l'entrée de la mairie de Cordes

Plaque posée à l'entrée de la mairie de Cordes

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27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 09:44

      La mission des forces françaises en Centrafrique, sous mandat de l’ONU (vote du 5 décembre), avec une force multinationale africaine en première ligne, était de sécuriser, de désarmer les parties, de permettre la transition politique.

 

      Trois semaines après le début de l'opération «Sangaris»,  il faut bien constater que la tâche risque de sembler rapidement hors de portée, les troupes françaises se trouvant au cœur d'une situation confuse, voire inextricable, qui peut à chaque instant dégénérer. Bangui est une ville où la violence ne cesse de croître, avec partout des armes, de la haine, sans la moindre gouvernance. Les troupes françaises risquent d’être, comme on l’a vu en d’autres lieux et en de pareilles circonstances, considérées comme partisanes.

 

      L'archevêque de Bangui et le président de la communauté islamique centrafricaine viennent de mettre en garde contre une "dynamique irrépressible et dangereuse" si "rien n'est fait" et ils ont raison d’en appeler au Conseil de sécurité pour qu’il décide l’envoi rapide de forces plus conséquentes pour assurer le maintien de l’ordre et la protection des civils.

 

       C’est ce que j’ai suggéré sur France Inter au cours du

journal de 13 h du 26 décembre

 

Ecouter la partie concernant la Centrafrique

(de 6’ à 14’30)

Centrafrique: une situation dangereuse
Centrafrique: une situation dangereuse

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Faites connaissance avec

Cordes sur Ciel,

la cité médiévale dont Paul Quilès a été le maire pendant 25 ans.

    cordes-nuages-8-bp--R-solution-de-l--cran-.jpg

        site de l'Office du tourisme 

Faites connaissance avec IDN

 (Initiatives pour le désarmement nucléaire),

dont Paul Quilès est président.

IDN travaille chaque jour à la réduction des arsenaux nucléaires et du risque, intentionnel ou non, d’utilisation de l’arme nucléaire.

IDN oeuvre à construire un monde sans armes nucléaires, pour une paix et une sécurité internationale durables.

Bibliographie

- 2018: L'illusion nucléaire- La face cachée de la bombe atomique (avec Jean-Marie Collin et Michel Drain)

- 2017: Quelques citations sur les armes nucléaires

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  

- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu) 

- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff ) 

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï) 

- 1992: Nous vivons une époque intéressante 

- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez