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5 juin 2016 7 05 /06 /juin /2016 10:21
La dissuasion nucléaire, obstacle à la paix

Intervention de Paul Quilès au cours de cette rencontre internationale

 

"Un autre monde est (toujours) possible" 

 

 

Un grand dirigeant international a dit : « s’il n’y a pas eu de catastrophe nucléaire depuis les années 50, ce n’est pas en raison de l’intelligence des responsables politiques mais grâce à la chance ! » Si cela est vrai, il est terrible de penser que l’on a abandonné le sort de l’humanité et de la planète à la chance.

 

Cela peut encore être le cas aujourd’hui, car, 71 ans après les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki, le risque nucléaire n’a pas disparu et la dissuasion nucléaire est un des principaux obstacles à l’instauration d’une paix durable dans le monde.

 

Je vais vous en donner 4 preuves et faire 2 propositions concernant la façon dont on pourrait sortir de la logique de la dissuasion nucléaire.

 

1) J’affirme que l’accumulation d’arsenaux nucléaires ayant une capacité démesurée de destruction est en elle-même une menace constante pour la paix.

 

Il existe actuellement plus de 16 000 armes nucléaires dans le monde ; environ 95 % de ces armes se trouvent dans les forces américaines et russes. Des centaines d’entre elles sont déployées dans le cadre de procédures d’alerte qui permettent le déclenchement en quelques minutes d’un tir d’une puissance démesurée, de 10 à 30 fois la puissance de la bombe d’Hiroshima. Or on connaît aujourd’hui de nombreux exemples d’erreurs d’évaluation ou de défaillances des systèmes de détection qui auraient pu conduire à un échange catastrophique de tirs nucléaires.

 

À ces dangers d’accident nucléaire s’ajoutent ceux créés par l’actuelle situation géopolitique. Pendant toute la durée de la Guerre froide, le risque du tir par erreur a pu être conjuré malgré des situations de grande tension (pensons à la crise de Cuba en 1962).

 

Mais nous ne vivons plus à présent dans le monde bipolaire globalement stable de la Guerre froide. Dans la situation actuelle d’indétermination stratégique quant aux « lignes rouges » des protagonistes nucléaires, des affrontements directs entre ces protagonistes ne sont plus à exclure, par exemple en Crimée ou en mer de Chine.

 

Cette situation est d’autant plus dangereuse qu’on assiste à une tendance à l’accroissement de la précision des armes nucléaires. Les États-Unis développent actuellement, en particulier pour le théâtre européen, une bombe qu’ils qualifient de « première arme nucléaire guidée de précision ».

 

Compte tenu de la situation géostratégique actuelle, il est difficile de ne pas voir dans cette course à la précision des armes nucléaires l’acceptation d’une possible bataille nucléaire aux conséquences humanitaires et écologiques totalement catastrophiques ?

 

2) J’affirme que la dissuasion nucléaire établit entre les principales puissances une relation de défiance, qui rend plus difficile leur dialogue pour le maintien de la sécurité internationale.

 

Il ne peut pas y avoir de négociation sur les principaux différends internationaux sans implication des principales puissances nucléaires, ne serait-ce que parce que certaines de ces puissances sont aussi membres permanents du Conseil de sécurité.

 

Or, dans la situation actuelle d’impasse dans tous les domaines du désarmement nucléaire, les relations stratégiques entre les États-Unis, la Russie ou la Chine sont de plus en plus dominées par leur antagonisme nucléaire

 

Le dépassement de cet antagonisme passe donc par une relance du désarmement nucléaire. C’est essentiel pour permettre le retour à une coopération plus confiante, notamment au sein du Conseil de sécurité, afin de progresser dans le règlement des crises internationales les plus déstabilisantes, comme par exemple le conflit syrien.

 

3) J’affirme que la dissuasion nucléaire est une incitation à la prolifération.

 

En elle-même, la stratégie de dissuasion nucléaire constitue une incitation à sortir du régime de non-prolifération nucléaire. Les pays dotés de l’arme nucléaire déclarent fonder leur sécurité sur la possession de cette arme et proclament qu’elle est seule de nature à les protéger contre toute agression. Alors, comment s’étonner que d’autres cherchent à terme à se doter de la même garantie, compte tenu en particulier de la diffusion croissante des savoir-faire nucléaires dans le cadre civil ?

 

Le régime de non-prolifération apparaît à beaucoup de pays comme discriminatoire, puisque certains États (dotés de l’arme nucléaire) ont accès à des garanties de sécurité interdites aux autres. La légitimité du traité de non-prolifération (TNP) est donc fragile, comme le montre d’ailleurs l’échec de sa dernière conférence d’examen.

 

Il n’y aura donc de consolidation durable du régime de non-prolifération que si les pays nucléaires remplissent l’obligation de désarmement nucléaire inscrite à l’article VI du TNP. Dans le cas contraire, le régime de non-prolifération ne pourrait reposer en dernière analyse que sur la force et la contrainte, perspective à long terme illusoire.

 

4) J’affirme qu’il est inexact de prétendre qu’un monde sans armes nucléaires serait plus dangereux.

 

Certains experts qui bénéficient en France d’une audience privilégiée (cf. film France 5 « la France, le Président et la bombe ») estiment qu’il est impossible de « faire rentrer le génie nucléaire dans sa bouteille ». Ils affirment que, dans un régime d’interdiction de l’arme nucléaire, l’incitation à la fraude serait considérable en raison de l’avantage stratégique qu’obtiendrait un éventuel contrevenant. A cette objection je réponds que l’actuel régime de non-prolifération montre précisément qu’il est possible d’interdire l’accès à l’arme nucléaire aux pays qui ne la détiennent pas actuellement.

 

Des solutions techniques comme le perfectionnement des mécanismes de vérification de l’AIEA, l’interdiction de l’enrichissement national de l’uranium ou des obligations strictes de transparence peuvent considérablement renforcer ce régime.

 

Les détenteurs de fait de l’arme nucléaire (Israël, Inde, Pakistan, Corée du Nord) le sont en raison de circonstances historiques particulières et parce qu’ils bénéficient de la tolérance d’une ou plusieurs grandes puissances. Si ces puissances faisaient le choix du désarmement, elles ne pourraient que mettre un terme à cette tolérance, d’ailleurs considérée comme provisoire dans les textes pertinents de l’ONU.

 

Je considère que l’élimination des armes nucléaires fait partie des intérêts communs de l’humanité (au même titre que la lutte contre les effets du réchauffement climatique) et qu’il faut donc substituer à la logique de la dissuasion celle du désarmement et de la sécurité collective.

 

Il faut être conscient que les conséquences humanitaires et écologiques d’un seul tir nucléaire, nécessairement suivi d’autres en représailles, seraient catastrophiques. Le seul moyen de s’en prémunir de manière assurée est d’interdire l’arme nucléaire.

 

En effet, la simple possession de cette arme porte en elle le risque de son emploi, puisque la stratégie de dissuasion n’est supposée fonctionner qu’à condition que toutes les dispositions soient prises pour sa mise en œuvre sous faible préavis, y compris dans le contexte d’un échange de tirs nucléaires.

 

L’élimination des armes nucléaires est donc de l’intérêt de tous les peuples, dès lors qu’elle est réalisée sous un contrôle effectif et de manière progressive, en vue d’éviter toute déstabilisation stratégique.

 

Je voudrais également souligner que, dans le contexte stratégique actuel, l’arme nucléaire n’a aucune pertinence face aux crises : elle n’a pas dissuadé la Russie d’annexer la Crimée, pas plus qu’elle n’a dissuadé la Chine de militariser certains îlots contestés dans les eaux qui l’environnent, ni Daesh de mener des opérations terroristes.

 

Quant à l’efficacité de la « dissuasion élargie » qui est à la base de la doctrine militaire de l’OTAN, elle est plus que douteuse. C’est une stratégie qui n’a pour but que de rassurer des pays sur lesquels ne pèse pourtant aucune menace directe et immédiate.

                                                     

J’en viens à mes 2 propositions

 

1) L’intérêt bien compris des puissances nucléaires devrait être, plutôt que de se lancer dans des programmes de modernisation extrêmement coûteux, de négocier des accords de maîtrise de leurs armements, ce qui présenterait le double avantage de leur éviter des dépenses inutiles et de renforcer leur sécurité commune.

 

2) Concernant l’ensemble des pays, une démarche comme celle qu’ont engagée de nombreux Etats à l’ONU devrait conduire à mettre en place un régime d’interdiction de l’ensemble des armes de destruction massive qu’elles soient nucléaires, chimiques ou biologiques.

 

Un monde sans armes nucléaires serait un monde d’où seraient bannies certaines catégories particulières d’armes en raison de leurs caractéristiques inacceptables d’un point de vue humanitaire.

 

Ce régime d’interdiction devrait naturellement faire l’objet de règles et de procédures de vérification particulièrement strictes.

Il devrait être consolidé par des mécanismes renforcés de non-prolifération passant notamment par l’internationalisation du cycle du combustible.

Il ne pourrait enfin être instauré qu’au terme d’un processus progressif de désarmement, dont la relance est à présent devenue urgente, en ce qui concerne en particulier :

- l’interdiction complète des essais (le traité TICE n'est toujours pas ratifié par les Etats-Unis);

- l’interdiction de la production de matières fissiles à fins militaires;

- l’extension des zones dénucléarisées, notamment au Moyen-Orient.

 

C’est ainsi que pourraient être posés les jalons du passage progressif de la logique de dissuasion à une logique de sécurité collective, dans laquelle l’ensemble des États se coaliseraient pour maintenir et défendre, dans l’intérêt de l’humanité tout entière, les régimes d’interdiction de l’arme nucléaire et, plus généralement, de toutes les armes de destruction massive.

*****

Pour lutter contre l'indifférence qui entoure ce sujet (partis politiques, parlementaires, médias...), j'ai créé l'association IDN*, dont l'engagement rejoint celui de très nombreuses personnalités internationales ayant exercé de hautes fonctions..

 

* Voir le Comité de parrainage d'IDN

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Published by Paul Quilès - dans Désarmement nucléaire
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29 mai 2016 7 29 /05 /mai /2016 10:51
Pour les gastronomes!

Plus de détails sur le site du salon:

 

ICI

 

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28 mai 2016 6 28 /05 /mai /2016 09:01
L'hypocrisie

     Si la visite de Barack Obama, premier président américain en exercice à se rendre sur le site d’Hiroshima, restera dans les livres d’histoire, ce ne sera malheureusement pas le cas de son discours…

     Certes, la compassion devant les victimes des bombardements atomiques a été forte, avec l’évocation des souffrances endurées par les  populations civiles, accompagnée de formules choc telles que la « mort tombée du ciel », « la lumière aveuglante », « le mur de feu ».

      Mais il est décevant d’entendre Barack Obama répéter qu’il sera difficile d’achever durant sa vie ce vœu d’un « monde sans armes nucléaires », laissant entendre que la modernisation des arsenaux est aujourd’hui un choix obligatoire…

     Nous aurions souhaité non seulement qu’il dise sa volonté d’un « monde sans armes nucléaires », mais surtout qu’il annonce les gestes politiques forts qu’il allait consacrer au cours des derniers mois de sa présidence.

    Le Président a appelé à une « révolution morale », sans remarquer que celle-ci s’est déjà manifestée: par exemple avec la création de « zones exemptes d’armes nucléaires » (Amérique latine et les Caraïbes, le Pacifique, l’Asie centrale, l’Afrique, l’Antarctique, la Mongolie, l’Asie du Sud-est), ou encore avec les intenses réunions à l’ONU qui montrent la volonté de nombreux Etats (plus d’une centaine) de vouloir mettre en œuvre un traité d’interdiction des armes nucléaires.

     Mais peut-être le Président Obama lançait-il cet appel en direction des dirigeants des puissances nucléaires…dont il fait partie!

     Cette journée pourra difficilement être qualifiée d’historique, puisque le prix Nobel de la paix n’a pas apporté de réponse concrétisant son engagement de Prague* de 2009 . Il n’aura fait que reprendre sa fameuse phrase pour l’adapter au contexte d’Hiroshima : « Nous connaissons la douleur de la guerre. Ayons le courage, ensemble, de répandre la paix et de construire un monde sans armes nucléaires »…

* Barack Obama à Prague, le 5 avril 2009 : “J’affirme clairement et avec conviction l’engagement de l’Amérique à bâtir un monde débarrassé des armes nucléaires.”

       Lu sur le site d'IDN

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Je viens de recevoir ce commentaire d'une amie:

"  Je souscris entièrement à ton analyse des propos d'Obama au Japon. "La Mort tombée du ciel"," la lumière aveuglante", "le mur de feu" et autres métaphores bibliques dont il a agrémenté son discours tendraient à accréditer le fait que cette bombe fut une espèce de châtiment de Dieu, or cette bombe est bien tombée d'un avion américain, qui n'a rien à voir avec le bras de Dieu. 

Cette rhétorique aux accents bibliques que beaucoup de commentateurs ont appréciée, a bâti un discours lyrique qui certes, poétiquement parlant, avait de la force, mais que vient faire la poésie dans la mort de centaines de milliers d'innocents? La décence eût été de parler de la folie des hommes et du danger nucléaire.

Amicalement

Annie Massacry, écrivain "

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27 mai 2016 5 27 /05 /mai /2016 11:58
Barack Obama à Prague, le 5 avril 2009 : "J’affirme clairement et avec conviction l’engagement de l’Amérique à bâtir un monde débarrassé des armes nucléaires."

Barack Obama à Prague, le 5 avril 2009 : "J’affirme clairement et avec conviction l’engagement de l’Amérique à bâtir un monde débarrassé des armes nucléaires."

Obama hypocrite! 

A Hiroshima, pour cette visite "historique", on a eu droit de la part de Barack Obama à un discours convenu, à base de formules creuses, sans contenu pratique.

Quelle déception que cette attitude de l'ancien prix Nobel de la paix, récompensé après son discours prometteur de Prague en 2009, où il disait son attachement à l'objectif d'un monde sans armes nucléaires!

Ce n'est pas une raison pour baisser les bras et il faut continuer à expliquer, comme nous le faisons avec IDN , pourquoi ces armes représentent plus un danger qu'une sécurité.

Je vous recommande la lecture de cet article qui fait bien le point sur "l'enterrement de la belle ambition" de Barack Obama.
 
Il faut également lire cette analyse pertinente de deux physiciens américains du MIT sur le coût et la pertinence de la dissuasion nucléaire des Etats-Unis: "Moderniser la force de dissuasion américaine: à quel prix?"
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Published by Paul Quilès - dans Désarmement nucléaire
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26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 09:56

                                                  

 

Vendredi 27 mai: 

 

Inauguration de la maison pour personnes âgées de Milhars (Tarn)

La 4 C, communauté de communes que je préside, a soutenu ce projet de l'association C'Vital de "maison partagée", qui propose des espaces privés - chambre et salle de bain - ainsi qu’un espace collectif comprenant une cuisine et une grande pièce à vivre. Une maîtresse de maison est présente 5 heures par jour pour assurer l’intendance avec les locataires, faire le ménage dans les espaces communs et participer à la préparation des repas. 

 

Voir aussi les dernières informations concernant la 4 C : ICI

 

Lundi 30 mai : 

 

Inauguration du Jardin des Paradis à Cordes

Une nouvelle équipe et une nouvelle formule pour ce "jardin remarquable" : ICI

 

Mercredi 1er juin: 

 

Intervention au cours de la rencontre internationale "Pour une conférence mondiale pour la paix et le progrès" à Paris.

 

Jeudi 2 juin

 

Conférence sur le parcours de François Mitterrand  à Bellerive sur Allier.

Voir l'invitation du PS de  Commentry/Monmarault et de l'Institut François Mitterrand:  ICI

 

Samedi 4 juin

 

Inauguration du 2ème Salon du livre de cuisine à Cordes sur Ciel.

Cette manifestation pour tous, initiée par la municipalité en juin 2015, a connu un vif succès et se renouvelle les 4 et 5 juin 2016, avec l’ambition d’apporter de nouvelles découvertes gastronomiques présentées par des grands chefs et des auteurs reconnus.

Voir le  Site du Salon

 

Lundi 13 juin: 

 

Débat organisé par le club "Démocraties", dont je suis le président, autour du thème "Mai 1968, printemps 2016....similudes et différences", avec Rémi Lefèbvre, professeur à l'Université de Lille 2, chercheur au CNRS.

 

Mercredi 15 juin: 

 

Intervention lors de la journée d'étude de l'Université Européenne de la Paix, à Brest, sur le thème "Libérer le monde de l'arme nucléaire".

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Published by Paul Quilès - dans Réflexions à haute voix
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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 10:07
Photographies des bombardements atomiques américains à Hiroshima et à Nagasaki, les 6 et 9 août 1945. AHN YOUNG-JOON / AP

Photographies des bombardements atomiques américains à Hiroshima et à Nagasaki, les 6 et 9 août 1945. AHN YOUNG-JOON / AP

Cet article d' Edouard Pflimlin , journaliste et chercheur en relations internationales, a été publié sur le site du Monde.fr

 

Une nouvelle initiative française en faveur

du désarmement nucléaire

 

Paul Quilès, l’ancien ministre de la défense socialiste (1985-1986) lors du premier mandat de François Mitterrand, lance aux côtés de Bernard Norlain, ancien chef du cabinet militaire des premiers ministres Jacques Chirac et Michel Rocard, et des experts nucléaires, Jean-Marie Collin et Michel Drain, « Initiatives pour le désarmement nucléaire » (IDN).

 

Selon les acteurs de cette initiative, parrainée notamment par Nicolas Hulot, et présentée en fin de semaine dernière, le monde a changé, rendant caduques les stratégies du siècle dernier :

 

« Après avoir connu durant la guerre froide une certaine légitimité (d’ailleurs maintenant contestée), l’armement nucléaire a perdu aujourd’hui l’essentiel de sa pertinence stratégique. La dissuasion nucléaire est une sorte de ligne Maginot : un dispositif lourd, coûteux, qui ne correspond pas aux besoins de notre sécurité. Personne ne croit véritablement à l’utilité de l’armement nucléaire dans les conflits actuels (Moyen-Orient, Afrique, Ukraine…) ou pour combattre le terrorisme.

 

C’est l’existence même de ces armes qui représente un danger mortel pour l’humanité. Après la folle course aux armements qu’a connue le monde pendant quarante-cinq ans, il reste en effet environ 15 800 armes nucléaires dans le monde, sans aucun contrôle autre que national. Les risques d’accident ou d’incident ainsi que le terrorisme sous toutes ses formes constituent autant de risques d’une escalade nucléaire qui serait terriblement destructrice, instantanément et pour des siècles. »

 

Empêcher une nouvelle course aux armements

 

Deux ruptures stratégiques, notamment, appellent à modifier profondément la perception du fait nucléaire militaire : la montée des tensions entre la Russie et les pays occidentaux et les nouvelles menaces terroristes. Or, l’arme nucléaire n’a ici aucune pertinence, souligne IDN "Elle n'a aucunement protégé du terrorisme planétaire", rappelle M. Quilès.

 

L’un des enjeux majeurs reste d’empêcher une nouvelle course aux armements nucléaires avec la Russie. A cela, on peut ajouter le risque de prolifération dans certains pays, le plus élevé concernant la Corée du Nord qui posséderait déjà une dizaine de bombes atomiques. Dans un monde – jadis bipolaire – où les centres de pouvoir se multiplient, le nucléaire ne peut être la seule clé de notre défense, ce n’est plus pertinent, souligne Bernard Norlain, ajoutant que l’éclatement stratégique crée une réelle instabilité.

 

La dissuasion est remise en question, alors que des doutes sont de plus en plus répandus sur l’efficacité dissuasive de la bombe atomique depuis 1945 (lire notre compte-rendu). « Tous les maux du XXIsiècle ne sont pas solubles dans le nucléaire », conclut M. Norlain.

 

Il est donc urgent d’agir pour que ces armes fassent l’objet d’un processus d’élimination générale, progressif et contrôlé. C’est ce que prévoit d’ailleurs le traité de non-prolifération (TNP), dont la France est signataire. Le désarmement ne peut être unilatéral, soulignent les promoteurs d’IDN ; il doit être multilatéral pour être efficace. Une telle action ne peut pas être seulement entreprise au niveau des gouvernements nationaux ; elle doit être aussi suscitée et soutenue par une majorité de citoyens. IDN veut donc rouvrir un débat qu’il juge verrouillé par le « lobby nucléaire » et donc de facto inexistant.

 

Déni de démocratie

     

IDN souhaiterait que la dissuasion nucléaire, elle-même, soit questionnée, notamment lors de la prochaine campagne présidentielle. L’enjeu est de taille : celui de la sécurité des Français. On assure qu’elle serait garantie par l’arme nucléaire. C’est une erreur ou une tromperie, identique à ce qu’était la ligne Maginot en 1939, assurent les promoteurs d’IDN. Clé de voûte de la défense française, la dissuasion nucléaire n’est que peu présente dans le débat public français où règne un consensus assez large des responsables politiques, militaires et industriels.

 

M. Quilès dénonce donc le faux consensus, « l’enfumage », qui règne sur le nucléaire et le déni de démocratie qui existe dans notre pays. Il donne un exemple récent : dans le documentaire La France, le président et la bombe, diffusé le 22 mars sur France 5, il est annoncé, pour la première fois et sans donner de détails précis, qu’en cas de défaillance du président de la République en temps de guerre, un « inconnu », une personne située en province et désignée par le président, dispose de l’arme nucléaire et des codes pour l’utiliser ! Cette situation est « scandaleuse » et un vrai « déni de la Constitution » qui prévoit dans son article 7 qu’en cas d’empêchement c’est le président du Sénat qui remplace le président de la République, souligne M. Quilès.

 

Risque d’affaiblir la défense conventionnelle

Ce dernier va interpeller le président François Hollande sur ce déni démocratique pour obtenir des clarifications. « Un monarque républicain a-t-il le droit de désigner une personne inconnue pour le feu nucléaire ? », s’inquiète Paul Quilès. Jean-Marie Collin dénonce, lui, le coût du programme militaire nucléaire qui doit passer à 6 milliards par an d’ici à 2017 (contre 3,2 milliards actuellement). Il y a un risque en consacrant trop d’argent au nucléaire d’affaiblir la défense conventionnelle, pourtant indispensable face aux menaces comme le terrorisme. Un risque de « perte de crédibilité » de la défense, selon M. Collin.

 

Dans cette démarche, IDN a le soutien de nombreuses personnalités. Ce sont des responsables politiques, d’anciens chefs d’Etat, des généraux qui ont eu à connaître de près le développement de l’arme nucléaire. Parmi eux figure le Russe Mikhaïl Gorbatchev, qui avait proposé en 1986 au président américain Ronald Reagan un désarmement nucléaire complet à l’échéance d’une quinzaine d’années, le Français Michel Rocard, l’Allemand Joschka Fischer ou encore l’Américain Henry Kissinger.

 

Cette démarche rejoint aussi celle du président américain, Barack Obama. Ce dernier se rendra à Hiroshima, au Japon, le 27 mai, sur le parc du mémorial de la paix, à l’endroit où fut larguée la bombe atomique par l’avion B-29 Enola Gay, le 6 août 1945. La Maison Blanche affirme que le but de cette visite est de « souligner l’engagement en faveur de la paix et de la sécurité dans un monde sans armes nucléaires ».

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24 mai 2016 2 24 /05 /mai /2016 06:53
Lettre au Président Obama

Cette lettre, que j'adresse à Barack Obama,

 

quelques jours avant sa visite historique à  Hiroshima,

 

a été publiée

 

par le Huffington Post en France et aux Etats-Unis

 

 

Monsieur le Président des Etats-Unis d’Amérique,

 

      Premier président américain en exercice à se rendre à Hiroshima, au Ground Zero, vous allez marquer l’histoire de votre nation, mais vous pourrez aussi marquer celle de l’humanité. Vous avez sans doute raison de laisser aux historiens le débat sur le bien-fondé de la décision du Président Harry Truman de recourir à l'arme atomique, puisque nous ne pouvons pas réécrire le passé. En revanche, vous détenez les clés du débat sur la pertinence et les dangers de l’armement nucléaire, qui engage notre avenir.

 

      A Prague, en 2009, vous avez dit votre attachement à l'objectif d'un monde sans armes nucléaires. A Berlin, en 2013, vous avez affirmé que « La paix dans la justice passe par la recherche d’un monde sans armes nucléaires ». Il y a un an, vous avez contribué à la signature de l’accord avec l’Iran, qui représente une victoire indéniable dans la lutte  contre la prolifération nucléaire.

 

      Mais qu’en est-il du désarmement nucléaire ? Le régime du TNP (Traité de Non- Prolifération) est malade, faute d’une volonté claire des puissances nucléaires pour réduire les arsenaux. Le dialogue avec la Russie sur la suite du traité « New Start » n’avance pas, et pendant ce temps, des tensions prennent forme, tandis que vous et vos alliés poursuivez une modernisation active de vos forces nucléaires. Ces armes, faut-il le rappeler, sont d’une puissance sans comparaison avec celle de Little boy et Fat man, utilisées à Hiroshima et Nagasaki et elles sont susceptibles de causer des catastrophes humanitaires sans précédent.

 

      Quelques heures avant de vous recueillir dans le parc du Mémorial de la paix d’Hiroshima, vous participerez à la réunion du G7 à Ise-Shima, où vous rencontrerez le Président Hollande et le premier Ministre Cameron. J’espère que ce sera pour vous l’occasion d’aborder la question du désarmement nucléaire avec ces représentants de deux pays détenteurs, comme les Etats-Unis, de l’arme atomique.

 

      C’est en tout cas ce que je souhaite, ayant apprécié votre initiative en faveur de la tenue de Sommets sur la sécurité nucléaire, initiative soutenue par l’organisation américaine NTI (« Nuclear Threat Initiative »), partenaire d’IDN (« Initiatives pour le Désarmement Nucléaire »), association que je préside.

 

    Un prolongement de vos efforts pourrait consister à proposer la convocation d’un Sommet mondial visant à mettre au point un processus multilatéral de désarmement nucléaire. Il pourrait aussi être envisagé que, lors de la prochaine Assemblée générale de l’ONU, les Etats-Unis soutiennent une résolution proposant la préparation d’un traité d’interdiction des armes nucléaires.

 

       C’est ainsi, me semble-t-il, que pourra se bâtir ce « monde de paix dans la justice » que vous avez appelé de vos vœux dans votre discours de Berlin.

 

      Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes meilleurs sentiments.

 

Paul Quilès,

ancien ministre de la défense, France

           Président d’IDN

 

 

Initiatives pour le Désarmement Nucléaire - IDN, est une organisation française créée par Paul Quilès, Président d'IDN et ancien ministre de la défense, Général Bernard Norlain Vice-président d'IDN, Jean-Marie Collin Vice-président d'IDN, expert.       

Lettre au Président Obama
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8 mai 2016 7 08 /05 /mai /2016 11:00
10 mai 1981……oui, je sais !

     Oui,, je sais…. C’était l’époque de la guerre froide, de Reagan, de Thatcher, de Brejnev, d’une Europe qui se cherchait, d’un « Tiers monde », comme on disait, qui ne pesait pas encore fortement dans les échanges économiques.


     Oui, je sais…...C’était l’époque où la vie politique française était conditionnée par la confrontation entre la droite et la gauche, même si des tensions lourdes se manifestaient dans chaque camp.

 

      Oui, je sais….le monde a changé, la société française a évolué et nous vivons aujourd’hui à l’ère d’Internet, du portable, de Facebook, de Twitter, en attendant les nouvelles révolutions techniques qui se préparent.

 

      Et pourtant, malgré tous ces changements, je trouve qu’il peut être intéressant et, par certains aspects, utile de revivre l’évènement que fut, il y a 35 ans, le 10 mai 1981 : moment fort de l’Histoire, pas seulement pour les socialistes, mais aussi pour la gauche et, au-delà, pour notre pays.

 

      A condition de ne pas idéaliser l’évènement et de ne pas le couper de son contexte, sa lecture peut aider à dégager des enseignements pour le temps présent et pour l’action. Cela ne me semble pas inutile en ces moments de doute, de morosité et parfois, de colère.

 

      Beaucoup de textes ont été écrits à ce sujet, y compris sur ce blog (voir ICI). Je vous recommande en particulier d’écouter cette émission très vivante de France Inter, à laquelle j’ai participé : "10 mai 1981, l'arrivée de la gauche au pouvoir" (notamment de 39' à 54')

 

 

*******************

 

      Ce 10 mai 2016, à 18h *, à l’invitation des « Amis de Jean Jaurès de Toulouse », je serai avec Serge Regourd, qui traitera d’un thème lié à la biographie qu’il a écrite avec André Cabanis : « Le PS et l’actualité de Jaurès dans l’itinéraire de Paul Quilès »

 

* Espace des diversités et de la laïcité- 38 rue d’Aubuisson- 31000- Toulouse

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7 mai 2016 6 07 /05 /mai /2016 08:38
Crises, guerres et désordres au Moyen-Orient

      Particulièrement préoccupé par la situation du Moyen-Orient et par ses conséquences, j’interviens fréquemment sur ce thème.

 

      Je le fais par écrit ( voir sur ce blog ) ou dans des réunions organisées par le réseau ELN, auquel je participe.

 

      Je le fais aussi lors de conférences, comme celles que je donnerai :

 

       - à Fontaine le Comte (Vienne) le 12 mai

       - à Paris, devant le Club Démocraties le 18 mai

 

       L'objet de ces réunions est de répondre aux questions que l’on se pose et d’essayer de mieux comprendre:

 

 - les origines, lointaines et récentes, de l'imbroglio actuel *

- les stratégies, souvent complexes et même contradictoires des forces en présence ; 

- les conséquences des crises qui ravagent le Moyen-Orient; 

- les chances de parvenir à une situation plus apaisée.

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* Il n’est pas interdit de sourire des choses graves. Ce document, plein d’humour, est assez approximatif…..mais tout ce qu'il dit n’est pas faux ! 

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5 mai 2016 4 05 /05 /mai /2016 15:33
Guerre et paix: qui décide?
Guerre et paix: qui décide?

Pour suivre ce débat sur la diplomatie française,

auquel j'ai participé avec Jean-Marc de la Sablière,

ancien ambassadeur  

et Vincent Jauvert,

grand reporter à l'Obs, 

cliquer ICI

(le débat commence à 1h16')

 

Ce débat, animé par Emilie Aubry,

porte sur des thèmes d'actualité

et revisite aussi certains évènements

qui ont marqué l'action internationale de la France.
Il 
fait suite au film 

"Quai d'Orsay, au coeur de la diplomatie française",

diffusé par la chaîne LCP

DIFFUSIONS SUR LCP TNT

  • Dimanche 8 mai 2016 à 20:30
  • Samedi 14 mai 2016 à 17:00
  • Dimanche 22 mai 2016 à 13:59
  • Samedi 4 juin 2016 à 17:00
  • Dimanche 12 juin 2016 à 14:00
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Recherche

Cordes sur Ciel

CORDES

Faites connaissance avec

la cité médiévale

dont Paul Quilès est le maire
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 Avant de venir à Cordes, consultez:

     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez