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6 août 2020 4 06 /08 /août /2020 15:36
Victimes des armes nucléaires: un terrible bilan

Alors que le monde commémore le 75e anniversaire des trois premières explosions atomiques (l’essai “Trinity” aux Etats-Unis suivi des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki au Japon), il importe de rappeler que, depuis lors, le nombre de victimes des armes nucléaires n’a cessé de s’accroître. De quoi démonter l’argument selon lequel ces armes assurent la paix et notre sécurité.

 

Tribune de Marc Finaud 
 

Hiroshima et Nagasaki : un carnage effroyable

 

     Il est légitime et approprié de se remémorer chaque année les victimes des bombes atomiques de Hiroshima et de Nagasaki. Même si les tapis de bombes ‘classiques’ qui avaient rasé des villes japonaises avant le 6 août 1945 avaient fait davantage de victimes, le signal effroyable et puissant que la destruction de Hiroshima et Nagasaki entendait lancer a ouvert une nouvelle ère.

 

    Aujourd’hui nous savons par des historiens que ce ne sont pas ces attaques massives qui ont amené le Japon à capitulation, mais la déclaration de guerre de l’Union soviétique. Pourtant, il a été jugé pratique de bâtir le concept de dissuasion nucléaire sur le mythe que la peur d’un carnage aussi impensable découragerait toute agression à l’avenir.

 

    Et l’ampleur du carnage est en effet effrayante. Selon certaines estimations, au cours des quatre mois qui ont suivi les bombardements atomiques, entre 90 000 et 140 000 personnes ont péri à Hiroshima (près de 39 % de la population) et de 60 000 à 80 000 personnes sont mortes à Nagasaki (soit 32 % de la population). La plupart des décès ont résulté des effets immédiats de souffle et de chaleur des deux bombes ainsi que, plus tard, de brûlures et de l’irradiation.

 

     A ce total initial de 150 000 à 220 000 victimes doivent s’ajouter les cancers par irradiation qui ont mis plusieurs années voire décennies à se déclarer. Une étude partielle de 2000 a révélé un nombre de quelque 1 900 cancers parmi un groupe de survivants. En 2007, parmi les quelque 250 000 survivants reconnus, seuls 2 242 avaient été officiellement admis comme atteints par des maladies dues à l’irradiation du fait des critères stricts imposés par le gouvernement japonais. Le jugement récent d’un tribunal a étendu le droit à l’indemnisation aux victimes des ‘pluies noires’ radioactives affectées dans des zones plus éloignées des épicentres.

 

     Bien qu’entièrement justifié, l’accent sur le nombre de victimes des deux seuls cas d’emploi effectif des armes nucléaires de l’histoire ne contribue pas à une analyse complète du risque permanent associé à la production, aux essais et à la possession des armes nucléaires. Afin d’évaluer ce risque, il est vrai que les scientifiques et les chercheurs butent dans leurs efforts sur le manque de données publiques en raison du secret qui entoure encore les armes nucléaires, tout particulièrement dans les pays non transparents tels que la Russie, la Chine, Israël ou la Corée du Nord.

 

Les victimes de la production des armes nucléaires

 

     La fabrication d’armes nucléaires, surtout à une large échelle comme aux Etats-Unis ou en Union soviétique/Russie, est responsable d’un niveau élevé de morts et de maladies qui continue de faire des victimes encore aujourd’hui. En 2016, une étude a conclu que, dans les usines de fabrication d’armes nucléaires des Etats-Unis depuis 1945, quelque 107 394 employés avaient contracté des cancers et d’autres maladies graves, et 33 480 en étaient morts.

 

     Plus récemment, en août 2019, des fonctionnaires russes ont confirmé les informations relatives à une contamination radioactive, vraisemblablement résultant de l’explosion d’un missile à propulsion nucléaire au cours d’une séries d’essais effectués par la Marine russe dans la région d’Arkhangelsk. Au moins cinq personnes ont trouvé la mort et plusieurs autres ont été sérieusement blessées tandis que le niveau de radiation dans la région a connu des pics supérieurs de 4 à 16 fois la norme.

 

Les victimes des accidents d’armes nucléaires

 

     Depuis 1950, ce sont 32 accidents d’armes nucléaires qui ont été répertoriés et sont connus sous le nom de “flèches brisées”, c’est-à-dire des événements imprévus impliquant des armes nucléaires et causant le tir accidentel, la mise à feu, la détonation, le vol ou la perte d’armes nucléaires. A ce jour, six d’entre elles ont été perdues et n’ont jamais été retrouvées.

 

     Ces accidents, survenant à des aéronefs ou des sous-marins nucléaires, ont causé des centaines de morts et une considérable contamination radioactive. En 2014, le centre de recherche britannique de Chatham House a publié une étude détaillée de 13 incidents qui ont quasiment abouti à des explosions nucléaires, certains ayant provoqué des morts et des blessés, mais évitant par miracle des conséquences encore plus catastrophiques.

 

Les victimes des essais d’armes nucléaires

 

     La proportion la plus large des victimes d’armes nucléaires depuis Hiroshima et Nagasaki résulte sans conteste des essais explosifs de ces armes. Entre 1945 and 2017, quelque 2 476 armes nucléaires ont été détonnées, y compris 604 dans l’atmosphère, sur ou sous l’eau, cumulant une puissance de plus de 540 mégatonnes, soit plus de 36 000 équivalents de la bombe d’Hiroshima.

 

     Une étude de 1991 publiée par l’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (IPPNW) a pronostiqué que quelque 2,4 millions de personnes mourraient tôt ou tard d’un cancer attribué aux essais nucléaires atmosphériques dans le monde.

 

     Aux Etats-Unis, qui ont effectué près de la moitié de tous les essais nucléaires, une étude de 2017 a estimé que les retombées des essais nucléaires étaient responsables de 340 000 à 460 000 morts prématurées entre 1951 et 1973. Cette étude s’est fondée sur de nouvelles données qui ont permis de corriger une estimation précédente du Center for Disease Control (CDC) chiffrant en 2003 le nombre de morts prématurées à 11 000, principalement dues au cancer de la thyroïde.

     

     Malheureusement, il n’existe aucune statistique indépendante sur les victimes des essais nucléaires effectués par les autres puissances nucléaires, souvent en dehors de la métropole comme en Algérie ou en Polynésie française pour la France, en Australie par la Grande-Bretagne, au Groenland pour les Etats-Unis, au Kazakhstan pour l’Union soviétique, ou dans les îles du Pacifique pour la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Certaines études partielles donnent toutefois une idée de l’impact de ces essais. Par exemple, des documents récemment déclassifiés montrent que certains des essais menés par la France en Algérie ont provoqué une contamination radioactive jusqu’en Europe méridionale et jusqu’en Afrique sub-saharienne. Un groupe de 3 000 anciens combattants français luttant pour leur indemnisation ont découvert que 35 % d’entre eux avaient contracté un cancer ou souffraient d’infertilité et d’affections cardiovasculaires, tandis que leurs enfants et petits-enfants souffraient aussi de complications.

 

     Au Kazakhstan, alors que les autorités sanitaires kazakhes estiment à 1,5 million le nombre de personnes exposées aux retombées des essais nucléaires soviétiques, seuls 5 700 d’entre elles ont été reconnues en tant que victimes survivantes en 2019. De 1946 à 1958, les Etats-Unis ont fait exploser sur les Iles Marshall quelque 67 bombes nucléaires, soit l’équivalent en puissance de plus d’une explosion et demie de type Hiroshima chaque jour pendant 12 ans, causant d’intenses souffrances du fait des évacuations forcées, de brûlures, de malformations à la naissance et de cancers. Aujourd’hui, les 90 000 mètres cubes de déchets nucléaires abandonnés sur l’archipel affecté par la montée du niveau des mers menacent la région d’une contamination catastrophique.

 

Comment arrêter ce carnage ?

 

     Au moment où le président américain envisage de reprendre les essais nucléaires explosifs arrêtés en 1992, il est plus que jamais urgent de se souvenir d’un vieux principe qui a fait ses preuves : dès lors qu’une substance est impossible à contrôler et induit un risque inacceptable pour l’humanité ou l’environnement, le seul choix sûr et logique consiste à interdire son emploi, qu’il soit civil ou militaire, et à l’éliminer.

 

     Ce principe a été appliqué à des substances telles que le pesticide DDT, les chlorofluorocarbones (CFC) utilisés comme réfrigérants ou l’amiante dans la construction, tout comme aux armes biologiques et chimiques, aux mines antipersonnel et aux bombes à sous-munitions. Il est grand temps que ce principe s’applique aussi aux armes nucléaires, qui comportent le risque d’anéantissement de l’humanité et de la planète.

 

Marc Finaud

Membre du Bureau d’IDN et Conseiller principal du Centre de politique de sécurité de Genève (GCSP).

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5 août 2020 3 05 /08 /août /2020 09:48
Refusez les armes nucléaires

Si vous avez vu le film diffusé par ARTE hier soir "Hiroshima, la véritable histoire" (et encore accessible en podcast), vous comprendrez mieux le sens de ce texte que j'ai signé au nom d'IDN, avec 7 autres organisations (voir à la fin du texte)).

 

*****************

 

Refusez les armes nucléaires

 

Soixante-quinze ans après les horreurs des bombardements nucléaires d’Hiroshima et Nagasaki, les États disposant d’armes nucléaires investissent toujours des dizaines de milliards d’euros, en vue de leur modernisation et de leur renouvellement. Devant la complexité de la tâche de parvenir à l’élimination de ces armes de destruction massive, il serait tentant de rester dans le déni, comme le font trop de personnes à l’égard du changement climatique. Mais nos organisations, regroupées dans la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires (ICAN en France), pour paraphraser les mots de Camus au lendemain du 6 août 1945, se refusent à tirer d'une aussi grave nouvelle autre chose que la décision de plaider encore plus énergiquement pour la mise en œuvre de l’interdiction et de l’abolition des armes nucléaires.

 

Nous revenons de loin. Si l’on se retourne sur le temps écoulé depuis les 6 et 9 août 1945, nous avons eu beaucoup de chance : entre course aux armements - avec un arsenal nucléaire mondial qui a atteint le chiffre astronomique de 69 368 ogives en 1986 ! -, accidents nucléaires militaires qui ont avorté par chance (Goldsboro 1961, Palomares 1966, Thulé 1968, ...) ou par courage (26 septembre 1983, colonel Petrov) et des tensions extrêmes (Cuba 1962, confrontation indo-pakistanaise du Kargil 2001). Par ailleurs, face au risque d’utilisation de ces armes, l’importante mobilisation d’un grand nombre d’organisations et d’individus a permis d’obtenir la mise en place d’un droit international de plus en plus contraignant en faveur de la non-prolifération et du désarmement nucléaire, notamment le Traité de non-prolifération (1968) et le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (1996).

 

Alors que le risque de détonation nucléaire avec son flot de potentielles conséquences humanitaires, environnementales et sanitaires, n’a jamais été aussi imminent en ce début de siècle, l’adoption du traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) par 122 États le 7 juillet 2017 à l’ONU montre que la résistance d’une large majorité d’États non-possesseurs et de nombreuses ONG (dont la campagne ICAN) s’est amplifiée. Ce n’est pas une vue de l’esprit ou une croyance, mais une réalité avec l’entrée en vigueur d’ici quelques mois du TIAN. Cette nouvelle norme de droit est d’ores et déjà efficace, si l’on en juge par les pressions diplomatiques exercées par la France et les autres puissances nucléaires pour dissuader États, villes et même des opérateurs privés de rejoindre ou de soutenir un traité dont l’ambition est de renforcer la sécurité internationale…

 

Résistons aux côtés des Hibakushas.

« Nous avons vécu le feu des bombes atomiques larguées sur Hiroshima et Nagasaki, il y a 75 ans. Nous avons consacré notre vie à nous assurer que notre génération serait celle du dernier hibakusha - les survivants des bombes atomiques. Nous avons appris à être courageux, pleins d'espoir et audacieux. Nous avons appris que c'est à des gens comme vous et moi de se dresser contre les armes nucléaires et les dirigeants qui menacent le monde avec elles. Le dernier grand défi auquel nous sommes confrontés est d'interdire et d'éliminer ces armes. Affrontez-le avec nous, nous y sommes presque. » (Engagement à soutenir les Hibakusha, ICAN, Juillet 2020)

 

Résister, c’est s’engager avec détermination devant ce qui apparaît « intouchable ». Comme citoyen français, nous sommes confrontés à chaque instant à cette bombe. Le budget dissuasion, issu de nos impôts, nous coûte 9000 € par minute en 2020, à l’heure où des acteurs du service de santé crient devant l’urgence sanitaire. Des banques, en contradiction avec leur politique de responsabilité sociétale de l’environnement (RSE), investissent notre épargne dans les entreprises fabriquant des systèmes d’armes nucléaires. Notre génération et les futures vont devoir gérer et payer pour le stockage d’un minimum de 15 000 m3 de déchets nucléaires militaires. Quant à la protection de l'environnement et de la biodiversité, cause essentielle, les efforts et luttes seront réduits à néant si le “bouton” nucléaire est poussé. La liste serait longue de tous les effets dangereux auxquels notre État nous expose en conservant une politique de dissuasion, qui consiste à être prêt en permanence à utiliser des moyens de destruction sur des populations civiles et en engageant les États de l’Union européenne à la soutenir.

 

Les campagnes (par exemple, via le Mouvement de la Paix, Pugwash, Abolition 2000…) pour le désarmement nucléaire sont nées au lendemain d’Hiroshima et Nagasaki. Mais la résistance est devenue plus organisée, plus active, non seulement à travers ces organisations, mais aussi avec de nouveaux acteurs (voir les signataires de cette tribune), comme le sont des villes françaises (dont Paris, Grenoble, Cordes-sur-Ciel et une vingtaine d’autres) et à travers le monde (plus de 300) qui sont convaincues que leurs habitants ont le droit de vivre dans un monde libéré de cette menace nucléaire et qui, pour cela, soutiennent l’interdiction des armes nucléaires.

 

Notre pays a une position et un rôle singulier. Certes, son arsenal est moindre (300) par rapport aux États-Unis (5 800) ou à la Russie (6 375), mais la France a le quatrième plus grand arsenal au monde. Cette France dont un sous-marin transporte en permanence un millier d’Hiroshima, alors que dans le même temps son ministre des Affaires étrangères affirme que « le respect du droit international humanitaire n'est pas une option [mais] c'est une obligation » (Conférence nationale humanitaire, 22 mars 2018) et que son Président s’interroge sur la prise en compte d’un crime d’écocide... alors qu’il pourrait lui-même en être l’auteur !

 

Nous engageons les associations et les individus à nous rejoindre pour agir et faire résonner cet appel des Hibakushas. Nous pouvons tous résister et agir à notre niveau en interrogeant l’action des élu.e.s (parlementaires et maires), en s’informant, en sollicitant sa banque de respecter ses engagements d’acteur responsable, dans l'objectif de contraindre le Parlement et le pouvoir exécutif d’engager le processus de signature et de ratification du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires.

 

  • Behar Abraham, Association des médecins français pour la prévention de la guerre nucléaire (AMFPGN) 
  • Bordé Jacques, Pugwash France
  • Chasseau Christian, Mouvement National de Lutte pour l’Environnement (MNLE)
  • Dolot Michel, Le Mouvement de la Paix
  • Lalanne Dominique, Abolition des armes nucléaires - Maison de Vigilance
  • Quilès Paul, Initiatives pour le Désarmement Nucléaire (IDN)
  • Maires pour la Paix (AFCDRP)
  • Campagne Internationale pour Abolir les armes nucléaires (ICAN France)
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3 août 2020 1 03 /08 /août /2020 10:00
Choisir entre l’enfer et la raison

     La commémoration des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki donnera lieu dans quelques jours, malgré la situation sanitaire, à de nombreuses manifestations* à travers le monde.

     A l’occasion du 75ème anniversaire de cet événement tragique, il est bon de relire ce que disait dans ‘’Combat’’ Albert Camus au lendemain d’Hiroshima, en se souvenant qu’il fut le seul dans la presse française à ne pas se féliciter de ce qui venait de se passer à Hiroshima :

« La civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques. Devant les perspectives terrifiantes qui s’ouvrent à l’humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d’être mené. Ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison. »

     Pendant plus de 50 ans - et parfois encore aujourd’hui-, l’utilisation de la bombe atomique par les Américains a été présentée comme l’élément déclencheur de la capitulation japonaise. Le rôle de Staline a été minimisé, celui de la destruction d'Hiroshima et Nagasaki majoré, parce que cela arrangeait Américains et Japonais.

     Pour en savoir plus, je vous recommande de lire ce texte de Ward Wilson :

« Ce n'est pas la bombe atomique qui a poussé le Japon à capituler »

* Je me félicite que soient organisées des « Journées pour la paix » du 6 au 9 août à Cordes sur Ciel, que j’ai fait adhérer en 2009 à l’AFCDRP (Association Française des Communes, Départements et Régions pour la Paix).

Voir le programme.

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Choisir entre l’enfer et la raison
Choisir entre l’enfer et la raisonChoisir entre l’enfer et la raison

« Votre rôle n’est pas simplement important. Il est essentiel. Absolument essentiel. Construire un monde pacifique ne commence pas dans les salles de conférence à New York ou à Genève. Cela commence sur le terrain, dans les quartiers, dans les communautés. Cela commence par des leaders éclairés dans les villes et villages partout dans le monde. Cela commence avec vous. Et vous êtes en première ligne. »

(Ban Ki-moon, ancien secrétaire général de l’ONU, lors de son intervention devant les membres de Maires pour la Paix, mai 2010)

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31 juillet 2020 5 31 /07 /juillet /2020 19:09
Le monde ancien, le monde de demain, Jaurès

Pour la première fois depuis 1992, je n’ai pas pu me trouver aux côtés de mes amis devant la statue de Jean Jaurès à Carmaux, pour rappeler le souvenir du grand tribun, assassiné au Café du Croissant le 31 juillet 1914, la veille du déclenchement de la 1ère guerre mondiale.

Ce n’est pas une raison pour oublier en ce jour les messages que Jaurès nous a laissés. Ses analyses, ses réflexions philosophiques, humanistes ou politiques, qui datent pourtant d’il y a un siècle, sont toujours d'actualité dans les temps difficiles que nous traversons.

Alors que des débats confus sur "le monde ancien" et "le monde de demain", entretenus par le choc de la pandémie, donnent parfois le sentiment d’une remise en cause des valeurs qui fondent une nation démocratique, alors que des tensions internationales de tous ordres, attisées par des dirigeants irresponsables, se multiplient et risquent de dégénérer en guerres, il est utile de revenir à Jaurès.   

Il faut se souvenir de la lourde responsabilité des dirigeants de l'époque -y compris français- dans la grande boucherie qui fit tant de victimes . Jean Jaurès dénonça avec fougue leur attitude, parce qu'il pressentait le tragique engrenage de la violence et de la barbarie.

Je vous propose de lire ce beau texte de Gilles Candar, Président de la Société d'études jaurésiennes, publié dans la brochure de présentation du spectacle "Jaurès, une voix pour la paix". 

***

 

Jaurès, pacifiste et patriote

 

     Il faut prendre toute la mesure du personnage Jaurès. Champion de la paix, homme bon et généreux, sensible, soucieux de réduire et si possible d'abolir la violence dans les rapports humains, oui. Mais il n'est pas pour autant ce qu'on appelait jadis un « pacifiste bêlant », un prédicateur rêvant à un monde parfait et inaccessible. Il est dans l'histoire, il en connaît les réalités, il sait d'où il vient et donc où il va. Il est, profondément, un politique.

     Jaurès est attaché à sa patrie, la France. Il a des mots très forts et très tendres à la fois sur elle. Il n'a jamais dit « à celui qui n'a plus rien, la patrie est son seul bien » comme cela a parfois été dit (la phrase est du révolutionnaire Blanqui, dans un autre contexte). Mais par exemple, il conclut un discours à la Chambre, le 11 mai 1907, en s'exclamant « Si noir que puisse devenir le monde, il ne verra jamais cette chose impossible et monstrueuse, la mort de la France ». Les patries sont une construction historique, humaine, destinées à évoluer comme toutes choses. Il comprend bien qu'elles ne peuvent être immuables, qu'elles sont appelées à se transformer et à coopérer surtout sous des formes qu'il est permis d'espérer de plus en plus harmonieuses. L'horizon ultime est celui de la patrie universelle, mais pour longtemps encore, comme il l'explique lors d'un congrès à Nancy (août 1907) à Hervé, trublion assez véhément de son parti, « les patries sont un fait […] elles ont à l'heure présente une valeur socialiste et humaine […] même dans l'unité socialiste, cette diversité prolongée des nations sera un bienfait, parce que l'unité socialiste humaine ne sera pas uniformité ».

     C'est au même moment que Jaurès à la fois commence à défendre au sein de l'Internationale socialiste l'idée d'une nécessaire lutte contre la guerre, coordonnée et préventive, usant de tous les moyens y compris éventuellement de la grève générale et insurrectionnelle en cas de refus de l'arbitrage, et qu'il se décide à rédiger un ouvrage consacré à L'Armée nouvelle, c'est-à-dire aux profondes réformes du système militaire français afin de lutter contre une éventuelle invasion.

     Son livre paraît finalement en 1911 : il est fondé, compte tenu des dangers de l'époque, sur une stratégie défensive, réduisant la durée du service militaire mais mobilisant toutes les ressources du pays pour assurer l'invincibilité de la nation attaquée. Son grand adversaire est l'esprit de routine, particulièrement prégnant à l'intérieur de l'institution militaire comme à l'extérieur, dès qu'il est question des « choses de l'armée ». Il se plaint de ce désintérêt national que favorise « une conspiration universelle de silence, de mystère puéril, d’esprit de clan, de routine et d’intrigue[1] ».

     Être jaurésien aujourd'hui n'est pas nécessairement reprendre de très belles citations de Jaurès sur la paix ou la guerre, la patrie, l'Europe ou l'humanité, mais c'est poursuivre son effort pour penser dans les termes d'aujourd'hui les conditions de la paix, de la coopération entre les peuples, de la défense nationale et internationale contre les maux présents de l'humanité. Et d'abord garder l'esprit en éveil et se méfier des formules routinières.                                                      

 

                                                               Gilles Candar

 

[1] Jean Jaurès, L'Armée nouvelle, tome 13 des Œuvres de Jean Jaurès, édition établie par Jean-Jacques Becker, Paris, Fayard, 2012, p. 286.

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29 juillet 2020 3 29 /07 /juillet /2020 14:30
LA BOMBE (bis)

 

Si vous avez raté le film

"La bombe", diffusé hier soir sur ARTE,

vous pouvez le visionner ICI

  • En le regardant, vous comprendrez mieux les interrogations de responsables politiques, d'ingénieurs, d'historiens: "Comment vivre avec une invention capable de détruire la planète?
  • Vous comprendrez mieux aussi pourquoi, avec l'association que je préside (IDN) et avec de nombreux partenaires, en France et au niveau international, je milite pour la disparition des armes nucléaires et je combats les méthodes de désinformation qui s'apparentent à du mensonge ou du déni et qui alimentent le discours officiel dans les 9 pays (dont la France) détenteurs de l'arme nucléaire. 
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23 juillet 2020 4 23 /07 /juillet /2020 17:13
Oui, une explosion nucléaire est possible
Oui, une explosion nucléaire est possible
Oui, une explosion nucléaire est possible

C’est bien ce que l’on ressent après avoir vu les 2 films diffusés par ARTE avant-hier.

  • Le premier, « Accident nucléaire en Arkansas », raconte comment, le 18 septembre 1980, à Damascus, dans l’Arkansas, une charge nucléaire trois fois plus puissante que l’ensemble des bombes larguées durant la Seconde Guerre mondiale, y compris celles qui ont anéanti Hiroshima et Nagasaki, a failli s’écraser quelque part sur le sol américain, causant des millions de morts.                                     

   ​​" Ce jour-là, sur une base de l’Armée de l’air abritant le missile nucléaire Titan II, le plus potentiellement meurtrier de l’arsenal américain, deux hommes sont chargés de rechercher la cause d’une légère baisse de pression dans le silo de l’ogive. Après une journée de travail de près de douze heures, l’un de ces jeunes soldats, Dave Powell, commet une erreur de procédure pour pénétrer dans l’habitacle ultrasécurisé où dort le monstre. Une douille chute et endommage l’un des réservoirs du missile, dont le combustible se met à fuir en abondance. 

L’explosion est inévitable à court terme, et la panique gagne peu à peu l’état-major. L’angoisse est d’autant plus forte que le Titan II, vétuste, aurait déjà dû être démantelé, si Jimmy Carter n’y avait pas vu une monnaie d’échange dans le cadre des négociations de désarmement nucléaire entamées avec son homologue soviétique Leonid Brejnev. Dans la perspective de l’élection présidentielle de 1981, les démocrates sont d’ailleurs réunis à Hot Springs, à quelques dizaines de kilomètres de la base, à l’invitation du fringant jeune gouverneur de l’État, Bill Clinton."

" Dans la nuit du 25 au 26 septembre 1983, en pleine guerre froide, le lieutenant-colonel Petrov est de service. Sa mission consiste à surveiller depuis son bunker un écran de contrôle destiné à donner l’alerte en cas d’attaque nucléaire.

Lorsque le militaire soviétique voit apparaître cinq points représentant des missiles en provenance d’une base américaine, le doute l’envahit : pourquoi les États-Unis attaqueraient-ils à ce moment précis ? N’écoutant que son instinct, Stanislav Petrov décide de ne pas avertir son état-major. Il s’agissait bien d’une fausse alerte, en raison de la réflexion des rayons du soleil sur les nuages situés au-dessus du site de lancement américain. Par ce geste courageux, voire inconsidéré, Petrov a peut-être évité une riposte de l'URSS et, de fait, la fin de ce monde. En 2006, le héros oublié était invité en grande pompe aux États-Unis…"

Tous les détails de ce presque incroyable événement sont donnés dans un documentaire saisissant  : « 1983, au bord de l’apocalypse » qu'il faut vraiment regarder.

***********

Pour en savoir plus sur cette invention capable de détruire la planète, ne manquez surtout pas de visionner ce formidable documentaire : « La bombe », également diffusé par ARTE*

C’est une captivante plongée dans l'histoire de la bombe atomique, de sa conception à la manière dont elle a changé le monde.

Pendant un an et demi, le cinéaste américain Rushmore DeNooyer a puisé dans les photographies et les films récemment déclassifiés par le département de la Défense américain afin d'exhumer les documents les plus passionnants.

Étayé d’impressionnantes images de champignons atomiques au-dessus du désert du Nouveau-Mexique et du Pacifique, mais aussi d’archives poignantes consacrées aux victimes d’Hiroshima et de Nagasaki, son récit convoque également les témoignages d'anciens hommes politiques, d'ingénieurs du projet Manhattan et d'historiens. Ces derniers s’interrogent : comment vivre avec une invention capable de détruire la planète ?"

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* Disponible du 21 juillet au 11 août 2020. Prochaine diffusion le mardi 28 juillet à 20h50.

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17 juillet 2020 5 17 /07 /juillet /2020 08:58
La naïveté de l’Europe face à la ChineLa naïveté de l’Europe face à la Chine

Cet article, publié sur son blog par mon ami Jean-José Colomès, montre, à partir de la situation à Hong Kong, pourquoi l’Europe doit abandonner toute naïveté à l’égard de la Chine.

 

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Coup de gong à Hong Kong

 

 

Et pourtant, si l'on se réfère aux engagements écrits déposés à l'ONU, tout devait bien se passer....

 

Lorsqu'en 1997, les Britanniques rétrocèdent à la Chine leur ancienne colonie de Hongkong, il est prévu que jusqu'en 2047, les institutions hongkongaises seront maintenues, selon la formule « Un pays, deux systèmes ».

 

C'était oublier que la prédiction d'Alain Peyrefitte dans son ouvrage « Quand la Chine s'éveillera » deviendrait un jour réalité et que désormais conscient de sa puissance, cet immense pays gouverné d'une main de fer par Xi Jinping, attendrait la première occasion pour bousculer les échéances.

 

Ces opportunités se sont présentées sous deux formes. Ce furent d'abord, à compter de 2019, les immenses manifestations initiées par la jeunesse qui gagnèrent ensuite l'ensemble de la population hongkongaise. Elles revendiquaient plus de démocratie, ainsi que l'autodétermination. Insupportable pour Pékin.

 

Et puis vint la crise du Covid 19 partie de Huwan... La Chine fit preuve d'un manque total de transparence pour en déterminer avec certitude l'origine. On découvrit à cette occasion que dans le fameux laboratoire P 4 situé à Huwan et construit par la France, contrairement aux engagements qui avaient été pris par la Chine, les 80 chercheurs français qui devaient travailler sur le site, ne furent pas autorisés à prendre leurs postes.

 

Il y eut la gestion des masques dans laquelle on s'aperçut que le principal pays producteur, la Chine, livrait des produits défectueux donc inutilisables.

 

On découvrit les relations troubles entretenues par la Chine avec l'Organisation Mondiale de la Santé, laquelle tarda à admettre que l'épidémie touchait désormais la planète.

 

Il y eut la façon de gérer au niveau des Etats cette crise sanitaire, la Chine ayant choisi la méthode autoritaire et tentant d'exporter son « modus operandi » dans sa zone d'influence.

 

Il y a enfin et surtout, la naïveté dont nombre de pays parmi lesquels la France, ont fait preuve pendant des années à l'égard de l'ogre chinois. Accepter que dans la production du matériel médical, dans la fabrication de nombre de produits pharmaceutiques, nous nous mettions en situation de dépendance vis à vis d'autres pays, au premier rang desquels la Chine, a constitué une grossière erreur. Quand la rentabilité et l'appât du gain l'emportent sur toute autre considération...

 

C'est dans ce contexte que le 30 juin à 23 heures, veille de l'anniversaire de l'entrée en vigueur des accords signés en 1984 et appliqués depuis le 1er juillet 1997, que la population de Hongkong a découvert la loi sur la « sécurité nationale » adoptée dans le plus grand secret, qui prenait immédiatement effet.

 

Cette loi qui criminalise toute contestation, marque la fin de Hongkong en tant que territoire libre. Claudia Mo, députée du camp démocratique, l'analyse ainsi : « Cette loi est faite pour terroriser, intimider, réduire Hongkong à néant, faire de Hongkong une ville dans laquelle il n'y aura plus de dissidence, plus de manifestations, plus d'opposition ».

 

En six chapitres et soixante-dix articles, la nouvelle loi fait éclore quatre crimes : la sécession, la subversion, le terrorisme et la collusion avec une puissance étrangère. Ces crimes sont passibles de la réclusion à perpétuité alors que l'article 33 de la loi précise que les peines seront allégées si l'accusé dénonce une autre personne.

 

Les définitions des crimes ainsi instaurés, sont suffisamment vagues pour permettre aux autorités de réprimer toute manifestation d'hostilité au régime.

 

Tel a été d'ailleurs le cas, puisque le premier manifestant arrêté le 1er juillet en application des nouvelles dispositions, n'avait fait que se tenir debout, les bras croisés, une banderole appelant à l'indépendance, posée à ses pieds.

 

Cette situation fait dire à un juriste qui a souhaité préserver l'anonymat, « fondamentalement, Pékin va pouvoir arrêter n'importe qui, pour n'importe quel crime, puisque c'est Pékin qui a le pouvoir d'affirmer ce que vous avez fait de mal et en quoi c'est mal ».

 

L'effet attendu par Pékin n'a pas tardé à se manifester. La peur a envahi la rue. Les banderoles défendant la démocratie ont disparu des vitrines des commerces, d'ores-et-déjà, nombre de hongkongais ont pris la fuite à l'étranger.

 

A Taïwan, on n'est pas très rassuré. Dans cette île dont la Chine a toujours considéré qu'elle faisait partie intégrante de son territoire, la Présidente Tsaï Ing-wen a déclaré : « Le mépris de Pékin à l'égard des aspirations des Hongkongais prouve -qu'un pays, deux systèmes- n'est pas viable. Beaucoup de choses ont changé à Hongkong depuis 1997 mais le soutien de Taïwan aux hongkongais qui aspirent à la liberté et à la démocratie n'a jamais changé ».

 

Après la mort du Prix Nobel de la Paix Liu Xiaobo dans une prison, atteint d'un cancer en phase terminale et dont la Chine a refusé la libération pour recevoir des soins à l'étranger, nulle clémence à attendre de Xi Jinping. Les atteintes aux Droits Humains dans la province du Xinjiang contre la population musulmane des Ouïgours, en attestent malheureusement. Le nombre de détenus dans des camps atteindrait le million...

 

La répression ordonnée par Deng Xiaoping contre les manifestants de la place Tien anmen qui fit en 1989 des milliers de morts, n'est pas très loin dans l'esprit des Hongkongais. Certes, à ce jour, les chars n'ont pas fait leur apparition dans les avenues de leur ville. Toutefois, dans son projet d'accéder au rang de leader mondial, Xi Jinping considère que le moment est venu de tomber le masque face aux Etats-Unis, dont le Président a abandonné toute idée de multilatéralisme et alors que l'Europe est affaiblie par ses divisions.

 

Si le Canada a suspendu son traité d'extradition avec la Chine, si le Royaume-Uni a promis d'ouvrir la voie à la nationalité britannique à trois millions de hongkongais, les 27 pays de l'Union Européenne, l'oeil rivé sur les relations commerciales entretenues avec ce grand pays, ont condamné « du bout des lèvres » l'initiative de Pékin.

 

Le gong a retenti à Hongkong où la population est désormais sommée de vivre à l'heure de Pékin et il est certain que, si demain le rapport de forces le permet, le rattachement de Taïwan à la Chine continentale, sera la prochaine étape.

 

Sans épouser les outrances de Trump enferré dans la compétition des egos avec son concurrent chinois, l'Europe doit abandonner toute naïveté à l'égard de l'Empire du Milieu. Dans ses relations économiques et commerciales, elle doit exiger l'application de la règle de réciprocité notamment concernant les transferts de technologie.

 

Elle doit enfin, à voix haute et intelligible, rappeler au membre permanent du Conseil de Sécurité qu'est la Chine, l'obligation de respect des Droits Humains lesquels, à l'heure actuelle, sont sans vergogne foulés aux pieds.

Pour cela, il est urgent que l'Europe parle d'une seule voix.

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14 juillet 2020 2 14 /07 /juillet /2020 18:10
L’hydrogène, carburant du futur….il y a 45 ans !

Depuis quelque temps, de nombreux articles de presse développent le thème de « l’hydrogène, carburant du futur » ou de « la pile à hydrogène, promesse d’une énergie propre ».

Au cours de son interview du 14 juillet, Emmanuel Macron a lui-même insisté sur le fait que la France était en train de bâtir une filière hydrogène pour les véhicules, dans le cadre d’une « relance écologique »

Comment ne pas se féliciter de cette future contribution aux économies de pétrole et à la lutte contre le réchauffement climatique ?

Mais, au fait, pourquoi ne l'a-t-on pas fait plus tôt?

J'ai retrouvé dans mes archives une note que j'ai transmise en 1975 au Conseil économique et social, dont j'étais membre de section et les bras m'en sont tombés.

Lisez cette note et vous verrez clairement, malgré l'aspect un peu technique de certains aspects du texte*, que la voiture électrique était alors envisageable à un horizon de 5 à 10 ans, avec des économies substantielles d'hydrocarbures et de pollution. C'est dire qu'on a perdu plus d'une trentaine d'années!!

Pourquoi? Tout simplement parce que la priorité était à l'époque le nucléaire, qui absorbait la plus grande partie des investissements et de la recherche. De plus, les compagnies pétrolières n'étaient pas désireuses de voir se modifier les processus de fabrication et de distribution, ainsi que la fiscalité.

Il reste à espérer que la prise de conscience grandissante de l'impératif écologique a modifié la donne et que les décideurs politiques ne se limiteront pas à des grands discours et des promesses, pour ne pas conduire aux mêmes regrets.... dans une trentaine d'années!

___________________

* Pour mieux comprendre, regardez cette courte vidéo de vulgarisation  très pédagogique sur "l'hydrogène : carburant du futur ?"

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10 juillet 2020 5 10 /07 /juillet /2020 22:32
Ni frustration, ni nostalgie

    La pandémie de Covid-19 a entraîné quelques bizarreries administratives en raison du report du 2ème tour des élections municipales. C'est ainsi que j'ai eu droit à une « rallonge » de 2 mois comme Maire de Cordes et de plus de 3 mois comme Président de la communauté de communes 4C .

 

      Lors de l’élection de Bernard Andrieu comme nouveau Maire de Cordes le 25 mai dernier, j’ai eu l’occasion de m’exprimer dans une courte intervention, où j’indiquais que j’allais me trouver sans aucun mandat public pour la première fois depuis plus de 40 ans !

 

    J’ajoutais : « Croyez bien que, dans cette situation, je n'éprouve ni frustration, ni nostalgie. C'est tout simplement une nouvelle période qui s'ouvre pour moi, au cours de laquelle je compte passer du temps sur ce que j'aime : la musique, la lecture, l'écriture… Je continuerai aussi à conduire les actions que j'ai engagées par ailleurs. Je pense en particulier à IDN (Initiatives pour le Désarmement Nucléaire), association que je préside et qui milite pour la paix, la sécurité et le désarmement et au club Démocraties, que je préside également et qui organise des débats sur les sujets d'actualité ou de fond. Et puis, naturellement, je consacrerai aussi du temps à ma nombreuse famille. »

 

     Cet après-midi, j’ai également transmis un message au Conseil communautaire de la 4C,  qui vient d'élire Bernard Andrieu comme Président.

 

    Vous trouverez ce texte ci-dessous. Il exprime clairement ce que je ressens au moment où je quitte la vie publique.

_______________________________

 

Chères amies, chers amis

 

Nous allons vivre une période difficile, si j’en juge par les effets du Covid-19 au cours des derniers mois. La pandémie continue à menacer le monde entier et pas seulement notre territoire. Ses effets modifieront probablement pas mal de choses dans la vie publique, dans la vie politique, dans la vie internationale.

 

C'est donc une tâche exaltante mais délicate qui vous attend. Je dis « vous », parce que, dans quelques instants, je ne serai plus élu de ce territoire. Croyez bien que je n’éprouverai ni frustration, ni nostalgie.

 

Et pourtant, c’est avec émotion que je m’adresse à vous, parce que j'aime ce « Pays de Cordes à Vaour », comme nous l'avons appelé. J'y ai vécu pendant plus de 25 ans, j’y ai consacré beaucoup d’énergie et je crois avoir contribué, avec d’autres bien sûr, à son développement.

 

Je remercie tous les élus avec qui j'ai travaillé. Certains sont ici ce soir, d'autres non. Ils se sont beaucoup investis dans les nombreuses activités de la 4C et ils ont fait preuve d’une grande solidarité pour défendre son existence, mise en cause de façon bureaucratique et injuste .

 

Je voudrais aussi remercier le personnel de la communauté, efficace et dévoué, sous la responsabilité d’Évelyne, qui connaît remarquablement bien la 4C, son histoire, ses forces, ses faiblesses.

 

Je ne doute pas que la nouvelle équipe avec la nouvelle présidence sauront agir pour rendre encore plus efficaces les services rendus par la 4C à la population.

 

Je vous souhaite une belle réussite.

 

Très cordialement

 

Paul Quilès

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8 juillet 2020 3 08 /07 /juillet /2020 16:22
Le Vatican appelle à privilégier la santé sur l’armement

     Face à la pandémie de Covid-19, le Vatican appelle à investir massivement dans l’économie de la santé, notamment en utilisant les sommes importantes investies dans l’armement. (article publié dans La Croix du 7 juillet)

**********

     Le cardinal Peter Turkson, préfet du dicastère pour le développement humain intégral, a réitéré mardi 7 juillet le soutien du Saint-Siège à la résolution du conseil de sécurité des Nations unies réclamant un cessez-le-feu global pour lutter contre la pandémie de Covid-19.

 

     « La réduction des conflits est la seule façon de réduire les injustices et les inégalités », a insisté le cardinal ghanéen, qui a souligné l’aide concrète que l’Église pouvait apporter, grâce notamment à Caritas Internationalis et les commissions Justice et paix, pour favoriser le dialogue.

 

     « Le monde souffre du manque de confiance : il y a un grand besoin de reconstruire la confiance », a-t-il expliqué appelant également à une réduction des armements et à une réorientation des dépenses militaires dans le domaine de la santé.

 

 « Course aux armements ou à la sécurité alimentaire, à la santé et au travail ? »

 

     Une nécessité également réaffirmée par sœur Alessandra Smerilli, économiste et coordinatrice du groupe de travail sur l’économie de la Commission vaticane sur le Covid-19.

 

     « Le Covid-19 a révélé l’insuffisance du financement des soins contre les maladies infectieuses au cœur de nombreux système sanitaires », a souligné l’économiste, tandis que le Vatican rappelait que, en 2019, les dépenses militaires dans le monde représentaient 1 900 milliards de dollars (1 700 milliards d’euros).

 

      « Et si, au lieu de la course aux armements, nous faisions la course à la sécurité alimentaire, à la santé et au travail ?, s’est-elle interrogée. Que demandent les citoyens en ce moment ? Ont-ils besoin d’un État militairement fort ou d’un État qui investit dans les biens communs ? Comment chaque citoyen voudrait-il que son argent soit dépensé aujourd’hui ? Est-il logique de continuer à investir massivement dans les armes si des vies ne peuvent être sauvées faute de soins et de traitements adéquats ? »

 

« Un cercle vicieux qui ne finit jamais »

 

     La religieuse s’est défendue de toute naïveté, soulignant la complexité d’une course aux armements véritable « dilemme dans lequel les États, par peur des autres États, ou pour exceller, continuent à accroître leurs arsenaux militaires ».

 

     « Cela génère un cercle vicieux qui ne finit jamais, les poussant à augmenter de plus en plus leurs dépenses militaires », a-t-elle mis en garde, appelant à « une volonté collective d’autolimitation » et à des « dirigeants courageux qui montrent qu’ils croient au bien commun, qui s’engagent à garantir ce qui est le plus nécessaire aujourd’hui ».

 

     Interrogée par la presse, sœur Alessandra Smerilli a également rappelé que les industries d’armement étaient «un secteur de faible main d’œuvre» et que la réorientation des investissements créera plus d’emplois qu’elle n’en détruira.

 

     Elle a également rejeté l’idée que le maintien d’une industrie de défense favorisait l’innovation et la recherche. « Si la défense est source d’innovation, pourquoi ne pas investir directement dans les applications civiles de ces innovations ? », a-t-elle questionné, insistant qu’une recherche ouverte permet des résultats plus rapides qu’une recherche confinée dans le secret.

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Recherche Sur Ce Blog

Faites connaissance avec IDN

 (Initiatives pour le désarmement nucléaire),

dont Paul Quilès est président.

IDN travaille chaque jour à la réduction des arsenaux nucléaires et du risque, intentionnel ou non, d’utilisation de l’arme nucléaire.

IDN oeuvre à construire un monde sans armes nucléaires, pour une paix et une sécurité internationale durables.

Faites connaissance avec

Cordes sur Ciel,

la cité médiévale dont Paul Quilès a été le maire pendant 25 ans.

cordes-nuages-8-bp--R-solution-de-l--cran-.jpg 

site de l'Office du tourisme 

Bibliographie

- 2018: L'illusion nucléaire- La face cachée de la bombe atomique (avec Jean-Marie Collin et Michel Drain)

- 2017: Quelques citations sur les armes nucléaires

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  

- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu) 

- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff ) 

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï) 

- 1992: Nous vivons une époque intéressante 

- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez