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27 janvier 2017 5 27 /01 /janvier /2017 11:03
Les candidats et le nucléaire (suite)

      Comme il l’a fait hier avec Benoit Hamon, Jean-Jacques Bourdin a interrogé Manuel Valls, le 2ème candidat aux primaires de la gauche, sur la dissuasion nucléaire.

 

      On ne peut que s’étonner d’avoir entendu le candidat qualifier le projet de traité d’interdiction des armes nucléaires de « vieux débat » (RMC/BFM TV, à la 19ème minute)

 

     Rappelons en effet que l’ONU vient d’approuver le 23 décembre 2016, une résolution prévoyant d’engager en mars et juin 2017 le processus de négociation d’un traité d’interdiction de ces armes de destruction massive. Une majorité d’Etats a voté POUR, la France a voté CONTRE. Ce n’est pas vieux, cela date d’un mois….

 

     Le reste de l’intervention relève de l’incantation habituelle et du vieux discours (oui, vieux, parce qu’il correspond à des concepts du monde du 20ème siècle et de la Guerre froide) fondés sur des contre-vérités, ce que rappelle opportunément cette tribune de Georges le Guelte, publiée hier dans La Croix.

 

*****

L’arsenal nucléaire, Donald J. Trump et nous

 

Par Georges Le Guelte, ancien adjoint au directeur des relations internationales du CEA (Commissariat à l’énergie atomique) puis secrétaire du Conseil des gouverneurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique, membre du Comité de parrainage d'IDN

 

Le 23 décembre 2016, l’Assemblée Générale de l’ONU a adopté un projet de résolution préconisant l’ouverture en 2017 d’une conférence chargée de préparer un traité sur l’élimination des armes nucléaires. La France a voté contre ce texte après avoir fait pression sur de nombreux pays, surtout africains, pour qu’ils adoptent la même attitude. Le gouvernement tente de justifier ce comportement en affirmant que, si la France n’avait plus d’armes nucléaires, elle perdrait son siège de membre permanent du Conseil de Sécurité. Il est heureux que le pouvoir n’invoque plus la fiction selon laquelle l’arsenal nucléaire nous « protège de toute menace de nature étatique, d’où qu’elle vienne et quelle qu’en soit la forme ». La possession d’un arsenal nucléaire n’est plus une question de sécurité, mais un problème de protocole. C’est un moyen pour la France de « tenir son rang ».

 

Contre-vérité

 

Pourtant, même sous cette forme, le discours officiel reste fondé sur une contre-vérité. La liste des membres permanents du Conseil de Sécurité est fixée par l’article 23 de la Charte de l’ONU, signée à San Francisco le 26 juin 1945. À cette date, aucun pays au monde n’avait encore fait exploser un engin nucléaire. Les membres permanents sont les États supposés vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale. Faire un lien entre ce statut et la possession d’un arsenal nucléaire n’a donc pas de sens. Bien entendu, le texte de la Charte pourrait être modifié. Mais la procédure de révision est extrêmement lourde, et aucun amendement ne peut entrer en vigueur s’il n’a pas été ratifié par les cinq membres permanents. En d’autres termes, qu’elle ait ou non des armes nucléaires, la France ne pourrait perdre son siège que si elle y consentait expressément.

 

Lobbying de l’industrie de l’armement

 

Il ne manque certainement pas de diplomates, au Quai d’Orsay, pour rappeler ces vérités aux décideurs politiques. C’est par conséquent de façon délibérée que le pouvoir utilise des arguments dont tout le monde peut vérifier facilement et rapidement qu’ils sont de pure fantaisie. Ce sont là des techniques utilisées couramment par Donald J. Trump : une affirmation sans aucun rapport avec la réalité devient une vérité irréfutable si elle est répétée assez souvent de façon suffisamment péremptoire.

Il n’y a aucune raison valable pour conserver un arsenal nucléaire. Pourtant, aucun gouvernement, qu’il soit de gauche ou de droite, n’acceptera de le démanteler, à moins d’y être contraint et forcé, tant est grande l’emprise exercée par le lobby de l’industrie de l’armement sur le personnel politique. Il est tout de même regrettable que, pour conserver les bonnes grâces et les largesses de Dassault Aviation, d’Airbus Group, de la DCNS, du groupe CEA et de tous leurs sous-traitants, un gouvernement socialiste adopte les méthodes de Donald J. Trump comme mode de gouvernement de la France.

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26 janvier 2017 4 26 /01 /janvier /2017 15:20
Quand un candidat est interrogé sur la dissuasion nucléaire…

Initiatives pour le Désarmement Nucléaire (IDN) vient de présenter, en conclusion de son colloque international du 23 janvier, une série de questions à poser aux futurs candidats à la présidence de la République.

 

Ce matin, Benoit Hamon, candidat aux primaires de la gauche, a été interrogé à ce sujet par le journaliste Jean Jacques Bourdin (RMC/BFM TV).

 

Ses réponses nous inquiètent.

 

1- Il a répondu OUI, comme Theresa May devant le Parlement britannique, à la question qui lui était posée : « êtes- vous prêt à donner votre feu vert à une attaque nucléaire capable de tuer des centaines de milliers de personnes, si cela garantissait la sécurité de votre pays ? ». Dans le même temps, il a rappelé que le concept de dissuasion impliquait que les armes nucléaires ne devaient pas être utilisées en premier.

 

2- Il a approuvé la modernisation des 2 composantes nucléaires (sous-marins lance engins et forces aériennes), alors que ces opérations coûteuses contredisent l’engagement de la France, qui, en ratifiant le TNP (traité de Non-Prolifération) en 1992, s’est engagée « à poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée et au désarmement nucléaire…. »

 

3- Il n’a pas évoqué la nécessité d’œuvrer au désarmement pour améliorer la sécurité du monde et n’a pas mentionné les travaux en cours à l’ONU pour aboutir à un traité d’interdiction des armes nucléaires, auquel la France s’est opposée lors d’un récent vote à l’Assemblée générale des nations-Unies.

 

Outre que ces réponses sont parfois contradictoires, elles témoignent d’une volonté de poursuivre la politique de défense actuelle, qui repose sur un système de dissuasion nucléaire datant du XXème siècle, lourd, dangereux, coûteux et loin d’être crédible.

 

Communiqué d'IDN

 

L'association Initiatives pour le Désarmement Nucléaire (IDN), présidée par Paul Quilès, ancien ministre de la défense, a pour but d'œuvrer à l'élimination progressive et équilibrée des armes nucléaires de la planète, pour contribuer à l'édification d'un monde plus sûr.

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24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 10:17
Merci pour ce débat !

      Une fois n'est pas coutume: on a beaucoup parlé d'armement nucléaire, de dissuasion, de désarmement hier dans la salle Victor Hugo à Paris! 

 

      Tout au long de la journée, les 5 sessions de la Conférence internationale organisée par IDN autour du thème "Vers une nouvelle course aux armements?" y ont rassemblé près de 180 personnes.

 

   Elles ont écouté, puis débattu avec 20 intervenants, français et étrangers. Les débats,  denses et parfois vifs,ont été rehaussés par la présence d'experts, d'ambassadeurs et de diplomates, d'officiers généraux, de journalistes.

 

      En conclusion de la conférence, j'ai présenté, au nom d'IDN, une série de 4 questions aux futurs candidats à la prochaine élection présidentielle, concernant le rôle et l'avenir de l'armement nucléaire.

 

Pourquoi il est important d'interpeller le futur président de la République

 

"Entretien d'embauche pour un poste de président"

(les 4 questions)

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24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 10:11
« Entretien d'embauche pour un poste de président »

Voir aussi: 

"Pourquoi il est important d'interpeller 

le futur président de la République "

 

*****

1. Respect du Traité de non-prolifération nucléaire :

La France a réalisé un certain nombre d’actions de désarmement unilatéral et ratifié les différents traités liés à la non-prolifération nucléaire. Mais dans le même temps, elle pratique la politique de la chaise vide en refusant de siéger à un Groupe de travail ouvert sur le désarmement nucléaire en 2016 et de participer en 2017 à une démarche de l’ONU qui interdira les armes nucléaires. Elle poursuit par ailleurs un programme de modernisation de ses arsenaux.

 

  • Si vous êtes président, respecterez-vous l’engagement pris par la France en 1992 en ratifiant le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) et son article 6 : « Chacune des Parties au Traité s’engage à poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée et au désarmement nucléaire, et sur un traité de désarmement général et complet sous un contrôle international strict et efficace » ?

 

2. Désarmement nucléaire :

 Le président chinois Xi Jinping vient de déclarer à l’ONU, la semaine dernière : « les armes nucléaires devraient être totalement interdites et détruites afin de construire un monde sans armes nucléaires ».  Il faut noter que la Chine est la seule des puissances nucléaires reconnues par le TNP qui ne s’est pas opposée à l’ONU à la mise en œuvre d’un processus d’interdiction des armes nucléaires en 2017. Cette déclaration est un message politique clair et positif qui nécessite d’être approfondi et encouragé.

 

  • Si vous êtes président, vous engagez-vous à répondre à cette déclaration chinoise et à proposer des mesures concrètes pour avancer vers un monde sans armes nucléaires ?

 

3. Participation aux processus de désarmement nucléaire de l’ONU :

Le 23 décembre 2016, une très large majorité d’Etats, à l’Assemblée générale de l’ONU, a approuvé la convocation en mars et juin 2017 d’une conférence pour la négociation d’un instrument juridiquement contraignant visant à interdire les armes nucléaires en vue de leur élimination complète. Ce traité doit permettre de rendre illégales les armes nucléaires, qui sont les dernières armes de destruction massive à ne pas être interdites par un traité international.

 

  • Si vous êtes président, promettrez-vous d’envoyer des diplomates pour participer à ces négociations sur un traité d’interdiction des armes nucléaires?

 

4. Non-emploi en premier de l'arme nucléaire :

Malgré la fin de la Guerre froide, le risque d’utilisation d’armes nucléaires reste élevé, principalement parce que la doctrine d’emploi de ces armes n’a pas changé.  Ainsi, les forces aériennes stratégiques (FAS) sont principalement conservées pour pouvoir appliquer la doctrine dite « d’un avertissement de nature nucléaire », comme l’a expliqué le président Hollande en 2015. Cette doctrine consiste à tirer en premier un missile de croisière nucléaire ASMP-A (doté d’une ogive nucléaire d’une puissance équivalente à 20 fois celle de la bombe d’Hiroshima). Cette frappe nucléaire unique aurait pour objectif de montrer à un adversaire potentiel la détermination de la France à utiliser, si besoin, l’ensemble de ses armes nucléaires. L’objectif serait de « rétablir la dissuasion »…

 

  • Si vous êtes président, vous engagez-vous à pratiquer une politique de non-emploi en premier de l’arme nucléaire, permettant de renforcer considérablement la sécurité mondiale et de diminuer les risques d’accident ?
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24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 09:47
Pourquoi il est important d'interpeller le futur président de la République

     Le 7 mai 2017, la France aura un nouveau président.  La presse ne manquera pas d’écrire sur le fameux moment où les codes nucléaires seront échangés entre le président sortant et le nouvel arrivant.

 

     Ce président va disposer d’un arsenal nucléaire de 300 armes, dont une petite centaine sont déployées de manière permanente à bord d’un sous-marin nucléaire lanceur d’engins, une dizaine d’armes étant par ailleurs disponibles immédiatement au sein de la Force aérienne stratégique et éventuellement à bord du porte-avions Charles de Gaulle, si celui-ci est opérationnel…

 

     Une des raisons fortes qui poussa le Général de Gaulle à organiser un référendum (le 28 octobre 1962) pour faire adopter l’élection présidentielle au suffrage universel direct, fut qu’il souhaitait  donner au Président la légitimité pour « appuyer sur le bouton nucléaire ». Pierre Messmer justifia ainsi ce modèle électoral : « le chef de l’Etat a seul l’emploi de la force nucléaire stratégique. La conséquence dans un régime démocratique est que le chef de l’Etat doit être l’élu de toute la Nation, qu’il peut plonger dans de terribles épreuves ».

 

     Pour disposer de cette force, il doit donc avoir le consentement d’une majorité de la population, qui lui confère ce droit de vie ou de mort. On affirma même alors qu’on était passé d’une monarchie symbolisée par le sacre du roi à Reims, à une monarchie nucléaire symbolisée par la transmission des codes de lancement, au moment de la prise de fonction du nouveau président.

 

    La doctrine officielle (« le Président est le seul à donner l’ordre ultime ») trouve son fondement dans des textes juridiques :

  • Le décret 64-46 du 14 janvier 1964, « relatif aux forces aériennes stratégiques » fixe la compétence du chef de l’Etat de donner l’ordre d’engagement des forces nucléaires ;
  • il fut remplacé par le décret 96-520 du 12 juin 1996 « portant détermination des responsabilités concernant les forces nucléaires ». Ce décret donne une place centrale au président de la République qui s’inscrit dans une chaîne hiérarchique.

 

     Les premières annonces des futurs candidats sur la dissuasion ne reposent sur aucune réflexion, mais sur un discours classique, daté et déconnecté des obligations de désarmement nucléaire, de la réalité stratégique, des besoins de nos militaires.

 

     Il est donc temps d’interpeller sur l’arme nucléaire  les candidats au poste le plus important de notre Etat. Reprenant l'expression d'un journaliste, voici un petit questionnaire pour un « entretien d'embauche pour un poste de président ».

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18 janvier 2017 3 18 /01 /janvier /2017 13:28
Un débat nécessaire

Interview de Paul Quilès 

par Jean Guisnel

dans Le Point du 18 janvier 2017, sous le titre

 

"Sur le nucléaire militaire, le désintérêt général est organisé par l'exécutif"

 

        Depuis la Seconde Guerre mondiale, et l'avènement de la puissance nucléaire, de nombreux accords ont été signés pour limiter la prolifération de cette arme (accord SALT, traité de non-prolifération nucléaire, etc.). Cependant, alors que la campagne présidentielle bat son plein, en France, le nucléaire militaire ne fait pas débat.

     Paul Quilès, ancien ministre de la Défense de François Mitterrand et ancien président de la commission de la Défense de l'Assemblée nationale, aujourd'hui président d'Initiatives pour le Désarmement Nucléaire, le regrette.

 

********************

Vous organisez le 23 janvier à l’Assemblée nationale le colloque international « Une nouvelle course aux armements ? » Pourquoi ce titre ?

 

      Du point de vue quantitatif, les armements nucléaires ont connu une réduction importante depuis la fin de la Guerre froide aux Etats-Unis, en Russie, au Royaume-Uni et en France. On assiste cependant actuellement dans tous ces pays au lancement de vastes programmes de modernisation des armes nucléaires et de leurs vecteurs. En outre en Chine et dans les pays non signataires du TNP (Pakistan, Inde ou Israël) on observe à la fois un accroissement quantitatif et un perfectionnement qualitatif des armements nucléaires.

      Le mouvement de réduction observé après la fin de la Guerre froide semble avoir atteint un palier : il n’est plus perceptible ni dans les dispositifs déployés, ni dans les discours. Donald Trump a lancé des messages ambigus en ce domaine. Il a affirmé, quoique de manière confuse, son attachement à la notion de dissuasion nucléaire tout en se disant prêt à négocier avec la Russie de nouvelles réductions. L’objectif d’un monde sans arme nucléaire proposé par Barack Obama dans son discours de Prague en 2009 passait par la réduction des armements stratégiques russes et américains à un millier pour chacun des deux pays. Nous en sommes encore loin.

 

Quels sont à vos yeux les risques que font peser les armes nucléaires ?

 

       Ils sont nombreux : terrorisme ou accidents ne sont pas des menaces anodines. Si vous y ajoutez les risques propres aux armes « sous alerte », dont les tirs peuvent être déclenchés en quelques minutes, éventuellement par erreur, on mesure que les enjeux sont extrêmement sérieux dans un environnement stratégique désormais beaucoup plus instable que du temps de la guerre froide. Nous les aborderons durant le colloque. Nous voulons réfléchir à la situation actuelle et voir si la modernisation des arsenaux engagée sans réel débat, y compris en France, est bien indispensable. Ne conduit-elle pas finalement au risque de prolifération nucléaire que l’on veut prétendument éviter ? Quand la France, parmi d’autres pays, dit qu’elle a absolument besoin de l’arme nucléaire pour assurer sa sécurité, pourquoi veut-elle en interdire l’accès à d’autres ? Le TNP[1] ratifié par la France en 1992 autorise cinq pays à disposer de l’arme atomique à la condition - entre autres - qu’ils négocient « de bonne foi » des « mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires et au désarmement nucléaire ». On en est très loin !

      J’ai écrit au Président de la République pour l’interpeller sur le vote par l’Assemblée générale des Nations-Unies, le 23 décembre dernier, d’une résolution mettant en place des groupes de travail pour préparer une interdiction de l’armement nucléaire. Il m’a répondu que la France a fait des efforts dans le sens de la réduction, qu’elle vise un désarmement nucléaire progressif mais refusait de s’engager dans une démarche posant à terme rapproché le principe d’une prohibition globale de l’arme.

 

Imaginez-vous un renoncement à l’arme nucléaire, de la part de ceux qui la détiennent ?

 

      Bien sûr ! Ce sera long, ce sera difficile, ce sera compliqué, mais je ne vois pas pourquoi nous ne pourrions pas y arriver, de la même manière que le monde a banni les armes chimiques et biologiques, certes moins dangereuses que l’arme nucléaire. Les défenseurs, parfois adorateurs, de l’arme nucléaire, ne souhaitent pas s’engager dans un processus qui pourrait la remettre en cause. Ils évoquent l’argument fallacieux de l’ « assurance-vie », affirment qu’on ne saurait « désinventer » le nucléaire, ou prétendent qu’un monde sans arme atomique serait « encore plus dangereux ». Cette argumentation est simpliste car il est parfaitement possible de rédiger un traité d’interdiction et d’élaborer un mécanisme d’élimination de l’arme tenant compte de toutes les contraintes. Le dispositif envisagé à l’ONU comprend de nombreuses phases, assorties de vérifications strictes et intrusives, qui sont autant de garanties. Plus de 70% des pays membres de l’ONU ont voté cette résolution et des pays dotés ou possesseurs comme la Chine, l’Inde et le Pakistan se sont abstenus. Même si les pays de l’OTAN ont voté contre[2], nous ne devons pas prendre ce mouvement à la légère !

 

L’arme nucléaire n’est-elle qu’une arme de non-emploi ?

 

        C’est ce que disent en France ses partisans. Mais sans même parler d’un tir opérationnel délibéré, un accident pourrait mettre en jeu la vie de millions de personnes. Si c’est officiellement une arme destinée à la seule menace, notamment de représailles, certains - sans le dire, tout en le disant – n’excluent pas son emploi, au moins « tactique ». Dans ce cas, il faut en parler et ce colloque présentera des approches variées, avec des points de vue différents. Eric Danon, directeur adjoint des affaires politiques et de sécurité du quai d’Orsay a accepté d’intervenir, le président de Pax Christi, Mgr Marc Stenger sera là. Desmond Browne, ancien ministre de la défense britannique de même qu’Hervé Morin, qui occupa ces mêmes fonctions en France participeront également à la conférence.

    Guillaume Sérina évoquera son enquête sur le sommet Reagan-Gorbatchev à Reykjavik en 1986. Les deux chefs d’Etat, qui avaient une haute conscience de leurs responsabilités historiques, avaient alors eu l’ambition de programmer la disparition de l’armement nucléaire en 14 années. Mais en raison de la volonté de Reagan de rendre les Etats-Unis invulnérables grâce à un bouclier antimissiles, ce projet n’a pas abouti. Il y a eu néanmoins un déblocage des négociations sur les « euromissiles ». Et le mur Berlin s’est ouvert en 1989. Les grands moments de l’histoire se produisent souvent quand on ne s’y attend pas.

 

Quelle est à vos yeux la raison pour laquelle, à vos yeux, si peu de politiques français vous rejoignent ?

 

      Tout d’abord, j’observe que 25 000 personnes ont signé la pétition que j’ai proposée avant le vote de l’ONU sur la négociation d’un traité d’interdiction. Second point : un sondage pourtant très intéressant réalisé par Opinion Way, qui remet en cause l’idée reçue du « consensus » sur la dissuasion n’a été évoqué dans aucun média. On voit bien qu’un désintérêt général est organisé, aussi bien par l’exécutif que par le Parlement.

      La commission de la défense de l’Assemblée nationale, que j’ai présidée, a demandé à une mission d’information d’étudier les conséquences économiques du renouvellement des deux composantes nucléaires. S’est-elle interrogée sur la nécessité du maintien de deux composantes ? De leur renouvellement ? Pas du tout, la décision est considérée comme acquise ! Quelques députés s’intéressent au sujet, mais la majorité pense qu’il n’est pas « vendeur » du point de vue électoral.

      Vous aurez observé que dans les programmes des candidats à la primaire de gauche, le sujet n’est pas mentionné, sauf par Vincent Peillon qui propose de « moderniser » et « ajuster » la dissuasion. Et dans la primaire de droite, le sujet n’a pas été abordé. Qu’il est loin le temps de l’Appel de Stockholm lancé par le Mouvement de la paix en 1950, que Lionel Jospin et Jacques Chirac avaient signé!


[1] Traité de Non- Prolifération

[2] A l’exception des Pays-Bas qui se sont abstenus.

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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 17:54
Lettre à Thomas Pesquet
Lettre à Thomas Pesquet

Vendredi dernier, je devais assister à la sortie dans l’espace de l’astronaute français Thomas Pesquet, depuis le site du CNES à Toulouse, où se trouvaient le Premier Ministre, Bernard Cazeneuve et le Président du CNES, Jean-Yves Le Gall.

 

Mais je n’ai pu être là, puisque, au même moment, je présentais mes vœux à la mairie de Cordes. J’ai profité de cette concomitance pour adresser à Thomas Pesquet une lettre l’invitant à venir à Cordes sur Ciel, fin juillet prochain, à l’occasion de la 6e édition du "Ciel sur Cordes".


"Au moment même où le monde entier regarde avec beaucoup d’émotion les images de votre première sortie extra véhiculaire, je souhaite vous transmettre l’invitation du maire du « village préféré des Français » à venir nous rendre visite cet été. (...)


Ancien ministre de l’espace pendant 4 ans, j’aurais un immense plaisir à vous accueillir à l’occasion de la 6ème édition du « Ciel sur Cordes », comme je l’ai fait il y a quelques années avec plusieurs spationautes, dont Jean-Loup Chrétien et Jean-François Clervoy.


Je remercie mon ami Jean-Yves Le Gall de se faire en quelque sorte le facteur de l’espace en vous transmettant cette invitation et je vous adresse, cher Thomas Pesquet, mes plus cordiales salutations."

 

Le message a été transmis à Thomas Pesquet, qui a immédiatement fait part de son intérêt pour notre manifestation.

 

A cette occasion, le Président du CNES a félicité Thomas Pesquet pour "la parfaite réussite de sa mission depuis sept semaines", qui "inspire le respect et renforce de façon spectaculaire l’intérêt du grand public pour l’espace".

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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 16:04
Cordes 2016-2017

La cérémonie des voeux est aussi l'occasion de faire le point

sur le bilan de l'année écoulée

et sur les perspectives de l'année à venir.

 

Voici ce qui s'est passé à Cordes l'an dernier

et ce que nous envisageons pour 2017.

 

LIRE LE DISCOURS

Cordes 2016-2017
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10 janvier 2017 2 10 /01 /janvier /2017 12:08
Vers une nouvelle course aux armements ?

      Alors que l’on a peu commémoré le 30ème anniversaire du sommet de Reykjavik (11 et 12 octobre 1986), au cours duquel Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev ont failli abandonner l’armement nucléaire, il n’est pas inutile de s’interroger sur le risque actuel d’une nouvelle course aux armements.

 

    Les stocks d’armes nucléaires ont diminué, essentiellement en raison des réductions américaines et russes, à un rythme cependant très inférieur à celui de l’immédiat après-guerre froide. On assiste au développement et au déploiement d’armements nouveaux et plus perfectionnés dans tous les pays détenteurs de l’arme nucléaire, quel que soit leur statut.

 

     Par ailleurs, à l’Ouest et en Russie, la place et le rôle de l’arme nucléaire semblent évoluer vers l’emploi : accroissement de la précision et de la miniaturisation des armes, maintien et modernisation d’armes tactiques en Europe. Les Occidentaux et les Russes conservent un arsenal important en posture d’alerte. Des scénarios de frappe nucléaire limitée sont même élaborés, y compris en France.

 

     Ces évolutions risquent-elles de rendre l’usage de ces armes de plus en plus probable ? Quelles sont les démarches qui peuvent conduire au désarmement nucléaire ? Comment les candidats à l’élection présidentielle française conçoivent-ils le rôle de l’arme nucléaire ? Quelle approche ont-ils du désarment nucléaire ?

 

     Autant de questions qui seront à l’ordre du jour du colloque organisé par IDN lundi 23 janvier et auquel vous êtes convié(e)s.

 

 

Programme

 

 

9 h 15 – 9 h 45: Ouverture

 

• Claude Bartolone, Président de l’Assemblée Nationale, France

• Paul Quilès, ancien ministre de la Défense, Président d’Initiatives pour le Désarmement Nucléaire, France

 

Session 1

 

9h 45 – 10 h 30 - Retour sur le sommet Reagan - Gorbatchev de Reykjavík

 

• Guillaume Sérina, auteur de « Reagan - Gorbatchev : Reykjavik 1986 le Sommet de tous les espoirs », journaliste, France;

• Ward Wilson, Expert international, directeur du projet « Repenser les armes nucléaires » au British American Security Information Council (BASIC) Etats-Unis.

 

Session 2

 

10 h 30 - 12 h 30 : « Modernisation » des arsenaux nucléaires : quelle nécessité, quels risques pour la prolifération nucléaire ?

 

Modérateur : Marc Finaud, ancien diplomate français, conseiller principal au Centre de Politique de Sécurité Genève, Suisse

 

Intervenants:

• Michel Drain, Membre du bureau de la Commission Justice et Paix, France;

• Des Browne, Vice-président de Nuclear Threat Initiative (NTI), Etats-Unis, ancien parlementaire britannique, ancien Secrétaire d’Etat à la défense du Royaume Uni;

• Oliver Meier, Chercheur associé de l’Institut allemand des affaires internationales et de sécurité (SWP), Allemagne;

• Hervé Morin, président de la région Normandie, ancien ministre de la Défense, France.

 

Session 3

 

14 h – 14 h 45 : Discussion « Grands Témoins »

 

Modérateur : Harold Hyman, journaliste franco-américain, spécialiste des affaires internationales et de géopolitique,

 

Intervenants:

•  Mgr Marc Stenger, évêque, président de Pax Christi, France;

• Jean-Paul Chagnollaud, professeur émérite des Universités, Président d’IrreMMO (Institut de Recherche et d’Etudes Méditerranée Moyen-Orient), France 

 

Session 4

 

14 h 45– 16 h 15 : Sécurité internationale et désarmement nucléaire

 

Modératrice : Annick Suzor-Weiner, présidente de Pugwash France, physicienne, professeur à l’Ecole Normale Supérieure

 

Intervenants :

• Jean-Marie Collin, Directeur du PNND France/pays francophones et vice-président d’Initiatives pour le Désarmement Nucléaire, France;

Gabriel Macaya Trejos, Ambassadeur du Costa Rica à Paris, Costa Rica;

•  Béatrice Fihn, Directrice ICAN International;

• Eric Danon, Directeur Général adjoint des Affaires Politiques et de Sécurité au Quai d'Orsay, France.

 

Session 5

 

16 h 15– 17 h 30 : L’arme nucléaire et la campagne présidentielle.

 

Modérateur : Paul Quilès

 

Intervenants:

• François d'Alançon, journaliste à La Croix;

• Anthony Bellanger, journaliste, chroniqueur à France Inter;

• Renaud Girard, journaliste au Figaro.

 

 

17 h 30 - 17 H 45: Conclusion

__________________________________________________

Pour s'inscrire,

envoyer les informations suivantes,

avant le 15 janvier, à contact@idn-france.org

 

Nom: ……………….......................... Prénom : ……………………………….

Adresse postale : ……………………………………………………………………………….

Téléphone : ………………………………………

Adresse mail : ………………………………………..

Date et lieu de naissance (informations exigées par les services de sécurité de l’Assemblée Nationale, où se tient notre conférence) :………………………………..

_______________________________________________________________

Le colloque se tiendra salle Victor Hugo, immeuble Chaban-Delmas, 101 rue de l’Université, 75007 Paris.

Inscription préalable obligatoire et gratuite. L’entrée se fera sur présentation d’une pièce d’identité.

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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 09:45
Un budget de la défense augmenté...pour quoi faire ?

Tribune publiée dans La Croix

 

et co-signée par

 

-  Paul Quilès, ancien Ministre de la Défense, Président d’IDN *

 

- Bernard Norlain, général (2S), ancien Directeur de l’IHEDN **, Vice-Président d’IDN 

 

*******************

 

      C’est certainement la perspective de la future élection présidentielle qui a amené le Chef d’Etat-major des armées à s’exprimer dans la presse pour réclamer une augmentation substantielle du budget de la défense.

 

      Le caractère public de cette expression des besoins des armées par le plus haut responsable de la hiérarchie militaire a de quoi choquer, car elle est peu conforme aux règles qui définissent les relations politico-militaires de notre République fondées sur la fameuse formule "cedant arma togae" ***. Allons cependant au-delà et examinons le contenu de la déclaration du général de Villiers, qui a probablement reçu l’accord formel ou implicite du ministre de la Défense.

 

      Le constat est connu : nos armées sont aux limites de leurs capacités. Les personnels, les matériels sont épuisés par de nombreuses opérations sur des théâtres aussi divers que le territoire national, le Moyen-Orient ou l’Afrique, pour ne citer que les principaux. La vétusté des matériels et l’insuffisance des moyens attribués au "maintien en condition opérationnelle" entraînent un grave sous-équipement et un sous-entraînement des forces conventionnelles dédiées à ces opérations, exposant parfois de façon tragique la vie de nos soldats.

 

      Le verdict est clair : les moyens alloués à ces forces sont insuffisants, eu égard aux missions qui leur sont confiées. Il y a une inadéquation, plus criante que jamais, entre les missions ordonnées par le gouvernement et les moyens attribués aux armées.

 

      Dans les prochains mois, les candidats à la présidence de la République vont avoir à s’exprimer sur ce sujet. S’ils estiment que le budget de la défense doit être augmenté, ils devront dire à quoi sera utilisée cette éventuelle augmentation.

 

      La répartition du budget militaire entre les différentes catégories de dépenses doit en effet répondre à une définition préalable des objectifs et des moyens de notre politique de défense. Cette répartition devrait être le résultat d’un processus démocratique, d’un débat parlementaire, et d’orientations stratégiques définies par l’exécutif puis approuvées par le Parlement. Une politique de défense ne peut être que le fruit d’une réflexion stratégique et reposer sur une vision claire de nos objectifs.

 

      Parmi les choix budgétaires proposés, il est étonnant par exemple que le renouvellement de nos forces nucléaires soit considéré comme acquis alors qu’elles achèvent à peine leur dernière phase de modernisation. Est-il raisonnable de vouloir consacrer 15 % du budget de la défense et 25 % de son budget d’investissement à une arme dont on peut douter de l’utilité stratégique ? Cela se ferait inévitablement au détriment des forces engagées dans des combats bien réels, dont on ne voit pas l’issue à court et moyen terme ou encore au détriment de nouvelles formes de combat comme le cyber-terrorisme. Ces questions nécessitent une véritable réflexion stratégique et un débat, au moment de la préparation d’un nouveau Livre Blanc qui présentera les missions prévisibles des armées, les moyens nécessaires à leur exécution et donc le budget qui en découlera.

 

      Sans préjuger des conclusions de cet exercice indispensable, il est clair que les engagements actuels de nos forces conventionnelles constituent, d’ores et déjà, une contrainte forte dans la mesure où ils sont amenés à perdurer. L’effort devra donc porter en priorité sur ces forces et non sur une arme nucléaire non seulement inutile dans les conflits actuels et dans les scénarios de conflits imaginables, mais aussi dangereuse dans le contexte d’un monde qui voit la multiplication du nombre des Etats-puissances et l’apparition d’une tentation d’emploi de cette arme.

 

     Dans la période qui vient, il faudra donc se garder de choix budgétaires désastreux qui auraient comme conséquence de scléroser et fossiliser la politique de défense française, à l’image des erreurs faites par la France à la fin des années vingt.

         

     Il faudra aussi réaliser que, même avec un budget augmenté significativement, notre pays ne pourra pas maintenir ou obtenir une panoplie complète de systèmes d’armes lui permettant de faire face à l’ensemble des menaces. La réponse à cette nouvelle complexité stratégique et technologique passe par une coopération européenne d’abord capacitaire mais aussi politique. Il est temps de donner un contenu à cette Europe de la défense, espérée depuis de longues années et qui va devenir plus indispensable encore avec le Brexit et les intentions du nouveau président américain à l’égard de l’Europe.

 

           En définitive, la revendication de "plus de moyens pour le ministère de la Défense" ne doit pas, en s’appuyant sur de fausses évidences, se limiter à une vision quantitative des besoins. La seule façon de faire des choix budgétaires réalistes et lucides consiste à définir une nouvelle politique de défense et de sécurité en adéquation avec les défis stratégiques du présent. Cette démarche doit s’inscrire dans un processus démocratique, à partir d’une réflexion stratégique dégagée de l’influence du complexe militaro-industriel et qui ne pourra pas faire l’impasse d’un débat autour de la pertinence de l’arme nucléaire.


 IDN : Initiatives pour le Désarmement Nucléaire 

** IHEDN: Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale

*** "Que les armes cèdent à la toge" : formule de Cicéron, signifiant la supériorité du pouvoir civil sur le pouvoir militaire.

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Published by Paul Quilès - dans Politique française
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Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez