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28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 20:15

      Enfin, des bonnes nouvelles ! L’entretien téléphonique entre Barack Obama et le président iranien Rohani (le premier contact officiel à ce niveau depuis 34 ans) et le vote par le Conseil de sécurité unanime de la résolution 2118 (qui encadre la destruction de l'arsenal chimique syrien) semblent indiquer qu’une voie pour un règlement politique commence à se dégager au Moyen Orient.

 

     Certes, tout n’est pas réglé. En Syrie, la guerre sanglante continue et la liste des horreurs s’allonge : bombardements, massacres, affrontements entre opposants au régime, nombre élevé de déplacés et de réfugiés… En Iran, la « modération » d’Hassan Rohani ne fait pas disparaître les difficultés de la négociation à venir sur le nucléaire.

 

      Malgré cela, je me félicite que cette voie ait été choisie par les diplomaties américaine, russe et iranienne, parce qu’elle peut éviter au Moyen Orient et à la paix du monde des enchaînements guerriers aux conséquences extrêmement graves. C’est la voie que je propose sans relâche depuis des années *, ce qui me permet aujourd’hui de tirer 4 enseignements de la séquence que nous venons de vivre.

 

      1er enseignement : Dans une période de crise internationale aigüe, un pays comme la France, qui n’a pas la puissance des Etats-Unis, peut néanmoins jouer un rôle de « facilitateur », de « défricheur », à condition de proposer des solutions répondant aux problèmes de fond, de ne pas se limiter à des réactions faisant une trop grande part à l’émotion et d’éviter de se contredire dans les déclarations, les postures et les menaces.

 

     2ème enseignement: Le débat autour de la fameuse « ligne rouge » à ne pas dépasser concernant l’utilisation des armes chimiques a été escamoté. On a d’abord eu le sentiment que certains pays entendaient se substituer aux organisations internationales compétentes pour apprécier et juger ces crimes de masse (ONU, Cour Pénale Internationale). Certaines réactions ont ensuite laissé penser qu’il y aurait des victimes « acceptables » et d’autres qui ne le seraient pas ! Ces hésitations ont eu au moins le mérite de montrer l’importance des traités internationaux destinés à empêcher l’utilisation des armes de destruction massive (biologiques, chimiques, nucléaires) et de celles qui visent surtout les civils (armes à sous-munitions, mines anti-personnel). Je constate que certains de ces traités concernant ce qu’on appelle, de façon un peu hypocrite, les « armes inhumaines »** n’ont pas été signés par de grands pays, qui ne se privent pourtant pas de donner des leçons de vertu.

 

      3ème enseignement : Ce qui vaut pour l’armement chimique devrait également s’appliquer aux armes nucléaires, qu’il faut reconnaître comme des armes et pas comme des instruments de pouvoir. Je rappelle d’ailleurs que dans le langage militaire, on désigne ces armes de destruction massive sous le même sigle : armes « ABC » (Atomiques, Biologiques, Chimiques). Il devient urgent d’aller rapidement et de façon transparente vers le désarmement nucléaire, comme le demandent beaucoup de pays et un nombre élevé de personnalités ayant exercé de hautes fonctions dans le domaine de la défense ou des affaires étrangères.

     Ceux qui s’opposent, au nom d’un prétendu « réalisme », à ce qu’ils considèrent comme des rêveries sont les mêmes qui affirmaient il n’y a pas longtemps que le dilemme était « la bombe iranienne ou le bombardement israëlien » ou qui proposaient de se débarrasser de l’armement chimique syrien par des actions militaires. Cette attitude a un nom : le fatalisme. Ce n’est pas ainsi qu’on répond le mieux aux désordres du monde.

 

      4ème enseignement : La suggestion faite par François Hollande à la tribune de l’ONU de supprimer le droit de veto des cinq membres permanents du Conseil de sécurité dans certains cas est bienvenue. Elle rejoint une proposition*** du rapport d’un « Groupe de personnalités de haut niveau » remis au secrétaire général de l’ONU le 2 décembre 2004, qui recommandait que le droit de veto ne soit pas utilisé « en cas de génocide ou de violation massive des droits de l’Homme ». J’ignore l’écho que cette suggestion rencontrera chez les quatre autres partenaires de la France au Conseil de sécurité. Je crains malheureusement qu’ils ne remettent pas en cause le privilège dont dispose le « club des cinq » depuis 1945, privilège aujourd’hui abusif alors que notre monde ne ressemble plus, par bien des aspects, à celui de la fin de la 2ème guerre mondiale.

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* Voir notamment :

http://paul.quiles.over-blog.com/article-iran-un-autre-scenario-100128824.html

http://paul.quiles.over-blog.com/syrie-une-issue-politique

http://paul.quiles.over-blog.com/la-russie-les-etats-unis.et-la-france

http://paul.quiles.over-blog.com/iran-va-t-on-sortir-de-l%E2%80%99impasse

….. mais je sais bien que « ceux qui ont raison 24 heures avant les autres passent pendant 24 heures pour n’avoir pas le sens commun » (Chamfort)

 

** Traités d’interdiction des « armes inhumaines » :

- la Convention d’Ottawa interdisant les mines antipersonnel, signée par 160 pays, entrée en vigueur en 1999. Une soixantaine de pays – notamment producteurs !- ne sont pas signataires (dont USA, Russie, Chine, Inde, Iran…) 10% des stocks ont été détruits.

- la Convention d’Oslo interdisant les armes à sous-munitions, signée par 112 Etats (sauf USA, Russie, Chine, Israël, Inde, Pakistan), entrée en vigueur en 2010.

- le traité interdisant la fabrication et le stockage des armes chimiques.

. Le protocole de Genève (1925) interdisait l’utilisation des armes biologiques et chimiques et des gaz asphyxiants. Les USA ne l’ont ratifié qu’en 1975 !

. La mise au point, le stockage et l’utilisation des armes biologiques ont été interdits par la Convention de 1972, signée par plus de 50 Etats, ratifiée par la France en 1984, par l’URSS et les USA.

. La Convention sur l’interdiction de la mise au point, de la fabrication, du stockage et de l’emploi des armes chimiques et sur leur destruction a été signée à Paris le 14 janvier 1993. Le traité est entré en vigueur le 29 avril 1997. Il a été ratifié par 189 Etats, sauf 7 (Syrie, Egypte, Angola, Corée du Nord, Soudan du Sud, Israël, Birmanie). L’OIAC, organisme de vérification dont le siège est à La Haye, a pour mission de vérifier la bonne application de l’accord. Tous les stocks déclarés n’ont pas encore été détruits, mais les Etats ont pris des engagements concernant le calendrier de destruction.

 

*** Proposition que j’ai reprise en 2005 dans mon livre « Face aux désordres du monde », page 120.

Syrie, Iran : 4 enseignements

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Published by Paul Quilès - dans International et défense
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Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez