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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 16:32
Une avancée vers l’interdiction des armes nucléaires

      Le 19 août à Genève, les discussions sur le désarmement nucléaire viennent de se conclure positivement au sein d’un Groupe de travail de l'ONU.

 

      Les médias ont été discrets à propos de cette avancée importante vers la mise au point d'un traité international qui contraindra les Etats à éliminer leurs armes nucléaires. 

 

      Avec l'association IDN, que je préside, je me félicite de ce résultat 

 

     Le rapport final, adopté par une écrasante majorité de pays, recommande qu’une conférence se tienne l’année prochaine pour négocier ce traité.  L’Assemblée générale de l’ONU devrait voter une résolution en ce sens, lors de sa prochaine réunion, à l’automne.

 

      Ceux qui ont voté en faveur de cette décision sont les représentants de 107 Etats d’Afrique, d’Amérique latine et des Caraïbes, d’Asie du Sud-Est, du Pacifique et d’Europe.

 

      Un petit nombre d’Etats (membres de l’OTAN ou sous parapluie nucléaire américain, comme le Japon, l’Australie et la Corée du sud) ont voté contre ce rapport, considérant que les armes nucléaires étaient essentielles pour leur sécurité. Ils ont cependant échoué à bloquer la majorité et à empêcher la tenue de ces négociations.

 

     Rappelons que les armes nucléaires restent les seules armes de destruction massive encore autorisées par le droit international, bien qu’ « inhumaines » et ne faisant pas de différences entre civils et militaires.

 

      La directrice exécutive de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN), Béatrice Fihn considère que «c’est un moment important dans  sept décennies de lutte mondiale pour débarrasser le monde des pires armes de destruction massive. »

 

     IDN souhaite que, lors du débat qui va intervenir prochainement à l’Assemblée générale de l’ONU, la France montre par son vote sa volonté d’aider à l’émergence du « contexte stratégique » qui donnera du sens à « l’objectif, à terme, de l'élimination totale des armes nucléaires » (discours du Président Hollande sur la dissuasion, prononcé  à Istres, le 19 février 2015).

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22 août 2016 1 22 /08 /août /2016 08:21
Pas d'exception aux principes démocratiques pour l'armement nucléaire
Pas d'exception aux principes démocratiques pour l'armement nucléaire
Pas d'exception aux principes démocratiques pour l'armement nucléaire
Pas d'exception aux principes démocratiques pour l'armement nucléaire

Tribune publiée par le Huffington Post

 

et signée par:

 

Paul Quilès, ancien ministre de la défense, Président d’IDN (Initiatives pour le Désarmement Nucléaire) ; Bernard Norlain, général d’armée aérienne, vice-Président d’IDN ; Jean-Marie Collin, expert, vice-Président d’IDN ; Michel Drain, conseil auprès de la Conférence des évêques de France, membre du bureau d’IDN;

et les membres du Comité de parrainage d’IDN : Gilles Candar, Président de la Société d’études jaurésiennes ; Jean-Pierre Dupuy, philosophe ; Marc Finaud, ancien diplomate ; Georges Le Guelte, ancien secrétaire du Conseil des Gouverneurs de l’AIEA ; Cédric Villani, mathématicien.

 

*********

 

      Les pays occidentaux se plaisent à afficher leurs valeurs démocratiques. L’OTAN, par exemple, se considère, selon la déclaration publiée le 9 juillet 2016 à l’issue du sommet de Varsovie, comme « une communauté sans pareille de liberté, de paix, de sécurité et de valeurs partagées, dont la liberté individuelle, les droits de l'homme, la démocratie et l'État de droit ». À en croire les gouvernements des puissances occidentales, les grands choix de société seraient chez eux toujours soumis au corps électoral.

 

      Il est cependant au moins un domaine où ces principes ne s’appliquent pas, c’est celui de l’armement nucléaire, que les gouvernements français comme britannique s’efforcent systématiquement de soustraire au débat, notamment au sein du Parlement.

 

L’absence de débat

 

      La discussion organisée par la Chambre des communes le 18 juillet 2016 sur le remplacement des sous-marins de la force nucléaire britannique a offert un exemple caricatural de cette absence de véritable débat démocratique. L’enjeu était pour la nouvelle Première ministre de faire apparaître les divisions au sein du parti Travailliste et d’affirmer son autorité après l’échec de son prédécesseur. Sur le fond, le gouvernement britannique n’a donné aucune information sur les coûts des nouveaux systèmes (y compris la probable fabrication de nouvelles têtes), sur leur finalité stratégique, ni sur leur intégration dans la politique de désarmement et de lutte contre la prolifération. Tout au plus a-t-on eu confirmation des évaluations de 2015 : 31 milliards de livres auxquels s’ajoute une provision de 10 milliards pour le développement et la construction des nouveaux sous-marins (soit 49 milliards d’euros au total). En conséquence les débats de la Chambre des communes se sont réduits à une succession d’interventions générales pour ou contre l’arme nucléaire. Ils se sont achevés par un blanc-seing donné au gouvernement.

 

    La situation de la France est encore plus regrettable. Un renouvellement des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de la Force océanique stratégique et une « modernisation » de leurs missiles ont été annoncés. Le gouvernement a de même fait état du lancement des travaux en vue du remplacement des missiles de la Force aérienne stratégique. La France semble ainsi se rallier à la logique de la course aux armements nucléaires que pratiquent déjà les États-Unis, la Russie et la Chine.

 

      Ces programmes auront un coût financier considérable : si les projets actuels étaient confirmés, la dépense annuelle pour les forces nucléaires au lendemain des prochaines élections nationales devrait être de l’ordre de 6 milliards d’euros ; soit le double du niveau constaté en 2016 et ce, pendant au moins 20 années ! Les conséquences militaires, stratégiques et politiques seraient également lourdes : le budget des forces classiques s’en trouverait encore plus contraint, renforçant ainsi les difficultés et la sécurité quotidienne de nos soldats ; la France, en s’engageant encore dans une politique de « prolifération verticale » porterait à son tour atteinte aux équilibres du Traité de non-prolifération.

 

Créer une commission indépendante

 

      Devant cette évolution d’importance capitale, la nécessité d’un véritable débat public et contradictoire s’impose. Le gouvernement devrait décider de créer une commission composée d’experts indépendants, libres de tout lien avec les industriels ou la hiérarchie militaire, à l’image de la commission constituée au Royaume-Uni pour faire le bilan de l’engagement de ce pays en Irak de 2001 à 2009 (Commission Chilcot). Cette commission présenterait un rapport au Parlement sur la politique d’armement nucléaire, sur la stratégie de dissuasion, sa nécessité, sa pertinence, son coût, sa compatibilité avec les actions de désarmement de l’ONU. Ce rapport ferait l’objet d’un débat en séance publique de l’Assemblée nationale (le dernier débat sur l'arme nucléaire dans l’hémicycle date de 1995 !) et du Sénat. Il y aurait là pour le Parlement l’occasion de retrouver un rôle central d’objectivité et de démocratie dans l’élaboration des politiques militaires, alors que jusqu’à présent tout porte à croire que les procédures de débats mises en œuvre assurent par avance le bien fondé des armes nucléaires[1].

 

      La question de l’armement nucléaire est essentielle, si l’on pense aux conséquences humanitaires catastrophiques auxquelles pourrait conduire l’emploi d’une seule de ces armes. L’arme nucléaire a été qualifiée d’assurance-vie, mais elle peut aussi à bon droit être considérée comme un risque mortel. Toutes les décisions concernant la stratégie nucléaire et les systèmes d’armes qui la mettent en œuvre doivent donc être prises dans la clarté, selon des procédures démocratiquement légitimes et en pleine connaissance de leurs conséquences de toute nature. L’armement nucléaire doit cesser de bénéficier d’un régime d’exception. Il doit être replacé sous le régime du droit commun démocratique.

 

_____________________________________________________

[1] -  Il semble qu’il en soit ainsi notamment de la mission d’information sur « les enjeux technologiques et industriels du renouvellement des deux composantes de la dissuasion nucléaire » récemment créée par la Commission de la défense de l’Assemblée nationale.

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4 août 2016 4 04 /08 /août /2016 18:41
Ne pas oublier!
Ne pas oublier!
Ne pas oublier!
Ne pas oublier!

Le 6 août 1945, à 8h15, une bombe atomique

frappait la ville japonaise d'Hiroshima

 

Rappel des faits: Regarder la vidéo (1'45)

 

"Ce n'est pas la bombe atomique qui a poussé le Japon à capituler"

Lire le remarquable texte de Ward Wilson: 

 

Réaction d'Albert Camus après la bombe d'Hiroshima

Lire son éditorial du 8 août 1945 dans Combat

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7 juillet 2016 4 07 /07 /juillet /2016 18:20
Avant le sommet de l'OTAN

                              COMMUNIQUE de l'association IDN*

 

 

Demain, 8 juillet, va s’ouvrir à Varsovie le sommet de l’OTAN, où se retrouveront les chefs d’Etats des 28 pays membres. Ce sommet revêt une importance particulière, car il devrait décider de la nature des relations entre l’OTAN et la Russie.

 

Depuis le dernier sommet au Pays de Galles, l’OTAN s’est engagée dans une stratégie de riposte aux manœuvres russes, afin d’affirmer sa volonté d’assurer la sécurité collective de l’espace euro-atlantique, ce qui constitue sa vocation historique. Il s’agit de donner un gage de « réassurance » aux pays européens de l’est légitimement inquiets de l’activisme militaire russe.

 

Cette stratégie se révèle à terme stérile. Elle entraîne l’OTAN et la Russie dans une spirale de confrontations dangereuses, sans ouvrir de perspective de règlement. Aussi la nécessité de l’ouverture d’un dialogue se fait de plus en plus pressante. La réactivation du Conseil OTAN-Russie en avril dernier a constitué un premier pas. Mais c’est au cours du sommet de Varsovie que seront fixées les orientations stratégiques de l’OTAN.

 

La présence d’armes nucléaires sur le théâtre européen donne à ce débat une dimension particulière. L’OTAN dispose en effet, sous commandement américain, d’armes nucléaires tactiques stationnées dans cinq pays de l’OTAN. Ces armes en l’état actuel n’ont aucune efficacité opérationnelle, mais face à la gesticulation nucléaire du Président Poutine et aux déclarations de certains officiels russes, la tentation est forte de répondre par un renforcement du rôle du nucléaire dans la doctrine de l’OTAN. Une telle réponse est illusoire et dangereuse.

 

IDN souhaite que la France pèse au cours de ce sommet en faveur d’une position équilibrée de la stratégie de l’OTAN vis-à-vis de la Russie, entre fermeté et dialogue, notamment :

 

  • en soutenant la réactivation du Conseil OTAN-Russie et en lui redonnant un rôle opérationnel ;

---------------------------------------------------------------------------------------------------

Initiatives pour le Désarmement Nucléaire (IDN) a pour but d’œuvrer à l’élimination des armes nucléaires de la planète, pour contribuer à l’édification d’un monde plus sûr. Son action s’inscrit dans une réflexion plus générale sur les enjeux stratégiques de ce début de 21ème siècle et sur la capacité de la France à assurer sa sécurité tout en continuant à peser sur la marche du monde. IDN a été fondée par Paul Quilès (ancien ministre de la Défense), Bernard Norlain (Général-2S) et Jean-Marie Collin (Expert).

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30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 11:35
Brexit: mes réponses à des questions

Ma récente analyse des conséquences du Brexit sur la position des Britanniques à l'égard de la dissuasion nucléaire a amené un de mes lecteurs à poser 3 questions.


Voici mes réponses:

 

1) La question nucléaire a été évacuée des attendus du Brexit

 

Bien entendu, ce sujet a été évacué des attendus du Brexit et pas seulement celui-ci ! On voit bien, dans la confusion qui a suivi le résultat du vote des Britanniques, que David Cameron (tout comme les promoteurs du Brexit) n’avaient pas conscience des risques, nombreux et divers, que cette décision faisait courir à leur pays et à l’Europe.

 

2) Paragraphe 4 "un certain prestige international": je reste sceptique, ne voyant pas pourquoi.

 

Si le Royaume-Uni décide d’abandonner sa  force de dissuasion, il pourra s’en servir comme une force politique, afin d’apparaître au plan  international comme une grande nation responsable et pour gagner en respectabilité.  Ce “prestige” lui serait conféré par le fait d’être la première nation nucléaire – autorisée par le TNP à avoir la bombe  -  qui décide de l’abandonner.

Londres ne pourra dans ces conditions que se rallier aux thèses développées dans différentes instances internationales  ayant trait aux  dangers et aux risques liés à ces armes. La Grande Bretagne sera alors fidèle à la formule de Margaret Beckett, ministre britannique des Affaires étrangères (25 juin 2007): "Pour ce qui est de susciter ce nouvel élan en faveur du désarmement nucléaire mondial, je veux que le Royaume-Uni soit au premier plan de la réflexion comme des actions à mener. Qu’il soit, pour ainsi dire, un laboratoire du désarmement"

 
3) Paragraphe 8 "impact diplomatique : pressions de plus en plus fortes de la part de pays opposés à l'armement nucléaire", à savoir?
 
La fin de la dissuasion nucléaire britannique aurait trois conséquences:
 
- D’abord, les gouvernements et organisations non gouvernementales favorables au désarmement nucléaire en Europe ne manqueraient pas de renouveler leurs pressions en faveur de gestes de la part de la France, dont le territoire resterait le seul en Europe sur lequel serait déployées des armes nucléaires. Cela se traduirait en particulier par des demandes d’abandon de la composante aéroportée, en parallèle de celui avec l’abandon des armes nucléaires tactiques américaines entreposées en Europe.
 
- Ensuite, la fin du nucléaire britannique mettrait fin aux espoirs de certains de pouvoir créer une “culture européenne” de la dissuasion.
 
- Enfin, il est probable qu’un débat serait lancé en France sur l’utilité de disposer d’une force de dissuasion alors qu’un allié, de puissance comparable, fonderait sa défense sur un système non-nucléaire.
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26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 16:12
Brexit nucléaire ?

Beaucoup a été dit, écrit, commenté à propos de la décision de la majorité du peuple britannique de quitter l’Union Européenne. Il est par contre étrange que l’impact de cet évènement sur la force nucléaire de la Grande Bretagne n’ait pas encore été évoqué.

 

J’ai de la peine à imaginer que le Premier ministre David Cameron, instigateur imprudent du référendum, n’ait pas réfléchi à toutes les conséquences en série de ce vote négatif. C’est ainsi que l’indépendance de l’Ecosse, clairement revendiquée par la première ministre de l’Ecosse, Nicola Sturgeon (« le peuple écossais voit son avenir dans le cadre de l'Union européenne »), ne semble pas une hypothèse fantaisiste. En effet, dans le nouveau contexte, tout porte à croire que les Ecossais, qui ont voté non en septembre 2014 lors du premier référendum par peur d’une récession économique en cas d’indépendance, feront le choix contraire pour intégrer le marché économique européen.

 

Les Britanniques seraient alors dans l’obligation, dans les années qui suivront, de rapatrier leur arsenal nucléaire, actuellement basé à Faslane, à 40 Km de Glasgow. Le problème pour eux  est qu’ils ne disposent d’aucune base sous-marine nucléaire « de rechange ». Pour construire une telle base, il leur faudrait investir plusieurs dizaines de milliards de livres dans des travaux d’infrastructure. Le poids de ces dépenses, qui s’ajouteraient au programme de modernisation des armements nucléaires, estimé à 41 milliards de livres, serait insupportable pour le budget britannique.

 

Il n’est pas impossible, dans ces conditions, que se dégage une majorité politique en Grande Bretagne choisissant l’abandon progressif de l’arsenal nucléaire. Cette voie, qui ferait disparaître le pays de la scène des puissances nucléaires, lui permettrait de retrouver un certain prestige international.

 

Mais cet évènement pourrait également avoir une influence sur la posture nucléaire de la France, une France qui s’accroche au concept de dissuasion et envisage une modernisation coûteuse de ses forces nucléaires. De très nombreuses décisions doivent être prises en ce sens dans les prochaines années. Il est certain qu’une diminution - voire un arrêt - de la dissuasion nucléaire britannique aurait un triple impact sur la force de frappe française :

 

- impact budgétaire : la remise en cause du traité de coopération sur le programme de simulation des essais nucléaires (projet Epure, Traité de Lancaster House) entraînerait une nouvelle augmentation du coût et un net ralentissement de ce programme, qui a pour but de moderniser les futures ogives nucléaires.

 

- impact sur la crédibilité des ogives : la perte de savoir-faire et de maîtrise de la capacité scientifique qui en découlerait pourrait remettre en cause la sécurité et le fonctionnement des ogives nucléaires.

 

- impact diplomatique : devenant la seule puissance nucléaire au sein de l’Union Européenne, la France pourrait être l’objet de pressions politiques de plus en plus fortes de la part des pays opposés à l’armement nucléaire.

 

Les responsables politiques devront aussi tenir compte de l’évolution du contexte international, qui pourrait se traduire, dans quelques mois, par le vote à l’Assemblée générale des Nations-Unies d’une résolution lançant la négociation d’un traité d’interdiction des armes nucléaires.

 

Il est à souhaiter que cette situation nouvelle fasse réfléchir en France ceux qui s’arc- boutent sur des concepts anciens et qui refusent tout débat sur la pertinence de l’armement nucléaire.

 

Si j’avais été un électeur britannique, je n’aurais certainement pas voté pour le Brexit, malgré les nombreuses et graves insuffisances du fonctionnement actuel de l’Union européenne. Par contre, militant pour le désarmement nucléaire et analysant l’effet que pourrait avoir le Brexit sur le nucléaire militaire, j’ai tendance à reprendre le proverbe qui dit « A quelque chose malheur est bon » !

 

Paul Quilès

Ancien ministre de la défense

Président d'IDN

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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 15:24
Visite au pays des sous-marins nucléaires

Invité il y a quelques jours par l'Université européenne de la paix à Brest, je suis intervenu sur le thème de la dissuasion nucléaire.

 

Cette rencontre, à deux pas de l'Ile Longue, base des SNLE (Sous-marins Nucléaires Lanceurs d'Engins), a été pour moi une occasion de redire la nécessité d'engager un vrai débat sur ce sujet majeur, trop souvent occulté en France, comme je l'explique fréquemment sur ce blog, dans les médias, avec le soutien de l'association IDN

 

Regarder le reportage de France 3 Bretagne (1'54)

 

Lire l'article du magazine "Le Peuple breton"

Visite au pays des sous-marins nucléaires
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5 juin 2016 7 05 /06 /juin /2016 10:21
La dissuasion nucléaire, obstacle à la paix

Intervention de Paul Quilès au cours de cette rencontre internationale

 

"Un autre monde est (toujours) possible" 

 

 

Un grand dirigeant international a dit : « s’il n’y a pas eu de catastrophe nucléaire depuis les années 50, ce n’est pas en raison de l’intelligence des responsables politiques mais grâce à la chance ! » Si cela est vrai, il est terrible de penser que l’on a abandonné le sort de l’humanité et de la planète à la chance.

 

Cela peut encore être le cas aujourd’hui, car, 71 ans après les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki, le risque nucléaire n’a pas disparu et la dissuasion nucléaire est un des principaux obstacles à l’instauration d’une paix durable dans le monde.

 

Je vais vous en donner 4 preuves et faire 2 propositions concernant la façon dont on pourrait sortir de la logique de la dissuasion nucléaire.

 

1) J’affirme que l’accumulation d’arsenaux nucléaires ayant une capacité démesurée de destruction est en elle-même une menace constante pour la paix.

 

Il existe actuellement plus de 16 000 armes nucléaires dans le monde ; environ 95 % de ces armes se trouvent dans les forces américaines et russes. Des centaines d’entre elles sont déployées dans le cadre de procédures d’alerte qui permettent le déclenchement en quelques minutes d’un tir d’une puissance démesurée, de 10 à 30 fois la puissance de la bombe d’Hiroshima. Or on connaît aujourd’hui de nombreux exemples d’erreurs d’évaluation ou de défaillances des systèmes de détection qui auraient pu conduire à un échange catastrophique de tirs nucléaires.

 

À ces dangers d’accident nucléaire s’ajoutent ceux créés par l’actuelle situation géopolitique. Pendant toute la durée de la Guerre froide, le risque du tir par erreur a pu être conjuré malgré des situations de grande tension (pensons à la crise de Cuba en 1962).

 

Mais nous ne vivons plus à présent dans le monde bipolaire globalement stable de la Guerre froide. Dans la situation actuelle d’indétermination stratégique quant aux « lignes rouges » des protagonistes nucléaires, des affrontements directs entre ces protagonistes ne sont plus à exclure, par exemple en Crimée ou en mer de Chine.

 

Cette situation est d’autant plus dangereuse qu’on assiste à une tendance à l’accroissement de la précision des armes nucléaires. Les États-Unis développent actuellement, en particulier pour le théâtre européen, une bombe qu’ils qualifient de « première arme nucléaire guidée de précision ».

 

Compte tenu de la situation géostratégique actuelle, il est difficile de ne pas voir dans cette course à la précision des armes nucléaires l’acceptation d’une possible bataille nucléaire aux conséquences humanitaires et écologiques totalement catastrophiques ?

 

2) J’affirme que la dissuasion nucléaire établit entre les principales puissances une relation de défiance, qui rend plus difficile leur dialogue pour le maintien de la sécurité internationale.

 

Il ne peut pas y avoir de négociation sur les principaux différends internationaux sans implication des principales puissances nucléaires, ne serait-ce que parce que certaines de ces puissances sont aussi membres permanents du Conseil de sécurité.

 

Or, dans la situation actuelle d’impasse dans tous les domaines du désarmement nucléaire, les relations stratégiques entre les États-Unis, la Russie ou la Chine sont de plus en plus dominées par leur antagonisme nucléaire

 

Le dépassement de cet antagonisme passe donc par une relance du désarmement nucléaire. C’est essentiel pour permettre le retour à une coopération plus confiante, notamment au sein du Conseil de sécurité, afin de progresser dans le règlement des crises internationales les plus déstabilisantes, comme par exemple le conflit syrien.

 

3) J’affirme que la dissuasion nucléaire est une incitation à la prolifération.

 

En elle-même, la stratégie de dissuasion nucléaire constitue une incitation à sortir du régime de non-prolifération nucléaire. Les pays dotés de l’arme nucléaire déclarent fonder leur sécurité sur la possession de cette arme et proclament qu’elle est seule de nature à les protéger contre toute agression. Alors, comment s’étonner que d’autres cherchent à terme à se doter de la même garantie, compte tenu en particulier de la diffusion croissante des savoir-faire nucléaires dans le cadre civil ?

 

Le régime de non-prolifération apparaît à beaucoup de pays comme discriminatoire, puisque certains États (dotés de l’arme nucléaire) ont accès à des garanties de sécurité interdites aux autres. La légitimité du traité de non-prolifération (TNP) est donc fragile, comme le montre d’ailleurs l’échec de sa dernière conférence d’examen.

 

Il n’y aura donc de consolidation durable du régime de non-prolifération que si les pays nucléaires remplissent l’obligation de désarmement nucléaire inscrite à l’article VI du TNP. Dans le cas contraire, le régime de non-prolifération ne pourrait reposer en dernière analyse que sur la force et la contrainte, perspective à long terme illusoire.

 

4) J’affirme qu’il est inexact de prétendre qu’un monde sans armes nucléaires serait plus dangereux.

 

Certains experts qui bénéficient en France d’une audience privilégiée (cf. film France 5 « la France, le Président et la bombe ») estiment qu’il est impossible de « faire rentrer le génie nucléaire dans sa bouteille ». Ils affirment que, dans un régime d’interdiction de l’arme nucléaire, l’incitation à la fraude serait considérable en raison de l’avantage stratégique qu’obtiendrait un éventuel contrevenant. A cette objection je réponds que l’actuel régime de non-prolifération montre précisément qu’il est possible d’interdire l’accès à l’arme nucléaire aux pays qui ne la détiennent pas actuellement.

 

Des solutions techniques comme le perfectionnement des mécanismes de vérification de l’AIEA, l’interdiction de l’enrichissement national de l’uranium ou des obligations strictes de transparence peuvent considérablement renforcer ce régime.

 

Les détenteurs de fait de l’arme nucléaire (Israël, Inde, Pakistan, Corée du Nord) le sont en raison de circonstances historiques particulières et parce qu’ils bénéficient de la tolérance d’une ou plusieurs grandes puissances. Si ces puissances faisaient le choix du désarmement, elles ne pourraient que mettre un terme à cette tolérance, d’ailleurs considérée comme provisoire dans les textes pertinents de l’ONU.

 

Je considère que l’élimination des armes nucléaires fait partie des intérêts communs de l’humanité (au même titre que la lutte contre les effets du réchauffement climatique) et qu’il faut donc substituer à la logique de la dissuasion celle du désarmement et de la sécurité collective.

 

Il faut être conscient que les conséquences humanitaires et écologiques d’un seul tir nucléaire, nécessairement suivi d’autres en représailles, seraient catastrophiques. Le seul moyen de s’en prémunir de manière assurée est d’interdire l’arme nucléaire.

 

En effet, la simple possession de cette arme porte en elle le risque de son emploi, puisque la stratégie de dissuasion n’est supposée fonctionner qu’à condition que toutes les dispositions soient prises pour sa mise en œuvre sous faible préavis, y compris dans le contexte d’un échange de tirs nucléaires.

 

L’élimination des armes nucléaires est donc de l’intérêt de tous les peuples, dès lors qu’elle est réalisée sous un contrôle effectif et de manière progressive, en vue d’éviter toute déstabilisation stratégique.

 

Je voudrais également souligner que, dans le contexte stratégique actuel, l’arme nucléaire n’a aucune pertinence face aux crises : elle n’a pas dissuadé la Russie d’annexer la Crimée, pas plus qu’elle n’a dissuadé la Chine de militariser certains îlots contestés dans les eaux qui l’environnent, ni Daesh de mener des opérations terroristes.

 

Quant à l’efficacité de la « dissuasion élargie » qui est à la base de la doctrine militaire de l’OTAN, elle est plus que douteuse. C’est une stratégie qui n’a pour but que de rassurer des pays sur lesquels ne pèse pourtant aucune menace directe et immédiate.

                                                     

J’en viens à mes 2 propositions

 

1) L’intérêt bien compris des puissances nucléaires devrait être, plutôt que de se lancer dans des programmes de modernisation extrêmement coûteux, de négocier des accords de maîtrise de leurs armements, ce qui présenterait le double avantage de leur éviter des dépenses inutiles et de renforcer leur sécurité commune.

 

2) Concernant l’ensemble des pays, une démarche comme celle qu’ont engagée de nombreux Etats à l’ONU devrait conduire à mettre en place un régime d’interdiction de l’ensemble des armes de destruction massive qu’elles soient nucléaires, chimiques ou biologiques.

 

Un monde sans armes nucléaires serait un monde d’où seraient bannies certaines catégories particulières d’armes en raison de leurs caractéristiques inacceptables d’un point de vue humanitaire.

 

Ce régime d’interdiction devrait naturellement faire l’objet de règles et de procédures de vérification particulièrement strictes.

Il devrait être consolidé par des mécanismes renforcés de non-prolifération passant notamment par l’internationalisation du cycle du combustible.

Il ne pourrait enfin être instauré qu’au terme d’un processus progressif de désarmement, dont la relance est à présent devenue urgente, en ce qui concerne en particulier :

- l’interdiction complète des essais (le traité TICE n'est toujours pas ratifié par les Etats-Unis);

- l’interdiction de la production de matières fissiles à fins militaires;

- l’extension des zones dénucléarisées, notamment au Moyen-Orient.

 

C’est ainsi que pourraient être posés les jalons du passage progressif de la logique de dissuasion à une logique de sécurité collective, dans laquelle l’ensemble des États se coaliseraient pour maintenir et défendre, dans l’intérêt de l’humanité tout entière, les régimes d’interdiction de l’arme nucléaire et, plus généralement, de toutes les armes de destruction massive.

*****

Pour lutter contre l'indifférence qui entoure ce sujet (partis politiques, parlementaires, médias...), j'ai créé l'association IDN*, dont l'engagement rejoint celui de très nombreuses personnalités internationales ayant exercé de hautes fonctions..

 

* Voir le Comité de parrainage d'IDN

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28 mai 2016 6 28 /05 /mai /2016 09:01
L'hypocrisie

     Si la visite de Barack Obama, premier président américain en exercice à se rendre sur le site d’Hiroshima, restera dans les livres d’histoire, ce ne sera malheureusement pas le cas de son discours…

     Certes, la compassion devant les victimes des bombardements atomiques a été forte, avec l’évocation des souffrances endurées par les  populations civiles, accompagnée de formules choc telles que la « mort tombée du ciel », « la lumière aveuglante », « le mur de feu ».

      Mais il est décevant d’entendre Barack Obama répéter qu’il sera difficile d’achever durant sa vie ce vœu d’un « monde sans armes nucléaires », laissant entendre que la modernisation des arsenaux est aujourd’hui un choix obligatoire…

     Nous aurions souhaité non seulement qu’il dise sa volonté d’un « monde sans armes nucléaires », mais surtout qu’il annonce les gestes politiques forts qu’il allait consacrer au cours des derniers mois de sa présidence.

    Le Président a appelé à une « révolution morale », sans remarquer que celle-ci s’est déjà manifestée: par exemple avec la création de « zones exemptes d’armes nucléaires » (Amérique latine et les Caraïbes, le Pacifique, l’Asie centrale, l’Afrique, l’Antarctique, la Mongolie, l’Asie du Sud-est), ou encore avec les intenses réunions à l’ONU qui montrent la volonté de nombreux Etats (plus d’une centaine) de vouloir mettre en œuvre un traité d’interdiction des armes nucléaires.

     Mais peut-être le Président Obama lançait-il cet appel en direction des dirigeants des puissances nucléaires…dont il fait partie!

     Cette journée pourra difficilement être qualifiée d’historique, puisque le prix Nobel de la paix n’a pas apporté de réponse concrétisant son engagement de Prague* de 2009 . Il n’aura fait que reprendre sa fameuse phrase pour l’adapter au contexte d’Hiroshima : « Nous connaissons la douleur de la guerre. Ayons le courage, ensemble, de répandre la paix et de construire un monde sans armes nucléaires »…

* Barack Obama à Prague, le 5 avril 2009 : “J’affirme clairement et avec conviction l’engagement de l’Amérique à bâtir un monde débarrassé des armes nucléaires.”

       Lu sur le site d'IDN

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Je viens de recevoir ce commentaire d'une amie:

"  Je souscris entièrement à ton analyse des propos d'Obama au Japon. "La Mort tombée du ciel"," la lumière aveuglante", "le mur de feu" et autres métaphores bibliques dont il a agrémenté son discours tendraient à accréditer le fait que cette bombe fut une espèce de châtiment de Dieu, or cette bombe est bien tombée d'un avion américain, qui n'a rien à voir avec le bras de Dieu. 

Cette rhétorique aux accents bibliques que beaucoup de commentateurs ont appréciée, a bâti un discours lyrique qui certes, poétiquement parlant, avait de la force, mais que vient faire la poésie dans la mort de centaines de milliers d'innocents? La décence eût été de parler de la folie des hommes et du danger nucléaire.

Amicalement

Annie Massacry, écrivain "

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27 mai 2016 5 27 /05 /mai /2016 11:58
Barack Obama à Prague, le 5 avril 2009 : "J’affirme clairement et avec conviction l’engagement de l’Amérique à bâtir un monde débarrassé des armes nucléaires."

Barack Obama à Prague, le 5 avril 2009 : "J’affirme clairement et avec conviction l’engagement de l’Amérique à bâtir un monde débarrassé des armes nucléaires."

Obama hypocrite! 

A Hiroshima, pour cette visite "historique", on a eu droit de la part de Barack Obama à un discours convenu, à base de formules creuses, sans contenu pratique.

Quelle déception que cette attitude de l'ancien prix Nobel de la paix, récompensé après son discours prometteur de Prague en 2009, où il disait son attachement à l'objectif d'un monde sans armes nucléaires!

Ce n'est pas une raison pour baisser les bras et il faut continuer à expliquer, comme nous le faisons avec IDN , pourquoi ces armes représentent plus un danger qu'une sécurité.

Je vous recommande la lecture de cet article qui fait bien le point sur "l'enterrement de la belle ambition" de Barack Obama.
 
Il faut également lire cette analyse pertinente de deux physiciens américains du MIT sur le coût et la pertinence de la dissuasion nucléaire des Etats-Unis: "Moderniser la force de dissuasion américaine: à quel prix?"
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Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez