Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 11:17

Il y a 70 ans, la première bombe atomique

tombait sur Hiroshima 

 

        Rappel des faits (courte vidéo)

 

       Mes interventions:

 

Radio:

 

- France Inter, jeudi 6 août à 12h15

- RFI, vendredi 7 août à 7h50

 

Presse (tribunes):

 

- le Monde

- l'Humanité

- site de Marianne

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Désarmement nucléaire
commenter cet article
4 août 2015 2 04 /08 /août /2015 10:28
Hiroshima....J-2Hiroshima....J-2

     Je vous conseille vivement de regarder ce soir un programme exceptionnel d’ARTE consacré au bombardement nucléaire d’Hiroshima :

 

     - mardi 4 août à 20h55: HIROSHIMA, LA VÉRITABLE HISTOIRE

 

     Présentation :

 

« Les noms sont entrés dans la mémoire collective, et ils résonnent encore de manière macabre. Le projet atomique américain s’appelait "Manhattan Project", la bombe "Little Boy", et l’avion qui a ouvert sa soute "Enola Gay". Le 6 août 1945, sur ordre du président Truman, un bombardier B-29 largue sur Hiroshima la première arme nucléaire jamais utilisée lors d’une guerre. "Il y eut un anneau de feu rouge et aveuglant. Je ne devrais pas le dire, mais c’était magnifique", dit aujourd’hui un des survivants. "L’aube d’une ère nouvelle", assurent certains scientifiques. 80 000 Japonais paient sur le champ ce basculement de l’histoire de l’humanité. Si, bien entendu, les suites immédiates et dantesques de l’explosion sont l’épicentre du documentaire, elles n’en constituent pas l’unique objet. Grâce à la révélation d’étonnants secrets, Hiroshima, la véritable histoire dissipe les écrans de fumée qui ont détourné le monde de la réalité des faits.

 

Test grandeur nature

 

Cette investigation ambitieuse éclaire aussi bien les motivations réelles des Américains que les conséquences sociales, sanitaires et environnementales du désastre. Little Boy était-elle un "mal nécessaire" pour forcer les Japonais à capituler ? Hiroshima démontre que le pays de l’empereur Hirohito avait de toute façon déjà perdu la guerre et s’apprêtait à négocier. Les objectifs de Truman étaient autres : tester in vivo l’efficacité de la bombe et devancer les Russes dans la course à l’armement. Même duplicité après la seconde explosion atomique (Nagasaki, le 9 août) : les Américains font des études scientifiques mais ne soignent personne. Le quotidien des irradiés est occulté : considérés comme des pestiférés, ils doivent subir l’emprise rapace des mafias japonaises et la désagrégation des rapports humains. Dans le même temps, aux États-Unis, une propagande gouvernementale massive tente de rendre populaire le recours au nucléaire. Bénéficiant d’images d’archives inédites et de documents confidentiels, le film de Lucy van Beek met en avant de nombreux  témoignages, notamment  japonais (experts, agents secrets, survivants). Les souvenirs et les histoires individuelles qu’ils esquissent aboutissent tous au même constat : les ondes de choc d’Hiroshima n’ont pas encore disparu. »

 

    - mardi 4 août à 22h30: JOHN VON NEUMANN, Prophète du XXIe siècle

 

     Présentation :

 

« Peu connu du grand public, le mathématicien hongrois John von Neumann (1903-1957) a pourtant élaboré des théories qui ont définitivement changé le cours de l'humanité. Installé aux États-Unis à partir de 1930, il a contribué aux découvertes les plus fondamentales (théorie des jeux, intelligence artificielle, physique statistique, entre autres) du siècle dernier et a initié la révolution informatique. Sous une bonhomie apparente, l'homme, dont le cerveau était aussi rapide que celui d'un super ordinateur, cachait en réalité une vision cynique et pessimiste de l'humanité. En 1943, c'est lui qui calcula la trajectoire de la bombe atomique qui allait détruire Nagasaki. En 1945, en se fondant sur sa théorie des jeux appliquée à l'analyse des conflits, il conseille au président des États-Unis une frappe atomique préventive sur l'Union soviétique. Pionnier de l'informatique, il conçoit Maniac, un calculateur utile aux tests de la bombe H et ancêtre des premiers ordinateurs.

 

Docteur Folamour

 

Grâce à d'exceptionnelles images d'archives, le film retrace le destin de ce savant qui inspira le personnage du film de Stanley Kubrick Docteur Folamour. Il l'éclaire avec de nombreux témoignages d'éminents scientifiques (Roger Penrose, Marvin Minsky, Ray Kurzweil…) qui concluent à l'inestimable apport de John von Neumann. Si, un jour, une conscience artificielle supplante l'intelligence humaine, ce sera en grande partie de son fait. »

 

     Voir aussi SCIENCE ET ÉTHIQUE- 70 ANS APRÈS HIROSHIMA

 

   - mardi 4 août à 23h30:  GUERRE FROIDE- L'HOMME QUI SAUVA LE MONDE

 

      Présentation :

 

« Dans la nuit du 25 au 26 septembre 1983, en pleine guerre froide, le lieutenant-colonel Petrov est de service. Sa mission est des plus simples : surveiller depuis son bunker un écran de contrôle destiné à donner l’alerte en cas d’attaque nucléaire. Lorsque le militaire soviétique voit apparaître cinq points représentant des missiles nucléaires en provenance d’une base américaine, le doute l’envahit : pourquoi les États-Unis attaqueraient-ils à ce moment précis ? N’écoutant que son instinct, Stanislav Petrov décide de ne pas avertir son état-major. Il s’agissait bien d’une fausse alerte, due à une erreur technique… Par ce geste courageux, voire inconsidéré, Petrov a peut-être évité une riposte de l'URSS et, de fait, la fin de ce monde. Celui qui habite aujourd'hui dans une modeste demeure de la banlieue moscovite se souvient encore avec émotion de cet instant crucial. Vingt-deux ans plus tard, le héros oublié était invité en grande pompe aux États-Unis, l’ancien pays "ennemi", pour y rencontrer le journaliste Walter Cronkite (décédé l’année suivante), le documentariste David Hoffman et les stars Robert De Niro, Matt Damon ou encore Kevin Costner. Ce témoignage émouvant permet, au travers d’images d’archives saisissantes, une relecture inédite de cette histoire méconnue. »

 

    Voir aussi sur ce blog : "1983, au bord de l'apocalypse nucléaire"

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Désarmement nucléaire
commenter cet article
2 août 2015 7 02 /08 /août /2015 23:05
Retour à Hiroshima

     Au lendemain du bombardement nucléaire d’Hiroshima et de Nagasaki, en août 1945, l’essentiel de la presse française, toutes tendances confondues, s’extasiait sur une victoire de la science.

 

     On pouvait lire par exemple:

 

     "L’Amérique vient de révéler au monde une découverte scientifique qui est bien la plus sensationnelle du siècle", "Une révolution scientifique", "Un des plus grands triomphes du génie américain"

 

     Albert Camus fut l’un des seuls à dénoncer l’explosion des bombes atomiques, dans l’éditorial du journal Combat du 8 août 1945 :

 

    "On nous apprend, au milieu d’une foule de commentaires enthousiastes, que n’importe quelle ville d’importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d’un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l’avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. Nous nous résumerons en une phrase : la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie"

 

    70 ans plus tard, il n’est pas inutile de revenir sur ce terrible évènement –les faits, les raisons, les mensonges, les conséquences- et de réfléchir à la signification de l’arme nucléaire dans le monde d’aujourd’hui.

 

     C’est ce que je ferai à plusieurs reprises au cours de cette semaine.

 

     En attendant, je suggère la lecture de 2 passionnants documents qui éclairent sur les vraies raisons de la destruction d’Hiroshima et de la capitulation du Japon :

 

     Les véritables raisons de la destruction d'Hiroshima

 

     Ce n'est pas la bombe atomique qui a poussé le Japon à capituler

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Désarmement nucléaire
commenter cet article
27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 14:02
Dissuasion nucléaire: abandonner les mythes

Voici le texte que j'ai rédigé pour "la revue socialiste" (juillet 2015)

 

qui vient de le publier dans la rubrique "le débat"

 

***

 

    Les socialistes sont toujours timides et parfois gênés sur ce sujet. Il leur arrive d’en découvrir l’importance quand le Président de la République est socialiste et qu’il apparaît comme le « chef des armées » et le détenteur du « pouvoir nucléaire ».

 

    Le PS s’est exprimé peu souvent sur les questions de défense. Le court paragraphe qui aborde ces questions à la fin du texte de la Convention internationale du PS d’octobre 2010[1] montre bien qu’il faut aller plus loin dans notre réflexion et nos propositions.

 

    Nous devons faire le lien entre nos analyses, nos propositions et les valeurs qui fondent la tradition internationaliste, à laquelle nous sommes attachés : la solidarité, la réduction des inégalités, le règlement politique des conflits grâce à l’arbitrage international, l’utilisation mesurée de la force en dernier ressort et de manière proportionnelle pour faire face aux menaces graves contre notre sécurité, conformément au droit international.

 

    Nous devons trier et hiérarchiser nos thèmes d’intervention, pour être audibles, convaincants et efficaces, en évitant de nous limiter à un catalogue de bonnes intentions.

 

    Nous devons répéter que la construction de la paix est au cœur du message internationaliste des socialistes, tout en étant conscients que c’est un mécanisme complexe, qui passe par:

      - la prévention et l’anticipation, à partir d’une analyse sérieuse de l’état du monde, de ses dysfonctionnements, des motivations des acteurs ;

    - l’intervention, menée, lorsqu’elle devient inévitable, sur décision du Conseil de sécurité de l’ONU ou en légitime défense ;

    - la consolidation de la paix, qui a pour objectif d’éviter qu’un pays ne retombe dans la crise et qui nécessite un engagement de très long terme de la communauté internationale, pour remettre sur pied des pays et des économies dévastés par la guerre.

     - la maîtrise des armements et le désarmement, notamment nucléaire, qui constitue un élément efficace de ce mécanisme au service de la paix et de la sécurité.

 

A quoi sert la dissuasion nucléaire ?

 

    Mali, Centrafrique, Irak, Syrie, terrorisme djihadiste, Ukraine… Personne n’en doute, l’arme nucléaire n’a servi et ne servira à rien dans le déroulement de ces conflits. Elle ne sera d’aucune utilité non plus dans la réponse à apporter aux menaces qu’ils représentent.

 

    Et pourtant, l’existence de tensions internationales, qui n’ont pas disparu avec la chute du Mur de Berlin, mais qui ont pris des formes nouvelles, est un argument qu’utilisent les inconditionnels de l’arme nucléaire pour refuser tout débat sur le sujet. Pensez donc, disent-ils, il est indispensable, dans ce monde dangereux, de disposer de l’« assurance vie » que nous apporte l’armement nucléaire. Mais ils refusent tout à la fois d’imaginer les scénarios d’emploi de cette arme, prétendument décrite comme une « arme de non emploi » et d’autoriser d’autres pays à disposer de cette assurance !

 

    Ceux qui ne partagent pas leur conviction sont traités, au mieux, par le mépris. Il faut dire que cette conviction a toutes les caractéristiques d’une foi, bâtie sur des certitudes mystérieuses, avec ses dogmes, ses formulations peu accessibles au grand public, ses grands prêtres. Comme il s’agit d’une religion, il est donc impossible de remettre en cause la doctrine fondamentale, celle de la dissuasion nucléaire, présentée comme indispensable et consubstantielle à la France. Etonnante prégnance de cette approche quasi religieuse de la sécurité dans un pays, pourtant laïque et qui ne reconnaît donc aucune religion officielle !

 

Les dogmes

 

    Pour étayer mon propos, je prendrai quelques exemples de ces dogmes.

  • Il paraît que la possession de l’arme nucléaire permettrait à la France de jouer un rôle important sur la scène internationale. Je ne sache pas pourtant que cet argument ait pesé lorsqu’il s’est agi pour V. Poutine d’accepter de discuter de la crise ukrainienne avec la représentante d’un pays non nucléaire, l’Allemagne.
  • Quant à prétendre que le statut de membre permanent de la France au Conseil de sécurité de l’ONU lui imposerait de disposer d’un armement nucléaire, c’est tout simplement méconnaître l’Histoire. Lors de la création de l’ONU, en 1945, un seul membre permanent du Conseil de sécurité possédait des bombes atomiques : les Etats- Unis, qui en avaient déjà « utilisé » 2 contre le Japon.
  • Dans les discours officiels, l’armement nucléaire est présenté comme une garantie de la stabilité et donc de la paix dans le monde, à condition qu’il ne dépasse pas un niveau de « stricte suffisance ». Le concept de suffisance n’appelle, en toute logique, aucun qualificatif. Un armement est suffisant ou ne l’est pas. Si on qualifie la suffisance de stricte, c’est parce qu’on veut faire croire que l’arme est rigoureusement dimensionnée et en quelque sorte calculée au millimètre. Or, il est en réalité impossible de définir en toute rigueur un niveau de suffisance au-delà duquel l’arme nucléaire serait déstabilisante et en-deçà duquel elle perdrait sa crédibilité.
  • On affirme que la possession d’un armement nucléaire est utile pour lutter contre la prolifération. Or, c’est bien au contraire l’addiction des grandes puissances au nucléaire militaire, qui pousse à la prolifération dans les pays qui écoutent leurs arguments, à savoir que la possession de l’arme nucléaire serait la meilleure façon de se défendre et de se faire « entendre » (Inde, Pakistan, Iran…). C’est pourquoi ces Etats pratiquent délibérément ce que l’on nomme la prolifération « verticale », en accroissant leurs systèmes d’armes par des programmes de modernisation.
  • On nous dit que la France respecte le Traité de Non-Prolifération (TNP), dont notre pays est signataire depuis 1992. C’est inexact, puisque la modernisation des armes va à l’encontre de l’engagement de l’article VI de ce traité (« Chacune des Parties au Traité s’engage à poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée et au désarmement nucléaire, et sur un traité de désarmement général et complet sous un contrôle international strict et efficace. ») et des décisions prises lors des conférences d’examen de ce traité tous les 5 ans.
  • Cet armement ne coûterait pas cher. Tout est relatif, puisque la loi de programmation militaire annonce 23,3 milliards d’euros de dépenses d’équipement pour la période 2014-2019, sans parler de ce qui est caché dans d’autres chapitres budgétaires. Chaque décision politique sur ces équipements engage des dépenses pour plusieurs décennies.
  • La dissuasion interdirait toute attaque nucléaire. Si c’était le cas, pourquoi donc prévoir avec l’OTAN un coûteux « bouclier anti-missile », qui signe l’échec de la dissuasion ?
  • Bien d’autres contrevérités sont colportées et pas seulement en France. Leur répétition n’en fait pas pour autant des vérités. Par exemple, l’affirmation que le bombardement d’Hiroshima et de Nagasaki aurait permis de mettre fin à la seconde guerre mondiale ou encore que l’amoncellement des ogives nucléaires ne présente pas de danger. Trois conférences internationales sur l’impact humanitaire catastrophique des armes nucléaires, avec 158 Etats présents lors de la dernière (décembre 2014, Vienne, mais sans la présence de la France) ont fait la preuve de l’inexactitude de ces affirmations.

 

L’argument du consensus.

 

    C’est l’argument suprême : il y aurait un consensus en France sur cette question. Mais comment peut-on l’affirmer, en l’absence de véritable débat ? Le débat suppose la confrontation et l’expression des désaccords, ainsi qu’une information complète du public, actuellement désinformé par des enquêtes d’opinion mystificatrices. Or ces conditions ne sont pas remplies. Le terme de consensus est donc totalement déplacé.

 

    Si on veut qu’une large majorité se dégage en faveur de choix clairement définis, qu’il s’agisse du désarmement nucléaire ou de toute autre question majeure, il faut, au préalable, une large information, un débat national, une confrontation des points de vue d’experts indépendants. Au terme du processus, un débat parlementaire doit avoir lieu.

 

    Parmi les éléments du débat, devraient figurer les scénarios d’emploi, dont on ne parle jamais. Il paraît que le refus de donner des scénarios serait inhérent à la dissuasion nucléaire. On laisse donc le flou sur des questions comme « à quoi ça peut servir et dans quelles circonstances ?», avec la réponse censée mettre fin à tout débat : « on ne sait jamais ce qui peut arriver! » C’est au nom de ce principe que le monde s’est laissé entraîner dans une folle course aux armements pendant 45 ans, qui a vu le stock d’armes nucléaires passer de 3 en 1945 à 70 000 au début des années 90.

 

    En réalité, on se prépare à des emplois bien déterminés mais on maintient le secret sur ces scénarios d’emploi car l’arme nucléaire serait précisément destinée à ne pas être employée. Le discours sur « l’arme de non-emploi », c’est en quelque sorte « le pari de Pascal ». Il est dangereux, dans le monde réel, d’adopter une telle perspective.

 

    Parler de la nécessité d’une « autonomie de décision » n’est pas plus rassurant. Qui décide de la mise en œuvre de l’arme nucléaire ? En fonction de quelle information ? Avec quelles concertations ? On répète depuis des années qu’il faut envisager une défense européenne. Si la défense européenne est un objectif, imagine-t-on une autonomie de décision sur un point aussi essentiel ? Qui le Président de la République va-t-il appeler avant de prendre sa décision d’avoir recours à l’arme nucléaire ou même de menacer d’y avoir recours ? Comment définir l’autonomie de décision au sein de l’Alliance atlantique, qui est toujours une alliance nucléaire. Quelles sont les conséquences de nos choix pour nos alliés ?

 

    Dans l’élaboration du concept de dissuasion nucléaire, il faut souligner le rôle joué par le lobby militaro-industriel, dont on parle trop peu. Les industriels, qui veulent vendre leurs matériels, exercent des pressions considérables sur les décideurs, soumis à la double influence des experts et des lobbies. Il n’est pas interdit alors de se poser des questions sur la rationalité et la justesse de certains choix. Souvenons-nous du discours édifiant du Général Eisenhower, en quittant la Présidence des Etats-Unis le 17 janvier 1961 : « Nous devons veiller à empêcher le complexe militaro-industriel d’acquérir une influence injustifiée dans les structures gouvernementales…Nous nous trouvons devant un risque réel, qui se maintiendra à l’avenir : qu’une concentration désastreuse de pouvoir en des mains dangereuses aille en s’affermissant. Nous devons veiller à ne jamais laisser le poids de cette association de pouvoirs mettre en danger nos libertés ou nos procédures démocratiques. »

 

Comment agir pour aller vers un monde sans armes nucléaires ?

 

    Il y a près de 26 ans, le Mur de Berlin tombait. Cet évènement majeur, suivi du démantèlement du bloc soviétique, mettait fin à la bipolarisation du monde et marquait une rupture majeure sur la scène internationale. Pourtant, aucune nouvelle doctrine de sécurité n’a véritablement émergé de cette mutation géopolitique profonde et la dissuasion nucléaire - qui consiste à exposer son adversaire à un risque de destruction massive - reste le pilier de la politique de défense de la France.

 

    Hier, le contrôle des armes nucléaires symbolisait la volonté de maintenir un équilibre – même fragile - entre les blocs de l’Est et de l’Ouest. Hier, une certaine pertinence stratégique des armes nucléaires pouvait se concevoir… encore que l’on ait, au nom de cette pertinence, accumulé autant d’armes nucléaires.

 

    Aujourd’hui, les menaces auxquelles nous devions faire face sont à ranger au nombre des peurs du passé et la théorie de la dissuasion nucléaire n’est plus adaptée au monde en mouvement de ce début de 21ème siècle. Aujourd’hui, c’est l’existence même des armes nucléaires, couplée au risque de prolifération et de terrorisme nucléaire, qui constitue paradoxalement la plus grande menace. On assiste, par exemple, dans le contexte du conflit ukrainien, à des « gesticulations » nucléaires russes et américaines, les uns approchant leurs bombardiers de l’espace aérien des pays de l’OTAN, les autres s’efforçant de les gêner dans leurs manœuvres et ce, au moment même où les canaux de communication de crise ne fonctionnent plus. Dans ce cas précis, la dissuasion accroît les risques d’escalade, jusqu’à faire apparaître l’éventualité d’un chantage nucléaire, alors qu’il faudrait porter tous les efforts vers la solution politique de la crise et sa « démilitarisation ».

 

    C’est plus par le multilatéralisme et les traités (comme le TNP) qu’on combattra la prolifération nucléaire que par la dissuasion. La nouvelle donne internationale et son lot d’instabilités politiques profondes plaident pour faire de l’élimination des armes nucléaires le fer de lance d’une nouvelle doctrine de sécurité internationale. Le désarmement nucléaire, présenté et vécu comme un acte de courage et non pas comme un acte de faiblesse, passera par un ensemble d’actions politiques, diplomatiques et militaires. Chacune a son importance, chacune est une étape essentielle pour asseoir cette vision d’un monde sans armes nucléaires.

 

Le rôle de la France

 

    Dans cette nouvelle donne, la France a un rôle à jouer. Le Président de la République, dont les prérogatives sont essentielles dans le fonctionnement de la Vème République[2], a fait un discours à Istres, le 19 février 2015, dans lequel il a rappelé les principes classiques de la dissuasion nucléaire, les mêmes qu’à l’époque de la Guerre froide !

 

    Il est regrettable qu’il n’ait pas profité de son aura internationale actuelle pour appeler les puissances nucléaires à une conférence internationale, qui entamerait la marche vers un monde sans armes nucléaires.

 

    Il aurait pu aussi indiquer qu’il gelait la modernisation des programmes nucléaires (SNLE, missile balistique et aéroporté, têtes nucléaires) et annoncer un programme de transparence, comme l’ont fait les Britanniques, les Russes et les Américains.

 

    Il aurait pu demander d’inscrire le désarmement nucléaire parmi les priorités de la politique étrangère et de sécurité commune de l’Union européenne.

 

    Il aurait pu plaider, au sein de l’OTAN, pour la suspension de la modernisation des armes nucléaires tactiques américaines et pour l’ouverture de négociations concernant le retrait et la réduction de ces armes en Europe.

 

    Il aurait pu enfin rappeler avec force la nécessité d’une « zone libre d’armes nucléaires et d’armes de destruction massive » au Moyen-Orient.

 

    L’annonce de ces mesures, qui ne remettraient pas en cause – au moins pour le moment - l’existence de la dissuasion nucléaire, auraient une valeur symbolique forte. Elles devraient être suivies d’un vrai débat parlementaire, associant la société civile, les scientifiques, les experts officiels et les militaires sur la possession de cet arsenal.

 

    Une telle démarche, 70 ans après les bombardements nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki, serait certainement saluée et soutenue par une écrasante majorité des Etats des cinq continents.

 

    La France ne peut plus rester prisonnière de la pensée d’un monde ancien et vivre sur des mythes. Elle doit redevenir audacieuse et les socialistes doivent redonner tout leur sens aux valeurs issues de l’héritage que leur a légué Jean Jaurès.

 

Paul Quilès

ancien Ministre de la défense,

ex- Président de la Commission de la défense à l’Assemblée Nationale,

délégué national du PS (1995-2008) chargé des questions de défense et de stratégie.

Il préside actuellement  l'association "Arrêtez la bombe" (ALB)

____________________________________________________________________

 

[1] Extrait du texte de la Convention : « Notre action pour assurer la sécurité s’accompagnera d’une position claire et responsable en faveur du désarmement : le désarmement plutôt que la course aux arsenaux défensifs. Sans remettre en cause la légitimité d’une dissuasion indépendante de notre pays, tant que subsistent d’autres arsenaux nucléaires, la France reprendra son rôle d’impulsion dans les débats sur le désarmement et la non-prolifération des armes de destruction massive. Celui-ci, appliqué à un cadre régional en particulier, peut contribuer fortement à l’apaisement des tensions. La France soutiendra activement le projet d’un Moyen-Orient dénucléarisé.

Nous saisirons l’opportunité historique créée par les orientations du Président Obama en faveur d’un désarmement nucléaire universel, progressif, négocié et efficacement contrôlé. La France exprimera son soutien à la perspective d’un monde sans armes nucléaires.

Nous prendrons des initiatives afin de relancer les négociations pour un traité d’interdiction de la production de matières fissiles à usage militaire.

Nous soutiendrons les initiatives tendant à une réduction des armements conventionnels les plus déstabilisants et les plus dangereux pour les populations, en particulier les armes de petit calibre qui font aujourd’hui des ravages dans les conflits africains. La vigilance politique sur les ventes d’armement, affaiblie par le pouvoir actuel, sera rétablie. »

 

[2] Le décret du 14 janvier 1964 définit le fonctionnement de la « force de frappe » et de la dissuasion nucléaire. Depuis cette date, c’est le Président de la République et lui seul qui transmet l’ordre et qui décide, en tant que responsable du Conseil restreint de défense.

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Désarmement nucléaire
commenter cet article
24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 11:58
Soutien à l’accord nucléaire avec l’Iran

      Avec 70 personnalités européennes, membres du réseau ELN, j’ai signé ce texte de soutien à l'accord nucléaire passé avec l'Iran le 14 juillet.

      Nous y expliquons pourquoi il est essentiel que toutes les parties (États-Unis, pays de l'Union européenne, Iran) s’engagent à le mettre en œuvre de bonne foi.

 

      Extraits de la déclaration :

 

     " Nous croyons que cet accord fournit un cadre solide pour mettre fin à la crise sur le programme nucléaire iranien et le fondement de réintégrer l'Iran dans la communauté internationale. Dans le même temps, l'adoption de ce document est seulement une première étape dans un processus qui doit augmenter le niveau de la sécurité de tous les pays du Moyen-Orient, en Europe et au-delà.      (….)

 

    L'impératif de stopper la prolifération des armes nucléaires et le renforcement du régime de non-prolifération a été au cœur de la crise iranienne. L’accord passé le 14 juillet répond à cet objectif pour les raisons suivantes:

 

  - L'accord met des contraintes à long terme et vérifiables sur le développement de technologies et de construction d'installations qui pourraient être utilisées par l'Iran pour produire des matériaux de qualité militaire. Il plafonne l'accumulation de matières nucléaires susceptibles d’être utilisées pour produire une bombe nucléaire et il offre simultanément à l'Iran la possibilité de développer un programme nucléaire civil.

 

    - L'accord inclut un mécanisme "robuste" pour le suivi du développement du programme nucléaire iranien et la vérification de son caractère pacifique par l'AIEA, répondant à la fois la question de la surveillance des installations déclarées et la possibilité de tricher en utilisant des dispositifs clandestins.

 

    - L'accord démontre que la crise sur le non-respect d'un pays avec les obligations de non-prolifération nucléaire peut être résolue par la négociation plutôt que l'usage de la force. Mis en œuvre fidèlement, il sera un puissant argument contre ceux qui prétendent que seule la possession d'armes nucléaires peut garantir la sécurité "réelle" d'un pays."

                 (….)

 

      Lire l’ensemble de la déclaration

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Désarmement nucléaire
commenter cet article
18 juillet 2015 6 18 /07 /juillet /2015 16:48
La première bombe atomique

Jean-Marie Collin, vice-président d'ALB (Arrêtez la bombe) et chercheur associé au GRIP revient sur le premier essai nucléaire réel du 16 juillet 1945 et sur ses conséquences.

Lire son interview sur le site du Monde.fr

Présentation:

Il y a soixante-dix ans, le 16 juillet 1945, les scientifiques du projet Manhattan, lancé en 1942, assistaient à la première explosion d’une bombe atomique, au Nouveau-Mexique, un essai organisé dans le plus grand secret.

La veille, le 15 juillet, la bombe à fission « Little Boy », semblable à celle testée à Alamogordo, avait été embarquée à bord du croiseur Indianapolis à destination de l’île de Tinian, dans le Pacifique. Le 6 août, elle était larguée sur la ville japonaise d’Hiroshima. Une autre bombe de ce type, nommée « Fat Man », était ensuite larguée sur Nagasaki le 9 août. Elles ont tué quelque 220 000 Japonais au moment de leur explosion, auxquels sont venues s’ajouter plus de 200 000 personnes mortes ultérieurement de doses mortelles de radiation.

L’ère atomique était lancée, qui s’est rapidement caractérisée par la course aux armes nucléaires de la guerre froide entre les Etats-Unis et la Russie. On estime que de 1955 à 1989, environ 55 essais nucléaires furent effectués chaque année, selon l’ONU.

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Désarmement nucléaire
commenter cet article
16 juillet 2015 4 16 /07 /juillet /2015 15:53
Ne dites pas:"c'est trop compliqué...."

     Quand j’aborde la question de la dissuasion nucléaire dans une conversation privée, j’entends souvent : "Oh là ! C’est trop compliqué pour moi. Et puis, ça me fait peur, je préfère ne pas savoir et me taire… "

 

      Lorsque des échanges ont lieu, il n'est pas rare que soient mises sur la table les fameuses contre-véritésressassées depuis 50 ans, qui constituent les dogmes de la religion nucléaire.

 

      Et pourtant, si on veut bien se donner la peine de s’informer et de lire (pas seulement Facebook et les tweets !), on s’aperçoit qu’il s’agit d’un sujet grave et qui mérite une réflexion allant au-delà des approximations et des petites polémiques….

 

      C'est pourquoi, je vous suggère de profiter de la période des vacances pour mieux comprendre les enjeux du monde nucléarisé et dangereux dans lequel nous vivons et de consulter le dossier " Le désarmement, la prolifération et la non-prolifération  nucléaires "  réalisé par l’association ALB, que je préside et le site Irénées .

 

      Je vous recommande en particulier la lecture de la fiche concernant " les mythes sur la dissuasion nucléaire ", qui remet en cause les idées reçues.

 

      La dernière fiche publiée est saisissante. Elle décrit l’arsenal nucléaire mondial , qui est aujourd’hui d’environ 16 300 armes nucléaires, que se répartissent neuf puissances nucléaires : États-Unis, Russie, France, Chine, Royaume-Uni, Israël, Inde, Pakistan, Corée du Nord.

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Désarmement nucléaire
commenter cet article
14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 10:10
Iran : un accord essentiel pour la sécurité

     Enfin ! C’est un accord historique qui vient d’être signé à Vienne entre Téhéran et six grandes puissances (Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie et Allemagne).

 

     Non seulement il permet de sortir les négociations sur le nucléaire iranien de l’impasse dans laquelle elles étaient enfermées depuis plus de 12 ans, mais surtout, il constitue un facteur positif pour la sécurité internationale.

 

      Certes, tout n’est pas réglé au Moyen-Orient, tant s’en faut, mais soyons bien convaincus que l’échec des négociations, longues et complexes, qui viennent de se conclure, aurait conduit à un grave accroissement des tensions internationales.

 

      N’en déplaise à M. Nétanyahu *, aux dirigeants saoudiens et aux faucons du parti républicain des Etats-Unis, l’acceptation par l’Iran de ne pas développer un armement nucléaire permet de progresser vers la paix et la sécurité.

 

      Il faut maintenant aller plus loin et prendre de nouvelles initiatives pour renforcer la légitimité du régime international de non-prolifération. Les Européens ont en particulier un rôle essentiel à jouer pour relancer la réunion d’une conférence internationale sur la négociation d’une « zone exempte d’armes de destruction massive » au Moyen-Orient **. 

 

      Il faudra aussi s’interroger sur la pertinence du coûteux « bouclier anti-missile » de l’OTAN, présenté comme devant nous protéger d’un risque d’attaque par un missile nucléaire iranien !  

 

      Un des premiers enseignements de la réussite des négociations qui se sont conclues ce matin à Vienne est que les voies de la paix ne peuvent être trouvées sans persévérance, sans volonté politique et sans refus de céder aux arguments des faucons *** de toute sorte.

 

************

 

- Extrait de l’appel que j’ai lancé avec 2 anciens ministres européens le 16 mars 2015 :    

« Nous appelons nos gouvernements à prendre la mesure de cette occasion historique de s’assurer de l'utilisation pacifique de la technologie nucléaire par l'Iran, de réinsérer ce pays dans la communauté internationale et de renforcer les efforts mondiaux de non-prolifération. En inscrivant leur action dans la perspective d’une réussite des négociations en cours, ils joueraient la carte de l’avenir et de la sécurité mutuelle. »

 

- Relire la tribune que j’ai signée avec Shlomo Ben Ami, ancien ministre des affaires étrangères d’Israël le 19 juin 2013.

_________________________________________________________________

 

*  "C'est une erreur grave aux conséquences historiques", a réagi Benyamin Nétanyahu à l'annonce de l'accord entre l'Iran et les grandes puissances, sur le programme nucléaire de la République islamique. "Israël fera tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher le texte d'être ratifié", a déclaré le Premier ministre israélien.

 

**  Ce sujet donne lieu chaque année à une résolution lors de l’Assemblée générale des Nations Unies. Lors de la conférence de révision du TNP (2010), le Document final indique qu’un ambassadeur est chargé de lancer officiellement au plus tard en 2012 « une conférence en vue de la création au Moyen-Orient d’une zone exempte d’armes nucléaires et de toutes autres armes de destruction massive ». Cette conférence, originellement programmée en décembre 2012, a été annulée par les Etats-Unis (avec le soutien d’Israël) invoquant des motifs de tensions trop grands au Moyen-Orient !

 

*** Se souvenir de la formule de N. Sarkozy : " une seule alternative : la bombe iranienne ou le bombardement de l’Iran "

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Désarmement nucléaire
commenter cet article
6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 08:00
Athènes….mais aussi Vienne !

      Après la nette victoire du Non au référendum grec, les responsables politiques européens doivent montrer leur sens des responsabilités, car c’est l’avenir de la Grèce mais aussi de l’Europe qui se joue en ce moment.

 

      Il est donc légitime que tous les yeux se tournent vers Athènes, Bruxelles, Paris et Berlin.

 

      Il ne faudrait pas pour autant négliger ce qui se passe aujourd'hui même à Vienne, où se déroule la phase finale des négociations sur le nucléaire iranien. Il s’agit en effet d’un évènement qui peut avoir un impact majeur sur la sécurité mondiale.


      Espérons que les négociateurs sauront, ici aussi, faire preuve d’un grand sens des responsabilités!

 

Lire l’appel que j’ai signé avec 2 autres anciens ministres européens

 

"Négociations avec l’Iran : il faut jouer la carte de l’avenir"

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Désarmement nucléaire
commenter cet article
17 juin 2015 3 17 /06 /juin /2015 09:58
Dissuasion nucléaire : ouvrons vraiment le débat

Tribune  de Paul Quilès, Bernard Norlain, Jean-Marie Collin

Président et Vice-Présidents

de l’association Arrêtez La Bombe - ALB

publiée sur le site de Marianne

 

      Avec pour thème la dissuasion nucléaire française en débat, la Fondation pour la Recherche Stratégique Française vient d’organiser une journée d’études[1] dont le but proclamé était de renouveler et d’ouvrir largement ce débat en France.

 

      Bien que plusieurs intervenants partisans du désarmement nucléaire aient été invités, force est de constater que le débat démocratique n’a pas eu lieu. Devant une assistance où le complexe militaro-industriel et scientifique était largement représenté, la très grande majorité des intervenants a entonné un hymne à la dissuasion nucléaire et à la Bombe.

 

      Depuis le « retour du nucléaire  dans le contexte géostratégique actuel » jusqu’à la « nécessité de renouveler en totalité les composantes nucléaires », tous les poncifs habituels ont été assénés à un auditoire déjà acquis à la cause. La discussion n’a pas permis non plus d’ouvrir le débat. On a préféré se pencher par exemple sur ce qu’implique la «  stricte suffisance » (faut-il 250 ou 300 têtes nucléaires), ou bien sur l’éternel controverse, semblable à la discussion sur le sexe des anges, de l’ultime avertissement ou de l’avertissement tout court. Sans oublier tous les bienfaits scientifiques, technologiques, économiques et opérationnels qu’apporte le développement de notre dissuasion.

 

     On a même entendu l’assistant d’un parlementaire très au fait des questions de défense, prétendant s’exprimer au nom de son député, qui a osé qualifier les catholiques « d’anti-patriotiques », à cause de la position de l’Eglise catholique qui a clairement condamné la dissuasion nucléaire ! Comme l’a rappelé l’un des intervenants, rien n’a manqué, depuis l’arrogance diplomatique française (« nous sommes les meilleurs »), jusqu’à l’attaque ad hominen contre l’ancien ministre de la Défense Hervé Morin coupable d’hérésie.

 

      Deux éléments sont pourtant venus perturber cette liturgie. Le premier est la réponse à la question « Si la France était à l’heure actuelle dépourvue d’armes nucléaires, développerait-elle une force de frappe nucléaire ? » la réponse a été négative. En d’autres termes, elle est inutile, mais on l’a, on la garde.

 

      Le deuxième concerne le coût de la dissuasion et de son renouvellement jugé indispensable par l’ensemble des participants. Plus de 6 Mds €/an, selon des estimations officielles citées au cours de cette conférence par le sénateur Gautier. Au regard des 3,5 Mds €/an actuels, cette croissance exercerait une pression considérable sur le budget d’équipement du ministère de la Défense et ne pourrait se faire qu’au détriment des forces conventionnelles. Il est clair qu’une telle perspective met en cause, une fois encore, toute notre politique de défense. Peut-on encore assurer toute la panoplie des missions, depuis la dissuasion nucléaire, les opérations extérieures jusqu’aux missions de sécurité intérieure ? Cette question, pourtant fondamentale mais inquiétante pour les thuriféraires de la Bombe, a été évacuée.

 

      Malgré cela, l’unanimité autour de la dissuasion qu’a voulu manifester cette conférence n’a pas été ébranlée. Elle s’est appuyée sur un supposé « consensus » de l’opinion française pour désamorcer à l’avance toute critique de fond. Il est vrai que la question de la légitimité de la dissuasion nucléaire ne fait l’objet d’aucun débat public en France, contrairement à d’autres pays. Les médias n’ont fait aucun écho à l’échec de la dernière conférence d’examen du Traité de Non-Prolifération à New York. Rien non plus sur le fait que la France, comme d’ailleurs les puissances nucléaires officielles, ne respecte pas ses engagements d’aller vers un désarmement nucléaire général. Rien sur la position des 107 Etats qui se sont prononcés récemment à l’ONU pour une interdiction des armes nucléaires, en dénonçant le risque de conséquences humanitaires catastrophiques que font courir ces armes à l’Humanité.

 

      Faute de débat public sur le coût de l’arme nucléaire, sur ses risques, sur la gravité de ses conséquences politiques et stratégiques, notre société semble s’en désintéresser. Mais les Français croient-ils vraiment que l’arme nucléaire les protège, à l’image d’une nouvelle ligne Maginot, que l’on aurait cette fois réussi à rendre infranchissable ? Ont-ils d’ailleurs jamais eu la possibilité de se prononcer sur cette question ?

 

      Pendant les années qui ont immédiatement suivi la fin de la Guerre froide, l’arme nucléaire a été comme oubliée par le grand public. Aujourd’hui voici qu’on parle à nouveau de chantage ou d’intimidation nucléaire, qu’on évoque des « tirs d’avertissement », qu’on s’apprête à doubler les sommes consacrées à cette arme de destruction massive.

 

      Plutôt que se remettre à jouer aux menaces d’apocalypse, il est temps d’engager sereinement une réflexion collective, pour permettre un vrai débat démocratique, équitable et sans tabou. Les législateurs et les partis politiques ne peuvent plus s’en exonérer.

 

 

[1]  Lundi 8 juin 2015, Maison de la Chimie

 

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Désarmement nucléaire
commenter cet article

Recherche

Cordes sur Ciel

CORDES

Faites connaissance avec

la cité médiévale

dont Paul Quilès est le maire
cordes-nuages-8-bp--R-solution-de-l--cran-.jpg

 Avant de venir à Cordes, consultez:

     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez