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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 17:03

Ecole-Cordes--simplifie-.jpg     On connaît la fameuse formule qui résume ce que devrait être la bonne démarche en matière de développement durable et de protection de l’environnement : « penser global et agir local ».


     Du fait de ma formation et de mon expérience professionnelle et politique (voir sur ce blog), j’accorde une importance toute particulière au « penser global », mais j’ai la chance depuis 15 ans, comme maire de Cordes et président d’une communauté de communes, de pouvoir « agir local », donnant ainsi une traduction concrète à ces préoccupations globales.


     L’ouverture de l’école bioclimatique du Pays Cordais dans quelques jours, en cohérence avec notre Agenda 21, en est un exemple très parlant. J’ai consacré beaucoup de temps et d’énergie à ce projet, que nous avons mené à bien avec des élus enthousiastes et des partenaires très motivés (architectes, entreprises, enseignants, parents d’élèves).


     La nouvelle école fera date. Respectueuse des principes du développement durable (optimisation de l’implantation des bâtiments, isolation thermique et acoustique, confort visuel, panneaux solaires pour la production d’électricité, toit végétalisé…..), elle est bien insérée dans le site remarquable de Cordes.

    
     Je suis heureux et fier d’avoir pu contribuer à cette réalisation exemplaire.

 

Voir la brochure de présentation « Une école bioclimatique »
Cordes école croquis 2

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20 décembre 2009 7 20 /12 /décembre /2009 18:40

    Dans l'intense brouhaha qui a entouré le sommet de Copenhague, on a parfois perdu de vue que la réponse à "l'urgence climatique" passait aussi par la promotion de modes de développement plus économes. Bien entendu, un tel objectif n'a pas la même signification aux quatre coins de la planète et il doit prendre en compte la diversité des situations économiques et sociales des différents pays.
     Il est intéressant de noter que cette préoccupation est ancienne, puisque le dictionnaire universel de Furetière (1690) parle de "l'Œconomie" (vieux terme français) comme du "mesnagement prudent qu'on fait de son bien, ou de celui d'autrui".*
    Qui a dit que la notion de développement durable était un concept récent?

* cité par Pierre Calame, expert en politiques publiques, aux Rencontres Territoires & Développement durable de Rueil Malmaison.

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21 octobre 2009 3 21 /10 /octobre /2009 11:35

J'ai trouvé intéressante cette initiative de la BBC, pour participer concrètement à la lutte contre les GES (gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique)*.
                                                      
 GB : les équipes de la BBC devront remplacer leurs vols courts par des trajets en train


    Tel est l'engagement pris récemment par le groupe audiovisuel pour réduire ses émissions de GES. Cette décision s'applique aussi bien aux destinations domestiques qu'aux voyages vers le reste de l'Europe.
     La règle sera dorénavant la suivante : les journalistes et autres employés de la BBC ne pourront prendre l'avion que si le choix du train ajoute plus de trois heures au voyage. De même, concernant les vols long courrier, chacun devra justifier avant de réserver son billet que son déplacement ne peut être remplacé par une vidéoconférence.
     Cette politique de transports durables serait l'une des plus ambitieuses jamais menées par une entreprise en Grande Bretagne.
_______________________________________________________
* Information lue dans le bulletin d'Utopies News Service
  Voir aussi sur le site du Guardian

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21 septembre 2009 1 21 /09 /septembre /2009 09:28

"La taxe carbone est un impôt injuste, compliqué et inefficace....."
Lire l'interview de Paul Quilès dans "la Voix du Midi"

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27 août 2009 4 27 /08 /août /2009 22:53

A la suite de ma prise de position sur la taxe carbone (voir sur ce blog), j'ai été interviewé par France 5, dans le cadre de l'émission "C'est dans l'air" du 27 août 2009.
La commune de Cordes a été choisie à cette occasion comme illustration du débat, qu'on pourra suivre en cliquant ici 
             (le reportage se situe entre 25'20 et 29')

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22 août 2009 6 22 /08 /août /2009 13:34

Article de Paul Quilès, publié sur le site du Nouvel Observateur*

 

Il paraît que la « contribution climat énergie » (CCE), qui devait être une « taxe carbone », ferait l’objet d’un large consensus….sous entendu de la part des gens et des organisations vraiment responsables et conscients des enjeux climatiques.

Je pense faire partie de ceux –là ; mon métier, mes engagements, mes travaux en témoignent abondamment (voir sur ce blog). Et pourtant, je ne suis pas d’accord avec cette mauvaise réponse à une bonne question.


            De quoi s’agit-il en effet ? De convaincre les Français de réduire leurs émissions de « gaz à effet de serre » (GES), principalement celles qui sont dues à la combustion des énergies fossiles, c'est-à-dire du pétrole et de ses dérivés, du gaz, du charbon... Ces GES proviennent pour 37%, du secteur industriel, pour 35%, du secteur des transports, pour 25%, du secteur de l’habitat et du tertiaire.

            L’objectif est louable, mais pour l’atteindre, on peut recourir à plusieurs méthodes, complémentaires : l’information, large et bien argumentée, l’incitation, la coercition.

            C’est ce 3ème moyen, la coercition,  qui sera mis en œuvre pour le secteur industriel au niveau européen (avec de nombreuses dérogations), avec le régime des quotas, qui limitera les autorisations de rejet de GES, à partir de 2012.

            Sous une autre forme -l’augmentation du prix de l’énergie-, c’est également le moyen que le gouvernement a retenu pour les secteurs des transports et de l’habitat, avec application dès 2010.

           
            Avant d’examiner les autres façons d’agir sur les émissions de GES des ménages, arrêtons-nous sur les graves inconvénients de la méthode choisie, issue du « Rapport Rocard », qui consiste à instaurer une « contribution climat énergie », destinée essentiellement à augmenter le prix des carburants, du gaz et du fioul.
            Quelle que soit sa dénomination, il est incontestable qu’il s’agit d’un nouvel impôt, évalué à 160 €/an en moyenne (200 € au bout de 5 ans). Inutile de revenir sur son caractère injuste, puisque son impact financier sera très différent suivant le revenu, la localisation et l’activité professionnelle des ménages (urbains ou ruraux, familles aisées ou modestes, personnes dépendantes ou non de l’utilisation d’un voiture personnelle). Les mécanismes annoncés pour compenser ces différences par des reversements sont d’une telle complexité qu’ils rendent le système incompréhensible et peu crédible.


            Injuste et compliqué, cet impôt a également de grandes chances d’être inefficace. La consommation d’énergie présente en effet une faible sensibilité à l’augmentation des prix (ce que les économistes appellent l’« élasticité »). On a pu le constater au cours de différentes périodes récentes, où les prix ont beaucoup fluctué du fait des variations du cours du pétrole brut. Quelques exemples, très parlants :

  • de 1995 à 2006, le prix du carburant a augmenté de 66%, ce qui n’a pas empêché la consommation des particuliers de s’accroître de 7,6% ; la baisse de consommation enregistrée dans la dernière période est certainement due aux effets de la crise économique (réduction des déplacements privés et des transports de marchandises) ;
  • de 1990 à 2000, le prix du carburant a augmenté de 30% et, malgré cela, les rejets du transport routier sont passés de 109 à 125 millions de tonnes de CO2;
  • pour les combustibles de chauffage, les statistiques montrent que l’élasticité de la consommation de fioul et de gaz est encore plus faible. 

            La CCE est donc un impôt sur l’énergie, injuste, compliqué et inefficace, qui a peu de chances d’inciter les consommateurs à faire évoluer leur comportement. Par contre, elle n’est pas une taxe sur les émissions de carbone, qui s’appliquerait en fonction du « contenu carbone » des produits consommés, y compris des produits d’importation. Chacun sait par exemple que certains fruits importés d’Amérique du Sud en hiver « contiennent » 10 fois plus de pétrole que ceux qui sont produits en France, du fait de leur transport. Et que l’on ne vienne pas dire que cela serait compliqué ou que les règles de l’OMC l’interdiraient ! D’autres mesures complexes sont prises au niveau international. Quant à l’argument de l’OMC, il devient urgent que les responsables politiques cessent de l’utiliser comme un paravent ou un alibi à leur inaction, au nom de la sacro sainte liberté des échanges…. qui va finir par se confondre avec la liberté de polluer.

 

            Si l’on veut vraiment convaincre les consommateurs de réduire leurs émissions de GES, il existe d’autres moyens, plus efficaces et qui font, eux, l’objet d’un consensus:

- c’est d’abord la sensibilisation du public, par des campagnes répétées sur les diverses façons d’améliorer l’efficacité énergétique[1] et le contenu en carbone des produits et des services ;

-  c’est aussi une règlementation plus contraignante : pour les transports, la limitation du fret routier, le développement du ferroutage ... ; pour le résidentiel et le tertiaire, une règlementation thermique qui anticipe les règles futures pour la construction des logements et des bureaux… ;

- c’est encore des incitations plus fortes pour favoriser les investissements indispensables pour moderniser les équipements (amélioration du chauffage dans les bâtiments anciens, nouveaux modes de transport…) et recourir aux énergies renouvelables.


            Le Premier ministre nous dit qu’il veut organiser un grand débat sur le sujet. Alors, il ne faut pas hésiter : mettons tout sur la table et l’on verra bien quelle est la bonne réponse à la question. Ce débat ne doit pas être, comme trop souvent, une occasion de faire de la communication politique à grand spectacle…mais sans lendemain.


* Lire sur le site du Nouvel Observateur


[1]  ce que l’on a longtemps appelé les « économies d’énergie ».

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20 juillet 2009 1 20 /07 /juillet /2009 16:13


    


Pendant 2 jours (les 11 et 12 juin 2009),
150 professionnels de l'énergie ont participé au colloque d'Enerpresse,
qui traitait de la crise de l'énergie.
En raison de mon expérience d'ingénieur
et de responsable politique dans ce domaine (cliquer ici),
j'ai été invité à intervenir lors de la table ronde
sur "l'inévitable acceptabilité".
On trouvera le compte rendu des échanges autour de ce thème
en cliquant ici
(mon intervention se trouve à partir de la page 4)

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12 juillet 2009 7 12 /07 /juillet /2009 22:07

"La voiture électrique, c'est pour bientôt", nous annoncent en fanfare les constructeurs automobiles (voir par exemple cet excellent article).

Tous ceux qui s'intéressent au développement durable se réjouissent de cette future contribution aux économies de pétrole et à la lutte contre le réchauffement climatique.

Mais, au fait, pourquoi ne l'a-t-on pas fait plus tôt?

J'ai retrouvé dans mes archives une note que j'ai transmise en 1975 au Conseil économique et social, dont j'étais membre de section et les bras m'en sont tombés.
 
Lisez la et vous verrez clairement, malgré l'aspect un peu technique de certains aspects du texte, que la voiture électrique était alors envisageable à un horizon de 5 à 10 ans, avec des économies substantielles d'hydrocarbures et de pollution. C'est dire qu'on a perdu au moins 25 ans!!

Pourquoi? La raison en est relativement simple: la priorité était à l'époque le nucléaire, qui absorbait la plus grande partie des investissements et de la recherche. De plus, les compagnies pétrolières n'étaient pas très désireuses de voir se modifier les processus de fabrication et de distribution, ainsi que la fiscalité.

Bien sûr, la hausse durable du prix du pétrole et la prise de conscience grandissante de l'impératif écologique ont modifié la donne. Il reste à espérer que, dans le domaine de l'énergie comme dans celui de la protection de l'environnement, une certaine molesse dans l'action -toujours perceptible, au delà des grands discours et des promesses-, ne conduira pas au même type de regret dans 20 ans......

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11 juin 2009 4 11 /06 /juin /2009 09:31

Je viens de signer l'appel "Copenhague 2009", qui vise à rassembler un million de signatures, pour que la conférence de Copenhague sur le climat, qui aura lieu au mois de décembre, prenne des décisions fortes. 
Les pays industrialisés doivent en effet réduire de 40% leurs émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2020 par rapport à leur niveau de 1990 et cela imposera des actions courageuses et volontaristes.
Les gouvernements doivent aussi se doter de moyens financiers conséquents, notamment pour soutenir les pays du Sud dans la gestion des urgences, comme dans la lutte à plus long terme contre le changement climatique.
Il est temps que les actes suivent les belles paroles et les beaux films qui nous émeuvent tant!
Mais sans la pression des opinions publiques, on peut craindre que les égoïsmes nationaux et les politiques à courte vue reprennent le dessus.
Vous aussi, signez l'appel:
http://copenhague-2009.com

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24 janvier 2008 4 24 /01 /janvier /2008 18:19
undefined  Intervention de Paul Quilès au undefinedséminaire de l'ADAPES (22 janvier 2008)                                                  

L’énergie et plus particulièrement le pétrole et le gaz ne sont pas des biens comme les autres. Ce sont
 tout à la fois :

 des matières premières vitales dont l’obtention conditionne notre mode de vie et notre niveau de vie,

-   des biens dont la consommation sans limite a fini par mettre en péril notre planète malade du C02,

- des sources d’immenses richesses économiques et financières,

des instruments de négociation,

des attributs de la puissance.

         

          On sait, à cet égard, que l’histoire de l’énergie est une histoire violente, ponctuée par les tensions entre les compagnies pétrolières ou gazières et les Etats, par les guerres économiques ou militaires entre les pays, par les crises ou les conflits territoriaux entre les populations. Les questions énergétiques font surgir des revendications territoriales, apparaître de nouveaux rapports de force, justifient des alliances ou des coopérations. Elles pèsent souvent d’un poids décisif dans la définition de l’ordre du monde.

 

          Un simple retour sur l’actualité de ces dernières années démontre la place centrale occupée par cette question. On pense naturellement au Moyen Orient, à l’Irak, à l’Iran ; au Venezuela, à la Bolivie ; à plusieurs pays africains, objet de convoitises américaines ou chinoises. Plus proche de nous, il y a eu le conflit qui a opposé la Russie à l’Ukraine, puis celui entre la Russie et la Biélorussie, qui s’est conclu par un accord. Et pourtant, les conséquences ont été immédiates dans plusieurs Etats membres de l’Union Européenne  -Allemagne, Pologne, Hongrie, Slovaquie,..- confrontés au risque d’une rupture d’approvisionnement après la décision de la Russie de fermer le robinet de l’oléoduc de Droujba.

          On peut rappeler aussi ce qui s’est passé fin décembre 2006, à Lagos : l’explosion d’un oléoduc à la suite d’une tentative de vol de carburant par des populations voulant s’emparer de l’or noir, qui a fait plusieurs centaines de morts. Le Nigeria connaît de fréquentes pénuries de carburant qui résultent de mauvaises capacités de gestion et d’une forte corruption .Les actes de vandalisme se multiplient (plus de 2000 en cinq ans).

 

          Il faut bien avoir conscience que la crise énergétique à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui est d’un type nouveau. C’est avant tout une crise de la demande, qui remet sur le devant de la scène les relations entre Etats soucieux de réaffirmer leur souveraineté tant sur les ressources que sur la définition de leur politique énergétique. Cette crise est sans précédent, pour 3 raisons :

-        elle est mondiale – tous les pays sont affectés –,

-        elle est globale – nos modes de vie et notre environnement sont concernés –,

-        elle est durable – car les mutations qu’elle entraîne ne se réaliseront que sur une longue période, qu’il s’agisse des investissements à réaliser pour moderniser la production ou le raffinage, des politiques de recherche, des comportements individuels, ou de la protection de l’environnement.

 

          Pour cet ensemble de raisons, cette crise est porteuse de fortes tensions et de risques de conflits internationaux, qui conduisent naturellement à se demander : la guerre de l’énergie aura-t-elle lieu ?

 

          C’est à cette question que la mission parlementaire que j’ai présidée s’est employée à répondre, pour conclure de façon étayée par la négative : la guerre de l’énergie n’aura pas lieu… à certaines conditions. Il n’existe en effet pas de fatalité énergétique, mais seulement deux camps : ceux qui se résignent et ceux qui croient au volontarisme politique.

 

Une chose est certaine : la situation telle que nous la connaissons aujourd’hui n’est plus tenable à terme.

 

- Tout d’abord, nous ne pourrons plus continuer à maintenir au même rythme la consommation mondiale de pétrole et encore moins répondre à une demande énergétique sans cesse croissante, si nous ne procédons pas à une diversification des sources d’énergie et à une amélioration importante de « l’efficacité énergétique »

 

Selon les experts de l’AIE, si la demande mondiale de pétrole augmente de 1,6 ou 1,7 % par an, le pic pétrolier qui correspond à la production maximum de pétrole serait atteint en… 2020. Actuellement, un Chinois consomme par an une tonne équivalent pétrole (TEP) contre 4 TEP pour un Européen et 8 TEP pour un Américain et 0,5 TEP pour un Africain. Si les Chinois étaient motorisés au même degré que les Européens, ils consommeraient 17 millions de barils par jour, soit la production du Moyen‑Orient – ce qui est impossible. L’AIE estime que la demande mondiale d’énergie devrait augmenter d’ici 2030 de 60%, cette progression provenant pour les 2/3 des pays émergents. En conséquence, avec une demande structurellement supérieure à l’offre, le moindre incident se répercute sur les prix.

 

- La fin de l’énergie à bon marché conduit, en second lieu, à un autre type de tension entre pays riches et pays pauvres.

Nous ne pouvons pas laisser s’accroître la fracture Nord/Sud, que la facture énergétique ne cesse d’aggraver. L’augmentation du prix du baril constitue une catastrophe économique pour les pays africains non producteurs de pétrole. L’envolée des prix du pétrole (+ 72%) de 2003 à 2005 a représenté pour les pays africains importateurs une perte de 3,5% du PIB sur cette même période. Cette hausse touche toujours plus durement les catégories les plus défavorisées, qui se retrouvent de ce fait privées d’accès aux énergies modernes : essence pour les transports, électricité pour les besoins de la vie quotidienne, etc. Sur le continent africain, la biomasse représente encore plus des 3/4 de l’énergie primaire consommée !

 

- Enfin, sur le plan mondial, la consommation effrénée des énergies fossiles a entraîné une augmentation des émissions de CO2 dans l’atmosphère, dont nous mesurons maintenant les conséquences désastreuses sur notre environnement.

 

Nous sommes donc contraints au changement, en même temps qu’il nous faut répondre à une triple interrogation : 

1)  Comment garantir, en préservant l’environnement, une sécurité énergétique qui assure le développement des pays émergents, le maintien de la croissance et du niveau de vie des pays développés, la garantie d’accès à l’énergie des Etats les plus pauvres ? 

2)  Comment cette sécurité énergétique peut-elle être obtenue dans un contexte international fortement concurrentiel et conflictuel, où chaque Etat ou groupe de pays poursuit ses objectifs propres ? 

3) Comment concilier la mondialisation du marché de l’énergie ‑ mondialisation des investissements, mondialisation des transports et des voies d’accès, mondialisation des prix, etc. – avec la réaffirmation de la souveraineté des Etats, qui n’entendent pas renoncer à l’exercer sur ce secteur hautement stratégique ?

 

          La mission d’information parlementaire a travaillé pendant près d’une année sur cette question analysée sous l’angle des relations internationales. Elle a étudié la situation de 7 grandes zones de la planète (Moyen Orient, Russie, Amérique du Sud, Asie, Afrique, Etats Unis, Europe) et elle a conclu de ses travaux que la question énergétique serait de plus en plus souvent à l’origine de tensions interétatiques ou interrégionales. Toutefois, la situation d’interdépendance dans laquelle se trouve l’ensemble des acteurs nus a amenés à penser que c’est la voie de la coopération qui sera privilégiée par les Etats, plutôt que la voie de la confrontation. Il s’agira pour les uns d’assurer la sécurisation de leur approvisionnement énergétique à un prix stabilisé, pour les autres d’assurer la garantie de leurs revenus et le financement de leurs investissements. On peut donc raisonnablement espérer que, si certaines conditions sont remplies, nous ne connaîtrons pas la guerre (ou des guerres ?) de l’énergie.

 

          Le plan d’action proposé par la mission parlementaire vise à prévenir les risques de crises liées à l’énergie en construisant une « paix énergétique » fondée sur neuf propositions, dont voici les principales:

 

- Tout d’abord pour éviter les crises diplomatiques la mission a préconisé de tenir avant chaque réunion du G8 une conférence internationale sur l’énergie réunissant pays producteurs et pays consommateurs dont les conclusions seraient inscrites à l’ordre du jour du G8.

 

- Le passé récent a démontré par ailleurs la nécessité de conclure un pacte énergétique entre l’Union européenne et la Russie. Le dialogue énergétique engagé depuis 2000 entre l’Union européenne et la Russie n’a pas permis jusqu’à présent de parvenir à un accord équilibré garantissant d’une part la préservation de la sécurité énergétique européenne, d’autre part les besoins d’investissements russes évalués à 735 milliards de dollars d’ici 2030. Il est temps de discuter d’égal à égal et de cesser de considérer que l’Union européenne ne peut fixer les termes du débat.

 

- Actuellement l’Europe peine à se doter d’une politique énergétique crédible. Malgré les annonces faites il y a 6 mois, il serait illusoire de prétendre à une politique commune de l’énergie, c’est le commissaire européen à l’énergie lui-même qui le reconnaît ! Il faut au contraire s’engager dans la voie d’une coopération intergouvernementale et créer un « Schengen de l’énergie » sous la forme d’un pacte de convergence énergétique. Ouvert à tous les Etats membres, ce pacte viserait aussi à instaurer un mécanisme de solidarité en cas de rupture d’approvisionnement avec à terme la mise en commun de stocks stratégiques.

 

- Construire la « paix énergétique » ne peut pas se réduire à prévenir les conflits et à garantir la sécurité des approvisionnements. Il faut également réduire l’inégalité d’accès à l’énergie des pays les plus démunis. Aujourd’hui, en Afrique subsaharienne, moins de 20 % de la population bénéficie des sources modernes d’énergie et 1,6 milliard de personnes n’ont pas accès à l’électricité.

La question du « partage énergétique » est essentielle. C’est pour cela que la mission parlementaire a proposé la création d’un fonds pour l’accès à l’énergie et la diversification énergétique, en partie alimenté par une contribution de solidarité sur les carburants. Parallèlement, la création d’un fonds de stabilisation contre les chocs énergétiques, financé par les principaux bénéficiaires du marché de l’énergie que sont les Etats producteurs et les compagnies pétrolières viserait à alléger le poids de la facture pétrolière des Etats les plus pauvres. Celle-ci représente en effet 20 % du PIB de nombreux Etats africains contre 2 % pour les pays de l’OCDE non producteurs.

 

- La question climatique enfin. Le rapport de Nicholas Stern estime que les conséquences du réchauffement de la planète pourraient être « plus grandes que celles des deux guerres mondiales et de la crise de 1929 » ! Cette question sera abordée dans un prochain séminaire, mais je voudrais dire un mot sur le protocole de Kyoto, qu’il faudra reconsidérer à partir de 2012. On sait qu’il n’a pas été signé par les Etats-Unis et l’Australie notamment, et qu’il ne concerne pas les pays en développement tels que la Chine ou l’Inde. Aussi, malgré les efforts engagés par les pays signataires, les émissions de CO2 progressent inexorablement et dangereusement.

Il faudra donc élargir le processus de Kyoto aux principaux pays émetteurs de CO2. Les émissions de gaz carboniques dues à la Chine devraient dépasser avant 2010 celles des Etats-Unis. Il n’est donc plus possible de faire peser la contrainte écologique sur les seuls pays développés. Par exemple, le développement de la filière du charbon propre par la Chine devient un impératif vital pour le monde entier.

Il faudra probablement aussi revenir sur l’exclusion de fait par le protocole de Kyoto du recours à l’énergie nucléaire, alors que celle-ci contribuerait à une baisse significative des émissions de gaz à effet de serre et réduirait dans le même temps la dépendance des pays à l’égard des énergies fossiles. Mais ce « retour en grâce » du nucléaire pose la question de sa conciliation avec le principe de non prolifération. Il est donc impératif de définir les solutions permettant de satisfaire les besoins mondiaux en énergie sans s’exposer à ce risque de prolifération. Les Etats-Unis et la Russie ont fait des propositions qui visent à mettre en oeuvre une coopération internationale entre les pays maîtrisant l’ensemble du cycle du combustible et ceux qui pourraient en bénéficier sans disposer chez eux de la maîtrise de ces technologies. L’AIEA pour sa part réfléchit à la création d’une banque du combustible. Face à de telles initiatives la France ne peut rester muette et doit elle aussi énoncer sa propre proposition de consortiums internationaux.

 

          Au total, la mise en œuvre de l’ensemble de ces actions constitue une entreprise qui demandera du temps avant de pouvoir observer une correction des tendances et une évolution significative des comportements. C’est là que réside la principale difficulté ; nous savons qu’à terme, d’ici 30 à 50 ans, la situation ne sera plus tenable, et c’est dès aujourd’hui que nous devons agir.

 

         La crise que nous connaissons marque la fin d’une période d’inconscience généralisée, qui a duré près d’une vingtaine d’années, au cours desquelles la croissance non maîtrisée de la consommation d’énergie a entraîné des désordres climatiques et la dégradation accélérée de notre environnement.

          Cette surconsommation énergétique à bas prix est allée de pair avec la mondialisation de l’économie et la libéralisation des échanges, sur laquelle s’est notamment fondé le décollage économique de puissances émergentes telles que la Chine, l’Inde ou le Brésil. Nous mesurons aujourd’hui le caractère insoutenable de ce rythme de consommation et d’exploitation des richesses énergétiques.

« L’humanité exploite intensivement depuis un siècle et demi des matières fossiles qui se sont constituées en 300 millions d’années…cette exploitation peut encore durer 150 ans, il est clair qu’une telle consommation n’est pas « soutenable » à long terme… Un changement sera nécessaire car, en d’autres termes, l’homme aura épuisé en 300 ans ce que la nature aura mis 300 millions d’années à produire ».

 

          Au temps de l’insouciance succède désormais le temps des inquiétudes. Les Etats cherchent la sécurité énergétique, mais quel est le sens de cet objectif ? Que faut-il sécuriser : le niveau des approvisionnements, la garantie d’un accès au marché, la stabilité des prix, les réseaux de transports ? On voit à travers ces conceptions multiples que les pays producteurs n’ont pas les mêmes priorités ni les mêmes intérêts que les pays consommateurs qui, eux-mêmes, ne répondent pas de la même façon selon qu’ils sont riches ou pauvres, entièrement dépendants ou non de l’extérieur sur le plan énergétique.

         Si chaque pays conserve sa propre définition de sa sécurité énergétique, il apparaît néanmoins clair qu’aucune solution n’est viable à long terme si elle ne tient pas compte de l’interdépendance de tous les acteurs. Jamais l’Europe, les Etats-Unis ou le Japon ne seront dans une  situation d’indépendance énergétique. Il faut donc définir d’autres priorités et s’employer à réduire entre les Etats les risques de conflits, de tensions et d’instabilité liés à l’énergie. Energie et géopolitique sont intimement liées. 

          Le secteur de l’énergie, en raison de son caractère vital pour les économies, reste toujours marqué par l’exercice de la souveraineté des Etats. A cet égard, il est frappant de constater que les grandes compagnies multinationales, qui incarnent la mondialisation et l’effacement des Etats, ne sont pas, dans le domaine de l’énergie, les véritables maîtres du jeu. La toute puissance revient en fait aux compagnies nationales, preuve que les questions énergétiques relèvent bien des relations interétatiques.

          De ce double enseignement -d’une part l’interdépendance des intérêts des Etats en matière d’énergie, d’autre part la nécessité de répondre de façon collective à la menace commune que constitue le changement climatique, on peut déduire qu’il est possible de prévenir les risques de conflits. 

                                       

          Cette conclusion optimiste ne se vérifiera que si les hommes et les Etats sont prêts à entreprendre les efforts nécessaires que j’ai décrits pour empêcher les affrontements.

         

          Dans le passé, je crois qu’il n’y a jamais eu de guerre strictement et uniquement liée à l’accès et au contrôle des hydrocarbures (à part peut-être au Paraguay dans les années 30). Le pétrole –et maintenant le gaz- sont des paramètres, parfois importants, de nombreux conflits armés, mais les dimensions politiques, économiques, stratégiques ou idéologiques sont souvent déterminantes dans leur déclenchement.

         

          Pour l’avenir, les craintes majeures concernent :

 

1- l’affrontement larvé entre les Etats-Unis et la Chine, en raison de leurs besoins considérables qui les poussent à se disputer les accès aux approvisionnements (Moyen Orient, Afrique…). La diplomatie et l’économie se mêlent ; les moyens financiers mis en œuvre, directement ou par compagnies interposées, sont considérables. 

2- les difficultés de l’Europe vis-à-vis de la Russie, qui a tendance à préférer se tourner vers la Chine et les Etats-Unis…..alors que son marché principal est l’Union Européenne. 

3- la déstabilisation du Moyen Orient :

Ø    l’Irak, avec une guerre civile qui n’en finit pas

Ø    l’Iran, qui n’hésite pas à évoquer l’arme pétrolière face aux sanctions liées au dossier nucléaire (essai de missiles dans le détroit d’Ormuz….qui contrôle 30% du commerce pétrolier mondial)

Ø    l’Arabie Saoudite (25% des réserves mondiales de pétrole), dont le régime politique et social est incertain.

 

          Il reste à espérer que les efforts nationaux et internationaux pour améliorer l’efficacité énergétique et diversifier les approvisionnements (par la recherche, l’investissement, l’évolution des modes de vie) permettront d’alléger les causes de tension, encore grandes, dans le domaine de l’énergie. 

          
            Il faudra du temps, de l’argent et de la volonté.

 

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Published by Paul Quilès - dans Energie et environnement
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     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez