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15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 14:05
Britta Pedersen/DPA/AFP

Britta Pedersen/DPA/AFP

Table ronde avec:

  • Paul Quilès, président d’IDN, ancien ministre de la Défense et ancien président de la commission de la Défense de l’Assemblée nationale,
  • Patrice Bouveret, directeur de l’Observatoire des armements, co-animateur d’Ican France (Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires)
  • Roland Nivet, vice-président du Mouvement de la paix.

Débat publié dans L'Humanité du 15 septembre 2017

 

Les réponses de Paul Quilès

      1- Un regain des tensions internationales peut être observé depuis l'arrivée au pouvoir du nouveau président des États-Unis. Cette situation est-elle irréversible ?

Donald Trump n’est pas le seul responsable de ce que vous appelez le regain des tensions internationales, même si ses foucades et son attitude changeante et agressive ont tendance à déstabiliser la scène internationale.

Au-delà de l’effervescence d’une actualité que les médias nous font vivre minute par minute, il faut replacer les évolutions dans leur contexte sur le long terme. Notre monde multipolaire est traversé de nombreux conflits d’intérêts et d’affrontements potentiels. La diminution des tensions ne peut se faire que s’il existe au niveau international une volonté des grandes puissances de dialoguer, ce qui est inconciliable avec la défiance systématique, l’antagonisme radical et les menaces.

La nouvelle course aux armements à laquelle on assiste vient rendre encore plus difficile ce nécessaire dialogue. Il est regrettable à cet égard que la France, signataire du Traité de Non-Prolifération nucléaire (TNP) ne respecte pas ses engagements[1] et s’apprête à augmenter de façon substantielle le budget de la dissuasion nucléaire. Quant au discours officiel des puissances « dotées » de l’arme atomique (dont la France), il rejoint de façon étonnante celui du dirigeant nord-coréen, justifiant la possession de cette arme par la nécessité d’assurer la défense des « intérêts vitaux » de son pays !  

L’accord négocié il y a deux ans avec l’Iran montre que, même dans un contexte très complexe, une volonté politique bien affirmée et un travail diplomatique persévérant peuvent ouvrir les voies d’un monde moins tourné vers le conflit.

      2- L’ONU a voté un traité d’interdiction de l’arme nucléaire le 7 juillet dernier. Comment sortir de l'ère de la terreur nucléaire ?

Il faut pour cela démontrer que l’arme nucléaire ne sert à rien dans les conflits actuels et à venir, qu’elle est en elle-même cause de prolifération nucléaire, qu’elle est très coûteuse et qu’elle est terriblement dangereuse. Le monde a frôlé la catastrophe lors de la crise des missiles de Cuba en 1962, sans oublier les dizaines d’accidents recensés ou les possibles erreurs d’interprétation, qui ont failli conduire au déclenchement du feu nucléaire.

Demain, une erreur technique, une cyber-attaque, un attentat terroriste pourraient mettre en cause la sécurité mondiale. L’utilisation, même limitée, de l’arme nucléaire aurait des répercussions environnementales catastrophiques sur une partie de la planète, entraînant, par un « hiver nucléaire », la dévastation de l’agriculture, le froid et la famine.

Le traité qui vient d’être voté à l’ONU a pour but de délégitimer l’arme nucléaire, comme cela a déjà été fait pour éliminer des armes de destruction massive –biologiques, chimiques-, les mines anti-personnel, les sous-munitions, pour interdire les essais nucléaires et même pour réduire les stocks d’armement nucléaires (passés de 70 000 à la fin des années 90 à environ 15 500 aujourd’hui). Il est la preuve indiscutable de la volonté d’une majorité d’Etats de dépasser l’ère de la terreur nucléaire, ceci malgré les fortes pressions contraires des Etats « dotés ».

      3- Quel peut être le rôle des mobilisations populaires dans l'imposition de la paix comme finalité des relations internationales ?

Cette mobilisation serait souhaitable et certainement efficace, même si les dirigeants n’écoutent pas toujours le peuple ! Encore faudrait-il que celui-ci puisse s’exprimer et qu’on lui donne les éléments d’information lui permettant d’apprécier ce qui se passe quand un conflit prend de l’ampleur.

Par exemple, les déclarations alarmistes et parfois caricaturales autour du dossier coréen n’aident pas à comprendre l’origine lointaine de l’affrontement entre la Corée du Nord et les Etats-Unis, les intérêts en présence, le rôle de la Chine. En suggérant des réponses de nature guerrière (le bombardement des sites nucléaires coréens), en évoquant l’hypothèse d’une 3ème guerre mondiale ou en faisant croire que la France pourrait être à la merci d’un tir de missile coréen, on cherche à prouver à l’opinion publique qu’il n’y a pas d’autre réponse que militaire, ce qui est inexact[2].


[1] " Chacune des parties au Traité s’engage à poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée et au désarmement nucléaire….. " (article VI du TNP)

[2] Voir: "Corée: comment éviter la guerre?"

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7 septembre 2017 4 07 /09 /septembre /2017 18:04
Photo Reuters

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Tribune de Paul Quilès, publiée par le Huffington Post

 

Les solutions pour éviter une guerre

entre la Corée du Nord et les États-Unis

"On ne saura ce que chacun est prêt à accepter que lorsque

le dialogue sera engagé".

 

      Il faut dépasser les commentaires inquiétants et parfois approximatifs annonçant un embrasement régional ou même mondial à la suite des essais nucléaires et balistiques de Kim Jong-Un et des imprécations de Donald Trump.

      L’affrontement entre les Etats-Unis et la Corée du Nord est loin d’être un phénomène nouveau. Les relations entre les deux pays ont pris des formes diverses depuis 1953, fin de la guerre de Corée : menaces, sanctions, mais parfois aussi détente et négociation.

    Les Américains considèrent l’Asie du Nord-Est comme une zone d’influence stratégique majeure et, par certains aspects, comme une « chasse gardée », compte tenu de leur soutien indéfectible au Japon et à la Corée du Sud. Ils se trouvent de ce fait confrontés à la politique de la Chine, dont les ambitions sur le plan mondial et particulièrement en Asie la conduisent à s’opposer à toute éventualité d’une avancée américaine dans la région. Et pourtant, le soutien chinois à Kim Jong-un est ambigu, puisque, si Pékin n’apprécie pas les activités balistiques et nucléaires militaires nord-coréennes et vote les sanctions contre la Corée du Nord au Conseil de sécurité, il entretient un commerce significatif avec elle !

     Le caractère inédit de la situation actuelle ne provient pas tant de l’annonce des essais balistiques et nucléaires coréens que de l’incroyable escalade verbale à laquelle se sont livrés les deux dirigeants américain et coréen. On nous dit que le « bluff » fait partie intégrante du « jeu » nucléaire inhérent à la dissuasion. Le problème est qu’ici, les conséquences catastrophiques de l’acte dont se menacent les « joueurs » seraient d’une toute autre nature et il est inquiétant d’imaginer que ce président américain aussi inexpérimenté qu’imprévisible et ce leader nord-coréen exalté seraient incapables de garder leur sang- froid.

     On voit bien ici que la dissuasion nucléaire, dont certains ne cessent de vanter les mérites, loin de protéger, contribue à créer de l’insécurité[1]. Il est par ailleurs assez cocasse de constater que l’argument de Kim Jong-un, justifiant le besoin de l’arme nucléaire pour assurer la sécurité de son pays, rappelle étrangement celui des Etats dotés de l’arme nucléaire (dont la France) qui considèrent cette arme comme la « garantie ultime de leur sécurité » !

      Pour en revenir aux risques immédiats, puisque Donald Trump affirme que « toutes les options sont sur la table », y a-t-il, au-delà de l’escalade verbale, un sérieux danger de guerre ?

     Il est très improbable qu’un bombardement américain et sud-coréen des sites du programme nucléaire nord-coréen puisse être envisagé, compte tenu des incertitudes sur les lieux de production et de stockage des équipements. Quant à une intervention militaire classique au sol, elle aurait des conséquences internationales d’une extrême gravité pour les Etats-Unis, sans compter le risque qu’elle ferait courir à la Corée du Sud.

      De son côté, le régime de Pyongyang, malgré ses menaces, sait bien qu’une action militaire contre le territoire ou les intérêts américains (ou contre la Corée du Sud ou encore le Japon) serait suicidaire. L’état de ses capacités nucléaires ou balistiques est d’ailleurs mal connu. On ne sait pas si la Corée du Nord est capable de maîtriser l’installation d’une arme nucléaire sur un missile balistique, le guidage de ce missile ou la protection de la tête lors de la rentrée dans l’atmosphère. Le risque existe cependant que, dans une période de tension élevée, soient déclenchées des actions irréfléchies ou « hors de contrôle ».

     Si l’on veut ramener les deux camps à la raison, force est de constater que les sanctions ne fonctionnent pas. Les mesures de rétorsion économique à l’encontre de la Corée du Nord n’ont pas substantiellement freiné le développement des programmes balistiques et nucléaires de la Corée du Nord. Elles ont même eu un effet contraire, puisque les sévères sanctions adoptées par l’ONU en mars 2016 ont été suivies d’une série d’essais de missiles. Elles n’ont pas non plus affecté de façon significative l’économie nord-coréenne, dont les observateurs notent un certain renouveau. On est loin en tout cas de la grave crise des années 90, marquée par une famine qui avait causé un million de morts.

      Pour engager une désescalade durable, il faut regarder du côté de l’accord intervenu avec l’Iran, même si la situation économique et géopolitique de ce pays est très différente. On a vu que les sanctions ne pouvaient être efficaces que si elles étaient accompagnées de négociations. Lorsque les États-Unis ont accepté de discuter et que la perspective d’allègement des sanctions est devenue crédible, les Iraniens ont répondu en faisant des concessions.

      Ici, l’engagement diplomatique de la Chine peut permettre de conforter l’option d’une dénucléarisation négociée de la péninsule coréenne. Elle y gagnerait une reconnaissance majeure de son rôle dans la sécurité de l’Asie du Sud-Est et se protégerait des risques considérables pour elle-même d’une confrontation armée sur le sol coréen.

    Des propositions de garantie de sécurité et de normalisation des relations économiques peuvent également être faites à la Corée du Nord par ses voisins asiatiques, voire américains, de manière à rendre l’armement nucléaire moins nécessaire à ses yeux. Ces propositions devraient naturellement être subordonnées à un arrêt vérifiable des programmes nucléaires et balistiques nord-coréens. 

     Dès lors que le dialogue aura repris entre les deux Corées, il sera possible de reprendre l’idée d’une dénucléarisation de la péninsule coréenne[2], qui reposerait sur l’engagement mutuellement vérifié des deux pays  à s’abstenir de fabriquer et de tester des armes nucléaires et à ne pas autoriser l'entreposage d'armes nucléaires sur leur territoire. Elle serait garantie par les cinq membres du Conseil de sécurité, le Japon et l’Union européenne. Elle entraînerait la levée progressive des sanctions frappant la Corée du Nord et la reprise des échanges de toute nature entre les deux Corées. Dans un second temps cette dénucléarisation pourrait être élargie à l’Asie du Nord Est dans son ensemble.

     D'autres scénarios de négociation sont possibles, mais on ne saura ce que chacun est prêt à accepter que lorsque le dialogue sera engagé.

      Les Coréens ne pourront retrouver la sécurité - et un jour peut-être l’unité - que dans un environnement de dialogue et de coopération. La confrontation nucléaire est radicalement contraire à cette aspiration ; elle renforce la dictature de Kim Jong-un ; elle empêche les Coréens de décider librement de leur avenir. Il ne s’agit pas d’une affaire purement asiatique : les principes en jeu (refus des antagonismes cimentés par l’arme nucléaire, choix de la solution pacifique des différends) sont universels. La France, en concertation avec ses partenaires européens, doit mieux les faire entendre en proposant d’autres méthodes que les échanges de menaces et d’invectives.


[1]  Lire la tribune de Ward Wilson

[2] Dans la déclaration de principes de 2005, les six partenaires concernés (Corée du Nord, Corée du Sud, Chine, Russie, États-Unis, Japon) s’étaient engagées à «explorer les moyens de promouvoir la coopération en matière de sécurité en Asie du Nord-Est».

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4 septembre 2017 1 04 /09 /septembre /2017 09:53
Alors, c’est la guerre ?

      Depuis hier, les commentaires les plus alarmistes sur l’éventualité d’une guerre en Asie (et pourquoi pas….d'une guerre mondiale ?) fleurissent dans les médias. Et, lorsque la parole est donnée aux experts en géopolitique et en défense, le sentiment éprouvé après les avoir écouté est qu’on ne peut rien faire. Attendons donc la catastrophe !

      Je ne vais pas reprendre mon analyse publiée il y a 15 jours par le JdD, qui montrait qu’il existe des voies et des démarches pour sortir de l’escalade actuelle.

      La voici, je n’ai pas un mot à changer : "Corée du Nord- Etats Unis: revenir à la raison" 

     J’insisterai quand même à nouveau sur un aspect totalement ignoré par la plupart des commentateurs : l’argument de Kim Jong-un, justifiant le besoin de l’arme nucléaire pour assurer la sécurité de son pays, rappelle étrangement celui des Etats dotés de nucléaire (dont la France) qui considèrent cette arme comme la "garantie ultime de sécurité" !

     Cet exemple montre bien que la dissuasion nucléaire, dont certains ne cessent de vanter les mérites, loin de protéger, contribue à créer de l’insécurité.!

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20 août 2017 7 20 /08 /août /2017 09:13
Corée du Nord-États-Unis : revenir à la raison

Ce texte a été publié aujourd'hui

dans Le Journal du Dimanche.

Lire sur le site du JdD

 

     Que faut-il penser des prévisions alarmistes qui annonçaient il y a quelques jours un embrasement régional ou même mondial à la suite des gesticulations militaires et des rodomontades de Kim Jong-un et Donald Trump ?

     Le flot des commentaires inquiétants et parfois approximatifs qui ont alimenté la chronique estivale ont souvent fait l’impasse sur le fait que l’affrontement entre les Etats-Unis et la Corée du Nord est loin d’être un phénomène nouveau. Les relations entre les deux pays ont pris des formes diverses depuis 1953, fin de la guerre de Corée : menaces, sanctions, mais parfois aussi détente et négociation.

     L’intérêt que portent les Américains à cette région vient de ce qu’ils considèrent l’Asie du Nord-Est comme une zone d’influence stratégique majeure et, par certains aspects, comme une « chasse gardée », compte tenu de leur soutien indéfectible au Japon et à la Corée du Sud. Ils se trouvent de ce fait confrontés à la politique de la Chine, dont les ambitions sur le plan mondial et particulièrement en Asie la conduisent à s’opposer à toute éventualité d’une avancée américaine dans la région. Et pourtant, le soutien chinois à Kim Jong-un est ambigu, puisque, si Pékin n’apprécie pas les activités balistiques et nucléaires militaires nord-coréennes et vote les sanctions contre la Corée du Nord au Conseil de sécurité, il a longtemps facilité ses exportations ! Les autorités chinoises viennent de s’engager à rompre avec cette pratique après avoir donné leur accord à l’adoption par le Conseil de sécurité de la résolution 2371, qui durcit très nettement les sanctions économiques frappant la Corée du Nord. Rien ne garantit cependant que ce changement de ton se traduira par une diminution substantielle des achats chinois auprès de la Corée du Nord.

     Le caractère inédit de la situation actuelle ne provient pas tant de l’annonce des nouveaux essais balistiques coréens que de l’incroyable escalade verbale à laquelle se sont livrés les deux dirigeants américain et coréen. On nous dit qu’il s’agit de « bluff » et que cette attitude fait partie intégrante du « jeu » nucléaire inhérent à la dissuasion. Le problème est qu’ici, il ne s’agit pas de « bluffer » dans la négociation d’un contrat commercial ou dans une partie de poker. Les conséquences catastrophiques de l’acte dont se menacent les « joueurs » seraient d’une toute autre nature et il est inquiétant d’imaginer que ce président américain aussi inexpérimenté qu’imprévisible et ce leader nord-coréen exalté seraient incapables de garder leur sang- froid et de ne pas être submergés par l’émotion.

     Je ne peux m’empêcher de souligner que cet exemple montre bien que la dissuasion nucléaire, dont certains ne cessent de vanter les mérites, loin de protéger, contribue à créer de l’insécurité 1. Il est par ailleurs assez cocasse de constater que l’argument de Kim Jong-un, justifiant le besoin de l’arme nucléaire pour assurer la sécurité de son pays, rappelle étrangement celui des Etats dotés de l’arme nucléaire (dont la France) qui considèrent cette arme comme la « garantie ultime de sécurité » !

     Pour en revenir aux risques immédiats, puisque Donald Trump affirme que « toutes les options sont sur la table », y a-t-il, au-delà de l’escalade verbale, un sérieux danger de guerre ? Certes, le ton entre les protagonistes vient de baisser, mais qu’en sera-t-il lors du prochain épisode de ce feuilleton ?

     Il est très improbable qu’un bombardement américain des sites du programme nucléaire nord-coréen puisse être envisagé, compte tenu des incertitudes sur les lieux de production et de stockage des équipements. Quant à une intervention militaire classique au sol, elle aurait des conséquences internationales d’une extrême gravité pour les Etats-Unis, sans compter le risque qu’elle ferait courir à la Corée du Sud.

     De son côté, le régime de Pyongyang, malgré ses menaces, sait bien qu’une action militaire contre le territoire ou les intérêts américains (ou contre la Corée du Sud) serait suicidaire. Le risque existe cependant que, dans une période de tension élevée, soient déclenchées des actions irréfléchies ou « hors de contrôle ».

      Alors, quelle peut être la solution pour engager une désescalade et ramener les deux camps  à la raison ?

     Constatons d’abord que les sanctions ne fonctionnent pas. Les mesures de rétorsion économique à l’encontre de la Corée du Nord n’ont pas substantiellement freiné le développement des programmes balistiques et nucléaires de la Corée du Nord. Elles ont même eu un effet contraire, puisque les sévères sanctions adoptées par l’ONU en mars 2016 ont été suivies d’une série d’essais de missiles. Elles n’ont pas non plus affecté de façon significative l’économie nord-coréenne, dont les observateurs notent un certain renouveau. On est loin en tout cas de la grave crise des années 90, marquée par une famine qui avait causé un million de morts 2.

     La seule méthode permettant d’engager une désescalade durable est à rechercher du côté de l’accord intervenu avec l’Iran, même si la situation économique et géopolitique de ce pays est très différente. On a vu que les sanctions ne pouvaient être efficaces que si elles étaient accompagnées de négociations. Lorsque les États-Unis ont accepté de discuter et que la perspective d’allègement des sanctions est devenue crédible, les Iraniens ont répondu en faisant des concessions.

     Ici, l’engagement diplomatique de la Chine peut permettre de conforter l’option d’une dénucléarisation négociée de la péninsule coréenne. Elle y gagnerait une reconnaissance majeure de son rôle dans la sécurité de l’Asie du Sud-Est et se protégerait des risques considérables pour elle-même d’une confrontation armée sur le sol coréen.

     Dans l’immédiat, une suggestion faite par Hans Blix mériterait d’être examinée. Il s’agirait de mettre en débat la situation du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (CTBT), que n’ont toujours pas ratifié les Etats-Unis et la Chine (tout comme l’Iran, Israël et l’Egypte) et que la Corée du Nord (comme l’Inde et le Pakistan) n’ont pas signé.

     Dès lors que le dialogue aura repris entre les deux Corées, comme le souhaite le nouveau président de la Corée du Sud, il sera possible de reprendre l’idée d’une dénucléarisation de la péninsule coréenne, formulée dans la déclaration de principe de 2005 entre les six partenaires concernés 3 (Corée du Nord, Corée du Sud, Chine, Russie, États-Unis, Japon). Cette dénucléarisation reposerait sur l’engagement mutuellement vérifié des deux Corées à s’abstenir de fabriquer et de tester des armes nucléaires et à ne pas autoriser l'entreposage d'armes nucléaires sur leur territoire. Elle serait garantie par les cinq membres du Conseil de sécurité, le Japon et l’Union européenne. Elle entraînerait la levée progressive des sanctions frappant la Corée du Nord et la reprise des échanges de toute nature entre les deux Corées.

     D'autres scénarios de négociation sont possibles, mais on ne saura ce que chacun est prêt à accepter que lorsque la négociation sera engagée. Ce qui est sûr, c’est que seule la voie politique, écartant l’option militaire, permettra aux différentes parties en présence, et au premier chef aux deux Corées, de défendre leurs intérêts, loin du bluff et des rodomontades.

     Peuple divisé, comme les Allemands l’étaient pendant la Guerre froide, les Coréens ne pourront retrouver la sécurité - et un jour peut-être l’unité - que dans un environnement de dialogue et de coopération. La confrontation nucléaire est radicalement contraire à cette aspiration ; elle renforce la dictature de Kim Jong-un ; elle empêche les Coréens de décider librement de leur avenir. Il ne s’agit pas d’une affaire purement asiatique : les principes en jeu (refus des antagonismes cimentés par l’arme nucléaire, choix de la solution pacifique des différends) sont universels. La France, en concertation avec ses partenaires européens, doit mieux les faire entendre en proposant d’autres méthodes que les échanges de menaces et d’invectives.

                                         Paul Quilès

2- J’ai pu vérifier au cours d’un voyage parlementaire auquel j’ai participé à cette époque, que les dirigeants de la Corée du Nord, conscients de cette situation, se montraient  plus ouverts à la discussion…..

3Les six puissances s’étaient engagées à «explorer les moyens de promouvoir la coopération en matière de sécurité en Asie du Nord-Est».

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29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 11:05
Appel à Donald Trump et Vladimir Poutine

     Quelques jours avant la première rencontre entre Donald Trump et Vladimir Poutine lors de la réunion du G 20 à Hambourg, quatre personnalités éminentes* viennent de rendre publique une lettre ouverte aux deux présidents américain et russe.

 

     Dans cette lettre, Des Browne, Wolfgang Ischinger, Igor S. Ivanov et Sam Nunn affirment que ce sera une occasion unique de souligner que, malgré les différences, les États-Unis, la Russie et l'Europe peuvent et doivent travailler ensemble.

 

     Considérant que les dangers de guerre n’ont jamais été aussi grands depuis la fin de la Guerre froide, ils affirment qu’il y a urgence à prendre des initiatives pour sortir de la dangereuse spirale de menaces dans laquelle le monde est engagé.

 

     Ils formulent plusieurs propositions, en s’inspirant notamment des travaux préliminaires d’un groupe de travail auquel j’ai eu l’honneur de participer, qui rassemblait des personnalités européennes, anciens ministres de la défense ou des affaires étrangères, diplomates et militaires de haut rang.

 

**********************

 

       Chers Président Poutine et Président Trump,

 

      Les relations entre la Russie et l’Occident n’ont jamais été aussi tendues depuis la Guerre froide. En l’absence de nouvelles initiatives, la méfiance s’accroît, réduisant la capacité des gouvernements à discuter. Il est essentiel que des mesures soient prises afin d’assurer la sécurité des peuples de la région Euro atlantique.

 

      Votre première rencontre à Hambourg sera une occasion unique de faire valoir que, quelles que soient les différences qui peuvent exister entre les nations, les Etats-Unis, la Russie et l’Europe peuvent et doivent travailler ensemble dans des domaines d’intérêt commun. C’est notamment dans le domaine de la réduction des risques nucléaires et militaires, ainsi que dans celui du contre terrorisme que cette coopération est cruciale.

 

      - Le point de départ pourrait être une nouvelle déclaration jointe faite par les deux présidents pour affirmer qu’une guerre nucléaire ne peut être gagnée et ne doit jamais avoir lieu. Cette déclaration aurait pour objectif de rendre clair qu’il en va de la responsabilité des chefs d’Etats de travailler ensemble afin d’éviter une catastrophe nucléaire. Elle serait bien reçue par les chefs d’Etats et les peuples du monde entier.

 

   - Une deuxième étape pourrait être de développer la communication entre militaires à travers un nouveau groupe de gestion de crise militaire entre l’OTAN et la Russie. Il est absolument nécessaire de rétablir les voies communications interarmées qui s’étaient révélées efficaces au moment de la Guerre froide. Ces initiatives devraient porter sur la réduction des risques d'erreur ou d'accident catastrophique en rétablissant la communication et en rétablissant la transparence et la confiance.

 

   - Une troisième étape pourrait être de collaborer afin d’empêcher Daesh ou tout autre groupe terroriste  de s’emparer de matériaux radioactifs et nucléaires. Il existe un besoin urgent de coopérer afin de sécuriser tous les matériaux radioactifs vulnérables pouvant être utilisés pour produire une « Bombe sale ». Ces matériaux sont largement disponibles dans plus de 150 pays et se trouvent souvent dans des installations telles que les hôpitaux et les universités qui sont mal sécurisés.

 

      - Quatrièmement, il est impératif que des discussions soient entamées, ne serait-ce que de manière informelle, pour identifier le danger causé par l’interférence de cyberattaques sur les systèmes d’alertes ainsi que sur le contrôle et la commande d’armes nucléaires. Ce point devrait être abordé de toute urgence pour empêcher qu’une guerre soit déclenchée par erreur. Il est en effet fort préoccupant qu’il n’existe aucun "code de conduite" dans la relation entre les cybertechnologies et les armes nucléaires.

 

      Aujourd’hui, la Russie, les Etats-Unis et l’Europe font face à une série de risques importants. Il est impératif qu’aucun de ces risques ne nous éloigne d’éventuelles actions pratiques pouvant mettre fin à une spirale inquiétante dans la relation entre les Etats et réduire les réels dangers. Les étapes que nous avons citées ici sont un bon point de départ pour engager cette coopération. Nous nous permettons respectueusement de souligner l’urgence qu’il y a à prendre ces initiatives dès votre réunion de Hambourg.

 

Des Browne, ancien secrétaire d’Etat britannique à la défense 

   Wolfgang Ischinger, ancien ambassadeur allemand aux Etats-Unis

   Igor S. Ivanov, ancien ministre russe des affaires étrangères

 Sam Nunn, ancien président de la commission de la défense du Sénat américain

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17 juin 2017 6 17 /06 /juin /2017 11:25
Kohl et Mitterrand

Souvenir d'une rencontre à Baden Baden entre Helmut Kohl et François Mitterrand, lors d'une visite aux "Forces françaises en Allemagne" en 1986, à laquelle j'ai participé comme ministre de la défense.

 

C'est l'occasion pour moi de saluer la mémoire de ces deux hommes d'Etat qui ont chacun marqué l'histoire de leur pays et, ensemble, celle de la construction européenne.

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2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 11:08
Stupidity first !

     Irresponsable, calamiteuse, tragique…. les adjectifs n’ont pas manqué pour qualifier la décision de D.Trump de retirer les Etats-Unis de l’accord de Paris signé par 175 pays lors de la COP 21 pour lutter contre le réchauffement climatique.

 

     On avait cru que le provocateur de la campagne présidentielle s’assagirait une fois aux affaires. Erreur. Devenu Président, Donald Trump reste lui-même et tous ses défauts continuent à se manifester de façon inquiétante.

 

    L’influence du lobby du charbon est indiscutable. Celle de certains de ses conseillers, non plus. On pense par exemple à Steve Bannon, ex-rédacteur en chef du site complotiste, misogyne et ultranationaliste Breitbart News, devenu le principal "conseiller stratégique" à la Maison Blanche!

 

     Mais il ne faut pas sous-estimer, à propos de cette décision, deux autres aspects de la personnalité de D. Trump :

 

- sa méconnaissance grave des dossiers. Voir par exemple cet article et ces photos "Cinq preuves que Trump se trompe sur le climat". Sur un autre dossier, celui de l’Obamacare, son aveu est pathétique : "On ne pensait pas que c’était aussi compliqué" !

 

- son caractère, que certains psychiatres dénoncent comme celui d’un "pervers narcissique mégalo et dangereux" .

 

     Il reste à espérer que des contre-pouvoirs vont se manifester, tant aux Etats-Unis que dans le reste du monde pour empêcher que cette décision stupide ne conduise à accentuer les dégâts causés à la planète par le réchauffement climatique.

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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 17:03
Après la réunion de Taormina : à quoi sert le G7 ?

     Ceux qui espéraient que le G7 qui vient de se tenir en Sicile pourrait servir à améliorer la gouvernance mondiale devront se rendre à l’évidence. Cette rencontre entre les chefs d’Etat et de gouvernement des 7 pays[1] n’a servi qu’à démontrer le refus de Donald Trump de s'engager en faveur de l'accord de Paris contre le réchauffement climatique.

 

     Tous les autres participants ont réaffirmé « leur engagement à rapidement mettre en oeuvre l'accord de Paris », mais en dépit de leurs pressions répétées, le Président américain n’a pas cédé. "Je prendrai ma décision finale sur l'accord de Paris la semaine prochaine !", a-t-il tweeté en quittant Taormina.

 

     Si l’on veut être optimiste, on peut croire les propos de son conseiller économique qui a déclaré que "Donald Trump évolue "et qu’il est "venu au G7 pour apprendre" !!

 

     En revanche, on peut craindre le pire si l’on se souvient de ses propos violents de campagne ("les USA se retireront de l’accord de la COP 21") et ses premières mesures de détricotage des efforts de B.Obama (remise en  cause "clean air act ", autorisation de forages polluants, décrets favorisant les énergies fossiles telles que le pétrole et le charbon….).

 

     Si les Etats-Unis se retiraient de l’accord de Paris, les conséquences seraient catastrophiques, d’abord parce que ce pays est le deuxième plus gros émetteur de GES (gaz à effet de serre) du monde, gaz responsables du réchauffement climatique, mais aussi parce que cette défection pourrait en entraîner d’autres (Chine, Russie…)

 

     Le seul sujet sur lequel un accord, qui existait avant le début des travaux, a été obtenu concerne la lutte contre le terrorisme. Le rapport[2], qui comporte 15 points, précise que la pression sera accentuée sur les grands groupes internet pour qu'ils luttent davantage contre les contenus radicaux. Il est également fait état, mais de façon assez peu précise, de mesures à prendre face au retour des combattants étrangers[3]Quant à la question préoccupante de la lutte contre le cyber terrorisme, elle  n’est évoquée que sous forme d’une déclaration d'intention, tout en demeurant dans  "le cadre juridique existant".

 

Ecouter mon commentaire lors du Journal de France Culture du 27/5/2017

(à partir de 12’30)

 

     Pas grand-chose n’a été décidé à propos des migrations, sujet pourtant majeur, auquel tenait en particulier l’Italie, alors même que le G7 ne s'était jamais tenu aussi près des côtes africaines. Ici encore, le comportement de Donald Trump a empêché la prise en considération de l'aspect humanitaire du dossier.

 

     Concernant la question du commerce international, autre sujet de friction avec un Donald Trump  tenté par une forme d'isolationnisme, il a été timidement mentionné la lutte contre le protectionnisme.

 

     Dernier sujet, soulevé par le premier ministre japonais, l’attitude à adopter à l’égard de la Corée du Nord à la suite des nouveaux essais de missiles. Face à une situation complexe et qui nécessiterait une analyse approfondie, la réponse à l’emporte-pièce de Donald Trump n’est pas rassurante: « le problème sera résolu » ! 

 

[1] Le G7 réunit les représentants de 7 pays -Allemagne, France, Italie, Grande-Bretagne, Etats-Unis, Canada, Japon- et de l’Union européenne. On parlait de G8 jusqu’à 2014, date à laquelle la Russie a été exclue de la conférence à la suite de la crise ukrainienne.

 

[3] Il a été fait référence au récent attentat de Manchester commis par un Britannique d'origine libyenne, qui pourrait s'être rendu en Syrie après une visite en Libye.

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24 mai 2017 3 24 /05 /mai /2017 20:49
Les ambiguïtés de l’OTAN

     Tribune de Paul Quilès 

publiée sur le site du Monde.fr

 

      « On ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens », disait le Cardinal de Retz. C’est probablement le risque que ne veulent pas courir les responsables des gouvernements européens de l’Alliance atlantique.

 

      Il suffit de se référer aux déclarations confuses, contradictoires ou rédigées dans la plus pure tradition de la langue de bois qui émaillent leurs grands rendez-vous pour prendre la mesure de leur goût pour l’ambiguïté lorsqu’ils se retrouvent en présence de leur allié américain. Ils ont ainsi décidé en 2016 à Varsovie de déployer quatre bataillons de mille hommes chacun aux frontières de la Russie, en principe pour dissuader une attaque russe. Mais on a envie de dire que c’est trop ou trop peu. Trop pour engager avec la Russie le dialogue proposé par l’Alliance lors de ce même sommet de Varsovie. Trop peu s’il s’agit d’arrêter le "déferlement" annoncé des chars russes. À moins qu’il ne s’agisse que de décourager des "menaces hybrides", c’est à dire de se préparer à combattre des manifestations pro-russes. Mais l’essentiel n’était-il pas de donner l’impression qu’on "faisait quelque chose" contre les démonstrations de force du président Poutine ?

 

      La même remarque peut être faite à propos de la posture de dissuasion et de défense adoptée en 2012 à Chicago. Il y est dit que l’Alliance restera une "alliance nucléaire" aussi longtemps qu’existeront des armes nucléaires. Veut-on dire que la dissuasion nucléaire est pérenne, ou accepte-t-on la perspective d’un monde sans armes nucléaires comme le promettait alors le président Obama ? Dans le même document, l’Alliance s’affirme "déterminée à maintenir une combinaison appropriée de capacités nucléaires, conventionnelles et de défense antimissile". Mais aucune précision n’est donnée sur le poids respectif des différents éléments de cette "combinaison appropriée", par nature fonction des circonstances.

 

      Ce n’est pas sur la base de ces déclarations que les Européens pourront mener à bien leur projet de relance de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC). Comme je tente de l’expliquer depuis bien longtemps, il ne saurait y avoir de véritable Europe de la défense sans rédaction d’un Livre blanc, définissant les objectifs politiques communs et les moyens à mettre en œuvre pour les atteindre. La stratégie globale élaborée par la Haute Représentante pour la PESC, Federica Mogherini, donne des éléments d’une "autonomie stratégique" européenne, mais elle n’en tire pas les conséquences concrètes en termes de politique militaire, de politique industrielle et de politique de sécurité orientée vers la réduction des tensions et le désarmement, au premier chef nucléaire. Faute de ce Livre blanc, les Européens seront condamnés à inscrire leur défense dans le cadre d’une doctrine d’abord conçue en fonction des intérêts américains ou bien ils juxtaposeront les mesures partielles, souvent prises au niveau national dans l’urgence d’un événement qu’on n’avait pas anticipé[1]

 

      La brève visite de Donald Trump au siège de l’OTAN à Bruxelles ne changera pas cette pratique de l’ambiguïté. Les désaccords seront masqués par des déclarations publiques d’unité et de fermeté face à la Russie et au terrorisme. Ils seront si heureux d’entendre que le président américain ne considère plus leur alliance comme "obsolète" qu’ils risquent d’accepter, au moins en paroles, ses demandes les moins raisonnables : porter les budgets de la défense à 2 % du PIB, ce qui représente pour la France 44,5 milliards d’euros et pour l’Allemagne 63 ; engager l’OTAN dans la lutte contre le terrorisme, alors que cette lutte n’est pas principalement militaire mais policière et judiciaire.

 

      Comment seront utilisées de telles augmentations de crédits militaires? À financer un système de défense antimissile orienté manifestement vers la Russie et qui risque d’accélérer la course aux armements nucléaires ? À financer la modernisation des armes tactiques américaines[2] installées en Europe et l’achat des appareils américains F35 destinés à les emporter ?

 

      Plus inquiétant encore : dans son discours en Arabie Saoudite, Donald Trump vient de citer l’Iran parmi les pays à combattre pour éradiquer le terrorisme. L’Europe devra-t-elle accepter, au nom de cette lutte, de remettre en cause l’accord de juillet 2015, jusqu’à présent pleinement respecté par l’Iran ? Doit-on risquer une nouvelle crise de prolifération, alors que le défi du programme nucléaire coréen requiert d’urgence une solution politique avec le soutien de toutes les puissances d’Asie du nord-est et au premier chef de la Chine ?

 

      Il faut refuser la logique d’affrontement prônée par Donald Trump. La stabilité internationale ne pourra être garantie que par le respect loyal des accords de non-prolifération et de désarmement signés.

 

      Quant aux dirigeants de l’Alliance atlantique, ils semblent croire que le retour à une politique d’armement nucléaire renforcera leur sécurité. Il n’en est pourtant rien, comme l’ont compris les 132 pays qui négocient actuellement à l’ONU un traité d’interdiction universelle et vérifiée de l’arme nucléaire. Jusqu’à présent, les pays nucléaires ou membres de l’OTAN[3], alliance qui se proclame nucléaire, ont refusé de participer à cette négociation. Pourtant, dans le concept stratégique de l’OTAN de 2010, toujours en vigueur, les pays de l’Alliance se déclaraient "déterminés à tendre vers un monde plus sûr pour tous et à créer les conditions d'un monde sans armes nucléaires, conformément aux objectifs du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires".

 

      Désarmement, dialogue, sécurité commune, telles sont les clefs d’un retour de la confiance en Europe. Je participerai dans les prochains jours à une réunion d’un groupe de travail de 25 personnalités européennes, anciens ministres de la défense ou des affaires étrangères, diplomates, militaires de haut rang pour y faire des propositions en ce sens.

_________________________________________________________________

 

[1] Par exemple : crise du Mali, crise des réfugiés…

[2] 180 B-61, positionnées dans 4 pays européens et en Turquie.

[3] A l’exception des Pays-Bas.

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14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 15:50
Pour comprendre la crise nord-coréenne

      Que se passe-t-il en ce moment entre la Corée du Nord, les Etats-Unis et la Chine?

 

      S'agit-il de gesticulations, malheureusement fréquentes, de la part de Trump et de Kim Jong-un ou y a-t-il un risque sérieux d'affrontement militaire?

 

   Cette analyse de 2 chercheurs du GRIP , Bruno Hellendorff et Fanny-Anh Le Hoang, permet de mieux comprendre la situation.

 

*******

 

"Avec ou sans vous!"

La Chine a-t-elle réellement les clés de la crise nord-coréenne?

 

      "La Corée du Nord cherche des ennuis. Si la Chine décide d’aider, ce serait super. Sinon, nous allons résoudre le problème sans eux ! " Par ce nouveau tweet incendiaire dont il s’est fendu le 11 avril, le président américain Donald Trump décidait d’enfoncer le clou. Plusieurs jours auparavant, il avait en effet déclaré au journal Financial Times « si la Chine ne résout pas [le problème de] la Corée du Nord, nous le ferons ».

 

       Les États-Unis prévoiraient-ils des frappes contre la Corée du Nord, comme ils l’ont fait en Syrie ? En ordonnant au porte-avion Carl Vinson de retourner croiser à proximité de la péninsule coréenne, l’administration américaine semblait décidée à faire pression sur Pékin.

 

       Reste qu’une question centrale dans cette crise nord-coréenne, et dans le tour nouveau qu’elle semble prendre sous l’impulsion de l’administration Trump, est largement mésestimée : quelle est l’influence réelle de Pékin sur Pyongyang ? La Chine peut-elle assumer le rôle que Washington lui donne ? (....)

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Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez