Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
27 mars 2016 7 27 /03 /mars /2016 09:59
Les marchands d'illusions

      Les attentats terroristes qui frappent les pays occidentaux depuis quelque temps suscitent naturellement une forte émotion dans les opinions publiques. S’ajoutent à cette tristesse des inquiétudes légitimes sur l’étendue et la nature des menaces auxquelles risquent d’être confrontées les populations civiles.


     Profitant de ce climat de tension, entretenu par une médiatisation sans retenue, certains responsables politiques (surtout à l’extrême droite et à droite) et des commentateurs prétendument compétents assènent des analyses et des propositions visant à convaincre qu’il existe des solutions simples pour lutter contre le terrorisme.    

 

     La réponse au problème posé à notre société par le développement d’actions terroristes sur notre territoire voulu par Daesh serait donc simple !

 

     Pour ces marchands d’illusions, quoi de plus évident en effet, pour répondre au problème, que de stopper tout accueil de réfugiés en Europe ?

 

     Quoi de plus évident, pour répondre au problème, que de renforcer massivement le dispositif policier et de prendre des mesures pénales extrêmes (rétablissement de la peine de mort, prison à perpétuité…)

 

     Quoi de plus évident, pour répondre au problème, que de s’interroger sur la pertinence de l’arme nucléaire pour écraser l’Etat islamique ? Oui, vous avez bien lu : l’arme nucléaire, la bombe atomique ! Pour vous en convaincre, je vous suggère de lire ce court article d’un journaliste « expert » des questions de défense, qui pose innocemment  la question: "Contre l'Etat islamique, la dissuasion nucléaire?"

 

     Tous ces promoteurs d’idées (trop) simples, qui se dispensent d’analyses sérieuses et qui n’hésitent pas à tomber dans la caricature et la démagogie, sont dangereux. Le climat politique actuel favorise malheureusement cette compétition à base d’idées simples et "choc", de "bons mots"de petites formules, destinées à marquer l’opinion dans la perspective de la course en deux phases qui s'annonce (primaires, présidentielle).

 

     Face au terrorisme djihadiste de Daesh, il n’y a pas –je le répète depuis des années- de réponse simple ou magique. Faire croire le contraire est irresponsable et relève de la démagogie.

 

 

Relire et écouter à ce sujet

 

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans International et défense
commenter cet article
2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 19:57
Le nucléaire dans les années 80

Je suis intervenu pendant quelques minutes lors du colloque organisé à l'Assemblée Nationale le 21 janvier 2016, à l'occasion du 20ème anniversaire de la mort de François Mitterrand.

 

Une occasion pour moi de revenir sur quelques souvenirs personnels à propos de la dissuasion nucléaire: ce qu'en disaient Reagan, Gorbatchev, Thatcher, Mitterrand; la réalité du lobby militaro-industriel.....

 

Le nucléaire dans les années 80Le nucléaire dans les années 80
Repost 0
Published by Paul Quilès - dans International et défense
commenter cet article
2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 15:17
Conférence sur le Moyen-Orient

          L'objet de cette réunion est d'essayer de comprendre:

 

 - les origines, lointaines et récentes, de l'imbroglio actuel;

 

- les stratégies, souvent complexes et même contradictoires des forces en présence (voir l'infographie ci-après, extraite d'un dossier du Monde);

 

- les conséquences des crises qui ravagent le Moyen-Orient;

 

- les chances de parvenir à une situation plus apaisée.

Conférence sur le Moyen-Orient
Repost 0
Published by Paul Quilès - dans International et défense
commenter cet article
1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 12:22
Elections en Irlande : un échec à méditer

      Les élections irlandaises du 26 février étaient une épreuve électorale pour les politiques imposées par les autorités européennes à partir de 2010 à ce pays comme à une grande partie de la zone euro.

 

     Ce test pour le gouvernement sortant du premier ministre Enda Kenny s’est traduit par un échec cuisant. Il donne l’occasion au journaliste Romaric Godin de tirer 3 leçons en direction  des dirigeants européens et de la social-démocratie européenne.

 

      A méditer….y compris en France.

 

Lire l’article de La Tribune

 

Résumé

 

1ère leçon: la croissance du PIB ne suffit pas pour effacer les effets néfastes de l'austérité et de certaines réformes.

En effet, la prospérité qu’elle engendre est très inégale. Elle repose sur l'abaissement du coût du travail, avec une précarisation et des salaires faibles pour les plus fragiles, mais aussi des transferts sociaux réduits et des services publics dégradés.

 

2ème leçon: la destruction des systèmes politiques.

En abandonnant l'idée de proposer de vraies réponses alternatives pour être capables de retrouver de l'utilité en imposant leurs vues à la zone euro, les partis ont perdu leur capacité de mobilisation. L'électorat est désorienté, parce qu’il n’a plus le choix qu'entre voter pour des formations qui conduisent la même politique ou céder à la tentation des extrêmes et du populisme.

 

3ème leçon: une réflexion pour la social-démocratie européenne.

Le Labour, enfermé dans une logique d'absence d'alternative, est devenu le parti TINA (selon la formule de Margaret Thatcher : « There Is No Alternative »). Au lieu d’apparaître comme une alternative au centre-droit, il est devenu son bras armé et il est considéré comme un parti d'opportunistes sans foi ni loi, inutile politiquement. 

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans International et défense
commenter cet article
1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 10:37
 Renouveler la politique étrangère de la France

Tribune de Paul Quilès publiée par l'Humanité du 1er mars 2016

sous le titre "Nous entrons dans une période nouvelle"

 

 

      Comme ses prédécesseurs, François Hollande s’est engagé à suivre une politique étrangère de paix en mettant l’accent sur le développement durable et la sécurité, qui sont deux des principales conditions structurelles de la paix.

 

     En septembre 2015, il a ainsi annoncé à la tribune de l’ONU une augmentation de l’aide française au développement de 4 milliards d’euros en 2020. En décembre 2015, le Sommet de Paris a posé les bases d’une action solidaire pour combattre le dérèglement climatique, nouvelle et grave menace pour la sécurité internationale.

 

      La France a par ailleurs conduit avec succès des actions militaires de stabilisation en Afrique ; elle joue un rôle important dans l’endiguement du terrorisme au Sahel et contribue à la lutte contre le prétendu « État islamique ». En Europe, François Hollande a su mettre en place un cadre adapté* pour le règlement de la crise ukrainienne, qui réunit les chefs des exécutifs français, allemand, ukrainien et russe. Ce cadre de négociation a permis la conclusion en février 2015 des accords de Minsk II, qui offrent la seule perspective juste et réaliste de retour à la paix (autonomie des régions d’Ukraine de l’Est, contre un rétablissement plein et entier de la souveraineté ukrainienne).

 

      Si l’on excepte le succès récent de la COP 21, la diplomatie française manque de visibilité, son message de paix est peu ou mal entendu.

 

      Pour surmonter cette relative marginalisation, il paraît nécessaire d’opter résolument pour une « diplomatie de mouvement ». D’abord en prenant acte, au-delà même du terrain économique, de la réintégration de l’Iran dans la communauté des nations, dès lors qu’il respecte ses engagements. De même, pourquoi n’envisager aucune évolution dans notre rapport à la Russie, au moment où les blocages dans l’application de Minsk II se font surtout sentir du côté ukrainien ? Enfin est-il réaliste de persister à demander le départ immédiat d’Assad au lieu d’envisager son éloignement comme le résultat d’un processus politique inclusif, dans le cadre d’un retour progressif à la stabilité** ? Dans cette crise également, une relation plus confiante avec la Russie renforcerait les chances de la paix.

 

      Notre politique étrangère ne peut pas se résumer aux consensus élaborés au sein de la communauté euro-atlantique ou de l’Union européenne. La France doit  savoir faire entendre une voix spécifique au service de la paix. Elle a parfois eu tendance à affirmer sa singularité dans la surenchère, comme on l’a vu à propos du programme nucléaire iranien ou de la riposte aux crimes d’Assad. Elle pourrait le faire de manière plus constructive, par exemple pour la reconnaissance de la Palestine comme État ou pour la construction d’une nouvelle architecture de sécurité européenne.

 

      Enfin, la France doit savoir définitivement s’affranchir des postures du passé. La stratégie de dissuasion ne peut plus être l’alpha et l’oméga de sa sécurité. Après l’échec inquiétant de la dernière conférence d’examen du TNP, elle devrait adresser au monde un message de désarmement. François Hollande a annoncé vouloir enfin relancer les négociations pour un traité d’interdiction des matières fissiles à usage militaire. Il a présenté un projet de traité à cet effet. Pourquoi ne pas avoir imaginé d’autres actions dans le prolongement de cette démarche, comme un moratoire sur les modernisations d’armes nucléaires ?

 

     Nous entrons dans une période nouvelle, bien différente de celle de l’immédiat après-Guerre froide. Le terrorisme, la multiplication des États en crise, les conduites agressives, les tentations de prolifération, l’insuffisance manifeste des organisations internationales font naître de nouveaux dangers. La politique étrangère doit se renouveler profondément pour y faire face.

 

Paul Quilès

Ancien ministre de la défense

Ancien président de la Commission de la défense de l’Assemblée Nationale

Président d’IDN

 

 

* Ce cadre de négociation est connu sous le nom de « format Normandie »

 

** Selon les termes du « groupe d’action sur la Syrie », réuni à Genève en juin 2012, sous l’égide de l’ONU.

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans International et défense
commenter cet article
2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 16:37
Vous avez dit primaires?

      Les Américains viennent d’entamer le processus des primaires qui va les conduire à choisir les candidats qui s’affronteront lors de l’élection présidentielle de novembre prochain.

 

      Certains d’entre eux s’affichent avec un programme social et économique réactionnaire, dont la mise en œuvre serait catastrophique.

 

      D’autres, incapables d’articuler un programme cohérent, se manifestent par des attitudes extrêmes relevant du populisme, teintées de racisme et de machisme. Leur comportement, parfois délirant, laisse tristement augurer de ce qui pourrait se produire si, par malheur, l’un de ces candidats devenait président des Etats-Unis.

 

     En effet, dans ce pays, tout comme en France –même si le système institutionnel est différent- le pouvoir du Président présente des aspects monarchiques, qui se manifestent parfois par de sérieuses dérives.

 

      Souhaitons que les Américains sachent faire le choix de celui ou celle qui ne les trompera pas, en se rappelant de la façon dont Georges Bush leur mentit en 2003 pour attaquer l’Irak.

 

      Je vous suggère à ce propos de visionner ce remarquable documentaire, qui explique en détail la façon dont Bush et les néoconservateurs américains ont monté l'intervention en Irak....dont le monde subit aujourd'hui les désastreuses conséquences, avec notamment la création de Daesh!

 

                                              Guerre, mensonges et vidéo.

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans International et défense
commenter cet article
29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 18:51
Les relations franco-allemandesLes relations franco-allemandes

     J’ai participé à une rencontre sur « les relations franco-allemandes dans une Europe en crise », qui s’est tenue à Bonn le 22 janvier.

 

     Ce forum a permis à des personnalités allemandes et françaises de confronter leurs points de vue sur l’état de l’Europe et sur les perspectives du tandem franco-allemand.


     Je suis intervenu pour ma part lors de la table ronde concernant « la politique économique dans la zone Euro et le débat sur l’austérité ». Voici les grandes lignes de mon intervention.

 

******

     L’euro n’est pas seulement une devise convertible comme le dollar américain ou le yen japonais ; c’est aussi une monnaie qui présente la caractéristique, sans équivalent dans le monde d’être commune à 19 pays et cogérée sur une base juridiquement égalitaire entre ces pays. C’est la seule institution véritablement fédérale de l’Union européenne. Son existence a donc une portée politique et même symbolique considérable.

 

     Traditionnellement, le droit de battre monnaie est un apanage de la souveraineté : en mettant en commun ce droit, les pays de la zone euro ont témoigné de leur volonté de former, au moins dans le domaine monétaire, une seule entité souveraine. Ils gardent en revanche leur pleine souveraineté dans le domaine budgétaire, sous réserve des disciplines acceptées en commun et cela complique les données de la politique économique, puisque la politique monétaire est européenne alors que la politique budgétaire reste nationale.

 

     Pourquoi les responsables européens de la fin des années 1980 et, au premier chef, le président François Mitterrand et le chancelier Helmut Kohl ont-ils décidé de créer l’euro ?

 

- D’abord pour parfaire le marché unique et resserrer les liens économiques entre leurs pays en établissant entre eux un système de change fixe reposant sur des parités irrévocables entre leurs monnaies.

 

- Ce système de change fixe devait de plus être égalitaire et ne pas revêtir la forme d’une zone Mark, dominée par une Allemagne alors en cours de réunification.

 

- Il s’inscrivait enfin dans le contexte de la construction d’une Union politique dont les bases allaient également être posées par le traité de Maastricht.

 

     Comme la construction européenne en général, l’euro est cependant toujours une œuvre inachevée. La crise des années 2008-2010 a montré que ce n’est pas un acquis définitif ; des efforts sont nécessaires pour le pérenniser. Ces efforts ne sauraient se limiter à la politique budgétaire : ils doivent également porter sur la politique économique en général. Sans convergence économique entre les pays qui la constituent, la pérennité de la zone euro ne peut être irrévocablement garantie.

 

     1) L’euro : des objectifs initiaux ambitieux

 

     Trois bénéfices économiques étaient attendus de l’euro :

- stimuler la croissance à long terme des pays participants en favorisant leur intégration économique ;

- renforcer le rôle de l’Europe dans la définition de l'ordre économique mondial en faisant de l'euro l'une des principales devises internationales ;

- améliorer les politiques économiques au sein de la zone Euro en encadrant le pouvoir budgétaire de ses membres.

 

     2) Des résultats décevants

 

     En réalité, les échanges au sein de la zone n'ont que faiblement augmenté et le potentiel de croissance s'est affaibli. Cela tient en partie au fait que les pays membres ont refusé de nouveaux partages de souveraineté dans le domaine économique, plutôt que de profiter de l'unification monétaire pour faire de la zone euro un espace de croissance mieux intégré, grâce en particulier à l’harmonisation de leurs politiques fiscales et sociales. Ils ont maintenu l’exigence d’unanimité en matière fiscale. Dans le domaine des réseaux, par exemple, (réseaux de télécommunication, de transport, de distribution de l’énergie), les services publics nationaux subissent l’ouverture à la concurrence sans que s’impose véritablement une logique de services publics européens garantissant à tous l’accès à des prestations de haute qualité.

 

     Certes, l’euro est devenu la deuxième monnaie internationale, derrière le dollar mais c’est surtout une monnaie d’endettement et de transaction pour les pays de la zone euro eux-mêmes et ceux de leur environnement régional. L’euro n’a pas acquis le rôle qui devrait être le sien comme monnaie internationale, et non simplement européenne, de prêt, de réserve et de transaction.

 

     Enfin, certains pays se sont montrés imprudents dans leur politique d’endettement public en raison des facilités que leur offrait leur appartenance à la zone euro. Le cas de la Grèce est emblématique à cet égard.

 

     3) Un échec de l’euro serait un échec de l’Europe

 

     Dès le 19 mai 2010, la chancelière Angela Merkel déclarait devant le Bundestag, à propos de la mise en place du Fonds européen de stabilité financière et du plan d’aide à la Grèce : « si l’euro échoue, l’Europe échoue ». Elle soulignait que « l’actuelle crise de l’euro représentait la plus grande menace existentielle que l’Europe avait à affronter depuis la signature des traités de Rome en 1957. »

 

     Il est clair que le coût économique, financier, politique d'une sortie de l'euro serait trop élevé pour être envisagé. Il serait démultiplié si la zone euro se défaisait à l’occasion d’une crise qui exacerberait les rancœurs et les incompréhensions. Un éclatement de l'euro libérerait également les tendances, déjà inquiétantes, du nationalisme et du protectionnismeIl déboucherait sur une remise en cause du marché unique alors que la fragilité de la zone Schengen est devenue patente avec la crise des réfugiés.

 

     Mais si l’euro doit être préservé, les ajustements budgétaires qu’il nécessite doivent être conduits avec prudence de manière à éviter un enchaînement déflationniste. Une réduction trop brutale de la dépense publique (politique d’austérité) aggraverait la méfiance, voire l’hostilité d’une partie du public dans certains pays membres, comme par exemple la France. La poussée de l’extrême droite dans ces pays s’explique en partie par des contraintes européennes, notamment budgétaires, considérées comme préjudiciables aux intérêts nationaux par certains secteurs de l’opinion, souvent dans les milieux les moins favorisés

 

     4) La discipline budgétaire est nécessaire, mais ne doit pas étouffer la croissance

 

     La crise de l’euro a débuté par une grave défiance des marchés financiers à l’égard des titres de la dette publique de plusieurs États membres. C’est ce qui explique que les solutions ont d’abord été recherchées dans une accentuation de la discipline budgétaire. Il s’agissait de restaurer le crédit des États dont les titres étaient attaqués ; par ailleurs les pays appelés à leur venir en aide refusaient de subir les conséquences financières d’une gestion budgétaire parfois hasardeuse. Ils ont donc demandé, en contrepartie de leur assistance, des efforts considérables de redressement budgétaire et la participation du FMI aux programmes d’aide.

 

    Je permets de rappeler qu’ils n’avaient pourtant pas élevé d’objection lorsqu’un pays comme la Grèce avait demandé son adhésion à la zone euro ! Cette exigence de discipline budgétaire a été étendue à l’ensemble des pays de la zone euro et s’est finalement traduite par les normes d’équilibre budgétaire et de réduction de la dette publique inscrites dans le traité de 2012 sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG)

 

     Si la discipline budgétaire est un objectif compréhensible, elle ne doit pas étouffer la croissance, dont dépend in fine la capacité du pays débiteur de respecter ses obligations financières. Je ferai à cet égard 2 remarques :

 

   1) L’équilibre des dépenses de fonctionnement des administrations publiques fait partie des conditions d’une bonne gestion budgétaire, mais il n’en va pas nécessairement de même des dépenses d’investissement. Dans la mesure où les investissements publics génèrent de la croissance et satisfont des besoins de moyen terme, ils peuvent être financés par l’emprunt sans créer une charge indue pour les générations futures.

 

     Un pays dont la dette serait faible, mais où les équipements collectifs seraient insuffisants pour répondre aux besoins de santé, d’éducation, etc. hypothéquerait tout autant son avenir qu’un pays souffrant d’une dette excessive. Il faut donc maintenir une priorité en faveur des investissements publics tout en maîtrisant l’évolution de la dette.

 

     2) La réduction des dettes excessives (au-delà de 60 % du PIB) doit rester compatible avec le maintien des potentiels de croissance. Cette remarque est évidemment applicable à la Grèce. Dans l’état actuel des programmes d’ajustement, la Grèce devra dégager un excédent budgétaire primaire (avant service de la dette) de 3,5 points de PIB en 2018 : un tel effort n’est évidemment pas réaliste après une longue période d’ajustement qui a réduit la richesse nationale de plus d’un quart et porté le taux de chômage à plus de 25 %. Un allègement de cet endettement non soutenable est inévitable.

 

     Il est vrai que les dirigeants grecs ont commis de lourdes erreurs en négligeant la modernisation de l’administration, notamment fiscale et en tolérant des situations de rente, voire de fraude. Mais les institutions européennes sont aussi coupables de négligences, concernant en particulier l’emploi des fonds structurels. En tout état de cause, les critiques de la nouvelle équipe gouvernementale grecque, qui n’est pas responsable des erreurs passées, à l’égard des préconisations des institutions créancières (Commission, BCE, FMI) doivent pouvoir être entendues. La Grèce a droit, en tant que pays membre de l’Union européenne, au respect de ses choix électoraux et de ses intérêts économiques fondamentaux.

 

     Dans d’autres pays comme l’Italie, l’Espagne ou le Portugal, qui connaissent à la fois une faible croissance et une faible inflation, les recettes fiscales seront nécessairement insuffisantes pour permettre une réduction rapide de la dette. Un effort trop brutal de réduction des dépenses publiques risquerait de casser les ressorts de la croissance et d’aggraver encore par contrecoup non seulement la situation des finances publiques mais aussi celle des banques. Une crise bancaire pourrait alors créer de nouvelles charges financières pour les pouvoirs publics, qui seraient contraints de venir au secours des banques en difficulté.

 

     Le pacte de stabilité budgétaire doit être appliqué en tenant compte de ces contraintes. Actuellement la BCE s’efforce d’atténuer l’impact récessif des réductions de dépenses publiques par une politique monétaire très accommodante. Elle a ainsi prévu de racheter pour plus de 1 040 milliards d’euros de dettes privées et publiques jusqu’en septembre 2016. Mais cette politique a ses limites : une accumulation de liquidités dans un contexte de récession peut favoriser une nouvelle crise financière.

 

   5) L’avenir de l’euro dépend d’une bonne gestion de l’ensemble des variables macroéconomiques

 

     Ce serait une erreur de croire que le sort d’une monnaie est uniquement lié à la gestion des finances publiques. Il dépend également de l’état général de l’économie. La gestion de l’euro doit donc s’inscrire dans une politique macroéconomique tournée vers la croissance et l’emploi.

 

     Rappelez-vous de l’Espagne, dont la gestion budgétaire était considérée comme exemplaire avant la crise de 2008. Quelques années après, la crise immobilière et bancaire provoquait une dégradation violente des finances publiques, avec des déficits de l’ordre de 10 % du PIB. Il est très peu probable, au vu des derniers résultats électoraux, que la politique d’austérité menée par le gouvernement de Mariano Rajoy puisse être maintenue sans changement au cours des années à venir. Malgré une certaine amélioration dans la période récente, le taux de chômage a en effet atteint un niveau tel (21,4 %) qu’il rend cette politique économique intenable à moyen terme.

 

     Parmi les variables qui doivent retenir l’attention au même titre que l’équilibre des finances publiques figurent trois paramètres :

 

     - en premier lieu l’investissement privé et public : l'Europe souffre actuellement d'une insuffisance d'investissements, leur montant global reste inférieur de 15 % au niveau atteint avant la crise de 2008. Ce déficit d’investissement ne résulte pas d’un manque de liquidités, mais d’une prise de risque insuffisante des investisseurs privés et, dans certains cas, d’un manque d’investissement public. L’Allemagne ne fait pas exception à cet égard, par exemple en matière routière et ferroviaire dans les anciens Länder de l’ouest, comme la remarque en est souvent faite.

 

     Il faut donc se féliciter de l’initiative prise par la Commission européenne de lancer un Fonds européen pour les investissements stratégiques doté de 21 milliards d'euros et destiné à financer les secteurs porteurs de croissance, comme le numérique, la transition et l’efficacité énergétiques, les réseaux, la recherche et l’innovation, l’éducation et la formation, le financement des PME….L'objectif est d'atteindre 315 milliards d'euros d'investissements supplémentaires dans les trois prochaines années, grâce aux fonds mobilisés par la Banque Européenne d'Investissement (BEI) et aux co-financements publics et privés qui les compléteront. Cette initiative est aujourd’hui loin d’être assurée du succès ; elle est pourtant déterminante pour l’avenir de la zone euro.

 

   - ensuite la prise en compte de l’ensemble des équilibres économiques. L’Allemagne, par exemple, enregistre un excédent proprement démesuré de sa balance courante (près de 9 %). Comme le soulignent de nombreux économistes, en particulier aux États-Unis, cet excédent est le résultat d’une politique économique qui comprime la demande intérieure, y compris la demande d’importation. La Commission européenne et le FMI critiquent d’ailleurs l’Allemagne sur ce point, en particulier depuis 2013. On ne peut que se féliciter de la mesure récente d’introduction d’un salaire minimum légal qui est de nature à atténuer ce déséquilibre. Une partie de l’épargne exportée hors d’Allemagne devrait pouvoir être investie dans ses frontières, notamment pour la modernisation de ses équipements collectifs.

 

     - enfin, une infrastructure bancaire solide, indispensable au bon fonctionnement de l’euro. La crise des finances publiques subie après 2008 par de nombreux pays de la zone euro a été provoquée ou aggravée par la situation de leurs banques. Les cas de l’Irlande et de l’Espagne sont particulièrement illustratifs à cet égard.

 

     Les gouvernements de la zone euro ont reconnu que l’union monétaire implique aussi une union bancaire, avec une supervision et un mécanisme de résolution communs. Reste à établir un système commun de garantie des dépôts.

 

     Des questions se posent aussi quant à la capacité du filet de sécurité commun à absorber un choc de grande ampleur : dans l’état actuel du système, il est à craindre que les budgets nationaux soient encore mis à contribution en cas de défaillance majeure de leur industrie bancaire, même après la mise en place du fonds européen de résolution bancaire. Il est essentiel de réduire les risques liés aux activités financières et, dans ce but, de mettre en œuvre des disciplines rigoureuses, tant au plan européen qu’au plan national, pour séparer les activités de marché risquées des banques et leurs activités de détail, de sorte que les dépôts courants des agents économiques ne soient plus utilisés pour des activités spéculatives.

 

CONCLUSION

 

     La dimension politique de l’euro ne doit pas être perdue de vue, parce que c’est elle qui justifie les efforts de toute nature consentis pour sa consolidation. Mais l’euro ne résume évidemment pas la construction européenne, de grands défis sont à relever dans bien d’autres domaines pour faire de l’Union européenne un acteur international de plein exercice, capable de peser sur l’évolution du monde.

 

     On peut mentionner à cet égard la préservation de l’espace Schengen et la gestion des migrations vers l’Union européenne, ou encore la politique de sécurité et de défense, sujets qui seront abordés dans la prochaine table ronde.

 

     La zone euro, par la force des choses, est appelée à former le cœur de l’Europe politique à construire. Pour atteindre cet objectif, le partenariat franco-allemand joue un rôle déterminant, comme le reconnaissent d’ailleurs les autres pays de la zone Euro.

     Je souhaite, dans cette perspective, formuler quelques propositions en matière économique et financière :

  • Mieux utiliser les outils de la coopération franco-allemande, en particulier le Conseil économique et financier franco-allemand dont les réunions doivent être plus fréquentes.
  • Engager une action commune pour doter la zone euro de structures de gouvernance économique plus efficaces,
  • Exploiter le potentiel d’intégration économique offert par l’existence de l’euro en lançant des initiatives franco-allemandes de coopération industrielle dans les principaux secteurs où les barrières règlementaires entravent l’activité.

     

     Ces quelques propositions ne sont qu’une invitation au débat. La France et l’Allemagne ont en effet des responsabilités particulières dans la construction européenne. Elles ont été à l’initiative de son lancement et de tous ses progrès. Il est donc essentiel que, dans nos deux pays, les responsables politiques, les experts, les responsables syndicaux et la société civile dans son ensemble continuent à débattre de manière active et approfondie de toutes les questions qui déterminent l’avenir de l’Europe. Le renforcement de l’euro en fait naturellement partie, comme les autres thèmes de ce séminaire, dont je remercie chaleureusement les organisateurs.

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans International et défense
commenter cet article
13 décembre 2015 7 13 /12 /décembre /2015 11:11
COP 21 : un exemple à suivre

      Le militant de la défense de l’environnement que je suis depuis longtemps (voir sur ce blog)* se réjouit de la conclusion de la COP 21. Malgré les imperfections de l’accord historique qui vient d’intervenir -inévitables dans un compromis de cette nature-, le fait qu’une prise de conscience ait été possible entre 195 pays est en soi un évènement majeur, qui devrait donner à réfléchir à certains pays, dont la France.

 

      Lors de la conférence que j’ai faite hier à Toulouse à l’invitation du GREP (« Le nucléaire militaire : un atout ou un risque pour la paix mondiale ? »), j’ai souligné le lien qui existe entre les deux périls :

 

      - d’un côté, les conséquences du réchauffement climatique, susceptible de déstabiliser des régions entières et de pousser à de graves conflits, au terrorisme et, dans les cas extrêmes, à l’utilisation de l’arme nucléaire ;

 

      - de l’autre, les effets de la mise en œuvre de cette arme, même de façon « réduite »**, qui entraînerait un changement de climat catastrophique, se traduisant par une baisse prolongée des températures, avec des effets désastreux sur l’agriculture et l’alimentation du monde.

 

      Alors, pourquoi ce qui a été possible avec le réchauffement climatique ne le serait-il pas avec l’armement nucléaire ? Déjà, dans le cadre de l’ONU, 138 Etats viennent de s’engager à faire avancer le processus de désarmement multilatéral. Il est regrettable que la France, comme la Chine, les Etats-Unis, la Russie et le Royaume-Uni, ait refusé de s’associer à cette démarche.

 

      A ceux qui croient encore au mythe de la bombe atomique « assurance-vie » et « protection ultime de notre sécurité », je conseille la lecture de la tribune de Georges Le Guelte, ancien responsable au Commissariat à l'énergie atomique (CEA) et à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), qui dénonce cet abus de langage en citant notamment l’étonnante déclaration du président américain Ronald Reagan en 1985 :

 

 «Vous apprenez que les missiles soviétiques ont été lancés, vous savez que désormais plus rien ne peut les arrêter, et qu’ils vont détruire une partie de votre pays beaucoup plus grande que tout ce que vous pouvez imaginer. Et vous êtes assis là, sachant que tout ce que vous pouvez faire est d’appuyer sur le bouton, pour que les Soviétiques meurent aussi, alors que nous serons déjà tous morts ».

 

      A ceux qui veulent savoir ce que pensent d’anciens responsables de la mise en œuvre du nucléaire militaire, je recommande aussi de méditer cette déclaration du Général Lee Butler, ex-commandant en chef (1992-94) des Forces aériennes stratégiques (nucléaires) des Etats-Unis :

 

 « Nous n’avons pas de plus grande responsabilité que de mettre un terme à l’ère nucléaire (….) 

 Nous ne pouvons continuer de soumettre à un blocage souverain les clés qui nous délivreraient enfin du cauchemar nucléaire.

 Nous ne pouvons refuser d’engager les ressources essentielles pour nous délivrer de son emprise, pour réduire les dangers qu’il représente.

 Nous ne pouvons rester là, assis, à acquiescer par notre silence aux sermons dépassés des grands prêtres du nucléaire.

 Il est temps de réaffirmer la primauté de la conscience individuelle, de redonner voix à la raison et aux intérêts légitimes de l’humanité. »

____________________________________________________________

* Voir aussi sur ce blog mes interventions "énergie et environnement"

 

** L’utilisation de moins de 50% de leurs arsenaux nucléaires dans un conflit entre le Pakistan et de l’Inde (pays les plus inquiétants dans leur vision du rôle de cet armement), soit 50 à 100 ogives (à comparer au stock mondial de 15 500), suffirait à engendrer cette catastrophe.

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans International et défense
commenter cet article
6 décembre 2015 7 06 /12 /décembre /2015 09:18
Une autre conséquence du chaos syrien

       Le chaos syrien n’a pas comme seule conséquence les attentats terroristes sur notre sol et l’arrivée en Europe de migrants qui fuient les zones de combat.

 

       La guerre civile en Syrie a causé la mort de 250 000 personnes. Elle a forcé plus de la moitié de la population à fuir, avec 8 millions de déplacés dans le pays et 4 millions de réfugiés dans les pays limitrophes. Le Liban accueille 1 115 000 Syriens, la Turquie 1 900 000, la Jordanie 630 000, l’Irak 250 000, l’Égypte 135 000 et l’Afrique du Nord 25 000.

 

      Voici un témoignage émouvant, rapporté par l’Association Solidarités International, qui nous rappelle l'existence de ces drames.

 

      Pour échapper au conflit qui fait rage dans leur pays, Soraya et sa famille se sont réfugiés au nord du Liban, près de la ville de Zgharta. Entre terre et poussière, entourés de bâches et de cartons, ils vivent aujourd’hui dans un ancien élevage de poulets.

 

      « Pendant deux ans, nous ne pouvions pas nous doucher : nous devions nous accroupir derrière le mur haut de quatre briques, et nous laver rapidement avec un seau en craignant d’être vus. Nos enfants étaient constamment malades, marchaient pieds nus et souffraient de diarrhées » raconte-elle.

 

      « C'est le pire site que nous ayons visité parmi toutes les zones dans lesquelles nous travaillons » affirme Nour, le responsable des activités eau, hygiène et assainissement (EHA) pour SOLIDARITÉS INTERNATIONAL.

 

       Comme Soraya et sa famille, près de 1.5 million de réfugiés syriens vivent aujourd’hui au Liban. Manque d’eau potable, abris indécents, absence de toilettes : dans ces conditions d’hygiène catastrophiques, ils sont constamment menacés par les maladies liées à l’eau insalubre.

 

      Tous les jours, nos équipes sont mobilisées à leurs côtés pour leur fournir de l’eau potable, des conditions sanitaires décentes et un abri.

 

      Ce témoignage n’est qu’un exemple parmi les centaines de milliers de situations semblables que connaissent les populations du Moyen Orient et qui justifient aussi que soit mis fin au chaos syrien.Ne les oublions pas !

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans International et défense
commenter cet article
4 décembre 2015 5 04 /12 /décembre /2015 09:58
Le Coran, Jésus et l'islam

Pour sortir des approximations et des manipulations,

 

pour mieux comprendre le Coran et les origines de l'Islam,

 

écoutez cette remarquable émission,

 

diffusée ce matin sur France Inter,

 

avec  les auteurs-réalisateurs Gérard Mordillat et Jérôme Prieur.

 

On les retrouvera mardi 8 décembre sur ARTE

avec la série documentaire Jésus et l'islam,

au cours de laquelle ils interrogent 

les spécialistes du monde entier sur l'émergence de l'islam.

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans International et défense
commenter cet article

Recherche

Cordes sur Ciel

CORDES

Faites connaissance avec

la cité médiévale

dont Paul Quilès est le maire
cordes-nuages-8-bp--R-solution-de-l--cran-.jpg

 Avant de venir à Cordes, consultez:

     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez