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13 décembre 2015 7 13 /12 /décembre /2015 11:11
COP 21 : un exemple à suivre

      Le militant de la défense de l’environnement que je suis depuis longtemps (voir sur ce blog)* se réjouit de la conclusion de la COP 21. Malgré les imperfections de l’accord historique qui vient d’intervenir -inévitables dans un compromis de cette nature-, le fait qu’une prise de conscience ait été possible entre 195 pays est en soi un évènement majeur, qui devrait donner à réfléchir à certains pays, dont la France.

 

      Lors de la conférence que j’ai faite hier à Toulouse à l’invitation du GREP (« Le nucléaire militaire : un atout ou un risque pour la paix mondiale ? »), j’ai souligné le lien qui existe entre les deux périls :

 

      - d’un côté, les conséquences du réchauffement climatique, susceptible de déstabiliser des régions entières et de pousser à de graves conflits, au terrorisme et, dans les cas extrêmes, à l’utilisation de l’arme nucléaire ;

 

      - de l’autre, les effets de la mise en œuvre de cette arme, même de façon « réduite »**, qui entraînerait un changement de climat catastrophique, se traduisant par une baisse prolongée des températures, avec des effets désastreux sur l’agriculture et l’alimentation du monde.

 

      Alors, pourquoi ce qui a été possible avec le réchauffement climatique ne le serait-il pas avec l’armement nucléaire ? Déjà, dans le cadre de l’ONU, 138 Etats viennent de s’engager à faire avancer le processus de désarmement multilatéral. Il est regrettable que la France, comme la Chine, les Etats-Unis, la Russie et le Royaume-Uni, ait refusé de s’associer à cette démarche.

 

      A ceux qui croient encore au mythe de la bombe atomique « assurance-vie » et « protection ultime de notre sécurité », je conseille la lecture de la tribune de Georges Le Guelte, ancien responsable au Commissariat à l'énergie atomique (CEA) et à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), qui dénonce cet abus de langage en citant notamment l’étonnante déclaration du président américain Ronald Reagan en 1985 :

 

 «Vous apprenez que les missiles soviétiques ont été lancés, vous savez que désormais plus rien ne peut les arrêter, et qu’ils vont détruire une partie de votre pays beaucoup plus grande que tout ce que vous pouvez imaginer. Et vous êtes assis là, sachant que tout ce que vous pouvez faire est d’appuyer sur le bouton, pour que les Soviétiques meurent aussi, alors que nous serons déjà tous morts ».

 

      A ceux qui veulent savoir ce que pensent d’anciens responsables de la mise en œuvre du nucléaire militaire, je recommande aussi de méditer cette déclaration du Général Lee Butler, ex-commandant en chef (1992-94) des Forces aériennes stratégiques (nucléaires) des Etats-Unis :

 

 « Nous n’avons pas de plus grande responsabilité que de mettre un terme à l’ère nucléaire (….) 

 Nous ne pouvons continuer de soumettre à un blocage souverain les clés qui nous délivreraient enfin du cauchemar nucléaire.

 Nous ne pouvons refuser d’engager les ressources essentielles pour nous délivrer de son emprise, pour réduire les dangers qu’il représente.

 Nous ne pouvons rester là, assis, à acquiescer par notre silence aux sermons dépassés des grands prêtres du nucléaire.

 Il est temps de réaffirmer la primauté de la conscience individuelle, de redonner voix à la raison et aux intérêts légitimes de l’humanité. »

____________________________________________________________

* Voir aussi sur ce blog mes interventions "énergie et environnement"

 

** L’utilisation de moins de 50% de leurs arsenaux nucléaires dans un conflit entre le Pakistan et de l’Inde (pays les plus inquiétants dans leur vision du rôle de cet armement), soit 50 à 100 ogives (à comparer au stock mondial de 15 500), suffirait à engendrer cette catastrophe.

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6 décembre 2015 7 06 /12 /décembre /2015 09:18
Une autre conséquence du chaos syrien

       Le chaos syrien n’a pas comme seule conséquence les attentats terroristes sur notre sol et l’arrivée en Europe de migrants qui fuient les zones de combat.

 

       La guerre civile en Syrie a causé la mort de 250 000 personnes. Elle a forcé plus de la moitié de la population à fuir, avec 8 millions de déplacés dans le pays et 4 millions de réfugiés dans les pays limitrophes. Le Liban accueille 1 115 000 Syriens, la Turquie 1 900 000, la Jordanie 630 000, l’Irak 250 000, l’Égypte 135 000 et l’Afrique du Nord 25 000.

 

      Voici un témoignage émouvant, rapporté par l’Association Solidarités International, qui nous rappelle l'existence de ces drames.

 

      Pour échapper au conflit qui fait rage dans leur pays, Soraya et sa famille se sont réfugiés au nord du Liban, près de la ville de Zgharta. Entre terre et poussière, entourés de bâches et de cartons, ils vivent aujourd’hui dans un ancien élevage de poulets.

 

      « Pendant deux ans, nous ne pouvions pas nous doucher : nous devions nous accroupir derrière le mur haut de quatre briques, et nous laver rapidement avec un seau en craignant d’être vus. Nos enfants étaient constamment malades, marchaient pieds nus et souffraient de diarrhées » raconte-elle.

 

      « C'est le pire site que nous ayons visité parmi toutes les zones dans lesquelles nous travaillons » affirme Nour, le responsable des activités eau, hygiène et assainissement (EHA) pour SOLIDARITÉS INTERNATIONAL.

 

       Comme Soraya et sa famille, près de 1.5 million de réfugiés syriens vivent aujourd’hui au Liban. Manque d’eau potable, abris indécents, absence de toilettes : dans ces conditions d’hygiène catastrophiques, ils sont constamment menacés par les maladies liées à l’eau insalubre.

 

      Tous les jours, nos équipes sont mobilisées à leurs côtés pour leur fournir de l’eau potable, des conditions sanitaires décentes et un abri.

 

      Ce témoignage n’est qu’un exemple parmi les centaines de milliers de situations semblables que connaissent les populations du Moyen Orient et qui justifient aussi que soit mis fin au chaos syrien.Ne les oublions pas !

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4 décembre 2015 5 04 /12 /décembre /2015 09:58
Le Coran, Jésus et l'islam

Pour sortir des approximations et des manipulations,

 

pour mieux comprendre le Coran et les origines de l'Islam,

 

écoutez cette remarquable émission,

 

diffusée ce matin sur France Inter,

 

avec  les auteurs-réalisateurs Gérard Mordillat et Jérôme Prieur.

 

On les retrouvera mardi 8 décembre sur ARTE

avec la série documentaire Jésus et l'islam,

au cours de laquelle ils interrogent 

les spécialistes du monde entier sur l'émergence de l'islam.

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26 novembre 2015 4 26 /11 /novembre /2015 19:25
Après le grave incident russo-turc

     La destruction d’un bombardier russe par l’aviation turque vient confirmer la dangerosité des relations entre l’OTAN et la Russie. 

     Le risque de voir se développer des incidents de cette gravité avait amené ELN à organiser une réflexion, qui s’est traduite le 26 août 2015 par une déclaration que j'ai signée avec 13 anciens responsables de pays européens.

   L’analyse et les recommandations de ce texte apparaissent aujourd’hui plus pertinentes que jamais. Il y a urgence, comme le dit un article du quotidien britannique The Times à ce que “la Russie et l’OTAN apprennent à combattre ensemble l’EI et non pas à se combattre”. (lire l'article)

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24 novembre 2015 2 24 /11 /novembre /2015 10:14
Les ressources de l'Etat islamique

 "Quelles ressources faut-il cibler

 

pour couper les vivres à l'Etat islamique ?"

 

Cette analyse, que vient de publier francetvinfo,

 

 est un excellent complément à mon texte du 20 novembre

 

 "Le pétrole, argent du terrorisme"

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20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 11:58
Le pétrole, argent du terrorisme

      Au cours de mon interview sur Sud Radio ce matin, j'ai donné quelques indications sur ce que les ministres européens de l'Intérieur et de Justice devraient proposer aujourd'hui lors de leur réunion à Bruxelles pour combattre le terrorisme.. 

 

Ecouter l'interview


      Au-delà des mots, des promesses qui tardent à se concrétiser, il devient très urgent d'agir au niveau européen dans 4 domaines où l'action d'un pays seul est insuffisante:

- le contrôle des passagers dans les aéroports (PNR);

- la lutte contre le trafic et la fabrication illicite d'armes à feu;

- le renforcement des contrôles aux frontières de l'espace Schengen;

- l'accentuation de la lutte contre le financement du terrorisme.

 

     A propos de ce qu'on nomme "le nerf de la guerre" (l'argent!), il est incompréhensible qu'une des plus importantes sources de financement des terroristes, la vente de pétrole et de produits pétroliers à partir des installations dont l'EI s'est emparé en Irak et en Syrie (de l’ordre de 30 à 50% de ses moyens financiers, selon différentes sources) fasse l’objet d’informations et de commentaires aussi confus.

 

       Il faut ssavoir que la recette que Daesh tire du trafic pétrolier organisé à partir de ces puits de pétrole et ces installations de raffinage  est estimée à environ deux millions de dollars par jour. Cela correspond à une quantité d'hydrocarbures (pétrole brut, produits finis) de l'ordre de 8 000 tonnes ! 

 

  • Comment se fait-il alors qu’il n’y ait pas plus d’interrogations concernant le transport quotidien de ces énormes quantités de produits ?
  •  Quels en sont les destinataires, finaux et intermédiaires ?
  •  Quel jeu joue la Turquie ?
  • Comment empêcher que ces produits soient distribués en Syrie et en Irak ?
  • Est-il vrai que certains pays européens bénéficient de ce trafic ?
  • Le terminal pétrolier de Ceyhan en Turquie est-il utilisé pour écouler le flux ?
  • Pourquoi la coalition internationale constituée autour des Américains a tant tardé à cibler les installations pétrolières contrôlées par l'EI ? 

 

   Une enquête officielle (menée par l'Union Européenne ou l'ONU) aiderait à voir clair dans tous ces questionnements. Cela serait certainement très utile pour apporter des réponses permettant d'agir efficacement contre Daech.

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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 17:04
Contre Daesh, quelle guerre?

      Dans l’avion pour Paris puis pour Londres, où je vais participer à une réunion de personnalités européennes et américaines autour du thème « la sécurité internationale » (terrible coïncidence !), je lis la presse du jour.

 

      Je suis impressionné et même bouleversé par les témoignages poignants de celles et ceux qui ont vécu le cauchemar des attaques barbares perpétrées par les tueurs de Daesh à Paris. Je suis admiratif devant le dévouement des secours et le sang-froid dont les témoins du carnage ont fait preuve.

 

      Je constate qu’une véritable chaîne de solidarité s’est mise en place en France et dans de nombreux pays et j’espère qu’elle durera au-delà de la forte émotion du moment.

 

      Je lis aussi les commentaires, les analyses, les propositions, les débuts de polémique (déjà !) et je me demande : sera-t-il possible que ceux qui parlent beaucoup évitent la surenchère verbale et surtout évitent de jouer avec les mots ? Utiliser les « mots de la guerre » ne doit pas se transformer en une inutile « guerre des mots ».

 

      Nous savons ce qu’est la guerre : un affrontement, généralement violent, entre deux Etats, 2 nations, 2 armées, avec des objectifs clairs de part et d’autre. Il peut s’agir de conquérir le territoire de l’autre et de l’annexer, ou de s’emparer de ses biens, ou de le vaincre militairement pour ensuite négocier une paix et lui imposer ses conditions. Une fois l’objectif fixé, il faut dégager les moyens nécessaires pour mener cette guerre (seuls ? avec des alliés ? lesquels ? sur quel territoire ?) et se fixer un calendrier (guerre éclair ? guerre longue ?)

 

     Comment passer sous silence également que, dans une guerre, il y a toujours des morts de civils (et pas seulement de militaires) des 2 côtés ?

 

     Daesh prétend être un Etat (EI), mais il n’en a pas les attributs, même s’il occupe un territoire qu’il a envahi, profitant de la grave faute des Américains, qui ont détruit toute gouvernance en Irak après la guerre qu’ils ont déclenchée, même s’il dispose de quelques moyens financiers et de troupes composées d’éléments disparates et fanatisés.

 

     J’entendais ce matin quelqu’un dire que Daesh est en fait une  « entreprise » et pas un Etat. Cela me semble bien décrire cette organisation, qui cherche à développer son implantation, ses filiales, son chiffre d’affaires et qui a défini à cet effet une stratégie cohérente.

 

     La réussite du combat contre « l’entreprise Daesh » dépendra de façon prioritaire de la capacité à s’organiser et à agir des pays qui ont intérêt à sa destruction, parce qu’ils sont directement touchés par ses actes criminels. Il s’agit bien de destruction, puisqu’il est évident qu’ici, contrairement à ce qui se passe lors d’une guerre, il n’y aura pas de négociation de paix.

 

      A cet égard, je trouve que la 2ème réunion de Vienne qui s’est tenue hier est un premier pas dans la bonne direction, mais encore très insuffisant. Même si l’on a avancé sur le principe d’un cessez le feu entre les forces du régime et l’opposition démocratique, ainsi que sur le calendrier politique concernant la tenue d’élections en Syrie dans les 18 mois, il demeure toujours des divergences sur la façon de mener le combat contre Daesh.

 

      Et pourtant, il devient urgent d’agir ! Après les 2 réunions de Genève (juin 2012 et janvier-février 2014) et les 2 récentes rencontres de Vienne, il serait temps, comme je ne cesse de le répéter*, de sortir des tergiversations, des contradictions, des ambiguïtés dans les discours et les actes, si l’on veut vraiment trouver une issue au conflit syrien.

 

      * Extrait de "Syrie: tournant politique ou volte face?"

" La réunion de Vienne représente plus qu’une évolution pour la plupart des acteurs. C’est une véritable volte-face pour ceux qui faisaient du départ immédiat d’Assad un préalable à toute discussion, pour ceux qui "jouaient" avec les différentes composantes islamistes, pour ceux qui avaient comme objectif principal de régler le sort de leurs minorités, pour ceux qui ne souhaitaient pas trop s’engager dans l’affrontement militaire contre l’EI, pour ceux qui ne croyaient pas à une issue politico-militaire."

Pour mémoire, voici une intervention sur le terrorisme islamist

 

que j'ai faite en février 2014. 

 

C'était il y a 20 mois!

 

Regarder l'enregistrement vidéo

 

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4 novembre 2015 3 04 /11 /novembre /2015 23:55
Il y a 20 ans, l'assassinat d'un homme de paix

      Le 4 novembre 1995, Yitzhak Rabin était assassiné par un fanatique juif. C'est l'homme de paix qui était visé, celui qui avait signé en 1993 les accords d'Oslo avec Yasser Arafat et qui avait reçu, à la suite de cette signature, le prix Nobel de la paix, conjointement avec celui-ci et Shimon Peres

      20 ans plus tard, alors que le climat entre Israëliens et Palestiniens s'est considérablement détérioré et que les espoirs de paix semblent bien minces, j'ai trouvé utile la lecture de ces 2 articles publiés ce matin dans La Dépêche du midi:

 

       Les bougies se sont éteintes (par Jean-Claude Soulery)

 

    20 ans après l'assassinat de Rabin, ce qu'il reste des espoirs de paix  (par Damièle Kriegel)

 

 

 

 

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1 novembre 2015 7 01 /11 /novembre /2015 12:02
Syrie : tournant politique ou volte face?

     Lors d’une récente réunion que j’animais à propos des évènements de Syrie, j’ai cité la fameuse phrase d’un orateur tentant d’expliquer la situation au Moyen-Orient et concluant : "Si vous avez compris, c’est que j’ai dû mal m’exprimer ! "

 

      Il est vrai qu’en essayant d’y voir clair dans les intentions, les discours, les actes, les intérêts, les alliances des parties en présence, on peut rapidement s’y perdre, d’autant plus que, dans ce conflit, contrairement à certaines évidences, les ennemis de vos ennemis ne sont pas nécessairement vos amis !

 

       L’objectif principal – l’éradication de l’EI- est trop souvent perdu de vue. Les modes d’intervention militaire sont confus : bombarder quoi ? intervenir au sol ? avec qui ? Quelle attitude adopter à l’égard du régime d’Assad pour permettre une transition politique crédible en Syrie ?

 

      Il est temps pour les pays qui veulent vraiment trouver une issue au conflit syrien de sortir des postures qui les ont conduits à tant de tergiversations, de contradictions, d’ambiguïtés dans les discours et les actes.

 

      Après les tentatives infructueuses des deux conférences de Genève (juin 2012 et janvier-février 2014), ce qui vient de se passer à Vienne, où 17 pays (dont l’Iran, ignoré jusqu’ici)  se sont retrouvés a été décrit comme un "tournant politique".

 

   Souhaitons-le et espérons que les participants de cette rencontre continueront à manifester leur volonté d’aboutir. Il faut dire que la réunion de Vienne représente plus qu’une évolution pour la plupart des acteurs. C’est une véritable volte-face pour ceux qui faisaient du départ immédiat d’Assad un préalable à toute discussion, pour ceux qui "jouaient" avec les différentes composantes islamistes, pour ceux qui avaient comme objectif principal de régler le sort de leurs minorités, pour ceux qui ne souhaitaient pas trop s’engager dans l’affrontement militaire contre l’EI, pour ceux qui ne croyaient pas à une issue politico-militaire.

 

      Certes, on est encore loin d’avoir finalisé le plan qui permettra à la fois d’éradiquer l’EI, de mettre fin à ses terribles exactions, et de sortir la Syrie du chaos, mais la direction est la bonne. L’exemple de la négociation sur le nucléaire iranien a montré qu’il y a d’autres voies que l’utilisation exclusive de la force militaire pour réduirer, puis mettre fin à de graves tensions internationales.

 

*******************

    Pour essayer de mieux comprendre la complexité des forces en présence, je vous conseille de regarder cette excellente vidéo

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1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 09:21
Syrie : il est urgent de sortir des ambiguïtésSyrie : il est urgent de sortir des ambiguïtés

J'ai publié cette tribune dans l'Humanité du 1er octobre 2015

 

      « On ne sort de l’ambigüité qu’à ses dépens », disait le cardinal de Retz. C’est cette inquiétude qui a dû tarauder les principaux acteurs du drame syrien, y compris la France. Chacun pensait que c’était la meilleure façon de défendre ses intérêts nationaux. Les multiples contradictions, hésitations et revirements auxquels cela a conduit ont contribué à aggraver le bilan terrifiant d’une guerre civile de 4 ans et demi : 240 000 morts, dont plus de 10 000 enfants, 8 millions de déplacés à l’intérieur de la Syrie, 4 millions vers le Liban, la Jordanie et la Turquie, des centaines de milliers vers l’Europe.

 

      Il aura fallu que ce drame touche directement les pays occidentaux sur leur sol (terrorisme, afflux brutal de réfugiés), pour que les ambiguïtés commencent à être levées et que l’on se pose les questions qui auraient dû être depuis longtemps au cœur des négociations internationales. Quel est l’ennemi principal ? Avec qui veut-on le combattre ? Avec quels moyens ? Quelle est l’urgence des actions à mener pour réduire l’ennemi ?

 

      La réponse à ces questions suppose naturellement que l’on prenne acte de l’incroyable complexité de la situation et de la faiblesse des forces démocratiques syriennes. Aujourd’hui, il est clair que les résultats des bombardements aériens réalisés par la coalition autour des Etats-Unis pour combattre l’EI sont peu probants. De plus, aucune stratégie politique de stabilisation de la région n’a été définie pour donner un sens à ces actions purement militaires.

 

      La lutte contre l’EI prendra du temps et il serait naïf de croire que des frappes aériennes et une action au sol en Syrie sous l’égide de pays occidentaux permettraient d’en venir à bout. La seule solution pour conjurer ces périls est de nature politico-militaire. Elle suppose une négociation entre les pays qui ont intérêt, à des titres divers, à mettre un terme à l’emprise et au développement de l’EI.

 

     Les évolutions de plusieurs de ces pays (Russie, Iran, Arabie Saoudite notamment) sur la scène internationale indiquent qu’une telle solution est vraisemblable. L’option d’une vaste coopération militaire entre les pays occidentaux, la Russie et les puissances de la région (Arabie saoudite et Iran en particulier) peut donc être envisagée, pour autant que le récent déploiement russe ait pour seule mission de combattre l’EI et pas de sauver le régime syrien

 

      Mais cette coopération n’offrirait une perspective de sortie de conflit qu’à condition d’être accompagnée par un plan politique visant à la constitution en Syrie d’un gouvernement de transition disposant des pleins pouvoirs exécutifs et rassemblant toutes les forces politico-militaires, à l’exception de l’EI et des fractions radicales des combattants islamistes. Assad ne devrait plus jouer, dans un premier temps, qu’un rôle marginal et symbolique dans la perspective de son éloignement définitif du pouvoir.

 

       Seule une implication sérieuse de la communauté internationale donnerait des chances de succès à un tel plan, auquel la France devrait prendre toute sa part. Il devrait faire l’objet d’une résolution de l’ONU, préparée par un groupe de contact constitué sur le modèle qui a permis le règlement de la crise iranienne[1]. Si un règlement politique est obtenu, le déploiement d’une force de stabilisation peut être envisagé sous mandat des Nations Unies.

 

      Les bases d’un tel plan ont été posées lors des conférences de Genève de juin 2012 et janvier 2014. Trop de temps a été perdu depuis ! Il est urgent de sortir de l’ambiguïté et d’agir pour traiter à la source les causes des drames qui ensanglantent les pays du Moyen-Orient et qui commencent à affecter dangereusement les pays européens.

 

[1] Membres permanents du Conseil de sécurité, Union européenne, Allemagne, auxquels pourraient être associés les puissances régionales dont l’Iran, l’Arabie saoudite et l’Egypte.

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CORDES

Faites connaissance avec

la cité médiévale

dont Paul Quilès est le maire
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 Avant de venir à Cordes, consultez:

     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez