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1 novembre 2015 7 01 /11 /novembre /2015 12:02
Syrie : tournant politique ou volte face?

     Lors d’une récente réunion que j’animais à propos des évènements de Syrie, j’ai cité la fameuse phrase d’un orateur tentant d’expliquer la situation au Moyen-Orient et concluant : "Si vous avez compris, c’est que j’ai dû mal m’exprimer ! "

 

      Il est vrai qu’en essayant d’y voir clair dans les intentions, les discours, les actes, les intérêts, les alliances des parties en présence, on peut rapidement s’y perdre, d’autant plus que, dans ce conflit, contrairement à certaines évidences, les ennemis de vos ennemis ne sont pas nécessairement vos amis !

 

       L’objectif principal – l’éradication de l’EI- est trop souvent perdu de vue. Les modes d’intervention militaire sont confus : bombarder quoi ? intervenir au sol ? avec qui ? Quelle attitude adopter à l’égard du régime d’Assad pour permettre une transition politique crédible en Syrie ?

 

      Il est temps pour les pays qui veulent vraiment trouver une issue au conflit syrien de sortir des postures qui les ont conduits à tant de tergiversations, de contradictions, d’ambiguïtés dans les discours et les actes.

 

      Après les tentatives infructueuses des deux conférences de Genève (juin 2012 et janvier-février 2014), ce qui vient de se passer à Vienne, où 17 pays (dont l’Iran, ignoré jusqu’ici)  se sont retrouvés a été décrit comme un "tournant politique".

 

   Souhaitons-le et espérons que les participants de cette rencontre continueront à manifester leur volonté d’aboutir. Il faut dire que la réunion de Vienne représente plus qu’une évolution pour la plupart des acteurs. C’est une véritable volte-face pour ceux qui faisaient du départ immédiat d’Assad un préalable à toute discussion, pour ceux qui "jouaient" avec les différentes composantes islamistes, pour ceux qui avaient comme objectif principal de régler le sort de leurs minorités, pour ceux qui ne souhaitaient pas trop s’engager dans l’affrontement militaire contre l’EI, pour ceux qui ne croyaient pas à une issue politico-militaire.

 

      Certes, on est encore loin d’avoir finalisé le plan qui permettra à la fois d’éradiquer l’EI, de mettre fin à ses terribles exactions, et de sortir la Syrie du chaos, mais la direction est la bonne. L’exemple de la négociation sur le nucléaire iranien a montré qu’il y a d’autres voies que l’utilisation exclusive de la force militaire pour réduirer, puis mettre fin à de graves tensions internationales.

 

*******************

    Pour essayer de mieux comprendre la complexité des forces en présence, je vous conseille de regarder cette excellente vidéo

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1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 09:21
Syrie : il est urgent de sortir des ambiguïtésSyrie : il est urgent de sortir des ambiguïtés

J'ai publié cette tribune dans l'Humanité du 1er octobre 2015

 

      « On ne sort de l’ambigüité qu’à ses dépens », disait le cardinal de Retz. C’est cette inquiétude qui a dû tarauder les principaux acteurs du drame syrien, y compris la France. Chacun pensait que c’était la meilleure façon de défendre ses intérêts nationaux. Les multiples contradictions, hésitations et revirements auxquels cela a conduit ont contribué à aggraver le bilan terrifiant d’une guerre civile de 4 ans et demi : 240 000 morts, dont plus de 10 000 enfants, 8 millions de déplacés à l’intérieur de la Syrie, 4 millions vers le Liban, la Jordanie et la Turquie, des centaines de milliers vers l’Europe.

 

      Il aura fallu que ce drame touche directement les pays occidentaux sur leur sol (terrorisme, afflux brutal de réfugiés), pour que les ambiguïtés commencent à être levées et que l’on se pose les questions qui auraient dû être depuis longtemps au cœur des négociations internationales. Quel est l’ennemi principal ? Avec qui veut-on le combattre ? Avec quels moyens ? Quelle est l’urgence des actions à mener pour réduire l’ennemi ?

 

      La réponse à ces questions suppose naturellement que l’on prenne acte de l’incroyable complexité de la situation et de la faiblesse des forces démocratiques syriennes. Aujourd’hui, il est clair que les résultats des bombardements aériens réalisés par la coalition autour des Etats-Unis pour combattre l’EI sont peu probants. De plus, aucune stratégie politique de stabilisation de la région n’a été définie pour donner un sens à ces actions purement militaires.

 

      La lutte contre l’EI prendra du temps et il serait naïf de croire que des frappes aériennes et une action au sol en Syrie sous l’égide de pays occidentaux permettraient d’en venir à bout. La seule solution pour conjurer ces périls est de nature politico-militaire. Elle suppose une négociation entre les pays qui ont intérêt, à des titres divers, à mettre un terme à l’emprise et au développement de l’EI.

 

     Les évolutions de plusieurs de ces pays (Russie, Iran, Arabie Saoudite notamment) sur la scène internationale indiquent qu’une telle solution est vraisemblable. L’option d’une vaste coopération militaire entre les pays occidentaux, la Russie et les puissances de la région (Arabie saoudite et Iran en particulier) peut donc être envisagée, pour autant que le récent déploiement russe ait pour seule mission de combattre l’EI et pas de sauver le régime syrien

 

      Mais cette coopération n’offrirait une perspective de sortie de conflit qu’à condition d’être accompagnée par un plan politique visant à la constitution en Syrie d’un gouvernement de transition disposant des pleins pouvoirs exécutifs et rassemblant toutes les forces politico-militaires, à l’exception de l’EI et des fractions radicales des combattants islamistes. Assad ne devrait plus jouer, dans un premier temps, qu’un rôle marginal et symbolique dans la perspective de son éloignement définitif du pouvoir.

 

       Seule une implication sérieuse de la communauté internationale donnerait des chances de succès à un tel plan, auquel la France devrait prendre toute sa part. Il devrait faire l’objet d’une résolution de l’ONU, préparée par un groupe de contact constitué sur le modèle qui a permis le règlement de la crise iranienne[1]. Si un règlement politique est obtenu, le déploiement d’une force de stabilisation peut être envisagé sous mandat des Nations Unies.

 

      Les bases d’un tel plan ont été posées lors des conférences de Genève de juin 2012 et janvier 2014. Trop de temps a été perdu depuis ! Il est urgent de sortir de l’ambiguïté et d’agir pour traiter à la source les causes des drames qui ensanglantent les pays du Moyen-Orient et qui commencent à affecter dangereusement les pays européens.

 

[1] Membres permanents du Conseil de sécurité, Union européenne, Allemagne, auxquels pourraient être associés les puissances régionales dont l’Iran, l’Arabie saoudite et l’Egypte.

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27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 18:43
Vite, vite, des décisions courageuses et efficaces !

      Des avions français viennent de frapper un camp d’entraînement de l’EI en Syrie. Le Président de la République invoque la "légitime défense" pour justifier cette opération, qui contredit la position défendue par la France jusqu’ici. L’utilisation de cet argument, qui s'appuie sur l’article 51 de la Charte de de l’ONU, nécessitera une application complète des dispositions qu’il prévoit et notamment la mise en œuvre d’un plan approuvé par le Conseil de sécurité. J’y reviendrai.

 

      Article 51

Aucune disposition de la présente Charte ne porte atteinte au droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective, dans le cas où un Membre des Nations Unies est l'objet d'une agression armée, jusqu'à ce que le Conseil de sécurité ait pris les mesures nécessaires pour maintenir la paix et la sécurité internationales. Les mesures prises par des Membres dans l'exercice de ce droit de légitime défense sont immédiatement portées à la connaissance du Conseil de sécurité et n'affectent en rien le pouvoir et le devoir qu'a le Conseil, en vertu de la présente Charte, d'agir à tout moment de la manière qu'il juge nécessaire pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales.

 

      Souvenons-nous de la situation en Syrie il y a 6 mois. Dans une tribune publiée le 2 mars par le Figaro et intitulée « Syrie: il est urgent d’agir pour éteindre l’incendie », après avoir analysé les forces en présence et proposé des "initiatives diplomatiques courageuses", je concluais par une mise en garde :

     

 « Aujourd’hui, notre adversaire principal, notre ennemi, c'est l’organisation de l’Etat islamique. Elle semble subir des revers. (…) Mais si nous laissions la Syrie dériver vers le chaos, nous pourrions lui rendre involontairement de nouvelles forces, au détriment de notre sécurité. » 

 

      Or, que constate-t-on depuis ? Beaucoup de proclamations, d’hésitations, de contradictions, de tergiversations, de revirements et, de façon concrète, une action militaire de bombardements aériens engagée par une coalition militaire autour des Etats-Unis.

 

      Le résultat se lit à travers la litanie effrayante des chiffres qui traduisent le martyre du peuple syrien et qui montrent l’augmentation du nombre de victimes, du nombre de populations déplacées à l’intérieur comme à l’extérieur de la Syrie, ainsi que la progression très nette de l’implantation de l’EI sur le territoire de la Syrie et de l’Irak.

 

      Pour bien prendre conscience de cette réalité, rien de mieux qu’une carte. Ce remarquable schéma interactif CLIQUEZ ICI. vous montrera que les bombardements (plus de 90% sont américains ; la France a procédé de son côté à 215 frappes en Irak), même s’ils infligent de lourdes pertes à l’EI, ne l’empêchent pas d’élargir son l’implantation.

 

      Par ailleurs, le fiasco du programme de 500 millions de dollars lancé par les Etats-Unis au début de l'année, pour former et équiper environ 5 000 rebelles par an pendant trois ans, est préoccupant. Il s’agissait de les préparer et de les équiper pour aller se battre en Syrie contre l’EI. Mais il n'a pour l'instant permis que de former deux groupes de 54 et 70 combattants, selon les chiffres du Pentagone. Devant le Sénat, le général Lloyd J. Austin a admis le 16 septembre que seuls "quatre ou cinq rebelles syriens combattaient de manière effective sur le terrain". De plus, le Pentagone avait affirmé que "toutes les armes et tous les équipements" remis à ces rebelles étaient sous leur contrôle… ce qui n’est plus tout à fait crédible.

 

     Espérons que les contacts prévus à partir de demain à l’ONU permettront de s’engager dans une voie plus sérieuse de définition d’un plan politico-militaire. Cela suppose une négociation entre les pays qui ont intérêt, à des titres divers, à mettre un terme à l’emprise et au développement de l’EI.

 

    Les évolutions de plusieurs pays (Russie, Iran, Arabie Saoudite notamment) indiquent qu’une telle solution est vraisemblable. L’option d’une vaste coopération militaire entre les pays occidentaux, la Russie et les puissances de la région peut donc être envisagée, pour autant que le récent déploiement russe ait pour seule mission de combattre l’EI et pas de sauver le régime syrien

 

      Cette coopération ne permettra d’envisager une sortie de conflit qu’à condition d’être accompagnée par un plan politique visant à la constitution en Syrie d’un gouvernement de transition disposant des pleins pouvoirs exécutifs et rassemblant toutes les forces politico-militaires, à l’exception de l’EI et des fractions radicales des combattants islamistes. Quant à Bachar el Assad, il ne devrait plus jouer, dans un premier temps, qu’un rôle marginal et symbolique, dans la perspective de son éloignement définitif du pouvoir.

 

      Cette hypothèse n’est pas nouvelle, puisque la conférence de Genève de juin 2012 parlait déjà de constituer en Syrie un « gouvernement de transition doté des pleins pouvoirs » et que, dans une tribune publiée le 27 février 2015, Laurent Fabius et Philip Hammond (ministre britannique des affaires étrangères) ont admis que cet organe gouvernemental devrait comprendre "certaines structures du régime existant".

 

      Si l’on veut enfin traiter les causes des drames qui ensanglantent les pays du Moyen-Orient et qui commencent à affecter dangereusement les pays européens, il devient urgent de prendre vite des décisions courageuses et efficaces !

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23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 19:46
La nécessité d’une réaction ferme

      Demain, un jeune Saoudien de 21 ans, Ali Mohammed Al-Nimr devrait être "décapité, puis son corps attaché à une croix et laissé jusqu'à pourrissement"

 

      C’est ainsi que, dans ce pays aux mœurs médiévales, on traite un jeune, mis en prison alors qu'il n'avait que 17 ans, torturé et victime d’une mascarade de procès, parce qu’il a participé à une manifestation contre le régime et surtout parce qu’il est chiite et neveu d’un des opposants au régime.

 

      Ce triste épisode n’est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres de la conduite de l’Arabie Saoudite en matière de liberté religieuse et de droits de l’Homme et de la Femme. Fin août 2015, le nombre d’exécutions, le plus souvent barbares, se monte à 130 dans ce pays, c’est-à-dire plus que celles dont se rendent coupables les groupes terroristes.

 

      Il est insupportable que l’on apprenne dans le même temps que l'Arabie saoudite va diriger une instance stratégique du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU. Nommé discrètement en juin, Faisal bin Hassan Trad, ambassadeur de l’Arabie saoudite à l'Office des Nations unies à Genève, vient en effet de prendre la tête du panel du Conseil des droits de l'Homme. Oui, vous avez bien lu : "des droits de l’Homme" !!

 

      La diplomatie française a protesté, trop mollement selon moi, contre l’exécution du jeune Ali Mohammed. Je souhaite –et beaucoup de Français avec moi, très certainement- que les dirigeants du pays qui se présente comme "la patrie des Droits de l’Homme" interviennent avec plus de vigueur.

 

      Une déclaration ne suffira naturellement pas à changer rapidement les mœurs rétrogrades du régime saoudien, mais, puisqu’il paraît que nous avons des relations "amicales" avec ce client friand de nos avions militaires, ce serait bien de lui parler amicalement…..mais fermement !

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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 22:15
Traiter enfin les causes du désordre !Traiter enfin les causes du désordre !

       "Pendant combien de temps encore va-t-on tourner en rond?" C'est ce que je me disais ce matin en écoutant la radio. On y commentait abondamment l’annonce imminente de frappes françaises en Syrie et l’on affirmait doctement qu’il faudrait quand même s’intéresser aux causes du flux de réfugiés qui trouble tant l’Europe en ce moment.

 

      Que de temps perdu ! Que de tergiversations ! J’ose à peine rappeler ce que je ne cesse, avec d’autres, de répéter depuis des mois. Je n’ai rien à retirer à ce que j’écrivais le 2 mars dernier dans une tribune au titre très parlant -« Syrie: il est urgent d’agir pour éteindre l’incendie »et dans laquelle je m’inquiétais d’une passivité coupable susceptible de créer une situation dramatique, dont une des conséquences serait des mouvements de réfugiés de grande ampleur.

 

      Cette situation, nous y sommes….malheureusement. On n’en sortira pas avec des positionnements politiciens, des surenchères verbales et des approximations peu glorieuses. Le plus urgent est d’analyser lucidement les choses, en commençant par comprendre quelles sont les forces en présence et leurs objectifs (écouter ICI).

 

      Le sujet est complexe, parce que la plupart des intervenants ont eu (ou ont encore) des positions ambigües, voire contradictoires : la Turquie, les pétromonarchies du Golfe, l’Iran, la Russie, les Etats-Unis et même la France.

 

       Il est encore plus complexe si l’on veut bien se souvenir  des évènements qui ont contribué à la profondeur des drames que vivent actuellement les populations du Moyen- Orient. Sans remonter aux erreurs qu’ont commises les puissances occidentales à la suite de la seconde guerre mondiale (traité de Sèvres, puis de Lausanne), il suffit de citer quelques dates :

      - 1979 : invasion de l’Afghanistan par l’Armée Rouge, qui sera combattue par les Moudjahidines afghans et les Islamistes (Ben Laden), soutenus et financés par l’Arabie Saoudite, le Pakistan et les Etats-Unis.

     - 1983 : le Hezbollah, soutenu par l’Iran et la Syrie, chasse les forces américaines et françaises du Liban.

      -1989-89 : départ des forces soviétiques d’Afghanistan, qui prélude à la prise de pouvoir des talibans et au développement d’Al Qaïda.
      - 1990 : 1ère guerre du Golfe, suivie par le maintien des Américains en Arabie Saoudite, qu'utilise le Saoudien Ben Laden pour développer son réseau en encourageant le sentiment anti-américain et anti-occidental ; par ailleurs, la promesse faite aux Etats arabes par les USA de favoriser la création d’un Etat palestinien après la guerre n’est pas tenue…

      - années 90 : série d’attentats contre les intérêts américains, qui culmine avec la destruction des tours du World Trade Center le11 septembre 2001

    - 2001- 2014 : intervention internationale (ONU) en Afghanistan, puis maintien des forces américaines.

     - 2003- 2011 : intervention américaine en Irak et longue présence de forces militaires dans le pays, tout en soutenant un régime corrompu, inefficace et sectaire.

     - à partir de 2010: « printemps arabes », qui renversent la plupart des régimes autoritaires (sauf en Syrie).

     - 2011 : intervention internationale (ONU) en Libye, mais aucun suivi de la situation politique, qui tourne au chaos, cz dont profitent les Islamistes radicaux.

 

    Cette brève chronologie n’est naturellement pas exhaustive (voir à ce sujet plus de détails ICI et dans le rapport que j’ai présenté à l’Assemblée nationale le 12 décembre 2001). Elle montre quand même que les désordres du Moyen-Orient ont des origines multiples et que les Occidentaux, notamment les Américains, y ont pris toute leur part !

 

      Aujourd’hui, face à la nouvelle forme de la menace terroriste et devant les désastres qu’elle peut engendrer, il ne faut pas se tromper de diagnostic et de remèdeNous n’avons pas à nous impliquer directement dans le conflit entre Sunnites et Chiites, qui n’a d’ailleurs plus grand-chose à voir avec un affrontement religieux et qui a connu des formes diverses au cours des siècles. Par contre, nous devons désigner l’adversaire principal et nous donner les moyens de le combattre et de le réduire.

 

      Cette lutte prendra du temps et il serait naïf de croire que quelques frappes aériennes et une illusoire (et dangereuse) action au sol en Syrie, sous l’égide de pays occidentaux, permettraient de venir à bout de l’EI.

 

       La seule solution pour conjurer ces périls est de nature politico-militaire. Elle suppose une négociation entre les pays qui ont intérêt, à des titres divers, à mettre un terme à l’emprise et au développement de l’EI. Les évolutions de plusieurs de ces pays (Russie, Iran, Arabie Saoudite notamment) sur la scène internationale indiquent qu’une telle solution politico-militaire est vraisemblable.

 

      Quant à l’attitude à adopter à l’égard de Bachar el Assad, l’idée d’une transition politique semble faire son chemin. Il est heureux que ceux qui rejetaient cette perspective avec fermeté il n’y a pas longtemps semblent vouloir se faire plus discrets. Je n’oublie pas que la conférence de Genève de juin 2012 parlait déjà de constituer en Syrie un « gouvernement de transition doté des pleins pouvoirs » et que, dans une tribune publiée le 27 février 2015, Laurent Fabius et Philip Hammond (ministre britannique des affaires étrangères) ont admis que cet organe gouvernemental devrait comprendre « certaines structures du régime existant ».

 

      Alors, vite, que les décideurs prennent les initiatives courageuses qui permettront enfin de traiter les causes des drames qui ensanglantent les pays du Moyen-Orient et qui commencent, sous d’autres formes, à affecter dangereusement les pays européens. 

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4 septembre 2015 5 04 /09 /septembre /2015 15:21
Il ne suffit pas de s’émouvoir et de s’indigner !Il ne suffit pas de s’émouvoir et de s’indigner !

     Il y a 43 ans, la photo de la petite Vietnamienne de 9 ans, Kim Phuc, fuyant le bombardement au napalm d’un avion américain qui l’a gravement brûlée et a failli lui coûter la vie, a ému le monde entier. C’était le 8 juin 1972. Malheureusement, la guerre du Vietnam durera encore 3 ans et fera beaucoup d’autres victimes.

 

     La photo du petit Syrien échoué sur une plage turque il y a quelques jours est effectivement terrible et il est heureux qu’elle suscite de l’émotion et de l’indignation. Passons sur la polémique (inintéressante) autour de la question de l’opportunité de sa publication, pour réfléchir à la facheuse impression donnée par le soudain fracas médiatico-politique que l'on vient de découvrir le drame de ces réfugiés.

 

      Cela fait  des mois, et même des années, que l’on sait que, par dizaines de milliers, des hommes, des femmes et des enfants fuient l’horreur des massacres qui ensanglantent la Syrie, l’Irak, l’Afghanistan, la Libye et tant d’autres pays. Et, contrairement à une facilité de vocabulaire qui autorise à faire des sondages approximatifs qui se nourrissent de la peur de l’immigration (et qui la renforcent !), il ne s’agit pas de "migrants", mais bien, pour la plupart d’entre eux, de " réfugiés à la recherche d’un asile, comme il y en a eu tant dans l’Histoire.

 

     Qu’on se souvienne par exemple de l’accueil par la France de 140 000 Arméniens dans les années 1920 ou encore de la "Retirada", l'exode des réfugiés espagnols, lorsque, à partir de février 1939, plus de 450 000 Républicains franchirent la frontière franco-espagnole à la suite de la chute de la Seconde République espagnole, écrasée par le général Franco.

 

     Il est un peu triste que l’émotion médiatique semble être la seule façon de "réveiller les consciences", comme on l'entend dire depuis quelques jours. Ce réveil ne doit pas seulement concerner les solutions à apporter à des situations effectivement dramatiques. Il doit aussi amener les responsables politiques en France, en Europe et même à l’ONU à s'attaquer rapidement aux causes profondes de ces drames. Sinon, il faudra bientôt recommencer lorsque d’autres photos décriront d’autres drames épouvantables, comme ceux des milliers de suppliciés, victimes des dictatures et des groupes terroristes, qui, chaque jour, tuent, violent, torturent, massacrent, en toute impunité. Qu'on songe par exemple aux 276 adolescentes enlevées par Boko Haram au Nigéria il y a 500 jours et dont la situation tragique fait moins la Une des médias.

 

     En attendant, si la pression des associations et des mouvements citoyens fait bouger les décideurs politiques, le petit  Aylan ne sera pas mort pour rien !

Il ne suffit pas de s’émouvoir et de s’indigner !
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29 août 2015 6 29 /08 /août /2015 09:57
Risque de conflit (suite)

       J'ai reçu ce commentaire très pertinent d'un lecteur de mon blog à la suite de la publication de ma tribune "D'inquiétants obstacles à la paix"

 

      Je pense utile de le publier ici, en remerciant son auteur pour ses remarques, qui complètent mon analyse sur certains points . 

 

***************

      Merci pour cette analyse géopolitique qui jette une lumière sur des déterminismes économiques à l’œuvre dans les tensions mondiales actuelles. A propos des nombreuses guerres « chaudes » lors de la guerre froide, je ne suis pas convaincu qu’il s’agissait seulement de conflagrations par procuration. A mon sens, de nombreux conflits avaient certes éclaté avec le soutien respectif de part et d’autre de l’Occident et du bloc dit communiste. Mais ceci n’était qu’un aspect des conflits dont les racines locales ne peuvent pas être occultées car déterminantes. A contrario, certaines guerres oubliées ont pu se dérouler sans le soutien manifeste, ou même dans l’indifférence de l’un ou l’autre des grands protagonistes que vous évoquez.

      A mon avis, les dirigeants américains ont voulu croire à la fable de la « fin de l’Histoire » du fait de la quasi-généralisation du modèle capitaliste libéral après la chute de l’URSS. Une victoire qu’ils considéraient comme leur fait. Obsédés par l’anticommunisme, ils analysaient les conflits essentiellement en termes d’affrontement idéologique entre l’Est et l’Ouest et non dans une perspective bien plus longue de luttes de libération nationale ou de conflits entre nations. La manière dont les responsables politiques américains envisageaient la guerre du Viêt-Nam en est une terrible démonstration. Dès la chute du mur de Berlin, des conflits éclataient dans les Balkans, au sein même de l’Europe, dans un déchainement de nationalismes longtemps contenus.

      De manière quasi-symétrique, les dirigeants de l’URSS considéraient d’abord les rivalités entre leur pays et les USA comme un conflit idéologique qui devait se terminer par la victoire du « socialisme », but ultime qui ne fit longtemps aucun doute pour eux.

      Notre réveil est douloureux : nous savons désormais que les rivalités entre nations demeurent le plus grand danger de destruction pour notre civilisation. Dans un monde rongé par les déséquilibres économiques et les injustices sociales, le risque est accru par la possession d’armes nucléaires et leur dissémination. Ces antagonismes sont longtemps artificiellement passés sur le compte de la concurrence entre modèles de société. 

      Ainsi, je ne suis pas sûr que Poutine ait besoin de se trouver un nouvel ennemi pour exacerber le nationalisme russe. Cet adversaire est tout désigné à travers la lutte pour la suprématie aux frontières de l’ex-URSS et même à l’intérieur de celle-ci comme c’est le cas en Ukraine.

     Oui, bien d’accord, le risque de conflit est réel. Il ne devrait pas être oublié car perçu comme moindre que d’autres grands problèmes, réels et préoccupants, tels que le terrorisme ou l’évolution climatique.

 

            Bernard Pradines                                          

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27 août 2015 4 27 /08 /août /2015 10:24
D’inquiétants obstacles à la paixD’inquiétants obstacles à la paix

   Tribune de Paul Quilès publiée sur le site de Marianne

 

     Pendant 45 ans, les Etats-Unis ont dû partager leur hégémonie sur le monde avec l’Union soviétique. La méfiance mutuelle entre les deux Grands s’est traduite par ce que l’on a nommé la Guerre froide, mais aussi par de très nombreuses guerres "chaudes", qu’ils ont menées "par procuration" dans les parties de la planète qui n’étaient pas sous leur dépendance directe. Elle a également conduit à une coûteuse et dangereuse course aux armements, notamment nucléaires.

 

     Après la chute du Mur de Berlin, les Américains ont eu le sentiment, dans un premier temps, que leur leadership mondial n’était plus contesté, en tout cas pas par la Russie, désorganisée par la dislocation de l’URSS.

 

     Puis est venue la prise de conscience qu’une nouvelle puissance pourrait à terme les concurrencer : la Chine, avec son développement économique rapide, ses prétentions commerciales et financières au plan mondial, son affirmation d’une volonté expansionniste (y compris militaire) en Asie de l’Est.

 

     Ce contexte les a amenés à s’impliquer beaucoup plus dans cette partie du monde. Pour cela, il leur fallait dégager des moyens, en allégeant leur présence au Proche-Orient, source principale de leur approvisionnement pétrolier et région dans lequel ils avaient concentré depuis 60 ans beaucoup de moyens, militaires, humains, financiers. Cette évolution est encore plus marquée depuis la présidence de Barack Obama, dont la politique tranche avec les graves erreurs des Américains, qui ont parfois accentué durablement certaines crises (Irak).

 

     Le choix des Etats-Unis de se désengager du Proche Orient a été conforté par le développement important du gaz et du pétrole de schiste sur leur propre territoire, qui les a rendus quasiment autosuffisants sur le plan énergétique.

 

     L’intérêt qu’ils portent à cette partie du monde est pourtant loin d’avoir disparu, comme on le voit chaque jour au Moyen Orient, d’autant plus que l’Arabie Saoudite, mécontente du rôle joué par Barack Obama dans la conclusion de l’accord iranien, a décidé d’augmenter considérablement sa production de pétrole. L’effet à la baisse sur le prix des hydrocarbures a été immédiat et les Américains se trouvent aujourd’hui dans une situation délicate, avec leur industrie de pétrole de schiste en grande difficulté.

 

    Dans les préoccupations géostratégiques des Etats-Unis, l’Europe n’occupe plus la place prépondérante qui était la sienne lorsqu’ils la considéraient comme un enjeu capital dans leur rivalité avec l’URSS. Aujourd’hui, tout se passe comme s’ils avaient choisi de s’appuyer d’abord sur l’OTAN pour traiter des questions de sécurité susceptibles de se poser face à la Russie. Ils utilisent l’OTAN, où leur hégémonie est indiscutée, comme un démultiplicateur de puissance dans leur définition, conforme à leurs intérêts, des conditions de la sécurité européenne.

 

     Or, cette organisation est avant tout militaire[1] et l’aspect politique des tensions avec le Président russe ne semble pas beaucoup la préoccuper. A travers plusieurs évènements récents, relativement peu médiatisés, l’OTAN et la Russie semblent en fait se rejouer des scénarios de la Guerre froide, en donnant le sentiment qu’elles ont besoin de cette ambiance pour justifier leur existence. Vladimir Poutine est à la recherche d’un "vrai ennemi", de façon à exacerber le patriotisme russe, à justifier sa stratégie d’influence et à revenir sur les conséquences de ce qu’il faut bien appeler une défaite russe à l’issue de la Guerre froide (défaite largement causée par l’incapacité de Gorbatchev et de Eltsine à gérer la fin de l’URSS). L’OTAN, soulagée de ne plus avoir de déploiements lointains, qui se sont soldés par des échecs (Afghanistan, Libye), se retrouve sur son "cœur de métier", la défense d’un bloc occidental qu’elle envisage d’élargir indéfiniment, jusqu’à heurter de front les intérêts nationaux de la Russie.

 

     En termes de sécurité, l’intérêt de la France, comme celui de l’Europe et du reste du monde, est pourtant que tous les efforts soient entrepris sur le plan politique pour que puisse s’engager un processus de réduction des tensions avec la Russie. Tout doit être mis sur la table, les sujets d’inquiétude, les griefs de chaque partie: le projet américain de bouclier anti missile, les exercices militaires à dimension nucléaire, les mécanismes de communication de crise entre l’OTAN et la Russie, la situation militaire en Ukraine, la polémique autour du respect de l’accord de 1987 sur les « armes nucléaires intermédiaires » (les Américains reprochant aux Russes de développer un missile de croisière d’une portée interdite par l’accord ‑  entre 500 et 5500 km).

 

     Si une telle volonté ne se manifeste pas des deux côtés, les risques d’affrontement ne sont pas une vue de l’esprit. L’histoire des conflits enseigne quelles peuvent être les conséquences d’un climat de défiance mutuelle nourri par des griefs et des incompréhensions réciproques, dont les origines historiques sont parfois lointaines. Il suffit de penser à ce propos aux causes profondes de la Première Guerre mondiale.

 

    Un tel climat peut favoriser les enchaînements qui conduisent aux grandes déflagrations. Dans ce contexte, l’armement nucléaire est une source de danger indéniable: le maintien en alerte permanente d’arsenaux nucléaires toujours considérables au sein de forces qui ne cessent de simuler des combats au cœur même de l’Europe n’est pas pour rassurer.

 

Lire: "Pour réduire le risque d’affrontement militaire entre la Russie et l’OTAN"

Lire et écouter sur RFI"Des règles de bon voisinage entre Russie et Occidentaux?"

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[1] Au passage, on peut se demander ce que le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN décidé par N. Sarkozy, alors Président de la République, a apporté à la France….

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26 août 2015 3 26 /08 /août /2015 09:13
Pour réduire le risque d’affrontement militaire entre la Russie et l’OTAN

      Nous sommes 14 anciens responsables de pays européens (Grande Bretagne, Allemagne, France, Russie, Turquie, Finlande, Espagne, Pologne), préoccupés par le climat dangereux qui s’est installé entre les forces militaires de la Russie et de l’OTAN.

 

      Nous avons signé cette déclaration, qui vient d'être publiée dans plusieurs pays. En voici la version française.

 

- Adam Daniel Rotfeld, ancien ministre des affaires étrangères (Pologne)

- Igor S. Ivanov, ancien ministre des affaires étrangères (Russie)

- Des Browne, ancien secrétaire d’Etat à la Défense (Grande Bretagne)

- Özdem Sanberk, ancien sous-secrétaire du Ministre des affaires étrangères (Turquie)

- Ana Palacio, ancienne ministre des affaires étrangères (Espagne)

- Malcolm Rifkind, ancien secrétaire d'Etat aux affaires étrangères et à la défense (Grande Bretagne)

- Volker Ruehe, ancien ministre de la défense (Allemagne)

- Tarja Cronberg, ancienne députée du Parlement Européen (Finlande);

- Igor Yu. Yurgens, vice-président du syndicat des Industriels et Entrepreneurs (Russie)

- Tony Brenton, ancien ambassadeur de Grande Bretagne en Russie

- Alexei Gromyko, directeur adjoint de l’Institut de l’Europe de l’Académie des sciences (Russie)

- Paul Quilès, ancien ministre de la défense (France)

- Vyacheslav I. Trubnikov, ancien directeur du renseignement étranger russe, général d’armée (à la retraite), ambassadeur plénipotentiaire de la Fédération de Russie

- Hikmet Cetin, ancien ministre des affaires étrangères (Turquie).

 

****

      Nous savons tous qu’au cours des 18 derniers mois, la relation entre la Russie et l’Occident s’est considérablement détériorée. Il y a eu une diminution fondamentale de la confiance, du fait d’analyses divergentes et, à ce stade totalement incompatibles, de ce qui s’est produit en Ukraine et pourquoi cela s’est produit.

 

      Des préoccupations anciennes et des différends concernant d’autres problèmes, tels que la défense antimissile, l’élargissement de l’OTAN, les régimes destinés à renforcer la confiance sur les déploiements des forces militaires conventionnelles en Europe et des armes nucléaires non stratégiques, sont devenus plus aigus par la suite.

 

      Les relations économiques entre la Russie et le reste de l’Europe sont également en train de se désagréger, en raison du processus de sanctions en cours et de nombreux commentateurs, en Russie comme en Occident, spéculent désormais ouvertement sur le retour d’une nouvelle Guerre froide.

 

    Une des caractéristiques de ce nouvel environnement a été l’augmentation du nombre d’interceptions entre les forces militaires russes et celles de l’OTAN et entre les forces militaires russes et celles de la Suède et de la Finlande. Comme toujours, il y a une différence d’interprétation entre ce qui se passe et son exacte raison, mais il y a peu de doute sur le fait qu’il y a un accroissement des activités militaires et sur la réalité d’une plus grande proximité des forces en présence.

 

     L’organisation ELN (European Leadership Network) a enregistré 66 incidents depuis mars 2014. La plupart de ceux-ci, environ 50, ont été classés comme « proches de la routine », mais certains ont été plus graves et trois ont été considérés comme « à haut risque ».

 

      Evidemment, l’ensemble des incidents est beaucoup plus élevé. L’OTAN a rapporté avoir mené plus de 400 interceptions d’avions russes en 2014, soit quatre fois plus que le nombre d’interceptions réalisées en 2013. La Russie a déclaré publiquement qu’elle avait recensé deux fois plus de vols d’avions tactiques de l’OTAN en 2014 qu’en 2013 près de ses frontières, soit plus de 3000. La Suède et la Finlande ont signalé un certain nombre d’interceptions d’avions russes près de leur espace aérien et chaque Etat a dû sonder, au moins une fois au cours des 12 derniers mois, ses eaux territoriales, pour rechercher de mystérieux «objets sous-marins ».

 

      La Russie a augmenté le nombre et la taille de ses exercices militaires, sans réaliser de notification préalable, certains exercices se déroulant dans sa région militaire occidentale, donc très proche des territoires de l’OTAN. Au cours de la crise actuelle, des responsables russes et des experts ont confirmé une activité accrue de l’armée de l’air russe, incluant l’utilisation d’avions de surveillance et d‘avions stratégiques à longue portée. La Russie a également déployé d’autres aéronefs, des navires, des unités de défense aérienne et de missiles antinavires en Crimée.

 

      L’OTAN a réagi à la détérioration de la situation en Europe centrale et orientale, en augmentant sa présence militaire le long de son flanc oriental. L’organisation a ainsi accru ses missions de surveillance de l’espace aérien de la zone baltique. Elle a déplacé plus de troupes dans cette région, augmenté sa structure de commandement et envisage de pré-positionner du matériel. Selon les données officielles de l’OTAN, 162 exercices ont été réalisés en 2014 dans le des actions de formation militaire de l’OTAN et d’exercices programmés, soit le double du nombre d’exercices initialement prévu. A cela, il convient de rajouter 40 exercices nationaux supplémentaires ; ceux-ci faisaient partie d’un effort plus large de l’OTAN pour démontrer sa détermination et pour rassurer les alliés dans le contexte de la crise actuelle  En 2015, il est prévu une poursuite de ces tendances concernant les actions de la Russie et de l’OTAN.

 

    Sans entreprendre une évaluation collective de ce qui motive ces déploiements militaires spécifiques, les signataires sont d’accord sur deux observations importantes. Tout d’abord, la Russie et l’OTAN semblent réaliser de nouveaux déploiements et mettre d’avantage l’accent lors des exercices sur les corrections nécessaires à apporter à leur précédent dispositif militaire. Chaque côté est convaincu que ses actions sont justifiées par les changements négatifs de son environnement sécuritaire. Deuxièmement, un cycle action-réaction est maintenant en oeuvre et semble difficile à arrêter.

 

      Certains disent que cette augmentation des tensions est gérable et que les militaires des deux côtés veilleront à ce que rien de fâcheux ne se passe. Cela peut être le cas, mais nous ne devons pas perdre de vue que nous traitons ici, dans la plupart des situations, de relations et d’affrontements militaires entre une puissance nucléaire d’une part et une alliance nucléaire militaire de l’autre, qui se déroulent dans un contexte de méfiance accrue et de tensions significatives des deux côtés. L’histoire est parsemée d’exemples de crises et de tensions internationales qui ont développé une dynamique propre et ont abouti à un conflit, même si aucune des parties ne le voulait. Nous ne sommes pas nécessairement dans une dynamique similaire à celle de l’Europe de 1914, mais quel responsable politique optimiste ne voudrait pas tenir compte des leçons de l’histoire collective de notre continent et faire tout ce qui est possible pour s’assurer que les choses ne glissent pas hors de tout contrôle ?

 

      À notre avis, la situation est mûre pour une possible dangereuse erreur de calcul ou  un accident qui pourrait déclencher une nouvelle aggravation de la crise ou même une confrontation militaire directe entre la Russie et l’Occident.

 

      En juillet 2014, plusieurs d’entre nous ont déjà fait remarquer le danger de la situation et ont notamment appelé à ce que chaque partie améliore le niveau de communication entre militaires, fasse preuve de retenue politique et militaire au sein des chaînes de commandement, améliore les règles d’engagement militaire et, si possible, exerce une influence sur les actions de ses amis et alliés.

 

      L’OTAN a depuis confirmé explicitement que les liens de communication entre le Commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR), le chef du Comité militaire de l’OTAN et le chef de l’état-major général russe sont actifs et disponibles 24h sur 24 et 7 jours sur 7. De manière à éviter des incidents dangereux, des discussions ont été menées en profondeur au sein de l’OTAN et ont été également réalisées au cours des dernières rencontres entre le Secrétaire général de l’OTAN, le représentant permanent de la Russie auprès de l’OTAN et le ministre russe des Affaires étrangères. Nous nous félicitons de ces développements, mais nous croyons nécessaire de faire plus encore.

 

      Notre proposition

 

     Le Conseil OTAN - Russie devrait être convoqué d’urgence pour discuter d’un éventuel mémorandum d’entente entre l’OTAN et la Fédération de Russie, ainsi que des règles de conduite à tenir entre les deux parties lors des interceptions, pour la sécurité du trafic aérien et maritime. Un tel accord a été signé entre les Etats-Unis et la Chine à la fin de l’année 2014 "pour renforcer le respect du droit et des normes internationales en vigueur actuellement, pour améliorer la sécurité  opérationnelle dans l’espace maritime et aérien, pour renforcer la confiance mutuelle, pour élaborer un nouveau modèle de relations entre les militaires de chacune des parties"

 

      Parallèlement à un accord multilatéral OTAN – Russie, des négociations bilatérales pourraient être engagées sur des accords similaires entre la Russie et les États membres de l’OTAN.

 

      L’accord sino-américain énonce les principes et les procédures de communication qui doivent être observés lors des interceptions entre les navires et avions militaires, et exige de chaque côté de donner des avertissements de danger en temps  opportun, si des exercices militaires et des tirs d’armes réels doivent avoir lieu dans un environnement où peuvent être opérationnels les navires militaires et aéronefs de l’autre partie.

 

     Il énonce également une série de règles pour établir la confiance mutuelle. Celles-ci comprennent par exemple l’engagement à communiquer en temps opportun lors de la conduite des opérations sur les intentions de manœuvre des navires et des avions militaires. Elles comprennent également une liste d’actions qui doivent être évitées, y compris la simulation d’attaques en orientant ses canons, ses missiles, ses radars de contrôle de tir, ses tubes lance-torpilles et autres armes en direction des navires et avions militaires rencontrés. L’accord précise les fréquences radios à utiliser pour la communication et les signaux à réaliser, si des difficultés sont rencontrées sur la compréhension de la langue par les commandants.

 

     L’accord contient également une disposition pour que chaque partie procède à une réunion d’évaluation annuelle, dirigée par des officiers supérieurs de l’armée, sur tous les événements de l’année précédente concernant l’application de cet accord.

 

      Il existe au moins deux accords entre les Etats-Unis et l’Union soviétique (puis la Russie) qui opèrent d’une manière similaire dans les relations bilatérales entre ces deux Etats : l’Accord pour la prévention des incidents en haute mer et au-dessus de la haute mer (1972) et l’Accord sur la prévention des activités militaires dangereuses de 1989.

 

      Étant donné l’ampleur accrue des activités militaires dans la région Euro-atlantique et l’augmentation du nombre d’interceptions militaires, un tel accord est maintenant nécessaire entre l’OTAN et la Russie, afin de prévenir les incidents ou les erreurs de calcul pouvant conduire à une escalade de la tension, voire à une confrontation. Il serait également utile d’impliquer à un stade précoce des discussions la Suède et la Finlande, qui sont tous les deux exposés aux dangers liés à l’accroissement des activités militaires dans la région de la mer Baltique.

 

      Les signataires de cette déclaration sont convaincus qu’un tel objectif doit être poursuivi avec la plus grande urgence. Bien que cela puisse apparaître comme une mesure bureaucratique ou technique, l’avenir de la sécurité Euro-atlantique pourrait pourtant bien en dépendre.

                                                                                     

                                                                                                  26 Août 2015

Lire la déclaration sur le site d'ELN

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4 juillet 2015 6 04 /07 /juillet /2015 09:11
Grèce: OUI ou NON?

    Au cours des derniers jours, on a beaucoup lu et entendu de commentaires et de déclarations sur le référendum grec de demain.

 

     J'ai personnellement apprécié cette analyse lucide du Prix Nobel d'économie, Paul Krugman, dans une tribune publiée hier par le New York Times.

 

      LIRE: "Les nombreux désastres économiques de l'Europe"

 

****

Voici la traduction en français de sa conclusion

 

     "Un des grands risques si les Grecs votent oui, c’est-à-dire qu’ils acceptent les demandes des créanciers, et donc qu’ils rejettent la position du gouvernement grec et probablement qu’ils le fassent tomber, est qu'il va renforcer et encourager les architectes de l'échec européen. Les créanciers auront démontré leur force, leur capacité à humilier quiconque conteste les demandes de l'austérité sans fin. Et ils vont continuer à prétendre que l'imposition d'un chômage de masse est la seule ligne de conduite responsable.

 

     Que se passera-t-il si la Grèce vote non? Cela conduira à un effrayant terrain inconnu. La Grèce pourrait bien quitter l'euro, ce qui serait extrêmement perturbateur à court terme. Mais cela offrira également à la Grèce elle-même une chance pour une véritable reprise. Et ce sera un choc salutaire contre l’autosatisfaction des élites européennes.

 

     Ou, pour le dire un peu différemment, il est raisonnable de craindre les conséquences d'un vote non car personne ne sait ce qu’il adviendra. Mais il faut craindre encore plus les conséquences d'un oui, parce que, dans ce cas, nous ne savons que trop ce qui se passera ensuite : plus d'austérité, plus de désastres et, finalement, une crise bien pire que tout ce que nous avons vu jusqu'à présent."

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Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez