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18 mars 2015 3 18 /03 /mars /2015 16:49

       L'appel que j'ai signé avec deux anciens ministres, David Owen

  

(affaires étrangères, Grande Bretagne) et Wolfgang Ischinger (affaires

 

étrangères, Allemagne) a été publié:

 

     - en Grande Bretagne, sur le site d'ELN, sous le titre

 

      " Negotiations with Iran: the best bet for our future security"

 

     - en Allemagne, par le quotidien Handelsblatt, sous le titre

 

     " Die Iranverhandlungen: Unsere beste Chance auf Sicherheit"

 

     - en France, sur le site du Monde, sous le titre

 

     " l'Europe doit pousser au compromis avec l'Iran"

Négociations sur le nucléaire iranien
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16 mars 2015 1 16 /03 /mars /2015 17:00
Appel de trois anciens ministres européens
Appel de trois anciens ministres européensAppel de trois anciens ministres européensAppel de trois anciens ministres européens

    Cet appel, publié sur le site du Monde, sous le titre "l'Europe doit pousser au compromis avec l'Iran" est signé par trois anciens ministres européens, membres du réseau européen ELN 

  • Paul Quilès (défense, France),
  • Wolfgang Ischinger (affaires étrangères, Allemagne),
  • David Owen (affaires étrangères, Grande Bretagne)                                      

***

 

Négociations avec l’Iran : il faut jouer la carte de l’avenir

 

     Les récents progrès des négociations entre les Etats-Unis et l’Iran suscitent une grande inquiétude dans certains pays. Benyamin Netanyahu vient de s’en faire le porte-parole devant le Congrès américain, sans craindre de forcer le trait ni de se brouiller davantage encore avec le Président Obama.

 

     Les opposants à l’accord qui semble s’esquisser, notamment en Israël mais aussi parmi les monarchies du Golfe, redoutent des lacunes et des imprécisions qui laisseraient à l’Iran la possibilité d’accéder à l’arme atomique et de devenir la deuxième puissance nucléaire au Moyen-Orient (Israël étant jusqu’à présent la seule). Il faut bien reconnaître que ce scénario serait profondément déstabilisateur, car il pourrait précipiter une course aux armements nucléaires dans la région.

 

      Mais tel n’est pas le but des négociations formellement conduites entre l’Iran et les six pays du groupe « P5+1 » (composé des membres permanents du Conseil de sécurité et de l’Allemagne). L’objectif des négociateurs, du côté occidental comme sans doute aussi du côté de la Russie et de la Chine, est de parvenir à un accord clair et contraignant fondé sur deux concessions majeures : Téhéran doit clarifier l'intention pacifique de son programme nucléaire en le plaçant sous un contrôle international strict et, en contrepartie, la communauté internationale doit s’engager à la levée progressive des sanctions décrétées par le Conseil de sécurité de l’ONU et de celles, beaucoup plus sévères, imposées unilatéralement par les Etats-Unis et l’Union européenne.

 

      Les opposants aux négociations en cours avec l'Iran soutiennent que c’est seulement par le démantèlement total de la capacité de l'Iran à enrichir de l'uranium, quel qu’en soit l'objectif, que la prolifération nucléaire peut être empêchée. Ce serait imposer à ce pays un statut exorbitant du droit commun de la non-prolifération, défini par le traité de non-prolifération nucléaire (TNP), qui constitue le fondement des efforts internationaux pour assurer la non-prolifération depuis 1968. Le TNP, signé par tous les membres de l'UE et les États-Unis, garantit le «droit inaliénable de toutes les Parties au Traité de développer la recherche, la production et l'utilisation de l'énergie nucléaire à des fins pacifiques, sans discrimination ». Refuser à l'Iran ce droit menacerait le TNP, qui est le traité de contrôle des armements le plus largement signé dans l'histoire, et mettrait donc en danger la sécurité mondiale.

 

     Il semble bien que l'objectif principal de ceux qui cherchent à saper les efforts pour aboutir à un accord n’est pas de s’assurer que l'Iran n’obtient pas la bombe, mais de maintenir ce pays dans une position de paria politique, de l’affaiblir et de contenir, puis de refouler son influence au Moyen-Orient, notamment en Syrie, au Liban et en Irak.

 

      Nous avons, nous Européens, un intérêt primordial à ce que l’Iran ne devienne pas une puissance nucléaire. Tout accord avec ce pays doit donc reposer sur une application stricte, sans échappatoire possible, du TNP par l’Iran. Il doit être dicté par la vigilance et fondé sur le principe « se méfier et vérifier », selon la formule de l’Administration Obama. Mais nous n’avons pas intérêt à imposer à l’Iran un statut dérogatoire permanent, sous réserve  -compte tenu des violations commises dans le passé- de contrôles étendus et de suspension d’activités sensibles au cours d’une période transitoire.

 

      Il est en effet de notre intérêt que l’Iran contribue, à la mesure de son poids politique et de son influence, à la stabilisation de la région et à l’éradication du péril terroriste représenté par la montée de l’organisation de l’Etat islamique. Les exigences de Benyamin Netanyahu et des monarchies du Golfe ne peuvent déboucher que sur la guerre et le bombardement des infrastructures nucléaires iraniennes. Or, il est déjà trop tard pour interdire à l’Iran l’accès aux connaissances scientifiques et techniques qui permettent de construire la bombe. Une campagne de destruction des installations nucléaires iraniennes ne pourrait aboutir qu’à l’inverse du résultat recherché : dénonciation du TNP par l’Iran et lancement effectif par ce pays d’un programme nucléaire militaire dans des installations souterraines à l’abri des bombardements. Ce scénario serait une catastrophe géopolitique pour l’Europe et sans doute aussi pour ses inspirateurs.

 

      En ce domaine, les intérêts européens coïncident donc avec ceux des Etats-Unis, tels que les défend Barack Obama.

 

      Un compromis avec l’Iran est possible : acceptation, une fois la confiance établie sur la nature exclusivement pacifique du programme iranien, d’une capacité d’enrichissement contrôlée, encadrée et plafonnée à un niveau civil ; application du régime renforcé de contrôle de l’AIEA sur tout le territoire de l’Iran ; surveillance stricte des flux d’uranium, quelle qu’en soit la forme et en contrepartie, levée progressive des sanctions et reprise de la coopération dans les applications nucléaires manifestement dépourvues de tout caractère militaire.

 

      Parallèlement, de nouvelles initiatives doivent être prises pour renforcer la légitimité du régime international de non-prolifération. Les Européens ont en particulier un rôle essentiel à jouer pour relancer la réunion d’une conférence internationale sur la négociation d’une « zone exempte d’armes de destruction massive » au Moyen-Orient.

 

      Nous appelons nos gouvernements à prendre la mesure de cette occasion historique de s’assurer de l'utilisation pacifique de la technologie nucléaire par l'Iran, de réinsérer ce pays dans la communauté internationale et de renforcer les efforts mondiaux de non-prolifération. En inscrivant leur action dans la perspective d’une réussite des négociations en cours, ils joueraient la carte de l’avenir et de la sécurité mutuelle.

Appel de trois anciens ministres européens
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2 mars 2015 1 02 /03 /mars /2015 10:57
Syrie : cessons d’être passifs

Cette tribune de Paul Quilès a été publiée par le Figaro

 

Syrie: il est urgent d’agir pour éteindre l’incendie

 

     Au-delà de la polémique excessive et injuste de ces derniers jours sur le voyage de parlementaires français en Syrie, une question essentielle se pose : comment faire pour mettre un terme à la catastrophe humanitaire qui frappe ce pays et contrer la menace grandissante du terrorisme ?

 

    C’est en fonction de ces deux critères qu’il faut juger les prises de contact, directes ou indirectes, avec le régime baasiste de Bachar Al-Assad. Il est curieux que certains condamnent ces rencontres au seul motif que le dictateur syrien a du sang sur les mains. Combien de négociations ont pourtant eu lieu dans le passé avec des dirigeants coupables de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité ? Roosevelt, Churchill et de Gaulle ne se sont-ils pas alliés avec Staline pour vaincre Hitler ? N’avons-nous pas appuyé Saddam Hussein contre Khomeiny ? Et pourtant, dans le cas présent, il ne s’agit pas d’alliance ni d’appui mais seulement d’un contact.

 

    D’ailleurs il semble bien que le gouvernement français lui-même ait envoyé en 2013 une délégation de la DGSE et de la DGSI rencontrer en Syrie le chef du renseignement, impliqué dans les crimes du régime, pour obtenir des informations nécessaires à la lutte contre le terrorisme.

 

    Nous devrions être plus attentifs à l’évolution de la politique américaine. Les Etats-Unis, aujourd’hui très conscients de la gravité de la menace posée par l’organisation dite « Etat Islamique » procèdent régulièrement à des frappes aériennes en Syrie en partageant le ciel avec les forces d’Assad. Et John Kerry, Secrétaire d’Etat américain, vient de déclarer que face à l’Etat islamique les Etats-Unis avaient « un intérêt commun » avec l’Iran, principal soutien d’Assad. Il a récemment exhorté Assad à changer de politique, mais en omettant d’appeler à son départ immédiat, comme il le faisait systématiquement jusqu’alors.

 

    Il ne s’agit pas de s’accommoder du maintien au pouvoir d’Assad, et encore moins d’oublier ses crimes. Mais il faut mener une politique qui réponde à la réalité et à l’urgence de la situation, qui est alarmante.

 

    Actuellement l’armée d’Assad contrôlerait de l’ordre des deux tiers de la population restant en Syrie. Le régime baasiste dispose donc encore d’un soutien significatif, non seulement parmi les minorités, notamment alaouites, mais aussi parmi une fraction des sunnites, majoritaires.

 

    Les autres forces sont, outre les Kurdes, qui restent maîtres d’une grande partie de leur région, le soi-disant « Etat islamique » malheureusement enraciné dans les zones qu’il contrôle et l’insurrection nationale syrienne, elle-même partagée entre une multiplicité d’acteurs : des groupes islamistes (y compris le front Al-Nosra affilié à Al-Qaida) et des forces « musulmanes sunnites modérées » ou démocrates poursuivant l’objectif d’une Syrie inclusive et tolérante. C’est vers ces forces modérées que vont les fournitures d’armes occidentales, après contrôle par un Centre d’opérations sous direction américaine. Actuellement les livraisons d’armes sont subordonnées à un engagement de lutter non seulement contre le régime baasiste, mais aussi contre « l’Etat islamique ».

 

    Partir des réalités, c’est prendre acte de l’incroyable complexité de cette situation et de la faiblesse présente des forces démocratiques syriennes. La Coalition nationale syrienne soutenue par l’Occident semble subir l’influence des Frères musulmans. L’Armée syrienne libre, à l’origine composante essentielle de l’insurrection, est divisée, en désaccord avec la Coalition nationale et militairement très affaiblie. Il faut aussi être conscient des ambiguïtés des soutiens non occidentaux de la rébellion (Arabie saoudite, Qatar, Emirats arabes unis et Turquie). Les uns combattent les Frères musulmans, les autres les soutiennent, tous ont eu une attitude complaisante à l’égard du Front Al-Nosra et même de l’organisation de l’Etat islamique à ses débuts.

 

    Aujourd’hui, la chute d’Assad sans transition organisée conduirait à une situation de type libyen, à l’effondrement de l’Etat, au chaos, puis à la déstabilisation du Liban et sans doute aussi de la Jordanie. Israël déciderait peut-être d’intervenir sur une échelle beaucoup plus grande qu’il a pu le faire dans la période récente. Comment imaginer un terreau plus fertile pour le terrorisme ? Quelles conséquences pourrait-on en attendre pour la situation humanitaire de la Syrie ? Quelle ampleur atteindraient les mouvements de réfugiés ?

 

    Il est urgent de prendre les initiatives diplomatiques courageuses qui pourraient conjurer ces périls. Ces initiatives doivent d’abord apporter à l’émissaire des Nations Unies, Staffan de Mistura, tout le soutien nécessaire pour négocier des cessez-le-feu locaux, en particulier à Alep et créer de la sorte un climat favorable au dialogue entre l’opposition démocratique et le régime. En liaison avec toutes les parties intéressées, y compris l’Iran et la Russie, malgré nos litiges avec ces pays sur d’autres questions, il faudra, dans un deuxième temps, concentrer notre action diplomatique sur une nouvelle conférence de Genève.

 

    Pour qu’elle réussisse, il faudra parler avec le régime baasiste, si l’on veut obtenir un accord solide entre toutes les parties déterminées à lutter contre le terrorisme, en vue de la constitution d’un « gouvernement de transition doté des pleins pouvoirs » (selon le langage agréé dès la conférence de Genève de juin 2012). Les gouvernements occidentaux n’admettent-ils pas dès à présent que cet organe gouvernemental devra comprendre « certaines structures du régime existant »[1] ? Où trouvera-t-on d’ailleurs, parmi ces éléments, des personnes ayant moins de sang sur les mains qu’Assad ? Et pourquoi ne pas s’appuyer davantage sur l’opposition intérieure laïque et progressiste que l’on présente souvent trop rapidement comme manipulée par le régime, alors que ses membres ont souvent payé d’emprisonnement et de tortures leurs demandes d’ouverture démocratique ?

 

    N’attendons pas que, pour les besoins de leur politique iranienne, les Etats-Unis décident seuls de faire un pas vers le régime syrien. Je suis conscient des difficultés morales de la discussion avec un dirigeant comme Bachar Al-Assad. Mais, lorsqu’il s’est agi de conduire le Cambodge vers la stabilité, n’est-on pas allé jusqu’à intégrer dans la négociation les Khmers Rouges, coupables de génocide, puis à accepter leur ralliement après les accords de Paris ? Les procès sont venus après.

 

    Aujourd’hui, notre adversaire principal, notre ennemi, c'est l’organisation de l’Etat islamique. Elle semble subir des revers. Les forces françaises y contribuent de façon méritoire. Mais si nous laissions la Syrie dériver vers le chaos, nous pourrions lui rendre involontairement de nouvelles forces, au détriment de notre sécurité.  

_____________________________

 

[1] Expression utilisée par Laurent Fabius et Philip Hammond, dans leur récente tribune, publiée par Le Monde (27 février 2015)

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27 février 2015 5 27 /02 /février /2015 00:46
Après la visite de 4 parlementaires en Syrie

Sud Radio a organisé un débat, dans lequel Paul Quilès et

Frédéric Pichon, universitaire spécialiste de la Syrie, 

s'interrogent sur l'attitude de la diplomatie française

et sur son efficacité dans la lutte contre l'Etat Islamique.

 

                                            Ecouter

 

Pour mieux comprendre, lire aussi:

 

Kerry évoque "un intérêt commun" avec l'Iran

face au groupe EI

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25 février 2015 3 25 /02 /février /2015 16:31
La France, la sécurité européenne et mondiale 

    Le 2 février, j'ai été l'invité de l'école de formation de "Maintenant la gauche".

 

    Si vous voulez en savoir plus sur les désordres du monde, sur la façon de répondre aux crises actuelles et sur le rôle de la France, je vous suggère de prendre le temps de regarder la vidéo de cette conférence.

 

Regarder la vidéo

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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 23:02
Paul Quilès à propos du sommet de Minsk

Paul Quilès : "La France est le pays le mieux placé

pour discuter avec les Russes"

 

   Ancien ministre de la Défense, le socialiste Paul Quilès avait communiqué en décembre dernier une note à François Hollande contenant cinq propositions pour sortir de la crise ukrainienne.

 

   Pour "Marianne", il commente l'initiative diplomatique franco-allemande et revient sur les erreurs occidentales commises face à la Russie.

 

Lire l'interview

Paul Quilès à propos du sommet de Minsk
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5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 15:28
Je me félicite et je regretteJe me félicite et je regretteJe me félicite et je regrette

      Je me félicite de l'initiative prise par François Hollande de rencontrer dès cet après-midi le Président ukrainien et, demain, le Président russe. L'aggravation de la situation à l'Est de l'Ukraine exige en effet de rechercher rapidement les voies d'une désescalade, pour éviter des enchaînements susceptibles de conduire à des affrontements armés d'une extrême gravité. J'approuve d'autant plus cette démarche qu'elle correspond à celle que j’ai proposée à la suite de la réunion du 12 décembre dernier à Londres, organisée par ELN, à laquelle j'ai participé et qui rassemblait des anciens ministres européens de la défense et des affaires étrangères (notamment russes).

 

      La situation est d’autant plus sérieuse qu’elle risque, selon les termes mêmes du Président de la République, de déboucher sur une « guerre totale ». Or cette guerre totale impliquerait un pays nucléaire (la Russie).

 

      Mais, quand il a évoqué l’arme nucléaire, François Hollande n’a pas parlé de ses risques. Il a annoncé une modernisation de l’arsenal nucléaire français, « autant que nécessaire », comme si le contexte international n’avait pas radicalement changé depuis la fin de la Guerre froide. Il en est resté aux dogmes, considérant que le débat était clos.

 

      Je regrette donc ce refus de réviser la position de la France à l'égard de la dissuasion nucléaire. La politique actuelle, qui ne fait l'objet d'aucun débat, est l'héritage d'un monde ancien. Coûteuse et inefficace, elle s'appuie sur des dogmes, par définition non contestables, ce qui fait de la dissuasion nucléaire une véritable religion. Étonnante attitude dans un pays laïque, où, le Président l'a rappelé ce matin, il n'y a pas de religion officielle!

 

      L’arme nucléaire reste un danger, tout particulièrement dans un monde instable. La priorité ne doit pas être de la développer mais d’empêcher sa prolifération, de prémunir le monde contre son emploi et à terme d’aller vers son élimination sous contrôle international. La prochaine conférence d’examen du Traité de Non-prolifération examinera ces sujets en avril-mai 2015. Il faut espérer que la contribution de la France sera à la hauteur de ses responsabilités dans le monde, qu’a encore rappelées le Président de la République.

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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 23:29
La riposte militaire n'est pas la seule option

Tribune de Paul Quilès, publiée dans le Monde du 18 janvier

 

      On nous dit depuis quelques jours que nous serions engagés dans une guerre. Méfions-nous de ce terme, qui rappelle un mauvais souvenir : celui de cette « guerre totale contre le terrorisme » proclamé par Georges W. Bush au début des années 2000 et qui a conduit à tant de désordres au Moyen Orient et dans le monde.

 

      Il ne faut pas se méprendre sur la nature de ce combat que nous devons mener. Nous ne sommes pas formellement en guerre, mais nous avons un adversaire, organisé, doté d’une idéologie, d’une stratégie, de moyens et d’un objectif essentiellement territorial (au moins pour l’EI). N’oublions pas qu’il commet les mêmes actes terroristes dans tous les pays alliés des Etats-Unis (présentés par Al Qaïda et l’EI comme l’ennemi principal depuis 30 ans) et beaucoup plus encore dans les pays musulmans, où se trouvent la majorité des victimes du terrorisme djihadiste.

 

     L’erreur serait de résumer la réponse à cette menace à une mesure unique, de type sécuritaire, alors que le problème est beaucoup plus complexe. Bien entendu, des mesures concernant l’amélioration de notre système de sécurité sont à prendre rapidement, mais il faut se garder que, sous le coup d’une émotion forte, des mesures viennent remettre en cause les libertés individuelles, auxquelles les Français sont très attachés.

 

      L’exemple à ne pas suivre, souvent cité, est celui du Patriot Act, série de mesures d’exception prises par les Américains au lendemain du traumatisme du 11 septembre 2001 et toujours en application. On sait aujourd’hui qu’il n’a pas apporté de réponse durable à la question posée, celle de la protection face à la menace djihadiste et qu’il a par contre durablement et gravement réduit certaines libertés individuelles.

 

      Il ne faut donc pas céder à la tentation d’une réponse sécuritaire, censée éradiquer de façon quasi magique et instantanée le terrorisme. De nombreux textes ont été votés depuis 20 ans pour améliorer la lutte contre le terrorisme. A la suite de l’attentat du 11 septembre, j’ai moi-même présenté en décembre 2001 un rapport de la Commission de la défense de l’Assemblée nationale, qui proposait 33 mesures « pour contrer la menace terroriste ». Il ne me semble pas inutile de le relire.

 

     Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, vient de préciser les domaines dans lesquels il considère que des efforts sont encore nécessaires. C’est maintenant au Parlement de travailler rapidement pour donner un contenu juridique à ces mesures et au Gouvernement de dégager les moyens qu’elles nécessitent.

 

Refus de l’obscurantisme

 

      Quelle réponse à la menace terroriste ? Pour être efficace, la réponse doit tenir compte de ce diagnostic et comporter plusieurs volets :

 

- le volet militaire, pour frapper à la source l’adversaire (à condition d’éviter les dérives de la politique américaine, qui, en se fixant comme unique objectif la victoire militaire, a conduit au chaos ou à la déstabilisation de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Syrie, du Yémen…) ;

- le volet financier, pour le priver des ressources matérielles qui alimentent ses opérations terroristes ;

- le volet de la sécurité intérieure, pour améliorer le renseignement et le partage des informations entre ministères de l’Intérieur et de la Justice;

- le volet de l’information, pour mieux contrôler certains sites Internet, qui sont devenus des vecteurs majeurs du terrorisme ;

- le volet social, pour éviter de laisser les populations de certaines zones sombrer dans la désespérance, ce qui contribue à les rendre vulnérables à la propagande et aux campagnes d’enrôlement des djihadistes ;

- le volet éducatif, pour mobiliser les enseignants, grâce à des moyens renforcés, dans leur rôle d’éveilleurs des consciences de la jeunesse.

 

      Il faut aussi ajouter l’attention renforcée qui doit être portée à la prison, trop souvent foyer de radicalisation des délinquants.Il est enfin indispensable que l’Islam de France soit aidé pour qu’il puisse mieux dénoncer l’imposture de ceux qui détournent gravement le sens de leur religion.

 

     On le voit, la tâche est complexe ; elle concerne de multiples intervenants ; elle exige une volonté, de la continuité et des moyens. Ne nous trompons pas sur le sens du message qu’ont voulu transmettre les Français par la formidable mobilisation du 11 janvier. Ils ont manifesté à la fois un ferme refus de l’obscurantisme et de l’islamo- fascisme, mais aussi la volonté d’une France plus solidaire, qui aspire à gommer les différences, pour que ne se crée pas le clivage précisément souhaité par l’idéologie djihadiste. Ne répondons pas à leur élan et à leur attente par une régression des libertés.

 

    Paul Quilès, ancien ministre de la Défense et de l'Intérieur

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10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 10:21
Comprendre les objectifs du terrorisme international

      La réflexion sur la nature, les origines et les objectifs du terrorisme international est indispensable si l’on veut le combattre efficacement.

 

       Il y a 2 ans, au moment de l’intervention de la France au Mali contre les groupes djihadistes, j’ai rappelé cette obligation, en me référant au rapport d’information que j’ai présenté à l’Assemblée Nationale après les attentats du 11 septembre 2001.

                                                         lire le rapport  

 

        Ce rapport, qui contient 33 propositions pour améliorer la lutte contre le terrorisme, analyse aussi l’origine de l’islamisme violent, à partir de l’échec de l'islam politique dans sa stratégie de renversement de gouvernements nationalistes issus de la décolonisation et d'installation au pouvoir de régimes fondamentalistes.

              

       Voici quelques extraits du rapport concernant ce dernier point.

 

*****

Une dérive de l'islamisme politique

     

     « Le terrorisme d'origine islamique n'est pas né le 11 septembre 2001, mais s'inscrit dans une histoire dont les origines remontent aux années 1970. Il ne s'agit nullement de questions théoriques : seule une compréhension précise du phénomène permettra de lutter efficacement contre les réseaux d'Al Qaida.

 

     Pour comprendre la genèse de la crise qui a éclaté au grand jour le 11 septembre 2001, il faut en revenir à deux dates charnières : 1979 et 1990.

 

   * L'année 1979 est déterminante dans la mesure où elle est marquée par la conjonction de trois événements capitaux :

 

      - en février, elle voit l'arrivée au pouvoir de Khomeyni à Téhéran, donc la prise du pouvoir en Iran par les radicaux chiites. Le succès de la révolution islamique en Iran en 1979 marque la première victoire « militaire » d'un mouvement de cette nature sur le monde occidental : les images des otages de l'ambassade américaine influencent profondément les mouvements islamiques existants, y compris ceux qui appartiennent à la mouvance sunnite ;

 

      - l'autre événement majeur, au mois de novembre de la même année, a lieu avec la prise de la Grande Mosquée de La Mecque - lieu saint sunnite -, par Jouhaïmane Al-Outaïli. La Grande Mosquée reste entre les mains des rebelles pendant près de trois semaines. Les armées saoudiennes et jordaniennes restant impuissantes, c'est le groupe d'intervention de la gendarmerie nationale française (GIGN) qui fera sortir le groupe de Jouhaïmane des caves et des sous-sols du bâtiment ;

 

      - l'année 1979 se termine enfin, en décembre, par l'invasion de l'Afghanistan par les troupes soviétiques. Afin d'affaiblir l'empire soviétique, les Etats-Unis conçoivent alors une stratégie destinée à faire de l'Afghanistan le Vietnam de l'Union soviétique, sans perdre une seule goutte de sang américain. A cette fin, les islamistes de tout bord, pro-américains, recrutés et financés par le Pakistan et l'Arabie Saoudite, soutenus par les Etats-Unis, sont envoyés en Afghanistan pour se battre contre l'Armée rouge. On retrouve une alliance ancienne entre l'Amérique et les islamistes que Washington avait considérée comme la meilleure parade contre le marxisme athée et l'avancée du communisme dans le monde musulman.

 

       En résumé, l'année 1979 représente une date charnière, dans la mesure où c'est à ce moment que l'islamisme radical ne se contente plus de prospérer dans l'ombre des écoles coraniques, mais se transforme en un mouvement politique, victorieux en Iran, mis en échec par les Saoudiens. L'invasion de l'Afghanistan lui permet de devenir également une force de combat. Celle-ci sera bientôt alimentée par tous les agitateurs politiques du monde arabo-musulmans, frustrés voire réprimés par des Etats autoritaires, qui n'auront de cesse de s'en débarrasser en les envoyant en Afghanistan. Telle est notamment l'option choisie par l'Arabie Saoudite, qui voit, de toute façon, d'un mauvais œil le prosélytisme d'Etat de son grand rival chiite, lui préférant la diffusion de sa propre conception rigoriste de l'islam (wahhabisme), via les réseaux d'écoles coraniques qu'elle s'emploie à financer à travers le monde entier.

 

     Avec l'expulsion des forces américaines et françaises du Liban en 1983, par le Hezbollah soutenu par l'Iran et la Syrie, et notamment la mise en scène d'attaques suicides massives, les islamistes enregistrent une deuxième victoire militaire et idéologique. Les prises d'otages consécutives dopent les mouvements radicaux et les confortent dans leur stratégie de terreur. Mais c'est avec la victoire des Afghans et des volontaires arabes et musulmans du monde entier sur l'Armée rouge que l'islamisme politique enregistre son succès militaire le plus éclatant, qu'il interprète immédiatement en termes idéologiques. Les moudjahidines, que l'on appelait alors en Occident les symboles de la liberté, les combattants de la liberté, se disent en effet que, s'ils ont été capables de défaire l'Armée rouge, a fortiori, ils seraient capables de défaire les gouvernements qui ne respectent pas la Charia, la loi islamique. Forts de leur expérience afghane et de cette conviction, ces hommes retournent alors dans leur pays d'origine - en Algérie, en Egypte et ailleurs - pour tenter de renverser leurs gouvernements.

 

    * L'année 1990 représente l'autre date charnière dans l'histoire de l'islamisme politique. Saddam Hussein décide brutalement d'envahir le Koweït. Les Etats-Unis, ne pouvant laisser le dirigeant irakien contrôler, en plus du pétrole irakien, le pétrole du Koweït, et menacer par là-même l'Arabie Saoudite, leur vieil allié, militairement aussi bien qu'économiquement, mettent en place une coalition comprenant des Arabes et des Musulmans, afin que la riposte n'apparaisse pas comme une agression chrétienne contre un pays musulman.

 

      Pour rallier les Arabes, Washington promet alors de créer un Etat palestinien aussitôt la guerre terminée. Les Arabes prennent très au sérieux cet engagement fermement mis en avant. Par ailleurs, pour rallier la coalition, la Syrie exige le droit d'intervenir au Liban contre les forces du Général Aoun. Le feu vert lui est donné. Quant à l'Egypte, la remise de la moitié de sa dette extérieure - 20 milliards de dollars - qu'elle réclamait, lui est accordée. Une fois mise en place, la coalition va défaire Saddam Hussein et le chasser du Koweït. Dès lors, l'armée américaine ne quittera plus l'Arabie Saoudite, où elle a été appelée par le roi Fahd le 8 août 1990. Or, selon les intégristes musulmans, la présence de Juifs et de Chrétiens est inacceptable sur la terre sainte d'Arabie. Les oulémas wahhabites, qui constituent le pilier religieux du régime saoudien, sont allés même plus loin en affirmant qu'un Musulman ne pouvait devenir l'ami d'un Juif ou d'un Chrétien, au risque d'être maudit. Fort de cette exégèse des textes, Ben Laden déclare qu'on ne peut pas mettre en contradiction les enseignements du Prophète, dans le pays même du Prophète.

 

      La guerre du Golfe ajoute par conséquent un nouveau paramètre dans l'équation de l'islamisme politique : à la dimension fondamentaliste vient s'ajouter un sentiment anti-américain, qui va s'accroître tout au long des années 1990. Né de ce que les islamistes radicaux considèrent comme une trahison de la part du commandeur des croyants que le roi Fahd prétend être, à savoir l'acceptation de l'installation des Etats-Unis dans les lieux saints, il se nourrit en outre de l'échec des Etats-Unis à trouver une solution au problème israélo-palestinien et des conséquences dramatiques de la politique américaine en Irak, l'embargo conduisant à la mort de dizaines de milliers de civils, et notamment des plus faibles.

 

   * Au cours des années 1990, la montée en puissance de l'antiaméricanisme ira de pair avec une exacerbation de la violence des groupes islamistes, qui les coupe de leur base sociale et les marginaliser petit à petit. Les classes moyennes pieuses, qui formaient, avec la jeunesse urbaine pauvre, le terreau de l'islamisme politique, refusent la radicalisation. C'est en ce sens que les plus éminents islamologues comme M. Gilles Képel ou M. Olivier Roy, ont pu parler d'un échec de l'islam politique dans sa stratégie de renversement de gouvernements nationalistes issus de la décolonisation et d'installation au pouvoir de régimes fondamentalistes.

 

      Pour certains pays européens, et notamment la France, et pour les Etats-Unis, les conséquences de l'émergence de l'islamisme politique n'en sont pas moins réelles : si l'islam radical a échoué dans ses projets politiques, il se développe en tant que mouvement terroriste, à telle enseigne que, dans un pays comme la France, le terrorisme est considéré comme la menace non militaire prioritaire.

 

      Au sein de cette mouvance ultra-violente de l'islamisme terroriste, l'organisation créée par Ben Laden va se révéler la plus dangereuse, bénéficiant de l'expérience et de la fortune de son meneur. Fort de son passé de combattant contre l'Armée rouge, fort de la doctrine wahhabite qui interdit la présence des Chrétiens et des Juifs sur tout le territoire de l'Arabie Saoudite, Ben Laden renforce son organisation. Si Al Qaida est créée dès 1988, c'est dans le contexte de radicalisation des années 1990 que cette structure forge sa doctrine, à partir de 1996. Le nom d'Al Qaida se réfère au mot arabe signifiant « la base » : il s'agissait en l'occurrence de la base de données sur laquelle étaient enregistrés tous les moudjahidines venus de tout le monde arabo-musulman combattre en Afghanistan. Al Qaida désigne en fait deux réalités : la base logistique principale existant en Afghanistan, aujourd'hui largement détruite par l'opération américaine et les bases secondaires ; les réseaux, autonomes par rapport à ce noyau central et originel, dispersés à travers le monde.

 

      En 1998, Ben Laden et ses adjoints ordonnent l'assassinat des Chrétiens américains et des Juifs où qu'ils se trouvent. Ben Laden ordonne ainsi de chasser d'Arabie l'armée américaine, de chasser les Juifs de Jérusalem - le troisième lieu saint de l'Islam - et de supprimer les vexations et l'embargo contre l'Irak. Ainsi, au-delà même de la problématique de l'échec de l'islam politique, la machine de guerre islamique est, elle, bel et bien lancée contre les Etats-Unis avant tout, et leurs alliés incidemment.

 

      L'attentat contre le World Trade Center, en février 1993, qui fait six morts et un millier de blessés, a été la première opération terroriste menée sur le territoire américain. Cet attentat devait provoquer l'effondrement d'une tour sur l'autre, mais le camion piégé, mal placé, n'a pas fait céder la base des tours. A Ryad, un deuxième attentat contre une petite garnison d'entraîneurs de la garde nationale saoudienne, fait six victimes américaines. En juin 1996, un attentat contre la base militaire de Darran fait dix-neuf victimes parmi les militaires américains et un millier de blessés. L'année 1998 verra la double explosion des ambassades américaines à Nairobi et Dar Es-Salam. En 2000, c'est un bâtiment militaire américain de passage à Aden qui fait l'objet d'un attentat. Enfin, au moment de la fête du millénaire, la police américaine intercepte au Canada un Algérien à bord d'un véhicule chargé de 50 kilos d'explosifs destinés à provoquer une explosion sur l'aéroport de Los Angeles. »

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31 décembre 2014 3 31 /12 /décembre /2014 13:12
Palestine : échec au Conseil de sécuritéPalestine : échec au Conseil de sécurité

Dernier échec de la diplomatie internationale de l’année 2014, qui a vu se succéder à travers le monde les tensions, les drames, les affrontements et les guerres : le refus cette nuit par le Conseil de sécurité de l’ONU de voter la résolution concernant la Palestine.

 

Le texte prévoyait notamment des négociations de paix dans un délai d'un an et le retrait israélien des Territoires occupés avant fin 2017.

 

Pour être acceptée, la résolution devait recueillir 9 voix sur 15. Elle n’en a obtenu que 8 (celles de la France, de la Chine, de la Russie, du Luxembourg, de l’Argentine, du Tchad, du Chili et de la Jordanie).

 

Cinq pays se sont abstenus (la Grande- Bretagne, la Lituanie, la Corée du Sud, le Rwanda et le Nigéria). Les Etats-Unis et l’Australie ont voté contre.

 

Ce scrutin montre bien :

       - le rôle des Etats-Unis, dont le lobbying actif a empêché le vote du texte.

    - l’incapacité des pays européens à parler d’une même voix dans les grands dossiers internationaux.

 

Federica Mogherini, responsable de la diplomatie de l'Union européenne, s’est consolée en estimant que le résultat du vote soulignait «une fois de plus l'urgence d'une reprise de véritables négociations entre les parties et la nécessité pour la communauté internationale de se concentrer sur des résultats concrets»

 

En ce 31 décembre, jour des voeux, souhaitons qu'en 2015 cette urgence se concrétisera enfin par des décisions fortes susceptibles de mettre fin à ce conflit qui pèse si lourdement sur la paix mondiale!

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Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez