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10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 10:21
Comprendre les objectifs du terrorisme international

      La réflexion sur la nature, les origines et les objectifs du terrorisme international est indispensable si l’on veut le combattre efficacement.

 

       Il y a 2 ans, au moment de l’intervention de la France au Mali contre les groupes djihadistes, j’ai rappelé cette obligation, en me référant au rapport d’information que j’ai présenté à l’Assemblée Nationale après les attentats du 11 septembre 2001.

                                                         lire le rapport  

 

        Ce rapport, qui contient 33 propositions pour améliorer la lutte contre le terrorisme, analyse aussi l’origine de l’islamisme violent, à partir de l’échec de l'islam politique dans sa stratégie de renversement de gouvernements nationalistes issus de la décolonisation et d'installation au pouvoir de régimes fondamentalistes.

              

       Voici quelques extraits du rapport concernant ce dernier point.

 

*****

Une dérive de l'islamisme politique

     

     « Le terrorisme d'origine islamique n'est pas né le 11 septembre 2001, mais s'inscrit dans une histoire dont les origines remontent aux années 1970. Il ne s'agit nullement de questions théoriques : seule une compréhension précise du phénomène permettra de lutter efficacement contre les réseaux d'Al Qaida.

 

     Pour comprendre la genèse de la crise qui a éclaté au grand jour le 11 septembre 2001, il faut en revenir à deux dates charnières : 1979 et 1990.

 

   * L'année 1979 est déterminante dans la mesure où elle est marquée par la conjonction de trois événements capitaux :

 

      - en février, elle voit l'arrivée au pouvoir de Khomeyni à Téhéran, donc la prise du pouvoir en Iran par les radicaux chiites. Le succès de la révolution islamique en Iran en 1979 marque la première victoire « militaire » d'un mouvement de cette nature sur le monde occidental : les images des otages de l'ambassade américaine influencent profondément les mouvements islamiques existants, y compris ceux qui appartiennent à la mouvance sunnite ;

 

      - l'autre événement majeur, au mois de novembre de la même année, a lieu avec la prise de la Grande Mosquée de La Mecque - lieu saint sunnite -, par Jouhaïmane Al-Outaïli. La Grande Mosquée reste entre les mains des rebelles pendant près de trois semaines. Les armées saoudiennes et jordaniennes restant impuissantes, c'est le groupe d'intervention de la gendarmerie nationale française (GIGN) qui fera sortir le groupe de Jouhaïmane des caves et des sous-sols du bâtiment ;

 

      - l'année 1979 se termine enfin, en décembre, par l'invasion de l'Afghanistan par les troupes soviétiques. Afin d'affaiblir l'empire soviétique, les Etats-Unis conçoivent alors une stratégie destinée à faire de l'Afghanistan le Vietnam de l'Union soviétique, sans perdre une seule goutte de sang américain. A cette fin, les islamistes de tout bord, pro-américains, recrutés et financés par le Pakistan et l'Arabie Saoudite, soutenus par les Etats-Unis, sont envoyés en Afghanistan pour se battre contre l'Armée rouge. On retrouve une alliance ancienne entre l'Amérique et les islamistes que Washington avait considérée comme la meilleure parade contre le marxisme athée et l'avancée du communisme dans le monde musulman.

 

       En résumé, l'année 1979 représente une date charnière, dans la mesure où c'est à ce moment que l'islamisme radical ne se contente plus de prospérer dans l'ombre des écoles coraniques, mais se transforme en un mouvement politique, victorieux en Iran, mis en échec par les Saoudiens. L'invasion de l'Afghanistan lui permet de devenir également une force de combat. Celle-ci sera bientôt alimentée par tous les agitateurs politiques du monde arabo-musulmans, frustrés voire réprimés par des Etats autoritaires, qui n'auront de cesse de s'en débarrasser en les envoyant en Afghanistan. Telle est notamment l'option choisie par l'Arabie Saoudite, qui voit, de toute façon, d'un mauvais œil le prosélytisme d'Etat de son grand rival chiite, lui préférant la diffusion de sa propre conception rigoriste de l'islam (wahhabisme), via les réseaux d'écoles coraniques qu'elle s'emploie à financer à travers le monde entier.

 

     Avec l'expulsion des forces américaines et françaises du Liban en 1983, par le Hezbollah soutenu par l'Iran et la Syrie, et notamment la mise en scène d'attaques suicides massives, les islamistes enregistrent une deuxième victoire militaire et idéologique. Les prises d'otages consécutives dopent les mouvements radicaux et les confortent dans leur stratégie de terreur. Mais c'est avec la victoire des Afghans et des volontaires arabes et musulmans du monde entier sur l'Armée rouge que l'islamisme politique enregistre son succès militaire le plus éclatant, qu'il interprète immédiatement en termes idéologiques. Les moudjahidines, que l'on appelait alors en Occident les symboles de la liberté, les combattants de la liberté, se disent en effet que, s'ils ont été capables de défaire l'Armée rouge, a fortiori, ils seraient capables de défaire les gouvernements qui ne respectent pas la Charia, la loi islamique. Forts de leur expérience afghane et de cette conviction, ces hommes retournent alors dans leur pays d'origine - en Algérie, en Egypte et ailleurs - pour tenter de renverser leurs gouvernements.

 

    * L'année 1990 représente l'autre date charnière dans l'histoire de l'islamisme politique. Saddam Hussein décide brutalement d'envahir le Koweït. Les Etats-Unis, ne pouvant laisser le dirigeant irakien contrôler, en plus du pétrole irakien, le pétrole du Koweït, et menacer par là-même l'Arabie Saoudite, leur vieil allié, militairement aussi bien qu'économiquement, mettent en place une coalition comprenant des Arabes et des Musulmans, afin que la riposte n'apparaisse pas comme une agression chrétienne contre un pays musulman.

 

      Pour rallier les Arabes, Washington promet alors de créer un Etat palestinien aussitôt la guerre terminée. Les Arabes prennent très au sérieux cet engagement fermement mis en avant. Par ailleurs, pour rallier la coalition, la Syrie exige le droit d'intervenir au Liban contre les forces du Général Aoun. Le feu vert lui est donné. Quant à l'Egypte, la remise de la moitié de sa dette extérieure - 20 milliards de dollars - qu'elle réclamait, lui est accordée. Une fois mise en place, la coalition va défaire Saddam Hussein et le chasser du Koweït. Dès lors, l'armée américaine ne quittera plus l'Arabie Saoudite, où elle a été appelée par le roi Fahd le 8 août 1990. Or, selon les intégristes musulmans, la présence de Juifs et de Chrétiens est inacceptable sur la terre sainte d'Arabie. Les oulémas wahhabites, qui constituent le pilier religieux du régime saoudien, sont allés même plus loin en affirmant qu'un Musulman ne pouvait devenir l'ami d'un Juif ou d'un Chrétien, au risque d'être maudit. Fort de cette exégèse des textes, Ben Laden déclare qu'on ne peut pas mettre en contradiction les enseignements du Prophète, dans le pays même du Prophète.

 

      La guerre du Golfe ajoute par conséquent un nouveau paramètre dans l'équation de l'islamisme politique : à la dimension fondamentaliste vient s'ajouter un sentiment anti-américain, qui va s'accroître tout au long des années 1990. Né de ce que les islamistes radicaux considèrent comme une trahison de la part du commandeur des croyants que le roi Fahd prétend être, à savoir l'acceptation de l'installation des Etats-Unis dans les lieux saints, il se nourrit en outre de l'échec des Etats-Unis à trouver une solution au problème israélo-palestinien et des conséquences dramatiques de la politique américaine en Irak, l'embargo conduisant à la mort de dizaines de milliers de civils, et notamment des plus faibles.

 

   * Au cours des années 1990, la montée en puissance de l'antiaméricanisme ira de pair avec une exacerbation de la violence des groupes islamistes, qui les coupe de leur base sociale et les marginaliser petit à petit. Les classes moyennes pieuses, qui formaient, avec la jeunesse urbaine pauvre, le terreau de l'islamisme politique, refusent la radicalisation. C'est en ce sens que les plus éminents islamologues comme M. Gilles Képel ou M. Olivier Roy, ont pu parler d'un échec de l'islam politique dans sa stratégie de renversement de gouvernements nationalistes issus de la décolonisation et d'installation au pouvoir de régimes fondamentalistes.

 

      Pour certains pays européens, et notamment la France, et pour les Etats-Unis, les conséquences de l'émergence de l'islamisme politique n'en sont pas moins réelles : si l'islam radical a échoué dans ses projets politiques, il se développe en tant que mouvement terroriste, à telle enseigne que, dans un pays comme la France, le terrorisme est considéré comme la menace non militaire prioritaire.

 

      Au sein de cette mouvance ultra-violente de l'islamisme terroriste, l'organisation créée par Ben Laden va se révéler la plus dangereuse, bénéficiant de l'expérience et de la fortune de son meneur. Fort de son passé de combattant contre l'Armée rouge, fort de la doctrine wahhabite qui interdit la présence des Chrétiens et des Juifs sur tout le territoire de l'Arabie Saoudite, Ben Laden renforce son organisation. Si Al Qaida est créée dès 1988, c'est dans le contexte de radicalisation des années 1990 que cette structure forge sa doctrine, à partir de 1996. Le nom d'Al Qaida se réfère au mot arabe signifiant « la base » : il s'agissait en l'occurrence de la base de données sur laquelle étaient enregistrés tous les moudjahidines venus de tout le monde arabo-musulman combattre en Afghanistan. Al Qaida désigne en fait deux réalités : la base logistique principale existant en Afghanistan, aujourd'hui largement détruite par l'opération américaine et les bases secondaires ; les réseaux, autonomes par rapport à ce noyau central et originel, dispersés à travers le monde.

 

      En 1998, Ben Laden et ses adjoints ordonnent l'assassinat des Chrétiens américains et des Juifs où qu'ils se trouvent. Ben Laden ordonne ainsi de chasser d'Arabie l'armée américaine, de chasser les Juifs de Jérusalem - le troisième lieu saint de l'Islam - et de supprimer les vexations et l'embargo contre l'Irak. Ainsi, au-delà même de la problématique de l'échec de l'islam politique, la machine de guerre islamique est, elle, bel et bien lancée contre les Etats-Unis avant tout, et leurs alliés incidemment.

 

      L'attentat contre le World Trade Center, en février 1993, qui fait six morts et un millier de blessés, a été la première opération terroriste menée sur le territoire américain. Cet attentat devait provoquer l'effondrement d'une tour sur l'autre, mais le camion piégé, mal placé, n'a pas fait céder la base des tours. A Ryad, un deuxième attentat contre une petite garnison d'entraîneurs de la garde nationale saoudienne, fait six victimes américaines. En juin 1996, un attentat contre la base militaire de Darran fait dix-neuf victimes parmi les militaires américains et un millier de blessés. L'année 1998 verra la double explosion des ambassades américaines à Nairobi et Dar Es-Salam. En 2000, c'est un bâtiment militaire américain de passage à Aden qui fait l'objet d'un attentat. Enfin, au moment de la fête du millénaire, la police américaine intercepte au Canada un Algérien à bord d'un véhicule chargé de 50 kilos d'explosifs destinés à provoquer une explosion sur l'aéroport de Los Angeles. »

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31 décembre 2014 3 31 /12 /décembre /2014 13:12
Palestine : échec au Conseil de sécuritéPalestine : échec au Conseil de sécurité

Dernier échec de la diplomatie internationale de l’année 2014, qui a vu se succéder à travers le monde les tensions, les drames, les affrontements et les guerres : le refus cette nuit par le Conseil de sécurité de l’ONU de voter la résolution concernant la Palestine.

 

Le texte prévoyait notamment des négociations de paix dans un délai d'un an et le retrait israélien des Territoires occupés avant fin 2017.

 

Pour être acceptée, la résolution devait recueillir 9 voix sur 15. Elle n’en a obtenu que 8 (celles de la France, de la Chine, de la Russie, du Luxembourg, de l’Argentine, du Tchad, du Chili et de la Jordanie).

 

Cinq pays se sont abstenus (la Grande- Bretagne, la Lituanie, la Corée du Sud, le Rwanda et le Nigéria). Les Etats-Unis et l’Australie ont voté contre.

 

Ce scrutin montre bien :

       - le rôle des Etats-Unis, dont le lobbying actif a empêché le vote du texte.

    - l’incapacité des pays européens à parler d’une même voix dans les grands dossiers internationaux.

 

Federica Mogherini, responsable de la diplomatie de l'Union européenne, s’est consolée en estimant que le résultat du vote soulignait «une fois de plus l'urgence d'une reprise de véritables négociations entre les parties et la nécessité pour la communauté internationale de se concentrer sur des résultats concrets»

 

En ce 31 décembre, jour des voeux, souhaitons qu'en 2015 cette urgence se concrétisera enfin par des décisions fortes susceptibles de mettre fin à ce conflit qui pèse si lourdement sur la paix mondiale!

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14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 16:45

      Je viens de participer à une passionnante rencontre à Londres avec plusieurs personnalités européennes de haut niveau, notamment des anciens ministres de la défense et des affaires étrangères de Russie, de Grande Bretagne, d’Allemagne, de Turquie, de France.

 

      Au cours de cette réunion*, a été débattue la question lancinante des relations entre la Russie et les pays occidentaux. Grâce à l’expérience des personnalités en présence et à leur connaissance approfondie des relations internationales, les échanges ont permis de jeter les bases d’un document susceptible d’être utilisé dans les contacts qui seront pris avec les décideurs politiques des différents pays impliqués dans le règlement de la crise actuelle.

     

      Pour ma part, après avoir donné mon analyse des origines de la crise (voir ci-après : A), j’ai fait 5 propositions concrètes qui pourraient constituer les grandes lignes d’un compromis permettant une désescalade (voir ci-après : B).

 

* Cette réunion a été organisée par le "Think tank" ELN (European Leadership Network), en liaison avec le RIAC (Russie) et le PISM (Pologne).

 

A- Les origines de la crise avec la Russie

 

      L’Ukraine est devenue le théâtre de tensions croissantes entre la Russie et les pays occidentaux depuis l'annexion russe de la Crimée et de la prise de contrôle de larges pans de l'Ukraine orientale par les rebelles pro-russes. Quelles sont les causes profondes de cette escalade dangereuse?

 

      1) Une politique russe à l’égard de l'Ouest qui se nourrit de la frustration et du mécontentement populaire survenus à la suite de la perte de pouvoir et d'influence de la Russie sur la scène mondiale. Vladimir Poutine semble vouloir attribuer toutes les difficultés de la Russie à ce qu’il considère comme « l'ingérence occidentale ». Sa dernière intervention devant l'Assemblée fédérale russe offre un exemple frappant de cette attitude. Il va jusqu'à accuser les Occidentaux de soutenir le terrorisme tchétchène. Il dénonce le retrait américain du traité ABM** en 2002 comme une tentative de perturber l'équilibre stratégique des forces.

 

     2) Une politique américaine qui a été pour le moins imprudente et parfois, sous la présidence de George W. Bush ouvertement provocatrice. Il n'y a pas eu de négociation après le retrait du traité ABM et les pressions sur l'OTAN pour envisager l'adhésion de l'Ukraine et de la Géorgie ne pouvaient être considérées par la Russie que comme une menace directe à sa sécurité. Pour la Russie, cette adhésion de l'Ukraine à l'OTAN signifiait l’abandon de presque tout le contrôle de la région de la mer Noire à une coalition potentiellement hostile. Cela signifiait également la nécessité d’organiser la protection d'une large partie de ses frontières.

     Le tout récent vote du Congrès américain d’une proposition de loi autorisant de nouvelles sanctions économiques contre la Russie et prévoyant une augmentation de l’aide militaire à l’Ukraine, passant par la livraison d’armes, ne va pas dans le sens de l’apaisement.

 

    3) Une politique européenne de partenariat oriental qui n’a pas suffisamment pris en compte les intérêts légitimes russes. S’agissant de l'Ukraine, l'interconnexion de son économie et en particulier de son industrie avec celles de la Russie est une évidence. Au lieu de prendre en compte cette réalité, l'UE n’a concentré son attention que sur l'alignement des normes de production et règlements douaniers de l’Ukraine sur les règles européennes. Cela était maladroit, parce qu’aucun progrès n’a été réalisé dans le même temps pour définir un partenariat UE-Russie, en arguant de prétendus obstacles que les Russes ont considéré comme autant prétextes pour ne pas aboutir.

 

** Le traité ABM (Anti-Balistic Missile) a été signé à Moscou le 26 mai 1972, dans le cadre des négociations sur la limitation des armes stratégiques. Il interdisait de déployer un système pour défendre le territoire national contre une attaque de missile balistique stratégique.

 

B- Les grandes lignes d’un possible compromis

 

     L'annexion de la Crimée et les hostilités en Ukraine orientale ont ajouté un peu plus de complexité et de gravité à la crise entre la Russie et les pays occidentaux.

 

     Vladimir Poutine vient de déclarer que la Russie respecterait «le droit souverain et inaliénable de l'Ukraine de déterminer sa propre voie de développement, de choisir ses alliés et son régime politique, de créer son économie et d'assurer sa sécurité ».

 

     Nous devons le prendre au mot, en proposant d’agir dans 5 directions :

 

1- la mise en œuvre effective de l'accord de Minsk sur un cessez-le feu dans l'Est de l'Ukraine;

 

2- la reprise par le gouvernement ukrainien de ses paiements aux habitants de ces régions;

 

3- l’autorisation donnée à tous les réfugiés de retourner dans leurs foyers, avec l'aide des organisations internationales compétentes;

 

4- la réintégration progressive des régions de l'Est de l’Ukraine dans l'Etat ukrainien, sur la base d'un statut leur accordant l'autonomie et des droits linguistiques. Le statut récemment adopté par le Parlement ukrainien devrait être modifié, afin de mieux refléter les exigences des habitants, puis être soumis à un référendum pour adoption dans les régions concernées. Le règlement inclurait un désarmement négocié et la dissolution des autorités de facto des districts de Donetsk et Lugansk.

 

5- la traduction devant la justice des coupables de crimes de guerre (des deux bords). Le gouvernement ukrainien devrait accepter la compétence de la Cour pénale Internationale à cet effet.

 

     Si ces cinq conditions étaient remplies, les sanctions européennes pourraient être levées progressivement.

 

     La situation en Crimée soulève des questions plus délicates, dans la mesure où la Russie semble ne pas être disposée à reconnaître l'illégalité de l'annexion. Il serait cependant contre-productif de conditionner la levée des sanctions européennes au règlement de la question de la Crimée. Son retour à l’Ukraine devrait être traité par la diplomatie européenne comme un problème de long terme, de façon à ne pas compromettre les possibilités de parvenir à un accord avec la Russie dans d'autres domaines.

 

      Des solutions peuvent être imaginées pour ce retour. La Crimée pourrait, par exemple, se voir offrir une large autonomie en Ukraine, en conservant des liens particuliers avec la Russie et, dans le même temps, la Russie serait autorisée à garder sa base de Sébastopol pendant une longue période. Dans l'intervalle, le gouvernement ukrainien devrait être encouragé à reprendre certaines relations avec la Crimée, afin d’améliorer la situation des habitants en ce qui concerne, par exemple, l'approvisionnement en eau et en électricité.

 

       La mise en œuvre de cet ensemble de mesures de compromis exige une claire volonté des parties en présence, qui doivent être convaincues qu’une confrontation durable entre la Russie et les pays occidentaux pourrait présenter de sérieux risques de sécurité et avoir un coût très élevé pour toutes les parties en présence.

Comment sortir de la crise entre la Russie et les pays occidentaux ?
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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 18:30

      Lors de sa dernière interview à France Inter (25 novembre), le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a souligné à juste titre que le nucléaire militaire au Moyen-Orient "serait un danger considérable".

 

     L’emploi du conditionnel est curieux, puisqu’il existe déjà un Etat nucléaire dans la région : Israël. Il n’en reste pas moins que tout doit être fait pour empêcher que d’autres Etats de la région puissent également accéder à l’arme nucléaire.

 

      Les négociations internationales visant à garantir que l’Iran abandonne ses tentatives d’acquérir l’arme nucléaire doivent donc aboutir. Mais le succès de ces négociations, pour souhaitable qu’il soit, n’écartera pas tout danger de prolifération dans la région. Seule l’institution d’une "zone exempte d’armes de destruction massive" et en particulier nucléaires permettra d’y parvenir.

 

      Or la création de cette zone est prévue par un accord international conclu dans le cadre de l’examen quinquennal de la mise en œuvre du TNP (Traité de non-prolifération). Malheureusement, la conférence préparatoire prévue en Finlande à la suite de cet accord n’a  pas pu se réunir. Il est regrettable que le ministre n’ait pas annoncé d’initiative française pour relancer ces négociations essentielles pour la paix au Moyen-Orient.

Le nucléaire militaire au Moyen-Orient
Le nucléaire militaire au Moyen-Orient
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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 18:05

      Il y a quelques mois, David Cameron enjoignait à la France de ne pas livrer les navires Mistral à la Russie. Laurent Fabius, notre ministre des Affaires étrangères, lui rappela alors que la Grande-Bretagne continuait à livrer des armes beaucoup plus sophistiquées à Vladimir Poutine, que Londres était la capitale d’adoption des oligarques russes et il lui conseilla donc de balayer devant sa porte, avant de nous faire la leçon.

 

      De l’autre côté de l’Atlantique, on n’a pas été avare non plus de "fermes recommandations" à la France, sommée de revoir sa coopération avec la Russie par le gouvernement américain, celui-ci n’hésitant pas à manifester ouvertement à plusieurs reprises son opposition à la vente des deux bâtiments. Par contre, ce même gouvernement se garde bien de nous dire que les moteurs russes RD-180 destinés à équiper les lanceurs américains Atlas V, qui envoient dans l’espace leurs satellites militaires, continuent à leur être livrés ! Touchante discrétion. La règle est bien : "Faites comme je dis, mais pas comme je fais"

 

Brève chronique des annonces et contre annonces

 

     1- Il y a quatre ans, Nicolas Sarkozy annonçait que les chantiers STX de Saint-Nazaire allaient construire pour la Russie deux bâtiments BPC (bâtiment de projection et de commandement) de classe Mistral*.

 

   2- En juillet dernier, malgré la tension entre Occidentaux et Russes, Laurent Fabius assure qu’il n’est pas question de revenir sur la vente des Mistral à la Russie. Pour lui, « il y a une règle que les contrats signés sont payés et honorés ».

 

    3- Quelques semaines plus tard, devant la montée de la crise ukrainienne, les Européens se mettent d'accord sur des sanctions économiques à l'encontre de Moscou, notamment une interdiction de vendre du matériel de défense.

 

    4- En septembre, le gouvernement français annonce que les conditions pour autoriser la livraison du premier navire Mistral à la Russie "ne sont pas à ce jour réunies". Le contrat est alors suspendu jusqu'en novembre. La raison invoquée est "la situation en Ukraine" jugée "grave", parce que les actions menées par la Russie "contreviennent aux fondements de la sécurité en Europe".

 

     5- Le 25 novembre, François Hollande "considère que la situation actuelle dans l'est de l'Ukraine ne permet toujours pas" la livraison des Mistral. Il estime qu'il convient "de surseoir, jusqu'à nouvel ordre" à son autorisation.

 

     6- Aujourd’hui, le premier navire, le Vladivostok** est prêt à être livré et, dans le contexte de tension forte créé par la crise ukrainienne, il n’y a que 2 solutions, aussi mauvaises l’une que l’autre :

      - soit on respecte le contrat, mais on donne le sentiment de ne pas être solidaire de la politique actuelle de fermeté des pays européens à l’égard de la Russie ;

      - soit on ne livre pas le bâtiment, mais on court le risque de conséquences économiques coûteuses et d’une perte d’image dans les contrats internationaux.

 

    Au-delà de ces contradictions et ces va-et-vient, on voit bien que la résolution du problème passe par l’instauration d’une relation nouvelle avec la Russie. Il faut s’efforcer de sortir des problématiques confuses et trop souvent traitées de façon irresponsable, comme en témoigne l’utilisation abusive de l’expression "nouvelle guerre froide". Il faut trouver les voies d’un dialogue, ni naïf, ni agressif, posant clairement les questions les plus délicates : les intérêts de chaque partie, les conséquences d’un conflit durable, les erreurs commises, les compromis possibles de part et d’autre.….

 

    Le sujet mérite d’être abordé en profondeur. J’y reviendrai prochainement.

_________________________________________________________________

* Le BPC est long de 199 mètres et capable d'embarquer 16 hélicoptères, 13 chars et 450 soldats. Le contrat se monte à 1,2 milliard d'euros et génère plus de 500 emplois pendant quatre ans.

** Le second navire, baptisé Sébastopol, doit être livré en 2015.

Mistral : le bal des hypocrites
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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 14:42

Extraits de l’intervention de Paul Quilès

 

devant le monument aux morts de Cordes,

 

le 11 novembre 2014

 

 

      « Il ne suffit pas de commémorer la fin de la guerre de 14-18 et de célébrer la mémoire de ceux qui ont payé de leur vie cette épouvantable boucherie. Il faut aussi, comme nous y invite le discours du ministre que je viens de vous lire, réfléchir aux conditions de préservation de la paix. » (…)

 

      « Il est des paix qui n’en sont pas vraiment. Le traité de Versailles (1919) qui suivit la fin des combats, portait en germe l’humiliation de l’Allemagne, dont l’exploitation par Hitler et les Nazis déboucha sur l’autre catastrophe du 20ème siècle, la seconde guerre mondiale. Les traités de Sèvres (1920) et de Lausanne (1923), censés régler la situation de la Turquie et des pays environnants à la suite du démantèlement de l’Empire ottoman, ne surent pas trouver une solution au "problème kurde" et nous en voyons les conséquences en ce moment. »  (…)

 

      « Le rôle des dirigeants des Etats, des responsables politiques, des diplomates est déterminant dans le déclenchement des conflits. Le beau discours de Jean Jaurès à Vaise le 25 juillet 1914, une semaine avant son assassinat, dont les jeunes collégiens viennent de nous lire des extraits (réécouter), montre bien que les voix les plus lucides ne sont pas entendues lorsque prévaut un climat de haine, de provocation et d’irresponsabilité. Non, ce ne sont pas les peuples qui veulent la guerre, mais ceux qui ne savent pas ou ne veulent pas chercher et construire la paix. »   (…)

 

      « Permettez-moi à ce propos de prendre un exemple proche de nous. Ici, dans le Tarn, un drame vient de se dérouler autour d’un projet d’aménagement, mal monté et confus à bien des égards Dans le climat tendu qui règne autour de ce projet, il est évident que ce n’est pas en jetant des braises dans le feu que l’on favorisera le dialogue indispensable pour calmer les esprits.

 

      C’est la raison pour laquelle je ne me rendrai pas à l’invitation du Président de l’Association des maires du Tarn de manifester à Albi samedi prochain en faveur du maintien du projet de barrage. Vouloir la paix, cela commence par la vouloir près de chez soi. Pour cela, on ne doit pas encourager les affrontements (bien entendu, c’est toujours la faute de l’Autre !) et il faut chercher avec patience et esprit de responsabilité tous les moyens d’aboutir aux compromis nécessaires. »

Gagner la guerre….mais aussi gagner la paix
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9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 21:44

     Alors que des tensions se multiplient entre la Russie et les pays occidentaux, le think-tank ELN , auquel je participe, décrit, dans un rapport publié ce jour, près de 40 incidents militaires qui ont eu lieu depuis mars dernier,

 

      Ce rapport exclusif insiste en particulier sur le caractère très grave de 14 d’entre eux, qui témoignent d’une volonté de provocation de la part de la Russie. (voir la carte interactive)

 

      Même si la confrontation militaire directe a été évitée jusqu'à présent, la conjonction de ces attitudes agressives et l’intention des forces militaires occidentales de les contrer pourrait conduire à une involontaire mais dangereuse escalade et à une perte de contrôle sur les évènements.

 

      Les responsables politiques doivent se souvenir que toutes les guerres ne commencent pas intentionnellement !

 

      A l’évidence, les Russes ont engagé cette forme de confrontation dans le climat créé par la crise ukrainienne.

 

    1) Le rapport recommande aux dirigeants occidentaux d’intervenir clairement auprès des Russes pour les convaincre que ce qu'ils font est dangereux pour eux, aussi bien que nous.

 

     2) Le rapport suggère aussi que, des deux côtés, les dirigeants civils donnent des consignes de retenue à leurs chaînes de commandement militaire, ainsi qu’à leurs alliés et partenaires (Géorgie, Moldavie, Transnistrie et autres points chauds potentiels entre Russie et pays occidentaux).

 

       3) Le rapport souhaite enfin que soit améliorées la communication et la transparence sur les déploiements militaires, de façon à donner aux dirigeants le temps nécessaire à la décision, en évitant de leur communiquer des informations potentiellement erronées sur ce que l'autre fait. Il ne faut pas oublier qu’il s’agit ici d’un risque de confrontation entre un pays, la Russie et une alliance (l’OTAN) disposant d’armes nucléaires.

Eviter une escalade dangereuse avec la Russie
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8 novembre 2014 6 08 /11 /novembre /2014 09:28

      Pendant 41 ans et 132 jours, l’Allemagne a été séparée en Allemagne de l’Est et Allemagne de l’Ouest.

 

      Après plus de quatre décennies de guerre froide et de menace nucléaire entre l’Est et l’Ouest, la chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, a marqué le début d’une période nouvelle.

 

     Tout ne s’est pourtant pas réglé instantanément et il a fallu près d’un an de négociations pour aboutir à la réunification de l’Allemagne.

 

     A l'occasion du 25ème anniversaire de la chute du Mur, la chaîne de télévision Toute l'histoire revient sur ces évènements demain, dimanche 9 novembre à partir de 15h.

 

Souvenirs.....

 

     *  9 novembre 1989, à 19h45: mon intervention à la télévision, juste après la chute du Mur de Berlin, où j'ai été le premier homme politique français à commenter l'évènement.

 

     * 9 novembre 2009: commémoration du 20ème anniversaire de la chute du Mur à Cordes sur ciel…..« les murs n’arrêtent pas l’Histoire » .

Comprendre la chute du Mur de Berlin
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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 18:17

       « Il n’est pas toujours approprié ou nécessaire que les institutions militaires jouent un rôle majeur dans les crises humanitaires ou de santé. Toutefois, aussi longtemps que toute assistance militaire fournie est compatible avec les directives d'Oslo sur l'utilisation des forces militaires étrangères et de la protection civile en cas de catastrophe élaboré par le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires, un rôle pour l'OTAN serait justifié, précieux et largement salué.  (….)

 

        Par ses capacités uniques, l'OTAN peut vraiment faire la différence dans ce désastre, en mobilisant ses moyens aériens, en apportant un soutien logistique maritime, par l'utilisation de navires-hôpitaux, et par son expertise en matière de défense chimique, biologique, radiologique et nucléaire. »

 

      C’est dans cet esprit que plus de quarante personnalités, dont deux anciens secrétaires généraux de l'OTAN, trois anciens premiers ministres et un certain nombre d'anciens ministres des Affaires étrangères et de la défense, appellent à une mobilisation de l'OTAN pour lutter contre l’épidémie d’Ébola en Afrique de l'Ouest.

 

       Je fais partie des signataires de deux lettres adressées en ce sens, l'une au Secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, et l'autre conjointement au Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon et à la Directrice générale de l'Organisation mondiale de la Santé, Margaret Chan.

 

 Lire ces lettres

Ebola: lettre au secrétaire général de l'OTAN
Ebola: lettre au secrétaire général de l'OTAN
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14 octobre 2014 2 14 /10 /octobre /2014 21:02
L'horreur de la "Grande guerre"
L'horreur de la "Grande guerre"
L'horreur de la "Grande guerre"
L'horreur de la "Grande guerre"
L'horreur de la "Grande guerre"

       Je vous recommande d'aller visiter, si vous le pouvez, la remarquable exposition "Vu du front", qui raconte en images l'horreur de la guerre de 14-18. Cela vaut mieux que de grands discours.....

 

Du 15 octobre au 25 janvier 2015,

à l'Hôtel des Invalides- Paris (7ème)

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dont Paul Quilès est le maire
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 Avant de venir à Cordes, consultez:

     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez