Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
1 août 2014 5 01 /08 /août /2014 10:54

Tribune de Paul Quilès publiée  le 31 juillet sur le

site de Figarovox

 

     Les pays de l’Union européenne viennent de s’engager dans une politique de sanctions économiques significatives à l’égard de la Russie. Mais se sont-ils suffisamment interrogés sur les finalités de cette politique ?

 

     Après la fin de la guerre froide, la Russie a été, pendant toute une période, un partenaire des pays d’Europe occidentale. Il semble qu’elle ne le soit plus. Doit-elle pour autant devenir notre ennemi ?

 

Défendre l’Ukraine ?

 

      Selon les gouvernements occidentaux, les sanctions ont pour seul objectif de défendre l’Ukraine. Il s’agit d’exercer une pression sur la Russie pour qu’elle cesse de déstabiliser ce pays et de soutenir, en armes et en hommes, les insurgés de ses régions orientales.

 

     Pourtant, lors de leur réunion de Berlin le 2 juillet dernier, les ministres des affaires étrangères français, allemand, ukrainien et russe avaient défini les bases d’un règlement : cessez-le-feu, fermeture complète de la frontière russo-ukrainienne à toute infiltration d’hommes et d’armes en provenance de la Russie.

 

     Pourquoi intensifier à présent les sanctions ? Considère-t-on que la Russie ne respecte pas sa parole ? S’agit-il d’amener la Russie à soutenir inconditionnellement le plan de paix établi par le président ukrainien Petro Poroshenko ?

 

L’effet des sanctions

 

      Les sanctions relèvent d’un pari : celui d’un changement radical d’attitude du pouvoir russe. Si ce pari échoue, le durcissement des sanctions ne fera que radicaliser le nationalisme russe. Il aggravera la situation économique de l’Ukraine et pénalisera l’industrie européenne. Des contre-mesures sont à attendre, concernant en particulier les prix du gaz russe.

 

      Dans une étape ultérieure, des sanctions financières coupant la Russie d’une large partie du monde, à l’exemple de l’embargo imposé à l’Iran, sont envisageables. Leur coût pour l’Europe serait élevé et leurs conséquences politiques sur la Russie imprévisibles.

 

    A la différence de l’Iran, la Russie dispose d’un potentiel nucléaire militaire considérable. Cherchera-t-elle à faire valoir cet atout, en l’absence d’autres ? Les accords de désarmement de l’après-Guerre froide, comme l’accord russo-américain sur l’élimination des missiles de portée intermédiaire vont-ils être remis en cause ? L’Europe devra-t-elle revivre l’équilibre de la terreur ? De la Syrie à l’Extrême-Orient en passant par l’Iran, les Occidentaux trouveront-ils en face d’eux une Russie décidée à les contrer ? L’ONU sera-t-elle marginalisée comme pendant la guerre froide ? Quelle politique militaire devrons-nous adopter ? Ceux qui suggèrent que Poutine serait un nouvel Hitler ou un nouveau Staline, vont-ils aller jusqu’à demander de remonter rapidement les budgets de la défense à des niveaux beaucoup plus considérables qu’aujourd’hui ?

 

Ce qu’il faut demander à la Russie

 

     L’arme des sanctions est puissante. Elle est de nature à frapper directement le « système Poutine » de réseaux affairistes et de corruption. Ce régime peut donc être amené à la négociation sous l’effet des sanctions, mais il ne s’y résoudra que s’il est confronté à des demandes précises. Sanctionner ne suffit pas, il faut aussi clairement indiquer à la Russie les conditions que nous posons au retour à des relations normales.

 

     1- L’Est de l’Ukraine. Il est urgent d’y établir un cessez-le-feu internationalement vérifié. Les pouvoirs de fait doivent être dissous et l’ordre rétabli pacifiquement, si nécessaire par l’envoi d’une force internationale de l’ONU sous chapitre VII et non de l’OSCE, dont l’impuissance est flagrante. Cette force doit contrôler l’étanchéité de la frontière pour empêcher tout transfert d’armes, sans faire obstacle au passage des civils[1]. L’acceptation de ces mesures par la Russie doit être clairement formulée comme une condition sine qua non de l’allègement progressif des sanctions. Il devra être parallèlement indiqué aux autorités ukrainiennes que l’aide européenne suppose des mesures sincères de décentralisation, d’assouplissement de la législation linguistique et de démocratisation, l’interdiction de partis représentatifs n’ayant pas de place dans un tel programme.

 

     2- L’appareil de la Malaysia Airlines. L’enquête internationale impartiale exigée par la résolution 2166 du Conseil de sécurité doit être exhaustive et crédible et se dérouler sans entrave sous contrôle international indépendant. Des présomptions graves pèsent sur les insurgés mais il est problématique d’en tirer des conclusions politiques tant que des preuves substantielles n’ont pas été rendues publiques. Si l’implication de la Russie est démontrée, des mesures de réparation devront naturellement être exigées d’elle.

 

       3- La Crimée. Il est hors de question de reconnaître le coup de force russe. Mais est-il sage d’imposer à la péninsule un régime d’exclusion plus sévère que celui de Chypre nord ? Sans « punir » collectivement les populations, il faut exiger de la Russie une négociation sur le statut de la péninsule sur la base de son appartenance juridique à l’Ukraine, notamment en impliquant l’ONU. En cas de veto russe au Conseil de sécurité, pourquoi ne pas s’appuyer sur l’Assemblée générale qui a, à une écrasante majorité, condamné l’annexion ? Il devra enfin être clairement indiqué à la Russie que le retour à des relations normales passe aussi par le règlement de la question de la Crimée.

 

Maintenir le dialogue

 

      Un dialogue politique de fond devra, dans un stade ultérieur, être noué avec la Russie. Sur des questions telles que la souveraineté des États et le « droit d’ingérence » ou l’intégrité territoriale et la possibilité des sécessions, la Russie et l’Europe occidentale sont en total désaccord. Ces questions doivent être franchement débattues, par des voies informelles, si la diplomatie traditionnelle ne s’avère pas praticable[2].

 

     Quant au sauvetage durable de l’économie ukrainienne, il nécessite la coopération de la Russie. Sans même évoquer l’énergie, il faut être conscient que, dans beaucoup de secteurs, les « chaînes de valeur » ukrainienne et russe sont fortement intégrées : les rompre condamnerait de nombreuses entreprises ukrainiennes.

 

    Plus généralement, l’Union européenne et la Russie devront, le moment venu, reprendre leur dialogue sur l’établissement d’un espace économique commun de Lisbonne à Vladivostok.

 

    Les conséquences de la crise ukrainienne peuvent et doivent être contenues. Malgré la gravité de leurs désaccords, la Russie et les pays occidentaux partagent d’importants intérêts communs : stabilité de l’Afghanistan, non-accès de l’Iran à l’arme nucléaire, lutte contre le danger djihadiste…

 

      Il y a cent ans, une crise locale avait dégénéré en conflagration générale, parce que les « petites torches » des conflits, que dénonçait Jaurès juste avant sa mort[3], avaient fini par allumer l’incendie. Si nous n’en sommes plus là, c’est parce que des institutions, des systèmes coopératifs de sécurité, des procédures de dialogue sont en place. Sachons faire fructifier cet acquis indispensable à la préservation de la paix.

_______________________________________________________________

[1] De très nombreux réfugiés fuient actuellement vers la Russie ; leur retour devra être organisé.

 

[2] Je viens de co-signer – avec 11 personnalités politiques européennes (Malcolm Rifkind, Des Browne, Vyacheslav Trubnikov, Igor Ivanov, Adam Daniel Rotfeld, Hervé Morin, Anatoly Adamishin, Ozdem Sanberk, Volker Ruhe, Alexei Gromyko, Tarja Cronberg) - un document d'orientation politique publié par le réseau European Leadership Networkqui présente, dans ce contexte de crise russo-ukrainienne-européenne, des mesures fortes à la fois politiques et militaires, sur la base d’un dialogue accru, dans le but d’établir une coopération renforcée et profonde pour le futur.

 

[3]  Discours de Jean Jaurès à Vaise (25 juillet 1914)

Sanctionner la Russie et après ?
Repost 0
Published by Paul Quilès - dans International et défense
commenter cet article
27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 09:12
Lutter contre la haine

       Dans l'ambiance tendue et où les extrémismes se déchaînent, j'ai apprécié cette tribune signée par un collectif d'associations et publiée par Libération .

 

      C'est une expression forte, qui, tout en prenant la mesure du drame de Gaza, montre qu'on peut s'indigner, sans pour autant tomber dans les propos de haine attisant ces poisons de notre société que sont l'antisémitisme et l'islamophobie. 

 

___________

 

Mettre en acte nos valeurs républicaines 

 

pour lutter contre la haine

 

     Tribune signée par: SOS Racisme, France terre d'asile (FTDA), Fédération indépendante et démocratique lycéenne (Fidl), Jcall, Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE), Union nationale des syndicats autonomes (Unsa), Cfdt, Collectif Dom, Comité Marche du 23 mai 1998 (CM98), Mouvement National pour l’Egalité et la Diversité (MNED), Amitié Judéo-Musulmane de France (AJMD).

       

      Alors que des mères meurtries, appartenant à des parties en guerre, semblent capables de se parler, pourquoi serions-nous incapables ici, dans un pays en paix, de manifester autre chose qu’une agressivité nourrie de racisme et d’antisémitisme ? Il y a quelques jours, la mère de Naftali Fraenkel émettait le souhait de rencontrer la mère de Mohammed Abu Khdeir. La première avait perdu son fils, un des trois adolescents israéliens assassinés par balles. La deuxième avait perdu son fils, un adolescent palestinien brûlé vif.

 

       Depuis, la situation s’est embrasée. Tandis que le Hamas lançait des roquettes sur Israël, Israël ripostait par des bombardements au corollaire inéluctable : des victimes civiles par centaines.

 

       Le sang a déjà trop coulé au Proche-Orient et les haines se sont à ce point aiguisées que les voix qui plaident pour la paix n’arrivent plus à submerger celles de l’intolérance.

 

     Chez nous, en France, à plusieurs milliers de kilomètres de là, ce conflit est devenu prétexte pour mieux servir la haine. Ces derniers jours, l’air est devenu lourd dans notre pays du fait de minorités actives. Les esprits s’échauffent et chacun est renvoyé dans un camp exclusif et quasiment sommé d’affronter le camp d’en face. Alors que des mères meurtries, appartenant à des parties en guerre, semblent capables de se parler, pourquoi serions-nous incapables ici, dans un pays en paix, de manifester autre chose qu’une agressivité nourrie de racisme et d’antisémitisme ?

 

      L’existence d’affinités et l’expression de solidarités sont bien évidemment parfaitement légitimes. Mais elles ne sauraient en aucun cas venir justifier des expressions de haines ou des agressions envers celles et ceux qui exprimeraient une sensibilité différente. À cet égard, l’antisémitisme qui s’affiche ces derniers jours est inacceptable et doit être combattu. Les expressions d’un racisme anti-arabe ne sauraient être davantage tolérées.

 

      Toutes ces manifestations de haine n’ont d’ailleurs pas attendu que des déchirements interviennent sur le conflit au Proche-Orient pour s’exprimer. Ces derniers mois et tout récemment, un antisémitisme brutal dans les mots et violent dans les actes – que l’on pense aux meurtres de Mohammed Merah il y a deux ans et aux agressions envers plusieurs synagogues de la région parisienne ces dernières heures- signe le retour en force des logiques de boucs émissaires et des phénomènes de peur chez les Juifs de France.

 

      Mais ce qui apparaît comme une terrible décomposition du «vivre ensemble à la française» nous est depuis un certain temps donné à voir et à prévoir.

 

      À force de délaisser les quartiers populaires, de ne pas prendre en considération le racisme et les discriminations dont les populations d’origine immigrée sont victimes, la violence symbolique et réelle qui leur est infligée n’a jamais été questionnée. Pas plus que la violence parfois démesurée qu’elle peut générer en retour.

 

      C’est ainsi qu’aujourd’hui en France le racisme anti-rom vient de frôler le meurtre, après le lynchage de Gheorghe, un adolescent de 16 ans. Aujourd’hui le racisme biologique réapparaît en France et vise une ministre que l’on compare à un singe et que l’on invite à remonter dans un arbre. Aujourd’hui en France la stigmatisation des populations arabo-musulmanes est à l’œuvre avec, au mieux, des accusations d’appartenance à une 5ème colonne, au pire à celle d’une mouvance terroriste. Et c’est ainsi qu’aujourd’hui en France, un parti qui a la haine pour matrice regroupe 25% des suffrages exprimés à des élections européennes.

 

      C’est pour tout cela qu’aujourd’hui en France nous devons avoir un horizon commun : celui de construire une société fraternelle plutôt que de nous perdre dans des luttes épuisantes qui détournent de cet objectif. Ne pas le comprendre, c’est laisser prospérer ceux-là même dont le projet de société est fondé sur le refus de l’égale dignité entre les citoyens.

 

      Construire une société fraternelle, c’est œuvrer à la mise en actes des valeurs républicaines d’égalité et de fraternité. Cette mise en acte renvoie chacun à sa responsabilité individuelle, par un réengagement massif dans les dynamiques de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations. C’est pour notre pays la condition sine qua non de la construction d’une dynamique collective de progrès à laquelle chacun participera au-delà de ses différences. 

 

      C’est d’ailleurs parce que nous aurons réussi à construire cette dynamique collective que nous aurons une voix plus utile au Proche-Orient. Une voix utile pour œuvrer à un cessez-le-feu immédiat et pour contribuer avec les sociétés israélienne et palestinienne à la reprise sincère d’un processus de paix conclusif et permettant d’aboutir à ce qui ne sera plus simplement un slogan mais une réalité : «Deux peuples, deux États». 

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans International et défense
commenter cet article
20 juillet 2014 7 20 /07 /juillet /2014 23:04

     Cela devient presque lassant. A chaque fois qu’une crise grave affecte une région du monde, on s‘inquiète et on exhorte les responsables politiques à traiter le fond du problème à l’origine de la crise pour éviter une rechute.

 

      Dans les mois qui suivent, les médias en parlent moins, même si les violences continuent et l’opinion publique finit par s’en désintéresser. Et, quand la rechute survient, on assiste à nouveau aux mêmes indignations, aux mêmes interrogations, aux mêmes menaces et finalement à la même impuissance !

 

    Cette fois-ci, en l’espace de quelques jours, deux évènements tragiques sont venus nous interpeler : le bain de sang à Gaza, la mort des 298 passagers du vol MH 17 dans le ciel ukrainien.

 

   Dans les deux cas, cette escalade de la violence était malheureusement prévisible: 

« On voit les tensions se développer dangereusement aux frontières de l’Union Européenne, avec la crise ukrainienne, qui déstabilise les relations avec la Russie, dont le Président exacerbe les pulsions nationalistes, mais également au Moyen Orient, où le Premier Ministre israëlien s’ingénie à dresser des obstacles sur le chemin difficile du processus de paix avec les Palestiniens. » (extrait de mon texte sur ce blog, le 8 mai 2014 *)

 

     Cette escalade vient sanctionner :

     - d’un côté, l’échec de la médiation américaine pour relancer le dialogue israélo- palestinien ainsi que l’intransigeance de B. Nétanyahu, alimentée par les provocations du Hamas ;

     - de l’autre, les ambigüités et le double discours de V. Poutine, ainsi que l’incapacité des Etats-Unis et de l’Europe à apprécier la situation réelle en Ukraine.

 

    Concernant le crash du Boeing 777 à l’est de l’Ukraine, je suis assailli depuis quelques jours de questions qui témoignent de l’inquiétude de nos concitoyens devant un évènement dont ils craignent les conséquences. Pourra-t-on vraiment savoir qui est responsable ? Quelles vont être les réactions internationales ? Y a-t-il un risque de généralisation du conflit ?

 

    Au-delà de l’émotion légitime causée par le terrible bilan du crash, il faut regarder la réalité en face : c’est bien une guerre qui se déroule dans l’est de l’Ukraine. Même si elle est d’un type particulier, compte tenu des difficultés à clairement définir les protagonistes et leurs alliés (certains parlent de « guerre hybride »), elle a les mêmes conséquences qu’une guerre traditionnelle. Et une guerre, ça se termine toujours par la défaite d’un des 2 adversaires ou par un compromis, qui conduit à la paix.

 

     Comme on ne voit pas comment la première hypothèse pourrait concrètement se traduire, il faudra bien réfléchir aux conditions d’un compromis acceptable, en posant les vrais problèmes que sont l’avenir de l’Ukraine et les relations entre les Occidentaux et la Russie. J’ai eu l’occasion de dire à ce propos qu’il nous faudra savoir si nous souhaitons que la Russie soit un partenaire, un rival ou un adversaire:

     «  C’est le fond de la question pour nous, Européens. Considérer la Russie comme un adversaire nous replongerait dans une situation d’affrontement. Des confrontations militaires indirectes seraient inévitables, comme à l’époque de la Guerre froide, mais dans un contexte plus instable et donc plus dangereux. Si nous considérons la Russie comme un simple rival, des accords ponctuels sont concevables, mais sans entente durable et stratégique. Il ne peut alors plus être question d’action commune pour faire face aux grands défis de la planète : renforcement de l’ONU, lutte contre la prolifération et désarmement, développement, climat. Ce qu’il faut donc souhaiter, c’est la restauration d’une relation de partenariat entre la Russie et l’Europe et, plus largement entre la Russie et l’Occident. » (extrait de ma tribune sur ce blog le 30 mars 2014 **)

 

     En attendant, il me semble urgent d’éviter que le drame du vol MH 17 continue à alimenter les surenchères. Il faut notamment que les principaux protagonistes acceptent la même description des faits, de façon à établir sans ambigüité les responsabilités. On n’en est pas encore là, puisque B. Obama met en cause les Russes et que ceux-ci accusent l’Ukraine ! Espérons que la commission d’enquête internationale, voulue par l’ONU, sera en mesure d’apporter rapidement des réponses.

 

     Si l’hypothèse d’une « bavure militaire » des séparatistes ukrainiens (qui reste encore à prouver, malgré un faisceau d’indices troublants) se confirmait, V. Poutine pourrait hésiter entre deux attitudes : soit rester dans le déni, fort du soutien populaire dont il dispose en Russie, soit prendre prétexte de l’évènement et de la réprobation internationale pour interrompre son soutien aux groupes extrémistes est- ukrainien et participer à un dialogue élargi avec les Occidentaux. Cette dernière hypothèse semblera peut-être excessivement optimiste, mais j’aimerais savoir s’il existe véritablement une solution alternative pour calmer ces dangereuse tensions.

______________________________________________________________

http://paul.quiles.over-blog.com/2014/05/guerres-dans-le-monde-les-limites-de-l-indignation.html)

** http://paul.quiles.over-blog.com/2014/03/crise-ukrainienne-il-faut-retrouver-les-voies-du-dialogue.html)

La rechute
Repost 0
Published by Paul Quilès - dans International et défense
commenter cet article
15 juillet 2014 2 15 /07 /juillet /2014 22:17

        " Le grand traité transatlantique, dit TAFTA  ("Transatlantic Free Trade Area"), tel qu’il est annoncé, n’est ni acceptable ni amendable. Il n’apportera au mieux qu’un très faible et très aléatoire accroissement des productions nationales, tandis qu’il entraînera une baisse des normes et des protections sociales et environnementales, qu’il ne protègera pas entièrement la culture et l’audio-visuel, et qu’il permettra une mise en cause des législations nationales par des tribunaux internationaux.

 

      Ce traité ne défend que les intérêts des multinationales et fait du commerce le seul régulateur social et sociétal. Il accroîtra le pouvoir des puissances économiques sur les Etats.

 

       L’opacité du processus de négociation et l’incertitude sur la réalité d’un contrôle   démocratique contribueront à affaiblir l’adhésion des Européens à la démocratie. "          

                              (....) 

      Lire la suite de l'étude 

réalisée par le club Gauche Avenir

 

Intervention d'Emmanuel Maurel au Parlement Européen

dans le débat sur ce sujet:  A VOIR ICI

 

Refuser le traité transatlantique
Repost 0
Published by Paul Quilès - dans International et défense
commenter cet article
5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 09:13

       Difficile d’échapper ces jours-ci aux remarquables images du débarquement de Normandie ! Les reportages, les interviews, les commémorations nous replongent dans l’ambiance forte et émouvante de ce mémorable 6 juin 1944.

 

      Le rappel est indiscutablement utile, tant la mémoire peut faire défaut quand il s’agit d’évènements si connus qu’on n’en conserve que des souvenirs stéréotypés et un peu convenus. On a raison d’insister sur le caractère audacieux de l’immense opération des Alliés destinée à porter un coup décisif au nazisme. On a raison de vanter les mérites de tous ces héros, certains inconnus, d’autres qui furent longtemps ignorés (commando Kieffer).

 

      Cela ne doit pas faire oublier le nombre élevé de victimes, tant militaires que civiles, les destructions dues aux bombardements qui ont parfois ravagé des villes entières, les souffrances des populations.

 

      En portant un regard lointain, 70 ans plus tard, on ne peut pas se contenter de considérer que c’était le prix à payer  pour la victoire et le retour de la liberté…. Il n’est pas interdit de réfléchir -comme nous y invite également la commémoration en cours du centenaire du début de la guerre de 14-18- non seulement aux horreurs de la guerre, mais aussi aux enchaînements qui ont conduit au déclenchement de conflits armés et qui peuvent à nouveau y conduire.

 

       N’oublions pas que la Grande guerre ne fut pas la «der des ders», qu’espéraient nos anciens, que la 2ème Guerre mondiale n’a pas mis fin aux affrontements entre Etats, que la chute du mur de Berlin ne s’est pas traduite par l’avènement général de la démocratie et qu’encore aujourd’hui, les conflits armés, les massacres de populations civiles se poursuivent en de nombreux points de la planète.

 

     Il est indispensable que les citoyens des démocraties pressent les responsables politiques de questions et qu’ils les incitent à être des « faiseurs de paix », alors que le climat international est particulièrement tendu.

 

      Pour ma part, c’est dans cette perspective que je prépare deux évènements, qui se dérouleront dans les prochaines semaines et auxquels je vous invite vivement à participer :

 

- une conférence internationale qui se tiendra à Paris les 26 et 27 juin à l’Assemblée nationale sur le thème "Vers un monde sans armes nucléaires"  (voir programme et inscription sur le site d’ALB 

 

- la reprise du spectacle "Jaurès, une voix pour la paix", qui sera joué près de Carmaux du 27 au 31 juillet, à l’occasion de la commémoration du centenaire de l’assassinat de Jaurès ( voir programme et réservations sur le site du spectacle)

Jour J : les héros et les victimes
Jour J : les héros et les victimes
Repost 0
Published by Paul Quilès - dans International et défense
commenter cet article
8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 12:05

         En ce 69ème anniversaire de la Victoire du 8 mai 1945, j’ai lu ce matin, devant le monument aux morts de Cordes, le message du secrétaire d’Etat aux anciens combattants. Celui-ci se terminait par un appel à mesurer le chemin parcouru depuis 70 ans en Europe, qui « a su nous préserver de la guerre et à garantir la fraternité des peuples »

 

         Pouvons-nous pour autant ne pas nous sentir concernés par les affronts faits chaque jour à la paix et à la dignité des hommes à travers notre monde globalisé, où conflits, massacres et tensions dangereuses ne cessent de se multiplier ?

 

         Lorsque l’on observe la situation internationale, les occasions de nous indigner -pour reprendre l’exhortation de Stéphane Hessel- ne manquent pas. Depuis la chute du Mur de Berlin, qui devait marquer l’avènement d’une nouvelle époque, favorable à la paix et à la démocratie, les conflits ouverts et leurs cortèges de drames se sont accumulés : ex-Yougoslavie, Somalie, Rwanda, Afghanistan, Irak, Congo, Darfour, Lybie, Syrie, Mali….pour ne prendre que les exemples les plus visibles. Le bilan est terrible : des millions de morts, des territoires ravagés, des haines tenaces, un développement entravé, des populations en perte d’espoir.

 

         Depuis quelque temps, d’autres menaces sont apparues. On parle à nouveau de risque de génocide en Centrafrique et au Soudan du Sud. On assiste à des actes d’une brutalité extrême avec par exemple l’enlèvement de plus de 200 lycéennes au Nigéria pour en faire des "esclaves sexuelles". On voit les tensions se développer dangereusement aux frontières de l’Union Européenne, avec la crise ukrainienne, qui déstabilise les relations avec la Russie, dont le Président exacerbe les pulsions nationalistes, mais également au Moyen Orient, où le Premier Ministre israëlien s’ingénie à dresser des obstacles sur le chemin difficile du processus de paix avec les Palestiniens.

 

         Il y a donc de quoi s’indigner et même s’inquiéter, mais cela ne suffit pas, lorsque l’on est un citoyen conscient, attaché à ce bien précieux qu’est la paix.

 

         On ne peut pas, dans une posture blasée voire résignée, attendre que « ça passe », en espérant ne pas être touché par ces affrontements lointains.

 

        On ne peut pas, de façon irresponsable, suggérer que seule l’utilisation de la force mettra un terme à ces conflits, alors que l’exemple des récentes "séquences" syrienne et iranienne a montré les limites de ce positionnement. Il faut dire que le fiasco de l’opération américaine en Irak et de la guerre sans fin en Afghanistan a fait la preuve du manque de pertinence de la réponse exclusivement militaire !

 

         On ne peut pas, malgré les échecs de l’ONU et de son Conseil de sécurité –censés représenter la Communauté internationale- négliger leur rôle, souvent déterminant, pour prévenir les conflits, permettre les compromis et, chaque fois que c’est nécessaire, agir par la force pour les faire respecter.

 

         Alors, que faire ? Les "citoyens de base" d’un pays démocratique comme le nôtre, éloigné de ces conflits, ont toutes les raisons de se sentir démunis. Pourtant, les plus conscients d’entre eux devraient s’efforcer de dépasser le stade de l’indignation, pour analyser les causes de ces drames et de comprendre les enchaînements qui y ont conduit. Par leurs prises de positions, individuelles ou collectives, par les débats auxquels ils participent, ils peuvent contribuer à faire pression sur les parlementaires -dont le rôle devrait être plus visible et plus efficace- et sur les décideurs politiques.

 

         Ceux-ci ont le devoir de mieux informer sur les enjeux de ces conflits et sur l’action qu’ils mènent pour aider à leur résolution, sans considérer qu’il s’agit là de questions d’un intérêt secondaire par rapport aux soucis hexagonaux .

 

         Au moment où l’on commémore l’anniversaire du 8 mai 1945, mais aussi le centenaire du déclenchement de la Grande Guerre, il me revient en mémoire le discours prémonitoire de Jaurès prononcé le 25 juillet 1914 (une semaine avant son assassinat le 31 juillet, 2 jours avant le début des hostilités), dans lequel il mettait en garde contre les erreurs qui pourraient conduire à une guerre qu'il décrit comme une immense boucherie. Je vous conseille à ce propos de visionner les remarquables émissions d'ARTE « Des armes et des mots » 

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans International et défense
commenter cet article
7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 21:47

Je viens de signer cet appel

 

et je vous invite à en faire de même.

 

*************

   

     " Des femmes et des enfants arrachés des écoles et des hôpitaux puis massacrés sur le bord de la route, une propagande haineuse envahissant les ondes – le Rwanda il y a 20 ans? Non, cela se passe maintenant au Soudan du Sud, mais nous pouvons l'arrêter.

 

       Deux hommes sont à l'origine des violences: le Président Salva Kiir et son ancien vice-Président Riek Machar. Pris dans une lutte de pouvoir sans merci, ils attisent les tensions entre des groupes ethniques qui ont vécus en paix pendant des décennies. Tout deux ont des biens et de la famille à l'étranger. Si nous touchons Kiir et Machar là où ça fait mal – le portefeuille– nous pouvons empêcher ce cauchemar de devenir un génocide.

 

      Les pourparlers de paix reprennent lentement. Les États-Unis et la France ont appelé le Conseil de sécurité de l'ONU à imposer des sanctions et à déployer davantage de casques bleus pour protéger les civils. Certes, la Russie pourrait tenter de maintenir le statu quo, mais même la Chine ne veut pas voir ce pays riche en pétrole glisser vers le chaos. Nous pouvons donc réussir– à condition d'agir vite. Soyons un million à exiger des dirigeants-clés qu'ils imposent des sanctions et déploient une mission plus robuste pour protéger le peuple du Soudan du Sud:

 

      C'est tellement triste – et révoltant. Plus d'un million de personnes sur les onze millions d'habitants du Soudan du Sud ont fui leur domicile, des dizaines de milliers sont mortes et le pays est au bord d'une famine généralisée. Pendant ce temps, les délégations des 2 camps ont passé des mois dans des hôtels de luxe en Éthiopie, faisant très peu d'efforts et encore moins de progrès dans les négociations de paix.

 

      Nous pouvons arrêter cette folie. Des sanctions, y compris des gels d'avoirs et des interdictions de voyage, empêcheraient directement Kiir et Machar d'accéder à leurs biens et de rendre visite à leurs amis et leurs proches à l'étranger.

 

      Même si nous ne gagnons pas au Conseil de sécurité, des sanctions unilatérales prises par plusieurs pays pourraient avoir un impact conséquent. Renforcer la force de protection de l'ONU est aussi primordial. L'ONU a pour la première fois ouvert ses propres bases pour héberger 85 000 civils qui fuyaient les massacres. Mais il y a seulement 8000 soldats pour protéger un pays de la taille de la France. Une base des Nations-Unies a déjà été attaquée ouvertement, et le gouvernement menace d'expulser l'ONU hors du pays. Nous avons un besoin urgent d'une mission de protection plus grande et plus forte.

 

      Nous avons échoué à enrayer la spirale de la violence en Syrie il y a trois ans, mais ce conflit est nouveau et il n'est pas insoluble. Ne laissons pas tomber le Soudan du Sud. Signez et diffusez largement cet appel:

 

      Le Soudan du Sud est la plus jeune nation du monde, et elle est née de dizaines et de dizaines d'années de résistance contre la brutalité génocidaire du régime soudanais. Mais comme beaucoup de pays qui existent depuis bien plus longtemps que lui, il y a un fossé entre les dirigeants et le peuple. C'est tragique, car les motivations du Président Salva Kiir passaient pour être sincères. Il semble que Kiir et Riek Macha soient maintenant aveuglés par la colère, la peur et la soif de pouvoir. Tenons-nous aux côtés du peuple du Soudan du Sud et aidons-le à réfréner ses dirigeants, afin qu'il retrouve la paix pour laquelle il a tant souffert. "

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans International et défense
commenter cet article
30 mars 2014 7 30 /03 /mars /2014 07:54
Crise ukrainienne: il faut retrouver les voies du dialogue

Je viens de publier cette tribune sur les relations entre les pays occidentaux et la Russie à la suite de la crise ukrainienne.

Elle m'a été demandée par le réseau ELN (European Leadership Network)

Lire aussi la tribune sur le site d'ELN

*****

      Alors que nous commémorons le centenaire de la Première Guerre mondiale, des comparaisons inquiétantes viennent à l’esprit : une crise locale (l’attentat de Sarajevo en 1914, l’annexion de la Crimée par la Russie aujourd’hui), une escalade de la confrontation, puis une catastrophe générale.

  

      Nous ne sommes évidemment pas à la veille d’un cataclysme comparable à celui de 1914. Pourtant, si l’actuel enchaînement des coups de force et des réactions improvisées continuait, on pourrait glisser, sans l’avoir voulu, vers une guerre économique et un retour de la confrontation entre l’Occident et la Russie dont aucun des camps ne sortirait indemne. Des risques d’incidents armés entre Russes et Ukrainiens ne seraient plus à exclure. L’Europe devrait faire face aux graves conséquences pour elle-même d’une campagne de sanctions économiques où elle se serait laissé entraîner. Sur tous les théâtres de crise, de la Syrie à l’Iran, les Occidentaux trouveraient en face d’eux, une Russie acharnée à les contrer. Les espoirs de construction d’une sécurité commune et de désarmement, en particulier nucléaire, seraient réduits à néant pour de nombreuses années.

 

Comment sortir de cet engrenage?

 

       Il faut d’abord reconnaître les maladresses et les erreurs commises.

      

      Du côté de la Russie, elles sont évidentes : pression massive pour forcer l’Ukraine à adhérer à son projet d’union douanière et économique eurasiatique ; utilisation politique de l’arme du gaz ; développement brutal d’une présence militaire en Crimée.

 

       Mais du côté occidental et plus particulièrement européen, aucun dialogue n’a été noué avec la Russie pour tenir compte de certaines préoccupations légitimes. Pourquoi avoir voulu obliger l’Ukraine à choisir entre l’Union européenne et la Russie, alors que ce pays a pour vocation d’être un pont entre ces deux pôles ? Pourquoi ne pas avoir tenu compte du mécontentement des régions russophones d’Ukraine devant une politique trop centraliste et intolérante quant à l’usage des langues ? Pourquoi ne pas reconnaître que le gouvernement intérimaire, qui représente pour le moment quasi exclusivement l'Ouest de l'Ukraine, souffre d'un déficit de légitimité tant que des élections libres n'ont pas eu lieu ? Il ne peut donc être considéré que comme ce qu'il est : un gouvernement provisoire.

 

       La riposte russe consistant à s’emparer de la Crimée par la force et à maintenir une présence militaire inquiétante aux frontières de l’Ukraine est inexcusable, mais on peut regretter qu’elle ait été favorisée par les erreurs européennes et occidentales.

 

La Russie est-elle un partenaire, un rival ou un adversaire?

 

      C’est le fond de la question pour nous, Européens. Considérer la Russie comme un adversaire nous replongerait dans une situation d’affrontement. Des confrontations militaires indirectes seraient inévitables, comme à l’époque de la Guerre froide, mais dans un contexte plus instable et donc plus dangereux. Si nous considérons la Russie comme un simple rival, des accords ponctuels sont concevables, mais sans entente durable et stratégique. Il ne peut alors plus être question d’action commune pour faire face aux grands défis de la planète : renforcement de l’ONU, lutte contre la prolifération et désarmement, développement, climat. Ce qu’il faut donc souhaiter, c’est la restauration d’une relation de partenariat entre la Russie et l’Europe et, plus largement entre la Russie et l’Occident.

 

Quel partenariat?

 

       Une telle relation nécessite un accord entre l’Union européenne, les États-Unis, l’Ukraine et la Russie sur quatre points :

     

      1. Des élections rapides et incontestables doivent être organisées, sous contrôle international. Ceci implique que la Russie cesse ses menaces et que le gouvernement de Kiev n’entreprenne aucune action susceptible d’affecter la sincérité du scrutin (interdiction de partis, arrestation d’opposants, maintien de milices armées par exemple). Au cours de cette période de transition vers une situation juridique stable, le gouvernement ukrainien intérimaire doit veiller à empêcher tout incident ou provocation. Il en va naturellement de même pour la Russie. Les Européens doivent par ailleurs se garder d'encourager ceux qui veulent la victoire totale et sans compromis d'une Ukraine sur l'autre.

       2. Les élections ne devraient pas seulement conduire à la désignation d’un président mais aussi d’une assemblée constituante. Il est en effet indispensable qu’une nouvelle constitution soit adoptée, afin de garantir les droits des russophones et autres minorités et d’organiser la décentralisation du pays.

       3. Du point de vue géostratégique, le futur accord d’association entre l’Ukraine et l’Union européenne devrait tenir compte des intérêts économiques légitimes de la Russie. De plus, une entente de toutes les puissances concernées devrait exclure l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN.

       4. Pour ce qui concerne la Crimée, il n’est pas question de reconnaître le coup de force russe. Dans un premier temps, Russes et Occidentaux ne peuvent donc que constater leur désaccord. Quand les passions seront retombées, il faudra faire appel à l'inventivité des diplomates pour vérifier quel est véritablement le souhait de la population de la Crimée (le statut de la péninsule ne peut pas se décider sans elle) et pour maintenir un lien juridique à définir entre la Crimée et l'Ukraine.

 

       Un accord sur ces points permettrait d’interrompre l’escalade des tensions. Les Occidentaux pourraient alors mettre un terme à leurs sanctions et l’ensemble de la communauté internationale, Russie comprise, pourrait s’atteler à la tâche prioritaire pour l’Ukraine : réussir son sauvetage économique et financier. Parallèlement, l’Union européenne aura la lourde responsabilité d’appuyer l’Ukraine dans l’indispensable réforme de sa gouvernance, mais dans un climat de dialogue et non de confrontation avec la Russie.

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans International et défense
commenter cet article
28 mars 2014 5 28 /03 /mars /2014 23:52

L'hebdomadaire Marianne,

 

qui vient de publier un dossier sur le Rwanda

 

à l'occasion du 20ème anniversaire du génocide,

 

m'a interrogé en tant qu'ancien Président

 

de la "Mission parlementaire sur le Rwanda".

 

 

1) Vingt ans après le génocide rwandais, que peut-on ou doit-on reprocher à notre pays dans cette histoire complexe?

 

Au Rwanda, les colonisateurs allemands puis belges avaient systématiquement favorisé - pour s’appuyer sur elle – une élite traditionnelle tutsie qui représentait environ 15% de la population et dont était issu un roi coutumier, le Mwami. Cette couche sociale dominait une majorité hutue (83 % de la population, le groupe des Twas en représentant 2 %). L’ensemble de ces groupes parle la même langue, le kinyarwanda.

 

Pour expliquer mais aussi renforcer ce clivage (qui se retrouve au Burundi et dans l’Est du Congo voisins), les colonisateurs ont développé une théorie raciste : les Tutsis étaient vus comme les descendants de conquérants venus de l’Éthiopie actuelle pour assujettir la masse hutue. Cette vision raciste des rapports sociaux rwandais a été la cause première du génocide.

 

Dans le contexte de l’accession du pays à l’indépendance, de 1959 à 1961, puis jusqu’en 1963, les Hutus renversent la monarchie tutsie et massacrent un grand nombre de Tutsis. Ils s’emparent de leurs richesses et du pouvoir. Près de la moitié des Tutsis s’enfuient en Ouganda, les autres restent. D’où une situation déterminante pour l’évolution politique du Rwanda : les Tutsis de l’extérieur veulent retrouver leur patrie perdue, les Hutus entendent les en empêcher et soumettent les Tutsis de l’intérieur à une discrimination et à des persécutions constantes. L’appartenance ethnique était inscrite à l’état civil et figurait sur les cartes d’identité. Des quotas limitaient à 9 % la présence des Tutsis dans l'enseignement supérieur et l’administration. Des massacres de Tutsis par des Hutus ont été perpétrés à diverses reprises dans les années 60 et 70.

 

À l’indépendance, le régime hutu s’était tourné vers la France. Le Général de Gaulle avait accueilli le Rwanda dans l’ensemble africain francophone. Après 1981, ces liens n’ont pas été mis en cause.

 

En Ouganda, les Tutsis exilés, sous la conduite de Paul Kagamé, ont aidé le président Yoweri Museveni‎ à prendre le pouvoir à Kampala. Dotés d’une organisation armée, le FPR (Front Patriotique Rwandais), ils ont lancé en octobre 1990 une offensive pour renverser par la force le pouvoir hutu. Lorsque le président Juvénal Habyarimana demande son aide, François Mitterrand estime, comme en 1983 au Tchad face à la Libye, que la France doit défendre un gouvernement lié à elle par des accords de coopération, à moins de perdre sa crédibilité de pays garant de la stabilité africaine. Sa politique revêt alors deux aspects indissociables :

 

1) aider, former et équiper les forces armées rwandaises pour les mettre en état de résister à l’offensive du FPR soutenue par l’Ouganda, mais sans engagement militaire direct ;

 

2) parallèlement, obliger le régime hutu à engager un processus de démocratisation englobant toutes les composantes de la société, dans la ligne du discours de La Baule du 20 juin 1990. Pour cela, la France a demandé au président Habyarimana de rétablir le multipartisme et de former un gouvernement de coalition avec l’opposition hutue et tutsie, en vue d’un accord politique avec le FPR pour régler notamment la question du retour des réfugiés.

 

Les extrémistes hutus et le FPR se sont violemment opposés à cette politique, pour la simple raison qu’ils ne voulaient pas partager le pouvoir mais l’accaparer.

 

La France a néanmoins réussi à imposer la négociation et à contraindre les deux camps à conclure le 4 août 1993, les accords d’Arusha, qui organisaient le partage du pouvoir dans les institutions et l’armée. Après la signature de cet accord, les troupes françaises ont été retirées (à l’exception d’une vingtaine de coopérants) et la surveillance de la mise en œuvre du processus de paix a été confiée à une force de l’ONU, la Mission pour l’assistance au Rwanda (MINUAR). Le mandat de cette force très hétérogène était cependant dramatiquement inadapté : elle ne pouvait accomplir que des missions d’interposition ou de surveillance du cessez le feu, sans possibilité de faire usage de ses armes dans d’autres cas que la légitime défense. Cette faiblesse de l’implication internationale a directement favorisé le génocide.

 

Le président Habyarimana pensait que les élections libres prévues par les accords lui permettraient de conserver un rôle central. Il s’est alors éloigné des extrémistes hutus qui, pour saboter les accords d’Arusha, se sont mis à attiser par tous les moyens, la haine raciale et à préparer des massacres de Tutsis à grande échelle. De son côté, le FPR maintenait sa pression militaire.

 

Dans cette situation de tension extrême, la destruction, le 6 avril 1994, de l’avion qui transportait les présidents rwandais et burundais a ruiné les espoirs de paix. Dès l’assassinat de leur président, les Hutus les plus fanatiques ont déclenché, sous prétexte de le venger, des tueries qui ont vite dégénéré en génocide.

 

L’action de la France a alors été limitée et sans doute insuffisante : elle a d’abord pris la forme d’une opération d’évacuation de ressortissants, puis d’une intervention très tardive, le 22 juin 1994, sous un mandat de l’ONU. Cette intervention, connue sous le nom d’opération Turquoise, a permis la protection de la population civile (très majoritairement hutue) fuyant vers le Congo et le sud du Rwanda devant les forces du FPR. Elle a également permis le sauvetage d’environ quinze mille Tutsis.

 

Ce rappel conduit aux observations suivantes : le génocide est d’abord un crime rwandais, produit d’une organisation autoritaire du pouvoir et d’une propagande raciste structurée, dans un contexte de guerre et de crise économique et humanitaire profonde. L’ONU a, quant à elle, laissé le génocide se dérouler sans pouvoir ni vouloir réagir efficacement. L’obstruction américaine a joué un rôle déterminant dans cette paralysie.

 

Quant à la France, elle a sans doute, depuis de Gaulle, prêté trop peu d’attention à la nature des régimes qu’elle soutenait en Afrique. François Mitterrand a voulu rompre avec cette indifférence, lorsqu’il a prononcé son discours de La Baule. Mais, dans une situation de crise intense et de guerre, les nouvelles institutions démocratiques rwandaises ont vite été paralysées par les rivalités ethniques et politiques. La diplomatie française a alors été accaparée par les nécessités de la médiation entre les forces politiques rwandaises et le président Habyarimana. Le soutien français aux forces gouvernementales rwandaises a peut-être été trop marqué lorsqu’il s’est agi de contrer l’offensive du FPR de février-mars 1993. Mais il était alors indispensable de contraindre le FPR à la négociation. Quand le génocide s’est déclenché, la France a été le premier pays à l’avoir explicitement dénoncé comme tel, le 15 mai 1994. Elle s’est également battue, mais sans succès, pour le renforcement du mandat et des effectifs de la MINUAR. Néanmoins, elle a trop longtemps misé sur le cessez-le-feu et a, dans ce but, maintenu (comme les États-Unis) des contacts avec tous les protagonistes, y compris les responsables du génocide, jusqu’en mai. Mais, dans une situation où les forces internationales avaient été retirées, il n’existait plus d’autre espoir d’interrompre les massacres.

 

2) Comment expliquez-vous que certains milieux médiatiques et politiques persistent à accuser la France d'avoir été le bras armé des génocidaires?

 

Les accusations contre la politique française au Rwanda ont parfois été d’une très grande violence. Elles ont confiné à l’absurdité, par exemple lorsqu’il a été soutenu que la France aurait lancé l’opération Turquoise pour sauver les responsables du génocide : ces individus n’avaient nullement besoin de l’aide de la France pour quitter le Rwanda et si elles avaient voulu les aider, les autorités françaises n’auraient certainement pas attendu, comme elles l’ont fait, l’accord du Conseil de sécurité.

 

Certaines accusations sont formulées de bonne foi par des personnes sincèrement bouleversées, qui ne comprennent pas que la France, qui s’était fortement impliquée dans la gestion de la crise rwandaise, ne soit pas tout simplement intervenue militairement pour mettre fin au génocide par la force. Elles sous-estiment les contraintes de la politique internationale et les conséquences du refus catégorique par le FPR de toute intervention française qui l’aurait conduit de fait à limiter ses ambitions de contrôle politique total du Rwanda.

 

D’autres accusations sont calculées et ont pour but de discréditer tout engagement français en Afrique. Elles se sont atténuées dans la période récente en raison, notamment, de l’aggravation des difficultés sécuritaires du continent africain et des responsabilités qu’a assumées la France au Mali ou en Centre Afrique, avec l’approbation de la communauté internationale. Elles sont également devenues moins vives avec la prise de distance des États-Unis à l’égard du régime de Paul Kagamé. Le Rwanda est en effet responsable de graves ingérences dans l’est du Congo. Il appuie en particulier un mouvement rebelle, le Mouvement du 23 mars (M 23), responsable notamment du recrutement à grande échelle d’enfants soldats. Cette ingérence et ces méthodes ont été condamnées par les États-Unis et de nombreux pays européens (Royaume-Uni, Allemagne, Pays-Bas), qui ont suspendu leur aide au Rwanda.

 

À l’origine, les mises en accusation calculées de la France émanaient de personnalités politiques tutsies, africaines anglophones, anglaises, américaines et belges. Elles ont été reprises sans examen critique par une partie de la presse française. Elles ont connu leur plus grande intensité en avril 2004 lorsque le juge Bruguière a voulu explorer la piste, pourtant envisageable, d’une implication du FPR dans l’attentat contre l’avion du président Habyarimana. Kigali a alors publié des rapports très violents où il était par exemple soutenu que les médecins militaires français de Turquoise s’étaient livrés à des refus de soins et à des amputations abusives à l’encontre de Tutsis.

 

3) Votre vision de la tragédie s'est-elle modifiée depuis les travaux de la Mission parlementaire que vous présidiez?

 

Pour l’essentiel, les travaux de la mission parlementaire d’information que j’ai présidée me semblent donner une image fidèle des circonstances de la tragédie rwandaise et de la politique française au Rwanda entre 1990 et 1994. Des précisions ont été depuis apportées par des rapports comme celui de l’ONU et des travaux de chercheurs. Mais je n’y ai pas trouvé d’éléments remettant profondément en cause les conclusions de la mission d’information. Il existe toujours des zones d’ombre concernant en particulier les auteurs de l’attentat contre l’avion du président Habyarimana. De même, on ne sait pas encore quel était le degré exact de préparation et d’organisation du génocide. Les travaux du Tribunal pénal international d’Arusha ne permettent pas de se prononcer définitivement sur ce point. En raison de son ampleur, de la multiplicité des facteurs qui l’ont provoquée, de ses implications, la tragédie rwandaise reste une question brûlante pour les chercheurs, pour le public et pour les responsables politiques.

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans International et défense
commenter cet article
2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 22:27

        Les évènements qui se déroulent en ce moment en Ukraine et les tensions internationales qui en découlent font resurgir des souvenirs pas si lointains. On ne peut s’empêcher de penser à la "normalisation" de la Tchécoslovaquie en 1968 ou à l’écrasement de l’insurrection hongroise en 1956. On se souvient aussi des tensions extrêmes entre l’Est et l’Ouest à l’époque de la Guerre froide, lors de l’affaire de Suez (1956) ou, plus grave encore, au moment de la crise des missiles de Cuba (1962), où, pendant 13 jours, le monde a été au bord de la guerre nucléaire.

 

       Et pourtant, ces souvenirs ne sont pas pertinents pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui. Le Guerre froide est finie. Les rapports de force dans le monde ont changé. La Russie n’est pas l’URSS, malgré les tendances autoritaires de V. Poutine et son comportement, probable héritage de sa formation initiale dans les services du KGB.

 

      Pour comprendre l’attitude du Président russe, il faut cependant aller au-delà de cette considération de nature psychologique et bien voir qu’il a l’obsession de maintenir, voire de rehausser le statut de son pays, même s’il sait que la Russie ne retrouvera pas une position internationale comparable à celle de l’URSS. Il souhaite néanmoins apparaître aux yeux des Russes comme un chef inflexible, déterminé à résister aux Occidentaux et à obtenir d’eux une reconnaissance de son droit de regard sur les anciens territoires soviétiques.

 

       Voilà pourquoi V. Poutine a vécu ce qui s’est passé à Kiev comme un échec personnel, d’autant plus cinglant qu’il s’accompagne d’une crainte : celle de voir la "contagion démocratique" atteindre la Russie après l’instauration en Ukraine d’un Etat de droit, débarrassé de la corruption et de la véritable "kleptocratie" qui y régnaient, ce dont la Russie n’est pas exempte. Les gesticulations russes peuvent paraître incompréhensibles si on ne les replace pas dans ce contexte.

 

    Pour sortir de la crise, il faudra beaucoup de sang froid aux dirigeants et aux diplomates, car la situation est tendue et elle peut dégénérer à la suite d’un accident ou d’une provocation d’extrémistes. C’est pourquoi il est important que le contact soit maintenu entre les protagonistes. Les longues conversations entre responsables des grands pays ont certainement pour objet de définir les concessions à faire de part et d’autre pour éviter l’escalade et permettre à chacun de « sauver la face ».

 

      Loin des gesticulations et des bruits de bottes, il faut aller vers une négociation internationale, qui mettra toutes les parties concernées autour de la table et qui abordera l’ensemble des questions (politiques, économiques, culturelles….) posées par cette crise. Il faudra notamment donner aux Ukrainiens, mais aussi aux Russes, les garanties sans lesquelles il ne pourra y avoir d’équilibre durable. Les élections qui se dérouleront fin mai seront importantes, puisqu’elles détermineront un gouvernement légitime ; elles doivent donc se tenir sous le contrôle d’observateurs internationaux. Cette négociation globale est la seule voie pour éviter les risques que pourrait faire courir à la paix une évolution incontrôlée de la situation.

Ukraine: au delà des gesticulations et des bruits de bottes
Repost 0
Published by Paul Quilès - dans International et défense
commenter cet article

Recherche

Cordes sur Ciel

CORDES

Faites connaissance avec

la cité médiévale

dont Paul Quilès est le maire
cordes-nuages-8-bp--R-solution-de-l--cran-.jpg

 Avant de venir à Cordes, consultez:

     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez