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26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 16:00

jeu-de-la-mort.jpg     L’intention était probablement louable. Il s’agissait, nous dit-on, de dénoncer les dérives insupportables de la télévision (ou de certaines chaînes de télévision ?) et de sa capacité à manipuler les esprits.

     Le résultat de l’émission diffusée par France 2 en début de soirée le 17 mars est malheureusement plus que discutable. C’est la raison pour laquelle, avec Marie Noëlle Lienemann, j’ai porté plainte contre la direction de France 2 et les réalisateurs de cette émission.

     Par cette action, il ne s’agit naturellement en aucune façon de vouloir brider la liberté d’expression. Ce que nous voulons dire, c’est  qu’il y a des limites à ce que peut montrer –même au nom de louables intentions- ce média fort qu’est la télévision.

     La violence est un redoutable fléau de nos sociétés. Quand elle se banalise, elle brise le lien social et peut conduire à des extrémités redoutables.  La répression des actes violents ne peut être la seule réponse à ce phénomène, contrairement à la vision « sécuritaire » qu’en ont certains responsables politiques. Seule une action globale, passant notamment par l’éducation, est susceptible de l’endiguer.

     La télévision peut jouer à cet égard un rôle majeur. C’est peut être ce qu’ont souhaité les promoteurs de l’émission « le jeu de la mort », mais je crains que l’effet ait été contraire et ce, pour 3 raisons :

     1- la méthode utilisée, qui a consisté à utiliser les procédés les plus « trash » de la télé réalité, que l’on entendait dénoncer ;

     2- le lieu de l’émission, une chaîne de service public, qui se prévaut d’une certaine éthique, comme on peut le lire sur "la charte de l’antenne" :
« En règle générale, France Télévisions s’abstient de diffuser des programmes susceptibles de nuire à l’épanouissement physique, mental ou moral des mineurs. A ce titre, la société s’abstient de diffuser des programmes comprenant des scènes de pornographie et de montrer, notamment dans les journaux télévisés, le spectacle de la violence pour la violence».

    3- la diffusion de l’émission à une heure de grande écoute, touchant de ce fait un public large (y compris des enfants) et peu averti des « règles du jeu » pour les téléspectateurs n’ayant pas suivi l’émission depuis le début. 

     Les producteurs de l’émission disent avoir voulu créer un « électrochoc » (!). Je ne sache pas  que cette méthode brutale puisse se substituer au raisonnement et à l’intelligence. L’utilisation intensive de l’émotion au cours de l’émission tendrait à prouver que les mots et le raisonnement ne suffisent pas pour démontrer la nocivité de la téléréalité. Ainsi, le résultat est paradoxalement inverse de celui que l’émission souhaitait atteindre.

_______________________________________________________________________________ 
Extraits de la plainte


"Dans la soirée du 17 mars 2010, la chaîne de Télévision France 2 a diffusé un reportage intitulé « jusqu’où va la télé ».
(...............)
Les auteurs ont prétendu vouloir dénoncer la surenchère des programmes de télévision "trash" et l'influence de la "téléréalité", en utilisant un procédé d’une émission fictive impossible à réaliser dans notre pays.
Pour ce faire, Christophe NICK a adapté sous forme de jeu télévisé, l’expérience effectuée dans les années 60 par Monsieur Stanley MILGRAM, alors destinée à évaluer la capacité de l’homme à se soumettre à une autorité « légitime », en l’occurrence, un homme présenté comme un scientifique en blouse blanche.
Les auteurs du documentaire litigieux ont donc procédé à un casting de candidats potentiels, lesquels pensaient participer aux répétitions du pilote d’un nouveau divertissement baptisé « La Zone X Treme ». Ils étaient prévenus qu’il n’y avait rien à gagner et que ce jeu ne serait pas diffusé.
Les candidats devaient infliger des décharges électriques de plus en plus fortes à un cobaye (qui était en fait un comédien complice de la supercherie) à chaque fois que celui-ci ne donnait pas les bonnes réponses à un test de mémoire.
Aux ordres de l’animatrice du prétendu jeu, et sous la pression des encouragements du public, tous les candidats ont accepté de participer et d’infliger des décharges électriques au cobaye, alors même qu’il n’y avait aucun enjeu.
81% d’entre eux sont allés jusqu’à infliger une décharge électrique de 460 volts, la plus forte du jeu et celle susceptible d’entrainer la mort du cobaye et ce malgré ses supplications.
Sous couvert de dénoncer la capacité de la télévision à manipuler les esprits et d’analyser le processus d’obéissance, les auteurs de ce reportage ont tout simplement incité les candidats du « jeu » à commettre des actes de tortures.
Par ailleurs, la scène offerte aux téléspectateurs  a été d’une violence extrême.
Le public a pu voir des gens ordinaires se transformer en bourreau capable d’une barbarie insoutenable, malgré l’agonie parfaitement simulée du cobaye.
La façon dont le documentaire est monté participe également beaucoup à la violence du reportage. Il est fait usage de formules et de raccourcis saisissants, sur fond de musique anxiogène, la bande originale du film « Orange Mécanique » ayant été utilisée.
Au final, la démonstration repose sur une manipulation quasiment similaire à celle qu’elle entend dénoncer, de sorte qu’il est permis de penser que le spectateur est le véritable jouet de cette expérience.
En effet, l’expérience qui a été menée par Monsieur NICK ne saurait être comparée à celle autrefois réalisée par Monsieur MILGRAM.
En l’espèce, les candidats savent qu’ils participent à un jeu, organisé par une chaine de télévision française.
Même si tout est fait pour leur faire croire que la situation est réelle, ils ne peuvent ignorer qu’une telle chose ne saurait être tolérée dans notre pays, au vu des règles édictées par le CSA.
C’est d’ailleurs ce que l’un des candidats va dire, expliquant son geste par le fait qu’il savait que cela ne pouvait pas être réel. Son commentaire n’a pourtant pas été exploité par les auteurs qui ont préféré mettre en avant le résultat obtenu.
Les conclusions qui sont tirées de cette expérience sont finalement assez peu significatives. Dénué de tout intérêt scientifique, ce reportage n’est plus qu’une banalisation choquante de la violence, qui s’en trouve légitimée et encouragée, au prétexte de la dénoncer.
(..........)
Bien loin de prouver que l’homme est capable de comportements abjects dès lors qu’il est soumis à une quelconque autorité, ce reportage légitime avant tout la torture dès lors que l’on peut en retirer des conclusions prétendument scientifiques ou sociologiques.
Ces procédés sont indignes d’une télévision de service public. De tels actes sont d’autant plus graves que le reportage a été diffusé sur une chaîne publique, qui se prévaut d’une certaine éthique, tel qu’il résulte de la « charte de l’antenne » mise en ligne sur le site internet du groupe"
(..........)

Telles sont les raisons pour lesquelles nous avons porté plainte à l’encontre de la direction de France 2 et des réalisateurs de l'émission, en évoquant les articles 24 1°), 61 et 62 de la loi du 29 juillet 1881 pour "des faits de provocation directe à la commission d’atteintes volontaires à la vie et à l’intégrité de la personne". 

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4 décembre 2009 5 04 /12 /décembre /2009 12:29

    Je fais partie des premiers signataires de l'appel lancé par Mediapart à refuser le «grand débat sur l'identité nationale» organisé  par le pouvoir dans les préfectures. 
    Il ne s'agit naturellement pas de refuser la discussion et, pour ma part, je participe largement à la controverse. Par contre, avec tous ceux, nombreux, qui soutiennent cet appel, je veux manifester mon refus de me trouver engagé dans une démarche inutile, partisane et
 dangereuse.

                   L'appel "Nous ne débattrons pas"
   "Par principe, nous sommes favorables au débat. A sa liberté, à sa pluralité, à son utilité. C'est pourquoi nous refusons le « grand débat sur l'identité nationale » organisé par le pouvoir : parce qu'il n'est ni libre, ni pluraliste, ni utile.
    Il n'est pas libre car c'est le gouvernement qui le met en scène, qui pose les questions et qui contrôle les réponses. Il n'est pas pluraliste car sa formulation réduit d'emblée notre diversité nationale à une identité unique. Il n'est pas utile car cette manœuvre de diversion est une machine de division entre les Français et de stigmatisation envers les étrangers."........
 Lire la suite et signer l'appel

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3 décembre 2009 4 03 /12 /décembre /2009 12:27

Les élections régionales, la gauche, l'identité nationale, l'Afghanistan: interview de
Paul Quilès sur Sud Radio (11')
Pour écouter:
- cliquez ici, puis sur
Réécoutez les émissions:
Sud Info Matin / Paul QUILES 
Jeudi 3 décembre 2009

- ou télécharger le fichier MP3

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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 10:04
Pour écouter l'interview de Paul Quilès à Sud Radio  sur l'actualité politique
cliquer ici:
Sud Info Matin / Paul QUILES - Mercredi 21 Octobre 2009
(rubrique "réécoutez les émissions")
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1 juillet 2009 3 01 /07 /juillet /2009 16:29

Paul Quilès est l'invité de la chaîne parlementaire de télévision (LCP-AN) jeudi 2 juillet à 13h.
Il évoquera notamment à cette occasion
le
forum de Gauche Avenir sur "l'état de la gauche"  
et les résultats du sondage commandé par ce club concernant
l'opinion des Français sur les stratégies de la gauche. 

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14 mai 2009 4 14 /05 /mai /2009 10:36

Paul Quilès raconte ses souvenirs de Ministre de l'Intérieur, à propos d'un des organisateurs du mouvement des routiers, qui avait bloqué les routes de France au début de l'été 1992,
dans l'émission de TF1
                  "Ces inconnus qui ont fait la une", diffusée
                 vendredi 15 mai, entre 20h45 et 23h (vers 21h30)

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2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 17:19

Paul Quilès était sur le plateau de France 3 le mercredi 1er avril 2009.
Il a participé, en tant qu'ancien ministre de l'Intérieur, à un débat sur le thème du renseignement,
dans le cadre de l'émission "Droit d'inventaire",   animée par Marie Drucker.
Pour regarder la vidéo du débat, cliquer ici,
(sélectionner: 1er avril- "Dans les secrets de la police",
puis Plateau 3)

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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 10:31

A l'occasion du sommet de l'OTAN, des émissions spéciales sont programmées par les chaînes de télévision.

Paul Quilès sera présent:

sur ARTE, pour participer au débat organisé
à Berlin sur le plateau de la chaîne

                                       vendredi 3 avril, de 20h45 à 23h.
                                                  avec:
 * Janusz Reiter, ancien ambassadeur de Pologne en Allemagne et aux Etats Unis 
 * Wolfgang Ischinger, président de la Conférence de Sécurité de Munich

 * Michael Dobbs, historien et membre de l'American Academy à Berlin

            sur LCI, pour participer à l'émission spéciale
                       samedi 4 avril, à 9h30.

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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 17:17

J'ai beaucoup apprécié cet article paru dans le Monde du 8 février 2009, qui explique pourquoi nous avons probablement changé d'époque.....en continuant à croire que "tout ira comme avant".


                             Crise : le choc est à venir, par Harald Welzer  

(Psychosociologue allemand, chercheur au Kulturwissenschaftlichen Institut d'Essen)

 

      Peu de temps avant la banqueroute de Lehman Brothers, Josef Ackermann, le président de la Deutsche Bank, avait laissé courir le bruit que le pire était passé. Dans les semaines fiévreuses qui se sont succédé depuis, les politiques et les spécialistes se sont surpassés dans la recherche de moyens destinés à doper la consommation, comme si le capitalisme était en mouvement perpétuel et qu'il suffisait de relancer son cycle de création continue.
     L'idée que, cette fois, il s'agit peut-être de plus que d'une "crise", n'est apparemment venue à personne. La vie suit son cours : on emprunte, on donne un tour de vis fiscal, et on espère, avec tout ça, passer le cap au plus vite. Le manque de la plus élémentaire clairvoyance de la mesure et des conséquences de la débâcle financière indique pourtant bien que ce qui est arrivé n'a pas été anticipé. Des faillites bancaires massives, des groupes d'assurances entamés, des Etats eux aussi au bord de la ruine ? Et les milliards requis pour tout ça, que sont-ils, sinon de l'argent virtuel injecté dans un système lui-même au bord de l'implosion, à cause, justement, de la nature virtuelle de ses échanges ?

     Bien que la catastrophe économique déploie implacablement son cours à une allure défiant toute concurrence, frappant une branche après l'autre, le bricolage, le raboutage et le rembourrage, et les sempiternels sommets continuent à donner l'apparence que la crise est gérée. Les réactions des gens sont graves, mais pas paniquées. En dépit du lot quotidien de nouvelles horrifiques en provenance de la Global Economy, citoyennes et citoyens ne sont que modérément agités.

     Notons d'abord qu'un événement, considéré comme historique par la postérité, est rarement perçu comme tel en temps réel. Rétrospectivement on s'étonne qu'un Kafka, le jour où l'Allemagne déclara la guerre à la Russie, ait seulement consigné dans son journal de façon lapidaire : "l'Allemagne a déclaré la guerre à la Russie. - Après-midi : cours de natation". Les ondes de choc, qui parcourent nos sociétés modernes et complexes, partent d'un point d'impact catastrophique initial qui n'atteint les fonctions essentielles qu'à retardement. Il est donc plutôt exceptionnel qu'un bouleversement social soit reconnu pour ce qu'il est par ses contemporains. C'est aux historiens qu'il appartient d'en constater la réalité. Les écologistes déplorent parfois que les gens ne parviennent pas à intégrer l'idée que leur environnement se modifie.

     Une étude menée sur plusieurs générations de professionnels de la pêche, en Californie, a montré que c'étaient les plus jeunes qui avaient le moins conscience du problème de la surpêche et de la disparition des espèces. De telles modifications de perception et de valeurs, analogues aux transformations environnementales, on les rencontre aussi dans la sphère sociale : que l'on pense au renversement complet des valeurs dans la société allemande à l'époque hitlérienne.

     Dans cette société, les composantes non juives auraient, en 1933, trouvé complètement impensable que, quelques années plus tard seulement, et avec leur participation active, leurs concitoyens juifs se verraient non seulement spoliés, mais seraient embarqués dans des trains pour être mis à mort. Ce sont pourtant les mêmes qui regarderont, à partir de 1941, les convois de déportés partir vers l'Est, tandis qu'une partie non négligeable d'entre eux rachèteront les installations de cuisine, le mobilier et les oeuvres d'art "aryanisés" ; que certains prendront la gestion d'affaires "juives" ou habiteront des maisons dont leurs propriétaires juifs auront été expulsés. En trouvant cela tout naturel.

     Que les changements de cadre de vie ainsi que de normes consensuelles se remarquent à peine, tient aussi à ce que les métamorphoses perceptibles ne concernent qu'une part souvent infime de la réalité vécue. On sous-estime de façon chronique combien le train-train quotidien, les habitudes, le maintien d'institutions, de médias, la continuité de l'approvisionnement entretiennent la croyance qu'en fait rien ne peut arriver : les bus fonctionnent, les avions décollent, les voitures restent coincées dans les embouteillages du week-end, les entreprises décorent leurs bureaux pour Noël. Autant de preuves de normalité qui viennent étayer la conviction bien enracinée que tout continue comme au bon vieux temps.

     Au moment où l'histoire se produit, les hommes vivent le présent. Les catastrophes sociales, à la différence des cyclones et des tremblements de terre, ne surviennent pas sans crier gare mais, pour ce qui est de leur perception, représentent un processus quasi insensible, qui ne peut être condensé en un concept comme celui d'"effondrement" ou de "rupture de civilisation", qu'a posteriori.

     C'est bien connu : le savoir croît en même temps que l'ignorance ; mais jusqu'à présent nous avons, avec Karl Popper, donné à cette maxime un sens plutôt optimiste en l'interprétant comme une exigence de stabilité pour les sociétés de savoir. Or les crises qui sont en train de s'accumuler  - le climat et l'environnement, l'énergie, les ressources et les finances - manifestent à l'évidence que nous devons nous battre sur de nombreux fronts dans une ignorance abyssale des conséquences de nos actes.

     La déconfiture de l'expertise, où qu'elle s'applique, ne marque-t-elle pas que nous nous trouvons déjà à un point de basculement systémique, à partir duquel des tendances ne peuvent plus être corrigées ? La dernière en date nous fait remonter deux décennies en arrière : l'éclatement général que personne n'avait prévu de tout un hémisphère politique avec des effets de fond sur les configurations des Etats. Alors la marche triomphale de l'Occident paraissait scellée ; on proclama précipitamment la fin de l'histoire, mais entre-temps, la suite semble avoir montré que, dans cinquante ans, les historiens pourraient bien dater de 1989 le commencement du recul des démocraties. Ils pourraient bien diagnostiquer que l'actuelle crise financière mondiale seulement n'avait été que la nouvelle étape d'un déclin entamé depuis longtemps.

      On peut, sans risque, qualifier dorénavant de changement accéléré le fait de passer en un instant d'une époque à une autre, dès lors qu'à un ultralibéralisme débridé succède  un interventionnisme étatique qui met sens dessus dessous toutes les certitudes jusque-là acquises, non seulement en matière d'économie et de finance, mais aussi dans la politique du climat. Pourtant, personne n'envisage sérieusement la possibilité d'un échec total et, à cet égard, les crises financière, énergétique et climatique révèlent des affinités. On tient pour impossible un effondrement complet du système financier et économique et on se représente encore moins que la pénurie d'énergies fossiles atteigne un niveau tel, d'ici quelques années, que même dans les pays les plus riches, les plus bas revenus ne pourront plus se chauffer.

     Qu'est-ce que signifie la connaissance du présent ? Les émissions de gaz à effet de serre vont s'accroître du fait de l'industrialisation globalisée, au point que la fameuse limite des deux degrés au-delà desquels les conséquences des changements climatiques deviennent incontrôlables ne sera pas tenable. En même temps, les spécialistes du climat ne nous donnent que sept ans pour changer de cap. La concurrence qui s'accroît de plus en vite autour des ressources pourrait bien dégénérer en affrontements violents pour départager vainqueurs et vaincus.

     Et il n'y a aucun moyen de savoir dans quel groupe se situera l'Europe. Désormais, c'est l'avenir des générations futures que l'on va obérer, notamment par l'envol de la dette publique et la surexploitation des matières premières. Cette colonisation de l'avenir se paiera, car le sentiment d'inégalité entre générations est l'un des plus puissants catalyseurs de mutations sociales radicales. Des mutations qui ne doivent pas s'entendre en un sens positif, comme le projet de renouvellement générationnel du national-socialisme l'a montré.

     Une masse débordante de problèmes dans un contexte où le manque de solutions possibles est criant conduit à ce que la psychologie sociale définit comme une "dissonance cognitive". Ou, pour le dire à la manière de Groucho Marx : pourquoi prendrais-je soin de la postérité ? Est-ce que la postérité s'est préoccupée de moi ? Certes, un objectif tel que l'égalité entre générations remet en question les calculs de croissance à courte vue aussi bien que l'idée que le bonheur s'obtient par une mobilité ininterrompue et par l'éclairage 24 heures sur 24 de la planète entière.

     C'est justement en temps de crise qu'on voit ce qui se passe, fatalement, quand une entité politique commune ne procède d'aucune idée de ce qu'elle veut vraiment être. Des sociétés qui se contentent de satisfaire leur besoin de sens par la consommation n'ont, alors qu'elles se sont coupées de la possibilité d'acquérir une identité du sens et un sentiment de ce qu'est le bonheur quand l'économie fonctionnait encore, plus de filet pour retarder leur chute. Cela tombe au moment où les experts n'ont aucun plan à proposer. Peut-être leur vol à l'aveuglette est-il le signe d'une renaissance. Celle du politique.


Traduit de l'allemand par Nicolas Weill

    
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26 novembre 2008 3 26 /11 /novembre /2008 11:51

Cet intéressant article de Rémi Lefebvre, professeur de science politique à l'université de Reims et co-fondateur du club Gauche Avenir, a été publié dans Le Monde du 26 novembre 2008.

                                         ************************ 

La "clarification", la "rénovation", une nouvelle direction étaient attendues du congrès de Reims. François Hollande avait décidé de reporter le congrès après les élections municipales pour laisser les divergences socialistes décanter. Au terme d'un long processus peu lisible aux yeux de l'opinion, le rebond n'est pas au rendez-vous. Pire, la confusion règne dans un parti déchiré et englué dans ses contradictions. Après le congrès, le vote des militants devait débloquer la situation, il n'a fait que consacrer leurs oppositions. Deux blocs antagonistes au poids comparable s'opposent désormais. Le PS sort en charpie d'un congrès qui a agi comme un révélateur de ses impuissances.

L'élection de Martine Aubry dans un mouchoir de poche ne règle rien tant sa légitimité est d'emblée précaire. Elle prend la tête d'un parti balkanisé, dépourvu d'axe majoritaire, où de nombreux dirigeants (y compris parmi ceux qui l'ont soutenue) misent sur son échec. Que dire de ce spectacle tragi-comique sans ressasser la paresseuse explication du choc des ego et des ambitions personnelles ? Qu'est-ce qui a conduit à cette situation de blocage, dont le PS semble incapable de sortir ?

L'impasse est le produit d'évolutions structurelles. De plus en plus replié sur ses jeux et enjeux propres, le PS est devenu un entre-soi de professionnels de la politique (la moitié de ses "militants"). Il est d'autant plus dominé par ses luttes de pouvoir qu'il a perdu tout ancrage social, n'est plus irrigué par la société. En apesanteur sociale, éloigné des Français que les discours du congrès ont pourtant sans cesse invoqués, comme pour conjurer le sort, le PS compose un univers impitoyable, où le cynisme tient lieu de code moral. A tous les niveaux du parti, la "camaraderie" de façade voile mal les haines inexpiables et les ressentiments accumulés. Les soupçons de fraude électorale, à l'évidence fondés, ont alimenté un climat de suspicion qui traduit à lui seul la dégradation du "vivre ensemble" socialiste.

Le parti s'est "désidéologisé" à force d'instrumentaliser et de surjouer des oppositions souvent artificielles. L'attitude à l'égard de François Bayrou, grand vainqueur du congrès, est suicidaire. En l'érigeant en point cardinal de leurs luttes internes, les socialistes ont légitimé le MoDem, qui cherche pourtant à les affaiblir.

Le PS n'est plus qu'une addition d'intérêts particuliers. Implantés dans les bastions que lui réserve la logique des élections intermédiaires, les élus qui font et défont les motions ne jouent pas un jeu politique national dont ils se désolidarisent. Les élus veulent-ils vraiment le pouvoir ou ne préfèrent-ils pas le confort émollient de leurs fiefs ? La cacophonie socialiste ne doit pas à la force des courants mais bien à leur faiblesse. Ils ne sont plus que des coalitions fragiles d'intérêts contradictoires et des conglomérats de notables locaux. Aussi se révèlent-ils incapables de structurer des rapports de force et de réguler une concurrence interne devenue débridée.

Le caractère composite des groupes réunis par Martine Aubry et Bertrand Delanoë a rendu impossible la constitution d'une véritable majorité. La nouvelle secrétaire du parti - si sa victoire est entérinée par le conseil national - devra composer avec ce jeu instable et restaurer un leadership affaibli par la culture de la "synthèse" molle léguée par François Hollande. Mais beaucoup de dirigeants ont intérêt à ne pas voir émerger un leadership fort.

La présidentialisation des règles du jeu interne ne fait qu'amplifier ces phénomènes. Les socialistes ont mesuré en 2002 et 2007 les effets redoutables de l'inversion du calendrier présidentiel décidée par Lionel Jospin. Aujourd'hui, ils mesurent les conséquences de la désignation directe de leur premier secrétaire par les adhérents, qui participent de la même logique présidentialiste. La force de cette règle était tempérée jusque-là par le jeu des courants. Elle devient déterminante quand ils s'affaiblissent. Ce fonctionnement démocratique hybride, entre proportionnelle des motions et légitimité directe donnée par les militants, rend le PS ingouvernable.

Ségolène Royal a intégré ces nouvelles règles. A nouveau, elle a joué l'opinion contre le parti, la base contre ses dirigeants, les Français contre les socialistes. Elle transgresse les codes socialistes, accréditant l'opposition entre le "vieux parti" et la rénovation qu'elle appelle de ses voeux. Son assise dans le parti est pourtant fondée sur le soutien des fédérations clientélistes du Sud (un paradoxe de plus). Plus que ses positions sur le MoDem, c'est sa proposition de créer un parti de masse de 500 000 adhérents qui a polarisé les socialistes contre elle.

Son objectif était clair : diluer le "vieux parti" dans un parti post-idéologique perméable aux logiques d'opinion. Tony Blair avait procédé de la même manière lorsqu'il avait liquidé le vieux Parti travailliste. Cette ligne n'a été rejetée que de quelques dizaines de voix : Ségolène Royal reste donc plus que jamais dans le jeu. Sa position de quasi-leader est confortable : à la fois au dehors et à l'intérieur du parti, elle pourra constituer un recours si Martine Aubry échoue.

La tâche de la nouvelle première secrétaire est rude. Identifiée à tort ou à raison au "vieux parti", elle ne peut se dérober à l'exigence de "rénovation", mais ne manquera pas de se heurter à des résistances, aux routines de l'organisation, à la fragilité de ses soutiens. Elle devra desserrer l'étau dans lequel le PS est pris, entre Olivier Besancenot et François Bayrou. Elle dispose de peu de temps. L'échéance présidentielle rattrapera bientôt les socialistes.

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dont Paul Quilès est le maire
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     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez