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20 juillet 2017 4 20 /07 /juillet /2017 15:30
Photo Jean-Paul Pélissier/Reuters

Photo Jean-Paul Pélissier/Reuters

Communiqué de Paul Quilès,

ancien ministre de la défense, ancien président de la

Commission de la défense de l’Assemblée nationale

**************

Le Président de la République vient de prononcer à Istres un discours qui illustre les contradictions dans lesquelles il se débat :

1) malgré ses promesses réitérées d’augmentation des moyens alloués aux armées, il confirme que les crédits 2017 du ministère seront lourdement amputés ;

2) en annonçant d’ores et déjà le montant du budget 2018 de la défense (34,2 Milliards €), il fait l’impasse sur la mission constitutionnelle du Parlement qui doit voter, après débat, le budget;

3) il annonce pour l’automne 2017 une "revue stratégique", dans laquelle il ne sera pas question de la dissuasion nucléaire et il proclame –contre toute évidence- que celle-ci contribue à l’image internationale de la France et à sa crédibilité dans le monde.

Ces annonces, qui visent par avance à interdire tout débat sérieux ne sont pas rassurantes quant à l’évolution des institutions et à la transparence des choix stratégiques.

______________________________________

Lire aussi: "une crise d'autorité"

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Published by Paul Quilès - dans Politique française
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19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 14:29
Une crise d'autorité

      Après le psychodrame qui s’est joué entre le Président de la République et son Chef d’état-major des armées depuis le 14 juillet et qui vient de se traduire par la démission de ce dernier, il est temps de se poser les bonnes questions pour la politique de défense de notre pays.

Voici l'analyse de Paul Quilès* et de Bernard Norlain**

 

****************

 

         Personne ne remet en cause le statut de chef des armées du Président (article 15 de la Constitution), mais ce statut implique un respect de l’autorité déléguée et récemment renouvelée à son Chef d’état-major des armées.

 

        Où est l’indignité quand celui-ci s’adresse à une commission parlementaire qui l’a convoqué dans le cadre des institutions démocratiques et de surcroît avec une garantie de confidentialité ?

 

       Où est l’indignité quand le Chef d’état-major ne fait que son devoir en alertant les représentants de la République sur le décalage entre les missions qui lui sont imparties et les moyens qui lui sont octroyés ?

 

     Où sont les possibilités laissées au Parlement pour s’informer directement de l’état des forces et de leur adaptation aux menaces ? Le contrôle parlementaire n’est pas une entrave à l’action ni « une pression » sur l’exécutif, c’est la garantie de la transparence démocratique. De ce point de vue, on ne peut que s’inquiéter qu’aucun compte rendu des récentes auditions de la ministre et du Chef d’état-major des armées n’ait encore été publié.

 

       L’autorité ne se décrète pas et ne s’impose pas, elle se nourrit d’une relation de confiance et de compréhension. Ce désaveu brutal, alors que le constat n’est que l’expression d’une réalité vécue quotidiennement par des hommes et des femmes qui souvent risquent leur vie, ne peut que saper le lien de confiance sur lequel repose toute autorité.

 

       Par ailleurs « la grande muette », qui a toujours su faire connaître son état d’esprit, quelles que soient les contraintes de son devoir de réserve statutaire, doit pouvoir aussi s’exprimer et témoigner de ses difficultés, mais aussi et peut-être surtout de sa vision de la défense du pays qu’elle pour mission d’assurer.

 

       L'autre question que pose cette crise d’autorité est celle du brouillard des chiffres. Entre les coupes budgétaires demandées cette année, les engagements  du gouvernement précédent, l’engagement de campagne d’un budget à 2% du PIB, il devient difficile de s’y retrouver. Pendant ce temps-là, nos forces sur le terrain manquent parfois cruellement d’équipements récents correctement entretenus et d’entraînement. Dans cette perspective, il est effectivement insupportable de constater que ce sont trop souvent les intérêts industriels qui prédominent au détriment des besoins prioritaires des armées. La liberté d’information du Parlement, qui a pour mission constitutionnelle de voter le budget, est à cet égard une garantie indispensable du bon emploi des crédits.

 

       Cette constatation et la crise d’autorité que nous venons de connaître auront le mérite de soulever la question fondamentale de l’emploi des crédits de la défense. Les chiffres ne sont rien s’ils ne recouvrent pas des objectifs  stratégiques définis. Le chiffre symbole de 2% du PIB ne signifie rien s’il n’est pas au service d’une politique de défense élaborée et déclinée jusqu’au niveau des équipements et non pas pour satisfaire les besoins de tel ou tel constructeur.

 

      Une « revue stratégique » devrait définir ces objectifs et une politique de défense cohérente. Mais que penser d’une telle revue alors qu’en est exclue, par exemple, la prétendue « clé de voute « de notre politique de défense, c’est-à-dire l’arme nucléaire ? Que penser d’une réflexion qui pose comme principe indiscutable le renouvellement sans délai de ces armes, contrairement aux engagements de la France à l’égard du TNP (traité de Non-Prolifération Nucléaire), qu’elle a pourtant ratifié ? Comment gérer les conséquences budgétaires de cette priorité donnée à l’arme nucléaire et en particulier les quelque trois milliards d’euros supplémentaires que nécessiterait sa modernisation accélérée ?

 

       Dans l’état actuel du monde, de nos ambitions de notre position, de nos moyens, une telle revue ne peut être que globale et donc concerner aussi l’arme nucléaire. Tout doit être remis à plat dans une concertation qui ne se limite pas à un cercle coopté d’experts autoproclamés.

 

     C’est une ardente obligation si l’on souhaite une politique qui soit « en marche », c’est-à-dire qui n’hésite pas à assumer les remises en cause et les ruptures que réclame notre époque.

 

 

 * Paul Quilès, ancien ministre de la défense,  ancien président de la Commission de la défense de l’Assemblée nationale, Président d'IDN

* Bernard Norlain, général d’armée aérienne (2S), ancien directeur de l’IHEDN, vice- Président d'IDN

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3 juillet 2017 1 03 /07 /juillet /2017 15:51
Réduire le nombre des députés (rappel)

     Je viens d'entendre Emmanuel Macron annoncer à Versailles la réduction du nombre des parlementaires. 


     Je n'ai cessé depuis 17 ans de répéter que cette mesure, qui ne suffit naturellement pas, améliorerait le fonctionnement de la démocratie.


    On trouvera dans le texte ci-après qui date de janvier 2013, le rappel des mesures proposées dans le livre que j'ai écrit en 2000 avec Ivan Levaï, "Les 577- Des députés, pour quoi faire?"

 

     Comme le dit le proverbe, "mieux vaut tard que jamais"!

 

__________________________

 

      Le constat du déséquilibre de nos institutions et du rôle très insuffisant du Parlement m’avait amené, en 2000, à écrire un livre "Les 577- Des députés, pour quoi faire ? "(avec Ivan Levaï).

     J’y développais mon analyse et je faisais 20 suggestions, pragmatiques et volontaristes,  « pour décorseter la République, avec l’ambition de réconcilier les pouvoirs et de redonner confiance en l’action politique »

 

    Treize ans plus tard, malgré quelques timides avancées, il reste encore beaucoup à faire pour atteindre cet objectif ambitieux. L’exemple du cumul des mandats est à cet égard emblématique.

 

      Je me félicite de ce que j’entends à ce sujet, puisqu’il est (toujours) question de s’attaquer à cette « exception française » et que certains poussent l’audace jusqu’à avancer l’idée de réduire le nombre des députés. En entendant cela, j’ai cru rêver, me souvenant des sarcasmes qui avaient accompagné la sortie de mon livre, où figurait justement cette proposition !

 

      Il m’a donc semblé utile de redonner les quelques pages de ce livre qui concernaient le cumul des mandats et la réduction à 300 du nombre des députés. Bonne lecture !

                                      
                                                      *********************
 


Ivan Levaï : Les dysfonctionnements de notre République ne proviennent pas seulement des rap­ports difficiles entre gouvernement et Parlement! Peut-être faut-il aussi améliorer le fonctionnement des deux assemblées.   

 

Paul Quilès : Si l'on veut une démocratie plus vivante et des institutions mieux respectées, il est indispensable en effet d'apporter des modifications fortes à son fonctionnement. Je pense qu'il faut d'abord des députés qui se consacrent pleinement à leur tâche, ce qui implique :  

la réduction du nombre des députés    

l'interdiction du cumul de la fonction parlementaire avec tout mandat local    

 

Ivan Levai: Réduire le nombre des députés! Vous allez inquiéter beaucoup de monde : les dépu­tés actuels, ceux qui ont envie de le devenir et peut­-être aussi les électeurs qui aiment la proximité de    « leur» député. Celui pour lequel ils ont voté ... et qui habite à côté de chez eux!  

 

Paul Quilès: Entendons-nous bien. Ce que je souhaite, c'est un Parlement plus efficace et une meilleure prise en compte des aspirations des citoyens. Est-il nécessaire pour cela d'avoir 577 députés? Rien n'est plus ravageur que l'image d'un hémicycle déserté au moment du vote d'une loi importante. Et pourtant, je l'ai expliqué, ce n'est pas la faute des députés, mais bien d'un système qui fonctionne mal... ou plutôt qui ne peut pas fonction­ner correctement.

 

Revenons un peu en arrière dans notre histoire politique. Un nombre élevé de députés est souvent apparu comme un gage de démocratie et de respect des pouvoirs du Parlement. C'est ainsi que l'Assem­blée constituante de 1848 était composée de 900 membres, l'Assemblée nationale qui l'a suivie a compté 750 représentants. Sous la IIIème République, le nombre des députés est progressivement passé de 534 à 618. Il a varié entre 619 et 596 sous la Ive République. En revanche, sous le Second Empire, l'effectif des députés du Corps législatif n'a pas dépassé 292. Je ne crois pas pour autant qu'il faille considérer comme une vérité intangible ce qui a pu passer pour une évidence jusqu'au milieu du xxe siècle.

Je doute beaucoup pour ma part que l'Assemblée élue au suffrage universel direct représente mieux les citoyens lorsqu'elle est nombreuse. N'oubliez pas que l'augmentation du nombre des députés en 1848 puis en 1871, après la chute du Second Empire, est intervenue à une époque où les citoyens étaient peu représentés au niveau local et où leurs représentants avaient peu de pouvoirs. L'élection des maires n'a été définitivement acquise qu'après l'installation de la IIIème  République. Et il a fallu attendre les grandes lois de décentralisation des années 1980 pour libérer les élus locaux d'une tutelle administrative souvent pesante et tatillonne.

Aujourd'hui, la décentralisation est entrée dans les mœurs et le nombre des élus locaux dépasse les 510 000! Il ne paraît donc plus indispensable, comme par le passé, que les citoyens soient repré­sentés au plan national par un député géographi­quement proche d'eux et donc élu dans une circonscription de dimension limitée.

D'ailleurs, une Assemblée nombreuse est-elle plus forte? Permettez-moi d'en douter. Le nombre élevé des députés ne favorise pas leur assiduité. Il permet au contraire de répartir les travaux parlementaires, surtout en séance publique, entre un plus grand nombre de participants. Ce qui encourage une spé­cialisation excessive et facilite l'exercice d'un autre mandat électif. Quant à la présence d'un nombre élevé de députés dans l'hémicycle, pendant les séances télévisées en direct de questions au gouver­nement, nous avons vu qu'elle n'a pas que des avan­tages. Les interventions y prennent facilement un tour polémique, voire théâtral, et les oppositions politiques s'y réduisent souvent à des affrontements schématiques. Les mouvements de séance y accen­tuent de manière artificielle la véhémence des pro­pos.  

 

Ivan Levaï: À votre avis, jusqu'à combien d'hommes et de femmes faudrait-il réduire les effec­tifs de l'Assemblée?    

 

Paul Quilès : Une fois n'est pas coutume, je pren­drai l'exemple des États-Unis, qui mérite d'être regardé de près. Le Sénat américain, dont l'autorité est incomparable, ne compte que cent membres (deux par État). L'effectif de la Chambre des repré­sentants est, lui, fixé à 435. Personne ne peut contes­ter qu'il s'agit d'assemblées très puissantes, dont les travaux constituent aux États-Unis une référence obligée pour tout débat politique. Les pouvoirs que leur accorde la Constitution américaine sont évidem­ment la première source de leur prestige. Mais il est certain que la qualité de leurs travaux est rehaussée par le nombre limité de leurs membres.

 

En France, on pourrait envisager une Assemblée dont l'effectif serait réduit de la moitié environ. Ces 300 députés, qui ne représenteraient pas un nombre excessif d'électeurs (130 000 en moyenne[1], contre 68 000 actuellement), devraient nécessairement pri­vilégier leur mission de législateurs. Les contraintes de présence qui leur seraient imposées, du simple fait de leur nombre, les empêcheraient de se consa­crer à d'autres responsabilités électives, voire à d'autres activités professionnelles trop accaparantes. Je suis convaincu que la réduction de leur nombre entraînerait un accroissement corrélatif de leur auto­rité, d'autant plus qu'il serait possible de doubler leurs moyens individuels d'étude et d'expertise, et donc leur capacité d'argumentation et de conviction face au gouvernement et à son administration. Les débats en séance publique gagneraient nettement en sérénité, et ressembleraient davantage aux actuelles discussions en commission. L'expression des points de vue politiques deviendrait naturellement plus nuancée et plus argumentée.  

 

Ivan Levaï: Ce système ne peut fonctionner effI­cacement que si le cumul des mandats, justement cri­tiqué et contesté, disparaît véritablement. On sait que les électeurs sont assez favorables à ce que les maires et les présidents de conseil général ou régional exercent exclusivement leur mandat d'élu local et les députés leur mandat national. Pourquoi attendre?      

 

Paul Quilès : Le cumul des mandats est une origi­nalité française, qui s'est plutôt accentuée sous la VèmeRépublique. Savez-vous qu'en 1936, la propor­tion de députés exerçant également un mandat local était de l'ordre de 33 %? Elle était de 40 % environ sous la VèmeRépublique. Elle est aujourd'hui de plus de 90 %! On voit bien la raison d'une telle vogue: dans un pays où, malgré la décentralisation, le rôle de l'État reste souvent essentiel, cette situation faci­lite le dialogue et la négociation entre l'échelon local et les autorités nationales. Il est évident qu'un élu local qui est député peut plus facilement sensibiliser un ministère à un projet qu'il juge nécessaire pour sa commune, son département ou sa région.

 

On connaît les critiques émises à l'égard du cumul de mandats.

 

. La première concerne la disponibilité des élus. On estime généralement que le cumul les empêche de se consacrer correctement à leur tâche. De fait, la fonction d'élu local est souvent plus grati­fiante que celle de député. Grâce en particulier à la décentralisation, un maire, un président de conseil général ou de conseil régional dispose d'une liberté d'action incomparablement plus grande que celle d'un député, qui se heurte aux limitations imposées par les institutions à son rôle et à ses prérogatives. C'est ce qui incite souvent les députés exerçant des responsabilités locales importantes à déserter l'hémicycle.

 

. La seconde critique est d'ordre déontologique. Le député élu local se trouve inévitablement au centre d'un conflit d'intérêts. Représentant de la Nation tout entière, il doit aussi tenir compte des intérêts particuliers de sa collectivité locale. Il est évident qu'il lui serait plus facile de maintenir l'équilibre entre les enjeux locaux et l'intérêt général s'il n'exerçait qu'un mandat national.

 

. Ajoutez à cela le débat sur le cumul des indemnités, considéré parfois comme la finalité du cumul des mandats et la cause est entendue!

 

. La dernière critique concerne le renouvellement insuffisant des élus: en annulant plusieurs mandats, un député élu local s'implanterait de manière pro­fonde et durable dans une même zone géographique. Cette implantation se ferait au détriment de ses concurrents aux élections suivantes, qui se lance­raient dans la compétition avec des chances plus faibles de l'emporter.   

 

Ivan Levaï: J'imagine que vous êtes d'accord avec ces critiques.        

 

Paul Quilès : Pour les trois premières, tout à fait. Il est évident qu'un député sans autre mandat élec­tif serait libéré d'obligations lourdes qui le gênent dans l'exercice de sa fonction. Il deviendrait pleinement disponible pour son travail d'élaboration de la loi et de contrôle de l'action du gouvernement.

 

 Il est vrai également qu'il serait incité à privilégier d'emblée des considérations politiques d'ordre natio­nal, dans l'examen des questions qui lui seraient sou­mises, quitte à les nuancer après en avoir discuté sur le terrain avec ses électeurs.

 

Au plan matériel, il serait aussi plus sain que chaque fonction élective soit convenablement rému­nérée afin d'éviter que le cumul des indemnités soit recherché pour compenser la rémunération insuffi­sante de beaucoup d'élus locaux.

 

Mais en ce qui concerne la dernière critique, je serai plus réservé. Au moment de son entrée en vigueur, l'interdiction de cumul libère, par définition, des mandats. Il n'est pas certain que ces mandats seront, par la suite, plus facilement remis en cause. À mon avis, l'enracinement des partis politiques et leur vitalité comptent plus en ce domaine que les contraintes ou restrictions d'ordre institutionnel.     

 

Ivan Levaï: Soit. Les Français souhaitent la fin du cumul des mandats et pourtant, on s'en tient depuis quelques années à des demi-mesures un peu hypocrites, pourquoi ne pas le dire?    

 

Paul Quilès: Reconnaissez que les positions conservatrices de la majorité sénatoriale n'ont pas arrangé les choses! Néanmoins, des mesures de limi­tation du cumul des mandats ont bel et bien été prises, d'abord en 1985 puis, plus récemment, en 2000. Aujourd'hui, le mandat de député est incompatible avec celui de représentant au Parle­ment européen. Un député élu maire, président de conseil général ou de conseil régional ne peut plus exercer d'autre mandat électif. Il en va de même du député élu conseiller régional, conseiller général ou conseiller municipal d'une commune de plus de 3 500 habitants. Un régime plus souple est prévu pour les fonctions de conseiller municipal des com­munes de moins de 3 500 habitants.

 

Mais, je l'admets, cette situation n'est pas satis­faisante. Elle risque même de banaliser le double mandat, qui tend déjà à se généraliser depuis 1985. Plus grave - et ce sont certainement les demi-­mesures hypocrites que vous évoquez -, l'interdic­tion de cumuler ne concerne pas les adjoints aux maires des villes de moins de 100 000 habitants et les présidents de communautés urbaines. On ne peut quand même pas les considérer comme de simples conseillers municipaux!

 

Enfin, à propos du cumul des indemnités, un pro­grès important à été fait avec l'instauration de leur plafonnement: lorsqu'un élu local est député ou sénateur, le total des indemnités qu'il perçoit ne peut pas dépasser une fois et demie le montant de son indemnité parlementaire.   

 

Ivan Levaï: Il n'empêche que certains parle­mentaires continuent d'exercer une activité profes­sionnelle. Curieusement on n'en parle pas beaucoup.    

 

Paul Quilès: Je pense que c'est un oubli regret­table. En concentrant l'attention sur le cumul des indemnités liées aux mandats électifs, on passe sous silence les situations - à mes yeux contestables- d'exercice parallèle d'une fonction parlementaire et d'une activité professionnelle.

 

Il existe bien des restrictions, mais elles sont timides. Elles concernent les fonctions de direction dans des entreprises nationales, dans des établisse­ments publics nationaux ou dans des entreprises bénéficiant d'avantages accordés par l'État ou les collectivités publiques, travaillant principalement pour le compte ou sous le contrôle de l'État, faisant appel public à l'épargne ou exerçant une activité immobilière.    

 

Ivan Levaï: Ces restrictions ont été interprétées de manière très bienveillante par le Conseil constitu­tionnel, puisque le député Marcel Dassault avait été considéré comme n'exerçant pas de participation «active, régulière avec prise de décision dans la conduite générale de son entreprise»! Ce qui est tout de même un comble.   

 

Paul Quilès: Il serait effectivement plus conforme à la déontologie de rendre incompatible le mandat parlementaire avec une activité professionnelle rémunérée. On pourrait à la rigueur prévoir des dérogations pour certaines professions, par exemple médicales, qu'il faut continuer à exercer à temps partiel, si on veut les reprendre un jour dans des conditions normales.

 

En définitive, je considère que la fin souhaitable de l'exception française du cumul des mandats passe par son interdiction générale, au-delà des limitations partielles proposées jusqu'ici. Les députés ne pourraient alors n'être que députés, sans avoir le droit d'exercer un mandat local, même au sein d'une structure intercommunale. Ils ne pourraient pas non plus exercer d'activité professionnelle rémunérée.

 

Naturellement, de telles mesures ne prendraient tout leur sens que si le rôle et la fonction du Parlement étaient renforcés comme nous le suggérons.


[1] Soit trois fois moins pour un membre de la Chambre des représentants des États-Unis.   

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14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 09:21

     Dans cette courte interview que j’ai donnée hier sur FR 3 Tarn, j'essaie de répondre à la question: “quel est l’avenir du PS” ?  


     Malgré le désastre électoral, il faut garder espoir et se souvenir de la phrase de Jaurès devant les lycéens d’Albi: “L’Histoire enseigne aux hommes la difficulté des grandes tâches et la lenteur des accomplissements, mais elle justifie l’invincible espoir”. C’est ce que j’explique modestement dans cette interview.


     Et, à celles et ceux qui pensent que le retour sur une période difficile qu’a connue le socialisme dans le passé peut être aussi une source de réflexion pour aider à la reconstruction, je suggère d'écouter cette conférence que j'ai donnée à Albi le 14 février dernier.

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12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 09:47

     Non, je ne suis pas l'auteur de cet article. Non, il n'est pas extrait du flot de commentaires qui s'abattent sur nous depuis hier soir.

 

     Il date en effet du lendemain des élections législatives de juin 2012. Dans sa chronique, Gérard Courtois analysait la victoire éclatante du PS (302 sièges), en la relativisant compte tenu des "records d'abstention" et mettait en garde contre ce qu'il appelait "les illusions d'optique du scrutin majoritaire".

 

     Bien qu'il reste encore un second tour dimanche prochain, la lecture de ce texte est instructive, particulièrement les 2 derniers paragraphes, où le journaliste donnait des conseils très pertinents au Président et à sa majorité.

Les illusions d'optique
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6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 21:59
Paul Quilès, en avril 2004 à l'Assemblée nationale. (Sipa Press)

Paul Quilès, en avril 2004 à l'Assemblée nationale. (Sipa Press)

Interview de Paul Quilès au JDD

 

Quel regard portez-vous sur le Parti socialiste, à la veille d'élections législatives qui s'annoncent compliquées pour Solferino?


Le Parti socialiste est dans une situation difficile pour de nombreuses raisons. Des raisons historiques, politiques et d'autres liées au choix des hommes. Ceci étant, je n'ai pas l'intention d'en rajouter sur la crise actuelle. Il y a, dans l'air du temps, une attaque contre les partis politiques, le "vieux monde" et la "vielle politique". On va voir assez vite, dans les semaines et mois qui viennent, que les règles de la vie politique française et de notre mode de fonctionnement démocratique vont s'imposer. En disant cela, je ne veux pas non plus considérer que le Parti socialiste n'a pas commis d'erreurs et de fautes pendant la dernière période.

 

Lesquelles?


Je n'ai pas l'intention de les dire aujourd'hui pour ne pas accentuer le malaise. Par contre, je fais partie de ceux qui pensent que le Parti socialiste, une fois qu'il aura fait un examen de conscience approfondi, a évidemment un avenir. Mais cela peut prendre des années. J'ai vécu la renaissance du Parti socialiste dans les années 1970. Il partait de très bas aussi. On pourrait faire une comparaison avec 1969 et l'élection présidentielle avec l'échec de Gaston Defferre [le candidat de la SFIO n'avait alors recueilli que 5,01% des suffrages, NDLR]. Il a fallu de nombreuses années pour que le PS renaisse : il fallait un projet, une orientation, des alliances, un parti et des personnalités politiques ayant une certaine capacité de rassemblement et un certain charisme.

 

Quand vous évoquez les "règles de la vie politique française", vous pensez au clivage droite-gauche?


Evidemment. Ecoutez les journalistes, les hommes politiques, les sondeurs, très régulièrement, nous disons : "celui-ci est de droite" ; "lui est de gauche". C'est un clivage qui est dans le fonctionnement démocratique de la France. Ensuite, qu'il y ait besoin de redéfinir les valeurs qui sont de droite et celles de gauche, c'est une évidence. Mais le gloubi-boulga qui consiste à dire que la droite et la gauche n'existent plus, que les partis politiques sont condamnés… Cela ne tient pas longtemps. La meilleure preuve : le groupe majoritaire s'il est celui du président de la République à l'Assemblée nationale va être obligé de former un groupe et de constituer un parti, qu'il le veuille ou non. Ces règles n'ont pas disparu du jour au lendemain à l'issue d'une période calamiteuse qui est celle d'élections à "huit tours" : primaire de droite, de gauche, élection présidentielle et législatives. Nos institutions fonctionnent-elles bien? Je ne le pense pas.

 

Pourquoi?


Cela fait quinze ans que je répète ce qu'il faut changer dans nos institutions. Aujourd'hui, nous avons le résultat de cette dégradation. A mon avis, deux graves désorganisations sont intervenues dans la dernière période : 2001, avec le passage du septennat au quinquennat et l'inversion du calendrier électoral, à savoir l'automaticité des élections législatives après la présidentielle.  (....)

 

LIRE la suite de l'interview sur le site du JDD

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17 mai 2017 3 17 /05 /mai /2017 16:30
Pourquoi ministre des armées?

      Ainsi, le premier gouvernement d'Emmanuel Macron ne comprend plus de ministre de la défense, mais un(e) ministre des armées.

 

      S’agit-il d’un hasard ou d’une volonté délibérée ? J’aimerais le savoir, parce que je ne pense pas que cette reprise de l’appellation ancienne de ministre des armées, qui date de 1958, au début de la Vème République, soit anodine. 

 

      Depuis 1974, le ministre de la défense est responsable de la préparation et de la mise en œuvre de la politique de Défense. Il est en particulier chargé de l’infrastructure militaire, de  l’organisation, de la gestion, de la mise en condition d’emploi et de la mobilisation des Forces armées. Il a autorité sur les armées et leurs services. Il veille à ce que les armées disposent des moyens nécessaires à leur entretien, leur équipement et leur entraînement. Il est responsable de leur sécurité. 

 

      Je ne pense pas que ces attributions vont changer. En revanche, le signal qui risque d’être donné par le changement d’appellation est celui d’un affaiblissement de la capacité de ce ministère à intervenir dans la définition de la politique de défense et de sécurité de notre pays.

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16 mai 2017 2 16 /05 /mai /2017 20:53
En marche ou en bateau ?

     " En bateau pour 2016" : c’était le titre de mes vœux pour 2016.

 

     En les relisant à la lumière de ce qui se passe en ce moment, je ne peux m’empêcher de prolonger ma comparaison. Embarqué sur ce bateau, je souhaitais que de bons conseils soient prodigués au capitaine du navire," balloté par la tempête, qui tangue et qui prend même l’eau et dont l’équipage peine à garder son cap dans le brouillard". Je suggérais aussi de se tenir "éloigné des canots de secours et de l’atmosphère angoissée que génèrent ceux qui s’apprêtent à les utiliser".           

 

    Aujourd’hui le brouillard ne s’est pas encore levé, il  reste encore quelques canots à bord, le nouveau capitaine et son équipage s’efforcent de définir un cap et tous ceux qui sont embarqués sur le bateau s’efforcent de déchiffrer ce qu’ils entendent.

 

   Revenons sur terre et écoutons : décomposition, recomposition, éclatement, dégagisme, nouveau et ancien monde, nouvelle et ancienne politique, fin des combinaisons, mort des partis….Ces expressions, répétées à satiété par les médias et les réseaux sociaux, entretiennent une confusion, dont on voit bien à quelle fin elle est utilisée par les vainqueurs de l’élection présidentielle et leurs allié(e)s.

 

     Comment vont se comporter les Français qui auront à élire dans un mois une Assemblée nationale, dont la majorité définira la politique du gouvernement ? Il leur faudra certainement une grande capacité de discernement au moment de voter.

 

     Pour l’instant, alors  que la campagne des élections législatives n’a pas commencé, on distingue plusieurs types de comportement :

   

   - il y a ceux qui sont de droite (mais oui, la droite, ça existe…...c’est le nouveau Premier ministre qui le dit !) et qui acceptent l’idée d’une majorité composée de députés de droite et de gauche ;

 

   - il y a ceux qui sont de gauche (mais oui, la gauche, ça existe aussi!) et qui accepteraient aussi ce type de majorité ;

 

   - il y a ceux qui sont de droite ou de gauche et qui souhaiteraient une majorité clairement positionnée ;

 

   - il y a ceux qui veulent tout changer, probables adeptes de la formule de Tancrédi dans  Le Guépard , "il faut que tout change pour que rien ne change" ;

 

   - il y a ceux qui pensent que les partis politiques vont disparaître, sans dire par quoi les remplacer et oubliant l’article 4 de notre Constitution, qui en définit la place dans notre démocratie ;

 

   - il y a enfin ceux qui proclament que les concepts de droite et de gauche sont dépassés (ce que j’entends depuis que j’ai commencé à m’intéresser à la politique !), sans s’interroger sur l’existence de caractéristiques qui différencient toujours clairement la gauche de la droite.

 

     Et c’est bien là que se situe le principal problème pour la gauche. Ces marqueurs qui concernent autant l’affirmation des valeurs (social, économie, questions de société, politique internationale), que les objectifs et les moyens à mettre en œuvre ont été parfois négligés au cours du dernier quinquennat. La confusion qui en a résulté et à laquelle le nouveau Président a pris sa part pendant plusieurs années, est probablement la cause de la confusion actuelle.

 

    Il reste à espérer, en reprenant ma comparaison initiale, que les incertitudes sur le cap suivi par le capitaine du navire et son équipage soient rapidement levées, afin qu’après nous avoir invités à nous mettre en marche, on ne nous mène pas….en bateau

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14 mai 2017 7 14 /05 /mai /2017 06:30

 

 

Monsieur le Président de la République

 

Lors de votre arrivée à l’Elysée, vous participerez ce matin à un entretien privé avec votre prédécesseur, pour le rituel de la "passation des codes nucléaires". C’est un moment grave, puisqu’il sacralise le nouveau Président de la République en le faisant le détenteur suprême et unique du pouvoir de déclenchement de l’apocalypse nucléaire. Vos lointains prédécesseurs ont évoqué à ce sujet la « responsabilité énorme qui pèse sur un seul homme » et sa « solitude effroyable ».


Lors de cet entretien, vous serez assisté du Chef d’Etat- Major Particulier (CEMP) et, plus tard, vous recevrez les conseils et les avis de nombreux experts, civils et militaires. Ils vous recommanderont très probablement de poursuivre la politique menée jusqu’ici.

 

Pour vous qui voulez rompre avec « l’ancien monde » et qui souhaitez incarner un visage nouveau de la France, ce peut être l’occasion d’abandonner les concepts éculés d’un monde ancien -celui de la guerre froide-  qui continuent à alimenter la doctrine officielle.

          

L’enjeu est de taille, puisque, selon l’ancien Secrétaire à la Défense américain William Perry, jamais l’éventualité d’une conflagration nucléaire n’a été aussi élevée qu’actuellement. Tout concourt à abaisser le seuil d’emploi des armes nucléaires, sans parler de la menace invisible de cyber attaques et du danger d’explosion nucléaire terroriste ou accidentelle.

 

Il n’est pas raisonnable de continuer à s’arc-bouter sur le maintien d’une arme que nombre d’experts militaires et stratégiques s’accordent à reconnaître comme obsolète et inadaptée, rappelant furieusement la triste "ligne Maginot". En outre, on sait aujourd’hui avec certitude qu’un emploi même limité d’armes nucléaires dans le monde aurait des conséquences catastrophiques pour l’humanité toute entière. Comment concilier cette perspective avec l’attachement de la France au respect du droit humanitaire et à la préservation des civils dans les conflits ? Comment croire encore que la sécurité de notre pays repose sur la capacité d’anéantissement de millions de civils innocents ?

 

Une opportunité historique s’offre à notre pays aujourd’hui de montrer la voie vers un désarmement négocié, vérifiable et universel, en se joignant aux 132 Etats qui négocient actuellement à l’ONU un traité d’interdiction des armes nucléaires.

 

Grâce à vous, ce serait un nouveau point de départ, qui non seulement renforcerait les obligations du Traité de Non- Prolifération (TNP) mais pourrait également entraîner les pays nucléaires encore absents de cette négociation. La France aurait ainsi saisi l’occasion de prendre la tête du mouvement vers l’objectif d’un monde libéré des armes nucléaires.

 

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de mes sentiments respectueux.

 

Paul Quilès, ancien Ministre de la défense

 

 

PS : Je soumets à votre réflexion ces 2 phrases de Ronald Reagan, Président des États-Unis, dans une interview à Time en 1985. 

« Vous apprenez que des missiles soviétiques ont été lancés, vous savez que, désormais, plus rien ne peut les arrêter et qu'ils vont détruire une partie de votre pays, beaucoup plus grande que ce que vous pouvez imaginer. Et vous êtes assis là, sachant que tout ce que vous pouvez faire est d'appuyer sur le bouton pour que des Soviétiques meurent aussi, alors que nous serons déjà tous morts ».

Lettre à Emmanuel Macron, Président de la République
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13 mai 2017 6 13 /05 /mai /2017 11:44
Nostalgie?

      Est-ce de la nostalgie de rappeler quelques moments de bonheur du "vieux monde" ? Je ne le crois pas, si j’en juge par la façon dont le nouveau Président s’en est inspiré pour célébrer sa victoire le 7 mai 2017.

 

      Je comprends la joie de ceux qui étaient présents au Louvre ce soir là. Et pourtant, un détail surprend ceux qui, comme moi, ont préparé la grande fête populaire qui a suivi l'élection de François Mitterrand le 10 mai 1981. Il a été relevé dans un article du magazine du Mondequi rappelle que la cérémonie du Panthéon (regarder à partir de 3’40) s’est déroulée le jour de son investiture, le 21 mai 1981 et non le jour de son élection, le 10 mai.

 

     Pour revivre quelques instants de la liesse populaire du soir de la victoire historique du 10 mai 1981, voici quelques images….très bruyantes !

 

    Voir aussi "On a repris la Bastille"

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     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez