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21 mai 2014 3 21 /05 /mai /2014 10:40

         Il  était indispensable que les candidat(e)s socialistes à l'élection européenne du 25 mai prennent un engagement clair et ferme sur un projet controversé : celui du Traité transatlantique (TAFTA).

 

         Voilà qui est fait avec le texte qui suit. Je m’en félicite et je ne doute pas que les signataires* et notamment mon ami Emmanuel Maurel, sauront faire respecter ces engagements.

 

************

 

     « Depuis juillet 2013, des négociations se sont ouvertes entre l'Union européenne et les Etats-Unis sur un partenariat transatlantique de commerce et d'investissement, plus connu sous les sigles TAFTA ou TTIP.

 

     Cette perspective soulève de nombreuses et légitimes interrogations chez les Français. Pour leur permettre de faire un choix éclairé le 25 mai prochain, chaque formation politique doit faire connaître sa position. La nôtre repose sur une analyse exigeante qui ne saurait se contenter d'une posture facile et électoraliste, consistant à se réfugier dans le rejet pur et simple d'un accord commercial… qui n'est en rien finalisé.

 

     Notre vision de la mondialisation, c'est le juste échange. Celui où la protection sociale, nos préférences collectives dans la santé ou l'environnement sont défendus et non bradés au profit du «tout marché» et du libre-échange.

 

     Notre position sur cet accord est claire et ferme : avec pragmatisme nous devons évaluer les potentialités d'un accord géostratégique mais, avec vigilance nous devons également mesurer les risques qu'il pourrait faire courir à l'Europe et ses citoyens. Parce que nous sommes des Européens convaincus, nous savons que c'est à l'échelle de l'Union que nous devons dialoguer avec les Etats-Unis alors que l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) est en panne.

 

     Nous n'en sommes qu'au tout début des discussions. Notre exigence est que toute la transparence soit faite sur les négociations. Notre candidat à la présidence de la Commission européenne, Martin Schulz, est le seul à avoir pris l'engagement, s'il est élu, de demander la publication complète du contenu des échanges entre les deux parties et de former un groupe de travail rassemblant société civile, experts et syndicats.

 

     Cette longue période qui s'ouvre nous permettra d'organiser un débat de fond, démocratique, public et transparent avec les acteurs de la société civile et les partenaires sociaux.

 

     A l'heure de la compétition entre Etats-continents, nous devons examiner lucidement les perspectives de débouchés porteurs d'activité et d'emplois pour nos économies. A l'heure des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), nous devons jouer notre carte dans la définition des normes et standards mondiaux de biens et services. L'Europe a vocation à peser de tout son poids pour réguler la mondialisation et faire valoir ses intérêts.

 

     N'est-il pas temps de nous battre pour que les Etats-Unis appliquent enfin les normes de l'Organisation Internationale du Travail ? N'est-il pas temps d'imposer aux Etats-Unis une réelle réciprocité ? Les marchés publics européens sont ouverts à 85% aux entreprises étrangères, ceux des Etats-Unis ne le sont qu'à 35%. Le juste échange que nous défendons vise à assurer un rééquilibrage des échanges pour que l'Union européenne ne soit pas «l'idiot utile» de la mondialisation.

 

     A l'initiative des socialistes français, les services audiovisuels, la Culture ainsi que la Défense ont déjà été exclus du champ de la négociation. Nous demandons le respect d'un haut niveau de protection de l'environnement et des normes sociales en vigueur dans l'Union européenne. Nous exigeons de la Commission européenne qu'elle respecte scrupuleusement le mandat qui lui a été confié. Il ne pourra être question de bœufs aux hormones, de poulets javellisés, ou de remise en cause du principe de précaution sur les OGM ou le gaz de schiste. Pour les socialistes français et européens, l'accord conclu au terme de ces négociations devra respecter nos choix de société, nos modes de vie et notre modèle social.

 

     Nous serons intransigeants sur nos normes sociales, environnementales et sanitaires européennes, comme nous l'avons été, pour les droits et libertés des Européens en rejetant l'accord commercial anti-contrefaçon (ACTA). Cet accord devra être avantageux pour les deux parties et pour l'ensemble des citoyens européens, ou il ne verra jamais le jour !

 

    C'est pourquoi nous avons formulé les exigences suivantes qui conditionneront notre vote :

    - la non-introduction d'un mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et Etats qui permettrait à une entreprise étrangère de contourner les juridictions nationales pour attaquer un pays devant une Cour internationale d'arbitrage si elle estime qu'une loi a lésé ses intérêts. Les multinationales ne doivent pas obtenir plus de garanties que les politiques publiques !

    - la non remise en cause de nos choix de société en matière d'éthique, de droit du travail, de santé et de sécurité alimentaire qui constituent nos « préférences collectives » et fondent le modèle social européen ;

    -  la protection des données personnelles ;

    - la préservation des indications géographiques comme les appellations d'origine contrôlée (AOC) ;

    -  la protection de la propriété industrielle et intellectuelle ;

    -  la préservation de la qualité des services publics.

 

     Nous défendrons cette position en exerçant notre devoir de vigilance et notre pouvoir d'influence tout au long des négociations.

 

    Nous continuerons à faire entendre notre voix grâce à un triple verrou démocratique : les chefs d'Etat et de gouvernement, les parlements nationaux des 28 Etats-membres et le Parlement européen devront chacun se prononcer pour ou contre ce Traité à la fin du processus.

 

     Candidats à l'élection européenne du 25 mai prochain, nous prenons un engagement clair et ferme : si l'une de nos exigences n'était pas respectée, nous, socialistes français, prendrons nos responsabilités et rejetterons cet accord. »

 

* Signataires : Pervenche Berès, Guillaume Balas, Vincent Peillon, Sylvie Guillaume, Edouard Martin, Catherine Trautmann, Isabelle Thomas, Emmanuel Maurel, Jean-Paul Denanot, Karine Gloanec-Maurin, Virginie Rozière, Eric Andrieu, Gilles Pargneaux, Claude Roiron, Philippe Le Constant, Marie-Claude Tjibaou.

Avant les élections européennes : à propos du Traité transatlantique
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Published by Paul Quilès - dans Politique française
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5 mai 2014 1 05 /05 /mai /2014 08:16

Cette "lettre ouverte d'Henri Pena Ruiz à Manuel Valls"

 

me semble un texte utile pour alimenter notre réflexion sur la laïcité.

 

******

 

      Monsieur le Premier Ministre,

 

      Nous savons tous les deux ce que peut être la stigmatisation par un régime dictatorial de ceux qui ne partagent pas la croyance imposée ou privilégiée par le pouvoir. Dans l’Espagne de Franco, que nos deux familles ont fuie, le national-catholicisme régnait. La coalition des trois fascismes (Hitler, Mussolini, Franco) avait brisé la République Espagnole, livrant le peuple à des décennies de violence sourde ou avouée, après avoir écrasé les républicains sous des bombes qui bientôt ensanglanteraient le monde entier. Lors de la retirada, pendant l’hiver de 1939 l’armée républicaine a franchi la frontière de nos deux pays. Antonio Machado mourut aussitôt. Il repose à Collioure, sa stèle recouverte du drapeau républicain, violet, jaune, rouge. Parqués à Gurs comme à Argelès, les soldats qui pourtant venaient de livrer le premier combat antifasciste furent très mal accueillis. Cela n’empêcha pas nombre de combattants républicains espagnols de reprendre les armes, en France, contre les occupants. Celestino Alfonso, comme bien d’autres, mourut sous les balles nazies, et l’on voit son portrait défiguré dans l’Affiche Rouge.

 

      Vint alors le temps des émigrations politiques ou économiques. En France, nos familles, comme celle d’Anne Hidalgo, goûtèrent l’air de la liberté, et de la laïcité. Sans perdre la mémoire de nos origines, nous nous découvrîmes enfants de la République Française, si bien incarnée par Marianne, qui porte le bonnet phrygien de l’esclave affranchi. La patrie, redéfinie par la Révolution française, c’est la communauté de droit qui tisse entre tous une fraternité construite sur la liberté et l’égalité. Merci à la France qui ne nous demanda pas de faire allégeance à un quelconque particularisme religieux pour nous « intégrer », comme on dit. Valls, Hidalgo, Pena-Ruiz…nos patronymes allaient se fondre dans ce beau creuset français qui s’ouvre à l’universel en une terre particulière.

 

      Certes, tout n’était pas idyllique, et l’injustice sociale semblait souvent démentir les idéaux politiques. Nous aimions la République, mais nous la voulions sociale en même temps que laïque. Nous fîmes le choix de nous engager en ce sens. Toute victoire serait alors non celle d’un peuple, mais celle d’une justice sociale sans frontières. Laïcité, justice sociale…Jaurès avait déjà défini les deux fondements d’une République où il fait bon vivre. Et son patriotisme internationaliste, qui lui coûta la vie, avait laissé un sillage de lumière dans les consciences. Laïque, la République confère les mêmes droits aux athées et aux divers croyants. Sociale, elle rend crédible sa superbe devise.

 

      Vous voilà premier ministre de cette République. Pour ma part, j’ai consacré ma vie à l’instruction publique et laïque, vecteur d’émancipation pour ceux qui n’ont que l’Ecole pour devenir tout ce qu’ils peuvent être. Nous nous accordons, n’est-ce pas, sur un tel idéal. D’ailleurs nous étions ensemble pour défendre la crèche Babyloup, qui s'est voulue laïque afin d'accueillir les enfants de 50 nationalités sans faire violence à aucune famille. Alors, sans polémique, j’entends vous dire mon incompréhension devant votre décision de représenter la France, ès qualité, dans l’exercice de vos fonctions, pour la canonisation de deux papes. Il n’y aurait évidemment aucun problème si vous vous rendiez à Rome à titre privé, en ne représentant que vous-même. En république laïque les croyants sont pleinement libres, mais leur foi ne doit engager qu'eux seuls. De même pour l’athéisme. L’égalité des droits est ici en jeu, et la déontologie qu’elle inspire se fonde sur un souci d’universalité. Tout privilège public de la religion est blessant pour les athées. Or en France il y a des athées et des agnostiques en grand nombre, et tout acte officiel de la puissance publique se doit de les représenter à égalité avec les divers croyants. D’où la neutralité, qui n’a rien d’antireligieux, mais qui tient bon sur la distinction privé/ public.

 

      Vous admirez Clémenceau. Je l’admire aussi, comme grand républicain laïque et anticolonialiste. Or en 1918 votre homologue prit une décision laïque exemplaire. La voici. Le 11 novembre 1918, l'archevêque de Paris invite Georges Clémenceau, alors Président du Conseil, au Te Deum prévu à Notre Dame de Paris, en hommage à tous les morts de la guerre qui vient de s'achever. Clémenceau dissuade le Président de la République, Raymond Poincaré, de s’y rendre, et il répond par un communiqué officiel qui fera date : "Suite à la loi sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat, le gouvernement n'assistera pas au Te Deum donné à Notre Dame. Mmes Poincaré (femme du président de la République) et Deschanel (femme du président de la chambre des députés) n'étant pas membres du gouvernement pourront par contre y assister".

 

      Voilà une jurisprudence laïque à laquelle Benito Juarez, futur Président de la République Mexicaine, avait donné ses lettres de noblesse en 1855, lors de son entrée en fonction en tant que gouverneur de l'Etat d'Oaxaca. Tout nouveau gouverneur avait alors coutume d’assister à un Te Deum qui conférait à l’autorité religieuse le privilège d’introniser l’autorité civile. Juarez mit un terme à cette pratique en des termes limpides : « Je pris la décision de ne pas assister au Te Deum, en raison de ma conviction selon laquelle les autorités politiques de la société civile ne doivent assister en tant que telles à aucune cérémonie religieuse, alors qu’en tant qu’individus ils peuvent se rendre aux lieux de culte pour y pratiquer les actes de dévotion que leur dicte leur religion. »

 

      Certes, les circonstances humaines les plus bouleversantes ont besoin de cérémonial. Mais en République, ce besoin symbolique essentiel doit être tel que tous les citoyens et citoyennes puissent s’y reconnaître. Le précédent mexicain montre que la laïcité ne se limite pas à la France.

 

      Un dernier mot. Professeur de philosophie dans l’enseignement public, j’ai toujours trouvé normal de ne jamais laisser paraître mon type de conviction personnelle dans l’exercice de mes fonctions. La République me confiait ses enfants afin que j’en fasse des élèves, et je me devais de promouvoir leur seule autonomie de jugement, sans prosélytisme aucun. Qu’auraient dit les familles si j’en avais usé autrement ? Quand Nicolas Sarkozy a eu l’audace, dans le Discours de Latran, de placer le prêtre au-dessus de l’instituteur, j’ai rédigé un article pour lui rappeler l’ineptie d’une telle hiérarchisation. Car l’instituteur ne vise que la liberté de l’élève, telle que la fonde la culture, et refuse toute inculcation. C’est cela la grandeur de l’école laïque, ce lieu où l’élève apprend ce qu’il ignore pour pouvoir un jour se passer de maître.

 

      Ne pensez-vous pas, Monsieur le Premier Ministre, qu'un si bel idéal requiert une défense et illustration exemplaire de la part des responsables politiques?

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Published by Paul Quilès - dans Politique française
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1 mai 2014 4 01 /05 /mai /2014 09:16

      Le Parlement semble vouloir faire entendre sa voix. Tant mieux, mais je crains que cela ne soit pas suffisant pour redonner des couleurs à nos institutions.

 

       Il y a quelques années, certains responsables politiques disaient souhaiter l’avènement d’une VIème République, dont le fonctionnement serait assez éloigné de la quasi monarchie républicaine mise en place par la Constitution de la Vème République et renforcée en 2000 par l’instauration du quinquennat et l’inversion du calendrier électoral.

 

      Force est de constater que ces mêmes responsables semblent aujourd’hui se satisfaire de ces institutions et qu’ils ne proposent plus de réforme en profondeur. Dommage….

 

      Je leur suggère de lire ou relire « les 577, des députés pour quoi faire ? », livre* que j’ai publié en avril 2001, dans lequel j'avançais des propositions visant à "décorseter la République"à "réconcilier les pouvoirs dans un nouvel équilibre" et à " redonner confiance dans l'action politique". Sujets d’actualité, n'est-ce pas?

 

     Parmi ces propositions, figurait la réduction du nombre des députés, accompagnée de l'interdiction du cumul de la fonction de parlementaire avec tout mandat local: une idée qui avait suscité des sarcasmes lors de la sortie du livre en 2001.

 

      J'apprécie donc à sa juste valeur que M.Fillon reprenne maintenant (France Inter- 28 avril 2014) cette proposition, qui n'avait pas eu ses faveurs à l'époque!  J'espère que l'ancien premier ministre de droite convaincra ses amis.

 

      Je souhaite aussi que la gauche au pouvoir sache traduire courageusement en actes les propos enflammés de ses leaders sur la nécessaire réforme des institutions et le rééquilibrage des pouvoirs.

 

      Alors, pourquoi ne pas demander aux Français de trancher eux-mêmes? Le Président de la République pourrait les consulter par référendum et leur proposer de modifier notre Constitution en ce sens. Ce serait aussi l'occasion de solliciter leur avis sur la réforme territoriale, pour que celle- ci puisse intervenir rapidement et que les élections de 2015 ne se déroulent pas dans des conditions confuses et hasardeuses.

 

     Il faudra enfin réléchir à une mesure susceptible de rendre notre système représentatif plus efficace et plus démocratique, mesure souvent évoquée mais abandonnée depuis le référendum raté du Général De Gaulle en 1969: la fusion du Sénat et du Conseil économique, social et environnemental.

 

*******

     En attendant, je vous propose de lire le passage de mon livre consacré à la réduction à 300 du nombre des députés et à l'interdiction du cumul des mandats. Bonne lecture !

*******

 

  Ivan Levai: Réduire le nombre des députés! Vous allez inquiéter beaucoup de monde : les dépu­tés actuels, ceux qui ont envie de le devenir et peut­-être aussi les électeurs qui aiment la proximité de « leur» député. Celui pour lequel ils ont voté ... et qui habite à côté de chez eux!

 

  Paul Quilès: Entendons-nous bien. Ce que je souhaite, c'est un Parlement plus efficace et une meilleure prise en compte des aspirations des citoyens. Est-il nécessaire pour cela d'avoir 577 députés? Rien n'est plus ravageur que l'image d'un hémicycle déserté au moment du vote d'une loi importante. Et pourtant, je l'ai expliqué, ce n'est pas la faute des députés, mais bien d'un système qui fonctionne mal... ou plutôt qui ne peut pas fonction­ner correctement.

  Revenons un peu en arrière dans notre histoire politique. Un nombre élevé de députés est souvent apparu comme un gage de démocratie et de respect des pouvoirs du Parlement. C'est ainsi que l'Assem­blée constituante de 1848 était composée de 900 membres, l'Assemblée nationale qui l'a suivie a compté 750 représentants. Sous la IIIème République, le nombre des députés est progressivement passé de 534 à 618. Il a varié entre 619 et 596 sous la IVème République. En revanche, sous le Second Empire, l'effectif des députés du Corps législatif n'a pas dépassé 292. Je ne crois pas pour autant qu'il faille considérer comme une vérité intangible ce qui a pu passer pour une évidence jusqu'au milieu du xxe siècle.

  Je doute beaucoup pour ma part que l'Assemblée élue au suffrage universel direct représente mieux les citoyens lorsqu'elle est nombreuse. N'oubliez pas que l'augmentation du nombre des députés en 1848 puis en 1871, après la chute du Second Empire, est intervenue à une époque où les citoyens étaient peu représentés au niveau local et où leurs représentants avaient peu de pouvoirs. L'élection des maires n'a été définitivement acquise qu'après l'installation de la IIIème République. Et il a fallu attendre les grandes lois de décentralisation des années 1980 pour libérer les élus locaux d'une tutelle administrative souvent pesante et tatillonne.

  Aujourd'hui, la décentralisation est entrée dans les mœurs et le nombre des élus locaux dépasse les 510 000! Il ne paraît donc plus indispensable, comme par le passé, que les citoyens soient repré­sentés au plan national par un député géographi­quement proche d'eux et donc élu dans une circonscription de dimension limitée.

  D'ailleurs, une Assemblée nombreuse est-elle plus forte? Permettez-moi d'en douter. Le nombre élevé des députés ne favorise pas leur assiduité. Il permet au contraire de répartir les travaux parlementaires, surtout en séance publique, entre un plus grand nombre de participants. Ce qui encourage une spé­cialisation excessive et facilite l'exercice d'un autre mandat électif. Quant à la présence d'un nombre élevé de députés dans l'hémicycle, pendant les séances télévisées en direct de questions au gouver­nement, nous avons vu qu'elle n'a pas que des avan­tages. Les interventions y prennent facilement un tour polémique, voire théâtral, et les oppositions politiques s'y réduisent souvent à des affrontements schématiques. Les mouvements de séance y accen­tuent de manière artificielle la véhémence des pro­pos.

 

  Ivan Levaï: À votre avis, jusqu'à combien d'hommes et de femmes faudrait-il réduire les effec­tifs de l'Assemblée?

 

  Paul Quilès : Une fois n'est pas coutume, je pren­drai l'exemple des États-Unis, qui mérite d'être regardé de près. Le Sénat américain, dont l'autorité est incomparable, ne compte que cent membres (deux par État). L'effectif de la Chambre des repré­sentants est, lui, fixé à 435. Personne ne peut contes­ter qu'il s'agit d'assemblées très puissantes, dont les travaux constituent aux États-Unis une référence obligée pour tout débat politique. Les pouvoirs que leur accorde la Constitution américaine sont évidem­ment la première source de leur prestige. Mais il est certain que la qualité de leurs travaux est rehaussée par le nombre limité de leurs membres.

  En France, on pourrait envisager une Assemblée dont l'effectif serait réduit de la moitié environ. Ces 300 députés, qui ne représenteraient pas un nombre excessif d'électeurs (130 000 en moyenne*, contre 68 000 actuellement), devraient nécessairement pri­vilégier leur mission de législateurs. Les contraintes de présence qui leur seraient imposées, du simple fait de leur nombre, les empêcheraient de se consa­crer à d'autres responsabilités électives, voire à d'autres activités professionnelles trop accaparantes. Je suis convaincu que la réduction de leur nombre entraînerait un accroissement corrélatif de leur auto­rité, d'autant plus qu'il serait possible de doubler leurs moyens individuels d'étude et d'expertise, et donc leur capacité d'argumentation et de conviction face au gouvernement et à son administration. Les débats en séance publique gagneraient nettement en sérénité, et ressembleraient davantage aux actuelles discussions en commission. L'expression des points de vue politiques deviendrait naturellement plus nuancée et plus argumentée.

 

  Ivan Levaï: Ce système ne peut fonctionner effI­cacement que si le cumul des mandats, justement cri­tiqué et contesté, disparaît véritablement. On sait que les électeurs sont assez favorables à ce que les maires et les présidents de conseil général ou régional exercent exclusivement leur mandat d'élu local et les députés leur mandat national. Pourquoi attendre?

 

  Paul Quilès : Le cumul des mandats est une origi­nalité française, qui s'est plutôt accentuée sous la VèmeRépublique. Savez-vous qu'en 1936, la propor­tion de députés exerçant également un mandat local était de l'ordre de 33 %? Elle était de 40 % environ sous la VèmeRépublique. Elle est aujourd'hui de plus de 90 %! On voit bien la raison d'une telle vogue: dans un pays où, malgré la décentralisation, le rôle de l'État reste souvent essentiel, cette situation faci­lite le dialogue et la négociation entre l'échelon local et les autorités nationales. Il est évident qu'un élu local qui est député peut plus facilement sensibiliser un ministère à un projet qu'il juge nécessaire pour sa commune, son département ou sa région.

  On connaît les critiques émises à l'égard du cumul de mandats.

  . La première concerne la disponibilité des élus. On estime généralement que le cumul les empêche de se consacrer correctement à leur tâche. De fait, la fonction d'élu local est souvent plus grati­fiante que celle de député. Grâce en particulier à la décentralisation, un maire, un président de conseil général ou de conseil régional dispose d'une liberté d'action incomparablement plus grande que celle d'un député, qui se heurte aux limitations imposées par les institutions à son rôle et à ses prérogatives. C'est ce qui incite souvent les députés exerçant des responsabilités locales importantes à déserter l'hémicycle. 

  . La seconde critique est d'ordre déontologique. Le député élu local se trouve inévitablement au centre d'un conflit d'intérêts. Représentant de la Nation tout entière, il doit aussi tenir compte des intérêts particuliers de sa collectivité locale. Il est évident qu'il lui serait plus facile de maintenir l'équilibre entre les enjeux locaux et l'intérêt général s'il n'exerçait qu'un mandat national. Ajoutez à cela le débat sur le cumul des indemnités, considéré parfois comme la finalité du cumul des mandats et la cause est entendue!

  . La dernière critique concerne le renouvellement insuffisant des élus: en annulant plusieurs mandats, un député élu local s'implanterait de manière pro­fonde et durable dans une même zone géographique. Cette implantation se ferait au détriment de ses concurrents aux élections suivantes, qui se lance­raient dans la compétition avec des chances plus faibles de l'emporter.

 

  Ivan Levaï: J'imagine que vous êtes d'accord avec ces critiques.

 

  Paul Quilès : Pour les trois premières, tout à fait. Il est évident qu'un député sans autre mandat élec­tif serait libéré d'obligations lourdes qui le gênent dans l'exercice de sa fonction. Il deviendrait pleinement disponible pour son travail d'élaboration de la loi et de contrôle de l'action du gouvernement.

  Il est vrai également qu'il serait incité à privilégier d'emblée des considérations politiques d'ordre natio­nal, dans l'examen des questions qui lui seraient sou­mises, quitte à les nuancer après en avoir discuté sur le terrain avec ses électeurs.

  Au plan matériel, il serait aussi plus sain que chaque fonction élective soit convenablement rému­nérée afin d'éviter que le cumul des indemnités soit recherché pour compenser la rémunération insuffi­sante de beaucoup d'élus locaux.

  Mais en ce qui concerne la dernière critique, je serai plus réservé. Au moment de son entrée en vigueur, l'interdiction de cumul libère, par définition, des mandats. Il n'est pas certain que ces mandats seront, par la suite, plus facilement remis en cause. À mon avis, l'enracinement des partis politiques et leur vitalité comptent plus en ce domaine que les contraintes ou restrictions d'ordre institutionnel.

 

  Ivan Levaï: Soit. Les Français souhaitent la fin du cumul des mandats et pourtant, on s'en tient depuis quelques années à des demi-mesures un peu hypocrites, pourquoi ne pas le dire?

 

  Paul Quilès: Reconnaissez que les positions conservatrices de la majorité sénatoriale n'ont pas arrangé les choses! Néanmoins, des mesures de limi­tation du cumul des mandats ont bel et bien été prises, d'abord en 1985 puis, plus récemment, en 2000. Aujourd'hui, le mandat de député est incompatible avec celui de représentant au Parle­ment européen. Un député élu maire, président de conseil général ou de conseil régional ne peut plus exercer d'autre mandat électif. Il en va de même du député élu conseiller régional, conseiller général ou conseiller municipal d'une commune de plus de 3 500 habitants. Un régime plus souple est prévu pour les fonctions de conseiller municipal des com­munes de moins de 3 500 habitants.

  Mais, je l'admets, cette situation n'est pas satis­faisante. Elle risque même de banaliser le double mandat, qui tend déjà à se généraliser depuis 1985. Plus grave - et ce sont certainement les demi-­mesures hypocrites que vous évoquez -, l'interdic­tion de cumuler ne concerne pas les adjoints aux maires des villes de moins de 100 000 habitants et les présidents de communautés urbaines. On ne peut quand même pas les considérer comme de simples conseillers municipaux!

  Enfin, à propos du cumul des indemnités, un pro­grès important à été fait avec l'instauration de leur plafonnement: lorsqu'un élu local est député ou sénateur, le total des indemnités qu'il perçoit ne peut pas dépasser une fois et demie le montant de son indemnité parlementaire.

 

  Ivan Levaï: Il n'empêche que certains parle­mentaires continuent d'exercer une activité profes­sionnelle. Curieusement on n'en parle pas beaucoup.

 

  Paul Quilès: Je pense que c'est un oubli regret­table. En concentrant l'attention sur le cumul des indemnités liées aux mandats électifs, on passe sous silence les situations - à mes yeux contestables- d'exercice parallèle d'une fonction parlementaire et d'une activité professionnelle. Il existe bien des restrictions, mais elles sont timides. Elles concernent les fonctions de direction dans des entreprises nationales, dans des établisse­ments publics nationaux ou dans des entreprises bénéficiant d'avantages accordés par l'État ou les collectivités publiques, travaillant principalement pour le compte ou sous le contrôle de l'État, faisant appel public à l'épargne ou exerçant une activité immobilière.

 

  Ivan Levaï: Ces restrictions ont été interprétées de manière très bienveillante par le Conseil constitu­tionnel, puisque le député Marcel Dassault avait été considéré comme n'exerçant pas de participation «active, régulière avec prise de décision dans la conduite générale de son entreprise»! Ce qui est tout de même un comble.

 

  Paul Quilès: Il serait effectivement plus conforme à la déontologie de rendre incompatible le mandat parlementaire avec une activité professionnelle rémunérée. On pourrait à la rigueur prévoir des dérogations pour certaines professions, par exemple médicales, qu'il faut continuer à exercer à temps partiel, si on veut les reprendre un jour dans des conditions normales.

  En définitive, je considère que la fin souhaitable de l'exception française du cumul des mandats passe par son interdiction générale, au-delà des limitations partielles proposées jusqu'ici. Les députés ne pourraient alors n'être que députés, sans avoir le droit d'exercer un mandat local, même au sein d'une structure intercommunale. Ils ne pourraient pas non plus exercer d'activité professionnelle rémunérée.

  Naturellement, de telles mesures ne prendraient tout leur sens que si le rôle et la fonction du Parlement étaient renforcés comme nous le suggérons.

__________________________________________________

 * Par Paul Quilès et Ivan Levaï (Stock- 2001)

 

** Soit trois fois moins que pour un membre de la Chambre des représentants des États-Unis.

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14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 17:07

Voici la lettre que je viens de signer avec les responsables

nationaux du courant "Maintenant la gauche"

Cette lettre est adressée aux militants du PS

et à sa direction nationale

 

Chères et chers camarades,

 

       Au lendemain de la défaite historique du PS aux dernières élections municipales, il nous paraît essentiel d’analyser lucidement la situation et d’en tirer de fortes conséquences. Il en va de l’avenir de la gauche, de celui de notre parti et, avant tout, de la crédibilité même du projet que nous avons présenté aux Français il y a 2 ans.

 

       Si le Parti socialiste a traversé bien des crises dans le passé, sa situation est extrêmement préoccupante aujourd’hui, parce que, cette fois-ci, il se trouve confronté simultanément à trois crises :

 

- une crise électorale exceptionnelle, avec la perte de 10 villes de plus de 100 000 habitants et d’un tiers des villes de plus de 10 000 habitants, qui s’accompagne d’un début d’implantation du FN dans la gestion communale. Par ailleurs, l’éloignement des urnes atteint des sommets, avec près de 40% de Français qui se sont abstenus ou ont voté blanc ou nul. Quant aux perspectives des prochaines élections (européennes, sénatoriales, régionales, départementales), elles sont, de l’avis général, assez sombres.

 

- une crise de fonctionnement qui se prolonge, avec une évaporation des militants, de moins en moins nombreux, de plus en plus démotivés et de moins en moins formés, sans parler d’une procédure de désignation des dirigeants qui abaisse le rôle des militants.

 

- une crise existentielle que l’on n’ose pas aborder de face, parce qu’elle conduit à poser la question dérangeante : à quoi sert le PS aujourd’hui ?

 

       Cette dernière question résume bien la somme des interrogations à laquelle nous devons répondre aujourd’hui, si nous ne voulons pas connaître à nouveau les grands échecs du passé (1969, 1993, 2002). Il ne faut pas oublier non plus que les grands partis ne sont pas éternels : à gauche, les exemples du délitement du parti radical et du parti communiste sont là pour nous le rappeler.

 

       La crise existentielle est accentuée par le poids du fonctionnement quasi régalien de la Vème République, que les socialistes n’ont pas réduit, malgré leurs déclarations (quand ils ne l’ont pas accentué, comme en 2000, avec l’instauration du quinquennat et l’inversion du calendrier électoral). Les dernières décisions pilotées par l’Elysée en sont une nouvelle preuve éclatante.

 

       La question « à quoi sert le PS aujourd’hui ? » doit maintenant être posée collectivement. L’objectif de ce travail sera de définir, sans se limiter à des formules incantatoires, le rôle du PS et les moyens qu’il doit se donner s’il veut être un acteur de ce changement tant annoncé et non le spectateur passif et désolé d’un scène où il n’a pas sa place.

 

      Nous ne pouvons pas rester insensibles à l’interpellation de ces militants qui nous quittent en reprochant au PS de ne pas être un « outil de transformation de la société » et qui ne comprennent pas comment nous pouvons accepter sans trop réagir les changements de position sur des dossiers emblématiques (Europe, austérité,…)

 

      La gravité de la situation exige que la parole soit donnée aux militants, ce qui sera la première étape pour leur rendre le pouvoir. Ils doivent intervenir à la fois sur le fond de la ligne politique, sur le fonctionnement démocratique et pluraliste de leur parti, ainsi que sur son rôle.

 

       C’est pourquoi nous proposons la mise en place d’une direction collégiale, car il serait impensable qu’un changement de premier secrétaire se fasse sans que les militants aient pu en décider, ce qui suppose qu’ils puissent voter entre des candidatures alternatives claires.

 

       Cette direction collégiale serait chargée d’organiser rapidement des Etats généraux des socialistes, qui se saisiraient d’ici la rentrée des "cahiers de doléances et de propositions" transmis par les militants. A l’automne, un congrès viendrait conclure ce processus.

 

      Au-delà de l’avenir du PS, c’est celui du pays et de la gauche qui se joue, car il faudra aussi trouver les voies de l’indispensable rassemblement des forces de gauche et des écologistes. Pour cela, il est essentiel et primordial que le PS redevienne ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : un parti socialiste au cœur du peuple de gauche, capable de porter l’espérance des couches populaires.

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12 avril 2014 6 12 /04 /avril /2014 08:30

Excellente tribune d'Emmanuel Maurel

 

dans le magazine Marianne,

 

sous le titre: "Oui, M.Julliard, un besoin de gauche"

 

       Dans son dernier éditorial, M. Julliard convoque Lewis Carroll et le Père Noël (excusez du peu !) pour moquer une formule utilisée par moi le soir du second tour des élections municipales. A l’encontre des apparences, je prétendais en effet que ce scrutin témoignait d’un "indéniable besoin de gauche".

 

       "La France vote à droite", rétorque M. Julliard. A un homme de lettres, je demande de m’excuser par avance d’opposer le triste prosaïsme des chiffres.

 

       Entre 2008 et 2014, la droite n’a pas progressé en nombre de suffrages exprimés. En pourcentage, elle passe de 45,3 % à 45,9 %. A contrario, la gauche, elle, s’effondre : elle réalise 43,8% des voix en 2014 là où elle en totalisait 50,9 % en 2008. Le différentiel de participation est également frappant : là où François Hollande rassemblait plus de 60 % des suffrages exprimés le 6 mai 2012, l’abstention atteint 43,1 % ; là où il en recueillait moins de 50 %, l’abstention n’est plus que de 38,6 %.

 

       La droite ne s’est pas plus mobilisée que d’habitude, ce sont les électeurs de gauche, et singulièrement les socialistes, qui ont boudé les urnes. Il n’y a pas de vague bleue. Il y a une énorme vague blanche, nourrie par la déception, l’impatience, parfois même la colère. A défaut d’un « besoin », cette abstention-sanction de gauche témoigne bien, et même M. Julliard n’en disconviendra pas, d’un « manque ». Oui, la gauche manque à une partie de nos électeurs qui se sont reconnus dans le message de la campagne de 2012, et qui ne se retrouvent pas toujours dans une politique qui trop souvent s’en éloigne.

 

       Mais le reste de la gauche ne profite pas de la déroute du PS, observe finement l’éditorialiste. Ça se discute. Certes, EELV et le Parti communiste ne font pas des percées spectaculaires. Mais ils résistent relativement mieux que les socialistes. Bien entendu, il n’y a pas de principe des vases communicants entre les forces. Pour mieux étayer son implacable démonstration, M. Julliard fait mine de s’en étonner. C’est oublier que c’est le cas…depuis plus de trente ans ! Pour nos électeurs, même diverse, la gauche est une. Quand le PS défaille, le reste de la gauche en pâtit.

 

       De ces constats, je tirai le soir du second tour des municipales une conclusion : il faut mener une politique plus équilibrée (qui privilégie la relance de l’activité économique à la baisse des dépenses publiques, qui cesse de résumer la question de la compétitivité au seul « coût du travail », et qui fasse de la réorientation de la construction européenne une priorité absolue), soutenue par une majorité plus large (qui rassemble les forces qui ont épaulé François Hollande en mai 2012).

 

       Pour le reste, je fais évidemment mienne l’interprétation « non politicienne » de Jacques Julliard. Le scrutin de dimanche révèle une colère grandissante devant l’apparente impuissance des hommes politiques à peser sur le cours des choses, à maîtriser un monde où l’argent est la mesure de tout. Quand les dirigeants semblent redouter la pression des marchés financiers plutôt que la colère des peuples, comment leur donner tort ?

 

       Mais, de ce constat lucide, M. Julliard tire une conclusion surprenante : "Même de gauche, les électeurs ne croient pas à l’autre politique". Ainsi donc, les électeurs sanctionneraient une ligne qu’ils considèreraient pourtant comme la seule possible ? Cela ne tient pas. Pour une raison simple. Le peuple, dans sa grande sagesse, n’a jamais cru que la politique se réduisait à un choix entre deux seules options : celle des raisonnables (il fut un temps où ils s’enorgueillissaient d’appartenir à un « cercle ») et celle des irréalistes (tous les « autres »). Il y a une multitude de politiques possibles. Il y a des dizaines de choix. A commencer par celui de changer de cap quand les résultats ne sont pas au rendez-vous.

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30 mars 2014 7 30 /03 /mars /2014 22:40

J'ai signé ce texte avec les responsables nationaux

 

du courant "Maintenant la Gauche"

 

********

      Monsieur le Président,

 

      La défaite est sévère. Son ampleur, son impact sur tout le territoire en dépit du travail de qualité des élus locaux, témoigne d’une volonté des électeurs de gauche de sanctionner les choix politiques engagés depuis le début du quinquennat.

 

     Ce soir, c’est toute la gauche qui est pénalisée. Mais plus que nos partenaires écologistes ou communistes, ce sont les candidats socialistes qui subissent le plus durement le désaveu des urnes.

 

      L’exécutif ne peut rester sourd au message des électeurs. Rien ne serait pire que de relativiser l’ampleur de la défaite. Rien ne serait plus dangereux que de se tromper dans l’analyse de ses causes. Le problème n’est pas de nature méthodologique, il est politique. Le sujet central n’est pas la demande d’autorité, il est le refus de l’austérité. Il ne s’agit pas d’ "envoyer des signaux de gauche" à notre électorat, il faut changer de cap.

 

      Monsieur le Président, vous aviez fait du "redressement dans la justice" le mot d’ordre de votre campagne présidentielle. A juste titre, vous aviez pointé la responsabilité historique du monde de la finance dans les difficultés que traversent notre pays et notre continent. Vous aviez porté haut et fort l’exigence d’une réorientation de la construction européenne, en dénonçant le caractère néfaste des politiques d’austérité. Vous aviez rappelé avec force que "l’âme de la France, c’est l’égalité".

 

      Deux ans après, cette analyse nous paraît toujours aussi pertinente. Force est de constater que, parfois, les actes ont démenti les paroles. Certes, des réformes salutaires ont été entreprises. Certes, personne ne méconnaît la gravité de la crise et le lourd bilan laissé par Nicolas Sarkozy. Certes, l'éradication du chômage de masse requiert du temps et de la constance. Mais, comme nous le faisons inlassablement depuis des mois, nous vous exhortons à changer de cap.

 

      Augmentation de la fiscalité indirecte, flexibilité du marché du travail, réduction à marche forcée des déficits publics, baisse massive du coût du travail : nous ne contestons pas seulement ces solutions parce qu'elles risquent de fragiliser notre modèle social et nos services publics, nous les contestons parce qu'elles s'avèrent inefficaces pour relancer l'activité économique!

 

     Comme vous, nous pensons que les Français attendent avant tout des résultats en matière d’emploi. Comme vous, nous pensons que nous serons jugés sur notre capacité à améliorer concrètement les conditions d’existence du plus grand nombre.

 

     Aujourd'hui, c'est le pragmatisme qui impose d’être audacieux! Parce que la France n’est jamais aussi grande que dans le sursaut, il est possible de démentir les résignés, les fatalistes et les pessimistes. Il n'y a pas qu'une seule politique possible.

 

     Pour réussir une nouvelle étape du quinquennat, il faut remplir trois conditions.

 

     1) A l’échelon européen, il est temps de desserrer l’étau des contraintes du pacte de stabilité. Concrètement, il s’agit dès demain d’engager le rapport de force avec la Commission en lui notifiant non seulement l’impossibilité, mais surtout le refus respecter dans les délais les critères de déficit restrictifs qu’elle nous assigne. La réduction à marche forcée des déficits publics érigée en dogme est absurde en période de croissance atone, alors que c’est précisément l’investissement, et singulièrement l’investissement public qui soutient l’activité. L’austérité conduit l’Europe vers l’abîme, tant elle réduit les protections de ses citoyens sans aboutir à un autre résultat qu’un dumping social qui ne dit pas son nom. La politique monétaire est aujourd'hui plus un handicap qu'un atout, le libre-échange généralisé nous affaiblit. Les Français se moquent d’être présentés comme les mauvais élèves de l’Europe libérale. Au contraire, ils plébisciteraient un gouvernement qui se donnerait comme objectif d’être l’acteur déterminé de la réorientation du projet européen. Proposer un autre chemin pour l’Europe, jeter les bases d’une coalition progressiste contre l’austérité, voilà une façon de "réenchanter le rêve français"

 

      2) Sur le plan intérieur, le temps est venu d'un tournant économique majeur. Plutôt qu’à la "politique de l’offre" et aux coupes massives dans les dépenses publiques, la priorité doit revenir à la croissance, à l'emploi, au redressement productif. A l'évidence, la transition écologique doit en être le fil conducteur.

 

     Le pacte de responsabilité est mort-né. Prenons acte de la position intransigeante du MEDEF, qui refuse toute contrepartie pour le monde du travail. Désormais minoritaire chez les syndicats de salariés, extrêmement coûteux pour les finances publiques, ce pacte n’est pas aujourd’hui le "grand compromis social" que vous aviez souhaité. N'ayons pas peur d’abandonner cette voie. La mobilisation générale pour l’emploi passe par la relance de l'investissement public et par celle de la consommation.

 

      Car il est urgent d'agir pour le pouvoir d'achat. La réforme fiscale est évidemment un outil pour améliorer le quotidien des Français les plus modestes. Mais l'augmentation substantielle du SMIC lors de sa revalorisation annuelle, le dégel des salaires des fonctionnaires, la revalorisation des petites retraites nous paraissent tout aussi nécessaires

 

      3) De même qu’il n’y aura pas de redressement sans justice, il n’y aura pas de réussite de la gauche si elle ne parvient pas à se rassembler. Le changement ne peut devenir une réalité sans la prise en compte des aspirations de la majorité sociale à laquelle nous devons notre majorité politique acquise en 2012. Pour le traduire en actes, la gauche ne réussira qu’avec un nouveau pacte majoritaire qui rassemble, au service de la France, toutes celles et tous ceux qui ont contribué à la défaite de la droite lors de la dernière campagne présidentielle.

 

      Mais au-delà de la gauche, c'est au profond malaise qui traverse notre pays qu'il faut aujourd’hui répondre. Comme à chaque période décisive de son histoire, la France peut retrouver le meilleur d'elle-même en s’inspirant des principes qui font la force et la singularité de son modèle républicain. Respect de la souveraineté populaire, défense de notre modèle social, promotion de l’égalité : en cette "année Jaurès", la République sociale reste un projet fédérateur. Ce projet, il vous appartient de le faire vivre.

 

     Nous espérons que vous entendrez cette adresse, qui se veut une contribution franche et constructive, tournée vers un seul objectif : la réussite de votre quinquennat, celle de la gauche, celle de la France.

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22 mars 2014 6 22 /03 /mars /2014 17:34
Mieux vaut en rire!
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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 16:20

« Vu de l’intérieur »:

 

un livre de Laurent Huberson sur les ministres de l'Intérieur

 

      De Pierre Joxe à Jean-Louis Debré, de Jean-Pierre Chevènement à Claude Guéant en passant par Brice Hortefeux et Michèle Alliot-Marie, Paul Quilès et une dizaine d’anciens ministres de l’Intérieur dont l’actuel Manuel Valls se livrent sans fard et racontent avec force anecdotes leur vécu à Beauvau, les moments tragiques, la solitude du pouvoir, les chausse-trappes politiques, les relations privilégiées avec le président, les adieux souvent amers, et le tout sous un angle inédit : vu de l’Intérieur.

 

      Que se passe-t-il dans la tête d’un ministre de l’Intérieur quand il parcourt une station de métro dévastée par un attentat, quand il est informé qu’un préfet a été assassiné en Corse, quand il apprend que des routiers s’apprêtent à bloquer toutes les voies d’accès à la capitale ?

 

      Que ressent-il lorsqu’il s’installe derrière le grand bureau de Cambacérès, à la tête d'une puissante administration notamment policière, pour gérer à la fois l'extraordinaire, les événements hors normes, les catastrophes mais aussi l'ordinaire et la sécurité des Français ?

 

      Comment ces fortes personnalités, souvent des cadors de la vie publique rompus aux joutes partisanes les plus cruelles, à la fois grands commis de l’État et princes de la manœuvre politique, ont-elles enduré le quotidien oppressant de la place Beauvau ?

 

Un livre de Laurent Huberson, publié au Cherche Midi

 

Laurent Huberson est journaliste, producteur associé de l’agence de presse audiovisuelle Let’s Pix et réalisateur pour la chaîne Public Sénat du documentaire Vu de l’Intérieur.

Collection « Documents » 288 pages (14x22) – 17 €

Le cherche midi 23 rue du Cherche-Midi 75006 Paris www.cherche-midi.com

Vu de l'intérieur
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31 janvier 2014 5 31 /01 /janvier /2014 13:25

      Il y a exactement 50 ans aujourd’hui, le 31 janvier 1964, le Président de la République de l’époque, le Général de Gaulle, expliquait dans une conférence de presse, ce que devait être le fonctionnement de la Vème République.

 

      Il faut vraiment relire et méditer cette déclaration :

 

      “Le pouvoir procède directement du peuple, ce qui implique que le chef d’Etat élu par la Nation en soit la source et le détenteur. Il doit être évidemment entendu que l’autorité indivisible de l’Etat est confiée tout entière au Président par le peuple et qu’il n’en existe aucune autre, ni ministérielle, ni civile, ni militaire, ni judiciaire qui ne soit conférée et maintenue par lui. Il lui appartient d’ajuster le domaine suprême qui lui est propre avec ceux dont il attribue la gestion à d’autres.”

 

      Pour situer le contexte de ces propos, on était deux ans après le référendum de 1962 instituant l’élection du Président de la République au suffrage universel et un peu moins de deux ans avant la première élection de ce type.

 

     Le mérite de cette déclaration, au-delà de sa brutalité, est de bien décrire la mécanique de la Vème République. Quelques modifications de la Constitution ont certes adouci à la marge les aspects les plus autoritaires de la fonction présidentielle. Il n’en demeure pas moins que son caractère quasi-monarchique demeure et s’est même trouvé accentué depuis 2002 par la mise en oeuvre de la double décision, prise en 2000, d'instaurer le quinquennat et d'inverser le calendrier électoral*.

 

      On comprend mieux pourquoi, dans la vie médiatique française, on attend en permanence que la vérité tombe de l’Elysée, dont les annonces rythment et orientent l’action politique, au détriment de ce que devrait être le fonctionnement d’une démocratie parlementaire.

__________________________________________________________________

* A cette époque, j'ai été un des rares responsables politiques à mettre en garde contre les risques de ces décisions.

Il y a 50 ans, le général de Gaulle....
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10 janvier 2014 5 10 /01 /janvier /2014 16:44

Tribune de Paul Quilès

 

publiée sur le site de La Croix

 

 

       Ayant été ministre de l’Intérieur, j’évite en général de commenter les évènements concernant les domaines d’intervention des ministres de l’Intérieur ou de la Justice, pour ne pas apparaître dans le rôle –forcément déplaisant- du donneur de leçons.

 

       Cependant, cette fois-ci, je ne peux pas m’empêcher de dire quelques mots sur le psychodrame national qui s’est déclenché autour de « l’affaire Dieudonné ». Je dois avouer que j’ai été profondément choqué par l’ampleur prise soudainement à la suite de faits, qui se sont pourtant répétés depuis des années. Faits délictueux, non sanctionnés ou, pire, condamnés, sans que les condamnations aient été exécutées.

 

Une ambiance d’affrontement de gladiateurs

 

       Et, comble de l’ironie et du cynisme, voici que l’auteur multirécidiviste de ces délits, qui ne sont pas minces (racisme, anti sémitisme, appel à la haine….) se pose aujourd’hui en héraut de la liberté d’expression et en victime d’un prétendu « système »…..dans lequel il baigne d’ailleurs totalement !

 

       Sans vouloir en rajouter, je souhaite simplement, devant le déferlement actuel de commentaires et d’analyses de toutes sortes auquel on assiste, que l’on aille au-delà de la nécessaire indignation. Evitons aussi de réduire ce combat, qui doit être collectif –c’est celui de la République pour défendre ses valeurs- à un « bras de fer » entre un ministre et un trublion, dans une ambiance d’affrontement de gladiateurs.

 

Remonter à l’origine de cette situation insupportable

 

       Il me semble à cet égard indispensable de remonter à l’origine de cette situation insupportable, en essayant de comprendre pourquoi la Justice n’est pas intervenue depuis longtemps avec détermination pour sanctionner les infractions pénales commises par Dieudonné dans son spectacle du Théâtre de la Main d’or.

 

       Même si les RG n’existent plus, le système policier (et notamment la PJ) permettait de relever de tels délits et de donner à la Justice –ici, en l’occurrence, le Procureur de Paris- les moyens d’intervenir en application de la loi Gayssot. Il s’agit d’un « oubli » ou plutôt d’un laxisme dont nous payons malheureusement les conséquences aujourd’hui.

 

                                                                            Paul Quilès

Dieudonné et la justice: un regrettable laxisme
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Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez