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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 16:13

C'est fou comme certains responsables politiques oublient vite....
Le 11 décembre 2009, j'ai pris position contre l'acceptation par le PS de la candidature de G. Frêche comme tête de liste en Languedoc Roussillon. Avec Martine Chantecaille et Michael Moglia, nous avions expliqué nos raisons dans une tribune publiée par MEDIAPART (voir sur ce blog).
Il faut relire ce que nous avions écrit alors et notamment cette phrase, malheureusement prémonitoire:
 
"A trop vouloir s’adapter « pragmatiquement » à une réalité présentée comme s'imposant fatalement, les socialistes risquent de se fracasser contre elle."

Voila pourquoi nous venons de faire le communiqué suivant, en espérant être, cette fois-ci,
 entendus:

"Le 11 décembre dernier, nous avons cosigné une tribune demandant à la direction du Parti Socialiste de ne pas prendre acte d’une liste conduite par G.Frêche, exclu en 2007  pour des propos déjà incompatibles avec les valeurs socialistes.

Si nous n’avons pas alors été entendus, les dernières paroles de G.Frêche évoquant la « tronche non catholique » de L.Fabius imposent de revenir sur cette décision.

Par les candidats qu’elle présente, par les alliances qu’elle noue, une liste envoie toujours un message aux électeurs : rien ne peut justifier celui envoyé par une « tête » de liste qui s’appelle G.Frêche."

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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 09:00

Logo.jpgLe quotidien Libération a publié une version plus courte de ce texte dans son édition du 28 janvier 2010

    L’élection présidentielle est, depuis 1962, l’évènement majeur de la vie politique française. Les décisions prises en 2000 par L. Jospin (quinquennat et inversion du calendrier) ont malheureusement accentué le phénomène. On peut le regretter, ce qui est mon cas(1), mais on est bien obligé d’en accepter les conséquences.
    La principale d’entre elles est que tous ceux qui participent à l’animation de la  vie politique -partis, commentateurs, médias- ont les yeux rivés en permanence sur l’échéance présidentielle. Logiquement, même s’ils s’en défendent, les états-majors des partis se mobilisent très longtemps à l’avance pour bâtir des stratégies de conquête ou de conservation du pouvoir.
    Dans cette tâche, il est essentiel pour la gauche de ne pas se tromper de diagnostic et de ne pas se laisser abuser par de « fausses évidences ». Il est de loin préférable de partir de constats qui, à défaut d’être des évidences, sont largement partagés à gauche. Contentons-nous ici d’en énoncer quelques uns :
 - au niveau international, c’est la fin du modèle soviétique, les insuffisances du modèle social- démocrate dans la crise économique et sociale actuelle, l’origine structurelle de cette crise, la redistribution des influences entre grandes puissances et blocs, les effets discutables du libre échange généralisé, la nécessité de faire évoluer le fonctionnement et les objectifs de l'’Europe;
 - au niveau national, c’est le rejet d’une certaine forme de monarchie républicaine et l’aspiration à d’autres formes de prise de décision, l’attachement au « modèle social » français, l’éparpillement de la gauche institutionnelle et la floraison de lieux de réflexion et d’organisations diverses, la nécessité pour la droite de faire des concessions aux idées d’extrême- droite, si elle veut l’emporter.
     Bien entendu, il ne suffit pas d’énoncer ces constats pour en déduire automatiquement la conduite à tenir. Par contre, ce qui me paraît plus dangereux, c’est la démarche qui consiste à bâtir une stratégie à partir d’hypothèses considérées comme des évidences, parce que « politiquement correctes » et largement véhiculées par les médias, les politologues et les sondages.
    Toute démarche fondée sur ces « fausses évidences » conduit en effet à coup sûr à l’échec. Par exemple:

 N. Sarkozy est en perte de vitesse, voire en chute libre ; il ne se « relèvera » pas.
C’est un raisonnement de ce type qui a conduit à sous-estimer la candidature de J. Chirac en 2002 (L. Jospin) et en 1995 (E. Balladur), avec les conséquences que l’on connaît.
Même si l’image de N. Sarkozy est abîmée, ce que personne ne conteste, la stratégie de la droite peut fonctionner et l’actuel président être réélu, si la gauche continue à se diviser (projets, candidats). De plus, personne ne paraît en mesure de rivaliser avec N. Sarkozy, l’éventuelle candidature de Villepin ne pouvant agir qu’à la marge et celle de F. Bayrou mordant surtout sur l’électorat de gauche.
Le danger pour la gauche d’accepter cette « fausse évidence» est qu’elle accentue l’émulation entre les nombreux candidats. Quand la victoire semble à portée de main,  chacun pense avoir sa chance. Le combat premier consiste alors à chercher à imposer sa candidature dans son propre camp, en n’hésitant devant aucune surenchère interne et en faisant passer les idées et le projet au second plan.

 Il suffit d’observer les sondages prévisionnels pour déterminer dans quel sens il faut aller.
Fausse évidence encore ! Ceux qui en douteraient feraient bien de méditer ces cinq exemples, pris parmi bien d’autres dans l’histoire politique récente. Que nous disaient en effet les sondages et les commentaires dominants?
- 1981 : « V. Giscard d’Estaing sera élu sans problème. Les socialistes ont commis l’erreur de choisir comme candidat F. Mitterrand, qui a une mauvaise image, au lieu de M. Rocard »
- 1995 : « E. Balladur sera élu dans un fauteuil, face à J. Chirac, au plus mal dans l’opinion »
- 2002 : « L. Jospin devrait l’emporter, face à un président sortant, dont l’image s’est dégradée »
- 2004 : «F. Hollande, proclamé homme de l’année, sera certainement le rival de N. Sarkozy à l’élection de 2007 »
- 2006 : « Les socialistes devraient choisir S. Royal comme candidate, car elle est la seule à pouvoir l’emporter »


 Le PS est le parti dominant à gauche et il peut définir seul son projet et choisir son candidat. Les « autres » seront bien obligés d’accepter ses choix et de rejoindre son candidat au 2ème tour de la présidentielle.

Cette thèse s’appuie sur une appréciation ancienne de la situation politique à gauche et d’une vision erronée des rapports de forces, réduite à l’observation des résultats d’élections, dont la nature est très différente de celle de l’élection présidentielle. Depuis 20 ans et même depuis 10 ans, il s’est passé nombre d’évolutions et d’évènements, qu’il serait dangereux de négliger : les 3 échecs successifs du candidat socialiste à la présidentielle, l’hésitation de certains dirigeants du PS sur la question des alliances, la lutte interne pour le leadership, l’incapacité à imposer une ligne, l’éparpillement de la gauche institutionnelle, l’existence d’un foisonnement d’organisations et de clubs, non assimilables aux partis et souvent peu attirés par eux.
Vouloir forcer l’ensemble de la gauche à entrer dans une conception du combat politique de moins en moins adaptée à cette réalité peut conduire à des affrontements brutaux, avec par exemple une multiplicité de candidatures au 1er tour en 2012, au prétexte de laisser aux électeurs la responsabilité de déterminer le rapport de forces entre les partis. On se souvient de ce qu’il est advenu de cette stratégie en 2002 !

 Les alliances doivent se bâtir à partir de considérations chiffrées, issues des précédentes élections.
Pour arriver à 50%, on imagine des alliances sur la base des résultats des précédentes élections, censées  se reproduire fidèlement et permettre d’atteindre le chiffre qui donne la victoire. C’est ce que j’appelle « la fausse évidence arithmétique ». Elle conduit certains socialistes à lorgner du côté du Modem (en feignant de ne pas savoir que F. Bayrou sera, quoi qu’il advienne, candidat au 1er tour). D’autres, au contraire, considèrent que le faible score du PC aux dernières élections rend inutile la recherche d’alliance de ce côté. D’autres socialistes, enfin, attendent que les prochaines élections régionales viennent fixer le rapport de forces avec les Verts.
Tous ces raisonnements négligent les dynamiques inhérentes à la vie politique, qui s’accentuent au moment des campagnes électorales. Plus grave, ils font l’impasse sur la question du contenu du projet, de sa crédibilité et de sa capacité à mobiliser l’électorat.

 Les primaires sont le meilleur moyen de faire émerger un candidat crédible et reconnu.
Vouloir s’inspirer du système américain ou italien n’a pas de sens, compte tenu des différences considérables institutionnelles, politiques, culturelles et historiques entre nos différents pays. Vouloir s’inspirer de la méthode utilisée par le PS en 2006 et désigner le seul candidat socialiste en accroissant et généralisant le système des « adhérents à 20 euros », c’est déconnecter la primaire du choix des alliances et du projet. De plus, il n’est pas compliqué d’imaginer l’ambiance et les dégâts que créerait un affrontement public, largement médiatisé pendant plusieurs mois, entre 6 ou 7 candidats socialistes, tentés de pratiquer une surenchère médiatique pour mieux convaincre des électeurs qui ne seraient plus des militants. Sans dynamique associant la plateforme, les alliances, le rassemblement de la gauche et le choix du candidat de cette unité à la fin du processus, les primaires sont dangereuses et donc inacceptables…si l’objectif est bien de l’emporter en 2012 !


     La seule solution qui permettra à la gauche de mobiliser une majorité autour d’un projet et de désigner un candidat porteur de ses espoirs est d’adopter une démarche comportant plusieurs temps (2) :
  -  le lancement des Etats généraux de la gauche, rassemblant  non seulement les responsables des partis, mais aussi des personnalités du monde associatif, syndical, intellectuel, représentant les forces vives de la gauche  ;
   - l’élaboration d’un «manifeste pour le changement», issu de ces Etats généraux et fixant les grands engagements de la gauche pour 2012, servant de base à une plateforme législative ultérieure et de charte pour tout candidat à l’élection présidentielle ;
   - l’organisation de primaires, auxquelles participeront les militants et adhérents de toutes les organisations ayant accepté la Charte.

     Cette démarche de «nouveau Front populaire» n’est pas encore très médiatisée. Il est vrai qu’elle n’est pas née autour de l’un de ses 12 candidats potentiels actuels (3) . Elle commence néanmoins à faire son chemin dans les esprits et cela est réconfortant pour tous ceux qui espèrent que la gauche saura se défaire des démons de la division et saisir la chance historique d’offrir une véritable alternative aux Français en 2012.
_____________________________________________


[1]  J’ai été l’un des rares à m’élever contre cette décision

[2]
  C’est dans cet esprit que le club Gauche Avenir organise le 28 janvier le forum « La gauche, c’est nous ». Des représentants des forces vives de la gauche exprimeront leurs attentes et interpelleront des responsables des partis de gauche sur les voies démocratiques nouvelles permettant de construire un projet commun. Voir sur ce blog

[3]  Pour l’instant : 3 candidats « certains », 3 candidats qui se positionnent pour 2017, 3 candidats qui hésitent et attendent (« au cas où… »), 3 candidats non socialistes….cela fait bien 4X3=12

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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 15:22
                                    laicit-.jpg
    Lors du colloque du club Gauche Avenir consacré le 10 octobre 2009 à la laïcité de la République, nous avons souhaité "la
création d'une organisation mondiale de la laïcité, appelée à intervenir à l'ONU et dans les instances européennes" (voir le compte rendu du colloque)
    C'est pourquoi, nous nous réjouissons de la naissance, le 9 décembre, à Paris , du "Bureau Laïque International".
    Ses fondateurs font appel à des signatures de soutien. Gauche Avenir relaie bien évidemment cet appel.....
Cliquez ici
 
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11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 16:30

Ce texte, que j'ai signé avec
Martine Chantecaille (conseillère municipale, secrétaire fédérale aux droits de l’homme de la Fédération de Vendée du PS) et
Michaël Moglia (conseiller régional, membre du CN du PS), vient d'être publié par le site MEDIAPART

           

           La direction du Parti Socialiste semble avoir  décidé de « prendre acte » du vote des militants du Languedoc-Roussillon et de ne pas opposer de liste alternative à celle de Georges Frêche pour les prochaines élections régionales.
           En 2007, la commission nationale des conflits du Parti Socialiste avait pourtant pris à l’unanimité la décision de l’exclure, estimant qu’« au-delà de leur caractérisation pour le droit », ses propos n’étaient « pas compatibles avec les valeurs d’égalité et de respect des droits humains qui fondent depuis toujours l’engagement du Parti Socialiste ».

            Aujourd’hui, en s’appuyant tantôt sur le respect de la démocratie interne, tantôt sur l’argument classique du regrettable « réalisme » électoral, on laisse à penser que les socialistes peuvent se retrouver derrière celui qu’ils ont décidé d’exclure pour des raisons de principe il y a deux ans.

            Certes, les militants du Languedoc-Roussillon ont voté. Mais ce vote suffit-il à contrebalancer les causes de l’exclusion? La déclaration de principes qui fonde l’appartenance collective au Parti Socialiste ne peut pas être remise en cause par un tel vote, tout comme la Constitution de la République ne peut l’être par un vote local.

            A trop vouloir s’adapter « pragmatiquement » à une réalité présentée comme s’imposant fatalement, les socialistes risquent de se fracasser contre elle. Est-ce vraiment un gage de notre détermination à changer la vie que de renoncer à agir sur ce qui dépend pourtant collectivement de nous ? Les échecs répétés du PS sont autant d’indices qui témoignent de la nécessité d’afficher clairement ses valeurs.

            Depuis un an, le PS a entrepris un travail de rénovation important. Il ne faudrait  pas qu’il soit contredit par un choix d’autant plus incompréhensible que Georges Frêche n’a jamais exprimé de regrets. Ne laissons pas une décision régionale mettre en péril la crédibilité générale de la parole des socialistes.

            C’est pourquoi, au nom de la nécessité d’avoir, aux prochaines échéances régionales, des candidats qui incarnent vraiment ce que nous défendons, nous demandons à la direction du PS de proposer en Languedoc Roussillon une liste conduite par un socialiste et reflétant ainsi pleinement le sens de notre idéal.

 

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10 décembre 2009 4 10 /12 /décembre /2009 19:03

sarko-UMP.jpgEtonnant mépris d'un chef de l'Etat à l'égard de ses adversaires politiques: N.Sarkozy s'est cru drôle en se proclamant "directeur des ressources humaines du PS" (voir la vidéo).
   S'il cherche vraiment à se rendre utile, N.Sarkozy devrait proposer ses services (directeur de la communication par exemple) à son parti, l'UMP, qui vient de sombrer dans le ridicule, avec ce clip incroyable sur "tous ceux qui veulent changer le monde". Luc Ferry, ancien ministre de l'Education nationale et de la recherche de 2002 à 2004, le  trouve "consternant et dégoulinant de bêtise", ce qui me paraît assez bien résumer l'initiative de l'UMP 
(visionner le clip).
  Tristes façons de faire de la politique!

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3 décembre 2009 4 03 /12 /décembre /2009 23:03

 Pour visionner le débat que j'ai eu à propos de "l'identité nationale"
avec
Eric Raoult (député UMP) 
sur la Chaîne parlementaire LCP
le jeudi 3 décembre,

cliquer ici


Dérive: Dans le guide adressé aux préfets par E.Besson pour servir de trame aux discussions dans les préfectures, figurait une question assez odieuse, que j'ai citée au cours du débat: "comment éviter l'arrivée sur notre territoire d'étrangers en situation irrégulière, aux conditions de vie précaires génératrices de désordres divers (délinquance, travail clandestin).....?"
   Cette phrase vient d'être supprimée du questionnaire: bel aveu des dérives auxquelles conduit le pseudo "grand débat sur l'identité nationale"!

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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 16:16

-   Quelle est la signification réelle du mot "identité nationale"?
-  Quel est l'objet du débat organisé sur ce sujet dans les préfectures par E.Besson ?
-   Ce débat est-il vraiment pertinent, utile, dangereux?

Je débattrai de ces questions avec Eric Raoult (député UMP) dans l'émission "Pile et face" sur la Chaîne parlementaire LCP jeudi 3 décembre à 21h30.

Quelques repères: 

* 72% des Français sont convaincus que ce débat est motivé par des raisons politiques et qu'il s'agit d'une "stratégie pour gagner les élections régionales" (sondage IFOP)

* parmi les 200 questions que devront aborder les préfets dans les débats, figure celle-ci, assez révélatrice, qui demande ce que l'on pense de "l'arrivée d'immigrés aux conditions de vie génératrices de désordre (délinquance, travail clandestin...)"!

* E.Besson a annoncé qu'il voulait "piquer au FN des valeurs qu'il croyait s'être attribuées". Le même, pas encore converti au sarkozisme, écrivait en janvier 2007: "Sous la fausse bonne idée de reprendre des voix au FN, les propos de N.Sarkozy renvoient à une période que l'on croyait révolue, celle où la droite républicaine n'était pas au clair avec l'extrême droite". (dans "les inquiétantes ruptures de Sarkozy"). Cherchez l'erreur....

* lire sur ce blog:
"identité nationale: que doit dire la gauche?", tribune de Marie Noëlle Lienemann et Paul Quilès,animateurs du club Gauche Avenir, publiée par MEDIAPART.

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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 14:50

Tribune de Marie Noëlle Lienemann et Paul Quilès, anciens ministres, animateurs du club Gauche Avenir, publiée ce jour par MEDIAPART
                 
        Tout a été dit sur la grossièreté de la manœuvre : le moment choisi pour parler de ce sujet sérieux et complexe –à quelques mois d’élections difficiles pour la droite- ; la problématique –des thèmes sélectionnés pour plaire à l’électorat d’extrême droite- ; la méthode –une fausse consultation, ignorant le Parlement, à partir d’un questionnement faussé et tendancieux- ; son maître d’œuvre - un renégat socialiste, ancien pourfendeur du sarkozysme et de ses inquiétantes dérives[1] -….
         Bref, tout concourt à disqualifier l’opération, dont la finalité électoraliste ne fait aucun doute.
La gauche a raison de ne pas se prêter au jeu politicien qui consiste à organiser des réunions dont le caractère superficiel et la finalité ne font aucun doute. Pour autant, elle ne doit pas se contenter de dénoncer la manœuvre, car elle peut la retourner contre ses auteurs, en requalifiant les enjeux et en refusant de se placer sur le terrain erroné et dangereux choisi par le « ministre de l’identité nationale et de l’immigration ». Héritière des conceptions universalistes et progressistes de notre histoire, elle doit répondre aux incertitudes nationales et démontrer que la politique du gouvernement est fondée sur l’exaltation des différences, la compétition entre groupes et communautés, le creusement des inégalités. La devise de la République, liberté, égalité, fraternité est vidée de sa force propulsive.


Une crise d’identité ? Plutôt un manque de perspective d’avenir.

         Nos concitoyens voient bien que cette opération est un dérivatif pour éviter le débat sur les sujets brulants: le chômage, les difficultés sociales, la désindustrialisation, les inégalités croissantes, la fiscalité et l’endettement, la remise en cause des services publics, la montée de la violence… Ils veulent des solutions concrètes à leurs problèmes, mais ils s’inquiètent de l’avenir de leur pays et de leurs enfants,  ils regrettent la perte de cohésion de la société et l’affaiblissement de la transmission des valeurs républicaines -auxquelles ils adhèrent très majoritairement- et ils aspirent à un projet commun qui porte une vision d’avenir, une perspective de progrès. 
         Car ils savent que l’identité nationale -si ce concept a réellement un sens- est d’abord la construction d’un espace politique autour de principes partagés, qui évoluent au cours du temps en s’enrichissant et autour d’une langue commune. Quand ce pacte n’est plus explicite, quand les promesses de progrès s’éloignent et que se creuse un fossé entre les principes et la réalité, le pays connait un lourd malaise et, d’une certaine façon, une crise d’identité.

La mondialisation libérale et la politique de Sarkozy menacent plus l’identité nationale que l’immigration

         Expliquer ce malaise et cette crise à partir de la question de l’immigration est inacceptable et erroné. En réalité, c’est plutôt la mondialisation libérale qui tend à contester et à remettre en cause les principes républicains, fondateurs de notre identité nationale. Ceux-ci se sont forgés au cours de l’histoire, se développant et s’élargissant, souvent grâce à l’apport décisif de la gauche. Ces éléments majeurs du pacte républicain, qui constituent l’identité française aujourd’hui, s’appellent :

-  la devise de la République: liberté, égalité, fraternité ;

-  les droits de l’homme et du citoyen ;

-  l’Etat, qui incarne l’intérêt général, garantit la cohésion nationale, prépare et garantit l’avenir du pays ;

-  le peuple souverain, qui entend maitriser son destin ;

-  la délibération collective, contre le pouvoir personnel ;

-  le droit du sol;

-  la laïcité ;

-  l’école publique et l’attention au développement et aux droits de l’enfant

-  la protection et la sécurité sociale ;

- les services publics, acteurs essentiels de l’égalité et garants des biens communs, en particulier des ressources naturelles

 

         Qui ne voit que ces conceptions ont été mises à mal par la montée du libéralisme économique et la domination des conceptions anglo-saxonnes ?           

         Nicolas Sarkozy avait d’ailleurs clairement annoncé, au cours de sa campagne présidentielle, qu’il fallait rompre avec le modèle social français. Il s’est fait depuis le chantre de ces thèses, en sapant d’autres piliers de cette identité ou en prétendant la rénover : remise en cause de la laïcité (discours de Latran, Loi Carle, accord Kouchner/Vatican …) ; discrimination positive (tentative d’inscrire dans la constitution la reconnaissance des diversités !) ; accroissement de la dérive monarchique du pouvoir ; utilisation fréquente de propos « provocateurs », qui mettent à mal la vision humaniste que devrait promouvoir le chef de l’Etat. La Présidence de Nicolas Sarkozy est donc bien une menace pour l’identité française.

 

L’identité de la France, c’est la République.

 

         Plus largement, le problème vient surtout du fait que nos valeurs républicaines s’incarnent de moins en moins dans le réel et ne semblent plus orienter l’évolution de la société française. Comment convaincre que la devise inscrite sur nos frontons est notre ambition commune, quand les inégalités sociales s’accroissent, le racisme s’installe, la promotion sociale est stoppée, certains quartiers dérivent en ghettos, quand se développent les privilèges pour certains et se multiplient les handicaps pour les autres, quand l’héritage et la fortune transmise comptent plus que le travail et le talent de chacun, quand le mauvais exemple vient du haut et que la République est sans cesse convoquée pour imposer des contraintes, des limitations et de moins en moins  pour favoriser l’émancipation de tous ! Certains enragent, d’autres se résignent. Le pays est désorienté. 

         Il est évident que l’intégration des populations immigrées est plus difficile, si le pays doute de lui-même, perd ses repères  et ne se donne pas les moyens de la réussir.  

 

La France n’est ni un territoire unique, ni une nation ethnique.

         Le choix du terme « identité » est contestable, car il privilégie une vision intemporelle et statique de la nation : approche partagée par ceux qui nient l’apport permanent des immigrés à notre pays et ceux qui valorisent la référence à la terre « éternelle ». Tenter de rattacher cette identité à la terre est d’ailleurs assez cocasse. De quelle terre parle-t-on ? Celle de Philippe Auguste? De Louis XIV, qui lui ajouta quelques provinces étrangères comme l'Artois ou le Roussillon? De Napoléon Bonaparte, qui crut pouvoir l'étendre à toute l'Europe? Des colonies, de l'Algérie d'avant 1962?....Cela n'a pas de sens. La France n'a jamais été une réalité achevée, une donnée figée de la nature et de l'histoire. Ni territoire ni « esprit d'un peuple », la France est, comme l'a rappelé Fernand Braudel, un résidu, un amalgame, des additions, des mélanges. 
        Géographiquement, la France hexagonale est un carrefour entre des mondes  -continental, océanique, méditerranéen-, fait de centaines de micro-­milieux, d’une mosaïque de paysages marqués par l’homme, lui-même contraint par la diversité des milieux. Il n’existe pas une France naturelle, mais des France géographiquement différentes. C’est encore plus vrai aujourd’hui, avec l’apport de l’outre mer.
         La réalité démographique et ethnologique est, elle aussi, complexe et artificielle, faisant cohabiter les trois principaux mondes de l'Europe occidentale: germanique, celte et méditerranéen. La population française est - sur notre continent - celle qui a le plus précocement et le plus complètement brassé les ethnies. 
         Le pacte républicain est devenu le fondement déterminant de notre destin commun et le socle de l’unité de notre nation. C’est le 14 juillet 1790, au Champ de Mars, à Paris, que les représentants des provinces décidèrent de créer ce que Renan définissait comme "cette grande agrégation d'hommes, saine d'esprit et chaude de cœur, qui crée une conscience morale qui s'appelle une nation".

La gauche a une responsabilité historique.

         La France naît à chaque instant d'un contrat collectif et d’un combat permanent qui, s'il s'interrompait, ferait tout s'écrouler. Peut être cette «  fragilité » apparente inquiète-t-elle nos concitoyens, surtout lorsque personne n’éclaire plus l’avenir. Là est la tâche de la gauche. 
         Elle a imposé l’égalité dans notre devise, alors que la droite l’a toujours contestée, en tentant, récemment encore, de lui substituer l’équité. Elle a promu la fraternité, en alliant reconnaissance des droits individuels, des droits fondamentaux avec l’indispensable solidarité, la mutualisation des risques, le brassage social. Elle a porté en permanence l’élargissement de l’idéal républicain à l’ensemble des champs de la vie collective et singulièrement dans l’économie et le social[2]
        Elle a toujours occupé une place déterminante dans les combats pour la liberté, dont certains reprennent, hélas, une singulière acuité, comme celui pour la laïcité, l’humanisme ou le développement des libertés publiques. Quant à l’internationalisme, c’est un des grands apports de la gauche, qui n’a jamais confondu la nation et le nationalisme, l’amour de la patrie et le repli sur soi ou le rejet des autres. Elle sait que, lorsque le nationalisme s’installe dans notre pays, il s’affaiblit, il recule et les problèmes intérieurs, les difficultés sociales s’accroissent. Elle sait aussi que la citoyenneté française n’exclut en rien la revendication de participer à une citoyenneté européenne et même l’espérance d’une citoyenneté mondiale.

         L’épopée républicaine de notre pays n’est pas achevée. Elle constitue toujours un moteur  puissant pour nos concitoyens et elle conserve une force d’attraction indéniable dans le monde. On le voit bien, la crise et les bouleversements actuels requalifient  le modèle français, que le cycle ultralibéral a tant malmené. Y a- t- il dans notre pays une volonté politique suffisante pour engager cette reconquête ? Aurons-nous l’audace et le courage d’affronter le grand défi de l’égalité ?  Sans progrès vers l’égalité, le doute prendra le pas sur l’espoir. La gauche a, là, une responsabilité majeure et doit porter cette vision mobilisatrice de l’avenir. L’identité nationale à moins besoin de débat que d’action.


[1] «  Les inquiétantes ruptures de M. Sarkozy » (Eric Besson- janvier 2007)

[2] Les références ne manquent pas : Jaurès, le Programme du CNR, la sécurité sociale, les services publics, les droits sociaux….

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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 12:28
A l'occasion de la commémoration du 11 novembre, Sud Radio a organisé un débat, auquel a participé Paul Quilès, sur le thème : "Y a-t-il trop de commémorations en France?"
Pour écouter, cliquer ici (émission du mercredi 11 novembre, à partir de 5minutes)
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6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 18:38

La loi Carle
et la « liberté de l’enseignement »     

                par  Guy Georges, Marie Noëlle Lienemann, Paul Quilès, 
              animateurs du club Gauche Avenir         


              

            Le 22 octobre 2009, le Conseil Constitutionnel a déclaré conforme à la Constitution la "loi Carle", qui contraint les maires à financer des écoles privées de communes voisines, lorsque des enfants de leur commune fréquentent ces écoles. Cette loi entend garantir "la parité de financement" entre écoles publiques et privées. Dernier maillon d'une série commencée avec la loi Barangé de 1951, elle réalise la division "équitable" de la jeunesse, ce que les lois républicaines de 1882 et 1886 avaient écarté, en créant l'école laïque, gratuite, ouverte à tous sans distinction d'aucune sorte. A côté de celle-ci, fonctionnent donc des écoles gratuites ayant leur « caractère propre », c’est à dire leur particularité (religieuse pour la plupart, mais les partis de droite en promettent d’autres) et financées par l'impôt de tous les citoyens.
        
En tête des considérants de la décision du Conseil Constitutionnel, figure la référence à la "liberté de l'enseignement". Jean Louis Debré, intervenant de façon inhabituelle, eu égard au devoir de réserve lié à sa fonction, s’est exprimé devant le Congrès de l'Union Nationale de l'Enseignement Technique Privé[1], en reprenant deux contre-vérités, ressassées depuis un siècle:

- « Toute disposition législative qui aurait pour effet de créer un monopole de l'enseignement public porterait atteinte au principe de liberté de l'enseignement »

- "Je suis fils de l'enseignement public; j'ai compris à travers l'enseignement de mes maîtres, qu'il y avait une liberté à défendre, la liberté de l'enseignement".        

          Il faut en finir avec ce tour de passe-passe, qui consiste à invoquer la "liberté de l'enseignement", pour masquer des appétits idéologiques, sociologiques ou économiques. Qu'est-ce que la liberté de l'enseignement, sinon un enseignement indépendant, affranchi de contraintes doctrinales ou politiques? Quand le décret du 29 frimaire an II déclare, dans son article premier, que "l’enseignement est libre", cela signifie qu'il s'affranchit des tutelles antérieures, qu’elles soient religieuse et monarchique. Quand la Constitution de 1848 reprend, dans son préambule, la même phrase -"l'enseignement est libre"-, elle le libère des mêmes tutelles, revenues avec l'Empire et les monarchies dans la première moitié du siècle.

            La vraie liberté de l'enseignement, que Jean Rostand caractérisait par la belle formule "Former les esprits sans les conformer", c’est celle de l'école laïque, antinomique de l'enseignement dépendant du "caractère propre" d’un établissement.

         Les adversaires de cette liberté fondamentale lui en ont substitué une autre, celle de créer leurs propres établissements privés d’enseignement. Contrairement à ce qu’affirme Jean Louis Debré, la République n’a jamais interdit ni empêché une religion ou un mouvement particulier d’ouvrir de tels établissements (sauf évidemment pour des raisons d’ordre public). La seule disposition législative qui aurait «pour effet de créer un monopole» interdirait explicitement cette liberté. Il n’y a ni monopole ni tentation de qui que ce soit de vouloir instaurer un monopole de l’enseignement public. La question a été tranchée en 1905.

           Les républicains convaincus, comme les défenseurs de la laïcité de l’Etat, contestent que ces établissements privés assurent leur gestion avec l’argent public. En janvier 1910 déjà, la Chambre des Députés avait rejeté le projet de la droite réclamant la « répartition proportionnelle scolaire », au nom de l’unité de la Nation. Il est vrai que le régime de Vichy a ensuite ouvert la brèche, qu’ont élargie peu à peu les partis de droite.  La loi Carle en est aujourd’hui l’aboutissement et on parle de…. « parité » !

          Le Conseil Constitutionnel affirme que la « liberté de l’enseignement constitue l’un des principes fondamentaux reconnus par les lois de la République». Quelles lois ? Il est rare que ces textes ne soient pas précisément désignés. La référence au préambule de la Constitution de 1946, repris par celle de 1958, n’est pas pertinente. En effet, l’Assemblée constituante de 1946 a refusé à deux reprises l’inscription de la liberté de l’enseignement dans ce préambule, en particulier à cause de l’ambiguïté de l’expression et en considérant que cette liberté résidait dans la laïcité, inscrite, elle, dans le préambule. L’Eglise catholique a alors déclenché les hostilités, en appelant à voter « non » au référendum constitutionnel. Les partis de droite ont mené campagne sans relâche pour cette inscription dans la Constitution. Ils ont échoué fin août 1946.

         Et tout à coup, comme par magie, on attribue à cette notion une « valeur constitutionnelle » et on l’associe, comme si elle en était le corollaire, à son contraire, l’article premier de la Constitution, qui affirme : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race, ou de religion »

            Le fondement de la laïcité et de la démocratie est l’égalité des droits dans la richesse des différences et non l’égalité des différences dans la diversité des droits. Alors que l’école laïque répond au premier terme, l’égalité des citoyens, il est regrettable que les établissements privés aient obtenu l’égalité des différences, voie ouverte au communautarisme !

            Michel Debré, le père, avait senti le danger quand, le 31 décembre 1959, il déclarait, en présentant le projet de loi qui porte son nom: « Il n’est pas concevable pour l’avenir de la Nation qu’à côté de l’édifice public de l ’Education Nationale, l’Etat participe à l’élaboration d’un autre édifice qui lui serait en quelque sorte concurrent et qui marquerait, pour faire face à une responsabilité fondamentale, la division absolue de l’enseignement en France »

            Malheureusement, c’est chose faite maintenant, grâce à la loi Carle, avec l’appui public de Jean Louis Debré. Pour dénoncer ce recul de plus d’un siècle, le club « Gauche Avenir » a organisé le 10 octobre un colloque, afin que « renaisse la République indivisible, laïque démocratique et sociale ». A cette occasion, nous avons appelé au réveil des consciences, au réengagement de toutes les forces laïques, pour redonner corps et vigueur à l’idéal laïque.
         Et, puisque le gouvernement veut engager un débat sur l’identité nationale, ne considérons pas les remises en cause comme acquises et inéluctables ; redonnons sens et perspective à la République laïque, pilier de l’identité de la France.    
               
                                                                                                                                                                                                        

 


[1] qui se tenait à Paris les 19 et 20 octobre 2009.

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Published by Paul Quilès - dans Politique française
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Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez