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27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 16:40
Burkini et propagande jihadiste

      J'ai choisi l'humour pour montrer le ridicule de la polémique sur le burkini (voir sur ce blog:  "comment se baigner?").

 

      Si la plupart des réactions ont été positives, quelques lecteurs se sont montrés critiques, en considérant qu'il fallait réagir avec beaucoup de fermeté devant cette démonstration vestimentaire.

 

      Ce n'était pas mon avis et c'est la raison pour laquelle j'ai parlé de "délire politico- médiatique". Je me félicite donc de l'ordonnance rendue par le Conseil d'Etat. Tout n'est pas réglé pour autant et il faudra notamment s'entendre sur le sens profond du beau mot "laïcité", malheureusement utilisé à tort et à travers....y compris par le FN!

 

      En attendant, la dérive constatée à la suite de la prise des arrêtés "anti burkini" a entraîné des réactions dont l'exploitation va à l'encontre du but recherché. On lira à ce sujet avec intérêt l'interview d'un spécialiste des questions jihadistes, qui explique comment ce qui vient de se passer "va alimenter des années de propagande jihadiste".

 

*************

 

Interview donnée à franceinfo par David Thomson

 

 

Comment les sympathisants de l'Etat islamique ont-ils réagi aux récentes interdictions du port du burkini sur certaines plages de France ?

 

David Thomson : Les sympathisants jihadistes semblent eux-mêmes surpris que la police municipale de Nice fasse leur travail de propagande à leur place. Pour eux, c'est du pain bénit. Le récit jihadiste martèle depuis des années qu'il serait impossible pour un musulman de vivre sa religion dignement en France. Alors évidemment, dès leur diffusion, ces photos sont passées en quelques minutes à peine en tête des sujets les plus discutés dans la "jihadosphère", où la tonalité générale était : "La France humilie une pauvre musulmane."

 

Pourtant, au début de la polémique sur le burkini, jihadistes et salafistes s'étonnaient de "tout le vacarme fait par des mécréants" au sujet d'un usage vestimentaire qu'eux-mêmes jugent contraire à leur dogme.

 

Plus spécifiquement, quel écho ont rencontré les photos publiées mardi par le Daily Mail ?

 

Depuis hier, ces images ont littéralement "cassé" l'internet jihadiste, que ce soit du côté des partisans de l'Etat islamique ou chez ceux d'Al-Qaïda. Il serait très étonnant que ces quatre photos ne soient pas abondamment reprises dans les vidéos de propagande jihadistes officielles, car elles représentent l'incarnation même de leur rhétorique anti-France.

 

Celle d'un pays ennemi de l'islam, présenté comme une terre de mécréance par excellence, où l'on humilie les musulmans sous le regard passif d'un public immobile, à travers des forces de l'ordre perçues comme une autorité qualifiée "d'idolâtre", c'est-à-dire découlant de la souveraineté populaire et non divine.

 

Sans exagérer, on peut considérer que ces clichés de Nice vont alimenter des années de propagande jihadiste.

 

Les mesures prises au nom du respect de l'ordre public telles que l'interdiction du burkini risquent donc d'être contre-productives ?

 

Vu la brutalité de son application, on peut en effet le considérer. Dans un contexte de récurrence des attentats, les municipalités qui l'ont interdit estiment que le burkini est l'expression d'un "communautarisme" qui pourrait constituer un marchepied vers une forme de radicalité. Mais à l'inverse, pour celles qui le portent, ce vêtement de bain est paradoxalement vécu comme un compromis entre leur conservatisme religieux et la société occidentale moderne. 

 

Ce compromis est intolérable chez les salafistes et les jihadistes. Dans ces milieux, les femmes ne vont tout simplement pas à la plage ou alors dans des conditions beaucoup plus strictes et sûrement pas en burkini, entourées d'autres femmes en bikini. Le burkini est jugé non conforme à leur interprétation du Coran et de la sunna [la loi divine].

 

En revanche, son interdiction génère des crispations très fortes dans une grande partie de la communauté musulmane, et en donnant corps à la propagande jihadiste, il n'est pas impossible que cette polémique génère une fracture, un dégoût de la France chez certains musulmans, au-delà même des cercles salafistes ou jihadistes. A l'heure où l'on parle de la nécessité de développer un discours pour contrer le narratif jihadiste, on s'aperçoit que non seulement ce contre-discours n'existe pas, mais qu'en plus, certaines autorités françaises offrent de quoi renforcer ce contre quoi elles pensent lutter.

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* David Thomson est reporter à RFI et auteur du livre "Les Français jihadistes" (2014, Les Arènes)

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22 août 2016 1 22 /08 /août /2016 21:06
A quoi donc servent les primaires ?A quoi donc servent les primaires ?

 

      Les partis de gauche qui ont appelé les électeurs à voter pour François Hollande le 6 mai 2012 le savent bien : compte tenu du climat politique, de la situation économique et sociale et du faible niveau de popularité des candidats potentiels, notamment du Président de la République, la division des candidatures de gauche au premier tour de la présidentielle de 2017 conduirait certainement à un affrontement droite/extrême droite au second tour.

 

      Devant cette perspective peu encourageante et encore plus dangereuse que lors de l’élection de 2002, où le Front national n’était pas aussi puissant qu’aujourd’hui, les partis et leaders de gauche s’efforcent de convaincre que la multiplication des primaires (socialiste, écologiste,…) et des candidatures contribuera à renforcer les chances de la gauche d’accéder au second tour.

 

     Etrange raisonnement, qui tient presque du déni ! Il est facile de comprendre en effet que la concurrence des candidats à ces primaires, dans une atmosphère mêlant les considérations de nature narcissique et la langue de bois, va se traduire par des surenchères qui rendront ridicules et peu crédibles les inévitables ralliements qui interviendront après ces combats de gladiateurs.

 

      Chacun voit bien que la multiplication des candidatures aux primaires  -à gauche comme à droite-, ne provient pas seulement du besoin évident de satisfaction égotique des postulants (qui ne croient pas un instant à leur chance). Elle a aussi son origine dans le calcul des candidats, qui aspirent à se trouver en bonne place pour négocier avec le vainqueur une position de pouvoir ou pour participer à la redistribution des responsabilités politiques après les élections de 2017, puisque, quel que soit le cas de figure, la question du devenir des forces politiques actuelles se posera.

 

      Ces préoccupations, malgré le langage fleuri qui habille les discours, sont peu susceptibles de redonner le goût de la politique à des électeurs inquiets et déçus. Pour ma part, je trouve dans cette ambiance délétère la confirmation de mon analyse du principe des primaires, que j’ai formulée à de nombreuses reprises depuis longtemps (voir ci-après) et des conséquences néfastes que cette compétition entretient.

 

      Pendant ce temps, une question majeure de la vie publique française est totalement occultée : celle du dysfonctionnement des institutions qui fondent notre démocratie. En l’absence d’actes, les promesses incantatoires de réformes, qui n’ont pas manqué depuis des années, ne convainquent plus personne. Et pourtant, il est essentiel de  revenir sur la réforme de 2001 et de procéder à l'élection des députés avant l'élection présidentielle, afin de centrer le débat non plus sur les rivalités de personnes, mais sur une vision politique de l'avenir de la France.

 

      C’est pourquoi, j’ai demandé* il y a 3 mois au Premier secrétaire du Parti socialiste ce qu’il comptait faire pour que cette question soit sérieusement et de façon urgente prise en compte, à commencer par le plus haut niveau, celui du Président de la République, qui, dans le fonctionnement actuel de nos institutions, est le seul à pouvoir œuvrer en ce sens avant la fin du quinquennat.

 

       Las, la réponse se fait attendre. Est-il toujours urgent d'attendre quand la démocratie se dévitalise dangereusement?

 

* Extraits de ma lettre au Premier secrétaire du PS 

 

      « (….) Au-delà des positionnements de tous bords, il y a désormais un constat très largement partagé: la Vème République souffre d'une insuffisance démocratique, qui  est même devenue une entrave à la possibilité de construire un projet commun. Plus que jamais, ses institutions apparaissent comme n’étant plus adaptées au monde dans lequel nous vivons.

 

      Depuis 15 ans, je n'ai cessé d'alerter sur les dérives auxquelles elles ont donné lieu et de proposer des réformes[1] . Je me souviens aussi de ma solitude après le congrès de Grenoble, lorsque je me suis permis de critiquer la mise en place concomitante du quinquennat et de l'inversion du calendrier, une mesure dont je pressentais les conséquences néfastes sur l'équilibre des pouvoirs.

 

      C'est donc avec intérêt que je relève l'une des 50 recommandations du rapport approfondi et argumenté des Secrétaires nationaux. Dans la perspective d'une représentation parlementaire renforcée, la recommandation n°19 propose en effet "de revenir sur la réforme de 2001 et de procéder à l'élection des députés au moins un mois avant l'élection présidentielle."

 

      Je me félicite que cette proposition reprenne celle que je préconise depuis des années. Je note qu’elle est aussi partagée par le groupe de travail co-présidé par Claude Bartolone, Président de l'Assemblée Nationale et Michel Winock, historien. Dans leur rapport n° 3100 de novembre 2015, intitulé "Refaire la démocratie", la commission recommande: "En cas de non-rétablissement du septennat, procéder, a minima, à l'inversion du calendrier électoral afin que les élections législatives aient lieu avant l'élection présidentielle" (proposition n°7).

 

      Il est à cet égard très regrettable que les travaux à l'Assemblée Nationale (première et unique initiative menée par le Parlement lui-même dans l'histoire de la Ve République) soient tombés dans une profonde indifférence politique et médiatique. Il serait également regrettable que le rapport de la commission de notre Parti connaisse le même sort.

 

      Le Parti Socialiste doit se réapproprier cette question des institutions, qui mine la vie politique, afin, comme le suggère le rapport, "d'apparaître comme la première formation politique à être force de propositions concrètes" et attendues par la société civile sensible à l'affaiblissement grave du caractère démocratique de nos institutions. Le temps presse pour que les responsables politiques fassent justement preuve de responsabilité en mettant en œuvre les réformes qui donneront tout son sens à la démocratie. (….) »

 

[1] Voir notamment :

- « La démocratie affaiblie » (octobre 2007) 

- « Quelle souveraineté » (novembre 2011)

- « Redonner tout son sens à la démocratie » (février 2016) 

 

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Rappel de mes prises de position sur les primaires (extraits)

 

  • 30 août 2009 (blog)

     J’entends souvent dire : « il faut vraiment avoir la foi, pour faire de la politique en ce moment!». Il est vrai que ce n’est pas simple de prouver à nos concitoyens que l’action politique a un sens, dans cette démocratie, écrasée par l’hyper médiatisation, par le présidentialisme et par une atmosphère de crise mondiale, qui efface les repères et qui rend l’avenir de plus en plus incertain. Comment ne pas comprendre également qu’ils ne croient plus que les mots, si souvent déformés jusqu’à ne plus rien dire (rupture, changement, démocratie, rassemblement, moralisation….) se traduiront par des actes ? Et ce n’est pas la malheureuse formule d’un responsable socialiste, se proclamant « croyant, mais pas pratiquant », pour expliquer ses reniements, qui leur rendra la foi !

 

     Alors, certains ont trouvé la solution miracle : le recours au peuple, probablement parce que -pour rester dans les références religieuses- la voix du peuple, c’est la voix de Dieu (« vox populi, vox dei ») ? Il se trouve que l’on connaît les limites de la démocratie directe, qui n’aurait pas permis par exemple d’abolir la peine de mort il y a 28 ans ! C’est bien pour cela que l’on a recours à la démocratie représentative, même si elle est très imparfaite et si, dans cette Vème République qui en a détourné le fonctionnement pour en faire une monarchie républicaine, bien des transformations sont nécessaires : mandat parlementaire unique, rééquilibrage des pouvoirs….

 

     Soyons donc prudents devant cette soudaine découverte du rôle du peuple comme remède magique aux doutes des citoyens devant la perte de crédibilité de la politique et des responsables politiques. On nous annonce des objectifs ambitieux : « donner une légitimité aux candidats », « régénérer la démocratie », « revisiter la conception des partis politiques », « redonner le pouvoir aux citoyens ». Chacune de ces formules prometteuses nécessiterait un long débat……mais comment ne pas voir qu’une primaire entre une dizaine de candidats socialistes risquerait d’avoir des effets contraires aux objectifs affichés. Par exemple : la participation au vote d’électeurs venant du bord opposé, la fixation de l’opinion publique sur les aspects médiatiques, largement influencés par des forces extérieures à la gauche, la mise à l’écart des autres organisations de gauche, les affrontements publics sur les aspects programmatiques .…Plus que jamais, le proverbe anglais se justifie : « le diable est dans les détails »  (….) 

 

  • 2 décembre 2010 (tribune MEDIAPART: Primaires : attention, danger)

     (….)   Je n’insisterai pas sur les conséquences de la pression médiatique, qui entretient la compétition et qui conduit parfois certains prétendants à des excès ridicules. Je souhaite plutôt attirer l’attention sur la dévitalisation du PS à laquelle va inéluctablement conduire ce système, puisqu’il doit permettre à de nombreux électeurs non militants de choisir, en même temps que le candidat, un projet, un programme et même des alliances. Dans l’éventail des choix offerts aux électeurs, l’accent sera mis sur les différences et le partage entre les candidats se fera à partir de la médiatisation, elle-même influencée par les sondages. On sera loin de l’élaboration collective et des synthèses nécessaires pour élaborer un programme cohérent et mobilisateur.  (….)  

 

     En se montrant en quelque sorte prisonniers de la présidentialisation de la Vème République, les socialistes affaiblissent leur discours sur la volonté de transformer en profondeur des institutions, dont on observe chaque jour un peu plus la dérive monarchique. (….)

 

  • 11 février 2016  (blog)

     L’appel à organiser des primaires de la gauche en vue de l’élection présidentielle de 2017, lancé le 11 janvier 2016, ne m’avait pas convaincu. Je m’en étais entretenu avec mon ami Rémi Lefebvre, professeur de science politique, chercheur au CNRS et bon connaisseur de notre système institutionnel.

 

     Nous étions convenus qu’il était « contradictoire de dénoncer en même temps le fait du prince qui découle de la présidentialisation et de proposer une procédure qui renforce la présidentialisation. »

 

     En réalité, disions-nous, « les primaires entérinent et accélèrent avant tout une logique de personnalisation et favorisent les postures tactiques. Elles n’ont pas la capacité mécanique de raviver le débat citoyen. Elles renforcent la logique présidentialiste et bi-polarisante de la Ve République. A plus long terme, elles favorisent la dépolitisation, la personnalisation et la dramatisation artificielle de la vie politique. La seule façon de ne pas tomber dans ces travers consiste à appeler préalablement l’ensemble de la gauche à poser comme condition de son soutien à un candidat l’engagement de modifier en profondeur les institutions. »

 

     Tel ne semble pas être le cas. C’est ce que fait remarquer Rémi Lefebvre dans cette excellente tribune publiée aujourd'hui dans Le Monde, que j’approuve totalement et dont je vous invite à prendre connaissance.

 

La primaire à gauche est un leurre (extraits)

 

    Le projet de primaire en dit long sur l’impasse de la gauche, son désarroi actuel et sa désorientation stratégique.  (….)

 

     Les défaites cuisantes aux élections intermédiaires depuis 2012 n’ont en rien contrarié une droitisation de l’exécutif de plus en plus assumée. Pire, la candidature de François Hollande, pourtant largement disqualifiée dans l’opinion, apparaît de plus en plus incontournable pour 2017. Les appels au "vote utile" face au double péril extrémiste et terroriste se font déjà entendre. Le levier de la primaire apparaît comme une réponse à cette impuissance systémique. Atomisée, la gauche en vient à se raccrocher à une procédure qui, sous couvert de déverrouiller la situation, ne peut que renforcer à terme les maux qu’elle dénonce et la présidentialisation mortifère du jeu politique.  (….)    

 

     Depuis 2012, l’image de la primaire a changé. La clôture autistique du jeu politique est plus forte que jamais. Le président de la République, adoubé par trois millions de sympathisants à la primaire, lors de ce scrutin, s’est révélé au pouvoir émancipé de toute tutelle partisane et parlementaire et impose au « peuple de gauche » et à ses partis une politique dans laquelle ils ne se retrouvent pas et qui n’obtient aucun résultat.

 

    La plupart des commentateurs conviennent désormais que cette procédure de désignation contribue à exacerber encore la personnalisation de la politique et l’hystérie présidentialiste du débat public, renforcées par le quinquennat et l’inversion du calendrier présidentiel. En accord avec l’imaginaire providentialiste du régime de la Ve République, la primaire n’est qu’une manière de réguler la concurrence des ambitions personnelles qu’elle légitime et banalise, ce faisant. (…)

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19 août 2016 5 19 /08 /août /2016 16:46

En plein délire politico-médiatique à propos du "burkini", un peu d'humour avec ces images trouvées sur les réseaux sociaux permet de relativiser les indignations!

Comment se baigner?

        La baignade des bonnes soeurs (catholiques)

Comment se baigner?

Un agent vérifie la longueur réglementaire des maillots féminins

à Washington DC en 1922

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10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 11:01
L'honneur de la République

      Le 10 juillet reste une date mémorable  dans l’histoire de la République.

 

      C'est en effet le 10 juillet 1940, au cours de la réunion de la Chambre des députés et du Sénat, dans le Grand Casino de Vichy, que 80 parlementaires, parmi 649 présents*, votèrent contre l'attribution des pleins pouvoirs au maréchal Pétain, président du Conseil.

 

      Parmi les plus connus ayant dit non, il y avait: Vincent Auriol (1884-1966), Léon Blum (1872-1950), Félix Gouin (1884-1977), Joseph Paul-Boncour (1873-1972), Paul Ramadier (1888-1961)

 

      Certains payèrent leur engagement au prix du sang. Deux d'entre eux furent assassinés : François Camel et Marx Dormoy. Dix furent envoyés en déportation, dont cinq ne revinrent jamais : Claude Jordery, Augustin Malroux, Lionel de Moustier, Joseph-Paul Rambaud, Isidore Thivrier.

 

       Il faut rendre hommage à ces 80 parlementaires courageux et lucides qui surent dire non. Ils furent l'honneur de la République.

 

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* Les deux Chambres comptaient 907 parlementaires au début de 1940 et l’assemblée était donc loin d'être au complet, puisque les parlementaires communistes avaient été déchus de leurs mandats, que certains parlementaires étaient mobilisés et que d’autres avaient embarqué sur le paquebot Massilia pour aller en Afrique du Nord organiser la poursuite de la lutte.

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2 juillet 2016 6 02 /07 /juillet /2016 23:12
Avec Michel Rocard, le soir du 10 mai 1981, place de la Bastille

Avec Michel Rocard, le soir du 10 mai 1981, place de la Bastille

Michel Rocard a indiscutablement marqué l'histoire de la gauche. C'était un homme convaincu, passionné, avec un goût prononcé pour le débat.

 

J'avais de l'estime pour lui, même si j'ai combattu sa ligne politique, lorsqu'il a souhaité porter les couleurs de la gauche à l'élection présidentielle de 1981.

 

Son affrontement avec François Mitterrand, au delà des aspects personnels, tenait principalement à une différence de vision stratégique, notamment à l'égard de l'union de la gauche..

 

Cela n'a pas empêché qu'il soit pendant 3 ans son Premier Ministre (1988-1991). J'ai alors fait partie de son gouvernenent en tant que ministre de la Poste, des Télécommunications et de l'Espace et je lui sais gré d'avoir soutenu ma démarche de concertation, qui a permis la grande "réforme des PTT", qui a pu être votée sans passage en force, malgré une absence de majorité parlementaire.

 

J'ai aussi apprécié qu'il accepte récemment de participer au Comité de parrainage de l'association IDN, que je préside et dont l'objet est de convaincre les Français, particulièrement les parlementaires et le gouvernement, du danger et de l'inutilité de l'armement nucléaire.

 

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Voir le reportage de France 3 Midi-Pyrénées

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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 15:19
Dommage!

       Ma seule réaction devant l’enterrement par le Président de la République de la révision constitutionnelle qu'il avait lui-même initiée après les attentats de novembre et qui concernait principalement la déchéance de nationalité, est : DOMMAGE !

  • Dommage qu’il ait lancé ce débat inutile, inefficace et dangereux.
  • Dommage qu’il n’ait pas écouté les voix de la raison (voir ci-après mon texte du 26 décembre 2015)
  • Dommage qu’il n’ait pas suivi la proposition que je lui avais adressée avec près de 500 signataires (voir ci-après mon adresse du 30 décembre 2015)

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Texte de Paul Quilès (26 décembre 2015)

 

 Déchéance: que ce mot est laid ! Quelle que soit son utilisation, il suggère, d’après le dictionnaire,  la dégradation, l’abaissement, la décrépitude….On n’en parlait pas beaucoup jusqu’ici, alors que la déchéance de nationalité existe dans notre arsenal judiciaire, pour certains cas bien limités. L’inscrire dans la Constitution pour les binationaux nés en France et coupables d’actes de terrorisme créerait de facto deux catégories de citoyens français.

 

     Il est donc compréhensible que la décision du Président de la République interpelle tous ceux qui se demandent pourquoi celui-ci, élu par une majorité de voix de gauche, vient contredire avec cette mesure une valeur –le droit du sol- qui fait partie de l’ADN de la gauche.

 

      Ils ne comprennent pas pourquoi il prend le risque de donner des gages à ceux qui, à l’extrême droite et même à droite, n’hésitent jamais à pousser à la division des Français et qui, depuis quelques jours, applaudissent bruyamment l’annonce présidentielle.

 

      Nombre de Français, sensibles à l’appel, réitéré à la suite des récents attentats, à la défense de la République, ne comprennent pas non plus cette attaque contre un de ses symboles.

 

     Alors, pourquoi une telle décision ? A-t-on besoin de la menace de déchéance de la nationalité française pour dissuader un terroriste de perpétrer un attentat ? Personne ne le croit un seul instant, pas plus l’initiateur du projet que les spécialistes de l’anti-terrorisme ou simplement les citoyens dotés de bon sens. D’autres mesures, autrement plus efficaces, sont indispensables ; elles concernent le renseignement, les forces de sécurité, la coopération internationale, l’attaque du "mal" à la racine….autant de domaines dans lesquels des actions ont justement été entreprises.

 

      Ce constat et ce questionnement conduisent inévitablement à penser qu’au-delà du discours officiel, peu crédible, la décision répond à d’autres considérations, d’une autre nature….. Il pourrait s’agir de contraindre les parlementaires de gauche à voter positivement au Congrès de Versailles (où la majorité des 3/5èmes est requise), sous la menace d’un référendum. Cette opération ne serait pas sans risque, car l’opposition ne se priverait pas d’en dénoncer le caractère tactique.

 

      Et, si l’objectif était –ce que certains commentateurs suggèrent- une tentative de "triangulation" en vue de la prochaine élection présidentielle, il ne faudrait pas oublier que « les électeurs préfèrent l’original à la copie ». Attention, jeu dangereux !

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Adresse de Paul Quilès au Président (30 décembre 2015)
 
J’ai pris l’initiative de rédiger cette “adresse” au Président de la République pour proposer une voie de sortie de l’imbroglio actuel.
 
Le projet envisagé suscite en effet interrogations, inquiétudes et controverses, qui ne sont pas sans fondements.
 

Il comporte des risques non négligeables d'amplifier un climat de division entre les Français, voire de créer des fractures.

 

Il ouvrirait la porte à des extensions dangereuses, déjà demandées par l'extrême-droite "pour aller beaucoup plus loin". 

 

Soutenez la demande faite au Président dans cette “adresse”, qui consiste à ce que, “sans modifier la Constitution ni remettre en cause le droit du sol, le Parlement réécrive l'article 23-7 du code civil afin de l’adapter aux besoins actuels de la lutte contre le terrorisme et à la sécurité des citoyens.”

      

 

                         Signez l’adresse au Président de la République

 

*****

    Adresse à Monsieur le Président de la République 

Après l'émotion suscitée par les récents attentats qui ont meurtri les Français, le gouvernement a exercé sa pleine responsabilité en cherchant à réviser notre droit pour le rendre plus efficace dans la lutte contre le terrorisme international.  

Le 16 novembre dernier, vous avez annoncé devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles votre souhait de "pouvoir déchoir de sa nationalité française un individu condamné pour une atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ou un acte de terrorisme, même s'il est né Français". 

Le 23 décembre, par la voix de votre Premier ministre, le gouvernement a annoncé qu'il allait "proposer au Congrès d'inscrire dans la Constitution, à l'occasion d'une révision, la déchéance de nationalité pour les binationaux, impliqués dans les affaires de terrorisme"

Ce projet suscite interrogations, inquiétudes et controverses, qui ne sont pas sans fondements et il comporte des risques non négligeables d'amplifier un climat de division entre les Français, voire de créer des fractures. Il ouvrirait la porte à des extensions dangereuses, déjà demandées par l'extrême-droite "pour aller beaucoup plus loin"

C’est pourquoi, nous souhaitons nous faire les porte-parole de tous les Français : 

- qui ne s’opposent pas au principe de la déchéance de nationalité, qui existe dans notre code civil depuis 1938 et a déjà été appliqué à de nombreuses reprises ; 

- qui s’opposent à l’inscription dans la Constitution d’un projet de réforme de la nationalité qui constituerait une rupture d'égalité contredisant l'article premier du texte fondateur de notre République, proclamée "indivisible", et créerait des catégories de citoyens traités différemment selon qu'ils sont binationaux ou pas. 

C’est dans cet esprit que nous nous adressons à vous pour que, sans modifier la Constitution ni remettre en cause le droit du sol, le Parlement réécrive l'article 23-7 du code civil afin de l’adapter aux besoins actuels de la lutte contre le terrorisme et à la sécurité des citoyens.

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16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 19:33
Redonner tout son sens à la démocratieRedonner tout son sens à la démocratie

       Plutôt que de disserter bruyamment et en permanence autour des possibles/probables/souhaitables/inévitables candidat(e)s à la prochaine élection présidentielle, mieux vaudrait réfléchir sérieusement au fonctionnement de nos institutions et notamment au rôle du Président de la République.

 

        C’est ce qui a été fait dans l’excellent rapport parlementaire intitulé « Refaire la démocratie », qui a été publié il y a quelques mois dans une regrettable indifférence médiatique et politique.

 

        On y retrouve pourtant une pertinente analyse des dérives de type monarchique auxquelles on assiste de plus en plus souvent. Après avoir souligné leurs conséquences néfastes pour la démocratie et l’efficacité même de l’action publique, le rapport formule de très utiles propositions, dont je vous invite à prendre connaissance (pages 75 à 84).

 

        J’y suis d’autant plus sensible qu’en octobre 2007, je publiais un texte, « la démocratie affaiblie », qui (malheureusement) ne me semble pas avoir vieilli. Quatre ans plus tard, je récidivais, avec cette question « quelle souveraineté ? »  On trouvera des extraits de ces textes ci-après.

 

      Combien de temps faudra-t-il encore attendre avant que les responsables politiques fassent justement preuve de responsabilité en proposant et en mettant en oeuvre les réformes qui redonneront tout son sens à la démocratie ?

 

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La démocratie affaiblie (9 octobre 2007)

 

    Alors que la gauche disserte sans fin sur sa « refondation », les démocrates –notamment ceux qui se réclament de la gauche- seraient bien avisés de se mobiliser face à l’attaque, sans précédent depuis 50 ans, qui se prépare contre les fondations de notre démocratie.

     Loin de moi l’idée de défendre de façon intangible les institutions de 1958. Elles ont certes permis de sortir de l’impuissance qui était devenue la marque de la IVème République, mais la décision prise en 1962 d’élire au suffrage universel le Président de la République a transformé la légitimité du pouvoir exécutif. Il suffit de relire la déclaration du général De Gaulle le 31 janvier 1964, affirmant que « l’autorité indivisible de l’Etat est déléguée tout entière au Président de la République ; qu’il n’y a aucune autorité ministérielle, ni civile, ni militaire, ni judiciaire qui puisse être conférée ou maintenue autrement que par lui… ». En réalité, ces institutions portaient en elles les dérives auxquelles on a assisté : accentuation du prétendu « domaine réservé » du Président, effacement du Premier ministre, Parlement corseté et sans réel pouvoir.

     Depuis 10 ans, je n’ai cessé d’alerter sur ces risques et de proposer des réformes. Beaucoup de salive a coulé : discours, livres, colloques, motions de congrès…Malheureusement, la gauche au pouvoir n’a pas mené les transformations nécessaires. François Mitterrand, qui s’est un peu trop –à mon goût- glissé dans des institutions qu’il avait critiquées de façon pertinente dans l’opposition, se rassurait en disant « la Constitution était dangereuse avant moi ; elle le redeviendra après moi ». De ce point de vue, il n’avait pas tort ! Quant à Lionel Jospin, il mit en place de façon concomitante le quinquennat et l’inversion du calendrier, accentuant ainsi le caractère excessivement présidentiel du régime. Je me souviens de ma solitude lorsque je me permis de critiquer cette mesure, dont je pressentais les conséquences néfastes sur l’équilibre des pouvoirs.

     Ayant fait de très nombreuses propositions* visant à restaurer le caractère parlementaire de nos institutions, je me sens autorisé aujourd’hui à mettre en garde contre les conséquences de la tentation de N. Sarkozy d’accentuer encore plus la présidentialisation du régime. En effet, la commission présidée par E. Balladur s’est vue fixer parmi ses objectifs de proposer les réformes « permettant au Président de gouverner ». Il s’agit en réalité de mettre le droit en conformité avec la pratique instaurée depuis quelques mois : un président tout puissant, un premier ministre condamné à jouer les utilités, un parlement dont on va pouvoir constater le rôle purement formel. La disparition pure et simple du poste de premier ministre complèterait le tableau ! Le Président pourrait alors gouverner directement, sans être responsable devant l’Assemblée Nationale et en conservant son pouvoir de dissolution. (….)

     Pour vraiment réformer nos institutions et les rendre dignes d’une grande démocratie moderne, il faudrait notamment débarrasser le Président de ses attributs monarchiques, obliger le Premier ministre à solliciter la confiance de l’Assemblée Nationale dès sa nomination et à la fin de chaque session, donner au Parlement de vrais moyens de contrôle de l’exécutif, faire des députés des élus à temps plein, ne cumulant leur mandat ni avec une fonction d’élu local ni avec un métier. (….)

    La gauche devrait se fixer comme objectif prioritaire de son action de s’opposer vigoureusement et de façon unitaire à cette dérive, qui, si elle se confirmait, constituerait un affaiblissement grave du caractère démocratique de nos institutions.


* Voir notamment: mon livre « les 577, des députés, pour quoi faire ? », mes propositions et mon activité de Président de la Commission de la défense (1997-2002) ; mes propositions lors du projet socialiste en 2002 ; ma contribution au Congrès de Dijon du PS en 2003 ; ma proposition de loi tendant à permettre au Parlement de contrôler l’application des lois, adoptée par l’Assemblée nationale (mai 2006)

**************

Quelle souveraineté ? (3 novembre 2011)

 

   C’est dans les périodes de crise que se manifeste le plus la confusion des esprits. La panique qu’engendrent la peur de la catastrophe et la recherche compulsive de solutions salvatrices immédiates prend le pas sur la nécessaire réflexion en profondeur, qui exige un retour aux " fondamentaux".

    Ainsi, la dramaturgie européenne à laquelle nous assistons en ce moment fait l’impasse sur la question majeure de la souveraineté dans les régimes démocratiques.

    En France, rappelons-le, c’est la Constitution qui en définit les principes fondamentaux. « La souveraineté nationale appartient au peuple, qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum » (article 3). Elle pose le principe de la République comme étant «le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple » (article 2)

     Il y aurait beaucoup à dire sur la façon dont ces principes sont appliqués, sur la pratique et les dérives des institutions d’une Vème République, devenue dans certains domaines un système quasi monarchique (voir ma tribune écrite il y a 4 ans....toujours d'actualité: « la démocratie affaiblie» )

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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 18:31

      L’appel à organiser des primaires de la gauche en vue de l’élection présidentielle de 2017, lancé le 11 janvier 2016, ne m’avait pas convaincu. Je m’en étais entretenu avec mon ami Rémi Lefebvre, professeur de science politique, chercheur au CNRS et bon connaisseur de notre système institutionnel.

 

      Nous étions convenus qu’il était « contradictoire de dénoncer en même temps le fait du prince qui découle de la présidentialisation et de proposer une procédure qui renforce la présidentialisation. »


      En réalité, disions-nous, « les primaires entérinent et accélèrent avant tout une logique de personnalisation et favorisent les postures tactiques. Elles n’ont pas la capacité mécanique de raviver le débat citoyen. Elles renforcent la logique présidentialiste et bi-polarisante de la Ve République. A plus long terme, elles favorisent la dépolitisation, la personnalisation et la dramatisation artificielle de la vie politique. La seule façon de ne pas tomber dans ces travers consiste à appeler préalablement l’ensemble de la gauche à poser comme condition de son soutien à un candidat l’engagement de modifier en profondeur les institutions. »

 

      Tel ne semble pas être le cas. C’est ce que fait remarquer Rémi Lefebvre dans cette excellente tribune publiée aujourd'hui dans Le Monde, que j’approuve totalement et dont je vous invite à prendre connaissance.

 

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La primaire à gauche est un leurre

 

      Le projet de primaire en dit long sur l’impasse de la gauche, son désarroi actuel et sa désorientation stratégique. Le texte d’appel paru dans Libération le 11 janvier prend acte de la situation de blocage dans laquelle s’est enferrée la gauche.Fragmentée à outrance, défaite idéologiquement, démobilisée politiquement, celle-ci risque de se fracasser sur le premier tour de l’élection présidentielle dans un an et demi.

 

      Les défaites cuisantes aux élections intermédiaires depuis 2012 n’ont en rien contrarié une droitisation de l’exécutif de plus en plus assumée. Pire, la candidature de François Hollande, pourtant largement disqualifiée dans l’opinion, apparaît de plus en plus incontournable pour 2017. Les appels au "vote utile" face au double péril extrémiste et terroriste se font déjà entendre. Le levier de la primaire apparaît comme une réponse à cette impuissance systémique. Atomisée, la gauche en vient à se raccrocher à une procédure qui, sous couvert de déverrouiller la situation, ne peut que renforcer à terme les maux qu’elle dénonce et la présidentialisation mortifère du jeu politique.


      Les termes du débat sur la primaire ont changé depuis 2009 lorsque Libération, Terra Nova et Arnaud Montebourg avaient lancé l’offensive pourune primaire socialiste. On lui prêtait alors des pouvoirs magiques, celui de réenchanter la politique, de renouveler le personnel politique ou  de dépasser les partis. Le succès démocratique de la procédure de 2011 au PS et la victoire de François Hollande ont en quelque sorte validé l’efficacité électorale de ce processus, à tel point que même la droite, qui lui était pourtant hostile, s’y est ralliée.


      Depuis 2012, l’image de la primaire a pourtant changé. La clôture autistique du jeu politique est plus forte que jamais. Le président de la République, adoubé par trois millions de sympathisants à la primaire, lors de ce scrutin, s’est révélé au pouvoir émancipé de toute tutelle partisane et parlementaire et impose au « peuple de gauche » et à ses partis une politique dans laquelle ils ne se retrouvent pas et qui n’obtient aucun résultat. La plupart des commentateurs conviennent désormais que cette procédure de désignation contribue à exacerber encore la personnalisation de la politique et l’hystérie présidentialiste du débat public, renforcées par le quinquennat et l’inversion du calendrier présidentiel. En accord avec l’imaginaire providentialiste du régime de la Ve République, la primaire n’est qu’une manière de réguler la concurrence des ambitions personnelles qu’elle légitime et banalise, ce faisant.


      Le dernier appel de Libération prend en compte ces limites, mais pèche par quelques naïvetés. Selon les signataires, la primaire pourrait être une machine à débattre et faire prévaloir la logique des idées et des projets alternatifs. La primaire a certes tranché des débats idéologiques en 2011. Mais cet arbitrage constitue-t-il une garantie dans le régime présidentialiste ? Rien n’est moins sûr. Le processus a un peu plus encore affranchi de son parti le président en exercice. La ligne sociale-libérale de Manuel Valls, largement désavouée par les sympathisants (5 % des suffrages), est devenue la colonne vertébrale de la politique gouvernementale. Comment croire ainsi à une primaire qui débouche sur « une coalition de projet et un contrat de gouvernement » et qui soit avant tout « un temps de débat et d’intelligence collective » ?


Une situation cruelle


      La primaire relève de la démocratie représentative, pas de la démocratie participative. Sa vocation est bien de désigner un homme ou une femme pour être candidat et le consacrer comme tel. Pour neutraliser a priori ces effets, les partisans de la primaire auraient pu imposer aux candidats de s’engager, si l’un d’entre eux était élu, à remettre en cause les institutions. Mais il n’y a pas de consensus à gauche sur la question institutionnelle, d’ailleurs jugée peu prioritaire, voire accessoire. Une primaire désignant un « candidat collectif », au crédit personnel démonétisé, paraît quant à elle peu vraisemblable.


      Pour la gauche, la situation est d’autant plus cruelle que la stratégie de la primaire apparaît à la fois comme la seule possible à court terme,compte tenu des règles institutionnelles, et pourtant comme une perspective très improbable. La primaire de 2011 a été le résultat d’un débat interne au PS particulièrement âpre (la plupart des dirigeants socialistes y étaient au départ hostiles). Le projet pour 2016 est beaucoup plus ambitieux encore puisque, dans le contexte de la montée de l’extrême droite, il s’agit de convaincre l’ensemble des partis de gauche de désigner un candidat commun alors que l’élection présidentielle constitue une vitrine médiatique essentielle pour chacun d’entre eux. Les signataires de l’appel du 11 janvier cherchent à contourner et à court-circuiter les partis, mais ces derniers restent les maîtres du jeu. Les prises de position sur la primaire sont surdéterminées par arrière-pensées tactiques, mauvaise foi et coups de bluff qui ne trompent personne mais plombent la démarche. Le projet de la primaire rassemble essentiellement les adversaires François Hollande.


Ce serait « déchoir »


      Jean-Christophe Cambadélis, dont la mission depuis 2014 est de sécuriser la candidature du chef de l’Etat, pose comme condition la participation de Jean-Luc Mélenchon et cherche à temporiser avec les contre-feux de «l’alliance populaire » ou des « cahiers de la présidentielle ». Il prévient aussi : ce serait « déchoir » que d’exposer le monarque républicain à la procédure de la primaire à laquelle l’ex-président Nicolas Sarkozy a pourtant finalement accepté de participer à droite.


      Le calendrier joue pour le patron du PS : si la primaire n’est pas rapidement décidée, elle est de fait vouée à l’échec puisqu’elle demande une logistique importante. Jean-Luc Mélenchon, autoproclamé « sauveur » irremplaçable de la gauche, se refuse quant à lui à une procédure qui pourrait l’« abîmer » et dont il récuse les règles du jeu. Il a peut-être pourtant plus de chance de battre François Hollande lors d’une primaire qu’à l’issue du premier tour de l’élection présidentielle. Les « frondeurs » du PS, plutôt réticents sur la primaire en 2009, s’y sont ralliés par pragmatisme, s’appuyant sur ce dernier levier que le PS leur laisse pour contester la légitimité du président et imposer un «inventaire ». Cécile Duflot, qui se prépare depuis des mois à une candidature, y voit une manière de se réinscrire dans la course présidentielle alors que son parti est en charpie…

 

Un socle idéologique minimal


      Pour que les appareils cèdent, les partisans de la primaire jouent « le peuple de gauche » contre les partis. Mais quelle est au juste la demande sociale d’une primaire dans l’opinion dans un contexte de crise sociale sans précédent ? La cause de la primaire, procédure complexe, encore nouvelle et centrée sur le jeu politique, ne peut mobiliser que des franges politisées de la société. C’est ainsi la partie la plus diplômée de l’électorat de gauche qui a participé à la primaire de 2011. Thomas Piketty peut objecter que le nombre de signataires de l’appel (plus de 70000 à ce jour) avoisine à peu près le nombre de militants socialistes, c’est encore bien peu.

      On fait en définitive jouer un rôle à la primaire qu’elle peut difficilement assumer. Pour être viable, la procédure suppose le partage d’un socle idéologique minimal. Lui seul garantit que les perdants ne se renient pas en se ralliant au gagnant. Avec la droitisation du PS, la polarisation idéologique de la gauche s’est tellement renforcée qu’un périmètre de la primaire de « Macron à Mélenchon » est la meilleure manière de compromettre la démarche. Le projet de la primaire achoppe en somme sur les divisions de la gauche qu’elles sont censées surmonter et purger.


      A ce stade, l’hypothèse la plus probable est une primaire des partis à la gauche du PS, mais la question du leadership au sein de cet espace politique ne se posera pas avec moins d’acuité. Alors que faire ? Le rebond de la gauche ne pourra venir que d’une recomposition de ses frontières partisanes, d’une clarification idéologique et d’une repolitisation de la société. Cet agenda dépasse la prochaine échéance présidentielle.


Rémi Lefebvre est l’auteur du livre Les Primaires socialistes, la fin du parti militant (Raisons d’agir, 2011) et, avec Frédéric Sawicki, de La Société des socialistes. Le PS aujourd’hui (Editions du croquant, 2006). Il est aussi conseiller municipal (PS) à Hellemmes, commune associée à Lille.

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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 11:07
C'est Badinter qui le dit!

N'oubliez pas de lire la déclaration de Robert Badinter

 

ce matin dans Le Monde au sujet de la déchéance de nationalité:

 

 "Une révision constitutionnelle n'est pas nécessaire"

 

Dommage qu'on ne l'ait pas entendu plus tôt...

 

."On", c'est à dire: F.Hollande, M.Valls, les parlementaires, le PS.

 

Dommage aussi qu'il n'y ait eu aucune réaction

 

à ce que nous disions ici il y a plus d'un mois:

 

Déchéance

Quiz sur la déchéance

Adresse à François Hollande

Des Français s'adressent au Président

Mesdames et Messieurs les parlementaires, à vous de décider

 

Déchéance de nationalité : « une révision constitutionnelle n’est pas nécessaire », pour Badinter


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/02/05/decheance-de-nationalite-pour-robert-badinter-une-revision-constitutionnelle-n-est-pas-necessaire_4859815_3232.html#LyeoX38SwgPB38P6.99

C'est Badinter qui le dit!
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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 09:19
Jurassique?

      Le débat sur la déchéance de nationalité va venir devant le Parlement dans les prochains jours. Cela fait des semaines que ce sujet empoisonne la vie politique, en créant le trouble dans au moins trois domaines:

 

      - juridique: les affrontements entre juristes sur les différents thèmes soulevés (bi-nationalité, rôle de la Constitution, validité des traités internationaux .....) sont incompréhensibles de la plupart des Français, ce qui conduit souvent à des affirmations simplistes et démagogiques; Lire par exemple cette analyse.

 

      - politique: quelle est l'utilité de lancer un tel débat à partir d'une thématique qui fait la part belle à des idées traditionnellement portées par une partie de la droite et par l'extrême droite?

 

     - lutte anti-terroriste: personne ne conteste que l'introduction de cette disposition dans la Constitution n'aura strictement aucun effet dissuasif sur d'éventuels terroristes.

 

      Le simple bon sens (eh oui, ça existe parfois!) devrait commander d'en finir rapidement avec ces controverses délétères, par exemple comme  je l'ai proposé il y a plus d'un mois

 

**********************

     Et, comme il ne faut pas tout prendre au sérieux.....voici ma réponse à ce petit billet publié il y a quelques jours par Libération.

 

" Quand un proche de Valls moque le «Jurassic Park» des opposants à la déchéance

Pierre Joxe, Jack Lang, Jean Glavany, Paul Quilès… A l’exception de Robert Badinter, qui préfère garder le silence pour ne pas dire des choses désobligeantes, le ban et l’arrière-ban des anciens proches de François Mitterrand ont donné de la voix contre la déchéance de nationalité. Ce qui n’inquiète pas franchement l’entourage de Manuel Valls, qui estime représenter le PS moderne. «A un moment le Jurassic Park de la gauche passéiste doit passer la main», lâche un proche du Premier ministre."

__________________

 

      Ma réponseUn coup d’oeil aux ères géologiques permet de constater que les mamifères sont apparus il y a environ 200 millions d’années (à l’époque du Jurassique), tandis que les invertébrés à coquille datent d’il y a 560 millions d’années.

 

      Je me sens donc plus moderne comme mammifère que certains invertébrés à coquille....qui se reconnaitront eux mêmes!! 

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     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez