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3 septembre 2007 1 03 /09 /septembre /2007 14:30
par Paul Quilès,
signataire de l’appel de Gauche Avenir
 
 
 
                    Promis, on va réfléchir, on va poser les problèmes de fond, on va analyser lucidement la situation, on va tout se dire. Promis, on va organiser des colloques, des conventions, des congrès, des assises. Promis, on ne va plus dire de mal des amis. Promis, on n’a aucune ambition personnelle.
         
          Cette litanie ressemble à un air connu. Après chaque défaite, les partis de gauche recommencent ainsi, avec les mêmes formules magiques, les mêmes incantations, les mêmes promesses de faire « nouveau », « différent », « moderne », « sans tabou ».
         
          Eh bien, je pense qu’on ne peut pas, cette fois-ci, faire comme d’habitude, une sorte de « business as usual », comme disent les Anglo- saxons. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’échec de 2007 marque la fin d’un cycle, celui des alliances circonstancielles entre des partis représentant des sensibilités de gauche éclatées. Cet échec électoral, réplique de celui de 2002, consacre également la victoire idéologique de la droite, qui, selon le concept gramscien, a réussi à imposer son « hégémonie culturelle ».
 
          Le défi pour la gauche est donc de taille, d’autant plus que l’élection présidentielle est devenue –sans que la gauche le conteste vraiment- l’alpha et l’oméga de la vie politique, polarisée plus que jamais autour de la désignation du monarque qui va « guider » la France pendant 5 ans. Dans ce contexte, l’offre politique de la gauche à la société française, confrontée par ailleurs à  un monde qui évolue à une vitesse fulgurante, ne peut plus se contenter d’approximations, de « copié-collé », d’improvisations, d’hommes ou de femmes providentiels.
 
          A cet égard, l’exemple de la seule* élection présidentielle gagnée par la gauche, celle de 1981, ne doit pas être utilisé en valorisant de façon exclusive le rôle –certes important- de François Mitterrand…encore qu’il est assez drôle de se souvenir des propos peu amènes à son égard tenus quelques mois avant son élection par ceux là même qui l’encensèrent ensuite! La véritable clé de cette victoire historique de la gauche, c’est bien la stratégie cohérente (une ligne, un langage, une perspective) voulue et suivie, contre vents et marées, par le PS et son 1er secrétaire, devenu candidat.
         
          Certains sont à l’évidence tentés de proposer la même recette. Seulement voilà, outre le fait que le successeur de Mitterrand n’est pas encore là, la donne politique a considérablement changé : chute du Mur de Berlin, avec ses conséquences sur le mouvement communiste, mondialisation accélérée faisant apparaître de nouvelles attentes, société française de plus en plus éclatée, éparpillement de la gauche qui n’est plus structurée par 2 grands partis….Le succès de la gauche au 2ème tour de l’élection de 2012 ne peut être espéré que si ces éléments sont pris en compte dans la définition de la nouvelle stratégie de la gauche.
 
Où doit se préparer cette stratégie ? Dans les partis bien sûr, dont le rôle structurant est évident, mais pas uniquement. On voit bien que les divergences, les désaccords et parfois les divisions se situent à l’intérieur même des organisations, comme dans tout l’électorat de gauche d’ailleurs. Dés lors, son élaboration doit être plus large et passer par une véritable mise en mouvement de l’opinion. C’est là, sous des formes appropriées –ainsi que le propose Gauche Avenir- que doit s’engager le débat préalable à tout rassemblement.
 
Pour que la gauche incarne à nouveau l’avenir, elle doit reprendre l’offensive et clarifier le sens de ses idéaux d’émancipation. Elle ne doit pas hésiter à redéfinir les principes –le progrès, la justice, la laïcité, la solidarité…- dans lesquels se reconnaissent les hommes et les femmes de gauche, qui ne peuvent se contenter de vœux pieux et slogans vides de sens. Face à une véritable régression du débat politique, il faut faire le pari de la culture et de la pensée exigeante et cultiver la rigueur conceptuelle et la netteté dans la formulation des alternatives à la loi totalitaire du marché. Il faut cesser de justifier l’abandon des principes au nom de la culture de gouvernement, ce qui réhabilitera l’image de la politique. Il faut contester les pseudo fatalités qui pèseraient désormais sur la vie économique et sociale. C’est à ce prix que l’on retrouvera le chemin des espérances collectives et que l’on préparera le renouveau de la gauche.
 
Je préfère ce mot de « renouveau » à ceux, empruntés au langage du BTP et si souvent utilisés actuellement, de « reconstruction », « refondation », « rénovation », « chantier ». Mais, s’il faut prolonger la métaphore et s’interroger sur la meilleure façon de remettre en état la maison ou, pourquoi pas, de construire une maison commune, alors, allons jusqu’au bout : c’est d’architectes et non de maçons dont nous avons besoin aujourd’hui. Je ne peux m’empêcher à ce propos de penser à la fameuse phrase de Marx, qui donna à F. Mitterrand l’idée du titre d’un de ses livres**: « L’abeille confond par la structure de ses cellules de cire l’habileté de plus d’un architecte. Mais ce qui distingue dès l’abord le plus mauvais architecte de l’abeille la plus experte, c’est qu’il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche. »
 
          Comment devenir les architectes du renouveau de la gauche ? Tel est l’enjeu de la période pour tous ceux, nombreux, qui pensent que la situation de nos concitoyens et de tant d’hommes et de femmes sur notre planète exige de profonds changements et l’émergence d’un monde meilleur. Autant de raisons de surmonter les divisions et de trouver dans les profondeurs de la gauche française les raisons d’espérer et la force de réaliser cette tâche exaltante de « construction collective ».


* Le scrutin de 1988 a un caractère différent, compte tenu qu’il s’agissait d’une réélection.
** « L’abeille et l’architecte » 
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Published by Paul Quilès - dans Réflexions à haute voix
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2 septembre 2007 7 02 /09 /septembre /2007 11:52
par Paul Quilès
 
          Il fut un temps, pas si lointain, où l’on utilisait abondamment les expressions comportant le qualificatif de « nouveau » : nouvelles technologies, nouvelle démocratie, nouvelle droite, nouvelle cuisine et même…nouveaux pauvres.
          Eh bien, je suggère que l’on parle aujourd’hui de « nouvelle démagogie » pour décrire ce que nous vivons en France depuis quelques mois. Reconnaissons au Président de la République le mérite d’avoir annoncé la couleur avant son élection en donnant des signes et même des indications fortes sur son comportement à venir. La liste en est longue : présence médiatique permanente, mise en scène de sa vie privée, hyper réactivité devant tout évènement ou fait divers suscitant l’intérêt ou l’émotion du public, langage direct et parfois brutal, annonce de solutions immédiates à tous les problèmes de société, même les plus complexes, emprunt aux thèmes et aux références de l’adversaire……..
          Certes, par rapport à la démagogie « ancienne », il n’y a rien de bien nouveau dans les techniques et les ressorts de la machine qu’a mise en route Nicolas Sarkozy depuis le 6 mai. Les ingrédients sont toujours les mêmes : il faut plaire au plus grand nombre dans l’instant, en feignant de répondre à une attente impatiente, en parlant simple et direct, en fustigeant les « méchants », en faisant croire que tout problème est susceptible de se régler par des solutions rapides et simples.
          Que le président veuille porter une attention forte à la vie quotidienne des Français n’est pas choquant en soi. Ce qui est grave –et c’est là que se situe la démagogie- c’est de donner le sentiment que la politique se réduit à une succession de réactions de compassion et de réponses à l’emporte pièce pour tous les sujets qui traversent l’actualité. 
          On a vu, avec les récents drames liés à des affaires de délinquance sexuelle, comment le choix de répondre dans l’instant à l’émotivité médiatique pouvait conduire à annoncer des mesures législatives inadaptées et même dangereuses, comme cette idée saugrenue de créer des hôpitaux fermés pour délinquants sexuels après la prison.
          Nicolas Sarkozy, qui a cru habile de se réclamer de Jaurès (cité 32 fois dans son discours de Toulouse le 12 avril dernier !), devrait se souvenir qu’il se battait pour une justice plus humaine, qui ne soit pas seulement répressive, mais aussi éducative. A cette époque aussi, il fallait convaincre et ce n’était pas facile, mais Jaurès estimait qu’il fallait parfois savoir « dépenser sa popularité » en allant à contre-courant de l’opinion, de la mode, « ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe »
          La démarche du président, qu’il est difficile de ne pas qualifier de démagogique, conduit naturellement à ne pas traiter les dossiers délicats sereinement et en profondeur.
          Elle abuse les citoyens, en leur faisant croire, avec l’aide de médias hypnotisés par « tant d’efficacité », que le pays est dirigé d’une main ferme et compétente.
          Elle relègue le premier ministre et son gouvernement dans des rôles de figurants et c’est ici que se situe précisément le caractère «nouveau» de cette démagogie. En effet, les institutions de la République sont détournées et, fait surprenant, peu de voix s’élèvent pour dénoncer l’instauration de cette véritable monarchie, élective peut-être, mais monarchie quand même, puisque le président, contrairement au premier ministre, n’est en rien responsable devant le Parlement. C’est lui qui oriente, qui décide, qui parle, sans avoir de compte à rendre à quiconque.           
         Il est regrettable que cette dérive de nos institutions -qui n’est malheureusement pas récente- ait été accentuée par la décision prise en 2000 (que j’ai été un peu seul à critiquer à l’époque !) d’instaurer à la fois le quinquennat et l’inversion du calendrier électoral. L’élection du président de la République est devenue l’évènement qui écrase l’ensemble de la vie politique française. Malgré les promesses récurrentes de réformes destinées à « accroître les droits du Parlement », celui-ci, déjà très affaibli depuis le début de la Vème République, n’est pas près de jouer sérieusement le triple rôle qui devrait être le sien : orienter la politique du gouvernement, le contrôler, légiférer. Loin d’une assemblée qui ferait entendre « la voix de la France », on continuera très probablement, comme le dit J.F.Kahn, à voir les députés remplir  «consciencieusement et tristement la case que l’Etat assigne à l’expression chronométrée de la fureur légale ».
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Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez