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7 septembre 2008 7 07 /09 /septembre /2008 15:35

Je viens d'apprendre avec une immense tristesse le décès de Michel Dreyfus-Schmidt, sénateur socialiste du Territoire de Belfort.
Plus qu'un camarade, c'était un ami, avec qui j'ai eu, à de nombreuses occasions, des échanges profonds et fructueux. Humaniste, chaleureux, loyal, Michel savait faire preuve de courage.
Je souhaite que son souvenir reste fort parmi toutes celles et tous ceux qui l'ont connu et aimé.

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20 juillet 2008 7 20 /07 /juillet /2008 09:05

Certaines de ces citations sont connues, d'autres moins....Elles peuvent nourrir la réflexion au coeur de l'été.
                                         
                                              **********************

- "Entre le faible et le fort, c'est la liberté qui opprime et la loi qui libère" (Lamenais)
- "To improve is to change" (Churchill)
- "Rien de grand ne s'est accompli dans le monde sans passion"  (Hegel)
- "Le courage, c'est d'être à la fois, quel que soit le métier, un praticien et un philosophe, c'est à dire un homme qui cherche à savoir à quoi correspond sa vie, un homme qui cherche à lier des liens avec les autres, un homme qui cherche à ne pas rester enfermé dans sa boutique" (Jaurès)

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15 juillet 2008 2 15 /07 /juillet /2008 15:21

Ségolène Royal est très occupée, ce qui est normal. Elle n'a donc pas lu attentivement toutes les contributions présentées au Conseil National du PS, en préparation du Congrès de Reims....Je ne lui en ferai pas le reproche, car cela représente un grande masse de papier.

Et pourtant, je suis étonné que ses conseillers ne l'aient pas fait pour elle! S'ils avaient bien lu, ils lui auraient évité de dire une contre vérité au micro de France Inter ce matin (15 juillet- 8h55),
puisqu'elle a prétendu être la seule à présenter une contribution demandant le "mandat parlementaire unique".

La lecture de la contribution "CHANGER!", que j'ai signée avec notamment Marie Noëlle Lienemann, Jean Mallot, Anne Ferreira, Emmanuel Maurel précise en effet clairement au chapitre 8 ("Changer, c'est entreprendre une rénovation profonde du Parti socialiste et de son fonctionnement"):

"Le Parti socialiste s’honorerait de proposer le « mandat unique » des parlementaires, en cohérence avec sa volonté affichée de renforcer le pouvoir du Parlement et de revaloriser le travail du législateur. Pour être crédible, cette mesure devrait s’appliquer aux candidats socialistes dès les prochaines échéances électorales."

Ayant proposé cette mesure depuis près de 10 ans dans un livre*, dans des colloques, dans les congrès du PS .....sans grand succès d'ailleurs, je me sens en pleine cohérence avec mon discours et ma pratique. Je me félicite que d'autres voix s'élèvent pour prôner une évolution hautement souhaitable des moeurs politiques dans notre pays.
______________________________________________________________________

* Les 577, des députés, pour quoi faire? Stock (avril 2001)

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8 juin 2008 7 08 /06 /juin /2008 17:18

Voici quelques chiffres, extraits d'un rapport de la Commission des finances de l'Assemblée nationale, qui concernent les avantages procurés par ce qu'on appelle les "niches fiscales". Ils donnent des indications très intéresantes sur l'"inéquité fiscale" en France:

- 116 des 1 000 contribuables ayant déclaré les revenus imposables les plus élevés au titre de 2006 ont réduit leur impôt de 93 % grâce aux avantages fiscaux;

- parmi les 10 000 contribuables les plus riches en termes de revenu, 150 n'ont pas payé d'impôt ou ont obtenu une restitution du Trésor public, alors que leur revenu fiscal était en moyenne d'environ un million d'euros;

- le plafonnement global des niches fiscales par foyer rapporterait de 600 millions à un milliard d'euros dans les caisses publiques;

- entre 2003 et 2008, le nombre de niches fiscales est passé de 418 à 486, et leur coût de 50 milliards à 73 milliards d'euros, soit près de 27% des recettes fiscales et 3.8% du produit intérieur brut.

Quand les ministres nous répètent que "les caisses sont vides", on se dit qu'ils ne doivent pas bien lire les rapports parlementaires!!

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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 16:28

Que peut-on ajouter au flot d’indignation –oh combien justifiée- qui a suivi le  jugement du tribunal de grande instance de Lille annulant un mariage, au motif que la virginité était une « qualité essentielle » (sic) de la femme avant le mariage ?

Je n’ai pas encore entendu d’explication sérieuse de la part du magistrat qui a rendu ce jugement et qui se contente d’invoquer la « jurisprudence classique ». J' aimerais savoir si ce « classicisme » se serait appliqué à la situation inverse !!

On peut être heureux que les réactions, à la regrettable exception de celle de la ministre de la justice, semblent transcender les clivages politiques et que tous les responsables s’indignent de cette décision
anti-républicaine, anti-laïque et anti-féministe. Il devrait alors être aisé de refuser ce jugement, pour qu’il ne fasse pas jurisprudence.

Il faut modifier rapidement la loi, afin que de telles stupidités, dignes d’autres lieux et d’autres temps, ne viennent pas ternir l’image d’un pays où la laïcité est une valeur cardinale et où les droits de la femme, acquis de haute lutte, sont une donnée définitive de notre vie publique.

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25 mai 2008 7 25 /05 /mai /2008 17:28

On nous dit que la « déclaration de principes » du PS est sa « carte d’identité », qui permettrait, à travers quelques phrases, de définir sa compréhension du monde, ses objectifs pour le changer et les valeurs qui justifient que des hommes et des femmes rejoignent son combat. Dans ce cas, fallait-il la réécrire et, si oui, comment fallait-il le faire ?
                                                                            
                                                                     ************ 

Depuis l’époque de la rédaction de l’actuelle déclaration de principes (1990), alors que l’on tentait d’imaginer les conséquences de la chute du mur de Berlin, le monde a certes bougé : des bouleversements considérables ont affecté et affectent la planète, le capitalisme mondialisé subit une crise profonde, les socialistes français et la gauche ont vécu plusieurs expériences (échecs électoraux, cohabitation, exercice du pouvoir, opposition…). Autant d’évènements et d’évolutions qui justifient une réflexion en profondeur et probablement des ajustements. Mais alors, pourquoi ne pas procéder de façon plus transparente, plus démocratique et, finalement, plus efficace ?

 

En effet, la méthode suivie laisse perplexe plus d’un militant socialiste, comme j’ai pu le constater au cours des réunions auxquelles j’ai participé. Le nouveau texte proposé au vote des socialistes dans quelques jours serait, nous dit-on, le fruit d’un « consensus » entre les responsables des courants.

- Dois-je rappeler que les courants, appelés désormais pudiquement « sensibilités », se définissent au moment des congrès, par le vote sur des motions d’orientation ? Quelle est aujourd’hui la réalité de courants qui sont en train de se défaire et de se recomposer, en préparation du prochain congrès ? Quelle est la  légitimité de ces responsables des anciens courants, qui ne manifestent pas -c’est le moins qu’on puisse dire !- une grande continuité dans leurs convictions et leurs projets ? Un jour on affiche haut et fort l’objectif de la 6ème République, un autre jour on recherche un « compromis historique » avec les défenseurs de la monarchie républicaine ; un jour on promet de lutter impitoyablement contre le cumul des mandats, un autre jour on « oublie » de s’appliquer à soi même cette exigence !

- Quant au terme de « consensus », mot nouveau dans le fonctionnement du PS, qui est normalement régi par la règle de la majorité, on voit bien qu’il a été utilisé pour empêcher tout débat. Les choses sont claires : « seules les propositions qui auront fait l’objet d’un travail collectif en vue de trouver un consensus au sein de la fédération pourront être transmises » (l’Hebdo des socialistes-26 avril 2008). En d’autres temps, le Parti socialiste dénonçait le « centralisme démocratique »….des autres partis, où les militants n’avaient comme seul rôle que d’avaliser les décisions des dirigeants !

 

Il est d’ailleurs surprenant que ces mêmes dirigeants, qui ont inscrit à l’article 21 de la nouvelle déclaration de principes la nécessité de respecter les règles et les statuts du PS et qui ne se privent pas de les invoquer pour condamner et exclure, aient accepté de délibérément les violer. En effet, pour réviser la « carte d’identité » du Parti socialiste, les statuts prévoient (article 14) une procédure étalée sur 2 congrès qui permet de se donner du temps pour consulter les militants. De plus, il est bien indiqué qu’il faut clairement préciser « les points susceptibles d’être modifiés ». Comment se fait-il alors que le texte actuel , dont je vous recommande la lecture, n’ait pas été diffusé, avec la mention des sujets qui feraient problème ? Il ne suffit pas de dire….ou de laisser dire qu’il s’agirait d’un texte archaïque ou « démodé » pour en justifier l’abandon. Quels sont les formulations ou les concepts qui sont décalés ou insuffisants dans le texte actuel?

Prenons quelques exemples. Ce texte donne-t-il le sentiment que les socialistes ont peur du marché (lequel ?) ou de la concurrence ? A-t-il tort de citer explicitement la laïcité de l’école, exprimant ainsi l’engagement prioritaire des socialistes pour le rayonnement et l’efficacité de l’école laïque, école de la République ? Devrions-nous nous affirmer comme libéraux ? L’ «Europe sociale» serait-elle devenue un simple slogan de campagne ? L’expression « le réformisme au service des espérances révolutionnaires » (article 1 du texte actuel) est-elle un gros mot, qu’il convient de faire disparaître pour ne pas effaroucher les électeurs modérés ? On aurait pu à ce sujet réfléchir au sens que donnait Jaurès à la réforme, qui devait permettre ce qu’il appelait, dans une formule paradoxale mais forte, l’«évolution révolutionnaire». Pour Jaurès –que j’ai la faiblesse, comme Gilles Candar, de préférer à Clémenceau-, « les réformes ne sont pas seulement des adoucissants : elles sont, elles doivent être des préparations. Ainsi, (…), elles prennent un caractère et une efficacité révolutionnaire ».


Ce texte n’est donc pas acceptable. Non seulement parce que, on l’a vu, il a été élaboré dans des conditions critiquables, en contradiction avec nos règles et en tenant à l’écart les militants, appelés à le ratifier par une sorte de plébiscite, mais aussi parce qu’il traite des débats de fond de façon trop sommaire.

 

Finalement, ce texte vient trop tard ou trop tôt.

- Trop tard : On nous dit que c’est l’échec de 2007 qui rendrait nécessaire la réécriture de la déclaration de principes. Mais alors, pourquoi n’a-t-on rien fait depuis l’échec précédent, celui de la présidentielle de 2002, qui avait causé un véritable traumatisme au PS et à la gauche ?

- Trop tôt : Si l’objectif est de réfléchir en profondeur aux raisons de ces échecs et de préciser les nouveaux fondements du projet, de la stratégie et du fonctionnement du PS, il faut se donner du temps. On ne peut pas « évacuer » des questions aussi essentielles que la réponse au capitalisme globalisé par des formules qui se veulent habiles, mais qui ne sont pas dénuées d’ambiguïté, comme le « réformisme de transformation sociale radicale ».

 

Ce temps à prendre est celui de la préparation du congrès. Plutôt que de se passionner pour l’« écurie » la plus prometteuse, de vivre au rythme fou et trompeur des sondages, d’inventer des clivages sur le dernier mot à la mode venu enrichir la langue socialiste ou sur la dernière petite phrase à la « une » des médias, parlons sérieusement :

- de la modernité de la gauche et des réponses qu’elles propose à la véritable crise de civilisation qui se dessine ;

- de notre fidélité aux valeurs qui distinguent clairement la gauche de la droite ;

- de notre devoir d’opposition, face à une droite décomplexée ;

- de notre stratégie pour accéder au pouvoir, en contribuant au nécessaire rassemblement de la gauche, qui ne peut se confondre avec l’appel illusoire lancé à « tous ceux qui partagent ses valeurs » à rejoindre le PS (article 22 de la nouvelle déclaration de principes).

 

Alors, peut-être, si le prochain congrès s’intéresse à ces sujets, sans se concentrer sur des combats incertains, si les militants font entendre leur voix dans de vrais débats, sans se laisser enfermer –comme on le leur propose trop souvent- dans des votes automatiques, si les courants issus des motions jouent leur rôle sans se contenter de répartir les postes….alors le Congrès de Reims marquera l’histoire du Parti socialiste. Il ouvrira, pour la Gauche, la voie de l’espérance.

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24 mai 2008 6 24 /05 /mai /2008 18:23

J'ai beaucoup apprécié ce texte de Gilles Candar et je vous en recommande la lecture. Historien, responsable de l’édition des Œuvres de Jaurès chez Fayard, Gilles Candar est aussi un des premiers signataires de l'appel de Gauche Avenir.
Il nous montre que, si l'on veut faire parler l'histoire, il faut éviter de la déformer et qu'à force de vouloir "faire moderne", certains socialistes peuvent tomber dans d'étranges et regrettables reniements.                                         
                                   
                                                                                    ******************

                            Jaurès, Clémenceau et Valls

 

 À l’issue de son dernier livre (Pour en finir avec le vieux socialisme… et être enfin de gauche), Manuel Valls évoque le débat Jaurès / Clemenceau à la Chambre des députés de juin 1906 et il indique que ses préférences vont vers le président du Conseil Clemenceau, et ses « cathédrales républicaines » patiemment construites, non vers le fondateur de L’Humanité Jean Jaurès et ses « palais de fééries ».


             En un sens, historien de la période, je pourrais me réjouir de cet intérêt pour des controverses un peu anciennes. J’hésite à le faire. De toute évidence, Manuel Valls ne veut pas proposer une lecture nouvelle des débats entre socialistes et radicaux au début du siècle, il choisit un prétexte pour dire que les socialistes doivent rompre avec leurs traditions, leurs réflexes, leur mémoire, et s’inventer un nouveau passé… Je ne suis pas sûr que les références imprécises et vagues auxquelles est contraint Manuel Valls l’aident dans sa tâche, ni que celle-ci soit nécessaire ou souhaitable.


             Prendre au mot Manuel Valls pourrait s’avérer cruel : de quoi est-il question dans ce fameux débat de 1906 ? Les mineurs se sont mis en grève, après la catastrophe de Courrières. Onze cent victimes environ, catastrophe nationale qui pose le problème de la sécurité, du profit et des vies humaines. Vingt mille soldats sont envoyés dans le Nord-Pas-de Calais pour reprendre le contrôle de la situation. C’est le moment clef qui voit Clemenceau, champion de la gauche radicale et ardent dreyfusard, se muer en « premier flic de France », bientôt « le Tigre », ministre de l’Intérieur efficace et promoteur de ce que je proposerais d’appeler « une gauche d’ordre ». En ce même printemps 1906, Clemenceau, « le briseur de grèves » pour reprendre une expression de Jacques Julliard (Clemenceau briseur de grèves, Julliard/Gallimard « archives », 1965), mate aussi un mouvement social chez les postiers : ces fonctionnaires ne sauraient avoir le droit de faire grève, bloque le déploiement syndical du 1er mai en plaçant Paris dans une sorte de « petit état de siège » (45 000 soldats contrôlent la capitale avec de nombreuses réquisitions militaires) tandis que le secrétaire général de la CGT, Griffuelhes, est arrêté et poursuivi pour complot contre la sûreté de l’État, en compagnie de quelques militants monarchistes (cf. Frédéric Monier, Le Complot dans la République, La Découverte, 1998).


            C’est contre ce comportement assurément nouveau de la part du pouvoir radical, qui tranche en tout cas avec celui des années du Bloc des gauches, que s’élèvent Jaurès et les socialistes. Jaurès n’est pas du côté des nuées et des vues générales. Certes, il a un projet d’ensemble pour la société, il croit alors en la nécessité de la socialisation de la propriété, ce qui n’est peut-être plus notre cas, du moins plus selon les mêmes modes. Mais c’est aussi un homme de réalisations, de réforme, d’action quotidienne… Il l’a prouvé, dans l’affaire Dreyfus, et tout récemment en contribuant largement au vote de la loi de séparation des Églises et de l’État (sans doute davantage que Clemenceau, mais là aussi, il faudrait un vrai débat, forcément plus long et complexe…). Il veut fonder le débat politique sur des bases rationnelles, librement et largement discutées. Il demande pour l’heure une autre politique sociale : les retraites ouvrières et paysannes, enfin ! l’impôt sur le revenu, etc. Clemenceau ne croit guère dans les « masses », il a une conception élitaire de l’humanité, beaucoup plus individualiste. Il est davantage l’homme des « coups », parfois efficaces : il va être un « grand ministre de l’Intérieur » et il gagne en mai 1906 les élections législatives grâce à sa posture répressive et ses habiletés tactiques.


            Mais après ? Le programme social (retraites, journée de dix heures, réforme fiscale, contrats collectifs…) est évacué ou du moins remis en position marginale. L’essentiel est la gestion et surtout l’ordre… Eh bien, dans la mémoire de la gauche, cette période (1906-1909) dominée par Clemenceau a peu compté, ou alors comme un contre-exemple. Je ne crois pas qu’il y ait intérêt à la ressusciter et à s’en inspirer. 

           En revanche, Jaurès, Sembat, Guesde, les socialistes et les syndicalistes du début du siècle, s’ils ne peuvent fournir les solutions concrètes pour les programmes du XXIe siècle, d’autant que leurs messages n’étaient pas univoques, ni immuables, restent nos références par leur volonté d’émancipation, leur courage et leur patience, leur quête de vérité, au quotidien comme par leurs conceptions d’ensemble (les cathédrales ont aussi besoin d’architectes, sinon l’effondrement menace…). 

              Peut-être par cet excès d’optimisme que certains prêtaient à Jaurès, j’ai la faiblesse de croire qu’en y réfléchissant mieux, Manuel Valls se rapprochera des bancs socialistes de l’hémicycle en 1906 et finira par entendre Jaurès.

  
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20 mai 2008 2 20 /05 /mai /2008 22:49

Quand on observe ce qui se passe aujourd'hui au Parti socialiste, la lecture des fables de La Fontaine a quelque chose de distrayant.

Dans la galerie de portraits animaliers qui nous sont présentés, j'ai retenu celle des "grenouilles qui demandent un roi", tant l'insistance des médias (et de certains socialistes) est grande pour nous convaincre que l'enjeu du prochain congrès serait avant tout et presque exclusivement de trouver un chef, un leader, un candidat .....bref une sorte de roi.

Relisons ensemble:

 

                "Les grenouilles se lassant
            De l'état démocratique, 
            Par leurs clameurs firent tant 
Que
Jupiter les soumit au pouvoir monarchique.

Il leur tomba du ciel un roi tout pacifique: 
Ce roi fit toutefois un tel bruit en tombant,
            Que la gent marécageuse, 
          
Gent fort sotte et fort peureuse, 

            S'alla cacher sous les eaux, 
            Dans les joncs, les roseaux, 
            Dans les trous du marécage, 
Sans oser de longtemps regarder au visage 
Celui qu'elles croyaient être un géant nouveau. 
            Or c'était un
soliveau

De qui la gravité fit peur à la première 
            Qui, de le voir s'aventurant, 
            Osa bien quitter sa tanière. 
            Elle approcha, mais en tremblant; 
Une autre la suivit, une autre en fit autant: 
            Il en vint une fourmilière; 
Et leur troupe à la fin se rendit familière
            Jusqu'à sauter sur l'épaule du roi.

Le bon sire le souffre et se tient toujours
coi.

Jupiter en a bientôt
la cervelle rompue:

«Donnez-nous, dit ce peuple, un roi qui se remue.» 
Le monarque des dieux leur envoie une grue,
            Qui les croque, qui les tue, 
            Qui les gobe à son plaisir; 
            Et grenouilles de se plaindre. 
Et Jupiter de leur dire:« Eh quoi? votre désir
            A ses lois croit-il nous astreindre? 
          
Vous auriez dû premièrement

            Garder votre gouvernement;
Mais, ne l'ayant pas fait,
il aurait dû vous suffire

Que votre premier roi fut débonnaire et doux
            De celui-ci contentez-vous, 
            De peur d'en rencontrer un pire."

Bien entendu, comme on dit au cinéma, "toute ressemblance avec des faits ou des personnages existants ou ayant existé ne serait que pure coïncidence".

Mais redevenons sérieux et éloignons nous des comparaisons animalières: éléphants, gazelles, grenouilles...Les militants socialistes souhaitent, dans leur grande majorité, que l'enjeu du prochain congrès ne soit pas réduit à des questions de personnes. Ils veulent que la priorité clairement affichée soit le débat et les choix politiques. Ils attendent que soient réaffirmées les valeurs qui distinguent la gauche de la droite, que le PS dise avec netteté les réponses qu'il entend apporter dans le contexte de crise du capitalisme mondialisé, que soient définies les étapes du nécessaire rassemblement de la gauche.

Ce n'est qu'ensuite que le "leader", c'est à dire celui ou celle qui devra appliquer cette ligne politique sera désigné....comme le prévoient très exactement les statuts du PS. Agir à l'inverse et se focaliser jusqu'au ridicule sur la recherche du "roi" ne peut conduire qu'à des désillusions, comme nous l'a si bien et si drôlement montré La Fontaine.
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8 mai 2008 4 08 /05 /mai /2008 16:21
Aujourd'hui, c'est le 8 mai, jour de l'anniversaire de la capitulation de l'Allemagne nazie.
Devant le monument aux morts de ma commune de Cordes, j'ai  lu le texte officiel transmis par le Secrétaire d'Etat aux anciens combattants:un texte qui met naturellement l'accent sur l'hommage à rendre aux libérateurs, sur la pensée à avoir pour les victimes et leurs familles, sur le devoir de mémoire à l'égard de l'épouvantable génocide des Juifs.

Au delà de la simple lecture de ce message, j'ai souhaité réfléchir à haute voix sur l'état du monde, qui me semble beaucoup plus chaotique, dangereux et injuste que le rêve idyllique d'une "humanité vivant réconciliée, dans la concorde et l'harmonie" fait au moment de la création des Nations Unies, il y a 63 ans!

En effet, il n'y a jamais eu sur la planète autant de conflits (guerres entre Etats, guerres civiles), de massacres, de génocides que depuis 1945. Ils ont entraîné des millions de morts, causés par les conflits, mais aussi, de plus en plus, par la pollution, la maladie, les épidémies, la famine. Malgré l'action de l'ONU et de ses organismes associés, la "gouvernance mondiale" s'est montrée trop souvent inefficace, essentiellement en raison de l'égoïsme des Etats.

Quelques comparaisons:
Certains chiffres, qu'on ne rappelle pas assez, montrent à quel point ces efforts sont parfois dérisoires.
Par exemple, les besoins financiers pour répondre à la crise alimentaire mondiale sont de 2,9 milliards de dollars en 2008. L'accentuation des famines depuis quelques mois a amené le responsables du PAM* à demander une "rallonge" de 756 millions de dollars à la communauté internationale....qui n'a pu promettre que 250 millions.

Il faut savoir que ce chiffre de 250 millions de dollars représente 4000 fois moins que le coût de la crise financière** (dite des "subprimes") née aux Etats-Unis! Il représente 12000 fois moins que le coût de la guerre catastrophique*** menée par les Américains en Irak depuis 5 ans!

Autant dire que certains discours lénifiants sont durs à entendre...et, puisque je viens d'évoquer la guerre d'Irak, je ne peux m'empêcher de regretter la discrétion qui entoure l'opération en cours de l'armée américaine sur le quartier populaire (2,5 millions d'habitants) de Sadr City, dans la banlieue de Bagdad, alors qu'elle cause de terribles dégats humains dans la population civile. Evènement pas assez médiatique peut être....parce que tragiquement répétitif?

Le monde nouveau:
Il n'est donc pas encore là, tant s'en faut, ce "monde nouveau, plein d'espoir", qui semblait se dessiner en 1945 et dont parle le message officiel de la commémoration du 8 mai.

C'est pourtant lui que les responsables politiques devraient s'efforcer de construire et cela est possible....à condition qu'ils sachent ne pas se limiter à des discours généreux et ronflants mais sans lendemain, qu'ils ne fassent pas des promesses hypocrites et qu'ils ne lavent pas leur conscience en engageant des mesures homéopatiques, hors de proportion avec ce que nécessiterait la résolution des drames causés par les désordres du monde.

* PAM: Plan Alimentaire Mondial
**1000 milliards de dollars
***4000 milliards de dollars
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1 mai 2008 4 01 /05 /mai /2008 11:28

Pierre Bérégovoy était un ami. C’était aussi un camarade socialiste et le chef du gouvernement dans lequel je fus ministre de l’intérieur. C’est dire si sa mort brutale le 1er mai 1993 m’a affecté.

 Or, en me réveillant ce matin et en écoutant la radio avant d’aller, comme chaque 1er mai, à la rencontre de mes amis syndicalistes de Carmaux, j’ai eu la surprise d’entendre un reportage qui m’a révulsé.   

Il s’agissait d’un long commentaire sur une enquête journalistique concernant les conditions du suicide de Pierre Bérégovoy. Je passe sur les détails morbides, pour en arriver à la conclusion : toutes ces supputations semblent « sans fondement », mais il fallait bien en parler….puisque certains, qui exploitent et alimentent sans vergogne la rumeur, en ont parlé ! 

En ce jour du 15ème anniversaire de sa mort tragique, j’aurais préféré qu’on rappelle l’homme qu’il a été et son parcours exceptionnel: celui du syndicaliste ouvrier, devenu militant politique, puis responsable au plus haut niveau avant de devenir ministre puis premier ministre. 

Qu’il ait commis des erreurs, c’est probable, mais qui n’en commet pas dans l’action politique ? Cela ne saurait pour autant justifier les campagnes haineuses dont il fut l’objet de la part de ses adversaires politiques et son honneur « jeté aux chiens », pour reprendre la formule de François Mitterrand lors des obsèques de Pierre Bérégovoy à Nevers. 

Il n’avait pas supporté la violence de cette mise en cause et je me souviens de sa tristesse lorsque certains « amis » se sont éloignés de lui, au moment où il avait besoin de soutien. 

Je me souviens aussi de sa réaction indignée, lorsque, ministre de l’intérieur, je l’ai informé des « révélations » qui allaient être publiées sur le prêt sans intérêt qui lui avait été consenti. 

Je me souviens de son écoeurement après cette séance pénible du Comité Directeur du PS à la Maison de la chimie, quelques semaines après les  élections législatives. Il s’agissait de tirer les leçons de la sévère défaite de la gauche et certains responsables socialistes avaient préféré le prendre comme bouc émissaire en le présentant comme responsable principal de l’échec. 

Je me souviens enfin de ce soir, quelques jours avant son suicide, où il est venu me voir dans mon bureau à l’Assemblée Nationale. Il était totalement déprimé et ne cessait de répéter : « Paul, franchement, est-ce que tu crois qu’on a mérité ça ? ». Je me suis dit plus tard que ce devait être un message : « ça », c’était probablement ce qu’il subissait et le sentiment d’être abandonné par ses « amis ». 

Alors, depuis ce jour, je sais qu’il faut utiliser avec beaucoup de discernement le beau mot d’ « ami »….surtout en politique, où il donne souvent lieu à un abus de langage, auquel je recommande à mes amis (les vrais) de ne pas se livrer.

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Recherche

Cordes sur Ciel

CORDES

Faites connaissance avec

la cité médiévale

dont Paul Quilès est le maire
cordes-nuages-8-bp--R-solution-de-l--cran-.jpg

 Avant de venir à Cordes, consultez:

     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez