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22 octobre 2020 4 22 /10 /octobre /2020 08:13
Jaurès et l'hommage à Samuel Paty
« Aux instituteurs et institutrices » de Jean Jaurès

     Jean Jaurès, boursier de l’enseignement public, devenu normalien de la rue d’Ulm, professeur agrégé de philosophie, et entré en politique dans la mouvance de Jules Ferry, prononça son premier discours parlementaire, le 21 octobre 1886, sur "le droit des communes en matière d’enseignement primaire".

 

     Le 15 janvier 1888, il publia un texte dans la Dépêche du dimanche , à l’attention des enseignants, où l'on retrouve sa conception sociale de l’école, dans un réel souci de démocratisation. 

 

     C'est ce texte qui a été lu au tout début de l’hommage national rendu hier à Samuel Paty, par Christophe Capuano, lui-même enseignant et proche de Samuel Paty.

 

      "Adieu camarade", a-t-il lancé , avant de lire le texte "Aux instituteurs et institutrices", écrit par Jean Jaurès en 1888. 

 

      "Nous triompherons de l'obscurité et de la mort", écrivait Jaurès. "Adieu, Samuel", a conclu l'ami du professeur.

 

 A regarder ici: Vidéo FranceTVInfo

   

     «  Vous tenez en vos mains l’intelligence et l’âme des enfants ; vous êtes responsables de la patrie. Les enfants qui vous sont confiés n’auront pas seulement à écrire et à déchiffrer une lettre, à lire une enseigne au coin d’une rue, à faire une addition et une multiplication. Ils sont Français et ils doivent connaître la France, sa géographie et son histoire : son corps et son âme. Ils seront citoyens et ils doivent savoir ce qu’est une démocratie libre, quels droits leur confère, quels devoirs leur impose la souveraineté de la nation. Enfin ils seront hommes, et il faut qu’ils aient une idée de l’homme, il faut qu’ils sachent quelle est la racine de toutes nos misères : l’égoïsme aux formes multiples ; quel est le principe de notre grandeur : la fierté unie à la tendresse. Il faut qu’ils puissent se représenter à grands traits l’espèce humaine domptant peu à peu les brutalités de la nature et les brutalités de l’instinct, et qu’ils démêlent les éléments principaux de cette œuvre extraordinaire qui s’appelle la civilisation. Il faut leur montrer la grandeur de la pensée ; il faut leur enseigner le respect et le culte de l’âme en éveillant en eux le sentiment de l’infini qui est notre joie, et aussi notre force, car c’est par lui que nous triompherons du mal, de l’obscurité et de la mort.

 

     Eh quoi ! Tout cela à des enfants ! — Oui, tout cela, si vous ne voulez pas fabriquer simplement des machines à épeler. Je sais quelles sont les difficultés de la tâche. Vous gardez vos écoliers peu d’années et ils ne sont point toujours assidus, surtout à la campagne. Ils oublient l’été le peu qu’ils ont appris l’hiver. Ils font souvent, au sortir de l’école, des rechutes profondes d’ignorance et de paresse d’esprit, et je plaindrais ceux d’entre vous qui ont pour l’éducation des enfants du peuple une grande ambition, si cette grande ambition ne supposait un grand courage.

 

     J’entends dire, il est vrai : « À quoi bon exiger tant de l’école ? Est-ce que la vie elle-même n’est pas une grande institutrice ? Est-ce que, par exemple, au contact d’une démocratie ardente, l’enfant devenu adulte ne comprendra point de lui-même les idées de travail, d’égalité, de justice, de dignité humaine qui sont la démocratie elle-même ? » — Je le veux bien, quoiqu’il y ait encore dans notre société, qu’on dit agitée, bien des épaisseurs dormantes où croupissent les esprits. Mais autre chose est de faire, tout d’abord, amitié avec la démocratie par l’intelligence ou par la passion. La vie peut mêler, dans l’âme de l’homme, à l’idée de justice tardivement éveillée, une saveur amère d’orgueil blessé ou de misère subie, un ressentiment et une souffrance. Pourquoi ne pas offrir la justice à des cœurs tout neufs ? Il faut que toutes nos idées soient comme imprégnées d’enfance, c’est-à-dire de générosité pure et de sérénité.

 

     Comment donnerez-vous à l’école primaire l’éducation si haute que j’ai indiquée ? Il y a deux moyens. Il faut d’abord que vous appreniez aux enfants à lire avec une facilité absolue, de telle sorte qu’ils ne puissent plus l’oublier de la vie et que, dans n’importe quel livre, leur œil ne s’arrête à aucun obstacle. Savoir lire vraiment sans hésitation, comme nous lisons vous et moi, c’est la clef de tout. Est-ce savoir lire que de déchiffrer péniblement un article de journal, comme les érudits déchiffrent un grimoire ? J’ai vu, l’autre jour, un directeur très intelligent d’une école de Belleville, qui me disait : « Ce n’est pas seulement à la campagne qu’on ne sait lire qu’à peu près, c’est-à-dire point du tout ; à Paris même, j’en ai qui quittent l’école sans que je puisse affirmer qu’ils savent lire. » Vous ne devez pas lâcher vos écoliers, vous ne devez pas, si je puis dire, les appliquer à autre chose tant qu’ils ne seront point par la lecture aisée en relation familière avec la pensée humaine. Qu’importent vraiment à côté de cela quelques fautes d’orthographe de plus ou de moins, ou quelques erreurs de système métrique ? Ce sont des vétilles dont vos programmes, qui manquent absolument de proportion, font l’essentiel.

 

     J’en veux mortellement à ce certificat d’études primaires qui exagère encore ce vice secret des programmes. Quel système déplorable nous avons en France avec ces examens à tous les degrés qui suppriment l’initiative du maître et aussi la bonne foi de l’enseignement, en sacrifiant la réalité à l’apparence ! Mon inspection serait bientôt faite dans une école. Je ferais lire les écoliers, et c’est là-dessus seulement que je jugerais le maître.

 

     Sachant bien lire, l’écolier, qui est très curieux, aurait bien vite, avec sept ou huit livres choisis, une idée, très générale, il est vrai, mais très haute de l’histoire de l’espèce humaine, de la structure du monde, de l’histoire propre de la terre dans le monde, du rôle propre de la France dans l’humanité. Le maître doit intervenir pour aider ce premier travail de l’esprit ; il n’est pas nécessaire qu’il dise beaucoup, qu’il fasse de longues leçons ; il suffit que tous les détails qu’il leur donnera concourent nettement à un tableau d’ensemble. De ce que l’on sait de l’homme primitif à l’homme d’aujourd’hui, quelle prodigieuse transformation ! et comme il est aisé à l’instituteur, en quelques traits, de faire sentir à l’enfant l’effort inouï de la pensée humaine !

 

     Seulement, pour cela, il faut que le maître lui-même soit tout pénétré de ce qu’il enseigne. Il ne faut pas qu’il récite le soir ce qu’il a appris le matin ; il faut, par exemple, qu’il se soit fait en silence une idée claire du ciel, du mouvement des astres ; il faut qu’il se soit émerveillé tout bas de l’esprit humain, qui, trompé par les yeux, a pris tout d’abord le ciel pour une voûte solide et basse, puis a deviné l’infini de l’espace et a suivi dans cet infini la route précise des planètes et des soleils ; alors, et alors seulement, lorsque, par la lecture solitaire et la méditation, il sera tout plein d’une grande idée et tout éclairé intérieurement, il communiquera sans peine aux enfants, à la première occasion, la lumière et l’émotion de son esprit. Ah ! sans doute, avec la fatigue écrasante de l’école, il vous est malaisé de vous ressaisir ; mais il suffit d’une demi-heure par jour pour maintenir la pensée à sa hauteur et pour ne pas verser dans l’ornière du métier. Vous serez plus que payés de votre peine, car vous sentirez la vie de l’intelligence s’éveiller autour de vous.

 

     Il ne faut pas croire que ce soit proportionner l’enseignement aux enfants que de le rapetisser. Les enfants ont une curiosité illimitée, et vous pouvez tout doucement les mener au bout du monde. Il y a un fait que les philosophes expliquent différemment suivant les systèmes, mais qui est indéniable : « Les enfants ont en eux des germes, des commencements d’idées. » Voyez avec quelle facilité ils distinguent le bien du mal, touchant ainsi aux deux pôles du monde ; leur âme recèle des trésors à fleur de terre : il suffit de gratter un peu pour les mettre à jour. Il ne faut donc pas craindre de leur parler avec sérieux, simplicité et grandeur.

 

     Je dis donc aux maîtres, pour me résumer : lorsque d’une part vous aurez appris aux enfants à lire à fond, et lorsque d’autre part, en quelques causeries familières et graves, vous leur aurez parlé des grandes choses qui intéressent la pensée et la conscience humaine, vous aurez fait sans peine en quelques années œuvre complète d’éducateurs. Dans chaque intelligence il y aura un sommet, et, ce jour-là, bien des choses changeront.»

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10 mai 2020 7 10 /05 /mai /2020 07:45
Mon 10 mai
Mon 10 mai

      Pour moi - et je suis certain que je ne suis pas seul- le 10 mai n'est pas seulement le jour qui précède le début du déconfinement! 

 

     C'est aussi un jour qui évoque ce que j'appelais l'an dernier "un événement pour l'Histoire" 

 

     Même si la France a changé depuis cette époque et qu'elle connaîtra à l'évidence de nouveaux changements dans le monde qui se prépare, il n'est pas inutile de revivre l'événement. A condition bien sûr de ne pas l'idéaliser et de ne pas le couper de son contexte, sa lecture peut aider à dégager des enseignements pour le temps présent et pour l’action. Cela ne me semble pas inutile en ces moments de doute, de morosité et parfois, de colère.

 

         Lire "10 mai 1981...oui, je sais"

 

        Lire aussi:  "Mieux connaître François Mitterrand"

Mon 10 mai

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27 avril 2020 1 27 /04 /avril /2020 08:54
Einstein

     Un de mes lecteurs m'a rappelé il y a quelques jours le texte que j'ai publié sur ce blog le 18 avril 2015, date du 60ème anniversaire de la disparition d'Albert Einstein. Je vous recommande vivement la lecture des dossiers cités à cette occasion (voir ci-dessous).


     Et puisque le confinement laisse du temps pour mettre de l'ordre dans ses dossiers et se replonger dans ses archives, j'ai réalisé que près de 314 000 "visiteurs uniques" ont consulté 548 307 pages de ce blog depuis sa création en juin 2007.

 

     Si vous souhaitez vous abonner à ce blog et recevoir gratuitement les textes que je publie, donnez simplement votre adresse mail dans le formulaire prévu sur ce blog ("Abonnez-vous pour être averti des nouveaux articles publiés")

*************

 

         Il y a exactement 60 ans, le 18 avril 1955, disparaissait Albert Einstein.

 

     A ceux qui veulent retrouver (ou découvrir) quelques aspects de son génie et de sa personnalité, ainsi que les problématiques qu'il a soulevées, je recommande ce dossier exceptionnel de l'INA, comprenant 10 extraits d'émissions ou de films:

  1. Albert Einstein
  2. La révolution de 1905
  3. "Dieu ne joue pas aux dés" (vers la fin, une description du danger des armes nucléaires)
  4. L'atome cet inconnu
  5. Guerre ou paix: l'atome
  6. L'atome pacifique
  7. Hiroshima et Nagasaki
  8. La décision d'Hiroshima
  9. L'arsenal du futur
  10. La paix a 37 ans

 

    Lire également ce beau texte d'Einstein:  "Sans tolérance, il ne peut être question de véritable moralité"

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21 avril 2020 2 21 /04 /avril /2020 15:47
Sur cette photo (qui se trouve sur mon bureau!), on voit Jean-Marie Luton donnant des explications au Président Mitterrand lors de sa visite du Salon du Bourget.

Sur cette photo (qui se trouve sur mon bureau!), on voit Jean-Marie Luton donnant des explications au Président Mitterrand lors de sa visite du Salon du Bourget.

J'ai bien connu Jean-Marie Luton, qui était un camarade de promotion de Polytechnique (X 61).

Je l'ai à nouveau côtoyé dans ma fonction de ministre de l'espace (1988-92) et j'ai pu apprécier ses qualités et son action comme Directeur général du CNES, puis de l’Agence Spatiale Européenne (ESA).

Autant dire que sa disparition m'a touché et je m'associe aux propos de Jean-Yves Le Gall, Président du CNES, Président du Conseil de l’ESA et ancien Président d’Arianespace, qui considère que " son action à la tête du CNES, de l’ESA et d’Arianespace a conduit au développement de ces trois entités avec le succès planétaire qu’elles connaissent. Un géant de l’Europe spatiale vient de nous quitter"

 

Communiqué du CNES 

 

C'est avec une immense tristesse que le CNES a appris la disparition de Jean-Marie Luton, ingénieur et scientifique français, qui a marqué durablement le paysage spatial français et européen. Jean-Marie Luton avait notamment participé aux négociations ayant mené à la création de l’Agence spatiale européenne (ESA) et à la constitution du tour de table industriel ayant permis la création d’Arianespace.

Né en 1942, il est diplômé de l’Ecole Polytechnique en 1961. En 1971, il rejoint le CNES en qualité de Conseiller spécial de recherche, puis est ensuite détaché auprès du Ministère du Développement Industriel et Scientifique afin de participer aux négociations européennes aboutissant à la création de l’ESA en 1975. En 1978, Jean-Marie Luton devient Directeur des programmes au CNES. Il sera ensuite Président du Comité administratif et financier de l’ESA et représentant du CNES au sein du Conseil d’administration d’Arianespace. 

En 1989, il est nommé Directeur général du CNES.

En 1990, il devient Directeur général de l’ESA. 

En 1997, Jean-Marie Luton est nommé Président d’Arianespace, poste qu’il occupera jusqu’en 2007. 

Tout au long de sa carrière, Jean-Marie Luton a reçu de nombreuses distinctions. Il était notamment Officier de la Légion d’Honneur et Commandeur de l’Ordre National du Mérite. Il était également membre de l’Académie Internationale d’Astronautique et de l’Association Aéronautique et Astronautique de France.

A l’annonce de sa disparition, Jean-Yves Le Gall, Président du CNES, Président du Conseil de l’ESA et ancien Président d’Arianespace, a déclaré « C’est avec une immense tristesse que nous apprenons la disparition de Jean-Marie Luton. Son action à la tête du CNES, de l’ESA et d’Arianespace a conduit au développement de ces trois entités avec le succès planétaire qu’elles connaissent. Un géant de l’Europe spatiale vient de nous quitter »

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1 août 2019 4 01 /08 /août /2019 20:53
Guerre et paix
Guerre et paix
Guerre et paix

Dans cette période de l’année, plusieurs dates viennent nous rappeler la violence de la guerre et la fragilité de la paix :

- 31 juillet (1914) : assassinat de Jean Jaurès, qui se battait pour empêcher le conflit qui s’annonçait. La première guerre mondiale fera dix millions de morts et environ huit millions d’invalides)

- 2 août (2019) : probable fin du traité INF, signé par Reagan et Gorbatchev en 1987 et abrogé par Trump. Il prévoyait l’élimination des missiles lancés depuis le sol et ayant une portée se situant entre 500 et 5 500 km.

- 3 août (1914) : déclaration de guerre de l’Allemagne à la France

- 6 août (1945) : bombardement nucléaire d’Hiroshima (entre 100 000 et 150 000 victimes)

- 9 août (1945) : bombardement nucléaire de Nagasaki (entre 60 000 et 80 000 victimes)

C’est l’occasion de rappeler ces phrases de Jean Jaurès, qui devraient faire réfléchir les dirigeants de notre monde, de plus en plus violent et de plus en plus traversé de conflits lourds de menaces :

 

« L’humanité est maudite, si pour faire preuve de courage elle est condamnée à tuer éternellement. Le courage, aujourd’hui, ce n’est pas de maintenir sur le monde la sombre nuée de la Guerre, nuée terrible, mais dormante, dont on peut toujours se flatter qu’elle éclatera sur d’autres. Le courage, ce n’est pas de laisser aux mains de la force la solution des conflits que la raison peut résoudre, car le courage est l’exaltation de l’homme, et ceci en est l’abdication. »  

 

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8 mars 2019 5 08 /03 /mars /2019 16:44
L’accès des femmes aux postes de responsabilité

     La présidente du groupe pharmaceutique Janssen France, Emmanuelle Quilès, rappelle dans une tribune au « Monde » que l’équité salariale doit aujourd’hui être une priorité pour assurer l’égalité femmes-hommes en entreprise.

 

*********

 L’accès des femmes aux postes de responsabilité passe par la remise en cause de préjugés culturels 

 

     Soyons clairs une bonne fois pour toutes : l’égalité femmeshommes en entreprise est synonyme de performance économique. Etude après étude, les conclusions convergent vers cette certitude. Pourtant, si les femmes représentent 50 % de la population mondiale, elles n’occupent encore que 25 % des postes de management, 5 % des postes de PDG et elles ne sont que 12 % à siéger aux comités de direction dans les pays du G20 (13,6 % en France).

     Une sousreprésentation qui n’a rien à voir avec le supposé « manque d’ambition des femmes » que j’entends parfois, entre cynisme et arrogance, puisque 79 % des femmes et 81 % des hommes assurent vouloir accéder à des postes de « top management ». Et qui ne met pas en avant les entreprises qui ont 60 % de femmes siégeant au comité de direction, selon l’étude McKinsey Women Matter.

     Une meilleure mise en valeur des compétences féminines ne permettraitelle pas de générer 12 000 milliards de dollars supplémentaires d’ici à 2025, soit 11 % du PIB mondial, toujours selon la même étude ? Le constat est sans appel et le gâchis immense en termes de croissance économique globale, notamment dans nos économies matures aux populations vieillissantes et à court de forces vives. Si ces arguments économiques en faveur d’une égalité réelle sont déterminants, ils ne sont pas suffisants.

     Le sujet n’est pas nouveau : l’histoire des idées est jalonnée de penseurs masculins qui ont formulé clairement leurs convictions sur l’égalité. Parmi les plus illustres : Condorcet, véritable pionnier de la lutte pour les droits des femmes dont les premiers écrits de militant sont publiés dès 1787, se faisant sans relâche l’avocat de « l’admission des femmes au droit de cité ». Moins d’un siècle plus tard, l’économiste John Stuart Mill, dans son livre De l’assujettissement des femmes (1869) dévoile un plaidoyer magistral en faveur d’une égalité totale.

     Echanger, communiquer

     En recherchant récemment sur Internet « homme féministe », je n’ai pas trouvé grandchose.  Comme si les deux concepts étaient antinomiques. Mais il est vrai que notre civilisation occidentale a été écrite comme une métaphysique de l’« Un », et que cet «Un » est masculin. Comme l’explique très bien la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury, « l’homme est à la fois au centre et au sommet, et ce depuis des millénaires ». Alors on pourrait se dire que ce sommet restera longtemps inaccessible, ou bien on agit, ce qui est ce que je veux, en cette journée internationale des droits des femmes.

     On agit. Non pas pour faire de la parité une bataille de femmes pour les femmes mais en faire un combat universel. Agir pour désapprouver publiquement certains comportements, agir pour créer une union sacrée femmeshommes, agir pour désamorcer nos biais inconscients en entreprise grâce à des actions de formation… Mettre bout à bout une série d’actions simples, mesurer leur impact, échanger les idées, communiquer, c’est contribuer à déconstruire un environnement hostile à l’ascension féminine et changer les mentalités.

     L’accès des femmes aux postes de responsabilité passe par la remise en cause de préjugés culturels liés d’une part à la vision stéréotypée du leadership masculin dans l’entreprise et d’autre part à la conception du rôle de l’hommechef de famille et « gagnepain principal ». Heureusement, des mesures de progrès, comme le congé paternité, donnent un coup d’accélérateur salutaire pour déconstruire un certain nombre de préjugés sur les parcours de carrière. Mais il nous faut aller plus loin : le sujet de l’équité salariale est désormais au coeur de nos priorités et c’est tant mieux, car le silence ne peut plus avoir valeur d’assentiment dans ce domaine.

     Ce combat pour la parité doit nous mener bien audelà de lattention que nous sommes invités à porter aux femmes dans les entreprises en ce jour du 8 mars. Cocher les cases ne permet plus à nos entreprises d’atteindre le niveau d’ambition dont elles ont besoin pour relever les défis qui s’offrent à nous. Ces défis s’appellent innovation, transformation, inclusion. Rien que des noms féminins.

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8 mars 2019 5 08 /03 /mars /2019 11:20
Les hommes aussi

     Il est bon de rappeler que la cause des femmes avancera aussi avec la conviction des hommes, dont certains ont montré la voie dans la lutte contre le patriarcat ! 

 

     Voici à ce sujet le beau texte de mon ami Jean-José COLOMES, publié sur son blog à l’occasion de la « journée internationale des droits des femmes »

 

****************

 

     « Il naquit à Bergerac le 20 mai 1848. D'abord inscrit au Barreau, Paul Magnaud entre dans la magistrature en 1880. Il occupa différents postes, au Parquet à Doullens, à l'Instruction à Montdidier, Senlis et Amiens. De 1887 à 1906 il présida le Tribunal de Chateau-Thierry. Cette année-là, Paul Magnaud fut élu député radical-socialiste de la Seine. A l'issue d'un premier mandat, il renonça a à se représenter et en 1910, il réintégra la magistrature jusqu'à sa retraite. Il est décédé le 27 juillet 1926 à Saint Yrieix la Perche.

 

     De l'avis général, ce fut un homme d'une grande bonté et un féministe avant l'heure. Jugez-en :

 

     A Chateau-Thierry, alors qu'il présidait le Tribunal Correctionnel, il est amené à juger une jeune femme de 22 ans, Louise Ménard, qui a dérobé un pain dans la boulangerie de son cousin.

 

     Louise élève seule son petit garçon de 2 ans et partage avec sa mère qui est veuve, un bon d'alimentation hebdomadaire accordé par le bureau de bienfaisance de sa bourgade : 2 kg de pain et 2 livres de viande.

 

     Le cousin a porté plainte et les gendarmes témoignent que lorsqu'ils sont arrivés chez Louise, la miche était dévorée aux trois-quarts. Le Procureur demande la condamnation de la voleuse.

 

     Après deux longues heures de délibération, le président Magnaud rend son jugement dans lequel on peut lire :

 

"Attendu qu'il est regrettable que dans une société bien organisée, une mère de famille seule puisse manquer de pain autrement que par sa faute... le juge peut et doit interpréter humainement les prescriptions de la Loi...Un acte, ordinairement répréhensible, perd de son caractère frauduleux lorsqu'il est commis par l'impérieux besoin de se procurer un aliment de première nécessité..."

 

     En conséquence, le Tribunal relaxe Louise Ménard. Ainsi, apparaît pour la première fois dans le jargon juridique, la notion "d'état de nécessité". Celui-ci n'intégrera le Code Pénal qu'en 1994, presque un siècle plus tard !

 

     Au moment où Louise quitte la salle d'audience, le juge lui glisse une pièce de 5 francs dans la main. Les gazettes s'emparent de l'histoire et les lecteurs s'émeuvent du cas de la jeune femme. Une souscription est lancée en sa faveur. La princesse de Rohan, le photographe Nadar, Courteline manifestent également leur soutien tant à Louise qu'au juge Magnaud. Georges Clémenceau signe un billet dans l'Aurore, intitulé "Le bon juge".

 

     Lequel juge continue sa croisade visant à protéger les femmes.

 

     Le 24 août 1900, comparait devant lui, Marie-Julie Véret, accusée d'avoir laissé mourir son enfant à la suite d'un accouchement clandestin. Paul Magnaud prend la plume :

 

"Marie-Julie Véret n'a agi que par crainte de la sourde hostilité et de la stupide et cruelle réprobation dont sont l'objet les filles-mères. C'est donc à la société contemptrice des filles-mères mais pleine d'indulgence pour leurs séducteurs, qu'incombe en partie la responsabilité des conséquences des grossesses et accouchements clandestins".

 

     La prévenue sera condamnée à une amende de seize francs.

 

     Eulalie Michaud, ouvrière passementière, a eu une liaison avec le fils de l'un des principaux industriels de la région. De cette liaison est né un enfant et le jeune homme promet le mariage à Eulalie. Pendant quelques temps, il subvient aux besoins de la mère, puis il se lasse et l'abandonne pour une autre. Un jour, Eulalie Michaud le croise aux bras de sa rivale et folle de colère, elle lance une pierre au visage de son amant, le blessant légèrement à l'oeil. Elle encourt entre 6 mois et 2 ans de prison.

 

     Le juge l'écoute exposer sa détresse. Il écoute le jeune homme qui se montre très désobligeant. Rentré chez lui, Paul Magnaud rédige sa décision. Il rend hommage à la prévenue qui a présenté des excuses pour son emportement, et il s'en prend ensuite au plaignant :

 

"Ce Don Juan de village...qui laisse à une fille-mère toute la charge de l'enfant qu'elle a conçu...alors qu'il peut se dégager de toute responsabilité matérielle.... ". Un tel état de choses, poursuit le juge "met souvent la femme abandonnée dans la terrible alternative du crime ou du désespoir".

 

     Eulalie Michaud est condamnée à un franc d'amende.

 

     Mais « le bon juge », sait aussi faire preuve d'un grand cœur à l'égard des plus démunis. Devant rendre une décision en matière de mendicité, le Tribunal de Château-Thierry se placera aussi à l'avant-garde. Ainsi, le 20 Janvier 1899, il relaxe un individu au motif qu'il n'avait demandé l'aumône que sous la pression d'une détresse absolue.

 

     En ce début du XXème Siècle, les choses évoluent. Deux femmes ont été autorisées à prêter le serment d'avocat. C'est devant le Tribunal de Château-Thierry que l'une d'elles, Jeanne Chauvin, prononce sa première plaidoirie. Le président Magnaud l'accueille chaleureusement et appelle l'institution judiciaire à s'ouvrir également aux femmes. Il mène combat avec elles et les déboires conjugaux de ses concitoyens lui fournissent une belle occasion de dénoncer l'injustice faite aux femmes adultères. Elles encourent en effet de 3 mois à 2 ans de prison, quand l'époux volage risque au mieux une amende, et encore, s'il commet son forfait au domicile conjugal !

 

     Il en est ainsi d'une amoureuse surprise en flagrant délit chez son amant par les gendarmes, à la requête du mari furieux. L'épouse est relaxée et le juge soutient, avec une forte dose de bon sens, que la maréchaussée a mieux à faire que de dresser des constats dans les alcoves "surtout si l'on songe que, l'adultère ne trouble ni la liberté, ni la propriété de personne, ni la paix publique." Le délit d'adultère ne sera abrogé qu'en 1975. Le « bon juge » Magnaud était un visionnaire !

 

     Paul Magnaud innove aussi en matière de divorce. Convaincu que "deux êtres ne peuvent malgré eux, rester enchaînés l'un à l'autre à perpétuité" il prononce en 1900 le premier divorce par consentement mutuel, là encore avec soixante-quinze ans d'avance sur la loi !

 

     Les journalistes de la presse nationale viennent voir de plus près ce singulier personnage qui s'interroge publiquement : «  Pourquoi la justice a-t-elle deux plateaux si le juge ne peut en utiliser qu'un ? ».

 

     Mais le bon juge paiera cher ses irrévérences. Pressé par Clémenceau de se présenter aux Législatives de 1906 pour sauver une circonscription de droite, il accepte, en échange de la promesse de voir voter une "loi sur le pardon judiciaire", qui doit permettre au juge d'absoudre un coupable si la clémence lui paraît plus efficace que le sanction. Loi qui ne verra jamais le jour.

 

     Paul Magnaud abandonne la politique après ce mandat. La Chancellerie l'affecte à un poste dans une juridiction de la Seine où il ne présidera plus aucune audience.

 

     Alors, un siècle plus tard, quel regard porter sur les positions et décisions téméraires prises par le bon juge  ? Si les jugements de Paul Magnaud, révolutionnaires en leur temps, ont largement contribué à faire évoluer vers plus d'égalité la place de la femme dans la société, il faut souligner que l'enthousiasme du juge n'a pas toujours été partagé par les juridictions d'appel... Le fruit n'était pas encore mûr!

 

     Aujourd'hui, même si nos sociétés ont gravé dans les textes le principe « d’égalité des femmes et des hommes», elles restent encore profondément androcentrées. Il faut souhaiter que d'autres juges Magnaud continuent, au quotidien, à faire coïncider ici et dans le monde, les grands principes et la réalité vécue. Vaste chantier !

 

     Mais à chaque jour suffit sa peine. Pour l'heure, excellente fête, Mesdames ! »

 

             https://img.over-blog-kiwi.com/2/60/70/66/20190308/ob_e796e1_magnaud-tribunal.jpe

                Palais de Justice de Château Thierry.

                   En médaillon le Juge Magnaud.

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11 janvier 2019 5 11 /01 /janvier /2019 17:26
Le débat public, une idée neuve…. il y a 30 ans

     En février 2018, je regrettais que la méthode du débat public - qui avait fait ses preuves avec la réforme réussie des Postes et Télécommunications- n’ait pas été utilisée pour ce qu’on a appelé « la réforme de la SNCF ». 

      En février 1992, dans un petit livre ("Nous vivons une époque intéressante") tiré de mon expérience de la conduite de ce débat public en 1989 , je formulais des propositions pour améliorer les graves dysfonctionnements de la démocratie qui commençaient à se faire jour.

      On réalise, en lisant ce document, que le malaise de la société française et ses doutes à l’égard de la politique et du fonctionnement des institutions ne sont pas des phénomènes récents.

     On s’aperçoit aussi malheureusement que tant le diagnostic que les remèdes proposés ne datent pas de la révolte des gilets jaunes …..mais d’il y a 30 ans !

     A vous de juger!

                                          le nouveau contexte

                                       la démocratie en danger? 

                                       quelques propositions 

                                           la réforme des PTT

                                        l'avis du sociologue 

                                        le jugement de la presse

                                        le débat sur les transports

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16 décembre 2018 7 16 /12 /décembre /2018 18:55
Littératures de vespasiennes

      Vous avez probablement ressenti comme moi une forme de dégoût à la lecture de certains commentaires (anonymes bien sûr) qui fleurissent sur Internet.

 

      J'ai retrouvé cette tribune de Michel Onfray publiée dans le Monde,  du 19 avril 2010, que je trouve particulièrement pertinente alors que ce phénomène n'a cessé de prendre de l'ampleur avec le développement considérable des réseaux sociaux.

 

***************

 

    " Jadis, dans les latrines, on pouvait lire sur les murs des graffitis dans lesquels s'exprimait toute la misère sexuelle du monde. Pas besoin d'une sociologie très appuyée pour saisir ce qui travaille l'âme du quidam au moment de sacrifier aux nécessités des sphincters : on se vide, on se lâche, on éclabousse avec les remugles de son animalité et l'on grave ses cogitations dans le marbre d'une porte en bois... On a les rostres qu'on peut ! Aujourd'hui, cette fonction a quitté les toilettes publiques, désormais entretenues comme un bloc opératoire, pour rejoindre des lieux guère plus recommandables : les commentaires postés au pied des articles sur les sites Internet. C'est en effet là qu'on trouve l'équivalent des littératures de vespasiennes d'hier...

 

      Internet offre tous les avantages de la lettre anonyme : vite fait, bien fait, caché dans la nuit du pseudonyme, posté en catimini d'un simple clic, le sycophante peut laisser libre cours à ses passions tristes, l'envie, la jalousie, la méchanceté, la haine, le ressentiment, l'amertume, la rancoeur, etc. Le cuisinier raté détruit la cuisine d'un chef qui travaille bien dix heures par jour avec son équipe ; le musicien loupé dégomme l'interprétation d'un quatuor qui aura superbement joué ; l'écrivain manqué donne des leçons sur un livre qu'il ne connaîtra que par la prestation de son auteur à la télévision ; le quidam qui se sera rêvé acteur ou cinéaste percera la poche de son fiel après avoir vu un film, etc.

 

      L'extension des libertés d'expression s'est souvent faite du côté des mauvaisetés. Certes, le critique appointé dans un journal est mû par les mêmes ressorts, du moins le support qui l'appointe veillera à sa réputation et l'autocensure produira quelque effet en modérant (parfois) l'ardeur des fameuses passions tristes. De même la signature oblige un peu. Si l'on n'est pas étouffé par la dignité, le sens de l'honneur, la droiture, du moins, on ne peut pas totalement se vautrer dans l'ignominie, car le lecteur sait qui parle et peut, avec un minimum d'esprit sociologique, comprendre que ce qui l'anime n'est guère plus élevé : renvoi d'ascenseur, construction d'une position dominante dans un champ spécifique, droit d'entrée dans une institution, gages pour une future cooptation monnayable, etc

 

      L'anonymat d'Internet interdit qu'on puisse un tant soit peu espérer un gramme de morale. A quoi bon la vertu puisqu'ici plus qu'ailleurs on mesure l'effet de la dialectique sadienne des prospérités du vice et des malheurs de la vertu ? (....)

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10 mai 2018 4 10 /05 /mai /2018 14:44
Un 10 mai férié !

     Quelle heureuse coïncidence que ce 10 mai 2018 soit un jour férié ! Cela m’a permis de me replonger dans les souvenirs si forts d’un autre 10 mai, celui de 1981.

    Je n’ai pas l’intention de céder à une quelconque nostalgie mais, comme certains amis socialistes m’ont interrogé à ce sujet, je le fais en pensant que l’évocation de ce « vieux monde » peut être utile pour se souvenir d’où l’on vient…

    Rien de mieux pour cela que de relire le texte qui suit, que j’ai écrit il y a 2 ans, et de consulter les liens audio et vidéo recommandés.

********************

     Oui, je sais…. C’était l’époque de la guerre froide, de Reagan, de Thatcher, de Brejnev, d’une Europe qui se cherchait, d’un « Tiers monde », comme on disait, qui ne pesait pas encore fortement dans les échanges économiques.

     Oui, je sais…...C’était l’époque où la vie politique française était conditionnée par la confrontation entre la droite et la gauche, même si des tensions lourdes se manifestaient dans chaque camp.

      Oui, je sais….le monde a changé, la société française a évolué et nous vivons aujourd’hui à l’ère d’Internet, du portable, de Facebook, de Twitter, en attendant les nouvelles révolutions techniques qui se préparent.

      Et pourtant, malgré tous ces changements, je trouve qu’il peut être intéressant et, par certains aspects, utile de revivre l’évènement que fut, il y a 35 ans, le 10 mai 1981 : moment fort de l’Histoire, pas seulement pour les socialistes, mais aussi pour la gauche et, au-delà, pour notre pays.

      A condition de ne pas idéaliser l’évènement et de ne pas le couper de son contexte, sa lecture peut aider à dégager des enseignements pour le temps présent et pour l’action. Cela ne me semble pas inutile en ces moments de doute, de morosité et parfois, de colère.

**************

      Je vous recommande :

     - d’écouter cette émission très vivante de France Inter, à laquelle j’ai participé : "10 mai 1981, l'arrivée de la gauche au pouvoir"  (notamment de 39' à 54')

     - de regarder ces images bruyantes de joie populaire (Journal télévisé du 11 mai 1981)

     - de lire le petit livre que j’ai écrit avec Béatrice Marre « On a repris la Bastille »

    - de consulter le recueil des documents de ce blog consacrés au 10 mai 1981, à François Mitterrand et aux grands thèmes de la gauche à cette époque.

    - de regarder l'album du 10 mai de ce blog.

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