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12 juillet 2015 7 12 /07 /juillet /2015 08:30
Un socialiste atypique

Interview de Paul Quilès par

 

Gardarem lo Larzac, le bimestriel d'information du Larzac

 

 

      Quand on lui avait téléphoné pour prendre rendez-vous, il nous avait dit : « pas plus d’une demi-heure, j’ai un emploi du temps chargé ! ». Du coup on avait préparé quelques questions courtes. Après avoir déambulé dans les ruelles d’un des plus beaux villages de France, nous fûmes reçus par Paul Quilès, maire de Cordes-sur-Ciel et président de la communauté de communes du Cordais et du Causse (tiens ! là-bas aussi il y a un causse…).

 

      Nous avions souhaité l’interviewer pour deux raisons majeures : d’abord parce que c’est l’un des rares socialistes, et le seul ancien ministre de la Défense (il le fut en 1985-86), à critiquer la doctrine de la dissuasion nucléaire, ensuite en tant qu’élu tarnais (Cordes est située à 20 km du projet de barrage de Sivens), parce qu’il a pris ses distances avec ses voisins élus, PS ou de droite, tous pro-barrage, en ne participant pas à la marche des élus, trois semaines après la mort de Rémi Fraisse et le gel du projet.

 

      En fait d’interview, ce fut à peu près aussi difficile que d’interroger Ticlo et Lucienne Galtier (cf. GLL n°320), tant Paul Quilès semblait heureux de rencontrer des paysans du Larzac et de raconter son long cheminement de militant et d’élu socialiste.

 

      Et c’est au bout de presque deux heures d’entretien que Paul Quilès nous a raccompagnés à la porte de la mairie, après nous avoir narré des épisodes de sa vie publique, en commençant par sa présence à l’arrivée de la marche des paysans du Larzac, en décembre 1978. Il était alors l’unique député socialiste de Paris et, ceint de son écharpe tricolore, il avait tenté de négocier avec les forces de l’ordre qui arrosaient de gaz lacrymogène la foule massée sur le boulevard Jourdan. Il nous a aussi raconté comment fut annoncé l’abandon du projet de centrale nucléaire de Plogoff, en début de meeting à Brest, par le candidat Mitterrand, pourtant très prudent sur la question du nucléaire civil, comme d’ailleurs sur la dissuasion nucléaire…

 

      Sur ce dernier sujet, il nous a assez longuement exposé sa position (lire l’entretien ci-dessous).

 

      Concernant Sivens, Paul Quilès s’est effectivement désolidarisé de ses collègues élus socialistes du Tarn, mais il est surtout très critique envers les zadistes, et envers « ces responsables politiques qui ont exploité l’affaire à des fins électoralistes », par exemple Cécile Duflot. Sur le fond, « ce dossier a été mal monté, le dialogue n’a pas eu lieu au bon moment. Je regrette en particulier que le rapport des experts, qui concluait à un surdimensionnement du projet, n’ait pas été rendu public avant la manifestation du 26 octobre et la mort de Rémi Fraisse. On aurait évité un drame humain. » Sur le vieux débat bien connu sur le Larzac entre légalité et légitimité, Paul Quilès se démarque nettement de ses voisins élus tarnais : « des décisions respectant la légalité ne peuvent naturellement pas être mises en cause, mais lorsqu’elles ont été mal préparées, il est nécessaire de définir la façon de tenir compte des critiques contestant leur légitimité. » Comment sortir de la situation de blocage actuelle ? « Il n’y a pas de solution magique. Je suggère une démarche visant à dépassionner le débat ; qu’on prenne le temps et qu’on trouve un lieu où pourraient se confronter les points de vue. Ce n’est pas forcément dans les assemblées politiques que se résume la volonté de trouver des solutions consensuelles. »

 

      À l’heure où beaucoup désespèrent de la classe politique en général, et du parti socialiste en particulier, c’est un petit réconfort de rencontrer un élu qui réfléchit, qui évolue, et qui met en cause le dogme de la dissuasion nucléaire, même si sur ce point il ne nous semble pas aller jusqu’au bout de la démarche en refusant de franchir le pas du soutien à un désarmement unilatéral.

T. L. et T. C.

 

*********

 

Pour la suppression des armes nucléaires

 

  • Vous vous démarquez de la grande majorité des responsables politiques par votre critique de la doctrine de la dissuasion nucléaire.

 

Oui, on parle d’un consensus en France sur cette question, alors qu’il n’y a jamais eu vraiment de débat. Pour les inconditionnels de l’arme nucléaire, cela relève d’une foi, on est comme en présence d’une sorte de religion, avec ses dogmes, ses grands-prêtres. Or dans une religion, on peut discuter de dogmes, mais pas du cœur de la religion : on ne remet pas Dieu en question. Le cœur de cette religion, c’est cette idée que la dissuasion nucléaire est indispensable et presque consubstantielle à la France.

 

  • Les responsables politiques ont-ils vraiment foi dans la bombe ? Ou bien cette absence de débat est-elle due à ce qu’ils ont d’autres soucis, d’autres priorités ?

 

Vous avez raison, il y a l’économie, le chômage… Ils sont tous très occupés. Et dans ce domaine comme dans d’autres il existe un lobby puissant, le « complexe militaro-industriel ». Cela commence par le chercheur, puis on fait des essais : le chercheur a montré que ça marchait, l’industriel que c’est réalisable, l’utilisateur trouve qu’il y a un mieux, et on en arrive au théoricien, qui construit la doctrine. Tous les échelons franchis, le conseiller va trouver le ministre, ou le président. Vous êtes intelligent, honnête, occupé, le travail est prémâché et vous dites oui. La réflexion se fait niveau par niveau, il n’y a pas de réflexion globale. Et il ne faut pas y voir un complot, ce serait une grave erreur, mais l’influence de ce « complexe militaro-industriel », que le Président américain Eisenhower avait dénoncée en quittant la Maison Blanche le 17 janvier 1961.

J’ai présenté une contribution au congrès de Poitiers (1) qui propose d’agir pour un monde sans armes nucléaires. On raisonne comme si c’était impossible, mais on a bien réussi à supprimer les armes chimiques. Mitterrand s’était battu pour leur complète disparition, pas seulement pour leur réduction : en 1993, pour la première fois, une arme de destruction massive a fait l’objet d’une interdiction vérifiée. Pourquoi la France ne prendrait-elle pas des initiatives dans ce sens concernant l’armement nucléaire ? On peut quand même mettre au crédit de Mitterrand la signature du TNP (2), l’initiative d’arrêt des essais nucléaires, l’arrêt de la production de matières fissiles (mais il est vrai qu’on a du stock pour des dizaines d’années) et la suppression des armes chimiques.

 

  • Vous défendez l’idée d’un désarmement multilatéral et progressif. Pourquoi pas un désarment unilatéral de la France, puisque notre dissuasion ne sert à rien ?

 

On peut se faire plaisir en le demandant, mais je crains qu’il y ait une impossibilité due au monde politique et à l’opinion publique. Et ce n’est pas parce que la France le ferait que les autres désarmeraient. Je crois que ce n’est pas de cette façon qu’on fera avancer le désarmement mondial. Si moi, ancien ministre de la Défense, je proposais cela aujourd’hui, je suis sûr que je perdrais toute crédibilité dans mon combat. Le désarmement international ne peut être que progressif et contrôlé. Par contre, je suis favorable à des actes forts : par exemple la suppression de la force aérienne stratégique. Pendant longtemps on a entretenu l’idée que la dissuasion exigeait trois composantes : terrestre, aérienne et maritime. On a renoncé aux missiles terrestres et à présent, même si on est favorable à la dissuasion nucléaire, on doit pouvoir reconnaître qu’on peut se passer de la force aérienne, comme l’ont fait les Britanniques. Rappelons-nous Jaurès, pour qui le courage consistait à ne pas céder sur l’idéal tout en sachant composer avec la réalité et en étant capable de négocier.

 

  • Mais l’obstacle pour un désarmement unilatéral n’est-il pas seulement psychologique ?

 

Quand on me dit que la France a besoin de l’arme nucléaire pour faire entendre sa voix, je m’interroge : en quoi lui est-elle utile au Mali, en Syrie, en Ukraine, face au terrorisme djihadiste ? Et quand on argumente que l’abandon de la dissuasion nucléaire menacerait la position de la France comme membre permenent du Conseil de Sécurité, on oublie qu’elle a obtenu cette place bien avant de se doter de l’arme nucléaire. Dans les années 1960, De Gaulle a fait passer le message que la France devait pouvoir se défendre toute seule, on a mis dans la tête des gens que la bombe atomique nous rendait libre par rapport aux Etats-Unis, que c’était la fierté de la France. Au départ, Mitterrand était contre les euromissiles, puis il s’y est rallié, mais c’était l’époque de la Guerre froide.

On est passé de trois armes nucléaires en 1945 à 70 000 dans les années 1990 : une monstruosité ! Cette accumulation a été justifiée par une suite de théories, jusqu’à celle de la « guerre des étoiles ». On a souvent organisé un sorte d’enfumage de l’opinion publique. Et encore aujourd’hui avec la façon de poser des questions orientées dans les sondages pour connaître l’opinion des Français sur l’armement nucléaire. Et ça marche. Les enfumés, ce sont aussi les médias, qui répercutent sans esprit critique, ou font de la simplification à outrance. Quant à cette idée que c’est la bombe atomique qui aurait garanti la paix pendant 50 ans, on peut en douter. Ce qui est sûr, c’est qu’elle nous a fait frôler la catastrophe : il faut voir à ce propos le film « 1983, au bord de l’apocalypse nucléaire » (3) et qui raconte comment les Russes avaient détecté par erreur le lancement de missiles américains et ont été à deux doigts de riposter. Et on nous parle d’assurance-vie ! Notez qu’en 1985, lorsque j’ai été ministre de la Défense, personne ne m’a parlé de ces faits…

 

  • En poursuivant le projet de laser Mégajoule, la France n’est-elle pas en contradiction avec son adhésion au TNP, qui lui interdit de moderniser son arsenal nucléaire ?

 

Effectivement, c’est une hypocrisie. Comme passer du missile M45 au missile M51, en augmentant la portée de 4 000 à 8 000 km. Le laser Mégajoule sert à tester les têtes nucléaires, il remplace les essais souterrains. Mais si on dit qu’il faut arrêter le projet Mégajoule, on nous répond que le nucléaire nous protège, qu’il stimule la recherche, qu’il y a des emplois en jeu… Il n’y a pas de réelle volonté. On répète depuis 30 ans « On veut bien faire des efforts, mais quand les autres en feront ». Cependant, si on peut me dire : « Vous êtes un rêveur », on ne peut pas me dire : « Vous êtes incompétent ! » Il y a deux ans, deux sous-marins nucléaires, français et britannique, se sont rentrés accrochés : ils ne pouvaient pas se détecter l’un l’autre ! Je vous renvoie encore à ce film sur 1983 : le danger est surtout dans l’erreur d’interprétation, on joue avec un risque phénoménal, monumental.

 

Propos recueillis par Thomas Lesay et Thierry Castelbou

 

(1) Lire la Contribution au Congrès du Parti Socialiste de Poitiers:

 

(2) TNP: Traité de Non-Prolifération

 

(3) Regarder le film (en 4 parties)

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10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 19:48

     Vous connaissez la suite. C’était à 20h, il y a exactement 34 ans.

 

     Ce court enregistrement est un beau souvenir pour ceux qui l'ont vécu et un grand moment de télévision......que je n'ai pas suivi en direct, trop occupé par la préparation de la fête de la Bastille! Mais je connaissais le résultat depuis 18h30, grâce au sondage "sortie des urnes" de la SOFRES !

 

     Voir aussi cette vidéo, avec 3 témoignages sur le 10 mai 1981:   

 

     La Fabrique socialiste fête l'élection de François Mitterrand

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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 15:13
Place de la Bastille. 10 mai 1981, 23h

Place de la Bastille. 10 mai 1981, 23h

      Publié sur le site du JDD sous le titre 

 

"Les leçons de Mitterrand du 10 mai 1981 sont toujours d'actualité"

 

      Pourquoi parler encore une fois du 10 mai 1981 et de la victoire de François Mitterrand ?

 

      Serait-ce parce que le 10 mai tombe cette année un dimanche (mais c’est le cas tous les 6 ans…) ? Serait-ce par un goût immodéré des commémorations…qui évite de parler du présent ?

 

      Non, il s’agit plutôt aujourd’hui de rappeler un moment fort de l’Histoire, pas seulement pour les socialistes, mais aussi pour la gauche et, au-delà, pour notre pays. A condition de ne pas idéaliser l’évènement et de ne pas le couper de son contexte, sa lecture peut aider à dégager des enseignements pour le temps présent et pour l’action.

 

      Directeur de la campagne de François Mitterrand en 1981 et organisateur de la mémorable fête de la Bastille*, je ressens avec beaucoup de force l’évocation de ce souvenir. Sans nostalgie, mais avec le souhait que le rappel de cet évènement soit utile aux générations qui ne l’ont pas vécu.

 

       C’est ce que j’exprimais déjà à l’occasion du 30ème anniversaire du 10 mai 1981, en conclusion du petit livre « On a repris la Bastille »

 

       Quatre ans plus tard, en relisant mes propos, je m’aperçois qu’ils sont encore pertinents

 

                                                                                                 Paul Quilès

 

* Ecouter l'émission de France Inter: "10 mai 1981: l'arrivée de la gauche au pouvoir" (de 39' à 54')

 

************


     « Dans l’esprit de plusieurs générations, le 10 mai 1981 demeurera sans conteste une référence historique et la date d’une journée mémorable. Tous ceux qui ont participé à la liesse populaire de la « soirée de la Bastille » qui l’a conclue en garderont un souvenir ému.

 

     Les jeunes qui venaient d’accéder à l’âge de voter se souviendront du formidable enthousiasme de la fête et de leur espérance que cette victoire permette, comme le disait le slogan des socialistes, de « changer la vie ».

 

     La joie des militants de gauche, qui s’étaient battus pendant tant d’années, faisait plaisir à voir. Ils avaient presque fini par douter que la droite puisse être battue, en intériorisant la formule de Jacques Chirac, qui ironisait sur la gauche, « excellent critique musical… mais demande-t-on à un critique musical de diriger un orchestre ? ».

 

     Les plus anciens se souviendront de leur émotion en réalisant que la dernière grande victoire de la gauche remontait à 1936, quarante-cinq ans en arrière !

 

     Je revois encore ce vieil homme, quelques jours plus tard, qui faisait ses courses sur le marché Maison Blanche, dans mon XIIIème arrondissement. Il me reconnaît, s’arrête et se met à me raconter sa soirée du 10 mai : « Vous savez, je suis veuf, je vis seul dans mon HLM. Dimanche soir, je préparais mon dîner dans la cuisine, quand j’ai entendu à la radio, à20 heures, que Mitterrand avait gagné. Alors, je me suis assis et j’ai pleuré. J’ai pleuré de bonheur, parce que, rendez-vous compte, j’attendais ça depuis 1936 ! Alors, je me suis dit : “maintenant, tu peux mourir” ».

 

     Bien sûr, certains ne manquent pas de mettre en parallèle les espérances soulevées par cette victoire et les désillusions de certaines périodes de la gauche au pouvoir. Il n’est pas dans mon intention de réaliser ici l’inventaire des erreurs ou des insuffisances qui ont marqué les deux septennats de François Mitterrand.

 

    Beaucoup a été dit à ce sujet et, si certaines critiques me paraissent fondées, d’autres ne sont pas empreintes de la nécessaire honnêteté qui consiste à replacer les événements et les actes dans le contexte de l’époque. Force est de constater en effet que certains oublis, voire quelques réécritures de l’Histoire, empêchent parfois de comprendre pourquoi et comment, le 10 mai 1981, François Mitterrand est devenu Président de la République française, alors que tant de forces s’opposaient à lui et que sa stratégie était contestée, y compris dans le camp de la gauche*.

 

    Quel que soit le jugement que l’on porte sur le bilan de l’action de François Mitterrand, personne ne peut nier que la victoire du seul président de gauche élu jusqu’ici par les Français et l’action de ses gouvernements ont marqué la France de la fin du XXème siècle.

 

     On entend dire qu’il s’agissait alors d’une autre époque. Il est vrai que le monde a considérablement bougé depuis ce qu’on a appelé « les années Mitterrand ». La scène internationale, toujours dominée par l’hyperpuissance américaine, a vu se renforcer l’influence de nouveaux acteurs. Le mur de Berlin est tombé depuis plus de vingt ans.

 

    Récemment, d’autres craquements se sont fait entendre, avec les révolutions qui ont embrasé le monde arabe. La mondialisation des échanges est devenue un enjeu majeur des relations entre Etats.

 

    Des lignes nouvelles de fracture sont apparues, sous les coups de boutoir des extrémismes, qui se manifestent avec plus de vigueur, notamment à travers les dérives religieuses et le terrorisme mondialisé. En France aussi, la vie politique, les rapports de force, les débats ont évolué.

 

    En dépit de ces changements, il est des enseignements de la vie publique de François Mitterrand qui perdurent. Je pense notamment au rôle qu’il attribuait dans la conduite de son action à la volonté et à la méthode.

 

    Volonté par exemple d’approfondir la construction européenne sans détruire la France, en liaison avec notre partenaire allemand. Volonté de moderniser l’économie de notre pays en l’appuyant sur des secteurs publics forts. Volonté de rechercher la justice sociale, même si les difficultés économiques et certains manques d’audace n’ont pas permis d’aller assez loin.

 

     Quant à la méthode qui fut celle de François Mitterrand et qui a toujours guidé sa démarche, elle me semble totalement d’actualité : des objectifs politiques clairement définis, une stratégie bien affichée, le souci permanent de rassembler (les socialistes, la gauche, les Français). Son dernier message aux socialistes*** résonne encore à mes oreilles : « Je crois pour demain comme hier à la victoire de la gauche, à condition qu’elle reste elle-même. Qu’elle n’oublie pas que sa famille, c’est toute la gauche. Hors du rassemblement des forces populaires, il n’y a pas de salut ».

 

     Aujourd’hui, je suis étonné et souvent attristé de voir à quel point la gauche semble avoir du mal à s’inspirer de cette stratégie, qui n’a pourtant pas perdu de sa pertinence. En 2011, comme il y a trente ans, la France a besoin d’espoir et nos concitoyens sont en attente de véritables changements. 

 

    Ils supportent en effet de moins en moins les injustices criantes de cette société et ils voient bien que la jeunesse est en panne d’avenir, que les classes moyennes sont désemparées, que la précarité s’accroît, que la laïcité est contestée, que la voix de la France est affaiblie et parfois inaudible.

 

    Pour autant, leur volonté de sanctionner la droite et le pouvoir en place risque de ne pas suffire à la gauche pour l’emporter. Ses divisions entretiennent la confusion, la focalisation sur les combats de personnes accroit la défiance, et l’absence de plateforme commune portant une alternative décourage les couches populaires, laissant le champ libre à des idéologies inquiétantes.

 

     Avec nos alliés écologistes et toutes les forces vives de la gauche, nous devons convaincre de notre capacité à transformer en profondeur la société, les conditions de vie et notre mode de développement.

 

     D’où la nécessité du rassemblement, sans lequel aucune victoire électorale n’est possible. D’où l’urgence aussi de la formulation d’une véritable alternative de pensée et de gouvernement.

 

     Même si le contexte politique a évolué, les « fondamentaux » de la stratégie de François Mitterrand me semblent être encore aujourd’hui les conditions de la réussite pour la gauche : le choix des personnes ne doit pas précéder l’élaboration du projet ; les sondages ne doivent pas être la boussole des décisions ; le rassemblement de la gauche doit être recherché en permanence. L’élection de François Mitterrand a également fait la preuve éclatante que ce n’est pas la popularité qui fait l’élection… mais la victoire qui rend populaire !

 

   Celles et ceux qui, comme moi, ont eu la chance de connaître cet homme de près retiendront également un autre trait de sa personnalité, auquel il dut faire appel à de multiples occasions au cours de sa vie : une exceptionnelle capacité de résistance à l’adversité.

 

     Ce sont sa ténacité et la volonté qu’il manifestait dans l’action, jointes à la clarté de ses objectifs, qui expliquent sans doute pourquoi ce personnage au caractère trempé, semblant parfois froid et distant, avait la capacité rare de mobiliser et d’entraîner les hommes.

 

     Je souhaite que les responsables politiques de la gauche sachent s’inspirer de la leçon du 10 mai 1981, pour redonner l’espoir qui manque tant aujourd’hui à notre pays… »

(texte écrit par Paul Quilès en avril 2011)

_________________

 

** Le 8 mai 1981, dans l’avion qui nous ramenait du dernier meeting de la campagne présidentielle à Nantes, alors que je lui disais: "Je suis convaincu que vous allez gagner dimanche", François Mitterrand, sans contester ma prévision, me répondit, très ému: "Vous rendez-vous compte de ce que cela signifiera, cette victoire, avec toutes les forces qui étaient coalisées contre nous ? C’est incroyable"

 

*** Ce message de François Mitterrand aux socialistes a été délivré au cours du congrès du Parti socialiste de Liévin (18, 19 et 20 novembre 1994).

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18 avril 2015 6 18 /04 /avril /2015 21:46
Albert Einstein

       Il y a exactement 60 ans, le 18 avril 1955, disparaissait Albert Einstein.

 

     A ceux qui veulent retrouver (ou découvrir) quelques aspects de son génie et de sa personnalité, ainsi que les problématiques qu'il a soulevées, je recommande ce dossier exceptionnel de l'INA, comprenant 10 extraits d'émissions ou de films:

  1. Albert Einstein
  2. La révolution de 1905
  3. "Dieu ne joue pas aux dés" (vers la fin, une description du danger des armes nucléaires)
  4. L'atome cet inconnu
  5. Guerre ou paix: l'atome
  6. L'atome pacifique
  7. Hiroshima et Nagasaki
  8. La décision d'Hiroshima
  9. L'arsenal du futur
  10. La paix a 37 ans

 

    Lire également ce beau texte d'Einstein:  "Sans tolérance, il ne peut-être question de véritable moralité"

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19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 14:00
Souvenirs d'une victoire

          "10 mai 1981 : l’arrivée de la gauche au pouvoir"

 

  En ces temps de morosité, il n'est pas interdit de se 

replonger dans les souvenirs d'une belle victoire.

 

   L'émission de France Inter, à laquelle j'ai participé

hier, est désormais en ligne

 

                                   Ecouter

Souvenirs d'une victoire
Souvenirs d'une victoire
Souvenirs d'une victoire
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Souvenirs d'une victoire
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18 février 2015 3 18 /02 /février /2015 10:49
10 mai 1981 : l’arrivée de la gauche au pouvoir

      Cet après-midi, sur France Inter, je suis intervenu dans l'émission de Fabrice Drouelle sur un évènement que j'ai bien connu: "10 mai 1981 : l’arrivée de la gauche au pouvoir"

 

 

Présentation de l'émission

 

      "L'histoire de l'élection de François Mitterrand, c'est l'histoire d'une rupture majeure, historique, la seule qu'ait connue la Vème République. 

     Depuis 23 ans, la droite gouvernait la France, réussissant à insuffler dans l'esprit des Français qu'elle seule était légitime à exercer le pouvoir et que, la gauche, par voie de conséquence et d'inconséquence, avait vocation à exercer le ministère de la parole pendant que la droite se partageait tranquillement les ministères de la République". (....)

Invité

Paul Quilès, maire socialiste de Cordes-sur-Ciel, ministre à de nombreuses reprises sous la présidence de François Mitterrand, il était son directeur de campagne au cours de l’élection de 1981.

 

Lire la suite et écouter

 

********

 

Pour en savoir plus

 

     - La journée historique du 10 mai 1981 et la fête organisée à Paris, sur la place de la Bastille, le soir même pour célébrer la victoire de François Mitterrand, souvent évoquées, n’ont pourtant jamais été narrées dans leurs détails. 

     A l'occasion du 30ème anniversaire de cette victoire, j'ai rassemblé mes souvenirs de directeur de la campagne de François Mitterrand, pour écrire, avec Béatrice Marre, un livre ("On a repris la Bastille!"), qui fait ressurgir, au fil d'un récit inédit, l'histoire de ces heures mémorables.

 

     - La Fondation Jean-Jaurès a publié "Le Parti socialiste dans la campagne de François Mitterrand en 1981", par Thomas Jouteux

      Ce travail de recherche recompose le tableau des coulisses de la campagne présidentielle de François Mitterrand en 1981, en examinant les rouages de l'organisation et le rôle tenu par les dirigeants et militants du PS au service du candidat.

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25 octobre 2014 6 25 /10 /octobre /2014 09:23

      Désolé si cette référence risque de ne pas sembler très "moderne".....mais je trouve que la réponse de François Mitterrand est assez bien vue:

 

      A la question posée par Arlette Chabot lors de la conférence de presse du 11 septembre 1991 (" le Parti Socialiste doit-il se transformer en Parti Social Démocrate, comme le proposent certains socialistes ? "), François Mitterrand répond: « Non, le Parti c’est le Parti Socialiste. Il ne faut pas avoir peur de ce que l’on est ». 

 

Visionner (durée 1'25)

 

A méditer..."Si tu ne sais pas où tu vas, regarde d'où tu viens" (proverbe sénégalais)

Changer le nom du PS?
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9 mai 2014 5 09 /05 /mai /2014 22:27

       A celles et ceux qui pensent que la victoire du 10 mai 1981

 

-il y a juste 33 ans- n'était pas un accident de l'Histoire et qui s'en

 

souviennent avec émotion, je propose de retrouver l'ambiance de cette

 

journée mémorable dans:  "On a repris la Bastille"

 

      Lire aussi "le plan de François Mitterrand"

 

      Regarder quelques photos de la soirée du 10 mai 1981 et de la

 

campagne de François Mitterrand

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31 décembre 2013 2 31 /12 /décembre /2013 16:56

         A l'aube de cette nouvelle année, je n'oublie pas -tradition oblige- de vous présenter le classique bouquet de vœux (de bonheur, de santé, de réussite....)

 

        Cependant, comme je ne suis pas certain de pouvoir totalement contribuer à leur réalisation, je souhaite vous offrir -c'est plus sûr- une minute trente de bonheur musical, avec ce court extrait.

 

        Il illustre bien ce que disait F. Nietzsche: « sans musique, la vie serait une erreur ».

                         Ecoutez cet extrait

 

   de l’Andante du 2ème concerto pour piano de Chostakovitch 

Voeux en musique
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23 novembre 2013 6 23 /11 /novembre /2013 11:23

Les tontons flingueurs

Même si on les connaît par coeur,

 

les répliques font toujours autant rire

 

....et on en a bien besoin en ce moment!

 

En l'honneur de Georges Lautner,

 

père de l'inoubliable film "Les tontons flingueurs", 

 

avec ses formidables acteurs

 

et ses dialogues "culte" de Michel Audiard,

 

 

Visionner la bande annonce 

 

La vengeance

Les tontons flingueurs
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Recherche

Cordes sur Ciel

CORDES

Faites connaissance avec

la cité médiévale

dont Paul Quilès est le maire
cordes-nuages-8-bp--R-solution-de-l--cran-.jpg

 Avant de venir à Cordes, consultez:

     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez