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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 22:39

       Ce matin, comme chaque année, j’ai présidé à Cordes la cérémonie commémorant l’armistice du 11 novembre 1918. J’ai eu le plaisir de constater que le public était fourni, avec la présence, non seulement des plus anciens mais aussi d’une délégation de jeunes, qui avaient sélectionné, avec l’aide des enseignants de leur collège, des lettres de « poilus » particulièrement émouvantes, qu’ils ont lues devant le monument aux morts.

 

       Après avoir donné connaissance du message officiel du Ministre des anciens combattants, j’ai expliqué pourquoi, selon moi, une telle manifestation ne devait pas être considérée, ce qu’on entend parfois, comme une formalité.

 

       Il y a d’abord le bilan des victimes, qui est monstrueux et qu’il ne faut pas oublier : 19 millions de morts, 21 millions de blessés. Pour la France, cela a concerné 27% de la classe d’âge 18-27 ans et s’est traduit par une terrible saignée, dont on retrouve la trace dans presque tous les villages.

 

      Certains épisodes, qui vont être remis en lumière à l’occasion de la célébration du centenaire en 2014, font ressortir l’horreur des combats. Par exemple, la bataille des Ardennes, qui a vu l’affrontement de 740 000 soldats français et allemands entre le 21 et le 23 août 1914 et qui s’est traduite par un véritable carnage : 40 000 morts.

 

       Dans nos commémorations, nous devrons nous souvenir aussi des « fusillés pour l’exemple », ces 600 hommes qui ont été exécutés pour désobéissance (très souvent injustement). Il faudra également honorer ces soldats de toutes origines –longtemps ignorés- qui ont fraternisé sur le front lors de Noël 1914 (lire « Ces tranchées de la fraternité »)

 

      Après la fin du cauchemar de la guerre, les négociateurs du Traité de Versailles (1919) ont cru jeter les bases de la paix. Ils ont malheureusement manqué de lucidité et les sanctions –nécessaires- à l’encontre de l’Allemagne que contenait le Traité ont été imposées de telle façon qu’elles ont préparé le terrain à la montée du nazisme et du fascisme. Par ailleurs, les Etats-Unis ont refusé de participer à la SDN (Société des Nations, ancêtre de l’ONU), contribuant un peu plus à la décrédibiliser.

 

      Aujourd’hui, après deux guerres mondiales et des dizaines de conflits locaux et régionaux qui ont ensanglanté le XXème siècle et le début de ce XXIème siècle, les ferments de guerre sont nombreux et il faut être bien conscient qu’ils peuvent déborder des zones dans lesquelles ils semblent être confinés. Je pense en particulier aux nombreux désordres qui affectent le Moyen-Orient, (Syrie, Iran, Egypte, Palestine….) ou à ceux qui se déroulent en Afrique (et pas simplement au Mali !).

 

      Je pense aussi au risque énorme que représente l’accumulation des armes nucléaires, vestiges d’une autre époque, celle de la Guerre Froide. Même si le stock mondial a diminué, il reste encore 17 000 armes, que modernisent sans arrêt les grands « Etats nucléaires » et qui représentent un risque énorme pour l'humanité. Songez que chacune d’entre elles développe une puissance d’au moins 10 fois celle de la bombe d’Hiroshima, qui causa 200 000 morts (soit 20 fois le nombre de victimes du typhon qui vient de ravager les Philippines) !

 

       En conclusion, j’ai appelé chacun à agir à son niveau pour la paix, ce bien si précieux dont on s’aperçoit du caractère vital lorsque, tel l’air que l’on respire….il a disparu.

Commémorer n'est pas une formalité
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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 15:52

Alors que l’on commémore le souvenir de l’armistice

du 11 novembre 1918,

il n’est pas inutile de se souvenir du climat qui a précédé

le déclenchement du carnage que fut la « Grande Guerre »

 

Ces 2 textes montrent comment Jaurès,

qui pressentait l’étendue de la

catastrophe, a dénoncé jusqu’à la dernière heure

la lourde responsabilité des gouvernants.

 

******

La journée du 31 juillet 1914

(extrait du texte écrit en 1994 par Alain Decaux

pour le spectacle « Ils ont tué Jaurès »)

 

       « Jaurès s'est rendu, à 14 heures 30, au Palais-Bourbon pour la réunion du groupe socialiste. Il va passer le reste de sa journée dans la salle des Quatre-Colonnes. Les nouvelles arrivent, elles sont catastrophiques. Le bruit se répand que l'Allemagne a proclamé l'état de menace de guerre.

 

      Jaurès et les socialistes avaient demandé audience à Viviani. A la présidence du Conseil, ils apprennent que le président ne peut les recevoir : il est en conférence avec l'ambassadeur d'Allemagne. Ce dernier est venu informer le gouvernement français de l'ultimatum que l'Allemagne a adressé à la Russie : " La mobilisation doit suivre si, dans un délai de douze heures, la Russie n'arrête pas toute mesure de guerre contre nous et l'Autriche-Hongrie ".

 

      Abel Ferry, sous-secrétaire d'Etat aux Affaires Etrangères, reçoit la délégation socialiste. Un dialogue véhément s'engage entre Jaurès et lui. Jaurès supplie le ministre d'obliger la France à accepter l'arbitrage que Londres propose à Pétersbourg et à Berlin.

 

      L'entrevue se poursuit dans une totale incompréhension, Abel Ferry déclarant : " Je vous assure que c'est ce que nous faisons. Nous appuyons l'Angleterre, nous tenons le langage qu'il faut à la Russie ".

 

      Après avoir secoué la tête comme un homme qui doute, Jean Jaurès déclare au ministre : " Si dans de pareilles conditions vous nous conduisez à la guerre, nous nous dresserons, nous crierons la vérité au peuple ".

 

     Ferry interroge : " Et maintenant qu'allez-vous faire ? "

 

     La réponse est un cri : "Continuer notre campagne contre la guerre".

 

     Le sous-secrétaire d'Etat aux Affaires Etrangères, avant de reconduire la délégation, s'adresse à Jaurès : " On vous assassinera au premier coin de rue ".

                                   (….)

     Jaurès, Renaudel et Longuet sautent dans un taxi qui les conduit à L'Humanité un peu avant 20 heures. Jaurès attend de connaître l'ultime position de l'Angleterre, avant d'écrire un “J'accuse ” dénonçant les causes et tous les responsables de la crise. Il faut aller dîner. Quelqu'un propose le Coq d'Or. " Non, dit Jaurès, c'est un peu loin. Allons au Croissant, c'est plus près ". On y va. Jaurès s'assied dos à la rue.

                                (….)

     Le dîner traîne. Vers 21 heures 30, Jaurès apprend, par une dépêche arrivée d'Havas, que l'Angleterre n'interviendra pas avant lundi. Le dîner s'achève enfin. Un journaliste, René  Dolier, s'approche et montre une photo de sa petite fille à Landrieu. Jaurès demande à la voir. Il se penche sur la photo. À cet instant précis, le rideau s'écarte brusquement. Une main, un revolver. Deux coups de feu. Un cri de femme : “Ils ont tué Jaurès !”

 

     Jaurès mourra quelques minutes plus tard. Il n'y a plus d'obstacles à la guerre. »

*******

 

Dernier discours de Jaurès à Lyon-Vaise  le 25 juillet 1914 (Extrait)

 

     « Eh bien, citoyens! Dans l'obscurité qui nous environne, dans l'incertitude profonde où nous sommes de ce que sera demain, je ne veux prononcer aucune parole téméraire, j'espère encore malgré tout qu'en raison même de l'énormité du désastre dont nous sommes menacés, à la dernière minute, les gouvernements se ressaisiront et que nous n'aurons pas à frémir d'horreur à la pensée du cataclysme qu'entraînerait aujourd'hui pour les hommes une guerre européenne.

 

     Vous avez vu la guerre des Balkans; une armée presque entière a succombé soit sur le champ de bataille, soit dans les lits d'hôpitaux, une armée est partie à un chiffre de trois cent mille hommes, elle laisse dans la terre des champs de bataille, dans les fossés des chemins ou dans les lits d'hôpitaux infectés par le typhus cent mille hommes sur trois cent mille.

 

     Songez à ce que serait le désastre pour l'Europe: ce ne serait plus, comme dans les Balkans, une armée de trois cent mille hommes, mais quatre, cinq et six armées de deux millions d'hommes. Quel massacre, quelles ruines, quelle barbarie! Et voilà pourquoi, quand la nuée de l'orage est déjà sur nous, voilà pourquoi je veux espérer encore que le crime ne sera pas consommé »  (….)

 

                                          Lire l’intégralité du discours

Jaurès et la guerre de 14-18
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22 mai 2013 3 22 /05 /mai /2013 23:01

      Le grand compositeur français Henri Dutilleux est mort, mercredi, à Paris à l'âge de 97 ans.

 

     Je l’ai rencontré en juillet 2004, lorsqu’il a été « compositeur en résidence » lors du 33ème   Festival de musique de Cordes sur ciel.

 

     J’ai gardé un souvenir fort de ce grand compositeur français –un des plus joués en France et à l'étranger- et de sa musique, « moderne et classique », à la fois audacieuse et accessible, qui avait enthousiasmé le public du Festival

Hommage à Henri Dutilleux
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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 16:51

mitterrand.jpg      Voici un sujet qui peut malheureusement sembler hors du temps et bien éloigné des préoccupations de notre monde en pleine crise: le rôle de la Culture.

 

     

      Ce remarquable discours de François Mitterrand mérite d’être (re)lu. L’ancien Président s'interroge à haute voix sur de nombreux sujets touchant aux bouleversements de la société, à leur dimension culturelle, au réveil des critères ethniques ou religieux archaïques. « Les savants, les artistes sontils en mesure d’exercer pleinement le rôle que leur impose l’état du monde à l’orée du 21ème siècle ? Ou bien existetil une responsabilité culturelle comme il existe une responsabilité morale et civique ? »

 

      

      Il parle de l’évolution de la Nation, de l’influence des réseaux d’information et de la transmission des images. « Notre conscience et notre mémoire ne sontelles pas façonnées par des œuvres qui ont accompagné l’Histoire en accroissant ses dimensions ? »

 

     

       Il s’interroge sur la justice : secret de l’instruction, indépendance des tribunaux, droit au respect de la vie privée, qu’en estil en vérité ? L’opinion exige et tranche, le désir de châtiment l’emporte sur l’esprit d’équité.  

 

     

      Ce discours date d’il y a exactement 20 ans et pourtant, il n’a pris aucune ride ! A vous de juger.
                                                                   **********

Allocution prononcée par Monsieur François Mitterrand,
Président de la République,

lors de l’installation de l’Académie universelle des cultures
au musée du Louvre,
Paris, vendredi 29 Janvier 1993

 

 Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs,

 

      

      C’est donc au cœur du Louvre, parmi certaines des œuvres les plus hautes que l’esprit ait opposé depuis 4000 ans au temps et à la mort, dans ce musée, inventé par les hommes de la Révolution française, installé dans le Palais des Rois pour offrir aux citoyens de France et du monde les grands témoignages des civilisations, c’est donc ici que se dérouleront les travaux de l’Académie des Cultures.

 

     

      Je vous remercie d’y prendre part. Vous marquez ainsi votre volonté de mettre les moyens de l’intelligence et de l’imagination au service d’une éthique fondée sur la rencontre des cultures et j’espère que cette rencontre contribuera à leur mutuel enrichissement, c’estàdire à la reconnaissance de l’autre. Cette volonté est d’autant plus nécessaire qu’on voit les espoirs nés de la dislocation des empires totalitaires en Europe se charger d’anxiété devant la montée de l’intolérance, des haines, des peurs, des nationalismes dévoyés. Et je vous interroge : les cultures offrentelles aux hommes et aux sociétés d’aujourd’hui des repères pour le temps présent et pour les temps à venir ?

 

     

      Les savants, les artistes sontils en mesure d’exercer pleinement le rôle que leur impose l’état du monde à l’orée du 21ème siècle ? Ou bien existetil une responsabilité culturelle comme il existe une responsabilité morale et civique ? Au sein d’une société dont les devoirs à l’égard de la culture dont elle hérite sont évidents, les créateurs ontils une responsabilité singulière ? Dans les pays de tradition démocratique, l’époque est révolue où les pouvoirs religieux ou politiques censuraient les créateurs et prétendaient dicter leur choix. Les sciences ont pris leur essor en s’affranchissant des tutelles qu’ont exercé les dogmes. Les arts ont conquis leur autonomie contre l’âpre résistance des ordres établis. On peut discuter à l’infini sur le point de savoir si chercheurs et créateurs ont à répondre  (et devant quel juge ?) de l’utilité sociale de leur tâche. La responsabilité première du savant c’est de traquer les secrets de la matière sans idée préconçue de ce que seront les applications éventuelles de ses découvertes. La responsabilité première de l’artiste c’est de suivre jusqu’au bout l’intuition qu’il l’a mu et d’obéir à sa propre exigence intérieure. Et cependant, je crois que la culture ne peut se développer pour ellemême, isolée dans le seul univers des formes. Face aux progrès de l’individualisme de masse que redoutait déjà Tocqueville, face à la montée des fanatismes, au repli sur les satisfactions matérielles, la culture aide à cerner quelques problèmes, ceux que nous pensons être les vrais, et peut offrir des réponses ou des esquisses de réponse à la solitude des hommes et à leurs désarrois.

 

     

      Nous n’avons pas l’illusion de croire que la culture met fin à la douleur humaine. Peutêtre aidetelle à l’apaiser. Mais nous croyons qu’elle cimente les solidarités et qu’elle invente par là l’histoire, l’histoire de demain. En quelques générations nous avons vécu des changements qui atteignent ce qu’il y a de plus intime dans le cœur de tout être. Particulièrement en Occident, les croyances collectives se sont érodées, renvoyant les individus à euxmêmes comme si c’était à chacun désormais de trouver un sens à sa vie, privé du secours des grands systèmes de symboles qui servaient autrefois de référence commune.

 

    

      Et c’est là précisément qu’apparaît la responsabilité des créateurs qui ont à dresser les phares dont parlait Baudelaire afin de jalonner la marche du temps. Ce sont ceux qui tracent les chemins par où retrouver les quelques valeurs permanentes qui autrement se perdraient dans l’effervescence des images et des mots, eux qui ordonnent le chaos des expériences. Pensons à l’exclamation de Rimbaud : " moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol avec un devoir à chercher et la réalité rugueuse à étreindre ".

 

    

       Qu’on m’entende bien, la culture n’a pas à s’inféoder aux combats politiques selon l’idée de l’engagement qui prévalut au milieu de ce siècle. Nous n’avons pas à vous demander des comptes, mais conseil, ce beau mot qui suggère la délibération, la pensée partagée, un autre nom de la culture. Dans le bouleversement des grands équilibres économiques, démographiques, idéologiques comme c’est le cas aujourd’hui, je suis convaincu que les périls auxquels se trouvent confrontées nos sociétés ont une dimension culturelle plus profonde que jamais.

 

     

      Considérons, par exemple, l’idée de Nation que l’étymologie relie à la naissance et qui comme tout être vivant se transforme. Ne doitelle pas être pensée à nouveau pour tenir compte de réalités comme les mouvements migratoires, les ruptures politiques ou la précarité des frontières ? A quelles conditions la rencontre sur un même sol de cultures différentes seratelle source d’enrichissement et non d’affaissement, de paix et non de conflits ? Lorsque qu’au lieu de se métisser, c’estàdire de s’imbriquer en s’ajoutant l’une l’autre, les cultures se combattent, leur affrontement s’achève le plus souvent par leur commune défaite. Alors c’est le vide, c’est la fuite vers des réconforts factices, ceux de la démagogie, les exaltations de la haine, c’est le triomphe de la tribu sur la nation. Quel pays peut dire aujourd’hui qu’il en sera préservé ? N’estil pas frappant qu’au moment où les pays d’Europe de l’Ouest mettent l’accent sur leur communauté, la recomposition territoriale à l’Est réveille les critères archaïques de l’appartenance ethnique ou religieuse ? Nous apercevons là, deux mouvements qui vont en sens contraire. Que deviendra la Nation ? Eclatée ou absorbée ? Elargie ou rétrécie ? Iraton vers l’unité des continents ou vers leur dispersion ? On assistera sans doute aux deux phénomènes à la fois. La recherche s’appliquera donc à la synthèse possible entre des besoins qui aujourd’hui s’opposent et qui pourtant sont conciliables dans une vision audacieuse de l’Histoire où les grands ensembles, où les identités multiples et particulières sauront s’harmoniser.

 

     

      Autre question, notre esprit dépend de plus en plus de la puissance des réseaux capables de produire, de transmettre et d’interpréter l’information en tous points du globe. Les symboles collectifs ne sont plus l’expression d’une culture, domaine où se réalisent les valeurs suprêmes, mais le produit d’une industrie. Au lieu d’affermir notre conscience, la pauvreté des représentations offertes vide les faits de leur sens. L’intelligence des causes s’affaiblit, l’émotion se dévoie. Or le réel refuse de se laisser réduire aussi bien aux « grandes machines ontologiques » comme le disait Bataille, qu’aux « instantanés » de nos écrans cathodiques où nous voyons l’image et l’expérience s’éloigner l’une de l’autre.

 

     

      Requalifier les mots et les images est un devoir des créateurs. Notre conscience et notre mémoire ne sontelles pas façonnées par des œuvres qui ont accompagné l’Histoire en accroissant ses dimensions ? Je songe, en disant cela, à Goya ou à Picasso face aux résistances espagnoles à Voltaire, à Hugo, à Zola pour penser aux Français, à tant de grands écrivains d’Amérique ou d’Afrique dressés contre l’injustice et l’asservissement de leurs peuples. L’artiste n’est pas seulement un constructeur de formes, il est aussi un témoin. Il se demande si la loi du marché doit régner sans partage sur l’art et la pensée, si la loi du succès médiatique autorise à pervertir la morale ou la philosophie. Comment concilier la liberté d’entreprendre et la liberté de créer, l’efficacité économique et le pluralisme des idées, des œuvres et des publics ? Et quel rôle, dans cette difficile conjugaison, doivent jouer les Etats ?

 

     

      La responsabilité culturelle appelle un examen sans complaisance de ces questions. Il n’est pas jusqu’à la tragédie du chômage, à son cortège d’exclusion, qui ne revête une signification culturelle par delà la dure réalité économique et sociale. Celles et ceux qui sont touchés jusque dans leur identité et leur dignité sont les victimes d’une mutation des sociétés développées qui modifie la place et les valeurs attachées au travail. Le nouveau partage de l’activité sociale, à peine ébauché mais sans lequel aucune réponse à terme n’est possible, suppose, outre un ajustement de l’économie, une évolution des esprits.

 

     

       Et puis, il y a la justice. Dans la plupart de nos pays, la loi pénale, pénétrée des principes de la déclaration des Droits de l’Homme, proclame la présomption d’innocence. Nos lois imposent le secret de l’instruction, l’indépendance des tribunaux. Notre morale affirme le droit de chacun au respect de son honneur et de sa vie privée. Je vous le demande, qu’en estil en vérité ? Nourrie par les médias et par les sondages, l’opinion publique exige et tranche. Le désir de châtiment l’emporte sur l’esprit d’équité. Alors, n’estil pas temps de réhabiliter dans nos cultures, l’idée d’éducation civique, cette noble passion qui habitait l’école républicaine, aujourd’hui négligée ? Respecter l’autre, c’est d’abord respecter le droit ; combattre l’inégalité, c’est d’abord se reconnaître dans les lois, ces lois qui depuis les Grecs sont l’expression de la souveraineté des citoyens.

 

     

      Et bien d’autres sujets, tout aussi graves, pourraient requérir votre attention :

 

Celui des rapports du Nord et du Sud ; n’estce pas dans l’insuffisante prise en compte des spécificités et des richesses culturelles que résident bien des échecs de l’aide au développement ?

 

Celui des villes ; ne sontelles pas la forme la plus achevée et la plus complexe des cultures et n’estce pas dans notre incapacité à les penser comme telles qu’il faut chercher la source de désordres et de laideurs, celles de nos cités d’aujourd’hui ?

 

Celui de l’inégalité des femmes et des hommes sur tous les continents ; cette inégalité ne révèletelle pas la défaillance de nos cultures à vaincre les oppressions primordiales ?

 

Celui de la drogue ; que répond la culture au malêtre des jeunes, à leur soif inaltérée d’espoir et de projets ? Ne les laissetelle pas démunis au seuil de leur destin ?

 

     

      Toutes ces questions ont en commun de déplacer la limite entre les sphères publique et privée. Car elles nous atteignent dans une part essentielle de ce que nous sommes, je veux dire dans l’identité culturelle de chacun. N’estce pas au nom de l’identité culturelle que tentent de se justifier les pires nationalismes. N’estce pas l’identité culturelle que le racisme et la xénophobie opposent aux difficultés de l’intégration ? N’estce pas l’identité culturelle que proclame l’intégrisme religieux ? Rien n’est plus contraire à la recherche véritable d’une identité que ces réflexes identitaires qui sont des réflexes de repli. Et rien n’est plus opposé à la découverte et à la construction de soi que le rejet de l’autre. Car audelà des menaces que je viens d’évoquer, c’est bien cette question de l’autre qui est obstinément posée. Alors toujours des questions. Par quel moyen apaiser la peur, par nature irrationnelle que suscite l’autre ? Par quels moyens prévenir la rumeur qui calomnie l’inconnu ? Par quel moyen convaincre ceux qui diabolisent l’étranger sans les diaboliser euxmêmes ?

 

    

      L’intolérance, on le sait, est fille de l’ignorance. C’est donc par les armes de l’esprit et du savoir qu’il faut lutter. Le désir d’universel des philosophes de la Grèce antique, des artistes de la Renaissance, des penseurs des Révolutions modernes à partir de la Révolution française, ces inspirations essentiellement libérales n’étaient pas un désir de conquête mais de libération et d’ouverture.

 

     

      Votre assemblée, qui témoigne par la représentation très large et diverse des grandes cultures du monde est, je le pense et je l’espère, en mesure de ranimer cette tradition, d’en assurer la continuité ou le réveil. Cette tradition la plus haute, me sembletil, dans l’histoire de l’esprit. La société n’a pas besoin de bons sentiments. Elle a besoin de ce conseil dont j’ai parlé, d’une délibération sereine, patiente, attentive aux appels qui lui sont lancés. Elle a besoin de lieux de résistance, d’une parole de sens et de lumière.

 

    

      Cher Elie Wiesel, nous attendons de cette assemblée des propositions et des actes. Vous venez de l’annoncer : vous vous êtes fixé un plan de travail ambitieux et concret. Vous décernerez chaque année un prix prestigieux qui consacrera la contribution d’un homme ou d’une femme de culture aux progrès de l’éthique. Vous susciterez des recherches sur des thèmes précis. Vous organisez sur ces thèmes la confrontation publique des idées et des expériences. Vous animerez des réseaux d’échanges internationaux de savants et d’artistes. Vous utiliserez, vous l’avez souligné, les moyens modernes de transmission des savoirs au service de l’esprit civique. Vous entreprendrez enfin des " travaux singuliers " comme ce " dictionnaire des cultures " C’est pourquoi je me réjouis de la naissance de votre Académie dont le nom seul proclame qu’elle veut faire entendre la voix de toutes les cultures, non pour les confondre mais pour qu’elles dialoguent.

 

     

      Je me réjouis aussi que la France soit l’hôte de cette institution. Paul Valéry disait, je le cite : " Notre particularité, parfois notre ridicule à nous Français, est de nous sentir hommes de l’univers, d’avoir pour spécialité l’universel ". L’accueil d’une telle académie honore notre pays. Elle est, je crois, sans exemple, même si l’idée, depuis longtemps, chemine dans les esprits des artisans de la culture les plus conscients de leurs responsabilités. Permettezmoi de citer l’un d’eux, Franz Werfel, qui conçut le projet d’une " Académie mondiale des écrivains et des penseurs ". " Existetil, demandaitil, une possibilité que l’esprit gagne en pouvoir et en autorité au sein même des puissances et des autorités actuelles " ? Et il concluait : " Pouvoir ? Tout homme raisonnable répondra non ! Autorité ? A cette question je réponds : peutêtre ". C’était en 1937. En ce début d’année 1993, je répondrai pour ma part " sûrement ". Cette espérance, Mesdames et Messieurs, je vous en prie, incarnezla. 

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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 23:47

 FrancoisMiterrand-PaulQuiles3.jpg

    En ce jour d'anniversaire
de la disparition de François Mitterrand,
je relis un texte que j'ai écrit il y a quelques années.
Il me semble toujours pertinent.......

 

       "Qu'on ait aimé ou pas l'homme qu'il fut, force est de reconnaître qu'il laissera une trace dans l'histoire de notre pays.

 

       François Mitterrand ne nourrissait aucune illusion sur les ressorts profonds de la nature humaine en politique. Il ne serait donc pas surpris d'entendre ceux de ses "amis" qui l'ont tant dénigré, surtout vers la fin, lui rendre aujourd'hui de vibrants hommages et se réclamer de sa filiation. Il sourirait certainement -et les apprécierait à leur juste mesure- en lisant les commentaires parfois élogieux de certains de ses adversaires, qui, après l'avoir durement combattu, reconnaissent aujourd'hui les qualités de l'homme politique et la valeur de ses enseignements.

 

       Le bilan des deux septennats de François Mitterrand est contrasté. Les responsables politiques ont naturellement tendance à le juger sans faire totalement abstraction de leurs engagements partisans. Quant aux commentateurs, il n'est pas évident qu'ils disposent encore d'assez de recul pour juger sereinement de cette tranche d'histoire.

 

       On entend dire qu'il s'agissait alors d'une "autre époque". Il est vrai que le monde a bougé depuis ce qu'on a appelé "les années Mitterrand". La scène internationale, de plus en plus dominée par l'hyperpuissance américaine, a vu également l'influence de certains acteurs se renforcer. La mondialisation des échanges est devenue un enjeu majeur des relations entre Etats. Des lignes nouvelles de fracture sont apparues, sous les coups de boutoir des extrémismes, qui se manifestent avec plus de vigueur, notamment à travers les dérives islamistes et le terrorisme mondialisé.

 

       En France aussi, la vie politique, les rapports de force, les débats ont évolué…même si les changements dans ce domaine sont probablement moins forts qu'on semble parfois le croire. Ce qui est sûr, c'est que les électeurs supportent de moins en moins le carcan de la Vème République, que François Mitterrand avait malheureusement accepté et qui rend aujourd'hui le débat politique au sein des institutions trop fréquemment décalé par rapport aux réalités vécues par les citoyens.

 

      Pour autant, en dépit de ces évolutions, il est des enseignements de la vie publique de François Mitterrand qui perdurent. Je pense essentiellement au rôle que celui-ci attribuait dans la conduite de son action à la volonté et à la méthode.

 

     Volonté par exemple d'approfondir la construction européenne sans détruire la France, en liaison avec notre partenaire allemand. Volonté de moderniser l'économie de notre pays en l'appuyant sur des secteurs publics forts. Volonté de rechercher la justice sociale, même si la crise et certains manques d'audace n'ont pas permis d'aller assez loin.

 

      Quant à la méthode qui fut celle de Mitterrand et qui a toujours guidé sa démarche, personne ne peut nier qu'elle reste totalement d'actualité: des objectifs politiques clairement définis, une stratégie bien affichée, le souci permanent du rassemblement (des socialistes, de la gauche, des Français).

 

     Ceux qui, comme moi, ont eu la chance de connaître cet homme de près retiendront également un autre trait de sa personnalité, auquel il dut faire appel à de multiples occasions au cours de sa vie: une exceptionnelle capacité de résistance à l'adversité.

 

     C'est sa ténacité et la volonté qu'il manifestait dans l'action, jointes à la clarté de ses objectifs qui expliquent sans doute pourquoi ce personnage au caractère trempé, qui pouvait parfois apparaître froid et distant, avait la capacité rare de savoir mobiliser et entraîner les hommes. Souhaitons que d'autres responsables politiques sachent s'inspirer de cette leçon, pour redonner l'espoir qui manque tant aujourd'hui à notre pays."

 

                                             ****************

      " L'action politique, à certaines heures, est comme le scalpel du chirurgien, elle ne laisse pas de place à l'incertitude." (François Mitterrand , dans « Ma part de vérité »)

      " L’homme politique s’exprime d’abord par ses actes ; c’est d’eux dont il est comptable ; discours et écrits ne sont que des pièces d’appui au service de son oeuvre d’action." (François Mitterrand , dans « Mémoire à deux voix », avec Elie Wiesel)

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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 14:41

    Interviews de Paul Quilès
   

* sur France Inter (5')
Inter Treize du 10 mai 2012

* sur CFM Radio (11')
Le Mag 81


**********


2 photos (moins connues) de la soirée du 10 mai 1981

à la Bastille
Mitterrand à toi de jouerPQ--MR-et-le-JDD--en-N-et-B-.jpg
Voir aussi l'album

 

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6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 16:05
Bastille-81.jpgUne interview de Paul Quilès sur la fête de la Bastille,
qui vient d'être mis en ligne

 

Extrait:


      Place de la Bastille, des projecteurs, des barrières métalliques et des chapiteaux ont été installés dès hier. Au Parti socialiste, le bruit circule depuis quelques jours que c'est là, comme au soir du 10 mai 1981 après l'annonce de la victoire de François Mitterrand, que pourrait se fêter celle de François Hollande.

 

"Paul Quilès, vous étiez en 1981 le directeur de campagne de François Mitterrand. A l'époque, savait-on déjà dès le début du week-end qu'une fête aurait lieu place de la Bastille en cas de victoire ?

     

      Non, la préparation de la fête à la Bastille s'est faite beaucoup plus discrètement en 1981. Les choses se sont passées de la manière suivante : un peu avant 18 h 30, Jérôme Jaffré, de la Sofres, m'informe que Mitterrand sera élu, que les fourchettes sont telles qu'il n'y a plus aucun risque que la tendance s'inverse. Juste après, je préviens Mitterrand, qui est à Château-Chinon, à l'hôtel du Vieux-Morvan. Il reste impassible, me demande de ne pas m'emballer, du Mitterrand tout craché. Autour de moi, il y a Lionel Jospin, Laurent Fabius, Jacques Attali et quelques autres. Certains pleurent."  (......)

                                                                                             Lire l'interview

 

 

 

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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 15:24
Capitole.jpgFH.jpg     
     
En rentrant hier soir du beau meeting de Toulouse sur la place du Capitole, j'avais en mémoire les images de ferveur de cette foule joyeuse qui espère fêter dimanche la victoire de François Hollande, annonciatrice du changement tant attendu.

     Les plus jeunes, qui ont entendu les anciens raconter "leur" 10 mai, voudraient à leur tour pouvoir vivre "leur" 6 mai. 
C'est ce que je leur souhaite....et que je nous souhaite à tous.

    
En "avant goût" de ce moment que nous attendons tant, voici quelques réflexions sur le sens de la victoire du 10 mai 1981, qui formaient la conclusion du livre que j'ai écrit l'an dernier avec Béatrice Marre ("On a repris la Bastille").
                                                                 
        10-mai.jpg        "Dans l’esprit de plusieurs générations, le 10 mai 1981 demeurera sans conteste une référence historique et la date d’une journée mémorable. Tous ceux qui ont participé à la liesse populaire de la « soirée de la Bastille » qui l’a conclue en garderont un souvenir ému.
 
            Les jeunes qui venaient d’accéder à l’âge de voter se souviendront du formidable enthousiasme de la fête et de leur espérance que cette victoire permette, comme le disait le slogan des socialistes, de « changer la vie ».
 
            La joie des militants de gauche, qui s’étaient battus pendant tant d’années, faisait plaisir à voir. Ils avaient presque fini par douter que la droite puisse être battue, en intériorisant la formule de Jacques Chirac, qui ironisait sur la gauche « excellent critique musical….mais demande-t-on à un critique musical de diriger un orchestre ? »
 
            Les plus anciens se souviendront de leur émotion en réalisant que la dernière grande victoire de la gauche remontait à 1936, 45 ans en arrière ! Je revois encore ce vieil homme, quelques jours plus tard, qui faisait ses courses sur le marché Maison Blanche, dans mon 13ème arrondissement. Il me reconnaît, s’arrête et se met à me raconter sa soirée du 10 mai : « Vous savez, je suis veuf, je vis seul dans mon HLM. Dimanche soir, je préparais mon dîner dans la cuisine, quand j’ai entendu à la radio, à 20h, que Mitterrand avait gagné. Alors, je me suis assis et j’ai pleuré. J’ai pleuré de bonheur, parce que, rendez vous compte, j’attendais ça depuis 36 ! Alors  je me suis dit : ’’maintenant, tu peux mourir’’ »
 
            Bien sûr, certains ne manquent pas de mettre en parallèle les espérances soulevées par cette victoire et les désillusions de certaines périodes de la gauche au pouvoir. Il n’est pas de mon intention de réaliser ici l’inventaire des erreurs ou des insuffisances qui ont marqué les deux septennats de François Mitterrand.
 
                Beaucoup a été dit à ce sujet et, si certaines critiques me paraissent fondées, d’autres ne sont pas empreintes de la nécessaire honnêteté qui consiste à replacer les évènements et les actes dans le contexte de l’époque. Force est de constater en effet que certains oublis, voire quelques réécritures de l’Histoire, empêchent parfois de comprendre pourquoi et comment, le 10 mai 1981, François Mitterrand est devenu Président de la République, alors que tant de forces s’opposaient à lui et que sa stratégie était contestée, y compris dans le camp de la gauche*
 
            Quel que soit le jugement que l’on porte sur le bilan de l’action de François Mitterrand, personne ne peut nier que la victoire du seul président de gauche élu jusqu’ici par les Français et l’action de ses gouvernements ont marqué la France de la fin du XXème siècle.
 
            On entend dire qu'il s'agissait alors d'une "autre époque". Il est vrai que le monde a considérablement bougé depuis ce qu'on a appelé "les années Mitterrand". La scène internationale, toujours dominée par l'hyper puissance américaine, a vu se renforcer l’influence de nouveaux acteurs. Le mur de Berlin est tombé depuis plus de 20 ans. Récemment, d’autres craquements se sont fait entendre, avec les révolutions qui ont embrasé le monde arabe. La mondialisation des échanges est devenue un enjeu majeur des relations entre Etats. Des lignes nouvelles de fracture sont apparues, sous les coups de boutoir des extrémismes, qui se manifestent avec plus de vigueur, notamment à travers les dérives religieuses et le terrorisme mondialisé. En France aussi, la vie politique, les rapports de force, les débats ont évolué.
   
            En dépit de ces changements, il est des enseignements de la vie publique de François Mitterrand qui perdurent. Je pense notamment au rôle qu’il attribuait dans la conduite de son action à la volonté et à la méthode.
 
            Volonté par exemple d'approfondir la construction européenne sans détruire la France, en liaison avec notre partenaire allemand. Volonté de moderniser l'économie de notre pays en l'appuyant sur des secteurs publics forts. Volonté de rechercher la justice sociale, même si les difficultés économiques et certains manques d'audace n'ont pas permis d'aller assez loin. 
    
            Quant à la méthode qui fut celle de François Mitterrand et qui a toujours guidé sa démarche, elle me semble totalement d'actualité: des objectifs politiques clairement définis, une stratégie bien affichée, le souci permanent de rassembler (les socialistes, la gauche, les Français). Son dernier message aux socialistes ** résonne encore à mes oreilles : « Je crois pour demain comme hier à la victoire de la gauche, à condition qu’elle reste elle-même. Qu’elle n’oublie pas que sa famille, c’est toute la gauche. Hors du rassemblement des forces populaires, il n’y a pas de salut ».
 
            Aujourd’hui, je suis étonné et souvent attristé de voir à quel point la gauche semble avoir du mal à s’inspirer de cette stratégie, qui n’a pourtant pas perdu de sa pertinence.  En 2011, comme il y a 30 ans, la France a besoin d’espoir et nos concitoyens sont en attente de véritables changements.
 
            Ils supportent en effet de moins en moins les injustices criantes de cette société et ils voient bien que la jeunesse est en panne d’avenir, que les classes moyennes sont désemparées, que la précarité s’accroît, que la laïcité est contestée, que la voix de la France est affaiblie et parfois inaudible.
 
            Pour autant, leur volonté de sanctionner la droite et le pouvoir en place risque de ne pas suffire à la gauche pour l’emporter. Ses divisions entretiennent la confusion, la focalisation sur les combats de personnes accroit la défiance et l’absence de plateforme commune portant une alternative décourage les couches populaires, laissant le champ libre à des idéologies inquiétantes. 
 
            Avec nos alliés écologistes et toutes les forces vives de la gauche, nous devons convaincre de notre capacité à transformer en profondeur la société, les conditions de vie et notre mode de développement. D’où la nécessité du rassemblement, sans lequel aucune victoire électorale n’est possible. D’où l’urgence aussi de la formulation d’une véritable alternative de pensée et de gouvernement.
 
            Même si le contexte politique a évolué, les « fondamentaux » de la stratégie de François Mitterrand me semblent être encore aujourd’hui les conditions de la réussite pour la gauche : le choix des personnes ne doit pas précéder l’élaboration du projet ; les sondages ne doivent pas être la boussole des décisions ; le rassemblement de la gauche doit être recherché en permanence. L’élection de François Mitterrand a également fait la preuve éclatante que ce n’est pas la popularité qui fait l’élection….mais la victoire qui rend populaire !
 
            Celles et ceux qui, comme moi, ont eu la chance de connaître cet homme de près retiendront également un autre trait de sa personnalité, auquel il dut faire appel à de multiples occasions au cours de sa vie: une exceptionnelle capacité de résistance à l'adversité. C'est sa ténacité et la volonté qu'il manifestait dans l'action, jointes à la clarté de ses objectifs, qui expliquent sans doute pourquoi ce personnage au caractère trempé, semblant parfois froid et distant, avait la capacité rare de mobiliser et d’entraîner les hommes.
 
            Je souhaite que les responsables politiques de la gauche sachent s'inspirer de la leçon du 10 mai 1981, pour redonner l'espoir qui manque tant aujourd'hui à notre pays. Alors, peut-être, une grande fête populaire sera donnée le 6 mai 2012, mais cette fois…..place de la République ! "

* Le 8 mai 1981, dans l’avion qui nous ramenait du dernier meeting de campagne à Nantes, alors que je lui disais : « Je suis convaincu que vous allez gagner dimanche », François Mitterrand, sans contester ma prévision, me répondit, très ému: « Vous rendez-vous compte de ce que cela signifiera, cette victoire, avec toutes les forces qui étaient coalisées contre nous ? C’est incroyable. »
 
** Ce message de François Mitterrand aux socialistes a été délivré au cours du congrès du PS de Liévin des 18, 19 et 20 novembre 1994.
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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 14:37

On-a-repris-la-Bastille medium    "On a repris la Bastille!"

 

Il y a un an, la Fondation Jean-Jaurès publiait
un récit inédit

 

       de Paul Quilès et de Béatrice Marre

 

  relatant la victoire de

François Mitterrand

  au soir du 10 mai 1981.

 

             Une (re)lecture particulièrement savoureuse,

                   à l'approche de l'élection présidentielle

 
Voir le site de la Fondation                  Voir sur ce blog

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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 17:08
Lettre à Jean-François Copé, secrétaire général de l'UMP
 
     Le combat politique amène -particulièrement pendant les campagnes électorales- à utiliser des caricatures et à reprendre sans retenue des clichés, souvent faux, mais dont la seule valeur est qu'ils sont ressassés depuis des années.
      C'est ainsi que vous avez cru bon d'évoquer hier [2 mars] sur Europe 1 "la célèbre phrase de M. Quilès, en 1981, lorsqu'il expliquait, dans l'euphorie du moment, 'il ne faut pas dire que des têtes vont tomber, il faut dire lesquelles' "
      Permettez moi de vous dire que cet argument polémique fondé sur une formule tronquée et totalement isolée de son contexte, ne constitue pas, même répétée, une vérité. C'est ce qu'ont compris nombre de mes interlocuteurs, même s'ils ne partageaient pas mes convictions politiques.
      Vous pourrez le vérifier à la lecture des correspondances (voir ci-dessous) que m'ont adressées à ce sujet deux de vos amis: Gérard Longuet (20 mai 1990) et Patrick Devedjian (26 mai 2003).
      Je vous adresse également une brève analyse qui permet d'aller au delà de la lecture sommaire et partisane de l'évènement.
        Enfin, je pense que l'ancien ministre que vous êtes se souvient certainement que la désignation de plusieurs centaines d'emplois civils et militaires de l'Etat se fait en conseil des ministres (partie B), sous l'autorité du Président de la République. Selon l'article 13 de la Constitution, celui-ci a, comme vous le savez, la responsabilité de nommer "les conseillers d'Etat, le grand chancelier de la Légion d'honneur, les ambassadeurs et envoyés extraordinaires, les conseillers maîtres à la Cour des comptes, les préfets, les représentants de l'Etat dans les collectivités d'outre-mer régies par l'article 74 et en Nouvelle-Calédonie, les officiers généraux, les recteurs des académies, les directeurs des administrations centrales".
      Cette liste, déjà longue, est complétée par l'ordonnance du 28 novembre 1958 portant loi organique, qui ajoute d'autres emplois à pourvoir en conseil des ministres :"procureur général près la Cour de cassation, procureur général près la Cour des comptes, procureur général près une cour d'appel; direction dans les établissements publics, les entreprises publiques et les sociétés nationales quand leur importance justifie inscription sur une liste dressée par décret en conseil des ministres".
        Fort de ces informations, vous voudrez bien à l'avenir faire preuve de plus d'exactitude dans votre argumentation politique.
        A vous.
                          Paul Quilès
        Devedjian.JPG
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 Avant de venir à Cordes, consultez:

     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez