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12 juillet 2014 6 12 /07 /juillet /2014 16:16

      Afin de promouvoir la réflexion en France sur le désarmement nucléaire général, l’association ALB (“Arrêtez la Bombe”), dont je suis le Président, a réuni des personnalités internationales les 26 et 27 juin à l’Assemblée Nationale.  

 

      Cette conférence a été l’occasion de déclarations fortes d’hommes politiques et d’experts, qui ont indubitablement marqué les esprits des 200 participants.

 

      26 intervenants étaient présents, dont le Président de l’Assemblée Nationale, un ancien Premier Ministre, d’anciens Ministres des Affaires étrangères et de la Défense et 13 experts, représentants d’organisations internationales et diplomates étrangers (Japon, USA, Canada, Afrique du Sud, Allemagne, Autriche, Royaume-Uni …)

 

      Parmi les nombreuses interventions qui ont scandé ces 2 journées, on notera celles de : 

          – Claude Bartolone,  Président de l’Assemblée Nationale, qui a indiqué qu’il « n’y a pas de sujet tabou, de doute interdit, ni de doctrine sacrée ; il doit y avoir un vaste débat entre des hommes et des femmes, épris de paix d’humanisme et de liberté ».

 

     – Paul Quilès, Bernard Norlain et Jean-Marie Collin, initiateurs de cette conférence et animateurs d’ALB, qui ont rappelé les thèmes forts de leur livre ‘’Arrêtez la bombe’’ et notamment le danger, l’inutilité, le coût des armes nucléaires, ainsi que les idées reçues dont elles font l’objet.

 

         – Jennifer Simons, Présidente de The Simons Foundation, qui a appelé la France à relever de nombreux défis en s‘engageant par exemple à participer à la 3ème conférence sur l’impact humanitaire des armes nucléaires (Vienne 8/9 décembre 2014), en prenant le leadership du désarmement nucléaire ou en s’engageant de manière plus active sur le dossier d’une zone exempte d’armes nucléaire au Moyen-Orient.

 

         – Hervé Morin, ancien ministre de la défense (UDI), Président du parti du Nouveau Centre, qui  a demandé que la France porte, au sein de l’Union européenne, « l’idée de l’abolition de l’arme nucléaire sur la planète » et contribue à la construction d’une politique européenne de sécurité ; remarquant de plus que le discours français de dissuasion était « proliférant » dans la mesure où évoquer le nucléaire comme une assurance vie, garantie ultime, finira par convaincre les futures puissances régionales émergentes de suivre la même voie. 

 

      La France, depuis la création de sa force de frappe en 1964, a enraciné sa culture stratégique de défense dans les armes nucléaires. Cinquante ans plus tard, elle commence à ouvrir sa réflexion sur le “désarmement nucléaire” et non plus sur le sujet de la “dissuasion nucléaire”. 

 

      Cette conférence, qui avait comme objectif de favoriser une prise de conscience de la nécessité d’aller vers un monde sans armes nucléaires, a atteint son but, si l’on en juge par les échanges constructifs réalisés. 

 

      Le travail de notre association va se poursuivre, notamment par des nouvelles rencontres et des publications. Toutes les interventions de la conférence seront disponibles prochainement sur notre site Internet.

Après la conférence internationale d'ALB
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22 juin 2014 7 22 /06 /juin /2014 15:24

      Je suis conscient que la conférence internationale organisée les 26 et 27 juin à Paris par l'association ALB, que je préside, risque de moins toucher le grand public que les sujets actuellement sur le devant de la scène médiatique.

 

      Pourtant, le débat que nous voulons susciter est important.

 

      Si vous voulez comprendre pourquoi, je vous invite à:

 

      - lire la présentation de la conférence

 

     - lire le programme des deux journées, qui rassembleront des personnalités internationales de haut niveau;

 

      - consulter sur ce blog les documents de la rubrique "désarmement nucléaire"

Armes nucléaires: sortir d'un discours lénifiant
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22 juin 2014 7 22 /06 /juin /2014 15:16

Conférence Internationale

« Vers un monde sans armes nucléaires »

26 et 27 Juin 2014

Assemblée Nationale (Salle Victor Hugo)- Paris

 

Jeudi 26 juin

 

9 h 00 - 09 h 30-  Ouverture de la Conférence

  • Claude Bartolone, Président de l’Assemblée nationale, France

 

09 h 45 - 12 h 00- PANEL 1 - Le développement de l'arme nucléaire depuis 1945

Modérateur : Patrice Bouveret, Directeur de l’Observatoire des Armements, membre de ICAN France, France

 

Intervenants :

  • Bernard Norlain, Général d’armée aérienne (2 S), France 
  • Marc Finaud, Ancien diplomate, Conseiller principal du Centre de Politique de Sécurité, Genève (GCSP) et Collaborateur scientifique de l’Institut des Nations Unies pour la Recherche sur le Désarmement (UNIDIR), France 
  • Louis Gautier, Conseiller maître à la Cour des comptes, France 
  • Steward Dave, Directeur Exécutif de la Fondation de Klerk, ancien Conseiller du Président W. de Klerk, Afrique du Sud

Débat avec les participants

 

 

14 h 00 - 16 h 00- PANEL 2 - Les freins au désarmement nucléaire

Modérateur : Nicolas Imbert, Directeur exécutif Green Cross France et Territoires, France

 

Intervenants : 

  • Michel Rocard, ancien Premier ministre, France 
  • Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères, France 
  • Shlomo Ben-Ami, ancien ministre des Affaires étrangères, Israël 
  • Ian Kearns, Directeur d’European Leadership Network (ELN), Royaume-Uni

Débat avec les participants

 

 

16 h 15 - 18 h 15- PANEL 3 - Les idées reçues à propos de la dissuasion nucléaire

Modérateur : Michel Drain, Chercheur associé à l’Institut français des relations internationales – IFRI, France

 

Intervenants : 

  • Ward Wilson, Expert international, Chercheur au Think tank BASIC, Etats-Unis 
  • Jean-Marie Collin, Chercheur associé au GRIP, Directeur France du PNND, France 
  • Lou Maresca, Conseiller en Droit international, Comité International de la Croix Rouge – CICR, Suisse 
  • Paul Quilès, ancien ministre de la Défense, France 
  • Oliver Meier, Chercheur associé de l’Institut allemand des affaires internationales et de sécurité (SWP), Allemagne

Débat avec les participants

 

18 h 15 - 18 h 30- Clôture de la journée

  • Hervé Morin, ancien ministre de la Défense, député, France

 

Vendredi 27 juin

 

9 h 30 - 10 h 00 Ouverture de la Conférence 

  • Jean-Pierre Maulny, Directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques – IRIS

 

10 h 00 - 12 h 30- PANEL 4 - Vers un monde sans armes nucléaires

Modérateur : Luc Mampaey, Directeur du Groupe de recherche et d’informations sur la paix et la sécurité – GRIP, Belgique

 

Intervenants : 

  • Paolo Cotta-Ramusino, Secrétaire général de Pugwash Conferences on Science and World Affairs, Italie 
  • Yasuyoshi Komizo, Secrétaire général de Mayors for Peace, Directeur de l’Hiroshima Peace Culture Foundation, ancien ambassadeur, Japon 
  • Jennifer Simons, Présidente de The Simons Foundation, Canada 
  • Alyn Ware, Directeur international du PNND, Nouvelle-Zélande 
  • Ursula Plassnik, ambassadeur d’Autriche en France, ancienne ministre des Affaires étrangères, Autriche 
  • Des Browne, ancien Secrétaire d’Etat au ministère de la Défense, Royaume-Uni

Débat avec les participants

 

12 h 30 - 13 h00- Clôture Générale des travaux 

  • Paul Quilès, Bernard Norlain, Jean-Marie Collin
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22 juin 2014 7 22 /06 /juin /2014 14:45

Présentation de la Conférence Internationale

« Vers un monde sans armes nucléaires »,

organisée par l'association ALB

26 et 27 Juin 2014

Assemblée Nationale- Paris

 

******

 

      L'apparition de l’arme nucléaire en 1945 a rapidement été suivie de l’instauration d’un « équilibre de la terreur » entre les deux camps antagonistes de la guerre froide. Au milieu des années 1980, les Etats-Unis et l’Union Soviétique entretenaient un arsenal de 70 0000 armes nucléaires. Les calculs de la dissuasion avaient abouti à la situation absurde d’un monde vivant sous la menace permanente de l’anéantissement.

 

      Dans un premier temps, seules quelques puissances (Royaume-Uni, France, Chine) ont pris la décision de fonder leur sécurité sur la dissuasion nucléaire en se dotant de la capacité d’infliger à leurs adversaires potentiels des dommages humains disproportionnés et insupportables. Après qu’Israël les eut imités, l’Inde et le Pakistan ont suivi la même voie, de manière ouverte après la fin de la guerre froide. La Corée du Nord prétend elle aussi à l’arme nucléaire. Malgré la quasi-universalisation du Traité de non-prolifération (TNP) et le renforcement de ses dispositifs de contrôle, le risque de l’apparition de nouveaux acteurs nucléaires reste élevé. C’est tout l’enjeu des négociations avec l’Iran.

 

       Heureusement, un pays comme l’Afrique du Sud a su montrer qu’il était possible d’assurer la sécurité internationale sur d’autres bases. Alors qu’il avait hérité du régime d’apartheid un armement nucléaire clandestin, ce pays a fait le choix de renoncer à l’arme nucléaire et de participer activement aux efforts internationaux de lutte contre la prolifération et de désarmement.

 

 

      Le XXIe siècle s’est ouvert avec une nette diminution de l’arsenal nucléaire mondial (environ 16 300 ogives aujourd’hui) grâce notamment à d’importants accords internationaux qui ont pu organiser un désarmement substantiel sous la garantie d’un système de vérification contraignant. Mais il est indéniable que le désarmement nucléaire marque aujourd’hui le pas : blocages sur l’interdiction des essais et de la fabrication de matières fissiles à usage militaire, modernisation des arsenaux de toutes les puissances nucléaires, désaccords américano-russes sur la défense antimissile et l’utilisation militaire de l’espace, refus d’engager la négociation sur une zone exempte d’armes nucléaires et de destruction massive au Moyen-Orient, maintien d’arsenaux nucléaires tactiques qui font toujours de l’Europe un champ de bataille nucléaire potentiel.

 

      Contrairement aux idées reçues à propos de la dissuasion nucléaire, cette stratégie n’est pas une garantie de paix et rien n’assure que l’arme nucléaire ne sera jamais employée. Outre les dangers de la prolifération nucléaire, ceux d’un tir accidentel persistent. Le simple fait de l’accroissement du nombre d’acteurs nucléaires multiplie les risques d’un échec de la dissuasion. Les instabilités de l’après-guerre froide, dont témoigne la crise ukrainienne, créent un nouvel univers stratégique, où l’éventualité d’un tir nucléaire d’une puissance estimant ses intérêts vitaux menacés pourrait redevenir une hypothèse crédible. Or les conséquences humanitaires d’une explosion nucléaire, même d’énergie relativement limitée, seraient démesurées.

 

      Il est temps de relancer le processus de désarmement, qui est une obligation expresse du Traité de non-prolifération, pour parvenir à terme à un monde sans armes nucléaires. Ce but ultime est désormais accepté et appelé par la totalité des Etats ne disposant pas d’armes nucléaires, il est soutenu par de très nombreuses organisations de la société civile, par des millions de citoyens, des milliers de maires et parlementaires, des hommes d’Etat.

 

      La France, sa diplomatie, ses élites politiques, ses universitaires et ses chercheurs doivent être partie prenante de ce processus de désarmement et y contribuer par des propositions concrètes. Le présent colloque se situe dans cette perspective.

 

 

Pour participer à cette conférence,

inscrivez-vous ICI

 

Voir le programme de la conférence

 

Nucléaire: pourquoi il faut débattre
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8 juin 2014 7 08 /06 /juin /2014 17:15

      Madame, Monsieur,

 

         L’association "Arrêtez la Bombe" (ALB), que j’ai créée avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin, a pour objectif de promouvoir le désarmement nucléaire général et particulièrement d’ouvrir un débat en France sur ce thème.

 

        Dans cette perspective, nous organisons une conférence internationale « Vers un monde sans armes nucléaires », les 26 et 27 Juin 2014 à Paris, à l’Assemblée Nationale.

 

        Cette conférence, qui sera ouverte par Claude Bartolone, Président de l'Assemblée nationale, réunira des personnalités internationales de haut niveau pour débattre de la réalité et des perspectives d’un désarmement nucléaire mondial.

 

         Vous trouverez le programme de la conférence en allant sur ce lien 

 

         Si vous êtes intéressé(e), merci de retourner rapidement le bulletin situé au bas de ce programme à cette adresse mail: arretezlabombe2013@orange.fr

 

         Très cordialement.

                                                         Paul Quilès

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23 mai 2014 5 23 /05 /mai /2014 22:30

     Que la question a été mal posée!

 

     Le feuilleton politico-militaro-médiatique de ces derniers jours n'aurait pas eu de raison d'être si l'on s'était rappelé comment est construit le budget de la défense:

 

- un Livre blanc définit les risques et les menaces à court, moyen et long terme, qui justifient des besoins de défense (matériel, effectifs); à partir d'une analyse géostratégique de l'état du monde, il propose une posture de la France et définit des missions;

 

- une Loi de programmation Militaire (LPM) détaille et chiffre ces besoins pour une période de 6 ans. La récente LPM (2014-2019), votée par le Parlement à la fin 2013, comporte un engagement de crédits de 190 milliards d'euros sur cette période.

 

      Rechercher d'éventuelles "économies" sur ce budget, pour contribuer à la ponction de 50 milliards d'euros sur la dépense publique, aurait pu avoir un sens si la question avait été posée en amont, c'est à dire au moment de la définition, dans le Livre blanc, de la posture de la France, des missions assignées à nos armées et des moyens qui leur sont accordés.

 

      On aurait pu en particulier, comme je ne cesse de le demander, s'interroger sur la stratégie coûteuse et, à mon avis, inefficace, de développement de la composante nucléaire de notre défense (Lire sur ce blog). Malheureusement, ce sujet n'a pas été abordé lors de l'élaboration du Livre blanc et il a à peine été évoqué lors des débats sur la LPM.

 

     On ne peut donc pas réduire la question des dépenses de défense à des échanges incertains, mêlant des menaces de hauts responsables militaires, des revendications d'industriels de l'armement et des indignations politiciennes.

 

      Le Premier ministre vient de déclarer que "les inquiétudes de l'armée n'ont pas lieu d'être". J'en prends acte....mais la problématique que je formule demeure!

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6 mai 2014 2 06 /05 /mai /2014 18:13

 Cet appel, publié par ELN (European Leadership Network), est notamment signé par Paul Quilès et Bernard Norlain, Président et Vice-Président de l'association ALB.

 

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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 21:50

Débat sur France Culture,

 

animé par Hervé Gardette

 

entre Paul Quilès, ancien ministre de la Défense

 

et Camille Grand, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique

 

Thème:

      "Que se serait-il passé si Kiev avait conservé ses capacités de dissuasion ?

       Les Russes auraient-ils agi avec la même désinvolture ?

       C’est une des nombreuses questions posées depuis le début de cette crise.

       Question assortie d’interrogations sur un possible effet en cascade.

       Car comment convaincre des pays de renoncer au nucléaire militaire, comme le prévoit le Traité de non prolifération, si cette démarche ne garantit pas en retour une véritable protection ?  "

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22 mars 2014 6 22 /03 /mars /2014 14:49

      Le Sommet sur la sécurité nucléaire qui se déroulera à La Haye les 24 et 25 Mars 2014 est un évènement important. Il doit permettre aux dirigeants politiques de préciser comment il est possible de prévenir le terrorisme nucléaire, qui représente un danger terrible pour l’humanité.

 

      Dans la perspective de ce sommet, j’ai signé, avec 4 personnalités britanniques et françaises*, un appel demandant que soient définies des règles de sécurité pour les 85% des stocks mondiaux de matières nucléaires qui sont insuffisamment sécurisés !

 

      Ce texte est publié dans le cadre des initiatives du réseau ELN (European Leadership Network), qui comprend de nombreuses personnalités européennes.

 

* Malcolm Rifkind et Des Browne, anciens ministres britanniques de la défense ; Hervé Morin, ancien ministre français de la défense ; Général Bernard Norlain, ancien chef de la force aérienne française de combat .

 

 

                                                                Les 85%

 

      Comme anciens ministres de la Défense ou hauts responsables militaires, chacun de nous a passé des nuits blanches à imaginer les horribles conséquences d'une attaque terroriste avec une arme nucléaire dans une de nos grandes villes. Une telle attaque entraînerait des centaines de milliers, voire des millions de victimes immédiates et une panique généralisée. Les dirigeants et les citoyens feraient alors face à des répercussions mondiales à long terme de nature économique et de sécurité.

 

      Il y a cependant une bonne nouvelle : nous savons comment éviter cela. L'étape la plus importante pour éviter l’acquisition d’une bombe nucléaire par les terroristes est de les empêcher d'obtenir les matières nucléaires essentielles pour la fabriquer. Ces matières - plutonium ou uranium hautement enrichi - sont difficiles à produire, nécessitent des investissements importants et de grandes infrastructures industrielles, qui sont à la portée des seules nations. Les terroristes devraient donc voler ces matériaux ou les acheter sur le marché noir.

 

      Mais il y a une mauvaise nouvelle : nous ne faisons pas assez pour prévenir le terrorisme nucléaire. Aujourd'hui, près de 2000 tonnes de plutonium et d'uranium hautement enrichi sont stockées dans des centaines d'installations à travers 25 pays et en grande partie mal sécurisées. Malgré ce risque, étonnamment, il n'existe pas de système international efficace pour indiquer quelles règles de sécurité doivent être mises en place à l’égard de ces matériaux.

 

      Dans d'autres domaines où les risques mondiaux sont partagés, il existe des normes internationales fortes, avec des systèmes de surveillance et de responsabilisation. Dans l'aviation civile par exemple, l'Etat peut décider ou non de laisser des compagnies aériennes atterrir sur ses aéroports, si elles respectent ces règlements. Pourtant, quand il s'agit des matériaux nucléaires les plus dangereux au monde - plutonium et uranium hautement enrichi- il n'existe pas de système de sécurité similaire. C’est un point faible qui nous met tous en danger.

 

      Plusieurs instruments importants fournissent des orientations aux Etats sur la sécurité des matières nucléaires, comme les procédures édictées par l'Agence internationale de l'énergie atomique et par la Convention sur la protection physique des matières nucléaires. Ces instruments sont cependant loin de constituer un système complet. Ils ne fixent pas de normes, ils ne définissent pas les moyens de rendre les États responsables de leur laxisme sécuritaire et ils ne s'appliquent qu'à une fraction de tous les produits utilisés dans les armes nucléaires, les 15% utilisés pour des applications civiles et pacifiques. Pourquoi ? Parce que, sur les 2000 tonnes de matières de qualité dite militaire, 85 % sont classés comme militaires ou non civiles et ne sont pas soumises aux directives existantes.

 

      Le prochain Sommet sur la sécurité nucléaire à La Haye approche et il est temps de faire appel à nos dirigeants pour créer un système international qui nous protège contre l'impensable. Lors de ce sommet, qui se tiendra les 24 et 25 mars, il sera particulièrement important que les dirigeants des Etats dotés d'armes nucléaires s'engagent à prendre des mesures qui augmentent la confiance dans la sécurité de leurs matières nucléaires à des fins militaires ou autres usages non civils (les « 85% »). Personne n'aurait confiance dans le système de sécurité de l'aviation civile internationale, s’il ne s'appliquait qu'à 15% des avions qui volent. Pourquoi devrions-nous concevoir ou accepter un système de sécurité sur les matières nucléaires qui ne s'applique qu’à une petite fraction des matériaux qui pourraient être utilisés pour détruire une ville entière et faire des ravages dans le monde ?

 

      Certains pensent que les matières nucléaires militaires doivent être maintenues à un niveau de sécurité bien plus élevé que les matières civiles. Notre expérience du monde réel nous révèle le contraire, comme le montre le nombre record d'incidents récents. Si les États-Unis peuvent laisser un avion traverser leur territoire avec six armes nucléaires, si des officiers responsables du lancement de missiles nucléaires peuvent s'endormir sur leur lieu de travail en laissant ouvertes les portes d’accès aux installations de contrôle et si une religieuse de 85 ans peut couper avec succès quatre couches de clôtures barbelées et dégrader un bunker de stockage d'uranium hautement enrichi……alors il y a sûrement des raisons d’être inquiet. La récente enquête menée au Royaume-Uni, montrant le personnel de garde des ogives nucléaires en train de dormir sur le lieu de travail et ne terminant pas leurs patrouilles, souligne encore ces préoccupations.

 

     Certains responsables craignent que les mesures de renforcement de confiance ou toute autre forme d’édiction de normes et de rédaction d’inventaire viennent compromettre des secrets d'Etat. Nous leur disons : cela a déjà été fait. Il y a une longue histoire de coopération entre les Etats-Unis et la Russie sur la sécurisation et l'élimination des matières sensibles et des armes à travers le Programme de réduction de la menace par la coopération (Cooperative Threat Reduction Program), le nouveau traité START et l'accord américano-russe sur le plutonium, entre autres. Si les États-Unis et la Russie peuvent le faire, il est certain que tous les États dotés d'armes nucléaires peuvent accepter de prendre de telles mesures de confiance.

 

      À l'heure actuelle, il n'existe pas de normes communes pour la sécurité de ces matériaux nucléaires, aucune action pour renforcer la confiance et rassurer les autres Etats sur nos pratiques, et aucun moyen de tenir les États responsables de ces matériaux. Nous n'avons aucun moyen de savoir si ces matériaux classés comme militaires sont effectivement en complète sécurité contre des terroristes. Le sommet de La Haye offre aux dirigeants une occasion importante de renforcer et de combler cette dangereuse lacune. Les États-Unis, le Royaume-Uni et la France doivent donner l'exemple et s'engager à renforcer la sécurité autour des matériaux militaires, d'une manière qui donne confiance aux autres nations, alors même que nous travaillons à rassembler tous les Etats nucléaires militaires dans ce même processus.

 

      Nous ne pouvons plus tolérer que la question de la sécurité nucléaire, compte tenu des énormes enjeux mondiaux qu’elle implique, soit traitée dans une approche « du cavalier seul ».

 

Paul Quilès, Malcolm Rifkind, Des Browne, Bernard Norlain, Hervé Morin

______________________________________________________________

 

Lire la version originale du texte sur le site d'ELN (ci-dessous)

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8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 17:23

         Cette excellente analyse, publiée sur le site de Mediapart, confirme de façon implacable ce que j'ai souvent l'occasion d'expliquer (voir notamment sur ce blog et sur le site d'ALB )

 

 Contre l'insouciance et l'oubli qui menacent, Benoît Pelopidas, chercheur affilé à l'université de Stanford, et Sébastien Philippe, doctorant à Princeton, rendent compte de l'ouvrage d'Eric Schlosser, "Command and Control",  récemment paru aux Etats-Unis, qui a notamment mis au jour « une liste de plus de 1 200 accidents pour la période de 1950 à 1968 ».

 

Un danger qui court toujours.

 

 

      " Le 18 septembre 1980, un Titan 2, le plus puissant missile balistique intercontinental jamais déployé par les Etats Unis, explose dans son silo, près de la ville de Damascus (Arkansas). L’explosion détruit la lourde porte de 700 tonnes censée protéger le missile d’une attaque nucléaire soviétique, et projette dans les airs la tête thermonucléaire W-53, qui équipe alors le missile. Celle-ci possède une puissance explosive équivalente à 9 millions de tonnes de TNT, 600 fois plus que la bombe d’Hiroshima, suffisante pour annihiler Paris intramuros et détruire toutes les structures résidentielles de Notre-Dame à Versailles. Heureusement, l’arme s'écrase quelques centaines de mètres plus loin, au bord d’une route de campagne, sans déclencher d’explosion nucléaire. Deux techniciens de l’US Air Force trouvent néanmoins la mort dans cet accident qu'Eric Schlosser raconte en détail dans son dernier ouvrage, Command and Control (New York: Allen Lane, 2013).

 

       Un simple geste malencontreux aura suffi à causer un accident aussi impressionnant que celui de Damascus : une clé à douille glisse de la main d’un technicien lors d’une opération de maintenance et vient perforer dans sa chute le premier étage propulsif du missile, entraînant la fuite du carburant liquide. S’ensuit une course contre la montre pour éviter, en vain, l’explosion du missile. Au fil de la lecture, Damascus se révèle pourtant n’être qu’un événement terrifiant parmi tant d’autres impliquant des armes nucléaires américaines depuis 1945, qu’Eric Schlosser documente dans cet ouvrage, aboutissement d’une enquête de plus de six ans au sein du complexe nucléaire militaire américain.

 

      L’ouvrage accomplit trois tâches salutaires.

 

       D'abord, il donne la parole aux chevilles ouvrières qui assurent au quotidien le maintien en condition opérationnelle des forces stratégiques américaines. Au-delà de l'environnement du laboratoire mythique de Los Alamos, documenté par les anthropologues Hugh Gusterson et Joseph Masco, bien peu de choses sont connues sur ces anonymes du complexe nucléaire.

 

       La jeunesse et les comportements cavaliers des équipes de maintenance des missiles balistiques prennent chair aux côtés de leur héroïsme, lorsque ceux-ci interviennent dans des environnements extrêmes, et souvent avec du matériel défaillant, pour tenter d’empêcher de terribles accidents. Les blâmes et récompenses que leur délivre le complexe nucléaire lorsqu’un accident survient révèlent une allocation de la responsabilité qui incrimine les opérateurs et empêche trop souvent de saisir les problèmes structurels de ces systèmes d’armes.

 

       Parmi les personnages clés de cette histoire de la sûreté nucléaire, on découvre, sur le chemin de Damascus, Bob Purefoy, du laboratoire national de Sandia. Diplômé en ingénierie électrique et recruté à sa sortie de l’université, il participe à la conception de systèmes d’armement et de mise à feu de têtes nucléaires plus fiables et plus robustes, pour devenir plus tard directeur du développement des armes à Sandia et l’un des plus fervents partisans d’une sûreté nucléaire accrue. Pendant quarante ans, il traque chaque événement intéressant la sûreté et se bat sans relâche contre l’administration et la hiérarchie militaire pour faire accepter les modifications techniques, tout d’abord jugées coûteuses et inutiles, aujourd’hui considérées comme essentielles, qui permettent d’améliorer la sûreté nucléaire des armes américaines.

 

       Ensuite, et en conséquence directe de son effort à donner une épaisseur humaine à une entreprise titanesque, Command and Control restitue aux arsenaux nucléaires leur caractère premier de systèmes technologiques complexes. A l’opposé du sobriquet simpliste de « la bombe » et de l’image d’une arme absolue, parfaite et intemporelle qui s’y attache, Schlosser démontre que tous les maillons de ces systèmes d’armes, de la planification et l’ordonnancement algorithmique des frappes nucléaires aux signaux électriques spécialement conçus pour la mise à feu des lentilles explosives, sont inévitablement en proie à des défaillances.

 

       Face à ce risque, une réponse politique est apportée pour la première fois par Carl Walke en 1968. Il fixe un objectif probabiliste de l’occurrence d’une explosion nucléaire dans un environnement accidentel à une chance sur un million – soit à peu près 20 fois moins que de gagner aujourd’hui le jackpot du loto en France. Une fois défini cet objectif, Schlosser détaille les approximations auxquelles se livrent ceux qui veulent l'atteindre. Approximations théoriques d'abord pour les ingénieurs, lors de la conception des systèmes, puisqu'il faudrait envisager toutes les défaillances possibles alors qu'ils sont contraints par les limites de leur imagination; approximations pratiques et physiques ensuite qui consistent à soumettre les armes à plusieurs formes d'agression après leur fabrication sans pouvoir les tester toutes. A ces approximations s'ajoutent des difficultés politiques à faire accepter un contrôle civil et civique sur une technologie qui demeure l’apanage de l’appareil militaire, bien qu'elle mette en jeu la sécurité de chaque citoyen.

 

       Pied de nez historique au pouvoir civil, à la fin des années soixante-dix, la combinaison à huit chiffres nécessaire au lancement des missiles balistiques Minuteman, imposée comme mesure de sécurité par le politique, est choisie par le Strategic Air Command pour être : « 00000000 ». Pire, la liste de contrôle avant lancement demande à l'équipage de tir de bien revérifier le panneau d’affichage des codes pour s'assurer qu’aucun chiffre autre que zéro n’est été entré par inadvertance. Les codes de lancement étaient donc bien connus de tous.

 

       Eric Schlosser développe ici un argument posé et opiniâtre contre l'insouciance à l'endroit des armes nucléaires, un argument éclairé par sa conscience aigue du fait que le temps joue en faveur de l'indifférence et de l'illusion rétrospective de la sécurité que cette technologie est supposée apporter. La mise à pied récente du général américain en charge des missiles balistiques intercontinentaux, qui fait suite à plusieurs sanctions cet automne au plus haut niveau du système de commandement de l’arsenal nucléaire américain, rappelle que l’analyse d’Eric Schlosser n’est pas un exercice d’archéologie qui porterait sur un passé révolu ; la collision entre deux sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, l’un français et l’autre anglais, en patrouille dans l’Atlantique en février 2009, suggère que la portée de cette analyse dépasse le seul cas américain.

 

       Ainsi, un usage systématique du Freedom of Information Act permet à Schlosser de mettre au jour une liste de plus de 1 200 accidents pour la période de 1950 à 1968, bien éloignés du chiffre officiel de 32 jusqu’alors mis en avant par le Pentagone dans un document officiel relatif à la période de 1950 à 1980. C’est la troisième tâche salutaire qu’accomplit l’ouvrage : il ouvre ainsi la porte à un effort global de documentation des accidents impliquant des armes nucléaires, qui cède jusqu'alors trop facilement à un sentiment de sécurité mal fondé et souvent maintenu par des discours officiels opaques comme la politique de l’US Air Force, qui refuse de se prononcer sur la présence d’ogive nucléaire lors de ces accidents. Cet effort aboutirait pourtant à une meilleure compréhension de l’histoire nucléaire et rendrait public un état de fait nécessaire au devoir d'information des citoyens de la part de leurs gouvernements et au contrôle démocratique sur ces armes à la capacité de destruction incomparable et contre lesquelles aucune défense crédible n’existe.

 

       Cet impératif semble d’autant plus pressant qu’un grand nombre d’armes nucléaires dans le monde demeurent déployées et en état d’alerte, prêtes à faire feu à chaque instant. Certes, la contribution à cette histoire que raconte Schlosser reste strictement limitée à la nation américaine, mais elle concerne le deuxième plus gros arsenal nucléaire de l'histoire de l'humanité et montre la voie à suivre, alors qu'aucun effort analogue n'a été entrepris dans les autres Etats dotés d'armes nucléaires, en dépit de l’existence bien connue de certains cas d’accidents comme celui que nous évoquions plus haut.

 

       L’ironie ultime de l’ouvrage consiste sans doute à observer que certaines défaillances ont également minimisé la portée des accidents impliquant des armes nucléaires autant qu’elles les ont provoqués, mais dans ces deux cas, c’est bel et bien la chance qui a décidé de l’issue de ces événements. Il semble bien hasardeux de prédire combien de temps celle-ci restera de notre côté."

******************

Benoît Pelopidas, maître de conférences en relations internationales à l’Université de Bristol (GIC) et chercheur affilié au CISAC, Université Stanford;

Sébastien Philippe, ingénieur diplômé de l’INSA de Lyon, est doctorant en physique nucléaire appliquée à l’Université de Princeton, USA et chercheur au sein du Nuclear Futures Laboratory ainsi que du Program on Science and Global Security depuis juillet 2012.

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Published by Paul Quilès - dans Désarmement nucléaire
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Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez