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11 juillet 2017 2 11 /07 /juillet /2017 22:00
La vulnérabilité des armes nucléaires aux cyberattaques

Tribune publiée dans le quotidien Libération

 

sous le titre "Et si la prochaine cyberattaque ciblait un site nucléaire"

 

Paul Quilès

Ancien ministre de la défense

Président d’IDN (Initiatives pour le Désarmement Nucléaire)

 

 

     Terrorisme, réchauffement climatique, épidémies, flux migratoires et, depuis quelques jours, cyberattaques : ces menaces, présentées comme nouvelles, font de plus en plus la « Une » des médias et suscitent une forte émotion dans l’opinion publique.

 

     Outre le fait que la plupart d’entre elles sont loin d’être nouvelles, la présentation qui est faite de ces menaces ne permet pas toujours de distinguer leur degré de dangerosité.

 

     Prenons l’exemple de la récente cyberattaque par le virus Petya, qualifiée de géante, qui fait suite à d’autres piratages (hackings) de même nature. Ses conséquences planétaires ont de quoi inquiéter : destruction des fichiers informatiques des particuliers, interruption de la production de certaines entreprises, dérèglement de services publics….Et pourtant, le danger pourrait être beaucoup plus grave si de telles attaques visaient des systèmes tels que des équipements ou des armes nucléaires.

 

      Pour comprendre la nature et l’étendue du risque, il faut d’abord essayer de déterminer l’origine de ces actions et leurs motivations. Il peut s’agir d’un individu comme d’un groupe de pirates ou encore d’une vaste organisation aux perspectives géopolitiques. Leurs objectifs sont de 3 ordres :

 

   - La récolte d’information et le rançonnage. L’attaquant souhaite acquérir un ensemble de données en ciblant leur propriétaire ou un individu, une entreprise, un ministère ayant accès à ce réseau d’information. Il peut s’agir d’une variété de données ciblées ou non, qu’il s’agisse de propriété intellectuelle ou d’informations critiques pour une entreprise. La finalité de ces actions, conduites par des individus ou des organisations, est en général d’ordre pécuniaire, par le biais de logiciels de rançon.

 

    - L’espionnage. L’objectif est ici de surveiller et de voler des informations, notamment  confidentielles, ce qui pourrait compromettre la sécurité nationale d’un pays ou tenter de peser sur le cours de sa politique, comme semble l’indiquer l’ingérence électorale russe lors des élections américaines.

 

      - Le sabotage. L’objectif de cette troisième catégorie est de détruire, à l’aide de cyber-armes (cyber weapons). L’illustration la plus manifeste de ce type de cyberattaque, est l’attaque Stuxnet, lancée en 2010 sous l’administration Bush contre le programme nucléaire iranien, à l’aide d’un ver informatique conçu par la NSA pour contaminer et détruire l’usine de centrifugeuses nucléaires de Natanz. Il s’agit de la première arme digitale cyber créée au monde, qui a démontré les capacités de destruction de ces armes de nouvelle génération. En 2007, un test avait déjà été réalisé afin de démontrer la vulnérabilité des systèmes de sécurisation informatique, le test Aurora, conduit sur un générateur massif et hautement sécurisé de diesel. Une expérience aussi concluante qu’inquiétante, qui s’est traduite par la destruction quasi-immédiate du générateur.

 

     Les conséquences des cyberattaques sont donc sérieuses, bien plus qu’un arrêt de production ou qu’une simple panne de métro. On pourrait assister à de véritables drames humains et même à des conflits de nature politique. Il faut donc se protéger ; de nombreuses parades sont développées dans la plupart des pays et notamment en France, au niveau européen et aux Nations-Unies.

 

     Cependant, on ne doit pas faire l’impasse sur l’immense danger que représenterait une cyberattaque menée par un groupe terroriste sur des infrastructures nucléaires ou sur les systèmes de contrôle des armes nucléaires. Un grand nombre de rapports alertent sur les différentes méthodes et techniques de sabotage qui pourraient être employées à cet effet et ils insistent sur la vulnérabilité de tous les logiciels informatiques. C’est dans ce sens que le bureau des Sciences de la défense (comité d’experts du Pentagone) révélait dans un rapport de 2013 que « les armes nucléaires américaines pourraient être vulnérables à des cyberattaques extrêmement sophistiquées ». Il faut noter que le nucléaire civil est également concerné, comme l’a montré la récente attaque du 27 Juin 2017, qui a obligé à repasser les systèmes de contrôle de la centrale de Tchernobyl en mode manuel.

 

     Plus que jamais, ce constat devrait amener les pays « dotés » de l’arme nucléaire et notamment la France à prendre conscience de la lourde responsabilité qu’ils prennent en ne s’associant pas à la rédaction, en cours à l’ONU, d’un traité d’interdiction des armes nucléaires. Il faut souhaiter qu’ils se souviennent de la phrase d’Albert Camus, au lendemain du bombardement d’Hiroshima : « Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques ».

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10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 14:17
La politique de l'autruche

Réponses d'IDN au communiqué

publié par le ministère des affaires étrangères

 

    Le traité d’interdiction des armes nucléaires, adopté par l’Assemblée générale des Nations Unies le 7 Juillet 2017, représente une avancée considérable pour la société internationale.

   Il va permettre d’organiser une pression sur les pays détenteurs de l’arme nucléaire pour qu’ils s’engagent dans un réel processus de désarmement multilatéral et progressif.

   Son adoption met dans l’embarras les puissances détentrices de l’arme nucléaire et fragilise leur position.

   La preuve en est dans la faiblesse de la déclaration du gouvernement français, réduite à quelques affirmations contraires aux faits et à des raisonnements fallacieux. Cette politique est celle de l’autruche : nier la réalité qui lui déplait. 

 

   Voici nos réponses.

 

******

 

  • Le communiqué affirme « qu’un grand nombre d’Etats, dotés, possesseurs ou non d’armes nucléaires, (ont décidé) de ne pas participer aux négociations, en Europe et en Asie ».

122 Etats ont approuvé ce Traité, soit 63 % des 193 Etats représentés à l’ONU.  Ce résultat est remarquable, compte tenu des fortes pressions exercées par les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France sur leurs alliés, notamment africains.  

  • Le communiqué affirme que « la France n’a pas participé aux négociations de ce traité et elle n’entend pas y adhérer. Ce traité ne nous lie pas et ne crée pas de nouvelles obligations. »

La France devrait sentir l’obligation qui relève à la fois du réalisme et de la morale, celle d’entendre la voix des peuples qui ne veulent plus de la domination du monde par quelques grands Etats, essentiellement occidentaux. Refuser de participer à une négociation voulue par une large majorité d’Etats relève du comportement de l’autruche, la tête enfoncée dans le sable. La France ne veut pas voir que le monde a changé. Peut-être le gouvernement français considère-t-il que seuls sont à prendre en considération les Etats les plus riches « qui ont réussi » et que les autres ne sont rien. Le mépris colonial relève d’un monde ancien.  On aurait aimé que la France respecte l’ONU, clef de voûte de l’architecture internationale de sécurité, et use de son influence afin d’œuvrer pour la paix. Cela aurait été plus conforme au message universaliste qu’elle a l’ambition de promouvoir.

  • Le communiqué affirme que « La dissuasion vise à protéger notre pays de toute agression d’origine étatique contre ses intérêts vitaux, d’où qu’elle vienne, et quelle qu’en soit la forme ».

Les milieux politico-militaro-industriels qui nous gouvernent psalmodient sans cesse cette phrase comme pour « éloigner le mauvais œil », mais sans apporter la moindre justification rationnelle. Il n’existe pas de système de sécurité infaillible, comme on l’a vu dans l’histoire de notre pays. Ce ne sont plus principalement des affrontements interétatiques qui risquent aujourd’hui de porter atteinte aux intérêts vitaux d’un pays, mais des actions non militaires comme le terrorisme ou les cyberattaques, contre lesquelles l’arme nucléaire est inopérante. Hors du territoire national, l’armée intervient dans des guerres de guérilla où il faut parfois affronter un chaos fait de déplacement de population, d’écroulement économique, social et sanitaire, de famines et de lutte idéologique. Face à cette situation d’une partie de la planète, la menace de l’arme nucléaire est un hochet qui serait dérisoire s’il n’était pas aussi onéreux et aussi dangereux. Quant à la menace bien réelle de prolifération, qui pourrait croire qu’on la combattra efficacement en alimentant la course aux armements nucléaires à laquelle se livrent les puissances détentrices de cette arme ? Proclamer haut et fort que l’arme nucléaire est « notre garantie ultime de sécurité » ne peut qu’encourager les autres pays à se doter de l’arme nucléaire.

  • Le communiqué affirme: « Un traité d’interdiction des armes nucléaires risque à cet égard d’affecter la sécurité de la région euro-atlantique et la stabilité internationale ».

Le principe a déjà été expliqué par Donald Trump : plus les Américains possèderont d’armes, plus ils assureront leur sécurité. Le Père Ubu n’aurait pas renié cette maxime : enlever des armes de destruction massive à des Etats les conduit fatalement à être plus dangereux !

Comment la France peut-elle à la fois augmenter les dépenses consacrées à son armement nucléaire et prétendre qu’elle respecte le TNP, qu’elle a signé et dont l’article 6 stipule : « Chacune des Parties au Traité s’engage à poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée et au désarmement nucléaire… » ?

  • Le communiqué affirme: « Ce traité est également susceptible de fragiliser le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP)»

On reste dans la même contradiction : il ne faut pas aller vers le désarmement nucléaire pourtant prescrit par le TNP, parce cela reviendrait à s’y conformer et donc à l’affaiblir ! Comprenne qui pourra…

  • Le communiqué affirme: « Le désarmement nucléaire ne se décrète pas, il se construit ».

C’est bien parce que le désarmement se construit qu’il faut mettre en œuvre des propositions concrètes pour progresser dans cette voie. Le traité d’interdiction est une mesure concrète. Beaucoup plus que les discours qui, tout en proclamant la volonté d’aller vers le désarmement, s’accompagnent d’un développement des armements nucléaires et d’une augmentation considérable des budgets qui leur sont consacrés.

  • Le communiqué affirme: « La France demeure pour sa part déterminée à mettre en oeuvre les prochaines étapes concrètes du désarmement nucléaire, conformément à ses engagements au titre du traité sur la non-prolifération des armes ».

La France est donc favorable au désarmement nucléaire et, en même temps, elle double les crédits affectés au développement de son arsenal nucléaire… Quelle hypocrisie !

  • Le communiqué affirme: « Les prochaines étapes prioritaires du désarmement nucléaire sont la négociation d’un traité interdisant la production de matières fissiles pour la fabrication d’armes nucléaires et l’entrée en vigueur rapide du traité d’interdiction complète des essais nucléaires. »

La France possède 50 ans de réserves de matières fissiles. Elle ne court donc aucun risque à soutenir la négociation d’un traité qui en interdise la production aux autres pays. Un traité relatif aux matières fissiles à usage militaire qui serait réellement efficace, prévoirait une transparence et une réduction vérifiée des stocks existants. Mais la France se garde bien de formuler cette proposition.

Quant à l’entrée en vigueur du traité d’interdiction complète des essais nucléaires, elle est bloquée notamment par les Etats-Unis. La France semble s’accommoder de cette situation et n’entreprend pas beaucoup de démarches pour y mettre fin. En tout état de cause, elle peut, comme les autres grandes puissances nucléaires, avoir recours à la simulation pour tester ses nouvelles armes.

  • Le communiqué affirme : « La France a déjà pris des mesures concrètes et substantielles de désarmement nucléaire, notamment en réduisant de moitié son arsenal nucléaire, en arrêtant les essais nucléaires, en ratifiant le traité d’interdiction complète des essais nucléaires, et en fermant de manière irréversible ses installations de production de matières fissiles pour des armes nucléaires. »

Enfin une affirmation exacte… sauf que ces mesures de désarmement nucléaire prises par la France datent de 1998 pour les essais (près de 20 ans) et de 2008 pour la réduction du format des forces nucléaires aéroportées (près de 10 ans). Depuis, la France a décidé de renouveler les deux composantes sous-marines et aéroportées de son armement nucléaire en les dotant de capacités entièrement nouvelles alors même que les équipements de la génération actuelle (missile embarqué sur sous-marin M51.2 et missile aéroporté ASMPA) viennent d’être mis en service ou sont en cours de test et déploiement.

 

********

        Les responsables politiques, les parlementaires et les médias ne peuvent se contenter de ces contre-vérités et de ces raisonnements fallacieux. Ils se doivent de réagir et d’engager enfin le débat auquel les Français ont droit sur une question aussi fondamentale qui touche à leur sécurité.

         Nous espérons que le nouveau Président, qui dit vouloir rompre avec l’ancien monde et souhaite incarner un visage nouveau de la France, saura montrer qu’il n’est pas attaché aux concepts archaïques d’un monde ancien - celui de la Guerre froide. Il est temps de cesser de jouer avec le feu et de promouvoir une vraie politique de désarmement nucléaire.

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7 juillet 2017 5 07 /07 /juillet /2017 16:35
Un événement historique à l'ONU !

COMMUNIQUE d'IDN *

 

Ecouter l'interview de Paul Quilès sur RTS

(Radio Télévision Suisse)

 

     Ce 7 juillet 2017, la communauté internationale réunie aux Nations Unies à New York vient d’adopter le Traité d’interdiction des armes nucléaires, pour permettre l’interdiction complète des armes nucléaires. Il s’agit d’un événement historique!

 

     122 Etats ont adopté un texte comportant un ensemble d’interdictions et d’obligations, assurant ainsi une avancée importante pour la sécurité internationale et le renforcement de la non-prolifération nucléaire.

 

    « Il s’agit d’un instrument juridiquement contraignant très fort, dont nous sommes satisfaits » estime IDN (Initiatives pour le Désarmement Nucléaire). Ce traité s’inscrit dans les principes humanitaires, au nom desquels les autres armes de destruction massive -armes biologiques, chimiques, mines antipersonnel, armes à sous munitions- ont été interdites au cours des vingt dernières années.

 

     Le Président Macron a affirmé dans son discours de Versailles que « la dissuasion est la clé de voûte de la sécurité de la France » et il s’est rendu le lendemain sur le Terrible, Sous-marin Nucléaire Lanceur d’Engins (SNLE). Cette attitude contraste malheureusement avec les efforts de la communauté internationale qui œuvre à l’ONU à la rédaction du traité d’interdiction des armes nucléaires.

 

     A compter du 20 septembre 2017, ce traité sera ouvert à signature au cours de l’Assemblée générale des Nations Unies. Nous espérons que le nouveau Président, qui dit vouloir rompre avec l’ancien monde et qui souhaite incarner un visage nouveau de la France, saura montrer qu’il n’est pas attaché aux concepts archaïques d’un monde ancien  - celui de la Guerre froide - qui continuent à alimenter la doctrine officielle.

_________________________________________________________

 

Initiatives pour le Désarmement Nucléaire (IDN) a pour but d’œuvrer à l’élimination des armes nucléaires de la planète, pour contribuer à l’édification d’un monde plus sûr. Son action s’inscrit dans une réflexion plus générale sur les enjeux stratégiques de ce début de 21ème siècle et sur la capacité de la France à assurer sa sécurité territoriale tout en continuant à peser sur la marche du monde. IDN a été fondée par Paul QUILES (ancien Ministre de la Défense), Bernard NORLAIN (Général) et Jean-Marie COLLIN (Expert). Site internet : http://www.idn-france.org - Twitter : @IDNuc

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20 juin 2017 2 20 /06 /juin /2017 13:35
Une occasion de sortir de « l’ancien monde »

Tribune de Paul Quilès,

 

ancien ministre de la défense, président d’IDN ,

 

publiée sur le blog d’Edouard Pflimlin, journaliste au Monde

 

 

Depuis le 27 octobre 2016, une majorité de pays a engagé à l’ONU un processus devant conduire à la mise au point d’un « instrument juridiquement contraignant visant à interdire les armes nucléaires en vue de leur élimination complète ».

 

Cette décision historique a été validée par un vote positif de l’Assemblée Générale le 23 décembre 2016, malgré l’opposition de 35 pays, dont la France, les Etats-Unis, la Russie, la Grande Bretagne et presque tous les pays de l’OTAN. 13 pays se sont abstenus, dont la Chine, l’Inde, le Pakistan, la Finlande, les Pays-Bas, la Suisse.

 

La première session de rédaction du traité s’est déroulée dès le mois de de mars dernier et a permis la rédaction d’un projet, qui sera affiné lors de la seconde session, actuellement en cours au siège de l’ONU. Le texte définitif devrait être approuvé le 7 juillet et soumis au vote de l’Assemblée Générale au début de l’automne.

 

Cette mobilisation étatique, à laquelle se sont jointes de nombreuses ONG, devrait permettre de relancer sur de nouvelles bases la question de la légitimité de cette terrifiante arme de destruction massive qu’est l’arme nucléaire.

 

Certes, il ne suffira pas de proclamer dans le texte d’un traité international qu’il est interdit de « développer, produire, fabriquer, acquérir, posséder et stocker » de telles armes. Il faudra aussi que soient définies, pour l’application du traité, des modalités détaillées de désarmement, de destruction effective des armes, de contrôle, de sanctions. Ceci suppose qu’un climat de dialogue et de confiance s’instaure.

 

A ceux qui considèreraient qu’un tel objectif est empreint de naïveté, je conseille de faire un retour sur l’histoire des 50 dernières années. Combien de traités ont été élaborés pour éliminer des armes de destruction massive –biologiques, chimiques-, les mines anti-personnel, les sous-munitions, pour interdire les essais nucléaires[1] et même pour réduire les stocks d’armement nucléaires (passés de 70 000 à la fin des années 90 à environ 15 500 aujourd’hui) !

 

L’attitude méprisante des autorités françaises à l’égard de ce processus est bien dans la ligne de l’hypocrisie des membres du « club des puissances nucléaires » auquel elle appartient. Ceux-ci refusent de s’associer à la démarche en cours en pratiquant la politique de la chaise vide, au prétexte que ce traité mettrait « en péril le bon fonctionnement du TNP ». Mais, précisément, ce sont eux qui ne respectent pas le TNP, notamment son article VI, qui précise que les signataires s’engagent à adopter « des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée et au désarmement nucléaire » ainsi qu’ « un traité de désarmement général et complet sous un contrôle international strict et efficace ».

 

Comme le faisait récemment remarquer Marc Finaud[2], « se retrancher derrière un prétendu impératif de sécurité pour préserver les arsenaux nucléaires aura pour seul résultat d’encourager les pays tels que la Corée du Nord à développer leurs propres capacités. Quelle différence entre l’affirmation de François Hollande à Istres selon laquelle ‘’la dissuasion nucléaire vise à protéger notre pays de toute agression d’origine étatique contre ses intérêts vitaux, d’où qu’elle vienne, et quelle qu’en soit la forme’’ et les propos du ministre nord-coréen des Affaires étrangères à l’ONU : ‘’Notre décision de renforcer notre armement nucléaire est une mesure justifiée d'auto-défense pour nous protéger des menaces nucléaires constantes des Etats-Unis’’ » ?

 

Cette attitude conduit la France à investir lourdement dans la modernisation de son outil de dissuasion, ce que confirme un récent rapport sénatorial, qui annonce « un quasi doublement du budget de la dissuasion à l’horizon 2025 ». C’est une aubaine pour le complexe militaro-industriel, que dénonçait déjà le Président américain Eisenhower[3] en 1961, mais cela ne constitue en rien une réponse aux menaces du monde actuel, qui ne sauraient être dissuadées par l’arme nucléaire : terrorisme, cyber-attaques, criminalité organisée, changement climatique…

 

La démarche engagée avec la rédaction de ce traité d’interdiction peut aussi présenter un autre intérêt, celui de réveiller les partis politiques, les parlementaires et les médias, qui ont manifesté jusqu’ici un fort désintérêt à l’égard de l’armement nucléaire.

 

Quant aux décideurs politiques, notamment le Président de la République, détenteur du « pouvoir nucléaire » depuis 1964, ils seraient bien avisés de se libérer de l’influence, discrète mais efficace, des conseillers qui empêchent toute réflexion et tout débat sur le concept même de dissuasion. Pour Emmanuel Macron, qui dit vouloir rompre avec l’ancien monde et qui souhaite incarner un visage nouveau de la France, ce peut être l’occasion de montrer qu’il n’est pas attaché aux concepts éculés d’un monde ancien  - celui de la Guerre froide - qui continuent à alimenter la doctrine officielle.

 

[1] Même si la non-ratification du traité par plusieurs Etats, dont les Etats-Unis, retarde la mise en oeuvre définitive du traité.

 

[2] Ancien diplomate français, professeur associé au Centre de Politique de Sécurité, Genève, membre du Comité de parrainage d’IDN

 

[3] « Nous devons veiller à empêcher le complexe militaro-industriel d’acquérir une influence injustifiée dans les structures gouvernementales (…). Nous nous trouvons devant un risque réel, qui se maintiendra à l’avenir : qu’une concentration désastreuse de pouvoir en des mains dangereuses aille en s’affermissant. Nous devons veiller à ne jamais laisser le poids de cette association de pouvoirs mettre en danger nos libertés ou nos procédures démocratiques. » Dwight Eisenhower, Discours de fin de mandat (17/01/1961), connu sous le nom du Discours du Complexe Militaro-Industriel

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15 juin 2017 4 15 /06 /juin /2017 10:41
Une chance historique

Aujourd'hui, s'ouvre au siège de l'ONU à New York, la seconde session du groupe de travail qui réunit 132 pays pour préparer un traité d'interdiction des armes nucléaires.

 

La France, comme les pays "dotés" de l'arme nucléaire et les membres de l'OTAN, sera malheureusement absente. Une absence très regrettable, comme je l'ai fait remarquer au Président de la République.

 

Alors que les médias français sont silencieux sur cet événement important, je souhaite attirer votre attention sur l'excellent numéro que l'hebdomadaire Politis vient de consacrer à ce sujet. A lire, pour comprendre les enjeux.

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8 juin 2017 4 08 /06 /juin /2017 15:30
Monsieur le Président, qu'allez-vous faire?

Lettre ouverte au Président de la République,

 

publiée sur le site de Liberation.fr

 

*********

 

Monsieur le Président de la République

 

Depuis le 14 mai 2017, vous êtes le détenteur suprême et unique du pouvoir de déclenchement de l’apocalypse nucléaire.

 

Avec 21 personnalités* éminentes (dont Nicolas Hulot), j’ai attiré votre attention dès le 30 avril, sur un évènement important qui se déroule en ce moment à l’ONU : la négociation d’une Convention d’interdiction des armes nucléaires. La France a voté contre le principe d’un tel instrument juridique le 23 décembre 2016 et elle n’a pas participé à la première session (mars) qui a rassemblé 132 Etats pour réfléchir et débattre du contenu de ce texte.

 

Nous souhaitons que la France ne continue pas à pratiquer la politique de la chaise vide et qu’elle participe à la seconde session qui se tiendra à New York à partir du 15 juin prochain. Il s’agit d’une opportunité historique qui s’offre à notre pays de montrer la voie vers un désarmement multilatéral négocié, vérifiable et universel, à ne pas confondre naturellement avec un désarmement unilatéral.

 

Pour vous qui voulez rompre avec l’ancien monde et qui souhaitez incarner un visage nouveau de la France, ce peut être l’occasion de montrer que vous n’êtes pas attaché aux concepts éculés d’un monde ancien - celui de la Guerre froide - qui continuent à alimenter la doctrine officielle.

 

Il n’est pas raisonnable de continuer à s’arc-bouter sur le maintien d’une arme que nombre d’experts militaires et stratégiques s’accordent à reconnaître comme obsolète et inadaptée, rappelant furieusement la triste "ligne Maginot". Les principales menaces à notre sécurité proviennent aujourd’hui du terrorisme, des cyber-attaques, de la criminalité organisée, des pandémies, du changement climatique et ne sauraient être dissuadées par un arsenal nucléaire.

 

En outre, on sait avec certitude qu’un emploi même limité d’armes nucléaires dans le monde aurait des conséquences humanitaires catastrophiques pour l’ensemble de la communauté internationale. Comment concilier cette perspective avec l’attachement de la France au respect du droit international humanitaire et à la préservation des populations dans les conflits ? Comment croire encore que la sécurité de notre pays repose sur la capacité d’anéantissement de millions de civils innocents ?

 

En donnant votre accord à une participation de nos diplomates à ce processus, vous élèverez le niveau de confiance internationale, donc de sécurité, et entraînerez avec vous l’ensemble des Etats de l’Union européenne. La France peut faire de cette négociation historique une occasion d’être du bon côté de l’Histoire et de prendre la tête du mouvement vers l’objectif d’un monde libéré des armes nucléaires.

 

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de mes sentiments respectueux.

 

Paul Quilès,

Ancien Ministre de la défense,

Président d’Initiatives pour le Désarmement Nucléaire (IDN)

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* Sébastien Balibar, physicien, membre de l’Académie des Sciences ;

Rony Brauman, ex-président de MSF, enseignant, essayiste ;

Valérie Cabanes, juriste internationale, Porte-parole « Pour en finir avec l'écocide » ;

Gilles Candar, président de la Société d'études jaurésiennes ;

Jean-Marie Collin, expert, vice-président d’IDN ;

Michel Drain, membre de Pax Christi et de Justice et Paix France;

Jean-Pierre Dupuy, philosophe, professeur émérite à l'Ecole Polytechnique, professeur à l'université Stanford

Marc Finaud, ancien diplomate français, professeur associé au Centre de Politique de Sécurité, Genève ;

Christiane Hessel ;

Bernard Hourcade, directeur de recherche au CNRS ;

Nicolas Hulot, militant écologiste ;

Yannick Jadot, député européen ;

Alain Joxe ;

Georges Le Guelte, ancien secrétaire du Conseil des Gouverneurs de l’AIEA;

Francis Lenne, Général de brigade aérienne (2 S) ;

Bernard Norlain, Général d’armée aérienne (2 S), vice-président d’IDN ;

Ivar Ikeland, ancien président de l'Université Paris-Dauphine ;

Jean-Claude Pecker, Professeur émérite au Collège de France, membre de l’Académie des sciences ;

Paul Quilès, ancien ministre de la défense, président d’IDN ;

Monseigneur Marc Stenger, évêque de Troyes, Président de Pax Christi France ;

Annick Suzor-Weiner, présidente de Pugwash France, professeur émérite à l’Université Paris-Sud ;

Thierry Salomon, co-président du mouvement #LesJoursHeureux.

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30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 12:06
Appel au futur Président de la République

22 personnalités interpellent le futur Président de la République

pour qu'il agisse vraiment en faveur d’un monde sans armes nucléaires.

 

 

Sébastien Balibar, physicien, membre de l’Académie des Sciences ;

Rony Brauman, ex-président de MSF, enseignant, essayiste ;

Valérie Cabanes, juriste internationale, Porte-parole « Pour en finir avec l'écocide » ;

Gilles Candar, président de la Société d'études jaurésiennes ;

Jean-Marie Collin, expert, vice-président d’IDN ;

Michel Drain, membre de Pax Christi et de Justice et Paix France;

Jean-Pierre Dupuy, philosophe, professeur émérite à l'Ecole Polytechnique, professeur à l'université Stanford ;

Marc Finaud, ancien diplomate français, professeur associé au Centre de Politique de Sécurité, Genève ;

Christiane Hessel ;

Bernard Hourcade, directeur de recherche au CNRS ;

Nicolas Hulot, militant écologiste;

Yannick Jadot, député européen ;

Alain Joxe ;

Georges Le Guelte, ancien secrétaire du Conseil des Gouverneurs de l’AIEA;

Francis Lenne, Général de brigade aérienne (2 S) ;

Bernard Norlain, Général d’armée aérienne (2 S), vice-président d’IDN ;

Ivar Ikeland, ancien président de l'Université Paris-Dauphine ;

Jean-Claude Pecker, Professeur émérite au Collège de France, membre de l’Académie des sciences ;

Paul Quilès, ancien ministre de la défense, président d’IDN ;

Monseigneur Marc Stenger, évêque, Président de Pax Christi France ;

Annick Suzor-Weiner, présidente de Pugwash France, professeur émérite à l’Université Paris-Sud;

Thierry Salomon, co-président du mouvement #LesJoursHeureux.

 

 

Pour que la France agisse vraiment

 

en faveur d’un désarmement nucléaire multilatéral

 

Elu le 7 mai, vous devrez assumer de lourdes responsabilités, parmi lesquelles la défense de la France. Or la pratique institutionnelle confie au Président de la République le pouvoir de donner l’ordre d’engagement des forces nucléaires. Dès le jour de votre investiture, vous disposerez à cet effet des codes nucléaires que vous transmettra votre prédécesseur.

 

Nous souhaitons que le quinquennat qui va commencer voie la France agir vraiment en faveur d’un monde sans armes nucléaires, objectif auquel elle a solennellement souscrit.

 

En effet, les principales menaces à notre sécurité proviennent aujourd’hui du terrorisme, des cyber-attaques, de la criminalité organisée, des pandémies, du changement climatique et ne sauraient être dissuadées par un arsenal nucléaire.

 

Si les risques interétatiques n’ont pas disparu pour autant, malgré une réduction des stocks d’armes nucléaires dans le monde, environ 15 000 armes continuent de faire peser sur la planète tout entière la menace d’une destruction catastrophique. Selon l’ancien Secrétaire à la Défense américain William Perry, jamais l’éventualité d’une telle conflagration n’a été aussi élevée qu’actuellement.

 

Le Traité de non-prolifération (TNP) n’a pas empêché l’émergence de quatre nouvelles puissances nucléaires (Israël, l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord) dans des régions instables. En dépit de leur engagement de désarmement négocié, les autres puissances nucléaires, y compris la France, se sont lancées dans une nouvelle et coûteuse course aux armements, à travers la modernisation programmée des arsenaux nucléaires (recours accru aux missiles de croisière, miniaturisation des charges, maintien d’armes tactiques, mise au point de missiles hypersoniques…). Tout concourt à abaisser le seuil d’emploi des armes nucléaires, sans parler de la menace invisible de cyber attaques et du danger d’explosion nucléaire terroriste ou accidentelle.

 

Il n’est pas raisonnable de continuer à s’arc-bouter sur le maintien d’une arme que nombre d’experts militaires et stratégiques s’accordent à reconnaître comme obsolète et inadaptée. En outre, on sait aujourd’hui avec certitude qu’un emploi même limité d’armes nucléaires dans le monde aurait des conséquences catastrophiques pour l’humanité toute entière. Comment concilier cette perspective avec l’attachement de la France au respect du droit humanitaire et à la préservation des civils dans les conflits ? N’a-t-elle pas été l’un des principaux artisans ou soutiens de la Convention d’interdiction des armes biologiques, chimiques, des traités d’interdiction des mines antipersonnel ou des armes à sous-munition ou de la réglementation du commerce des armes ? Comment croire encore que la sécurité de notre pays repose sur la capacité d’anéantissement de millions de civils innocents ?

 

Nous ne préconisons pas le désarmement unilatéral de France, mais nous souhaitons que vous saisissiez l’opportunité historique qui s’offre à notre pays de montrer la voie vers un désarmement négocié, vérifiable et universel en se joignant aux quelque 132 Etats qui négocient actuellement à l’ONU un traité d’interdiction des armes nucléaires. Il s'agit là d’un nouveau point de départ, qui non seulement renforcera les obligations du TNP mais pourra également entraîner les pays nucléaires encore absents de cette négociation. La France aura ainsi saisi l’occasion de prendre la tête du mouvement vers l’objectif d’un monde libéré des armes nucléaires.

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Voir aussi le blog politique de France 3 Occitanie:

 

 L’appel de Paul Quilès au futur Président de la République

pour un monde sans armes nucléaires.

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18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 17:32
La dissuasion nucléaire : une religion ?

Un lecteur de mon blog, Bernard Pradines,

 

m'a adressé cet intéressant texte

 

et il m'a autorisé à le publier. 

 

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      La dissuasion nucléaire : une religion ? Cette question peut sembler a priori saugrenue si elle est détachée de son contexte. Pourtant, comme le déclarait Paul Quilès dans une interview récente pour le site français Reporterre le 27 mars 2017 à propos de la croyance dans l’efficacité du maintien de la paix conféré par la "force de frappe" : « Dans une religion, on est autorisé à parler des nouvelles règles d’ordination, de certaines modalités d’exercice du culte, mais on ne s’interroge pas sur l’existence de Dieu, qui va de soi. Eh bien, pour le nucléaire c’est pareil. »

 

      L’avantage de cette comparaison est de se faire comprendre rapidement sur la futilité et la dangerosité de l’arme nucléaire dans la prévention d’une nouvelle guerre. En cause ici la notion rassurante de dissuasion par la terreur qui a fait florès dès le début de la guerre froide au XXème siècle et se prolonge encore de nos jours. Elle résume bien l’aveuglement suscité par la perspective d’une apocalypse nucléaire pourtant possible ; pire, celle-ci serait indubitablement favorisée par la détention de ces moyens de destruction massive en cas de déclenchement des hostilités.

 

     L’inconvénient d’un rapprochement avec l’existence de Dieu est de froisser des personnes monothéistes qui partagent la défiance justifiée envers l’arme atomique. Elles peuvent se sentir blessées par un rapprochement qui se situe à l’opposé de leur engagement.

 

     Et les religions, dans tout ça ? Elles proposent une approche non scientifique considérée par le matérialisme philosophique comme une projection des spéculations, inexprimables autrement, de l’humanité. De nombreuses approches sont fondées sur ce socle commun : qu’il s’agisse de Ludwig Feuerbach, d’Arthur Schopenhauer, de Friedrich Nietzche ou de Sigmund Freud. Ce faisant, il ne s’agit pas d’un rejet pur et simple. Mieux, il est souhaitable de s’intéresser à cet aspect de la culture : une représentation humaine fortement affective, transfigurée, révélatrice des espoirs secrets et des craintes autrement inexprimées d’un groupe humain dans une époque donnée.

 

      Entre autres innombrables postulats, la virginité de la mère de Jésus de Nazareth prête à sourire pour ceux qui n’y croient pas. Pourtant, faut-il limiter aux religions l’apanage du déni de la réalité ? Je ne le pense pas.

 

     Nous sommes tentés de vouloir la fin prochaine des considérations irrationnelles qui furent courantes dans l’Antiquité et au Moyen-Age, s’estompèrent avec la Renaissance et le siècle des Lumières et furent définitivement dépassées avec la généralisation de l’approche scientifique. Ce serait faire fi de tous les complotismes et autres conspirationnismes encore à la mode. Internet a revivifié ces supputations abracadabrantesques ; il n’existerait pas une réalité mais de multiples vérités qui dépendent de l’intérêt qui anime ceux qui les exposent. Un nouveau relativisme donc, allant jusqu’au nihilisme, aboutissant à nier le voyage sur la lune le 20 juillet 1969 ou le 11 septembre 2001 aux Twin Towers et au Pentagone. Mieux, ou plutôt pire, le négationnisme consiste à contester la réalité d’événements majeurs tels que le génocide des Arméniens et, plus près de nous, celui des Juifs d’Europe. Il serait légitime de considérer que ces théories fumeuses n’ont aucun impact. Pourtant, elles valorisent ceux qui allèguent posséder une information inédite. Surtout elles connaissent, telle la rumeur, un écho chez ceux, si nombreux, qui seraient bien plus confortables sans le poids d’un passé épouvantable.

 

      Le chemin est ardu pour comprendre les mécanismes amenant à croire à des invraisemblances. A l’inverse, opposer une vérité rationnelle peut apparaître comme une banalité : la terre n’est-elle pas ronde ? Cette attitude suscite aussi l’impression d’une naïveté crédule envers l’information officielle : les médias auraient-ils toujours raison ?

 

     Le déni est un mécanisme de défense puissant, assurément le plus commun d’entre tous. Il concerne tous les aspects de la vie, particulièrement quand celle-ci nous réserve des surprises désagréables ; il nous aide à apprivoiser progressivement une terrible nouvelle. Il est le compagnon des secrets de famille, il participe au refoulement. Il est une sorte d’amortisseur visant à nous protéger d’une réalité trop cruelle. Ce qui a été décrit comme le mythe de l’invulnérabilité participe de cette démarche d’occultation de notre fragilité.

 

      En somme, l’illusion religieuse est à mes yeux une forme d’expression du déni, le plus démonstratif étant celui de notre finitude. Mais elle n’est pas que cela : elle est aussi un formidable et fantasmagorique espoir pour la grande majorité de l’humanité. Cette espérance est souvent identique à la nôtre : celle de la fin de la menace nucléaire.

Bernard Pradines

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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 08:57
Nucléaire militaire : l’hypocrisie permanente

Aujourd’hui 27 mars, s’ouvre à New York la conférence internationale de l’ONU consacrée au désarmement nucléaire.

 

C’est un évènement exceptionnel. Cette conférence a « pour objectif la négociation d’un instrument juridiquement contraignant visant à interdire les armes nucléaires en vue de leur élimination complète ». Elle réunit États et ONG et a été autorisée par un vote de 123 États favorables, 38 contre et 16 abstentions, le 23 décembre dernier. Une deuxième conférence aura lieu du 15 juin au 7 juillet qui devrait déboucher sur un texte qui sera soumis au vote de l’Assemblée générale des Nations unies.

 

A cette occasion, j’ai donné une interview au site REPORTERRE.

 

LIRE l’ensemble de l’interview

ainsi que la lettre que m’a adressée François Hollande

 

 

Reporterre - Pourquoi parlez-vous d’hypocrisie de la part des autorités officielles ?

 

Paul Quilès - Le dernier paragraphe de la réponse du Président de la République à ma lettre, qui demande à la France de participer à la préparation d’un traité d’interdiction des armes nucléaires dans le cadre de l’ONU, résume tout : « Cette position ne saurait être interprétée comme le signal d’une opposition au désarmement nucléaire mais bien plutôt comme la preuve que nous devons agir de manière pragmatique, avec nos partenaires et dans un cadre assurant la crédibilité du résultat qui saura obtenu. »

 

En utilisant les mots « crédibilité », « pragmatique », on comprend bien ce qu’il suggère : qu’une conférence portée par les pays non dotés de l’arme nucléaire n’est pas jugée crédible, que de telles négociations doivent avoir lieu avec les États nucléaires. Très bien, mais alors pourquoi la France vote-t-elle contre la tenue de cette conférence et refuse-t-elle d’y participer ? En ne prenant pas part à ces échanges, la France contribue, avec d’autres, à l’absence de cette « crédibilité » qu’elle dit souhaiter par ailleurs. Ce n’est qu’hypocrisie.

 

D’autant plus que quand la France vend des avions Rafale à l’Inde, on s’en félicite, cela crée de l’emploi. Et après ? L’Inde, qui détient l’arme nucléaire, explique avoir choisi le Rafale parce qu’il peut être équipé de missiles nucléaires. Et l’Inde est en tension permanente avec son voisin le Pakistan, lui aussi détenteur de l’arme nucléaire !

 

Donc d’un côté, la France affirme qu’elle est favorable au désarmement nucléaire, de l’autre elle contribue à la course à l’équipement nucléaire. Certes, cela crée de l’emploi et alimente le secteur de l’armement, en particulier en France, mais ça ne peut justifier une politique en faveur de la prolifération nucléaire, en contradiction avec le Traité de non-prolifération nucléaire, que la France a signé.

 

Reporterre- Les militaires et les industriels français de l’armement ont affirmé en septembre dernier que le budget alloué à la dissuasion nucléaire devrait augmenter. Même son de cloche au Royaume-Uni, en Corée du Nord. Donald Trump et Vladimir Poutine parlent de relancer une course aux armements. Un désarmement nucléaire semble peu plausible.

 

Cette course aux armements est effectivement une possibilité, mais il y en a d’autres. La conférence qui s’ouvre à New-York résulte d’un mouvement fort qui est engagé depuis plusieurs années. C’est une véritable révolution qui est en train de se produire. En effet, ce sont les pays sans arme nucléaire qui poussent à la rédaction d’un traité d’interdiction de ces armes, comme cela existe déjà pour les autres « armes de destruction massive », armes chimiques et biologiques. Ils ne supportent plus l’idée qu’un conflit qui ne les concernerait pas, déclenché volontairement ou par accident, pourrait avoir des conséquences humanitaires catastrophiques sur leur propre pays et leur population.

 

Par exemple, des pays comme l’Inde et le Pakistan, qui possèdent tous deux l’arme nucléaire, s’ils entraient en conflit ouvert, pourraient déclencher ce que les scientifiques appellent un « hiver nucléaire » sur une partie de l’hémisphère nord. Il faut se souvenir que c’est une bombe de 15 kilo-tonnes qui a détruit Hiroshima, causant plus de 200.000 morts, alors qu’aujourd’hui, la moindre ogive a une puissance de 100 à 150 kilo-tonnes et que le stock mondial est de l’ordre de 16.000 ogives !

 

Contrairement à ce que disent les défenseurs de la dissuasion nucléaire, il n’est pas impossible d’envisager un désarmement nucléaire général, si l’on veut bien se souvenir de la rencontre entre Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev, Présidents des États-Unis et de l’URSS, en octobre 1986, en pleine Guerre froide, à Reykjavik en Islande. Ils étaient à deux doigts de conclure un accord sur un désarmement nucléaire total pour l’année 2000. Cela ne s’est pas fait parce que Reagan exigeait de maintenir son bouclier anti-missile nucléaire.

 

Mais les deux hommes les plus puissants de la planète de l’époque ont failli donner un coup d’arrêt au nucléaire. Pourquoi ne serait-ce pas possible aujourd’hui ? La conférence de l’Onu qui s’ouvre est une avancée considérable. Il est peu glorieux que la France n’y participe pas.

 

Reporterre- La stratégie nucléaire repose sur la notion de dissuasion, faire peur à l’adversaire pour l’empêcher d’agir. L’adversaire a changé de visage, il utilise des cutters, des armes à feu et des bombes artisanales pour perpétrer des attentats. En quoi le nucléaire est-il adapté à notre époque ?

 

Le nucléaire n’est pas du tout adéquat, il est hors de propos, à côté des réalités actuelles. Mais les responsables politiques continuent de dire que l’arme nucléaire est notre « assurance-vie ». Les associations pour un désarmement nucléaire, dont celle que je préside, interpellent les candidats à l’élection présidentielle… sans réponse pour l’instant.

 

Il est saisissant qu’en France il n’y ait aucun débat sur la pertinence de l’arme nucléaire, en prétendant, ce qui est faux, qu’il y aurait un « consensus » parmi les Français. On tient quasiment le même discours qu’à l’époque de la Guerre froide. On fait croire que c’est un acquis, qu’on ne peut pas remettre en cause. J’appelle cela le catéchisme nucléaire.

 

Reporterre- Le catéchisme nucléaire ?

 

Dans une religion, on est autorisé à parler des nouvelles règles d’ordination, de certaines modalités d’exercice du culte, mais on ne s’interroge pas sur l’existence de Dieu, qui va de soi. Et bien, pour le nucléaire c’est pareil. On peut s’interroger sur le concept de la dissuasion, sur la taille et l’impact d’une bombe, sur les modalités de mise en œuvre, mais pas sur la pertinence de l’arme nucléaire en elle-même. Il faudrait donc croire et faire confiance à ceux qui prétendent que l’armement nucléaire garantit la paix. Eh bien moi, je ne crois pas à la paix, je me bats pour la paix.

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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 08:18
Paul Quilès en guerre contre l'armement nucléaire

      Lors d'une récente visite à Manosque pour animer une réunion avec le Mouvement de la Paix, j'ai donné cette courte interview à la radio Fréquence Mistral pour expliquer le danger du nucléaire militaire et les raisons de mon engagement en faveur du désarmement nucléaire. N'hésitez pas à vous informer.....ce que ne semblent pas avoir encore fait les candidats à l'élection présidentielle!

 

     "L’homme a été un ministre socialiste important des années Mitterrand. Urbanisme et logement, Postes et Télécommunications, à l’Intérieur aussi et surtout Ministre de la défense en 1985. De ces temps passés, Paul Quilès parle sans nostalgie mais avec sagesse et recul, vous l’entendrez dans un instant." (.....)

 

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     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez