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18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 17:32
La dissuasion nucléaire : une religion ?

Un lecteur de mon blog, Bernard Pradines,

 

m'a adressé cet intéressant texte

 

et il m'a autorisé à le publier. 

 

*******

 

      La dissuasion nucléaire : une religion ? Cette question peut sembler a priori saugrenue si elle est détachée de son contexte. Pourtant, comme le déclarait Paul Quilès dans une interview récente pour le site français Reporterre le 27 mars 2017 à propos de la croyance dans l’efficacité du maintien de la paix conféré par la "force de frappe" : « Dans une religion, on est autorisé à parler des nouvelles règles d’ordination, de certaines modalités d’exercice du culte, mais on ne s’interroge pas sur l’existence de Dieu, qui va de soi. Eh bien, pour le nucléaire c’est pareil. »

 

      L’avantage de cette comparaison est de se faire comprendre rapidement sur la futilité et la dangerosité de l’arme nucléaire dans la prévention d’une nouvelle guerre. En cause ici la notion rassurante de dissuasion par la terreur qui a fait florès dès le début de la guerre froide au XXème siècle et se prolonge encore de nos jours. Elle résume bien l’aveuglement suscité par la perspective d’une apocalypse nucléaire pourtant possible ; pire, celle-ci serait indubitablement favorisée par la détention de ces moyens de destruction massive en cas de déclenchement des hostilités.

 

     L’inconvénient d’un rapprochement avec l’existence de Dieu est de froisser des personnes monothéistes qui partagent la défiance justifiée envers l’arme atomique. Elles peuvent se sentir blessées par un rapprochement qui se situe à l’opposé de leur engagement.

 

     Et les religions, dans tout ça ? Elles proposent une approche non scientifique considérée par le matérialisme philosophique comme une projection des spéculations, inexprimables autrement, de l’humanité. De nombreuses approches sont fondées sur ce socle commun : qu’il s’agisse de Ludwig Feuerbach, d’Arthur Schopenhauer, de Friedrich Nietzche ou de Sigmund Freud. Ce faisant, il ne s’agit pas d’un rejet pur et simple. Mieux, il est souhaitable de s’intéresser à cet aspect de la culture : une représentation humaine fortement affective, transfigurée, révélatrice des espoirs secrets et des craintes autrement inexprimées d’un groupe humain dans une époque donnée.

 

      Entre autres innombrables postulats, la virginité de la mère de Jésus de Nazareth prête à sourire pour ceux qui n’y croient pas. Pourtant, faut-il limiter aux religions l’apanage du déni de la réalité ? Je ne le pense pas.

 

     Nous sommes tentés de vouloir la fin prochaine des considérations irrationnelles qui furent courantes dans l’Antiquité et au Moyen-Age, s’estompèrent avec la Renaissance et le siècle des Lumières et furent définitivement dépassées avec la généralisation de l’approche scientifique. Ce serait faire fi de tous les complotismes et autres conspirationnismes encore à la mode. Internet a revivifié ces supputations abracadabrantesques ; il n’existerait pas une réalité mais de multiples vérités qui dépendent de l’intérêt qui anime ceux qui les exposent. Un nouveau relativisme donc, allant jusqu’au nihilisme, aboutissant à nier le voyage sur la lune le 20 juillet 1969 ou le 11 septembre 2001 aux Twin Towers et au Pentagone. Mieux, ou plutôt pire, le négationnisme consiste à contester la réalité d’événements majeurs tels que le génocide des Arméniens et, plus près de nous, celui des Juifs d’Europe. Il serait légitime de considérer que ces théories fumeuses n’ont aucun impact. Pourtant, elles valorisent ceux qui allèguent posséder une information inédite. Surtout elles connaissent, telle la rumeur, un écho chez ceux, si nombreux, qui seraient bien plus confortables sans le poids d’un passé épouvantable.

 

      Le chemin est ardu pour comprendre les mécanismes amenant à croire à des invraisemblances. A l’inverse, opposer une vérité rationnelle peut apparaître comme une banalité : la terre n’est-elle pas ronde ? Cette attitude suscite aussi l’impression d’une naïveté crédule envers l’information officielle : les médias auraient-ils toujours raison ?

 

     Le déni est un mécanisme de défense puissant, assurément le plus commun d’entre tous. Il concerne tous les aspects de la vie, particulièrement quand celle-ci nous réserve des surprises désagréables ; il nous aide à apprivoiser progressivement une terrible nouvelle. Il est le compagnon des secrets de famille, il participe au refoulement. Il est une sorte d’amortisseur visant à nous protéger d’une réalité trop cruelle. Ce qui a été décrit comme le mythe de l’invulnérabilité participe de cette démarche d’occultation de notre fragilité.

 

      En somme, l’illusion religieuse est à mes yeux une forme d’expression du déni, le plus démonstratif étant celui de notre finitude. Mais elle n’est pas que cela : elle est aussi un formidable et fantasmagorique espoir pour la grande majorité de l’humanité. Cette espérance est souvent identique à la nôtre : celle de la fin de la menace nucléaire.

Bernard Pradines

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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 08:57
Nucléaire militaire : l’hypocrisie permanente

Aujourd’hui 27 mars, s’ouvre à New York la conférence internationale de l’ONU consacrée au désarmement nucléaire.

 

C’est un évènement exceptionnel. Cette conférence a « pour objectif la négociation d’un instrument juridiquement contraignant visant à interdire les armes nucléaires en vue de leur élimination complète ». Elle réunit États et ONG et a été autorisée par un vote de 123 États favorables, 38 contre et 16 abstentions, le 23 décembre dernier. Une deuxième conférence aura lieu du 15 juin au 7 juillet qui devrait déboucher sur un texte qui sera soumis au vote de l’Assemblée générale des Nations unies.

 

A cette occasion, j’ai donné une interview au site REPORTERRE.

 

LIRE l’ensemble de l’interview

ainsi que la lettre que m’a adressée François Hollande

 

 

Reporterre - Pourquoi parlez-vous d’hypocrisie de la part des autorités officielles ?

 

Paul Quilès - Le dernier paragraphe de la réponse du Président de la République à ma lettre, qui demande à la France de participer à la préparation d’un traité d’interdiction des armes nucléaires dans le cadre de l’ONU, résume tout : « Cette position ne saurait être interprétée comme le signal d’une opposition au désarmement nucléaire mais bien plutôt comme la preuve que nous devons agir de manière pragmatique, avec nos partenaires et dans un cadre assurant la crédibilité du résultat qui saura obtenu. »

 

En utilisant les mots « crédibilité », « pragmatique », on comprend bien ce qu’il suggère : qu’une conférence portée par les pays non dotés de l’arme nucléaire n’est pas jugée crédible, que de telles négociations doivent avoir lieu avec les États nucléaires. Très bien, mais alors pourquoi la France vote-t-elle contre la tenue de cette conférence et refuse-t-elle d’y participer ? En ne prenant pas part à ces échanges, la France contribue, avec d’autres, à l’absence de cette « crédibilité » qu’elle dit souhaiter par ailleurs. Ce n’est qu’hypocrisie.

 

D’autant plus que quand la France vend des avions Rafale à l’Inde, on s’en félicite, cela crée de l’emploi. Et après ? L’Inde, qui détient l’arme nucléaire, explique avoir choisi le Rafale parce qu’il peut être équipé de missiles nucléaires. Et l’Inde est en tension permanente avec son voisin le Pakistan, lui aussi détenteur de l’arme nucléaire !

 

Donc d’un côté, la France affirme qu’elle est favorable au désarmement nucléaire, de l’autre elle contribue à la course à l’équipement nucléaire. Certes, cela crée de l’emploi et alimente le secteur de l’armement, en particulier en France, mais ça ne peut justifier une politique en faveur de la prolifération nucléaire, en contradiction avec le Traité de non-prolifération nucléaire, que la France a signé.

 

Reporterre- Les militaires et les industriels français de l’armement ont affirmé en septembre dernier que le budget alloué à la dissuasion nucléaire devrait augmenter. Même son de cloche au Royaume-Uni, en Corée du Nord. Donald Trump et Vladimir Poutine parlent de relancer une course aux armements. Un désarmement nucléaire semble peu plausible.

 

Cette course aux armements est effectivement une possibilité, mais il y en a d’autres. La conférence qui s’ouvre à New-York résulte d’un mouvement fort qui est engagé depuis plusieurs années. C’est une véritable révolution qui est en train de se produire. En effet, ce sont les pays sans arme nucléaire qui poussent à la rédaction d’un traité d’interdiction de ces armes, comme cela existe déjà pour les autres « armes de destruction massive », armes chimiques et biologiques. Ils ne supportent plus l’idée qu’un conflit qui ne les concernerait pas, déclenché volontairement ou par accident, pourrait avoir des conséquences humanitaires catastrophiques sur leur propre pays et leur population.

 

Par exemple, des pays comme l’Inde et le Pakistan, qui possèdent tous deux l’arme nucléaire, s’ils entraient en conflit ouvert, pourraient déclencher ce que les scientifiques appellent un « hiver nucléaire » sur une partie de l’hémisphère nord. Il faut se souvenir que c’est une bombe de 15 kilo-tonnes qui a détruit Hiroshima, causant plus de 200.000 morts, alors qu’aujourd’hui, la moindre ogive a une puissance de 100 à 150 kilo-tonnes et que le stock mondial est de l’ordre de 16.000 ogives !

 

Contrairement à ce que disent les défenseurs de la dissuasion nucléaire, il n’est pas impossible d’envisager un désarmement nucléaire général, si l’on veut bien se souvenir de la rencontre entre Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev, Présidents des États-Unis et de l’URSS, en octobre 1986, en pleine Guerre froide, à Reykjavik en Islande. Ils étaient à deux doigts de conclure un accord sur un désarmement nucléaire total pour l’année 2000. Cela ne s’est pas fait parce que Reagan exigeait de maintenir son bouclier anti-missile nucléaire.

 

Mais les deux hommes les plus puissants de la planète de l’époque ont failli donner un coup d’arrêt au nucléaire. Pourquoi ne serait-ce pas possible aujourd’hui ? La conférence de l’Onu qui s’ouvre est une avancée considérable. Il est peu glorieux que la France n’y participe pas.

 

Reporterre- La stratégie nucléaire repose sur la notion de dissuasion, faire peur à l’adversaire pour l’empêcher d’agir. L’adversaire a changé de visage, il utilise des cutters, des armes à feu et des bombes artisanales pour perpétrer des attentats. En quoi le nucléaire est-il adapté à notre époque ?

 

Le nucléaire n’est pas du tout adéquat, il est hors de propos, à côté des réalités actuelles. Mais les responsables politiques continuent de dire que l’arme nucléaire est notre « assurance-vie ». Les associations pour un désarmement nucléaire, dont celle que je préside, interpellent les candidats à l’élection présidentielle… sans réponse pour l’instant.

 

Il est saisissant qu’en France il n’y ait aucun débat sur la pertinence de l’arme nucléaire, en prétendant, ce qui est faux, qu’il y aurait un « consensus » parmi les Français. On tient quasiment le même discours qu’à l’époque de la Guerre froide. On fait croire que c’est un acquis, qu’on ne peut pas remettre en cause. J’appelle cela le catéchisme nucléaire.

 

Reporterre- Le catéchisme nucléaire ?

 

Dans une religion, on est autorisé à parler des nouvelles règles d’ordination, de certaines modalités d’exercice du culte, mais on ne s’interroge pas sur l’existence de Dieu, qui va de soi. Et bien, pour le nucléaire c’est pareil. On peut s’interroger sur le concept de la dissuasion, sur la taille et l’impact d’une bombe, sur les modalités de mise en œuvre, mais pas sur la pertinence de l’arme nucléaire en elle-même. Il faudrait donc croire et faire confiance à ceux qui prétendent que l’armement nucléaire garantit la paix. Eh bien moi, je ne crois pas à la paix, je me bats pour la paix.

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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 08:18
Paul Quilès en guerre contre l'armement nucléaire

      Lors d'une récente visite à Manosque pour animer une réunion avec le Mouvement de la Paix, j'ai donné cette courte interview à la radio Fréquence Mistral pour expliquer le danger du nucléaire militaire et les raisons de mon engagement en faveur du désarmement nucléaire. N'hésitez pas à vous informer.....ce que ne semblent pas avoir encore fait les candidats à l'élection présidentielle!

 

     "L’homme a été un ministre socialiste important des années Mitterrand. Urbanisme et logement, Postes et Télécommunications, à l’Intérieur aussi et surtout Ministre de la défense en 1985. De ces temps passés, Paul Quilès parle sans nostalgie mais avec sagesse et recul, vous l’entendrez dans un instant." (.....)

 

Lire et écouter

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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 17:27
Le déni de la réalité

      A propos de l'aveuglement des dirigeants, voici le commentaire pertinent qu'un ami médecin vient de poster sur ce blog, à la suite de mon papier intitulé "Jupiter" :


      "Devant tant d’aveuglement, on peut se demander si le mécanisme observé ici n'est pas celui que j'ai pu connaitre au cours de ma carrière médicale : le déni de la réalité car impossible à penser.

 

      Au fond, c'est tellement gros que l'on ne peut même pas l'envisager. C'est, pour contredire Jaurès et donner raison à La Rochefoucauld, l'impossibilité de regarder la mort en face. Ou encore, en allant sur le terrain de la philosophie en lisant Marx, l'impossibilité de l'être d'envisager le non-être.


      D'autant plus qu'ici, il s'agirait d'une mort collective et environnementale jamais éprouvée à cette échelle par l'humanité, même pas à Hiroshima et à Nagasaki. Ces deux cités ont péri sous des bombinettes comparées aux puissances destructrices actuelles. Toute représentation en est donc tellement floue et sans mesure qu’elle en semble irréelle.

 

      Autant dire que les politiques n’ont pas à répondre d’une responsabilité qui est inenvisageable car seul un esprit dérangé pourrait imaginer l’impensable. Saluons donc tous ceux qui escaladent cette montagne de cécité générée par la peur, l’ignorance et l’obstination."

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 11:38
Les candidats doivent s’interroger sur l’abolition des armes atomiques

 La radio Alpes 1 m'a posé 4 questions:

 

- Ancien ministre de la Défense, à quel moment comprend-on que la dissuasion nucléaire n’est pas la bonne réponse ?

 

- Paul Quilès interroge les principaux candidats à la présidentielle, avec quel retour ?

 

- Ouvrir le débat dans une période d’insécurité globale, est-ce possible ?

 

- Et si demain la force nucléaire était engagée, quelle conséquence pour l’humanité ?

 

Ecoutez les réponses

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 11:07
Jupiter

     A l’issue d’une semaine intense de contacts sur le thème du désarmement nucléaire (4 réunions publiques, 6 rencontres avec des journalistes), il me semble qu’une attente se fait jour, même si elle est très peu audible à travers les médias.

 

     Quand on les informe sur la gravité de la responsabilité du chef de l’Etat s’agissant de la mise en œuvre de la dissuasion nucléaire (c’est-à-dire de ce pouvoir exclusif du Président de la République d’utiliser la bombe atomique), nos concitoyens, futurs électeurs du 23 avril et du 7 mai, s’étonnent du silence des candidat(e)s à ce sujet.

 

      Mes questions sont toujours là, qui attendent leurs réponses.

 

      Je suggère à ceux/celles qui postulent à la fonction suprême de "Jupiter, maître de la foudre" de méditer ces phrases du Président des États-Unis Ronald Reagan, tirées d’une interview qu’il donna en 1985 à Time. Voici comment il décrivait son sentiment  à l'égard de la responsabilité d'engager ou non une attaque nucléaire :

 

     « Vous apprenez que des missiles soviétiques ont été lancés, vous savez que, désormais, plus rien ne peut les arrêter et qu'ils vont détruire une partie de votre pays, beaucoup plus grande que ce que vous pouvez imaginer. Et vous êtes assis là, sachant que tout ce que vous pouvez faire est d'appuyer sur le bouton pour que des Soviétiques meurent aussi, alors que nous serons déjà tous morts ».

 

      Étonnantes paroles d’un président, dont l'image que nous avons conservée de lui n'est pas celle d'une colombe de la paix ! Il était pourtant très inquiet depuis qu’on lui avait expliqué qu’il y avait en Union Soviétique entre 20 000 à 40 000 sites visés par les différents missiles américains, ce qu’il avait trouvé à juste titre effrayant.

 

    Il faut également savoir, ce qui est peu connu (lire l’excellent livre de Guillaume Sérina à ce sujet), qu'un an après cette interview dans Time, s’est tenu en octobre 1986 un sommet américano-soviétique à Reykjavík, en Islande, au cours duquel une discussion a eu lieu entre Reagan et Gorbatchev, pour examiner comment arrêter la folle course aux armements*.

 

     Mikhaïl Gorbatchev proposa alors à Ronald Reagan de faire disparaître l'armement nucléaire d'ici l'an 2000 (soit quatorze ans plus tard, cette disparition ne pouvant évidemment pas se faire en un jour, ni même une année). La négociation échoua malheureusement en raison de l’exigence américaine de conserver le fameux « bouclier anti-missile » de l’IDS (Initiative de Défense Stratégique)…..qui n’existait pas et ne vit jamais le jour !

 

*  Course aux armements qui a conduit à faire passer le stock mondial de 3 armes nucléaires en 1945 à 70 000 armes à la fin des années 90.....

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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 23:22
Il (elle) aura le pouvoir d’engager les forces nucléaires Il (elle) aura le pouvoir d’engager les forces nucléaires

      Dans cette tribune publiée par La Croix, Paul Quilès, ancien ministre de la défense, président d’IDN (Initiatives pour le Désarmement Nucléaire), interroge de façon précise les candidats à la prochaine élection présidentielle quant à leur position en matière d’armement nucléaire.

 

**************

 

      Bien que le sujet n'occupe guère le débat public, je suppose que les candidats à la prochaine élection présidentielle connaissent l’étendue des attributions du président de la République en matière de défense et plus particulièrement de dissuasion nucléaire.

 

      Il n’est peut-être pas inutile cependant de faire certains rappels et de formuler quelques interrogations.

 

      Depuis 1964, la pratique institutionnelle confie au président de la République le pouvoir de donner l’ordre d’engagement des forces nucléaires. De cette prérogative découle, sous réserve des compétences budgétaires du Parlement, le pouvoir de prendre les principales décisions relatives à la composition des forces nucléaires et à leur doctrine d’emploi.

 

      Cette pratique a été instaurée dans un contexte géopolitique bien différent de celui que nous connaissons aujourd'hui. Or, dans un climat international où l’on entend de plus en plus souvent parler de « nouvelle course aux armements » et de risque de « guerre nucléaire », force est de constater qu’en France, la dissuasion nucléaire est abordée, dans tous les débats publics sur la défense, de manière trop générale et globalisante. Des formules vagues, voire simplistes, comme celles de « l’assurance vie de la nation » ou de la « suffisance » sont avancées pour défendre la nécessité des armements nucléaires existants ou en projet sans véritable argumentation de fond.

 

      L’examen attentif et objectif de la dissuasion et de ses moyens est pourtant essentiel, puisque cette stratégie engage par nature la survie même de la nation.

 

      J’ai donc soumis aux cinq principaux candidats quelques questions précises et concrètes, afin de permettre aux citoyens dont ils sollicitent les suffrages d’être éclairés sur la façon dont ils pourraient exercer cette terrible responsabilité.

 

      Ces questions sont les suivantes :

  1. Approuvez-vous l’attitude des autorités françaises, qui, le 23 décembre 2016, ont refusé de voter à l’Assemblée générale de l’ONU la résolution L 41 (approuvée par une large majorité d’États, 113 contre 35) qui ouvre le processus de négociation d’un traité d’interdiction des armes nucléaires ?
  2. Accepterez-vous que la France participe aux travaux de préparation de ce traité, qui vont se dérouler à l’ONU au cours du 1er semestre 2017 ?
  3. Considérez-vous que la France, signataire du traité de non-prolifération nucléaire (TNP), respecte son article VI, qui stipule : « Chacune des Parties au Traité s'engage à poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée et au désarmement nucléaire, et sur un traité de désarmement général et complet sous un contrôle international strict et efficace » ?
  4. Entendez-vous mettre en œuvre les projets actuels de modernisation des deux composantes navales et aéroportées des forces nucléaires, malgré leurs conséquences financières (passage à 6 milliards d’euros par an des crédits de la dissuasion) et leur contradiction avec les engagements de l’article VI du TNP ?
  5. Comment envisagez-vous un déblocage des négociations de désarmement nucléaire, en ce qui concerne tout particulièrement l’application du TNP, l’interdiction complète des essais, l’interdiction de la production de matières fissiles à usage militaire et l’institution d’une zone libre d’armes de destruction massive au Moyen-Orient ?
  6. Considérez-vous l’accord international sur les activités nucléaires iraniennes comme une contribution positive à la lutte contre la prolifération nucléaire, qu’il importe donc de défendre ?
  7. Souscrivez-vous à l’objectif à terme d’un monde sans armes nucléaires, tel que l’énoncent de nombreux textes adoptés tant par l’Assemblée générale que le Conseil de sécurité des Nations Unies ?

      Je souhaite que les réponses des cinq candidats apportent les clarifications indispensables à une meilleure compréhension de leurs positions à l’égard de l’armement nucléaire.

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10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 21:35
Comment arrêter la course à la terreur atomique ?

     Des voix de plus en plus nombreuses suggèrent que le monde est entré dans une nouvelle ère de course aux armements, y compris nucléaires.

 

     Toutes les puissances disposant d’armes nucléaires ont lancé de vastes programmes de modernisation de leurs arsenaux. Certains proposent même que les armes nucléaires de la France soient partagées dans le cadre d’une Europe de la défense : un non-sens ! (voir dans cet article du New York Times)

 

     Est-il possible d’arrêter cette course à la terreur atomique ? Oui, parce que dans un peu plus de 15 jours, les représentants de la majorité des Etats du monde vont entamer à l’ONU des négociations pour rédiger un traité d’interdiction des armes nucléaires.

 

Pour demander que la France participe à ces négociations,

 

signez et faites signer cette pétition 

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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 18:44
Un évènement historique

      Le 27 mars, une centaine d’Etats vont mobiliser leur ambassadeur pour débuter à l’ONU la négociation d’un traité d’interdiction des armes nucléaires. Plusieurs dizaines ONG seront également présentes.

 

      Cet événement est un pas de géant vers un monde plus sûr, où toutes les armes de destruction massive seront interdites.

 

      La France doit envoyer ses représentants pour ne pas être "du mauvais côté de l'Histoire".   C'est pourquoi, je vous invite à signer et à faire signer cette pétition: "La France doit participer au processus d'interdiction des armes nucléaires"

 

      Pour ma part, j’interviendrai à 4 reprises entre le 13 et le 18 mars pour parler de la dissuasion nucléaire et je reviendrai sur cet évènement historique, malheureusement peu médiatisé.

 

 

  • Mercredi 15 Mars, Séminaire "Nouvelle escalade, risques de prolifération, ou nouveau traité d’interdiction : l’abolition de l’arme nucléaire à l’ordre du jour", Fondation Gabriel Péri, Pantin

 

  • Vendredi 17 Mars, Conférence sur le "Traité d’interdiction des armes nucléaires", Mouvement de la paix, Manosque

 

  • Samedi 18 Mars, Conférence sur le "Traité d’interdiction des armes nucléaires", Mouvement de la paix, Gap
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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 23:32
La France doit participer à l’ONU au processus d’interdiction des armes nucléaires !

     Pour la première fois, il est envisagé d’interdire la mise au point, la production, l’acquisition, la possession, le stockage, le transfert, l’emploi ou la menace de l’emploi des armes nucléaires.

 

     En effet, le 23 décembre 2016, l’Assemblée générale des Nations-Unies a voté à une majorité de plus 70% des votants, la résolution qui prévoit de « faire avancer les négociations multilatérales sur le désarmement nucléaire », en préparant la négociation d’un Traité d’interdiction des armes nucléaires en 2017.

 

     Deux sessions (27 au 31 mars et 15 juin au 7 juillet 2017) doivent permettre d’écrire un projet de  traité, qui sera soumis à l’ensemble des Etats, c’est-à-dire à l’Assemblée générale, sans que les membres permanents du Conseil de sécurité (USA, Russie, France, Grande Bretagne, Chine) puissent opposer leur veto.

 

     Il est regrettable que la France ait voté contre la résolution du 23 décembre à l’ONU. Pour autant :

 

     - il n’est pas possible que notre pays s’abstienne de toute participation au processus engagé avec le soutien d’une large coalition d’Etats et de la société civile (dont ICAN- La Campagne mondiale pour Abolir les Armes nucléaires) ;

 

     - il n’est pas possible que la diplomatie française pratique une politique de la chaise vide, alors que la France est aussi concernée par ce problème de sécurité globale ;

 

     - il n’est pas possible que, dans un climat international où l’on entend de plus en plus souvent parler de « nouvelle course aux armements » et de risque de « guerre nucléaire », la France refuse de participer à une démarche destinée à garantir une plus grande sécurité.

 

     C’est pourquoi, j'ai pris l'initiative, en tant que Président d’IDN - Initiatives pour le Désarmement Nucléaire - de lancer une pétition demandant que la France participe à ces négociations qui se dérouleront à l’ONU au cours du premier semestre 2017.

 

Je vous invite à la signer et à la faire signer: ICI

 

     Elle sera remise au Président de la République, François Hollande et à la représentante permanente de la France auprès de la Conférence du désarmement, Alice Guitton.

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Recherche

Cordes sur Ciel

CORDES

Faites connaissance avec

la cité médiévale

dont Paul Quilès est le maire
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 Avant de venir à Cordes, consultez:

     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez