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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 22:15
Traiter enfin les causes du désordre !Traiter enfin les causes du désordre !

       "Pendant combien de temps encore va-t-on tourner en rond?" C'est ce que je me disais ce matin en écoutant la radio. On y commentait abondamment l’annonce imminente de frappes françaises en Syrie et l’on affirmait doctement qu’il faudrait quand même s’intéresser aux causes du flux de réfugiés qui trouble tant l’Europe en ce moment.

 

      Que de temps perdu ! Que de tergiversations ! J’ose à peine rappeler ce que je ne cesse, avec d’autres, de répéter depuis des mois. Je n’ai rien à retirer à ce que j’écrivais le 2 mars dernier dans une tribune au titre très parlant -« Syrie: il est urgent d’agir pour éteindre l’incendie »et dans laquelle je m’inquiétais d’une passivité coupable susceptible de créer une situation dramatique, dont une des conséquences serait des mouvements de réfugiés de grande ampleur.

 

      Cette situation, nous y sommes….malheureusement. On n’en sortira pas avec des positionnements politiciens, des surenchères verbales et des approximations peu glorieuses. Le plus urgent est d’analyser lucidement les choses, en commençant par comprendre quelles sont les forces en présence et leurs objectifs (écouter ICI).

 

      Le sujet est complexe, parce que la plupart des intervenants ont eu (ou ont encore) des positions ambigües, voire contradictoires : la Turquie, les pétromonarchies du Golfe, l’Iran, la Russie, les Etats-Unis et même la France.

 

       Il est encore plus complexe si l’on veut bien se souvenir  des évènements qui ont contribué à la profondeur des drames que vivent actuellement les populations du Moyen- Orient. Sans remonter aux erreurs qu’ont commises les puissances occidentales à la suite de la seconde guerre mondiale (traité de Sèvres, puis de Lausanne), il suffit de citer quelques dates :

      - 1979 : invasion de l’Afghanistan par l’Armée Rouge, qui sera combattue par les Moudjahidines afghans et les Islamistes (Ben Laden), soutenus et financés par l’Arabie Saoudite, le Pakistan et les Etats-Unis.

     - 1983 : le Hezbollah, soutenu par l’Iran et la Syrie, chasse les forces américaines et françaises du Liban.

      -1989-89 : départ des forces soviétiques d’Afghanistan, qui prélude à la prise de pouvoir des talibans et au développement d’Al Qaïda.
      - 1990 : 1ère guerre du Golfe, suivie par le maintien des Américains en Arabie Saoudite, qu'utilise le Saoudien Ben Laden pour développer son réseau en encourageant le sentiment anti-américain et anti-occidental ; par ailleurs, la promesse faite aux Etats arabes par les USA de favoriser la création d’un Etat palestinien après la guerre n’est pas tenue…

      - années 90 : série d’attentats contre les intérêts américains, qui culmine avec la destruction des tours du World Trade Center le11 septembre 2001

    - 2001- 2014 : intervention internationale (ONU) en Afghanistan, puis maintien des forces américaines.

     - 2003- 2011 : intervention américaine en Irak et longue présence de forces militaires dans le pays, tout en soutenant un régime corrompu, inefficace et sectaire.

     - à partir de 2010: « printemps arabes », qui renversent la plupart des régimes autoritaires (sauf en Syrie).

     - 2011 : intervention internationale (ONU) en Libye, mais aucun suivi de la situation politique, qui tourne au chaos, cz dont profitent les Islamistes radicaux.

 

    Cette brève chronologie n’est naturellement pas exhaustive (voir à ce sujet plus de détails ICI et dans le rapport que j’ai présenté à l’Assemblée nationale le 12 décembre 2001). Elle montre quand même que les désordres du Moyen-Orient ont des origines multiples et que les Occidentaux, notamment les Américains, y ont pris toute leur part !

 

      Aujourd’hui, face à la nouvelle forme de la menace terroriste et devant les désastres qu’elle peut engendrer, il ne faut pas se tromper de diagnostic et de remèdeNous n’avons pas à nous impliquer directement dans le conflit entre Sunnites et Chiites, qui n’a d’ailleurs plus grand-chose à voir avec un affrontement religieux et qui a connu des formes diverses au cours des siècles. Par contre, nous devons désigner l’adversaire principal et nous donner les moyens de le combattre et de le réduire.

 

      Cette lutte prendra du temps et il serait naïf de croire que quelques frappes aériennes et une illusoire (et dangereuse) action au sol en Syrie, sous l’égide de pays occidentaux, permettraient de venir à bout de l’EI.

 

       La seule solution pour conjurer ces périls est de nature politico-militaire. Elle suppose une négociation entre les pays qui ont intérêt, à des titres divers, à mettre un terme à l’emprise et au développement de l’EI. Les évolutions de plusieurs de ces pays (Russie, Iran, Arabie Saoudite notamment) sur la scène internationale indiquent qu’une telle solution politico-militaire est vraisemblable.

 

      Quant à l’attitude à adopter à l’égard de Bachar el Assad, l’idée d’une transition politique semble faire son chemin. Il est heureux que ceux qui rejetaient cette perspective avec fermeté il n’y a pas longtemps semblent vouloir se faire plus discrets. Je n’oublie pas que la conférence de Genève de juin 2012 parlait déjà de constituer en Syrie un « gouvernement de transition doté des pleins pouvoirs » et que, dans une tribune publiée le 27 février 2015, Laurent Fabius et Philip Hammond (ministre britannique des affaires étrangères) ont admis que cet organe gouvernemental devrait comprendre « certaines structures du régime existant ».

 

      Alors, vite, que les décideurs prennent les initiatives courageuses qui permettront enfin de traiter les causes des drames qui ensanglantent les pays du Moyen-Orient et qui commencent, sous d’autres formes, à affecter dangereusement les pays européens. 

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4 septembre 2015 5 04 /09 /septembre /2015 15:21
Il ne suffit pas de s’émouvoir et de s’indigner !Il ne suffit pas de s’émouvoir et de s’indigner !

     Il y a 43 ans, la photo de la petite Vietnamienne de 9 ans, Kim Phuc, fuyant le bombardement au napalm d’un avion américain qui l’a gravement brûlée et a failli lui coûter la vie, a ému le monde entier. C’était le 8 juin 1972. Malheureusement, la guerre du Vietnam durera encore 3 ans et fera beaucoup d’autres victimes.

 

     La photo du petit Syrien échoué sur une plage turque il y a quelques jours est effectivement terrible et il est heureux qu’elle suscite de l’émotion et de l’indignation. Passons sur la polémique (inintéressante) autour de la question de l’opportunité de sa publication, pour réfléchir à la facheuse impression donnée par le soudain fracas médiatico-politique que l'on vient de découvrir le drame de ces réfugiés.

 

      Cela fait  des mois, et même des années, que l’on sait que, par dizaines de milliers, des hommes, des femmes et des enfants fuient l’horreur des massacres qui ensanglantent la Syrie, l’Irak, l’Afghanistan, la Libye et tant d’autres pays. Et, contrairement à une facilité de vocabulaire qui autorise à faire des sondages approximatifs qui se nourrissent de la peur de l’immigration (et qui la renforcent !), il ne s’agit pas de "migrants", mais bien, pour la plupart d’entre eux, de " réfugiés à la recherche d’un asile, comme il y en a eu tant dans l’Histoire.

 

     Qu’on se souvienne par exemple de l’accueil par la France de 140 000 Arméniens dans les années 1920 ou encore de la "Retirada", l'exode des réfugiés espagnols, lorsque, à partir de février 1939, plus de 450 000 Républicains franchirent la frontière franco-espagnole à la suite de la chute de la Seconde République espagnole, écrasée par le général Franco.

 

     Il est un peu triste que l’émotion médiatique semble être la seule façon de "réveiller les consciences", comme on l'entend dire depuis quelques jours. Ce réveil ne doit pas seulement concerner les solutions à apporter à des situations effectivement dramatiques. Il doit aussi amener les responsables politiques en France, en Europe et même à l’ONU à s'attaquer rapidement aux causes profondes de ces drames. Sinon, il faudra bientôt recommencer lorsque d’autres photos décriront d’autres drames épouvantables, comme ceux des milliers de suppliciés, victimes des dictatures et des groupes terroristes, qui, chaque jour, tuent, violent, torturent, massacrent, en toute impunité. Qu'on songe par exemple aux 276 adolescentes enlevées par Boko Haram au Nigéria il y a 500 jours et dont la situation tragique fait moins la Une des médias.

 

     En attendant, si la pression des associations et des mouvements citoyens fait bouger les décideurs politiques, le petit  Aylan ne sera pas mort pour rien !

Il ne suffit pas de s’émouvoir et de s’indigner !
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1 septembre 2015 2 01 /09 /septembre /2015 17:50
Les armes nucléaires, nées du péché, vouées à être interdites

 

      Dans cet excellent article, Marc Finaud (Conseiller Principal de Programme au Centre de Politique de Sécurité de Genève) retrace l'histoire du développement des armes nucléaires et montre combien le risque qu'elles représentent pour la planète dépasse de loin les avantages présumés de sécurité qu'elles apportent à quelques États possesseurs de ces armes.

 

**************

 

      Alors que la communauté internationale commémore la destruction de Hiroshima et Nagasaki par des bombes atomiques, il importe de rappeler qu’à l’origine de ces armes dévastatrices figure le régime nazi, l’un des pires de l’Histoire.

 

     Si la dissuasion nucléaire, en dépit de l’absence de preuve absolue, est créditée, au bénéfice du doute, d’avoir garanti la paix et la stabilité entre les deux superpuissances et leurs alliés au cours de la Guerre froide, la poursuite d’un tel équilibre de la  terreur n’est plus acceptable aujourd’hui par la majorité de nos sociétés, parce que les risques qu’il fait courir à la planète l’emportent sur les prétendus avantages qu’il confère à la sécurité de quelques possesseurs de l’arme nucléaire.

 

     La conscience collective associe communément la première arme nucléaire au Projet Manhattan  lancé en 1941 par le président américain Franklin D. Roosevelt. Cette mobilisation sans précédent de ressources scientifiques, industrielles et militaires fut en réalité la conséquence de la mise en garde solennelle adressée à Roosevelt en août 1939 par les scientifiques juifs allemands Leo Spitz (alias Szilard) et Albert Einstein à l’égard du projet nazi de mise au point d’une arme fonctionnant grâce à l’énergie nucléaire.

 

      Cette crainte avait été justifiée par les informations relatives aux succès des savants allemands dans la séparation de l’uranium publiées début 1939. Bien que le régime nazi n’ait jamais dédié à la recherche et au développement de l’arme nucléaire des ressources semblables à celles que les Etats-Unis lui consacreront en collaboration avec la Grande-Bretagne et le Canada, c’est bien l’Allemagne qui a réussi à produire de l’énergie nucléaire à l’automne 1944, quelque neuf mois avant les Américains.

 

      En effet, Hitler nourrissait l’espoir de mettre la main sur l’« arme miracle » qui renverserait l’avancée alliée en territoire allemand ou permettrait de lancer une riposte qui anéantirait les villes britanniques. Il expliqua dans sa tristement célèbre directive dite de la « terre brûlée » de mars 1945 : « Il se peut que nous soyons détruits, mais si c’est le cas, nous entraînerons avec nous un monde en flammes. » L’arme convoitée était décrite comme « d’un effet si puissant que toute vie humaine serait exterminée dans un rayon de trois ou quatre kilomètres autour du point d’impact. »

 

      L’avance gagnée par les Etats-Unis et l’effondrement de la machine de guerre nazie a sauvé le monde d’une bombe atomique nazie. Mais cet avantage a aussi permis aux Américains de choisir le Japon comme cible de leurs premières armes atomiques. La conséquence n’en fut pas réellement d’accélérer la capitulation du Japon, contrairement à la thèse officielle,  car Tokyo ne se résignera à cette capitulation qu’après l’entrée en guerre de l’Union soviétique contre le Japon et l’invasion de la Mandchourie. Certes, le président Truman entendait mettre un terme à la guerre le plus tôt possible, mais le bombardement du Japon devait principalement servir de test « grandeur nature » à la fois des armes à fission et à fusion et constituer une démonstration de force en direction de l’Union soviétique.

 

      Les Américains n’ont à aucun moment hésité devant des considérations morales ou juridiques quant au risque de causer des pertes civiles massives. Les bombardements conventionnels « stratégiques » et incendiaires sur l’Allemagne et le Japon avaient déjà provoqué la mort de centaines de milliers de civils, bien davantage que le nombre de victimes que causeront « Little Boy » et « Fat Man ». Certes, seulement deux bombes atomiques ont suffi au lieu de centaines de tonnes d’explosifs classiques, mais les effets de ces armes se sont révélés infiniment plus dévastateurs car la moitié des victimes non tuées immédiatement par la chaleur et le souffle de l’explosion ont succombé à des brûlures, à l’irradiation ou d’autres blessures aggravées par la maladie ou la malnutrition pendant plusieurs mois, sans mentionner l’accroissement de fausses couches, malformations de nourrissons, mortalité infantile ou cancers mortels durant de longues années.

 

     Aujourd’hui, sept décennies plus tard, avec neuf pays possesseurs d’armes nucléaires, en dépit de la réduction considérable du nombre d’armes par rapport au maximum atteint pendant la Guerre froide (environ  15 000 contre 70 000), la puissance destructrice des arsenaux nucléaires subsistants équivaut encore à 2 000 fois la puissance de feu totale utilisée au cours de la Deuxième Guerre mondiale. Un seul sous-marin Trident américain est capable de lancer l’équivalent de 7 000 à 11 000 bombes de type Hiroshima !

 

      Heureusement, les doctrines militaires ont évolué parallèlement au droit international, rendant le ciblage délibéré de populations civiles illégal et inacceptable pour les nations civilisées. Toutefois, les pays possesseurs d’armes nucléaires estiment toujours que leur sécurité repose précisément sur la menace de telles pertes civiles massives. En menaçant même de recourir à l’emploi d’armes nucléaires en riposte à toute attaque, fût-elle conventionnelle – comme le font toujours plusieurs puissances nucléaires – les possesseurs d’armes nucléaires ne sont pas loin de les considérer comme des armes de terreur si l’on se réfère à la définition des actes de terrorisme proposée par Kofi Annan en 2005: « tout acte […] commis dans l’intention de causer la mort ou des blessures graves à des civils ou à des non-combattants, dans le dessein d’intimider une population ou de contraindre un gouvernement ou une organisation internationale à accomplir un acte ou à s’abstenir de le faire. »

 

      C’est pour cette raison que les armes chimiques et biologiques ont été interdites et quasiment éliminées : après le Protocole de Genève de 1925, la Convention sur les armes biologiques de 1972 a reconnu dans son Préambule que «  la conscience de l'humanité réprouverait l'emploi de telles » armes, et la  Convention sur les armes chimiques de 1993 a exprimé la détermination d’exclure leur emploi « dans l'intérêt de l'humanité tout entière. ».

 

      De même, les mines terrestres anti-personnel ont été interdites par le Traité d’Ottawa de 1977 afin de « faire cesser les souffrances et les pertes en vies humaines causées par les mines antipersonnel qui tuent ou mutilent des centaines de personnes chaque semaine, pour la plupart des civils innocents et sans défense, en particulier des enfants. »

 

      La Convention d’Oslo de 2008 a également visé à « faire définitivement cesser les souffrances et les pertes en vies humaines causées par l’utilisation des armes à sous-munition. »

 

      Plus récemment, le Traité sur le Commerce des Armes a rappelé que « la grande majorité des personnes touchées par les conflits armés et la violence armée sont des civils et en particulier les femmes et les enfants » et s’est donné pour but de « réduire la souffrance humaine. »

 

     Ne serait-il pas paradoxal que les armes nucléaires, dotées de la puissance la plus dévastatrice et aptes à engendrer potentiellement des conséquences catastrophiques pour toute l’humanité, continuent à être exemptées de ce processus graduel d’interdiction et d’élimination ? La doctrine de la dissuasion nucléaire proclamée par la plupart des pays possesseurs considère précisément que tout agresseur serait dissuadé par les effets des armes nucléaires qui l’emporteraient sur tout avantage potentiellement retiré de l’agression. Mais cette doctrine ne repose que sur des suppositions, que certains comparent à des croyances religieuses. Si son succès était tellement garanti, pourquoi les puissances nucléaires investiraient-elles tant dans des capacités de riposte ou la défense antimissiles ?

 

     Certains affirment que, pendant toute la Guerre froide, les armes nucléaires ont assuré la paix et la stabilité entre les puissances nucléaires et leurs alliés. Mais il n’existe pas plus de preuve irréfutable de cette affirmation que de son contraire. Comme Noam Chomsky l’a noté en 2005 : « Si l’on met en relation le nombre d’actions étatiques étonnamment imprudentes et irresponsables, les accidents souvent répétés et terrifiants et la simple chance, on ne peut qu’en conclure qu’il est remarquable que nous ayons survécu à l’ère nucléaire jusqu’ici. » Dans le monde instable et incertain d’aujourd’hui, des conflits régionaux impliquant des pays possesseurs d’armes nucléaires pourraient connaître une escalade incontrôlée ; certains acteurs armés non étatiques puissants pourraient prendre le contrôle d’armes nucléaires ; même dans les pays avancés industriellement, scientifiquement ou militairement, des accidents ou catastrophes nucléaires sont toujours possibles comme à Tchernobyl ou Fukushima, mais aussi mettant en cause des armes nucléaires comme le montrent plusieurs rapports.

 

    De surcroît, la plupart des puissances nucléaires reconnaissent aujourd’hui que les principales menaces à leur sécurité proviennent de « groupes [terroristes] », d’« extrémistes violents », d’« Etats fragiles et affectés par des conflits [où] naissent et se propagent des maladies infectieuses, les armes illicites, les trafiquants des drogue ou les flots déstabilisants de réfugiés », les « faillites de gouvernance et la corruption endémique », le « danger de cyber-attaques perturbatrices voire destructrices », le « risque d’une nouvelle crise économique mondiale »  (extraits de la "Stratégie nationale de sécurité 2015 des Etats-Unis)

 

     . Laquelle de ces menaces peut-elle sérieusement être dissuadée par les armes nucléaires ? Même si l’on prend en considération la prolifération potentielle des armes de destruction massive, comment tout le régime de non-prolifération peut-il demeurer crédible et durable tant qu’il repose sur l’argument selon lequel les armes nucléaires sont légitimes pour quelques Etats privilégiés, afin de garantir leur sécurité mais trop dangereuses entre les mains d’autres Etats ?

 

      Le processus sur l’impact humanitaire des armes nucléaires lance à Oslo en 2013 et poursuivi au Mexique en 2014 puis à Vienne en 2015 a démontré sans équivoque que la vaste majorité des Etats  et des représentants de la société civile étaient déterminés à interdire l’arme nucléaires. Certes, un traité international se bornant à interdire les armes nucléaires (probablement en l’absence des pays possesseurs) ne conduira pas automatiquement ou rapidement à leur élimination. Il aura fallu près de 25 ans pour éliminer les armes chimiques après leur interdiction. Mais cette étape historique dans le développement des normes viendrait couronner l’édifice juridique construit depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale et ouvrirait une nouvelle ère au cours de laquelle les possesseurs d’armes nucléaires subiraient la pression de la communauté internationale pour enfin négocier un véritable désarmement nucléaire, conformément à leur engagement aux termes de l’Article VI du Traité de Non-Prolifération. 

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29 août 2015 6 29 /08 /août /2015 12:48
Adieu Claude

    La disparition de Claude Cabanes m’attriste. Même si nous avions eu de solides désaccords lorsqu’il défendait (sans nuance, à mon goût) la ligne officielle de son parti, nous avons fait un bout de chemin ensemble, dont j’ai gardé un souvenir fort.

 

     C’était en 2007 et la gauche se cherchait (déjà !) En créant le club Gauche Avenir, auquel il a activement contribué pendant plusieurs années, nous avons tenté de définir ce qui nous rendait "fiers d’être de gauche".

 

     La relecture de ce texte, publié en mai 2008, montre combien nous avons pensé pouvoir faire converger ceux qui considéraient que la défense des valeurs auxquelles nous étions attachés passait par le rassemblement des forces de gauche. Le climat politique actuel n’incite malheureusement pas à l’optimisme à cet égard.

 

     Adieu Claude. Je garderai un souvenir fort de l’enthousiasme et la chaleur de tes démonstrations, de ton goût pour le débat et la confrontation des idées. Ce n’est pas un hasard si nous nous sommes retrouvés pour rappeler fréquemment la pertinence du concept d’"évolution révolutionnaire"* si chère à Jean Jaurès.

 

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* Dans le débat, très « chaud » à l’époque sur la façon de combattre le capitalisme et de faire triompher le socialisme –réforme ou révolution ?-, Jaurès reprenait la formule de Marx sur "l’évolution révolutionnaire", en la précisant : "elle consiste à introduire dans la société d’aujourd’hui des formes qui la dépassent et préparent la société nouvelle… "

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29 août 2015 6 29 /08 /août /2015 09:57
Risque de conflit (suite)

       J'ai reçu ce commentaire très pertinent d'un lecteur de mon blog à la suite de la publication de ma tribune "D'inquiétants obstacles à la paix"

 

      Je pense utile de le publier ici, en remerciant son auteur pour ses remarques, qui complètent mon analyse sur certains points . 

 

***************

      Merci pour cette analyse géopolitique qui jette une lumière sur des déterminismes économiques à l’œuvre dans les tensions mondiales actuelles. A propos des nombreuses guerres « chaudes » lors de la guerre froide, je ne suis pas convaincu qu’il s’agissait seulement de conflagrations par procuration. A mon sens, de nombreux conflits avaient certes éclaté avec le soutien respectif de part et d’autre de l’Occident et du bloc dit communiste. Mais ceci n’était qu’un aspect des conflits dont les racines locales ne peuvent pas être occultées car déterminantes. A contrario, certaines guerres oubliées ont pu se dérouler sans le soutien manifeste, ou même dans l’indifférence de l’un ou l’autre des grands protagonistes que vous évoquez.

      A mon avis, les dirigeants américains ont voulu croire à la fable de la « fin de l’Histoire » du fait de la quasi-généralisation du modèle capitaliste libéral après la chute de l’URSS. Une victoire qu’ils considéraient comme leur fait. Obsédés par l’anticommunisme, ils analysaient les conflits essentiellement en termes d’affrontement idéologique entre l’Est et l’Ouest et non dans une perspective bien plus longue de luttes de libération nationale ou de conflits entre nations. La manière dont les responsables politiques américains envisageaient la guerre du Viêt-Nam en est une terrible démonstration. Dès la chute du mur de Berlin, des conflits éclataient dans les Balkans, au sein même de l’Europe, dans un déchainement de nationalismes longtemps contenus.

      De manière quasi-symétrique, les dirigeants de l’URSS considéraient d’abord les rivalités entre leur pays et les USA comme un conflit idéologique qui devait se terminer par la victoire du « socialisme », but ultime qui ne fit longtemps aucun doute pour eux.

      Notre réveil est douloureux : nous savons désormais que les rivalités entre nations demeurent le plus grand danger de destruction pour notre civilisation. Dans un monde rongé par les déséquilibres économiques et les injustices sociales, le risque est accru par la possession d’armes nucléaires et leur dissémination. Ces antagonismes sont longtemps artificiellement passés sur le compte de la concurrence entre modèles de société. 

      Ainsi, je ne suis pas sûr que Poutine ait besoin de se trouver un nouvel ennemi pour exacerber le nationalisme russe. Cet adversaire est tout désigné à travers la lutte pour la suprématie aux frontières de l’ex-URSS et même à l’intérieur de celle-ci comme c’est le cas en Ukraine.

     Oui, bien d’accord, le risque de conflit est réel. Il ne devrait pas être oublié car perçu comme moindre que d’autres grands problèmes, réels et préoccupants, tels que le terrorisme ou l’évolution climatique.

 

            Bernard Pradines                                          

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27 août 2015 4 27 /08 /août /2015 10:24
D’inquiétants obstacles à la paixD’inquiétants obstacles à la paix

   Tribune de Paul Quilès publiée sur le site de Marianne

 

     Pendant 45 ans, les Etats-Unis ont dû partager leur hégémonie sur le monde avec l’Union soviétique. La méfiance mutuelle entre les deux Grands s’est traduite par ce que l’on a nommé la Guerre froide, mais aussi par de très nombreuses guerres "chaudes", qu’ils ont menées "par procuration" dans les parties de la planète qui n’étaient pas sous leur dépendance directe. Elle a également conduit à une coûteuse et dangereuse course aux armements, notamment nucléaires.

 

     Après la chute du Mur de Berlin, les Américains ont eu le sentiment, dans un premier temps, que leur leadership mondial n’était plus contesté, en tout cas pas par la Russie, désorganisée par la dislocation de l’URSS.

 

     Puis est venue la prise de conscience qu’une nouvelle puissance pourrait à terme les concurrencer : la Chine, avec son développement économique rapide, ses prétentions commerciales et financières au plan mondial, son affirmation d’une volonté expansionniste (y compris militaire) en Asie de l’Est.

 

     Ce contexte les a amenés à s’impliquer beaucoup plus dans cette partie du monde. Pour cela, il leur fallait dégager des moyens, en allégeant leur présence au Proche-Orient, source principale de leur approvisionnement pétrolier et région dans lequel ils avaient concentré depuis 60 ans beaucoup de moyens, militaires, humains, financiers. Cette évolution est encore plus marquée depuis la présidence de Barack Obama, dont la politique tranche avec les graves erreurs des Américains, qui ont parfois accentué durablement certaines crises (Irak).

 

     Le choix des Etats-Unis de se désengager du Proche Orient a été conforté par le développement important du gaz et du pétrole de schiste sur leur propre territoire, qui les a rendus quasiment autosuffisants sur le plan énergétique.

 

     L’intérêt qu’ils portent à cette partie du monde est pourtant loin d’avoir disparu, comme on le voit chaque jour au Moyen Orient, d’autant plus que l’Arabie Saoudite, mécontente du rôle joué par Barack Obama dans la conclusion de l’accord iranien, a décidé d’augmenter considérablement sa production de pétrole. L’effet à la baisse sur le prix des hydrocarbures a été immédiat et les Américains se trouvent aujourd’hui dans une situation délicate, avec leur industrie de pétrole de schiste en grande difficulté.

 

    Dans les préoccupations géostratégiques des Etats-Unis, l’Europe n’occupe plus la place prépondérante qui était la sienne lorsqu’ils la considéraient comme un enjeu capital dans leur rivalité avec l’URSS. Aujourd’hui, tout se passe comme s’ils avaient choisi de s’appuyer d’abord sur l’OTAN pour traiter des questions de sécurité susceptibles de se poser face à la Russie. Ils utilisent l’OTAN, où leur hégémonie est indiscutée, comme un démultiplicateur de puissance dans leur définition, conforme à leurs intérêts, des conditions de la sécurité européenne.

 

     Or, cette organisation est avant tout militaire[1] et l’aspect politique des tensions avec le Président russe ne semble pas beaucoup la préoccuper. A travers plusieurs évènements récents, relativement peu médiatisés, l’OTAN et la Russie semblent en fait se rejouer des scénarios de la Guerre froide, en donnant le sentiment qu’elles ont besoin de cette ambiance pour justifier leur existence. Vladimir Poutine est à la recherche d’un "vrai ennemi", de façon à exacerber le patriotisme russe, à justifier sa stratégie d’influence et à revenir sur les conséquences de ce qu’il faut bien appeler une défaite russe à l’issue de la Guerre froide (défaite largement causée par l’incapacité de Gorbatchev et de Eltsine à gérer la fin de l’URSS). L’OTAN, soulagée de ne plus avoir de déploiements lointains, qui se sont soldés par des échecs (Afghanistan, Libye), se retrouve sur son "cœur de métier", la défense d’un bloc occidental qu’elle envisage d’élargir indéfiniment, jusqu’à heurter de front les intérêts nationaux de la Russie.

 

     En termes de sécurité, l’intérêt de la France, comme celui de l’Europe et du reste du monde, est pourtant que tous les efforts soient entrepris sur le plan politique pour que puisse s’engager un processus de réduction des tensions avec la Russie. Tout doit être mis sur la table, les sujets d’inquiétude, les griefs de chaque partie: le projet américain de bouclier anti missile, les exercices militaires à dimension nucléaire, les mécanismes de communication de crise entre l’OTAN et la Russie, la situation militaire en Ukraine, la polémique autour du respect de l’accord de 1987 sur les « armes nucléaires intermédiaires » (les Américains reprochant aux Russes de développer un missile de croisière d’une portée interdite par l’accord ‑  entre 500 et 5500 km).

 

     Si une telle volonté ne se manifeste pas des deux côtés, les risques d’affrontement ne sont pas une vue de l’esprit. L’histoire des conflits enseigne quelles peuvent être les conséquences d’un climat de défiance mutuelle nourri par des griefs et des incompréhensions réciproques, dont les origines historiques sont parfois lointaines. Il suffit de penser à ce propos aux causes profondes de la Première Guerre mondiale.

 

    Un tel climat peut favoriser les enchaînements qui conduisent aux grandes déflagrations. Dans ce contexte, l’armement nucléaire est une source de danger indéniable: le maintien en alerte permanente d’arsenaux nucléaires toujours considérables au sein de forces qui ne cessent de simuler des combats au cœur même de l’Europe n’est pas pour rassurer.

 

Lire: "Pour réduire le risque d’affrontement militaire entre la Russie et l’OTAN"

Lire et écouter sur RFI"Des règles de bon voisinage entre Russie et Occidentaux?"

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[1] Au passage, on peut se demander ce que le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN décidé par N. Sarkozy, alors Président de la République, a apporté à la France….

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26 août 2015 3 26 /08 /août /2015 09:13
Pour réduire le risque d’affrontement militaire entre la Russie et l’OTAN

      Nous sommes 14 anciens responsables de pays européens (Grande Bretagne, Allemagne, France, Russie, Turquie, Finlande, Espagne, Pologne), préoccupés par le climat dangereux qui s’est installé entre les forces militaires de la Russie et de l’OTAN.

 

      Nous avons signé cette déclaration, qui vient d'être publiée dans plusieurs pays. En voici la version française.

 

- Adam Daniel Rotfeld, ancien ministre des affaires étrangères (Pologne)

- Igor S. Ivanov, ancien ministre des affaires étrangères (Russie)

- Des Browne, ancien secrétaire d’Etat à la Défense (Grande Bretagne)

- Özdem Sanberk, ancien sous-secrétaire du Ministre des affaires étrangères (Turquie)

- Ana Palacio, ancienne ministre des affaires étrangères (Espagne)

- Malcolm Rifkind, ancien secrétaire d'Etat aux affaires étrangères et à la défense (Grande Bretagne)

- Volker Ruehe, ancien ministre de la défense (Allemagne)

- Tarja Cronberg, ancienne députée du Parlement Européen (Finlande);

- Igor Yu. Yurgens, vice-président du syndicat des Industriels et Entrepreneurs (Russie)

- Tony Brenton, ancien ambassadeur de Grande Bretagne en Russie

- Alexei Gromyko, directeur adjoint de l’Institut de l’Europe de l’Académie des sciences (Russie)

- Paul Quilès, ancien ministre de la défense (France)

- Vyacheslav I. Trubnikov, ancien directeur du renseignement étranger russe, général d’armée (à la retraite), ambassadeur plénipotentiaire de la Fédération de Russie

- Hikmet Cetin, ancien ministre des affaires étrangères (Turquie).

 

****

      Nous savons tous qu’au cours des 18 derniers mois, la relation entre la Russie et l’Occident s’est considérablement détériorée. Il y a eu une diminution fondamentale de la confiance, du fait d’analyses divergentes et, à ce stade totalement incompatibles, de ce qui s’est produit en Ukraine et pourquoi cela s’est produit.

 

      Des préoccupations anciennes et des différends concernant d’autres problèmes, tels que la défense antimissile, l’élargissement de l’OTAN, les régimes destinés à renforcer la confiance sur les déploiements des forces militaires conventionnelles en Europe et des armes nucléaires non stratégiques, sont devenus plus aigus par la suite.

 

      Les relations économiques entre la Russie et le reste de l’Europe sont également en train de se désagréger, en raison du processus de sanctions en cours et de nombreux commentateurs, en Russie comme en Occident, spéculent désormais ouvertement sur le retour d’une nouvelle Guerre froide.

 

    Une des caractéristiques de ce nouvel environnement a été l’augmentation du nombre d’interceptions entre les forces militaires russes et celles de l’OTAN et entre les forces militaires russes et celles de la Suède et de la Finlande. Comme toujours, il y a une différence d’interprétation entre ce qui se passe et son exacte raison, mais il y a peu de doute sur le fait qu’il y a un accroissement des activités militaires et sur la réalité d’une plus grande proximité des forces en présence.

 

     L’organisation ELN (European Leadership Network) a enregistré 66 incidents depuis mars 2014. La plupart de ceux-ci, environ 50, ont été classés comme « proches de la routine », mais certains ont été plus graves et trois ont été considérés comme « à haut risque ».

 

      Evidemment, l’ensemble des incidents est beaucoup plus élevé. L’OTAN a rapporté avoir mené plus de 400 interceptions d’avions russes en 2014, soit quatre fois plus que le nombre d’interceptions réalisées en 2013. La Russie a déclaré publiquement qu’elle avait recensé deux fois plus de vols d’avions tactiques de l’OTAN en 2014 qu’en 2013 près de ses frontières, soit plus de 3000. La Suède et la Finlande ont signalé un certain nombre d’interceptions d’avions russes près de leur espace aérien et chaque Etat a dû sonder, au moins une fois au cours des 12 derniers mois, ses eaux territoriales, pour rechercher de mystérieux «objets sous-marins ».

 

      La Russie a augmenté le nombre et la taille de ses exercices militaires, sans réaliser de notification préalable, certains exercices se déroulant dans sa région militaire occidentale, donc très proche des territoires de l’OTAN. Au cours de la crise actuelle, des responsables russes et des experts ont confirmé une activité accrue de l’armée de l’air russe, incluant l’utilisation d’avions de surveillance et d‘avions stratégiques à longue portée. La Russie a également déployé d’autres aéronefs, des navires, des unités de défense aérienne et de missiles antinavires en Crimée.

 

      L’OTAN a réagi à la détérioration de la situation en Europe centrale et orientale, en augmentant sa présence militaire le long de son flanc oriental. L’organisation a ainsi accru ses missions de surveillance de l’espace aérien de la zone baltique. Elle a déplacé plus de troupes dans cette région, augmenté sa structure de commandement et envisage de pré-positionner du matériel. Selon les données officielles de l’OTAN, 162 exercices ont été réalisés en 2014 dans le des actions de formation militaire de l’OTAN et d’exercices programmés, soit le double du nombre d’exercices initialement prévu. A cela, il convient de rajouter 40 exercices nationaux supplémentaires ; ceux-ci faisaient partie d’un effort plus large de l’OTAN pour démontrer sa détermination et pour rassurer les alliés dans le contexte de la crise actuelle  En 2015, il est prévu une poursuite de ces tendances concernant les actions de la Russie et de l’OTAN.

 

    Sans entreprendre une évaluation collective de ce qui motive ces déploiements militaires spécifiques, les signataires sont d’accord sur deux observations importantes. Tout d’abord, la Russie et l’OTAN semblent réaliser de nouveaux déploiements et mettre d’avantage l’accent lors des exercices sur les corrections nécessaires à apporter à leur précédent dispositif militaire. Chaque côté est convaincu que ses actions sont justifiées par les changements négatifs de son environnement sécuritaire. Deuxièmement, un cycle action-réaction est maintenant en oeuvre et semble difficile à arrêter.

 

      Certains disent que cette augmentation des tensions est gérable et que les militaires des deux côtés veilleront à ce que rien de fâcheux ne se passe. Cela peut être le cas, mais nous ne devons pas perdre de vue que nous traitons ici, dans la plupart des situations, de relations et d’affrontements militaires entre une puissance nucléaire d’une part et une alliance nucléaire militaire de l’autre, qui se déroulent dans un contexte de méfiance accrue et de tensions significatives des deux côtés. L’histoire est parsemée d’exemples de crises et de tensions internationales qui ont développé une dynamique propre et ont abouti à un conflit, même si aucune des parties ne le voulait. Nous ne sommes pas nécessairement dans une dynamique similaire à celle de l’Europe de 1914, mais quel responsable politique optimiste ne voudrait pas tenir compte des leçons de l’histoire collective de notre continent et faire tout ce qui est possible pour s’assurer que les choses ne glissent pas hors de tout contrôle ?

 

      À notre avis, la situation est mûre pour une possible dangereuse erreur de calcul ou  un accident qui pourrait déclencher une nouvelle aggravation de la crise ou même une confrontation militaire directe entre la Russie et l’Occident.

 

      En juillet 2014, plusieurs d’entre nous ont déjà fait remarquer le danger de la situation et ont notamment appelé à ce que chaque partie améliore le niveau de communication entre militaires, fasse preuve de retenue politique et militaire au sein des chaînes de commandement, améliore les règles d’engagement militaire et, si possible, exerce une influence sur les actions de ses amis et alliés.

 

      L’OTAN a depuis confirmé explicitement que les liens de communication entre le Commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR), le chef du Comité militaire de l’OTAN et le chef de l’état-major général russe sont actifs et disponibles 24h sur 24 et 7 jours sur 7. De manière à éviter des incidents dangereux, des discussions ont été menées en profondeur au sein de l’OTAN et ont été également réalisées au cours des dernières rencontres entre le Secrétaire général de l’OTAN, le représentant permanent de la Russie auprès de l’OTAN et le ministre russe des Affaires étrangères. Nous nous félicitons de ces développements, mais nous croyons nécessaire de faire plus encore.

 

      Notre proposition

 

     Le Conseil OTAN - Russie devrait être convoqué d’urgence pour discuter d’un éventuel mémorandum d’entente entre l’OTAN et la Fédération de Russie, ainsi que des règles de conduite à tenir entre les deux parties lors des interceptions, pour la sécurité du trafic aérien et maritime. Un tel accord a été signé entre les Etats-Unis et la Chine à la fin de l’année 2014 "pour renforcer le respect du droit et des normes internationales en vigueur actuellement, pour améliorer la sécurité  opérationnelle dans l’espace maritime et aérien, pour renforcer la confiance mutuelle, pour élaborer un nouveau modèle de relations entre les militaires de chacune des parties"

 

      Parallèlement à un accord multilatéral OTAN – Russie, des négociations bilatérales pourraient être engagées sur des accords similaires entre la Russie et les États membres de l’OTAN.

 

      L’accord sino-américain énonce les principes et les procédures de communication qui doivent être observés lors des interceptions entre les navires et avions militaires, et exige de chaque côté de donner des avertissements de danger en temps  opportun, si des exercices militaires et des tirs d’armes réels doivent avoir lieu dans un environnement où peuvent être opérationnels les navires militaires et aéronefs de l’autre partie.

 

     Il énonce également une série de règles pour établir la confiance mutuelle. Celles-ci comprennent par exemple l’engagement à communiquer en temps opportun lors de la conduite des opérations sur les intentions de manœuvre des navires et des avions militaires. Elles comprennent également une liste d’actions qui doivent être évitées, y compris la simulation d’attaques en orientant ses canons, ses missiles, ses radars de contrôle de tir, ses tubes lance-torpilles et autres armes en direction des navires et avions militaires rencontrés. L’accord précise les fréquences radios à utiliser pour la communication et les signaux à réaliser, si des difficultés sont rencontrées sur la compréhension de la langue par les commandants.

 

     L’accord contient également une disposition pour que chaque partie procède à une réunion d’évaluation annuelle, dirigée par des officiers supérieurs de l’armée, sur tous les événements de l’année précédente concernant l’application de cet accord.

 

      Il existe au moins deux accords entre les Etats-Unis et l’Union soviétique (puis la Russie) qui opèrent d’une manière similaire dans les relations bilatérales entre ces deux Etats : l’Accord pour la prévention des incidents en haute mer et au-dessus de la haute mer (1972) et l’Accord sur la prévention des activités militaires dangereuses de 1989.

 

      Étant donné l’ampleur accrue des activités militaires dans la région Euro-atlantique et l’augmentation du nombre d’interceptions militaires, un tel accord est maintenant nécessaire entre l’OTAN et la Russie, afin de prévenir les incidents ou les erreurs de calcul pouvant conduire à une escalade de la tension, voire à une confrontation. Il serait également utile d’impliquer à un stade précoce des discussions la Suède et la Finlande, qui sont tous les deux exposés aux dangers liés à l’accroissement des activités militaires dans la région de la mer Baltique.

 

      Les signataires de cette déclaration sont convaincus qu’un tel objectif doit être poursuivi avec la plus grande urgence. Bien que cela puisse apparaître comme une mesure bureaucratique ou technique, l’avenir de la sécurité Euro-atlantique pourrait pourtant bien en dépendre.

                                                                                     

                                                                                                  26 Août 2015

Lire la déclaration sur le site d'ELN

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9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 09:33
Nagasaki

     Trois jours après le bombardement d’Hiroshima, qui fit de 95 000 à 166 000 victimes, celui de Nagasaki eut lieu le 9 août 1945 à 11h02. La bombe au plutonium 239 d'une puissance de 20 KT fit entre 60 000 et 80 000 victimes. Le choix de la ville de Nagasaki (195 000 habitants) fut fait au dernier moment, pour remplacer la cité historique de Kokura, en raison d’une mauvaise météo.

 

     Le 70ème anniversaire de ces bombardements a été l’occasion de nombreux débats dans les médias français et il faut s’en féliciter. La décision du Président américain, Harry Truman, n’est plus considérée, comme cela a été le cas pendant de nombreuses années comme « la solution » pour faire capituler le Japon et mettre fin à la seconde Guerre mondiale. (Lire cette analyse)

 

     Ces débats, auxquels j’ai participé, commencent à faire apparaître des doutes sur la nature de l’arme nucléaire présentée trop souvent comme indispensable pour assurer la paix et la sécurité dans le monde. Je m’en félicite et cela m’encourage à persévérer dans mon combat pour promouvoir un monde sans armes nucléaires et, je l’ai déjà dit, je ne me sens pas seul !

 

    J’ai retrouvé à ce propos une déclaration qui mérite d'être méditée, celle du Général Lee Butler. Elle a du poids, venant de l'ex-commandant en chef (1992-94) des Forces aériennes stratégiques (nucléaires) des Etats-Unis :

 

     « Nous n’avons pas de plus grande responsabilité que de mettre un terme à l’ère nucléaire (….)

     Nous ne pouvons continuer de soumettre à un blocage souverain les clés qui nous délivreraient enfin du cauchemar nucléaire.

     Nous ne pouvons refuser d’engager les ressources essentielles pour nous délivrer de son emprise, pour réduire les dangers qu’il représente.

     Nous ne pouvons rester là, assis, à acquiescer par notre silence aux sermons dépassés des grands prêtres du nucléaire.

     Il est temps de réaffirmer la primauté de la conscience individuelle, de redonner voix à la raison et aux intérêts légitimes de l’humanité. » (2 février 1998) 

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7 août 2015 5 07 /08 /août /2015 07:08
"Un climat de paranoïa dangereux dans les années 80""Un climat de paranoïa dangereux dans les années 80"

J'étais l'invité de RFI ce matin

 

Au lendemain des 70 ans du largage de la bombe d’Hiroshima, nous faisons un point géopolitique sur les rapports de forces liés à l’armement nucléaire.

Paul Quilès, maire PS de Cordes-sur-Ciel, président de l’association ALB (Arrêtez la bombe) et ancien ministre de la Défense est l'invité de Vincent Souriau.

 

   Extrait de l'interview:

"Il y a une vingtaine de doctrines qui ont présidé à la défense de la religion nucléaire : c’était une super arme au départ. Après on a parlé de dissuader – faire peur – dissuasion minimale, proportionnée, flexible, concertée, élargie, étendue. Ensuite ça a été les représailles massives. Puis on a critiqué la théorie des représailles massives et on a parlé de riposte graduée, de stratégie antiforces, de DMA (dissuasion mutuelle assurée). Ensuite ça a été la doctrine Reagan dans les années 80 : c’était la guerre des étoiles, plus rien au sol, juste un bouclier, on vous protège (…).

Une espèce de folie qui a couté des fortunes et qui n’a servi à rien, sauf à créer un climat de paranoïa dangereux entre les Soviétiques complètement paranoïaques d’un côté et les Américains qui n’étaient pas mieux et qui pensaient chacun que l’autre allait les attaquer brutalement."

 

Ecouter

 

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6 août 2015 4 06 /08 /août /2015 07:08
70 ans après Hiroshima, relire Camus70 ans après Hiroshima, relire Camus
70 ans après Hiroshima, relire Camus

Cette tribune est publiée ce jour sur le site de Marianne par 

 

Paul Quilès, Président d’ALB

Bernard Norlain, vice-Président d’ALB

Jean-Marie Collin, vice-Président d’ALB

Michel Drain, membre du bureau d’ALB

 

     Voici soixante-dix ans, deux bombes atomiques détruisaient les villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki. Près d’un demi-million de personnes vivaient dans ces villes ; il a suffi de deux engins, d’une puissance considérée aujourd’hui comme faible (15 et 21 kt), pour en tuer immédiatement 200 000. Des dizaines de milliers d’autres devaient périr au cours des années suivantes des conséquences de leurs brûlures ou sous l’effet des radiations. (visionner le film "Hiroshima, la véritable histoire")

 

     Dans un premier temps, ces bombardements ont suscité peu d’émotion. C’était une nouvelle horreur, qui s’ajoutait aux innombrables horreurs de la Seconde Guerre mondiale. Beaucoup d’observateurs n’y ont vu qu’une « prouesse scientifique et technique ».

 

     Albert Camus était bien seul lorsqu’il lançait, le 8 août 1945, dans un éditorial du journal Combat, son cri d’alarme :

 

     « La civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l'utilisation intelligente des conquêtes scientifiques. En attendant, il est permis de penser qu'il y a quelque indécence à célébrer ainsi une découverte, qui se met d'abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l'homme ait fait preuve depuis des siècles. Que dans un monde livré à tous les déchirements de la violence, incapable d'aucun contrôle, indifférent à la justice et au simple bonheur des hommes, la science se consacre au meurtre organisé, personne sans doute, à moins d'idéalisme impénitent, ne songera à s'en étonner. »

 

     Dans ce texte, écrit le lendemain de la destruction d’Hiroshima et la veille de celle de Nagasaki, Camus essayait quand même de se consoler en se demandant si ce bombardement ne pourrait pas pousser les Japonais à capituler. On sait aujourd’hui que la capitulation du Japon eut d’autres raisons, notamment l’entrée en guerre de l’Union soviétique, dont l’armée venait d’envahir la Mandchourie et l’île de Sakhaline.(Lire à ce sujet la passionnante analyse de Ward Wilson )

 

     Dans la période qui a suivi les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki, les responsables politiques américains et, en premier lieu, le président Truman ont tenté d’éviter la course à l’arme nucléaire. Cela aurait pu être le cas si l’URSS n’avait pas opposé son véto au « plan Baruch » (décembre 1946), qui prévoyait d’éliminer l’armement nucléaire, sous contrôle international. On connaît malheureusement la suite : une folle et dangereuse escalade, qui a conduit le monde à accumuler entre 1945 et le début des années 1990 un immense arsenal de 70 000 ogives.

 

     70 ans plus tard, les fausses vérités ont toujours cours. C’est ainsi que l’arme nucléaire est encore présentée comme notre « assurance vie » ou comme « la garantie de notre sécurité et de notre indépendance ». On sait qu’il n’en est rien. Il suffit d’observer l’état du monde, des menaces et des relations internationales pour s’en convaincre. En quoi est-elle utile au Mali, en Syrie, en Ukraine, face au terrorisme djihadiste ?

 

     Malgré la très forte réduction des potentiels nucléaires américain, russe, britannique et français depuis le début des années 90, l’arme nucléaire continue à faire peser de sérieux risques et de réels dangers sur la sécurité du monde, où les zones d’instabilité ne cessent de s’étendre. Il y a d’abord le risque de tir par accident alors que des dizaines de systèmes nucléaires restent sous alerte permanente. Il y a aussi le risque de méprise sur les intentions d’un éventuel adversaire alors que le déclenchement d’un tir balistique ne laisserait que quelques minutes pour décider d’une riposte aux dirigeants d’une puissance qui détecterait un signal de lancement. Enfin il y a le risque du tir nucléaire « tactique » qui suivrait une confrontation conventionnelle majeure. Ce risque n’a pas disparu ; il s’est au contraire étendu et peut être identifié aujourd’hui sur plusieurs théâtres (Cachemire, Corée et à présent, selon l’OTAN, pays baltes, Pologne ou Ukraine). Il est d’ores et déjà prévu d’entrainer la future force de réaction ultra-rapide de l’OTAN à fonctionner en ambiance nucléaire. Or un seul tir considéré comme « tactique » pourrait égaler en puissance plusieurs Hiroshima. Comment pourrait-il ne pas être suivi d’autres tirs en riposte ?

 

     Les théoriciens de la dissuasion affirment que la détention de l’arme nucléaire n’est qu’une menace, mais, dans le même mouvement, ils insistent sur la nécessité de maintenir la crédibilité de cette menace, c’est-à-dire pour que toutes les conditions d’un emploi immédiat de l’arme soient en permanence réunies. Hiroshima et Nagasaki nous rappellent que, dès qu’une arme existe, elle peut être employée lorsque ses détenteurs considèrent qu’elle peut servir une stratégie de puissance. Ce fut pleinement le cas pour la bombe de Nagasaki, qui visait à montrer la puissance américaine au futur adversaire soviétique.

 

     Le récent accord avec l’Iran laisse espérer que la prolifération nucléaire pourra être endiguée, mais il faut se rendre à la réalité et constater que les 16 000 ogives nucléaires possédées par 9 pays (les 5 « autorisés » par le TNP- Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande Bretagne- plus Israël, l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord) constituent un arsenal toujours aussi dangereux pour la sécurité mondiale.    

 

    Plus que jamais aujourd’hui, la conclusion de l’éditorial d’Albert Camus devrait s’imposer : « Devant les perspectives terrifiantes qui s'ouvrent à l'humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d'être mené. Ce n'est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l'ordre de choisir définitivement entre l'enfer et la raison. »

 

     Aujourd’hui, le nombre des pays qui militent pour affranchir le monde des risques mortels de l’arme nucléaire atteint 159. Ils viennent de souscrire à l’ONU à une déclaration sur « les conséquences humanitaires catastrophiques des armes nucléaires ».

 

    La France s’honorerait de prendre des initiatives ambitieuses, au lieu de camper sur des positions d’une autre époque et de se contenter d’utiles, mais timides propositions, notamment pour l’interdiction de la production de matières fissiles militaires. Elle pourrait par exemple appeler les puissances nucléaires à une conférence internationale, qui entamerait la marche vers un monde sans armes nucléaires. Elle pourrait faire de l’entrée en vigueur du traité d’interdiction des essais nucléaires une priorité de sa diplomatie, notamment lors de ses rencontres avec ses partenaires chinois et américains.

 

     Elle pourrait annoncer le gel de la modernisation de ses programmes nucléaires. (sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, missiles balistiques et aéroportés) Elle pourrait demander d’inscrire le désarmement nucléaire parmi les objectifs prioritaires de la politique étrangère et de sécurité commune de l’Union européenne. Elle pourrait enfin plaider, au sein de l’Otan, pour la suspension de la modernisation des armes nucléaires tactiques américaines et pour l’ouverture de négociations concernant le retrait, la réduction et à terme l’élimination de ces armes en Europe.

 

     Ces initiatives auraient une valeur symbolique forte. Elles devraient être suivies d’un vrai débat parlementaire, associant la société civile, les scientifiques, les experts officiels et les militaires sur la possession de cet arsenal.

 

     Cette démarche, 70 ans après les bombardements nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki, serait certainement saluée et soutenue par une écrasante majorité des Etats des cinq continents. La France ne peut plus rester prisonnière de la pensée d’un monde ancien et vivre sur des mythes. Elle doit redevenir audacieuse et ceux qui se réclament de Jean Jaurès pourraient ainsi redonner tout leur sens aux valeurs issues de son héritage.

70 ans après Hiroshima, relire Camus
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dont Paul Quilès est le maire
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 Avant de venir à Cordes, consultez:

     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez