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6 août 2015 4 06 /08 /août /2015 07:08
70 ans après Hiroshima, relire Camus70 ans après Hiroshima, relire Camus
70 ans après Hiroshima, relire Camus

Cette tribune est publiée ce jour sur le site de Marianne par 

 

Paul Quilès, Président d’ALB

Bernard Norlain, vice-Président d’ALB

Jean-Marie Collin, vice-Président d’ALB

Michel Drain, membre du bureau d’ALB

 

     Voici soixante-dix ans, deux bombes atomiques détruisaient les villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki. Près d’un demi-million de personnes vivaient dans ces villes ; il a suffi de deux engins, d’une puissance considérée aujourd’hui comme faible (15 et 21 kt), pour en tuer immédiatement 200 000. Des dizaines de milliers d’autres devaient périr au cours des années suivantes des conséquences de leurs brûlures ou sous l’effet des radiations. (visionner le film "Hiroshima, la véritable histoire")

 

     Dans un premier temps, ces bombardements ont suscité peu d’émotion. C’était une nouvelle horreur, qui s’ajoutait aux innombrables horreurs de la Seconde Guerre mondiale. Beaucoup d’observateurs n’y ont vu qu’une « prouesse scientifique et technique ».

 

     Albert Camus était bien seul lorsqu’il lançait, le 8 août 1945, dans un éditorial du journal Combat, son cri d’alarme :

 

     « La civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l'utilisation intelligente des conquêtes scientifiques. En attendant, il est permis de penser qu'il y a quelque indécence à célébrer ainsi une découverte, qui se met d'abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l'homme ait fait preuve depuis des siècles. Que dans un monde livré à tous les déchirements de la violence, incapable d'aucun contrôle, indifférent à la justice et au simple bonheur des hommes, la science se consacre au meurtre organisé, personne sans doute, à moins d'idéalisme impénitent, ne songera à s'en étonner. »

 

     Dans ce texte, écrit le lendemain de la destruction d’Hiroshima et la veille de celle de Nagasaki, Camus essayait quand même de se consoler en se demandant si ce bombardement ne pourrait pas pousser les Japonais à capituler. On sait aujourd’hui que la capitulation du Japon eut d’autres raisons, notamment l’entrée en guerre de l’Union soviétique, dont l’armée venait d’envahir la Mandchourie et l’île de Sakhaline.(Lire à ce sujet la passionnante analyse de Ward Wilson )

 

     Dans la période qui a suivi les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki, les responsables politiques américains et, en premier lieu, le président Truman ont tenté d’éviter la course à l’arme nucléaire. Cela aurait pu être le cas si l’URSS n’avait pas opposé son véto au « plan Baruch » (décembre 1946), qui prévoyait d’éliminer l’armement nucléaire, sous contrôle international. On connaît malheureusement la suite : une folle et dangereuse escalade, qui a conduit le monde à accumuler entre 1945 et le début des années 1990 un immense arsenal de 70 000 ogives.

 

     70 ans plus tard, les fausses vérités ont toujours cours. C’est ainsi que l’arme nucléaire est encore présentée comme notre « assurance vie » ou comme « la garantie de notre sécurité et de notre indépendance ». On sait qu’il n’en est rien. Il suffit d’observer l’état du monde, des menaces et des relations internationales pour s’en convaincre. En quoi est-elle utile au Mali, en Syrie, en Ukraine, face au terrorisme djihadiste ?

 

     Malgré la très forte réduction des potentiels nucléaires américain, russe, britannique et français depuis le début des années 90, l’arme nucléaire continue à faire peser de sérieux risques et de réels dangers sur la sécurité du monde, où les zones d’instabilité ne cessent de s’étendre. Il y a d’abord le risque de tir par accident alors que des dizaines de systèmes nucléaires restent sous alerte permanente. Il y a aussi le risque de méprise sur les intentions d’un éventuel adversaire alors que le déclenchement d’un tir balistique ne laisserait que quelques minutes pour décider d’une riposte aux dirigeants d’une puissance qui détecterait un signal de lancement. Enfin il y a le risque du tir nucléaire « tactique » qui suivrait une confrontation conventionnelle majeure. Ce risque n’a pas disparu ; il s’est au contraire étendu et peut être identifié aujourd’hui sur plusieurs théâtres (Cachemire, Corée et à présent, selon l’OTAN, pays baltes, Pologne ou Ukraine). Il est d’ores et déjà prévu d’entrainer la future force de réaction ultra-rapide de l’OTAN à fonctionner en ambiance nucléaire. Or un seul tir considéré comme « tactique » pourrait égaler en puissance plusieurs Hiroshima. Comment pourrait-il ne pas être suivi d’autres tirs en riposte ?

 

     Les théoriciens de la dissuasion affirment que la détention de l’arme nucléaire n’est qu’une menace, mais, dans le même mouvement, ils insistent sur la nécessité de maintenir la crédibilité de cette menace, c’est-à-dire pour que toutes les conditions d’un emploi immédiat de l’arme soient en permanence réunies. Hiroshima et Nagasaki nous rappellent que, dès qu’une arme existe, elle peut être employée lorsque ses détenteurs considèrent qu’elle peut servir une stratégie de puissance. Ce fut pleinement le cas pour la bombe de Nagasaki, qui visait à montrer la puissance américaine au futur adversaire soviétique.

 

     Le récent accord avec l’Iran laisse espérer que la prolifération nucléaire pourra être endiguée, mais il faut se rendre à la réalité et constater que les 16 000 ogives nucléaires possédées par 9 pays (les 5 « autorisés » par le TNP- Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande Bretagne- plus Israël, l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord) constituent un arsenal toujours aussi dangereux pour la sécurité mondiale.    

 

    Plus que jamais aujourd’hui, la conclusion de l’éditorial d’Albert Camus devrait s’imposer : « Devant les perspectives terrifiantes qui s'ouvrent à l'humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d'être mené. Ce n'est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l'ordre de choisir définitivement entre l'enfer et la raison. »

 

     Aujourd’hui, le nombre des pays qui militent pour affranchir le monde des risques mortels de l’arme nucléaire atteint 159. Ils viennent de souscrire à l’ONU à une déclaration sur « les conséquences humanitaires catastrophiques des armes nucléaires ».

 

    La France s’honorerait de prendre des initiatives ambitieuses, au lieu de camper sur des positions d’une autre époque et de se contenter d’utiles, mais timides propositions, notamment pour l’interdiction de la production de matières fissiles militaires. Elle pourrait par exemple appeler les puissances nucléaires à une conférence internationale, qui entamerait la marche vers un monde sans armes nucléaires. Elle pourrait faire de l’entrée en vigueur du traité d’interdiction des essais nucléaires une priorité de sa diplomatie, notamment lors de ses rencontres avec ses partenaires chinois et américains.

 

     Elle pourrait annoncer le gel de la modernisation de ses programmes nucléaires. (sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, missiles balistiques et aéroportés) Elle pourrait demander d’inscrire le désarmement nucléaire parmi les objectifs prioritaires de la politique étrangère et de sécurité commune de l’Union européenne. Elle pourrait enfin plaider, au sein de l’Otan, pour la suspension de la modernisation des armes nucléaires tactiques américaines et pour l’ouverture de négociations concernant le retrait, la réduction et à terme l’élimination de ces armes en Europe.

 

     Ces initiatives auraient une valeur symbolique forte. Elles devraient être suivies d’un vrai débat parlementaire, associant la société civile, les scientifiques, les experts officiels et les militaires sur la possession de cet arsenal.

 

     Cette démarche, 70 ans après les bombardements nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki, serait certainement saluée et soutenue par une écrasante majorité des Etats des cinq continents. La France ne peut plus rester prisonnière de la pensée d’un monde ancien et vivre sur des mythes. Elle doit redevenir audacieuse et ceux qui se réclament de Jean Jaurès pourraient ainsi redonner tout leur sens aux valeurs issues de son héritage.

70 ans après Hiroshima, relire Camus
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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 11:17

Il y a 70 ans, la première bombe atomique

tombait sur Hiroshima 

 

        Rappel des faits (courte vidéo)

 

       Mes interventions:

 

Radio:

 

- France Inter, jeudi 6 août à 12h15

- RFI, vendredi 7 août à 7h50

 

Presse (tribunes):

 

- le Monde

- l'Humanité

- site de Marianne

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4 août 2015 2 04 /08 /août /2015 10:28
Hiroshima....J-2Hiroshima....J-2

     Je vous conseille vivement de regarder ce soir un programme exceptionnel d’ARTE consacré au bombardement nucléaire d’Hiroshima :

 

     - mardi 4 août à 20h55: HIROSHIMA, LA VÉRITABLE HISTOIRE

 

     Présentation :

 

« Les noms sont entrés dans la mémoire collective, et ils résonnent encore de manière macabre. Le projet atomique américain s’appelait "Manhattan Project", la bombe "Little Boy", et l’avion qui a ouvert sa soute "Enola Gay". Le 6 août 1945, sur ordre du président Truman, un bombardier B-29 largue sur Hiroshima la première arme nucléaire jamais utilisée lors d’une guerre. "Il y eut un anneau de feu rouge et aveuglant. Je ne devrais pas le dire, mais c’était magnifique", dit aujourd’hui un des survivants. "L’aube d’une ère nouvelle", assurent certains scientifiques. 80 000 Japonais paient sur le champ ce basculement de l’histoire de l’humanité. Si, bien entendu, les suites immédiates et dantesques de l’explosion sont l’épicentre du documentaire, elles n’en constituent pas l’unique objet. Grâce à la révélation d’étonnants secrets, Hiroshima, la véritable histoire dissipe les écrans de fumée qui ont détourné le monde de la réalité des faits.

 

Test grandeur nature

 

Cette investigation ambitieuse éclaire aussi bien les motivations réelles des Américains que les conséquences sociales, sanitaires et environnementales du désastre. Little Boy était-elle un "mal nécessaire" pour forcer les Japonais à capituler ? Hiroshima démontre que le pays de l’empereur Hirohito avait de toute façon déjà perdu la guerre et s’apprêtait à négocier. Les objectifs de Truman étaient autres : tester in vivo l’efficacité de la bombe et devancer les Russes dans la course à l’armement. Même duplicité après la seconde explosion atomique (Nagasaki, le 9 août) : les Américains font des études scientifiques mais ne soignent personne. Le quotidien des irradiés est occulté : considérés comme des pestiférés, ils doivent subir l’emprise rapace des mafias japonaises et la désagrégation des rapports humains. Dans le même temps, aux États-Unis, une propagande gouvernementale massive tente de rendre populaire le recours au nucléaire. Bénéficiant d’images d’archives inédites et de documents confidentiels, le film de Lucy van Beek met en avant de nombreux  témoignages, notamment  japonais (experts, agents secrets, survivants). Les souvenirs et les histoires individuelles qu’ils esquissent aboutissent tous au même constat : les ondes de choc d’Hiroshima n’ont pas encore disparu. »

 

    - mardi 4 août à 22h30: JOHN VON NEUMANN, Prophète du XXIe siècle

 

     Présentation :

 

« Peu connu du grand public, le mathématicien hongrois John von Neumann (1903-1957) a pourtant élaboré des théories qui ont définitivement changé le cours de l'humanité. Installé aux États-Unis à partir de 1930, il a contribué aux découvertes les plus fondamentales (théorie des jeux, intelligence artificielle, physique statistique, entre autres) du siècle dernier et a initié la révolution informatique. Sous une bonhomie apparente, l'homme, dont le cerveau était aussi rapide que celui d'un super ordinateur, cachait en réalité une vision cynique et pessimiste de l'humanité. En 1943, c'est lui qui calcula la trajectoire de la bombe atomique qui allait détruire Nagasaki. En 1945, en se fondant sur sa théorie des jeux appliquée à l'analyse des conflits, il conseille au président des États-Unis une frappe atomique préventive sur l'Union soviétique. Pionnier de l'informatique, il conçoit Maniac, un calculateur utile aux tests de la bombe H et ancêtre des premiers ordinateurs.

 

Docteur Folamour

 

Grâce à d'exceptionnelles images d'archives, le film retrace le destin de ce savant qui inspira le personnage du film de Stanley Kubrick Docteur Folamour. Il l'éclaire avec de nombreux témoignages d'éminents scientifiques (Roger Penrose, Marvin Minsky, Ray Kurzweil…) qui concluent à l'inestimable apport de John von Neumann. Si, un jour, une conscience artificielle supplante l'intelligence humaine, ce sera en grande partie de son fait. »

 

     Voir aussi SCIENCE ET ÉTHIQUE- 70 ANS APRÈS HIROSHIMA

 

   - mardi 4 août à 23h30:  GUERRE FROIDE- L'HOMME QUI SAUVA LE MONDE

 

      Présentation :

 

« Dans la nuit du 25 au 26 septembre 1983, en pleine guerre froide, le lieutenant-colonel Petrov est de service. Sa mission est des plus simples : surveiller depuis son bunker un écran de contrôle destiné à donner l’alerte en cas d’attaque nucléaire. Lorsque le militaire soviétique voit apparaître cinq points représentant des missiles nucléaires en provenance d’une base américaine, le doute l’envahit : pourquoi les États-Unis attaqueraient-ils à ce moment précis ? N’écoutant que son instinct, Stanislav Petrov décide de ne pas avertir son état-major. Il s’agissait bien d’une fausse alerte, due à une erreur technique… Par ce geste courageux, voire inconsidéré, Petrov a peut-être évité une riposte de l'URSS et, de fait, la fin de ce monde. Celui qui habite aujourd'hui dans une modeste demeure de la banlieue moscovite se souvient encore avec émotion de cet instant crucial. Vingt-deux ans plus tard, le héros oublié était invité en grande pompe aux États-Unis, l’ancien pays "ennemi", pour y rencontrer le journaliste Walter Cronkite (décédé l’année suivante), le documentariste David Hoffman et les stars Robert De Niro, Matt Damon ou encore Kevin Costner. Ce témoignage émouvant permet, au travers d’images d’archives saisissantes, une relecture inédite de cette histoire méconnue. »

 

    Voir aussi sur ce blog : "1983, au bord de l'apocalypse nucléaire"

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2 août 2015 7 02 /08 /août /2015 23:05
Retour à Hiroshima

     Au lendemain du bombardement nucléaire d’Hiroshima et de Nagasaki, en août 1945, l’essentiel de la presse française, toutes tendances confondues, s’extasiait sur une victoire de la science.

 

     On pouvait lire par exemple:

 

     "L’Amérique vient de révéler au monde une découverte scientifique qui est bien la plus sensationnelle du siècle", "Une révolution scientifique", "Un des plus grands triomphes du génie américain"

 

     Albert Camus fut l’un des seuls à dénoncer l’explosion des bombes atomiques, dans l’éditorial du journal Combat du 8 août 1945 :

 

    "On nous apprend, au milieu d’une foule de commentaires enthousiastes, que n’importe quelle ville d’importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d’un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l’avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. Nous nous résumerons en une phrase : la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie"

 

    70 ans plus tard, il n’est pas inutile de revenir sur ce terrible évènement –les faits, les raisons, les mensonges, les conséquences- et de réfléchir à la signification de l’arme nucléaire dans le monde d’aujourd’hui.

 

     C’est ce que je ferai à plusieurs reprises au cours de cette semaine.

 

     En attendant, je suggère la lecture de 2 passionnants documents qui éclairent sur les vraies raisons de la destruction d’Hiroshima et de la capitulation du Japon :

 

     Les véritables raisons de la destruction d'Hiroshima

 

     Ce n'est pas la bombe atomique qui a poussé le Japon à capituler

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31 juillet 2015 5 31 /07 /juillet /2015 13:39
Il y a 101 ans

     Comme je le fais depuis 23 ans, je serai ce soir aux côtés de mes amis devant la statue de Jean Jaurès à Carmaux pour rappeler le souvenir du grand tribun, assassiné le 31 juillet 1914 au Café du Croissant.


    Quitte à me répéter, je souligne à cette occasion combien ses analyses, ses réflexions philosophiques, humanistes ou politiques, qui datent pourtant d’il y a un siècle, sont toujours d'actualité dans les temps difficiles que nous traversons.

 

     Il faut vraiment relire Jaurès ! Pour vous aider, voici d’intéressants liens :

 

- le site de la Société d’études jaurésiennes:

http://www.jaures.info/welcome/index.php

 

- mes 46 textes concernant Jaurès, sur ce blog :

http://paul.quiles.over-blog.com/tag/Jaurès/

 

- le dernier discours de Jaurès, prononcé le 25 juillet 1914. Prémonitoire !

http://paul.quiles.over-blog.com/2014/02/le-dernier-discours-de-jean-jaur%C3%A8s.html

 

- le site du spectacle « Jaurès, une voix pour la paix », joué à Carmaux en octobre 2013 et  du 27 au 31 juillet 2014 à Cap’ Découverte, près de Carmaux :

http://www.jaures-lespectacle.fr/le-synopsis/

 

- un extrait vidéo de ce spectacle :

http://www.jaures-lespectacle.fr/2014/03/extrait-video-du-spectacle-jaures-une-voix-pour-la-paix/

 

- l’extrait d’un texte de François Mitterrand, qui parlait si bien de Jaurès et qui m’a envoyé ce texte pour l’insérer dans la brochure de présentation du spectacle « Ils ont tué Jaurès » http://www.jaures-lespectacle.fr/lecriture/ ) joué à Carmaux en juillet 1994 :

 

      « Sa pensée est une espérance, mais elle n’est jamais un système. Parce qu’elle plonge ses racines dans le goût pour la vie, elle en affronte toutes les contradictions. Ce sont les contradictions de la République elle-même : entre ordre et progrès, entre raison et liberté. Jaurès aura tenté, sans jamais se lasser malgré les épreuves, cette difficile synthèse (....) 

 

      Il a toujours su s’écarter des deux périls opposés qui menacent tout engagement politique : l’excès d’idéalisme et l’excès d’opportunisme ; la tentation de préférer à l’homme une théorie de l’homme ; la tentation de capituler, au nom de la raison, devant les résistances du réel. C’est l’honneur de Jaurès d’avoir conjuré ces périls : d’avoir affirmé qu’il n’y a science, ni progrès hors de la démocratie ; d’avoir tracé la voie entre les dogmatismes qui conduisent à la terreur et les renoncements qui fomentent les servitudes. Puisse cet exemple de courage demeurer vivant dans les mémoires »

      J’ai pu à nouveau constater combien ses analyses, ses réflexions philosophiques, humanistes ou politiques, qui datent pourtant d’il y a un siècle, sont toujours d'actualité dans les temps difficiles que nous traversons.

 

      Il faut vraiment relire Jaurès ! Pour vous aider, voici d’intéressants liens :

 

- le remarquable site de la Société d’études jaurésiennes:

http://www.jaures.info/welcome/index.php

 

- tous les documents et les initiatives concernant l’année Jaurès, rassemblés par la Fondation Jean-Jaurès :

http://www.jean-jaures.org/2014-annee-Jaures

 

- mes 37 textes concernant Jaurès, sur ce blog :

http://paul.quiles.over-blog.com/tag/Jaurès/

 

- le dernier discours de Jaurès, prononcé le 25 juillet 1914. Prémonitoire !

http://paul.quiles.over-blog.com/2014/02/le-dernier-discours-de-jean-jaur%C3%A8s.html

 

- le site du spectacle « Jaurès, une voix pour la paix », joué à Carmaux en octobre 2013 et qui sera rejoué du 27 au 31 juillet 2014 à Cap’ Découverte, près de Carmaux :

http://www.jaures-lespectacle.fr/le-synopsis/

 

- un extrait vidéo de ce spectacle :

http://www.jaures-lespectacle.fr/2014/03/extrait-video-du-spectacle-jaures-une-voix-pour-la-paix/

 

- le site des Editions de Matignon, qui éditent de nombreux livres consacrés à Jaurès:

http://www.editionsdematignon.com/

 

- l’extrait d’un texte de François Mitterrand, qui parlait si bien de Jaurès et qui m’a envoyé ce texte pour l’insérer dans la brochure de présentation du spectacle « Ils ont tué Jaurès » http://www.jaures-lespectacle.fr/lecriture/ ) joué à Carmaux en juillet 1994 :

 

      « Sa pensée est une espérance, mais elle n’est jamais un système. Parce qu’elle plonge ses racines dans le goût pour la vie, elle en affronte toutes les contradictions. Ce sont les contradictions de la République elle-même : entre ordre et progrès, entre raison et liberté. Jaurès aura tenté, sans jamais se lasser malgré les épreuves, cette difficile synthèse (....) 

 

      Il a toujours su s’écarter des deux périls opposés qui menacent tout engagement politique : l’excès d’idéalisme et l’excès d’opportunisme ; la tentation de préférer à l’homme une théorie de l’homme ; la tentation de capituler, au nom de la raison, devant les résistances du réel. C’est l’honneur de Jaurès d’avoir conjuré ces périls : d’avoir affirmé qu’il n’y a science, ni progrès hors de la démocratie ; d’avoir tracé la voie entre les dogmatismes qui conduisent à la terreur et les renoncements qui fomentent les servitudes. Puisse cet exemple de courage demeurer vivant dans les mémoires »

Il y a 101 ans
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30 juillet 2015 4 30 /07 /juillet /2015 17:55
Le maire de Kourou, François Ringuet et le maire de Cordes, Paul Quilès, signant le protocole de jumelage entre les 2 communes

Le maire de Kourou, François Ringuet et le maire de Cordes, Paul Quilès, signant le protocole de jumelage entre les 2 communes

    Un évènement exceptionnel a eu lieu hier: le jumelage entre 2 communes françaises, une commune médiévale, Cordes sur Ciel (élue l’an dernier “village préféré des Français”) et une ville guyanaise, Kourou, siège d’une des plus grandes bases spatiales au monde.

 

  Ce rapprochement, opéré sous les auspices du CNES, est le fruit notamment de l’histoire de quelques hommes et de l’intérêt commun porté au développement de l’activité spatiale.

 

  Il s’enrichira des contacts prévus entre élus et représentants des associations, notamment dans les domaines de la jeunesse, du tourisme, de l'environnement, de la culture.

 

    Des échanges entre enseignants et élèves conduiront à la réalisation de projets communs, culturels, sportifs et environnementaux. Le tourisme et sa communication seront aussi au programme, sans négliger les mesures de préservation de l'environnement : protection de la faune et de la flore.

 

    Le programme de la visite des élus de Kourou à Cordes sur Ciel a repris l'ensemble de ces thématiques communes aux deux collectivités. Il a été l’occasion, dans une ambiance amicale et constructive, de jeter les bases de projets communs….dont nous reparlerons bientôt.

 

                            Lire l’article de La Dépêche du midi

 

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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 17:15
Les élus pendant la guerre de 14
Les élus pendant la guerre de 14Les élus pendant la guerre de 14

       Ce témoignage exceptionnel décrit de façon détaillée et émouvante l’action des élus municipaux de Cordes pendant la guerre de 14-18. Certes, la France n’est pas en guerre aujourd’hui et les élus ne sont pas soumis aux mêmes contraintes qu’en 14-18, mais, alors qu’il est de bon ton de critiquer leur travail, l’intérêt de ce document n’est pas seulement historique !

 

Paul Quilès

 

****

 

         " La guerre de 14-18 est une guerre « totale » au sens où toute la nation devient combattante et où les populations de l'arrière ont autant d'importance que les poilus des premières lignes. Nous avons évoqué précédemment les femmes, puis les enfants. Parlons aujourd'hui d'une autre catégorie de combattants : les élus municipaux.

        

        On a du mal à se rendre compte de l'énorme travail fourni par le conseil municipal au cours des années de guerre. Rappelons tout d'abord un handicap : au moment même où les problèmes à résoudre augmentent, le nombre des élus diminue suite à la mobilisation générale : sur quinze élus, cinq sont mobilisés. De plus, au début de 1918, le maire Jean-Louis Favarel décède : impossible de le remplacer avant la fin des hostilités. La tâche est tellement lourde qu'il est demandé à l'autorité militaire de nommer, pour un service à temps partiel du conseil municipal, Ernest Tisseyre, élu cordais mobilisé comme réserviste mais détaché au Ministère de l'Agriculture.

 

        Les élus ont à mener la bataille sur trois fronts principaux. Le premier est celui des travaux habituels comme en temps de paix : ils sont rendus plus difficiles à cause du manque de travailleurs et de la montée des prix : un mur qui s'écroule ici, un égout bouché là, de vieux arbres qui menacent de bloquer un chemin en tombant, l'hygiène aux abattoirs qui ne répond plus aux normes...il n'y a pas de répit dans cette offensive aggravée du fait des lois nouvelles décrétées par le gouvernement et qui nécessitent beaucoup de temps et d'énergie, ne serait-ce que pour les étudier.

 

        La deuxième ligne de feu est faite d'impromptus qui viennent comme de soudaines salves d'artillerie : ce sont les demandes de la préfecture imposant une réaction immédiate non seulement pour obéir mais aussi pour donner le compte-rendu de leur exécution : vingt couvertures à rassembler immédiatement : il faut les acheter faute de pouvoir les trouver sur  Cordes même... organiser l'accueil d'une quarantaine de réfugiés qui arrivent à la gare de Vindrac... libérer une maison assez grande pour loger un contingent de prisonniers allemands... visiter chaque exploitation agricole pour voir si toutes les terres sont cultivées et envoyer à la préfecture la liste précise d'éventuelles friches... surveiller chaque foire, chaque marché hebdomadaire et faire connaître l'évolution des prix de base... collecter les emprunts en franc-or pour la défense nationale, etc, etc... De plus, il faut toujours un élu pour accompagner les délégations militaires venant régulièrement réquisitionner des chevaux, des bœufs, des chiens, des céréales, du fourrage...

 

         Enfin et surtout il y a le combat permanent à mener contre la misère pour protéger autant que faire se peut la santé des habitants les plus fragiles, notamment les personnes âgées. Les élus sont certes aidés par quelques personnes formant le Comité de bienfaisance qui recueillent les demandes d'aide et font des propositions mais c'est à eux les élus à prendre les décisions au cas par cas. Cela occupe une part importante des réunions du conseil municipal sans parler du travail d'information en amont. En 1914, l’État a décidé que l'allocation mensuelle donnée aux « indigents » ne pouvait pas dépasser 20 frs.

 

        Le montant de l'allocation dépend de la situation réelle de tout un chacun, ce qui impose aux élus de connaître cette situation ; les comptes-rendus des séances du Conseil municipal montrent par leur précision qu'ils prennent cela très au sérieux. Il faut savoir d'ailleurs qu'ils sont très surveillés par l'administration préfectorale. C'est ainsi par exemple que, le 7 juin 1916 une lettre du préfet ordonne au maire de Cordes de supprimer l'allocation à la moitié environ des bénéficiaires, car leur nombre dépasse trop la moyenne du département (!...). Et voilà les élus prenant la liste des personnes aidées et répondant au préfet pourquoi ils refusent de supprimer l'allocation à telle et telle personne. Non seulement cela montre le sérieux avec lequel ils « défendent » les administrés, mais aussi donne une idée de leur charge de travail car ils ont à s'occuper ainsi, une par une, de quelques 71 personnes, et pour beaucoup, le montant de l'allocation varie de mois en mois selon l'évolution du coût de la vie.

 

        Ajoutons à ce nombre la liste des femmes enceintes dont la situation financière est fragile et qui perçoivent une allocation spéciale pour l'accouchement : entre 1914 et 1918,  elles sont au nombre de 49.

 

        Enfin n'oublions pas les urgences : à huit reprises,  les élus devront décider de l'hospitalisation de malades à la dernière extrémité qu'on ne peut pas prendre en charge sur place, hospitalisation soit au Bon Sauveur d'Albi soit à l’hôpital de Gaillac. Et en 1914 les communications sont loin d'être aussi faciles qu'aujourd'hui !"

                                                           Michel Bonnet

 

 

Ce texte, publié dans Cordes Infos, a été rédigé par Michel Bonnet dans le cadre du travail minutieux qu’il conduit avec la Commission "14-18 en Pays cordais"

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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 14:02
Dissuasion nucléaire: abandonner les mythes

Voici le texte que j'ai rédigé pour "la revue socialiste" (juillet 2015)

 

qui vient de le publier dans la rubrique "le débat"

 

***

 

    Les socialistes sont toujours timides et parfois gênés sur ce sujet. Il leur arrive d’en découvrir l’importance quand le Président de la République est socialiste et qu’il apparaît comme le « chef des armées » et le détenteur du « pouvoir nucléaire ».

 

    Le PS s’est exprimé peu souvent sur les questions de défense. Le court paragraphe qui aborde ces questions à la fin du texte de la Convention internationale du PS d’octobre 2010[1] montre bien qu’il faut aller plus loin dans notre réflexion et nos propositions.

 

    Nous devons faire le lien entre nos analyses, nos propositions et les valeurs qui fondent la tradition internationaliste, à laquelle nous sommes attachés : la solidarité, la réduction des inégalités, le règlement politique des conflits grâce à l’arbitrage international, l’utilisation mesurée de la force en dernier ressort et de manière proportionnelle pour faire face aux menaces graves contre notre sécurité, conformément au droit international.

 

    Nous devons trier et hiérarchiser nos thèmes d’intervention, pour être audibles, convaincants et efficaces, en évitant de nous limiter à un catalogue de bonnes intentions.

 

    Nous devons répéter que la construction de la paix est au cœur du message internationaliste des socialistes, tout en étant conscients que c’est un mécanisme complexe, qui passe par:

      - la prévention et l’anticipation, à partir d’une analyse sérieuse de l’état du monde, de ses dysfonctionnements, des motivations des acteurs ;

    - l’intervention, menée, lorsqu’elle devient inévitable, sur décision du Conseil de sécurité de l’ONU ou en légitime défense ;

    - la consolidation de la paix, qui a pour objectif d’éviter qu’un pays ne retombe dans la crise et qui nécessite un engagement de très long terme de la communauté internationale, pour remettre sur pied des pays et des économies dévastés par la guerre.

     - la maîtrise des armements et le désarmement, notamment nucléaire, qui constitue un élément efficace de ce mécanisme au service de la paix et de la sécurité.

 

A quoi sert la dissuasion nucléaire ?

 

    Mali, Centrafrique, Irak, Syrie, terrorisme djihadiste, Ukraine… Personne n’en doute, l’arme nucléaire n’a servi et ne servira à rien dans le déroulement de ces conflits. Elle ne sera d’aucune utilité non plus dans la réponse à apporter aux menaces qu’ils représentent.

 

    Et pourtant, l’existence de tensions internationales, qui n’ont pas disparu avec la chute du Mur de Berlin, mais qui ont pris des formes nouvelles, est un argument qu’utilisent les inconditionnels de l’arme nucléaire pour refuser tout débat sur le sujet. Pensez donc, disent-ils, il est indispensable, dans ce monde dangereux, de disposer de l’« assurance vie » que nous apporte l’armement nucléaire. Mais ils refusent tout à la fois d’imaginer les scénarios d’emploi de cette arme, prétendument décrite comme une « arme de non emploi » et d’autoriser d’autres pays à disposer de cette assurance !

 

    Ceux qui ne partagent pas leur conviction sont traités, au mieux, par le mépris. Il faut dire que cette conviction a toutes les caractéristiques d’une foi, bâtie sur des certitudes mystérieuses, avec ses dogmes, ses formulations peu accessibles au grand public, ses grands prêtres. Comme il s’agit d’une religion, il est donc impossible de remettre en cause la doctrine fondamentale, celle de la dissuasion nucléaire, présentée comme indispensable et consubstantielle à la France. Etonnante prégnance de cette approche quasi religieuse de la sécurité dans un pays, pourtant laïque et qui ne reconnaît donc aucune religion officielle !

 

Les dogmes

 

    Pour étayer mon propos, je prendrai quelques exemples de ces dogmes.

  • Il paraît que la possession de l’arme nucléaire permettrait à la France de jouer un rôle important sur la scène internationale. Je ne sache pas pourtant que cet argument ait pesé lorsqu’il s’est agi pour V. Poutine d’accepter de discuter de la crise ukrainienne avec la représentante d’un pays non nucléaire, l’Allemagne.
  • Quant à prétendre que le statut de membre permanent de la France au Conseil de sécurité de l’ONU lui imposerait de disposer d’un armement nucléaire, c’est tout simplement méconnaître l’Histoire. Lors de la création de l’ONU, en 1945, un seul membre permanent du Conseil de sécurité possédait des bombes atomiques : les Etats- Unis, qui en avaient déjà « utilisé » 2 contre le Japon.
  • Dans les discours officiels, l’armement nucléaire est présenté comme une garantie de la stabilité et donc de la paix dans le monde, à condition qu’il ne dépasse pas un niveau de « stricte suffisance ». Le concept de suffisance n’appelle, en toute logique, aucun qualificatif. Un armement est suffisant ou ne l’est pas. Si on qualifie la suffisance de stricte, c’est parce qu’on veut faire croire que l’arme est rigoureusement dimensionnée et en quelque sorte calculée au millimètre. Or, il est en réalité impossible de définir en toute rigueur un niveau de suffisance au-delà duquel l’arme nucléaire serait déstabilisante et en-deçà duquel elle perdrait sa crédibilité.
  • On affirme que la possession d’un armement nucléaire est utile pour lutter contre la prolifération. Or, c’est bien au contraire l’addiction des grandes puissances au nucléaire militaire, qui pousse à la prolifération dans les pays qui écoutent leurs arguments, à savoir que la possession de l’arme nucléaire serait la meilleure façon de se défendre et de se faire « entendre » (Inde, Pakistan, Iran…). C’est pourquoi ces Etats pratiquent délibérément ce que l’on nomme la prolifération « verticale », en accroissant leurs systèmes d’armes par des programmes de modernisation.
  • On nous dit que la France respecte le Traité de Non-Prolifération (TNP), dont notre pays est signataire depuis 1992. C’est inexact, puisque la modernisation des armes va à l’encontre de l’engagement de l’article VI de ce traité (« Chacune des Parties au Traité s’engage à poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée et au désarmement nucléaire, et sur un traité de désarmement général et complet sous un contrôle international strict et efficace. ») et des décisions prises lors des conférences d’examen de ce traité tous les 5 ans.
  • Cet armement ne coûterait pas cher. Tout est relatif, puisque la loi de programmation militaire annonce 23,3 milliards d’euros de dépenses d’équipement pour la période 2014-2019, sans parler de ce qui est caché dans d’autres chapitres budgétaires. Chaque décision politique sur ces équipements engage des dépenses pour plusieurs décennies.
  • La dissuasion interdirait toute attaque nucléaire. Si c’était le cas, pourquoi donc prévoir avec l’OTAN un coûteux « bouclier anti-missile », qui signe l’échec de la dissuasion ?
  • Bien d’autres contrevérités sont colportées et pas seulement en France. Leur répétition n’en fait pas pour autant des vérités. Par exemple, l’affirmation que le bombardement d’Hiroshima et de Nagasaki aurait permis de mettre fin à la seconde guerre mondiale ou encore que l’amoncellement des ogives nucléaires ne présente pas de danger. Trois conférences internationales sur l’impact humanitaire catastrophique des armes nucléaires, avec 158 Etats présents lors de la dernière (décembre 2014, Vienne, mais sans la présence de la France) ont fait la preuve de l’inexactitude de ces affirmations.

 

L’argument du consensus.

 

    C’est l’argument suprême : il y aurait un consensus en France sur cette question. Mais comment peut-on l’affirmer, en l’absence de véritable débat ? Le débat suppose la confrontation et l’expression des désaccords, ainsi qu’une information complète du public, actuellement désinformé par des enquêtes d’opinion mystificatrices. Or ces conditions ne sont pas remplies. Le terme de consensus est donc totalement déplacé.

 

    Si on veut qu’une large majorité se dégage en faveur de choix clairement définis, qu’il s’agisse du désarmement nucléaire ou de toute autre question majeure, il faut, au préalable, une large information, un débat national, une confrontation des points de vue d’experts indépendants. Au terme du processus, un débat parlementaire doit avoir lieu.

 

    Parmi les éléments du débat, devraient figurer les scénarios d’emploi, dont on ne parle jamais. Il paraît que le refus de donner des scénarios serait inhérent à la dissuasion nucléaire. On laisse donc le flou sur des questions comme « à quoi ça peut servir et dans quelles circonstances ?», avec la réponse censée mettre fin à tout débat : « on ne sait jamais ce qui peut arriver! » C’est au nom de ce principe que le monde s’est laissé entraîner dans une folle course aux armements pendant 45 ans, qui a vu le stock d’armes nucléaires passer de 3 en 1945 à 70 000 au début des années 90.

 

    En réalité, on se prépare à des emplois bien déterminés mais on maintient le secret sur ces scénarios d’emploi car l’arme nucléaire serait précisément destinée à ne pas être employée. Le discours sur « l’arme de non-emploi », c’est en quelque sorte « le pari de Pascal ». Il est dangereux, dans le monde réel, d’adopter une telle perspective.

 

    Parler de la nécessité d’une « autonomie de décision » n’est pas plus rassurant. Qui décide de la mise en œuvre de l’arme nucléaire ? En fonction de quelle information ? Avec quelles concertations ? On répète depuis des années qu’il faut envisager une défense européenne. Si la défense européenne est un objectif, imagine-t-on une autonomie de décision sur un point aussi essentiel ? Qui le Président de la République va-t-il appeler avant de prendre sa décision d’avoir recours à l’arme nucléaire ou même de menacer d’y avoir recours ? Comment définir l’autonomie de décision au sein de l’Alliance atlantique, qui est toujours une alliance nucléaire. Quelles sont les conséquences de nos choix pour nos alliés ?

 

    Dans l’élaboration du concept de dissuasion nucléaire, il faut souligner le rôle joué par le lobby militaro-industriel, dont on parle trop peu. Les industriels, qui veulent vendre leurs matériels, exercent des pressions considérables sur les décideurs, soumis à la double influence des experts et des lobbies. Il n’est pas interdit alors de se poser des questions sur la rationalité et la justesse de certains choix. Souvenons-nous du discours édifiant du Général Eisenhower, en quittant la Présidence des Etats-Unis le 17 janvier 1961 : « Nous devons veiller à empêcher le complexe militaro-industriel d’acquérir une influence injustifiée dans les structures gouvernementales…Nous nous trouvons devant un risque réel, qui se maintiendra à l’avenir : qu’une concentration désastreuse de pouvoir en des mains dangereuses aille en s’affermissant. Nous devons veiller à ne jamais laisser le poids de cette association de pouvoirs mettre en danger nos libertés ou nos procédures démocratiques. »

 

Comment agir pour aller vers un monde sans armes nucléaires ?

 

    Il y a près de 26 ans, le Mur de Berlin tombait. Cet évènement majeur, suivi du démantèlement du bloc soviétique, mettait fin à la bipolarisation du monde et marquait une rupture majeure sur la scène internationale. Pourtant, aucune nouvelle doctrine de sécurité n’a véritablement émergé de cette mutation géopolitique profonde et la dissuasion nucléaire - qui consiste à exposer son adversaire à un risque de destruction massive - reste le pilier de la politique de défense de la France.

 

    Hier, le contrôle des armes nucléaires symbolisait la volonté de maintenir un équilibre – même fragile - entre les blocs de l’Est et de l’Ouest. Hier, une certaine pertinence stratégique des armes nucléaires pouvait se concevoir… encore que l’on ait, au nom de cette pertinence, accumulé autant d’armes nucléaires.

 

    Aujourd’hui, les menaces auxquelles nous devions faire face sont à ranger au nombre des peurs du passé et la théorie de la dissuasion nucléaire n’est plus adaptée au monde en mouvement de ce début de 21ème siècle. Aujourd’hui, c’est l’existence même des armes nucléaires, couplée au risque de prolifération et de terrorisme nucléaire, qui constitue paradoxalement la plus grande menace. On assiste, par exemple, dans le contexte du conflit ukrainien, à des « gesticulations » nucléaires russes et américaines, les uns approchant leurs bombardiers de l’espace aérien des pays de l’OTAN, les autres s’efforçant de les gêner dans leurs manœuvres et ce, au moment même où les canaux de communication de crise ne fonctionnent plus. Dans ce cas précis, la dissuasion accroît les risques d’escalade, jusqu’à faire apparaître l’éventualité d’un chantage nucléaire, alors qu’il faudrait porter tous les efforts vers la solution politique de la crise et sa « démilitarisation ».

 

    C’est plus par le multilatéralisme et les traités (comme le TNP) qu’on combattra la prolifération nucléaire que par la dissuasion. La nouvelle donne internationale et son lot d’instabilités politiques profondes plaident pour faire de l’élimination des armes nucléaires le fer de lance d’une nouvelle doctrine de sécurité internationale. Le désarmement nucléaire, présenté et vécu comme un acte de courage et non pas comme un acte de faiblesse, passera par un ensemble d’actions politiques, diplomatiques et militaires. Chacune a son importance, chacune est une étape essentielle pour asseoir cette vision d’un monde sans armes nucléaires.

 

Le rôle de la France

 

    Dans cette nouvelle donne, la France a un rôle à jouer. Le Président de la République, dont les prérogatives sont essentielles dans le fonctionnement de la Vème République[2], a fait un discours à Istres, le 19 février 2015, dans lequel il a rappelé les principes classiques de la dissuasion nucléaire, les mêmes qu’à l’époque de la Guerre froide !

 

    Il est regrettable qu’il n’ait pas profité de son aura internationale actuelle pour appeler les puissances nucléaires à une conférence internationale, qui entamerait la marche vers un monde sans armes nucléaires.

 

    Il aurait pu aussi indiquer qu’il gelait la modernisation des programmes nucléaires (SNLE, missile balistique et aéroporté, têtes nucléaires) et annoncer un programme de transparence, comme l’ont fait les Britanniques, les Russes et les Américains.

 

    Il aurait pu demander d’inscrire le désarmement nucléaire parmi les priorités de la politique étrangère et de sécurité commune de l’Union européenne.

 

    Il aurait pu plaider, au sein de l’OTAN, pour la suspension de la modernisation des armes nucléaires tactiques américaines et pour l’ouverture de négociations concernant le retrait et la réduction de ces armes en Europe.

 

    Il aurait pu enfin rappeler avec force la nécessité d’une « zone libre d’armes nucléaires et d’armes de destruction massive » au Moyen-Orient.

 

    L’annonce de ces mesures, qui ne remettraient pas en cause – au moins pour le moment - l’existence de la dissuasion nucléaire, auraient une valeur symbolique forte. Elles devraient être suivies d’un vrai débat parlementaire, associant la société civile, les scientifiques, les experts officiels et les militaires sur la possession de cet arsenal.

 

    Une telle démarche, 70 ans après les bombardements nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki, serait certainement saluée et soutenue par une écrasante majorité des Etats des cinq continents.

 

    La France ne peut plus rester prisonnière de la pensée d’un monde ancien et vivre sur des mythes. Elle doit redevenir audacieuse et les socialistes doivent redonner tout leur sens aux valeurs issues de l’héritage que leur a légué Jean Jaurès.

 

Paul Quilès

ancien Ministre de la défense,

ex- Président de la Commission de la défense à l’Assemblée Nationale,

délégué national du PS (1995-2008) chargé des questions de défense et de stratégie.

Il préside actuellement  l'association "Arrêtez la bombe" (ALB)

____________________________________________________________________

 

[1] Extrait du texte de la Convention : « Notre action pour assurer la sécurité s’accompagnera d’une position claire et responsable en faveur du désarmement : le désarmement plutôt que la course aux arsenaux défensifs. Sans remettre en cause la légitimité d’une dissuasion indépendante de notre pays, tant que subsistent d’autres arsenaux nucléaires, la France reprendra son rôle d’impulsion dans les débats sur le désarmement et la non-prolifération des armes de destruction massive. Celui-ci, appliqué à un cadre régional en particulier, peut contribuer fortement à l’apaisement des tensions. La France soutiendra activement le projet d’un Moyen-Orient dénucléarisé.

Nous saisirons l’opportunité historique créée par les orientations du Président Obama en faveur d’un désarmement nucléaire universel, progressif, négocié et efficacement contrôlé. La France exprimera son soutien à la perspective d’un monde sans armes nucléaires.

Nous prendrons des initiatives afin de relancer les négociations pour un traité d’interdiction de la production de matières fissiles à usage militaire.

Nous soutiendrons les initiatives tendant à une réduction des armements conventionnels les plus déstabilisants et les plus dangereux pour les populations, en particulier les armes de petit calibre qui font aujourd’hui des ravages dans les conflits africains. La vigilance politique sur les ventes d’armement, affaiblie par le pouvoir actuel, sera rétablie. »

 

[2] Le décret du 14 janvier 1964 définit le fonctionnement de la « force de frappe » et de la dissuasion nucléaire. Depuis cette date, c’est le Président de la République et lui seul qui transmet l’ordre et qui décide, en tant que responsable du Conseil restreint de défense.

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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 11:58
Soutien à l’accord nucléaire avec l’Iran

      Avec 70 personnalités européennes, membres du réseau ELN, j’ai signé ce texte de soutien à l'accord nucléaire passé avec l'Iran le 14 juillet.

      Nous y expliquons pourquoi il est essentiel que toutes les parties (États-Unis, pays de l'Union européenne, Iran) s’engagent à le mettre en œuvre de bonne foi.

 

      Extraits de la déclaration :

 

     " Nous croyons que cet accord fournit un cadre solide pour mettre fin à la crise sur le programme nucléaire iranien et le fondement de réintégrer l'Iran dans la communauté internationale. Dans le même temps, l'adoption de ce document est seulement une première étape dans un processus qui doit augmenter le niveau de la sécurité de tous les pays du Moyen-Orient, en Europe et au-delà.      (….)

 

    L'impératif de stopper la prolifération des armes nucléaires et le renforcement du régime de non-prolifération a été au cœur de la crise iranienne. L’accord passé le 14 juillet répond à cet objectif pour les raisons suivantes:

 

  - L'accord met des contraintes à long terme et vérifiables sur le développement de technologies et de construction d'installations qui pourraient être utilisées par l'Iran pour produire des matériaux de qualité militaire. Il plafonne l'accumulation de matières nucléaires susceptibles d’être utilisées pour produire une bombe nucléaire et il offre simultanément à l'Iran la possibilité de développer un programme nucléaire civil.

 

    - L'accord inclut un mécanisme "robuste" pour le suivi du développement du programme nucléaire iranien et la vérification de son caractère pacifique par l'AIEA, répondant à la fois la question de la surveillance des installations déclarées et la possibilité de tricher en utilisant des dispositifs clandestins.

 

    - L'accord démontre que la crise sur le non-respect d'un pays avec les obligations de non-prolifération nucléaire peut être résolue par la négociation plutôt que l'usage de la force. Mis en œuvre fidèlement, il sera un puissant argument contre ceux qui prétendent que seule la possession d'armes nucléaires peut garantir la sécurité "réelle" d'un pays."

                 (….)

 

      Lire l’ensemble de la déclaration

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19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 16:44
Le ciel sur Cordes
Le ciel sur Cordes

      La quatrième édition de la manifestation "le Ciel sur Cordes" se déroulera du mercredi 29 juillet au 6 août.

 

     Son inauguration aura lieu le 29 juillet en présence de Jean-Yves Le Gall, Président du CNES et de François Ringuet, maire de Kourou (Guyane), qui signera avec moi à cette occasion la Convention de jumelage entre Cordes sur Ciel et Kourou.

 

      Trois conférences seront proposées: le 29 juillet, sous la Halle, "Philae, la mission de tous les records" et "L’apport du spatial en océanographie" (conférences animées par Michel Chevalet) ; le 5 août, au théâtre du Colombier, "Au cœur de Mars"..

 

Présentation de la manifestation 

:

      « Aux côtés de la mairie de Cordes sur Ciel, le Centre national d’études spatiales (CNES), Arianespace et Thales Alenia Space prennent part à cet événement, dont le but est de conjuguer histoire et modernité, en ouvrant une fenêtre sur le spatial dans un cadre architectural unique.

 

      Cette manifestation donnera l’occasion au public de participer à des animations organisées au sein de cette bastide tarnaise.

 

      Rendez-vous scientifique et culturel en Midi-Pyrénées, « Le Ciel sur Cordes » souhaite devenir un moment privilégié de rencontres rassemblant des acteurs européens du secteur spatial et le grand public. Une ambition résumée par Paul Quilès, maire de Cordes sur Ciel et ministre en charge de l’Espace de 1988 à 1992 :    « Le Ciel sur Cordes est un programme pluridisciplinaire et multiculturel sur plusieurs années, qui a pour but de révéler aux yeux du grand public la réalité, souvent insoupçonnée, de l’espace, susciter des passions et, pourquoi pas, des vocations parmi les plus jeunes ».

 

      La Cité de l’espace participe également à cette 4ème édition en présentant une activité pour les jeunes intitulée « le labo des Expériences » les 29 et 30 juillet. »

 

****

 

    Retrouvez chaque jour les coups de projecteur de la radio CFM 

 

consacrés au Ciel sur Cordes

 

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dont Paul Quilès est le maire
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 Avant de venir à Cordes, consultez:

     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez