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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 10:59
D'abord battre le FN

      Le résultat de ce 1er tour n'a pas été vraiment une surprise pour qui voulait bien prendre un peu de distance par rapport aux proclamations enflammées des candidats et à la dramatisation mise en scène par les commentateurs.

 

      Certains sont déçus et on les comprend. D’autres considèrent que l’élection est terminée et ont laissé paraître, dès hier soir, un enthousiasme démesuré et imprudent. Ainsi que je l’ai rappelé, « au premier tour, on choisit, au second, on élimine ».

 

      Même si l’issue du scrutin du 7 mai est assez prévisible, il ne faut pas perdre de vue que tous les efforts doivent converger pour que la candidate du FN soit battue. C’est une évidence pour celles et ceux, dont je suis, dont les valeurs sont aux antipodes des propositions dangereuses pour la France et la République de ce parti extrêmiste et populiste.

 

      Il est donc trop tôt pour procéder aux examens de conscience indispensables qui permettront d’expliquer par exemple la dégringolade du score socialiste. Ce travail devra être mené en profondeur, en évitant les règlements de compte ou les empressements suspects, qui semblent malheureusement déjà tenter quelques responsables.

 

     Très rapidement, la question principale qui va se poser sera celle de la composition de la future assemblée nationale qui sortira des urnes le 18 juin. C’est elle qui déterminera la ligne politique du gouvernement chargé de répondre aux attentes des Français. On verra alors ce que valent les formules répétées et ressassées pendant ces semaines de campagne et qui ne m'ont pas convaincu : "la fin des partis", "le nouveau visage de la politique française", "la disparition du clivage droite- gauche"

 

      Il faudra donner du contenu aux mots et ne pas hésiter à engager les réformes sans lesquelles la démocratie française risque de se dégrader. Je pense en particulier à la nécessité de modifier le caractère quasi monarchique de nos institutions (voir ce que j’écrivais il y a quelques années : « Réformer les institutions de la Vème République ? »

 

      Je pense aussi à la nécessité d’abandonner -pour le PS en tout cas- ce système absurde des primaires, dont on a pu constater les conséquences tragiques à l’occasion de cette élection et que j’ai eu l’occasion de dénoncer à de multiples reprises (voir « La primaire à gauche est un leurre »  )

 

      Bien d’autres sujets seront à mettre à l’ordre du jour de la réflexion à venir des partis politiques et tout particulièrement du PS. Ce n’est qu’à l’issue de ce travail que l’on pourra dire si cette élection a véritablement permis, selon une autre formule en vogue, d’"ouvrir une nouvelle phase de la vie politique française".

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Published by Paul Quilès - dans Politique française
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18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 17:32
La dissuasion nucléaire : une religion ?

Un lecteur de mon blog, Bernard Pradines,

 

m'a adressé cet intéressant texte

 

et il m'a autorisé à le publier. 

 

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      La dissuasion nucléaire : une religion ? Cette question peut sembler a priori saugrenue si elle est détachée de son contexte. Pourtant, comme le déclarait Paul Quilès dans une interview récente pour le site français Reporterre le 27 mars 2017 à propos de la croyance dans l’efficacité du maintien de la paix conféré par la "force de frappe" : « Dans une religion, on est autorisé à parler des nouvelles règles d’ordination, de certaines modalités d’exercice du culte, mais on ne s’interroge pas sur l’existence de Dieu, qui va de soi. Eh bien, pour le nucléaire c’est pareil. »

 

      L’avantage de cette comparaison est de se faire comprendre rapidement sur la futilité et la dangerosité de l’arme nucléaire dans la prévention d’une nouvelle guerre. En cause ici la notion rassurante de dissuasion par la terreur qui a fait florès dès le début de la guerre froide au XXème siècle et se prolonge encore de nos jours. Elle résume bien l’aveuglement suscité par la perspective d’une apocalypse nucléaire pourtant possible ; pire, celle-ci serait indubitablement favorisée par la détention de ces moyens de destruction massive en cas de déclenchement des hostilités.

 

     L’inconvénient d’un rapprochement avec l’existence de Dieu est de froisser des personnes monothéistes qui partagent la défiance justifiée envers l’arme atomique. Elles peuvent se sentir blessées par un rapprochement qui se situe à l’opposé de leur engagement.

 

     Et les religions, dans tout ça ? Elles proposent une approche non scientifique considérée par le matérialisme philosophique comme une projection des spéculations, inexprimables autrement, de l’humanité. De nombreuses approches sont fondées sur ce socle commun : qu’il s’agisse de Ludwig Feuerbach, d’Arthur Schopenhauer, de Friedrich Nietzche ou de Sigmund Freud. Ce faisant, il ne s’agit pas d’un rejet pur et simple. Mieux, il est souhaitable de s’intéresser à cet aspect de la culture : une représentation humaine fortement affective, transfigurée, révélatrice des espoirs secrets et des craintes autrement inexprimées d’un groupe humain dans une époque donnée.

 

      Entre autres innombrables postulats, la virginité de la mère de Jésus de Nazareth prête à sourire pour ceux qui n’y croient pas. Pourtant, faut-il limiter aux religions l’apanage du déni de la réalité ? Je ne le pense pas.

 

     Nous sommes tentés de vouloir la fin prochaine des considérations irrationnelles qui furent courantes dans l’Antiquité et au Moyen-Age, s’estompèrent avec la Renaissance et le siècle des Lumières et furent définitivement dépassées avec la généralisation de l’approche scientifique. Ce serait faire fi de tous les complotismes et autres conspirationnismes encore à la mode. Internet a revivifié ces supputations abracadabrantesques ; il n’existerait pas une réalité mais de multiples vérités qui dépendent de l’intérêt qui anime ceux qui les exposent. Un nouveau relativisme donc, allant jusqu’au nihilisme, aboutissant à nier le voyage sur la lune le 20 juillet 1969 ou le 11 septembre 2001 aux Twin Towers et au Pentagone. Mieux, ou plutôt pire, le négationnisme consiste à contester la réalité d’événements majeurs tels que le génocide des Arméniens et, plus près de nous, celui des Juifs d’Europe. Il serait légitime de considérer que ces théories fumeuses n’ont aucun impact. Pourtant, elles valorisent ceux qui allèguent posséder une information inédite. Surtout elles connaissent, telle la rumeur, un écho chez ceux, si nombreux, qui seraient bien plus confortables sans le poids d’un passé épouvantable.

 

      Le chemin est ardu pour comprendre les mécanismes amenant à croire à des invraisemblances. A l’inverse, opposer une vérité rationnelle peut apparaître comme une banalité : la terre n’est-elle pas ronde ? Cette attitude suscite aussi l’impression d’une naïveté crédule envers l’information officielle : les médias auraient-ils toujours raison ?

 

     Le déni est un mécanisme de défense puissant, assurément le plus commun d’entre tous. Il concerne tous les aspects de la vie, particulièrement quand celle-ci nous réserve des surprises désagréables ; il nous aide à apprivoiser progressivement une terrible nouvelle. Il est le compagnon des secrets de famille, il participe au refoulement. Il est une sorte d’amortisseur visant à nous protéger d’une réalité trop cruelle. Ce qui a été décrit comme le mythe de l’invulnérabilité participe de cette démarche d’occultation de notre fragilité.

 

      En somme, l’illusion religieuse est à mes yeux une forme d’expression du déni, le plus démonstratif étant celui de notre finitude. Mais elle n’est pas que cela : elle est aussi un formidable et fantasmagorique espoir pour la grande majorité de l’humanité. Cette espérance est souvent identique à la nôtre : celle de la fin de la menace nucléaire.

Bernard Pradines

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Published by Paul Quilès - dans Désarmement nucléaire
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15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 09:12
Pour vous aider à mettre un bulletin dans l'urne....

 

     A quelques jours d'un scrutin marqué, nous dit-on, par l'indécision de nombreux électeurs, la revue Time To Philo a co- publié avec l'hebdo Le1 ce texte se référant à de célèbres philosophes.... pour vous aider à mettre un bulletin dans l'urne !

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L'âne dans l'isoloir

     Jamais le nombre d’indécis n’aura été aussi important à la veille d’une élection présidentielle (40% selon un récent sondage Ipsos !). Nombre d’électeurs se retrouvent ainsi dans la position de l’âne de Buridan : selon ce fameux paradoxe scolastique (attribué de manière apocryphe au théologien médiéval Jean Buridan), un âne ayant autant faim que soif, et placé à égale distance d’une botte de foin et d’un sceau d’eau, se laissera mourir d’inanition, faute de pouvoir choisir… 

     A cet aimable paradoxe, les trois plus grands métaphysiciens de l’âge classique ont tenté d’apporter une réponse. Espérons que leurs analyses aident nos indécis à mettre un bulletin dans l’urne.

      (....)

Lire le texte

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Published by Paul Quilès - dans Politique française
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14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 22:19
Lutte des classes?

     Cet article bien documenté et plein d'humour de slate.fr rappelle pourquoi j'ai mis fin à la 1ère classe dans le métro parisien le 30 juillet 1991, alors que j'étais ministre des transports.

 

Lire  "Le jour où le métro parisien a vécu sa nuit du 4 août"

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14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 15:50
Pour comprendre la crise nord-coréenne

      Que se passe-t-il en ce moment entre la Corée du Nord, les Etats-Unis et la Chine?

 

      S'agit-il de gesticulations, malheureusement fréquentes, de la part de Trump et de Kim Jong-un ou y a-t-il un risque sérieux d'affrontement militaire?

 

   Cette analyse de 2 chercheurs du GRIP , Bruno Hellendorff et Fanny-Anh Le Hoang, permet de mieux comprendre la situation.

 

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"Avec ou sans vous!"

La Chine a-t-elle réellement les clés de la crise nord-coréenne?

 

      "La Corée du Nord cherche des ennuis. Si la Chine décide d’aider, ce serait super. Sinon, nous allons résoudre le problème sans eux ! " Par ce nouveau tweet incendiaire dont il s’est fendu le 11 avril, le président américain Donald Trump décidait d’enfoncer le clou. Plusieurs jours auparavant, il avait en effet déclaré au journal Financial Times « si la Chine ne résout pas [le problème de] la Corée du Nord, nous le ferons ».

 

       Les États-Unis prévoiraient-ils des frappes contre la Corée du Nord, comme ils l’ont fait en Syrie ? En ordonnant au porte-avion Carl Vinson de retourner croiser à proximité de la péninsule coréenne, l’administration américaine semblait décidée à faire pression sur Pékin.

 

       Reste qu’une question centrale dans cette crise nord-coréenne, et dans le tour nouveau qu’elle semble prendre sous l’impulsion de l’administration Trump, est largement mésestimée : quelle est l’influence réelle de Pékin sur Pyongyang ? La Chine peut-elle assumer le rôle que Washington lui donne ? (....)

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Published by Paul Quilès - dans International et défense
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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 20:36
L'OTAN et la Russie: risque de confrontation militaire?

Ce texte de Paul Quilès, rédigé en octobre 2016,

vient d'être publié par la revue Recherches Internationales

     Lire aussi sur Slideshare    

                                                    

L’aggravation des tensions entre l’OTAN et la Russie :

vers la réapparition d’un risque sérieux de confrontation militaire ?

 

     Les relations entre l’OTAN et la Russie n’ont jamais été franchement bonnes, au moins depuis l’intervention alliée contre les forces serbes pour venir au secours des Kosovars sans mandat du Conseil de sécurité des Nations Unies (mars-juin 1999). Les griefs de la Russie à l’égard des États-Unis et de l’OTAN sont nombreux et anciens. Ils ont été détaillés par le président Poutine en février 2007 lors de la rencontre annuelle de Munich sur la sécurité avec une brutalité qui a surpris de nombreux observateurs : recours à la force sans accord du Conseil de sécurité, blocage du processus de désarmement conventionnel en Europe, construction d’un système de défense contre les missiles balistiques susceptible de porter atteinte à la crédibilité de la dissuasion russe, extension de l’OTAN jusqu’aux frontières de la Russie, recherche par les États-Unis d’une position hégémonique dans le monde. De leur côté, les États-Unis et l’Union européenne multipliaient également les reproches à l’égard de la Russie : usage abusif du veto au sein du Conseil de sécurité en présence de crises humanitaires, violations massives des droits de l’homme par les autorités russes, notamment en Tchétchénie, atteinte à la souveraineté de plusieurs anciennes Républiques soviétiques comme la Moldavie ou la Géorgie, refus de reconnaître le droit de tout État à choisir ses alliances, développement d’une propagande anti-occidentale et anti-américaine.

      Pourtant, dans les années qui ont immédiatement suivi la dissolution du Pacte de Varsovie et la fin de la Guerre froide, la Russie avait semblé se rapprocher durablement des États-Unis et de l’OTAN : elle participait aux côtés de tous les autres pays du continent européen, des États-Unis et du Canada à une nouvelle organisation permanente de sécurité : l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) créée en 1994. Cette organisation a vocation à organiser de manière coopérative la sécurité de l’ensemble du continent européen sur la base de dix principes agréés dès 1975 à Helsinki et comprenant notamment le refus de la menace ou de l’usage de la force, ainsi que le règlement pacifique des différends. La Russie avait également conclu avec l’OTAN, comme les autres pays de l’ancien Pacte de Varsovie, un « partenariat pour la paix » en 1994. Une instance permanente de consultation et de coopération entre la Russie et l’OTAN était créée en 1997 et devenait en 2002 le Conseil OTAN-Russie. Parallèlement s’enclenchait une dynamique de désarmement : l’OTAN se transformait radicalement en réduisant fortement ses capacités : l’effectif des forces américaines passait de plus de 200 000 à moins de 70 000 hommes, tous les alliés procédaient à des réductions comparables de leurs armées et les forces russes, beaucoup moins nombreuses, se repliaient en quasi-totalité sur le territoire de la Russie. Un traité sur les forces conventionnelles en Europe, entré en vigueur en juillet 1992 devait éliminer les disparités entre les armements classiques des différents pays européens, de l’Ouest comme de l’Est. De fortes réductions intervenaient également dans le domaine nucléaire : après l’élimination des « euromissiles » ou missiles nucléaires de portée intermédiaire (FNI) dès la fin des années 1980, on assistait à un retrait d’Europe de la plupart des armes nucléaires tactiques américaines, les armes russes comparables n’étant plus déployées qu’en Russie. Des négociations russo-américaines permettaient par ailleurs de notables réductions des armes stratégiques, selon un processus qui a mené à un plafond de 1550 têtes déployées de part et d’autre dans le cadre du traité New START de 2010.

     Aujourd’hui, les relations entre l’OTAN et la Russie semblent avoir changé du tout au tout. À la suite des ingérences russes en Ukraine et de l’annexion de la Crimée par la Russie, les pays de l’OTAN ont suspendu en avril 2014 toute coopération militaire avec ce pays. Des sanctions d’une sévérité croissante ont été décrétées contre la Russie : elles entraînent notamment une quasi-paralysie des échanges financiers entre la Russie et les pays occidentaux. Les démonstrations de force se multiplient des deux côtés.

      L’intervention militaire de la Russie aux côtés du régime du président Assad en septembre 2015 a encore détérioré les relations russo-occidentales. Les forces aériennes russes opèrent à présent dans le ciel syrien, tout comme celles de la coalition internationale constituée par les États-Unis pour combattre l’organisation dite « État islamique » en Syrie et en Irak. Là aussi des risques d’incidents militaires graves subsistent malgré les accords ponctuels de « déconfliction » visant à les éviter.

      Quelles sont les causes de ces tensions ? Pourrait-on assister à un affrontement entre forces russes et de l’OTAN ? Dans ce cas, comment le prévenir ? Y a-t-il des initiatives qui pourraient conduire à la reprise du dialogue et à la restauration de la confiance dans la perspective d’une nouvelle architecture de sécurité euro-atlantique ?

 

1- Les obstacles structurels au rapprochement de l’OTAN et de la Russie

      La situation actuelle de tension entre l’OTAN et la Russie a des causes largement structurelles. Pendant plus de quarante ans, l’Europe avait été le terrain possible de l’affrontement de deux blocs militaires antagonistes (l’OTAN et le Pacte de Varsovie). Cette menace avait conduit les pays d’Europe occidentale à rechercher la protection nucléaire américaine, à souhaiter la présence de soldats américains sur leur sol et à accepter leur leadership. L’OTAN qui était le cadre essentiel de la coopération entre l’Europe occidentale et les États-Unis en matière de sécurité et de défense puisait sa légitimité dans cette situation.

      Seul le général de Gaulle avait tenté un rééquilibrage des pôles européen et américain de l’Alliance. Son ambition était de faire de la France une puissance fédératrice des intérêts européens afin d’amener l’Europe à affirmer son autonomie stratégique à l’égard des États-Unis. Cette ambition s’est exprimée en octobre 1961 dans le Plan Fouchet et dans le traité franco-allemand de l’Élysée (1963). Elle s’est heurtée au refus des autres pays européens, dont l’Allemagne, de s’engager dans une politique de contestation du leadership américain. Mais le général de Gaulle a continué sur la même ligne, ce qui l’a conduit à décider en mars 1966 le retrait de la France des structures militaires intégrées de l’OTAN (mais non de l’Alliance en tant que telle). Il considérait que l’autonomie stratégique de l’Europe pouvait rendre possible une entente pragmatique avec l’URSS.

      Lorsque Mikhaïl Gorbatchev propose en 1988 la construction d’une « maison commune européenne » par l’établissement de relations de partenariat à l’échelle du continent, les réactions des gouvernements occidentaux sont généralement hésitantes. Ils craignent une manœuvre de division entre l’Europe occidentale et les États-Unis.

      François Mitterrand formule alors l’idée de donner à cette « maison commune » un contenu concret à travers un ensemble d’accords paneuropéens non seulement de désarmement et de sécurité mais aussi de coopération économique, scientifique et technologique. Fin 1989, François Mitterrand propose une confédération paneuropéenne incluant l’URSS. Le but n’est pas de s’opposer aux États-Unis mais de trouver un cadre où les intérêts européens puissent être exprimés entre Européens. Ce projet échoue néanmoins pour deux raisons : la volonté des pays d’Europe centrale et orientale de rejoindre au plus vite l’Europe communautaire ; la crainte générale des Européens d’affaiblir l’OTAN.

      En effet, avec la fin de la confrontation des blocs militaires, l’Alliance atlantique semblait perdre beaucoup de sa signification politique et militaire. Son existence même paraissait pouvoir être remise en cause. On comprend que, dans ce contexte, toute démarche tendant à écarter les États-Unis d’un forum paneuropéen incluant l’URSS ne pouvait que susciter l’hostilité de tous ceux qui ne concevaient pas d’Europe sans leadership américain.

     L’Alliance atlantique remplissait, dès sa création, trois fonctions fondamentales : enraciner la présence américaine dans le paysage stratégique européen ; arbitrer, grâce à cette présence, entre les intérêts stratégiques des Européens (en particulier, dans les premières années de l’organisation, intégrer l’Allemagne à la défense de l’Europe occidentale sans inquiéter ses partenaires) et surtout affranchir l’Europe occidentale des menaces ou pressions soviétiques. L’importance relative de ces trois fonctions s’est modifiée après la disparition des blocs mais leur pertinence n’a pas été remise en cause : les Européens considèrent toujours la présence américaine comme nécessaire pour les prémunir contre un éventuel retour offensif de la puissance russe ; ils sont attachés au leadership américain parce qu’il facilite la conciliation des intérêts stratégiques de tous les pays membres, quelle que soit leur puissance. Enfin, l’existence de l’OTAN écarte l’hypothèse d’un droit de regard de la Russie sur la sécurité de l’Europe. La plupart des pays membres de l’Alliance refusent en effet toujours la perspective qu’une Russie, même démocratique, soit étroitement associée à l’OTAN : pour limité que soit le poids économique de la Russie, sa position géopolitique, son statut militaire et politique, l’importance de sa population ne pourraient, à leurs yeux, que déséquilibrer l’OTAN.

 

2- Un éloignement progressif, provoqué par des désaccords de fond entre la Russie et l’OTAN

      Dès les années 1990, la Russie jugeait que les pays occidentaux refusaient toute réelle prise en compte de ses intérêts de sécurité, alors que cette perception russe était considérée comme excessive et injustifiée par l’OTAN qui mettait en avant ses propres offres de dialogue, depuis le partenariat pour la paix jusqu’au Conseil OTAN-Russie. À ces griefs réciproques s’ajoutait une incompréhension fondamentale : la Russie refusait d’admettre qu’elle avait perdu la guerre froide en raison de l’échec économique, social et politique du système soviétique dont elle avait été partie prenante et l’OTAN, ainsi que l’Union européenne, restaient sourdes aux messages que leur adressait la Russie.

     Au début des années 1990, l’image de la Russie était profondément dégradée à l’Ouest : avec un PIB égal à celui du Portugal, la Russie était vue comme un pays en développement doté d’armes nucléaires. Le chaos de la transition, la corruption, l’enrichissement considérable des « oligarques » qui avaient mis la main sur les industries nouvellement privatisées, la répression brutale des indépendantistes tchétchènes, l’image désastreuse du président Eltsine, tout cela conduisait les pays de l’OTAN à se représenter la Russie comme un pays faible, très éloigné des valeurs occidentales, auquel toutes les décisions occidentales pouvaient être unilatéralement imposées. En Russie, cette situation était vécue avec un profond sentiment d’humiliation.

      En conséquence, l’idée d’intégrer la Russie sur un pied d’égalité dans les structures de sécurité euro-atlantiques n’a jamais été prise au sérieux à l’Ouest. L’OSCE est restée faible, sans statut juridique solide, soumise à la règle paralysante du consensus et le Partenariat pour la paix entre la Russie et l’OTAN dépourvu de contenu significatif.

     L’évolution de l’OTAN était en outre perçue par la Russie comme fondamentalement contraire à ses intérêts. Si la Russie a approuvé l’intervention aérienne de l’OTAN en Bosnie-Herzégovine pour faire respecter l’interdiction de survol du pays au cours de l’année 1994, elle a exprimé son désaccord avec l’engagement direct de l’organisation à partir d’août 1995, estimant qu’il allait au-delà du mandat du Conseil de sécurité. Quant à l’intervention aérienne de l’OTAN lors de la crise du Kosovo en 1999, la Russie l’a expressément condamnée en raison de l’absence d’autorisation du Conseil de sécurité. Alors que l’OTAN se cherchait une nouvelle légitimité dans les missions de gestion des crises, la Russie insistait pour que ces missions restent sous le contrôle étroit du Conseil de sécurité, conformément à la Charte des Nations Unies, et donc potentiellement soumises à son veto et à celui de la Chine.

      Plus encore que la gestion des crises, c’est toutefois l’élargissement de l’OTAN aux pays d’Europe centrale et orientale qui a profondément inquiété la Russie. Dès la dissolution du Pacte de Varsovie en 1991, avant même l’éclatement de l’URSS, Moscou exprimait son opposition à cet élargissement. Toutefois, sous la pression des États-Unis et des pays d’Europe centrale, les dirigeants alliés affirmaient en janvier 1994, que l'Alliance restait ouverte à l'adhésion d'autres États européens. En 1997, la Hongrie, la Pologne et la République tchèque sont invitées à adhérer à l’OTAN. Une modeste contrepartie est concédée à la Russie : la signature d’un Acte fondateur sur les relations, la coopération et la sécurité mutuelles qui lui accorde deux garanties : les Alliés affirment « qu'ils n'ont aucune intention, aucun projet et aucune raison de déployer des armes nucléaires sur le territoire de nouveaux membres ». Ils s’engagent en outre à éviter le « stationnement permanent supplémentaire d'importantes forces de combat » sur ce territoire. Par ailleurs un mécanisme permanent de coopération est créé sous la forme d’une instance spécifique, dénommée en 2002 Conseil OTAN-Russie.

      Selon les dirigeants russes, les Occidentaux avaient promis à l’URSS, pour lui faire accepter le maintien dans l’Alliance de la future Allemagne unifiée, qu’il n’y aurait pas d’extension de l’OTAN au-delà de l’ancienne ligne de séparation des deux blocs. De fait, le traité d’unification de l’Allemagne exclut la présence de troupes étrangères et de forces nucléaires sur le territoire de l’ex-RDA, Dans l’esprit des négociateurs de ce traité, il n’était donc pas envisagé, dans le contexte de l’année 1990, d’étendre l’OTAN au-delà de l’ancien « rideau de fer », ce que rappelle fréquemment Mikhaïl Gorbatchev. Aucun engagement écrit n’a été pris sur ce point par les Occidentaux mais, lorsque le processus d’élargissement de l’OTAN a été lancé, les responsables politiques russes se sont sentis trompés. Aujourd’hui, une dynamique d’élargissement de l’OTAN à des pays situés au pourtour de la Russie ou dans des zones d’intérêt stratégique pour celle-ci est enclenchée, sans qu’aucune limite n’ait été fixée à ce processus : à la vague de 2004 qui concernait, outre les pays baltes, la Bulgarie, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie a succédé, en 2008, l’affirmation que l’Ukraine et la Géorgie rejoindraient un jour l’organisation puis, en 2009, l’adhésion de l’Albanie et de la Croatie et sans doute bientôt du Monténégro. D’autres adhésions pourraient suivre en application de la politique dite de « porte ouverte ». Or s’il est vrai que tout État est libre du choix de ses alliances, cette liberté ne peut s’exercer au détriment des intérêts de sécurité des autres États. La clarification souhaitée sur ce point par le président Medvedev lorsqu’il proposa en 2008 la négociation d’un traité de sécurité européen a été refusée par les Occidentaux.

      L’édification par l’OTAN d’un système de défense du territoire européen contre les missiles balistiques est également source d’irritation du côté russe. Contrairement aux promesses initiales, aucun engagement concret n’a été pris par l’OTAN pour rassurer la Russie sur l’absence d’impact de ce système sur la crédibilité de sa propre dissuasion.

      De son côté, Vladimir Poutine, même lors de la brève présidence de Dmitri Medvedev, n’a pas cessé d’accentuer l’orientation anti-occidentale de la politique russe : modernisation accélérée des forces nucléaires et conventionnelles à partir de 2008, riposte disproportionnée à une tentative géorgienne de réoccupation des territoires séparatistes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie (2008), intensification de la propagande nationaliste et de la répression contre les mouvements politiques réclamant une démocratisation du régime (2011-2013), enfin annexion de la Crimée et soutien à un mouvement séparatiste dans l’Est de l’Ukraine, après la chute du président Yanoukovitch, qui venait de refuser un accord de partenariat avec l’Union européenne (2014).

      Les responsabilités de cette crise ukrainienne sont principalement russes mais les pays occidentaux y ont également contribué : l’accord d’association que proposait la Commission européenne à l’Ukraine dans le cadre du partenariat oriental ne tenait aucun compte des intérêts légitimes de la Russie. Les propositions russes d’intégration de l’Ukraine dans une union économique eurasiatique étaient considérées comme radicalement incompatibles avec le partenariat européen alors qu’un compromis préservant les liens économiques russo-ukrainiens aurait pu être envisagé. De plus, le partenariat européen présentait une dimension de défense et de sécurité qui ne pouvait qu’inquiéter la Russie. Enfin, même s’il abusait de son pouvoir et pratiquait la corruption à grande échelle, le président Yanoukovitch avait été régulièrement élu dans des conditions démocratiques reconnues par les Occidentaux eux-mêmes. Un compromis conduisant à des élections anticipées avait été négocié grâce à la médiation de la France, de l’Allemagne et de la Pologne. Il a été remis en cause le lendemain de sa signature sous la pression de la foule. Ces circonstances expliquent (sans les justifier) les réactions brutales du président Poutine, d’autant plus qu’aucune démarche n’a alors été faite du côté américain et européen pour apaiser les tensions.

      En septembre 2015, la Russie intervient en Syrie pour sauver le régime du président Assad. Trois motivations peuvent être discernées derrière cette action : empêcher un nouveau changement de régime soutenu par l’Occident, prévenir l’arrivée au pouvoir de forces islamistes sunnites soupçonnées de vouloir inciter les régions musulmanes de Russie à la rébellion, sauvegarder une présence et des intérêts, notamment militaires.

      Au total, la Russie entend « retrouver son rang, être respectée, rejouer un rôle de premier plan en Europe et au Moyen-Orient[1] ». Elle est prête dans ce but à risquer la confrontation avec les États-Unis et leurs alliés.

 

3 - Les dangers de la situation actuelle de confrontation entre l’OTAN et la Russie

      À la suite de la crise ukrainienne, l’OTAN, qui s’était embourbée dans la gestion des crises, en particulier en Afghanistan, a pu recentrer son discours et ses priorités sur la défense territoriale en espérant y puiser une nouvelle légitimité. Les sommets alliés de Newport (Pays de Galles) (septembre 2014) et de Varsovie (juillet 2016) ont défini dans cette perspective un véritable programme de réarmement. Au pays de Galles, l’OTAN a décidé d’accroître les capacités de sa Force de réaction rapide en portant son effectif à 40 000 hommes. Une force opérationnelle interarmées de 5 000 hommes à très haut niveau de préparation est créée. À Varsovie, ce dispositif est complété par une présence multinationale renforcée à l’avant en Estonie, en Lettonie, en Lituanie et en Pologne sous la forme de quatre groupements tactiques de 1 000 hommes chacun, déployés par rotation de manière à rester dans les limites permises par l’Acte fondateur de 1997.

    Les États-Unis renforcent également leur présence en Europe. En février 2016, l’administration Obama dote son Initiative de réassurance pour l’Europe (IRE) d’un budget annuel de 3,4 milliards de dollars. Le nombre des brigades blindées de combat américaines stationnées en Europe par rotation passe de deux à trois. Simultanément, l’OTAN augmente le nombre de ses exercices (280 en 2015) et organise des manœuvres de grande ampleur.

      La Russie n’est pas en reste. Elle continue à moderniser ses forces à un rythme soutenu malgré ses difficultés économiques, le budget de la défense bénéficiant d’une haute priorité. Ses frontières occidentale et méridionale bénéficient d’une attention toute particulière. L’année 2015 a vu l’arrivée, dans le district militaire occidental, de la nouvelle 1ère armée de blindés et d’une trentaine d’unités militaires de divers types.

     Ces déploiements de part et d’autre accroissent le risque d’incidents militaires imprévus susceptibles de dégénérer en affrontement armé. Les forces déployées par l’OTAN aux frontières orientales de ses membres sont sans doute trop réduites pour contenir une attaque de grande envergure, mais leur concept d’emploi est dangereux : elles doivent en effet jouer le rôle de « fil déclencheur » (tripwire) entraînant une riposte plus que proportionnelle avec des moyens, non seulement conventionnels mais aussi nucléaires. L’OTAN a en effet mis l’accent lors de son sommet de Varsovie sur la nécessité de maintenir dans son dispositif aéroterrestre des forces nucléaires tactiques. Les actuelles bombes nucléaires à gravité américaines en dotation dans les forces de quatre pays membres (Allemagne, Italie, Pays-Bas, et Belgique[2]) pourraient donc être utilisées dans un scénario de « rétablissement de la dissuasion », en cas d’attaque russe de grande ampleur. Actuellement, ces armes sont largement obsolètes, ce qui rend le scénario peu probable mais leur remplacement par des bombes guidées à énergie réglable est prévu à l’horizon 2020. À plus court terme, d’autres armes nucléaires américaines, britanniques, voire françaises pourraient également être mises en œuvre.

     La dimension nucléaire d’un éventuel affrontement entre la Russie et l’OTAN est renforcée par la mise en place du système de défense antibalistique du territoire européen. Lors du sommet de Varsovie, il a été déclaré que ce système dispose à présent d’une capacité opérationnelle initiale. Ses premiers éléments opérationnels sont déployés en Roumanie. D’autres basés en Pologne doivent être déclarés opérationnels en 2018. L’absence de toute concertation avec la Russie et de toute transparence à l’égard de ce pays ne peut qu’accroître la tension et susciter, du côté russe, l’élaboration de scénarios d’attaque préventive. De son côté, le Kremlin met l’accent sur la dimension nucléaire de son dispositif militaire. Le président Poutine a ainsi reconnu que les forces nucléaires russes avaient été mises en alerte lors de l’annexion de la Crimée.

     Comme l’a souligné un récent rapport de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN, « le risque de voir des armes nucléaires utilisées dans la région euro-atlantique n’a peut-être jamais été aussi élevé depuis la fin de la Guerre froide[3] ». Dans la partie de bras de fer dans laquelle la Russie et les États-Unis sont engagés depuis quelque temps aux niveaux régional et international, des erreurs d’appréciation deviennent en effet de plus en plus vraisemblables.

 

4- Les voies de la reprise du dialogue et de la restauration de la confiance

      Cette spirale de la confrontation entre l’OTAN et la Russie est dangereuse pour la sécurité européenne. D'autres solutions que la dissuasion doivent être imaginées pour revenir à une situation moins inquiétante. Plutôt que de s’installer dans une logique d’équilibre entre puissances rivales, il convient d’opter pour une démarche de sécurité coopérative.

      Les pays occidentaux doivent prendre conscience que le dialogue avec la Russie (comme du reste avec la Chine et d’autres puissances émergentes) est essentiel pour résoudre les conflits du Moyen-Orient et affronter les nouvelles menaces globales que sont la prolifération, le terrorisme et les conséquences du changement climatique.

    S’agissant de l’Ukraine, la perspective de son adhésion à l’OTAN accroîtrait les dangers de confrontation. Il serait dans l’intérêt de toutes les parties qu’elle reprenne son rôle historique de « pont » entre l’Est et l’Ouest.

      Pour ce qui est des relations entre l’OTAN et la Russie, l’arrêt du dialogue est une erreur : c’est en effet au moment où les tensions sont les plus fortes que la discussion est le plus nécessaire. Le Conseil OTAN-Russie doit reprendre ses travaux en priorité pour mettre un terme aux dangereux incidents aériens et navals constatés dans la période récente. Un accord doit intervenir sur le respect de la lettre et de l’esprit des mesures de confiance et de sécurité déjà décidées dans le cadre de l’OSCE. Ces mesures doivent être renforcées et étendues.

     Le même effort de dialogue doit conduire à une relance du désarmement dans les domaines conventionnel, nucléaire et balistique. Les conversations doivent être reprises en vue d’adapter et de remettre en vigueur un dispositif de limitation des armements conventionnels en Europe. Des négociations doivent également s’engager sur les armes nucléaires tactiques. Actuellement les États-Unis disposent de 760 de ces armes dont environ 180 sont déployées en Europe. Le nombre de têtes opérationnelles de ce type possédées par la Russie pourrait être de 2 000. Au retrait des armes américaines d’Europe devrait donc répondre une réduction des armes russes et leur éloignement des frontières occidentales de la Russie. Le traité russo-américain sur les Forces nucléaires intermédiaires (FNI) doit impérativement être préservé, au besoin par l’activation et le renforcement de ses mécanismes de vérification. Enfin, l’OTAN pourrait offrir à la Russie des garanties de transparence sur son système antimissile.

********

     Au sommet de Varsovie de juillet dernier, les pays membres de l’OTAN devaient manifester leur volonté de renforcer leur dissuasion et d’engager le dialogue avec la Russie mais c’est surtout de dissuasion qu’il a été question. L’OTAN est, depuis la fin de la Guerre froide, en quête de légitimité. En organisant la participation des États-Unis à la défense de l’Europe, elle contribue sans doute aux équilibres stratégiques sur le continent européen. Mais elle ne convaincra pas les Européens de sa légitimité si elle ne réussit pas participer, avec une Union européenne plus forte et plus consciente de ses intérêts, à la construction d’une nouvelle architecture de sécurité, où la Russie aura également sa place. De plus, l’OTAN ne pourra pas faire elle-même l’impasse sur le respect par ses membres – notamment la Turquie- des « valeurs » dont elle se considère la dépositaire.


[1] Hubert Védrine, Le monde au défi, Fayard, 2016, p. 39

[2] Ces bombes sont également stockées en Turquie, mais les forces aériennes turques ne semblent pas en mesure de les mettre en œuvre. Elles ne pourraient donc être employées que par l’armée de l’air américaine.

[3] « La nouvelle posture de dissuasion de l’OTAN : du Pays de Galles à Varsovie », par Joseph Day, rapporteur général de la commission de la défense et de la sécurité.

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5 avril 2017 3 05 /04 /avril /2017 06:51
Mesdames et Messieurs les converti(e)s, un peu de courage!

J'ai publié cette tribune dans le Huffington Post

sous le titre " Ce que cachent les politiques qui rejoignent Macron"

 

      Il s’agit peut-être d’une formule de la "vieille politique", dont on nous dit qu’elle va être balayée par la prochaine élection….mais, jusqu’ici, sous la Vème République, "au premier tour de l’élection présidentielle, on choisit et au second tour, on élimine".


      La répétition presque machinale d’une autre formule par la plupart des convertis qui rejoignent EM ne suffit pas à me convaincre. Ils disent : "Je choisis EM, parce que je veux barrer la route à Marine Le Pen".

 

      Ah bon, dès le premier tour? Je ne sache pas pourtant que la présidente du FN ait la moindre chance de dépasser 50% des suffrages exprimés au premier tour!

 

      Auraient-ils honte d’expliquer les vraies raisons de leur choix ? Lesquelles d’ailleurs ? Le programme du candidat ? La diversité de ses soutiens, allant de personnalités ayant longtemps affiché leurs convictions de droite, du centre, de gauche ? Le niveau des sondages ?

 

      En réalité, ces nouveaux convertis n’arrivent pas à donner un argument positif justifiant leur choix, parce qu’ils craignent de ne pas être crédibles. Qu’y a-t-il en effet de commun dans les engagements politiques* de R. Hue, A. Madelin, M. Valls, F. Bayrou, A. Minc, J.Y. Le Drian, B. Kouchner, C. Lepage, etc… ?

 

      Il est vrai que l’on promet de faire disparaître les partis politiques. Ne s’agirait-il pas plutôt de construire un mouvement (le MEM ?) rassemblant les composantes de cet arc extravagant ? Il faudra bien alors l’appeler parti, comme le précise la Constitution (article 4) : "Les partis et groupements politiques concourent à l'expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie."

 

       On ne peut pas oublier non plus que c’est à partir de l’existence des partis que se détermine le financement public de leur activité**, indispensable pour ne pas être tributaire des dons privés. Sera-t-il versé à un seul parti (le MEM) ou à chacune de ses composantes, qui souhaiteront avoir leur vie propre*** ?

 

      Alors, Mesdames et Messieurs les converti(e)s, un peu de courage ! Expliquez-nous clairement les raisons de votre choix et ne vous cachez pas derrière l’argument "je veux barrer la route au FN dès le premier tour". Il y aura un second tour et vous pourrez vous manifester dans ce sens. En attendant, n’utilisez pas ce faux argument, qui n’est que le paravent d’autres préoccupations probablement plus opportunistes, dont l’avenir dira si elles seront prises en compte par EM.

______________________________________________________

 

* J’ai noté que 4 des principaux supporters d’EM (F. Bayrou, A. Madelin, R. Hue, C. Lepage) étaient candidats à l’élection présidentielle de 2002 et qu’ils avaient rassemblé sur leurs noms au premier tour 16% des voix ! Mais c’est de la vieille politique….

 

** Les lois du 11 mars 1988, du 15 janvier 1990, du 19 janvier 1995 et du 11 avril 2003 ont prévu qu’un financement public est accordé aux différents partis, en fonction de deux critères cumulatifs :

– les résultats aux élections législatives, pour ceux qui ont présenté des candidats ayant obtenu au moins 1% des voix dans au moins 50 circonscriptions,

– le nombre de parlementaires.

 

*** comme F. Bayrou, qui compte bien avoir des députés du MODEM au sein de cette alliance.

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28 mars 2017 2 28 /03 /mars /2017 06:37
La France, l’Europe et la course aux armements

Tribune de Paul Quilès, publiée dans L'Humanité

 

      L’Union européenne vient d’annoncer une relance de sa politique de sécurité et de défense. Que les Européens se préoccupent de leur propre sécurité sans se laisser enfermer dans les logiques purement militaires de l’OTAN est en soi positif. Si la dimension militaire de l’action extérieure européenne est restée à ce jour très modeste, l’Union dispose d’outils civils substantiels pour contribuer à la sécurité internationale : aide au développement, coopération économique et sociale, appui au renforcement des institutions démocratiques…. Son accès à des instruments militaires plus efficaces pour des missions de maintien ou de rétablissement de la paix constituerait un complément utile. Il est même possible qu’il ouvre la voie à une transformation profonde de l’Alliance atlantique qui verrait l’Europe acquérir de nouvelles responsabilités.

 

     Mais cette tentative de relance de la défense européenne comporte des risques graves : d’abord celui de militariser à l’excès la politique extérieure européenne ; ensuite de crédibiliser une norme arbitraire de dépense (2% du PIB) qui pourrait déclencher une nouvelle course aux armements sur notre continent. Si d’aventure cette norme était mise en œuvre, l’Europe prise dans son ensemble1 dépenserait pour sa défense de l’ordre de quatre fois le budget militaire russe !

 

     Un autre risque est le retour du vieux fantasme de l’arme nucléaire européenne. Cette idée a déjà été agitée au cours de la deuxième moitié des années 1950 ; elle a débouché sur le système de «double clef» qui permet la mise en œuvre, sous contrôle américain, d’armes nucléaires elles-mêmes américaines par des forces aériennes européennes. Elle a également conduit à la création en 1967 du groupe des plans nucléaires qui permet aux pays membres non nucléaires d’être consultés sur l’armement nucléaire de l’Alliance. Au cours des dernières années, Nicolas Sarkozy et François Hollande ont, de leur côté, évoqué en termes vagues le rôle de la dissuasion française dans la sécurité de l’Europe.

 

     Des personnalités politiques européennes ont récemment souhaité aller beaucoup plus loin : le Polonais Jaroslaw Kaczynski, puis des parlementaires allemands ont évoqué la possibilité de constituer une force nucléaire européenne en cas de désengagement américain. Le stratège français F. Heisbourg propose de parler dissuasion au sein d’un groupe des plans nucléaires européen. Ces prises de position sont naturellement contraires à l’essence même de la stratégie de dissuasion, conçue pour donner à une seule personne, et non à une instance collective, le pouvoir de mettre en œuvre l’arme nucléaire. Leurs auteurs se rendent-ils compte qu’ils remettent en cause le TNP 2, qu’ils disent vouloir défendre par ailleurs ?

 

     Le bruit médiatique qui entoure ces déclarations entretient l’idée que l’arme nucléaire est indispensable à la sécurité de l’Europe ; il vise à inciter les Américains à maintenir, ou même à renforcer leur présence nucléaire sur l’ensemble du territoire européen, y compris dans sa partie orientale, alors que les accords passés avec la Russie excluent cette présence.

 

     Ce n’est pas une course aux armements, surtout étendue aux armes nucléaires, qui permettra de consolider durablement la sécurité européenne. C’est au contraire une grande négociation de désarmement qui s’impose pour écarter tout risque d’affrontement militaire sur le continent. Elle devra porter sur trois questions :

 

-   la réduction des arsenaux nucléaires (américains3, russes, français et britanniques) présents sur le continent européen ;

-  la réduction des forces conventionnelles dans le prolongement du traité de désarmement de 1990 ;

- la défense antimissile, pour laquelle la Russie devra recevoir l’assurance qu’elle n’est pas tournée contre elle.

 

     Il n’est peut-être pas trop tard pour que le débat électoral en cours donne aux citoyens la possibilité de se saisir de ces questions cruciales pour la paix sur leur continent.

__________________________________________________________

1- Même en excluant le Royaume-Uni.

2- Traité de Non-Prolifération nucléaire.

3- Présents en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas, en Belgique et en Turquie.

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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 08:57
Nucléaire militaire : l’hypocrisie permanente

Aujourd’hui 27 mars, s’ouvre à New York la conférence internationale de l’ONU consacrée au désarmement nucléaire.

 

C’est un évènement exceptionnel. Cette conférence a « pour objectif la négociation d’un instrument juridiquement contraignant visant à interdire les armes nucléaires en vue de leur élimination complète ». Elle réunit États et ONG et a été autorisée par un vote de 123 États favorables, 38 contre et 16 abstentions, le 23 décembre dernier. Une deuxième conférence aura lieu du 15 juin au 7 juillet qui devrait déboucher sur un texte qui sera soumis au vote de l’Assemblée générale des Nations unies.

 

A cette occasion, j’ai donné une interview au site REPORTERRE.

 

LIRE l’ensemble de l’interview

ainsi que la lettre que m’a adressée François Hollande

 

 

Reporterre - Pourquoi parlez-vous d’hypocrisie de la part des autorités officielles ?

 

Paul Quilès - Le dernier paragraphe de la réponse du Président de la République à ma lettre, qui demande à la France de participer à la préparation d’un traité d’interdiction des armes nucléaires dans le cadre de l’ONU, résume tout : « Cette position ne saurait être interprétée comme le signal d’une opposition au désarmement nucléaire mais bien plutôt comme la preuve que nous devons agir de manière pragmatique, avec nos partenaires et dans un cadre assurant la crédibilité du résultat qui saura obtenu. »

 

En utilisant les mots « crédibilité », « pragmatique », on comprend bien ce qu’il suggère : qu’une conférence portée par les pays non dotés de l’arme nucléaire n’est pas jugée crédible, que de telles négociations doivent avoir lieu avec les États nucléaires. Très bien, mais alors pourquoi la France vote-t-elle contre la tenue de cette conférence et refuse-t-elle d’y participer ? En ne prenant pas part à ces échanges, la France contribue, avec d’autres, à l’absence de cette « crédibilité » qu’elle dit souhaiter par ailleurs. Ce n’est qu’hypocrisie.

 

D’autant plus que quand la France vend des avions Rafale à l’Inde, on s’en félicite, cela crée de l’emploi. Et après ? L’Inde, qui détient l’arme nucléaire, explique avoir choisi le Rafale parce qu’il peut être équipé de missiles nucléaires. Et l’Inde est en tension permanente avec son voisin le Pakistan, lui aussi détenteur de l’arme nucléaire !

 

Donc d’un côté, la France affirme qu’elle est favorable au désarmement nucléaire, de l’autre elle contribue à la course à l’équipement nucléaire. Certes, cela crée de l’emploi et alimente le secteur de l’armement, en particulier en France, mais ça ne peut justifier une politique en faveur de la prolifération nucléaire, en contradiction avec le Traité de non-prolifération nucléaire, que la France a signé.

 

Reporterre- Les militaires et les industriels français de l’armement ont affirmé en septembre dernier que le budget alloué à la dissuasion nucléaire devrait augmenter. Même son de cloche au Royaume-Uni, en Corée du Nord. Donald Trump et Vladimir Poutine parlent de relancer une course aux armements. Un désarmement nucléaire semble peu plausible.

 

Cette course aux armements est effectivement une possibilité, mais il y en a d’autres. La conférence qui s’ouvre à New-York résulte d’un mouvement fort qui est engagé depuis plusieurs années. C’est une véritable révolution qui est en train de se produire. En effet, ce sont les pays sans arme nucléaire qui poussent à la rédaction d’un traité d’interdiction de ces armes, comme cela existe déjà pour les autres « armes de destruction massive », armes chimiques et biologiques. Ils ne supportent plus l’idée qu’un conflit qui ne les concernerait pas, déclenché volontairement ou par accident, pourrait avoir des conséquences humanitaires catastrophiques sur leur propre pays et leur population.

 

Par exemple, des pays comme l’Inde et le Pakistan, qui possèdent tous deux l’arme nucléaire, s’ils entraient en conflit ouvert, pourraient déclencher ce que les scientifiques appellent un « hiver nucléaire » sur une partie de l’hémisphère nord. Il faut se souvenir que c’est une bombe de 15 kilo-tonnes qui a détruit Hiroshima, causant plus de 200.000 morts, alors qu’aujourd’hui, la moindre ogive a une puissance de 100 à 150 kilo-tonnes et que le stock mondial est de l’ordre de 16.000 ogives !

 

Contrairement à ce que disent les défenseurs de la dissuasion nucléaire, il n’est pas impossible d’envisager un désarmement nucléaire général, si l’on veut bien se souvenir de la rencontre entre Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev, Présidents des États-Unis et de l’URSS, en octobre 1986, en pleine Guerre froide, à Reykjavik en Islande. Ils étaient à deux doigts de conclure un accord sur un désarmement nucléaire total pour l’année 2000. Cela ne s’est pas fait parce que Reagan exigeait de maintenir son bouclier anti-missile nucléaire.

 

Mais les deux hommes les plus puissants de la planète de l’époque ont failli donner un coup d’arrêt au nucléaire. Pourquoi ne serait-ce pas possible aujourd’hui ? La conférence de l’Onu qui s’ouvre est une avancée considérable. Il est peu glorieux que la France n’y participe pas.

 

Reporterre- La stratégie nucléaire repose sur la notion de dissuasion, faire peur à l’adversaire pour l’empêcher d’agir. L’adversaire a changé de visage, il utilise des cutters, des armes à feu et des bombes artisanales pour perpétrer des attentats. En quoi le nucléaire est-il adapté à notre époque ?

 

Le nucléaire n’est pas du tout adéquat, il est hors de propos, à côté des réalités actuelles. Mais les responsables politiques continuent de dire que l’arme nucléaire est notre « assurance-vie ». Les associations pour un désarmement nucléaire, dont celle que je préside, interpellent les candidats à l’élection présidentielle… sans réponse pour l’instant.

 

Il est saisissant qu’en France il n’y ait aucun débat sur la pertinence de l’arme nucléaire, en prétendant, ce qui est faux, qu’il y aurait un « consensus » parmi les Français. On tient quasiment le même discours qu’à l’époque de la Guerre froide. On fait croire que c’est un acquis, qu’on ne peut pas remettre en cause. J’appelle cela le catéchisme nucléaire.

 

Reporterre- Le catéchisme nucléaire ?

 

Dans une religion, on est autorisé à parler des nouvelles règles d’ordination, de certaines modalités d’exercice du culte, mais on ne s’interroge pas sur l’existence de Dieu, qui va de soi. Et bien, pour le nucléaire c’est pareil. On peut s’interroger sur le concept de la dissuasion, sur la taille et l’impact d’une bombe, sur les modalités de mise en œuvre, mais pas sur la pertinence de l’arme nucléaire en elle-même. Il faudrait donc croire et faire confiance à ceux qui prétendent que l’armement nucléaire garantit la paix. Eh bien moi, je ne crois pas à la paix, je me bats pour la paix.

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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 08:18
Paul Quilès en guerre contre l'armement nucléaire

      Lors d'une récente visite à Manosque pour animer une réunion avec le Mouvement de la Paix, j'ai donné cette courte interview à la radio Fréquence Mistral pour expliquer le danger du nucléaire militaire et les raisons de mon engagement en faveur du désarmement nucléaire. N'hésitez pas à vous informer.....ce que ne semblent pas avoir encore fait les candidats à l'élection présidentielle!

 

     "L’homme a été un ministre socialiste important des années Mitterrand. Urbanisme et logement, Postes et Télécommunications, à l’Intérieur aussi et surtout Ministre de la défense en 1985. De ces temps passés, Paul Quilès parle sans nostalgie mais avec sagesse et recul, vous l’entendrez dans un instant." (.....)

 

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la cité médiévale

dont Paul Quilès est le maire
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 Avant de venir à Cordes, consultez:

     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez