Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
2 octobre 2011 7 02 /10 /octobre /2011 08:21
               Cette tribune a été publiée dans Libération du 30 septembre 2011,
sous le titre "le travail de notre mission a été une première".
La réponse de S.Bourmeau à ma tribune m'amène à faire
une mise au point que l'on trouvera en bas de ce document*.
                                                                Paul Quilès
********** 

            L’éditorial de Libération du 12 septembre signé par S.Bourmeau et intitulé « Insulte » fait preuve de mépris à l’égard du travail minutieux et approfondi réalisé par la Mission parlementaire sur le Rwanda, que j’ai eu l’honneur de présider en 1998. Car c’est bien  à ce titre que je m’exprime sur le génocide dont furent victimes les Tutsis rwandais et non comme « ex-ministre de la défense » (1985-86), qui n’a rien eu à voir ni à connaître de la tragédie qui s’est déroulée en 1994.

 

            Si ce n’est pas du mépris, peut-être s’agit-il d’une méconnaissance de ce qui s’est vraiment passé. Où S. Bourmeau a-t-il vu que j’aurais « empêché une véritable enquête parlementaire », alors qu’il m’a fallu me battre pour obtenir la constitution de cette mission, qui a enquêté pendant neuf mois?

 
     Les 40 députés qui faisaient partie de la mission ont auditionné pendant 110 heures 88 personnes, des responsables politiques, des militaires, des diplomates, des universitaires, des civils français et rwandais. Ces auditions ont été exceptionnelles, tant par leur nombre que par leur caractère détaillé et approfondi. La plupart d’entre elles ont été publiques, ouvertes à la presse écrite et audiovisuelle. Certaines ont même été télévisées en direct. Les rapporteurs se sont rendus à Bruxelles, à Washington, au siège des Nations Unies à New York, ainsi qu’au Rwanda, en Ouganda, au Burundi et en Tanzanie. Les témoignages des 74 personnes qu’ils ont rencontrées par ailleurs ont été intégralement et rigoureusement pris en considération dans le cadre de la méthode de travail définie par la mission parlementaire. Nous avons analysé 15 000 pages de textes, de télégrammes diplomatiques et de documents militaires ; pour 7000 pages, la classification "secret défense" a été levée et certaines d’entre elles ont été publiées en annexe de ce rapport de 1500 pages .
 
     Le travail de notre Mission a été considéré comme une grande première. C’était en effet la première fois sous la Vème République que le Parlement enquêtait sur le "domaine réservé"  que constituent la défense et la politique étrangère. Et nous l’avons fait sans complaisance aucune, ce qui a d’ailleurs amené les députés de droite à ne pas voter le rapport.
      Par ailleurs, je suis surpris de la discrétion de cet éditorial à l’égard du "rapport Mucyo", commandé par le gouvernement de M. Kagamé et publié il y a 3 ans. Son objet était de  "prouver" l’implication de la France dans l’organisation et la conduite du génocide. On y prétend que "la France et l’armée française ont participé à l’exécution du génocide"  et que les soldats de l’opération Turquoise  "étaient venus au Rwanda pour tuer des Tutsis". Rien de moins…. Cet oubli s’explique lorsque l’on lit dans l’éditorial que "l’implication de notre République dans ces atroces massacres" et sa "complicité" seraient évidentes !
 
     S. Bourmeau sait-il que de nombreuses commissions à travers le monde ont également cherché à comprendre ce qui avait rendu possible le génocide? Je pense notamment à la commission du Sénat de Belgique (rapport du 6 décembre 1997), à la commission indépendante instituée par Kofi Annan sur le rôle de l’ONU (rapport du 16 décembre 1999), au panel international mis en place par l’OUA (2000), aux travaux conduits souvent avec beaucoup de rigueur par des ONG et des chercheurs, sans parler des faits mis au jour dans le cadre des procédures judiciaires consécutives au génocide (enquêtes et audiences du Tribunal pénal international pour le Rwanda, instructions conduites par des juges français et espagnols).
    
     Il y a 3 ans, j’ai demandé au Secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki-moon, de soumettre l’ensemble de ces travaux à l’examen d’une commission de personnalités indépendantes à l’expertise reconnue. Cette commission aurait été chargée de procéder à l’évaluation de toutes les enquêtes conduites sur ces évènements et d’établir, à l’intention des gouvernements et des opinions, une analyse impartiale et incontestable. Ses travaux auraient apporté une contribution essentielle aux efforts de réconciliation et de reconstruction dans la région des Grands Lacs. Le refus de M.Ban Ki-moon m’a beaucoup déçu.
 
     Je ne conteste naturellement pas le principe du rétablissement de relations diplomatiques normales avec le Rwanda, d’autant que la France entretient des relations avec des Etats, pas avec des régimes. Je considère cependant -et j’ai fait part de ce point de vue au Président de la République- que ce rétablissement ne devrait pas se faire au prix de l’acceptation, même implicite d’une présentation des évènements tragiques de 1994, qui impute mensongèrement à la France la responsabilité de ces drames.
 
     Le président rwandais, Paul Kagamé, vient de déclarer qu’il ne demandait pas que la France présente des "excuses" pour son rôle au Rwanda en 1994. Cela me semble être un premier pas dans la bonne direction, puisque cette déclaration revient à abandonner de fait les charges injustement portées contre la France.
_________________________________________________________________________
* Réponse de Paul Quilès à Sylvain Bourmeau

 

     Puisque, à la suite de mon droit de réponse publié le 30 septembre, vous semblez vouloir relancer le débat pour justifier vos propos, permettez - moi de m’étonner des arguments que vous utilisez :

     1- pour vous, le Président d’une commission parlementaire ne pourrait pas présider une mission d’information, parce qu’il a été 12 ans plus tôt ministre de la défense pendant 6 mois ! Cette forme de suspicion jetée sur mon honnêteté et mon impartialité est tout simplement insupportable.

     2- l’objet de la mission n’était pas, comme vous le dites, de « questionner les militaires » (ce que nous avons d’ailleurs fait abondamment au cours des 9 mois de notre enquête), mais d’apporter un éclairage rigoureux sur le génocide et sur les évènements qui y ont conduit, en établissant le rôle joué par la France, les grandes puissances et la communauté internationale dans son ensemble.

     3- il n’était pas possible, en raison des dispositions de l’ordonnance du 17 novembre 1958 relative au fonctionnement des assemblées parlementaires  (qui "prohibe expressément la création d’une commission d’enquête lorsque les faits ont donné lieu à des poursuites judiciaires et aussi longtemps que ces poursuites sont en cours") de mettre en place une « commission d’enquête », compte tenu de l’existence d’une procédure judiciaire qui concernait la mort des Français tués dans l’attentat contre l’avion du président Habyarimana. De plus, vous devez savoir que la durée d’une commission d’enquête ne peut excéder 6 mois, alors qu’il nous a fallu plus de 9 mois pour réaliser le travail considérable que j’ai rappelé dans ma tribune.

       
S'agissant du "fond", vous renvoyez "les lecteurs à l'article de M.Franche", qui précède ma tribune. Cette violente et haineuse diatribe n'est qu'un "best of" des arguments sommaires et partisans ressassés depuis 13 ans par les tenants de la thèse de la "complicité de la France", auxquels il a été régulièrement répondu. Elle ne contribuera certainement pas à la compréhension des raisons de l'épouvantable génocide des Tutsis et des Hutus modérés qui a endeuillé le Rwanda.     

        Enfin, je remarque que, dans votre souci de placer mon passage au ministère de la défense « il y a des lustres », vous citez Tchernenko comme dirigeant de l'URSS, parmi les grands "dinosaures" qui dirigeaient le monde à cette époque. Il se trouve que Tchernenko est mort 6 mois avant mon arrivée au ministère et que Gorbatchev lui avait succédé......

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans International et défense
commenter cet article
28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 22:13

Raffinerie-Berre.jpg     Emotion et colère: ces deux sentiments m'ont étreint en arrivant cet après miidi sur le site de la raffinerie de Berre, à la rencontre du personnel en grève.

     Emotion de retrouver cette usine où j'ai débuté ma vie professionnelle à 22 ans comme jeune ingénieur. C'est ici que j'ai commencé à m'intéresser au secteur de l'énergie, dans lequel j'ai travaillé pendant près de 15 ans, dans divers secteurs (production, bureau d'études, engineering, international, économies d'énergie...). C'est ici que j'ai appris à connaître le fonctionnement et la logique implcable des multinationales. C'est ici que j'ai découvert le militantisme, syndical d'abord....ce qui me conduira quelques années plus tard à m'engager en politique.

     Cette émotion s'est accompagnée d'un sentiment de colère, quand j'ai constaté le gâchis qui se préparait. Imaginez un énorme site pétrochimique*, dont l'activité directe concerne 1250 salariés et qui touche, avec les sous traitants, plusieurs milliers d'emplois. Imaginez un groupe américain**, propriétaire du site  (acheté à Shell) décidant, depuis Houston, la fermeture de la raffinerie, jugée "non rentable".

     A aucun moment, le personnel et ses représentants n'ont été correctement informés de ce qui se tramait. Les chiffres réels -marges, déficits, prix de transfert des produits entre raffinerie et usine chimique, affectation des frais généraux- ne sont pas fournis et ceux qu'avance la direction ont pour seule vocation de montrer que la fermeture est inéluctable.

     Une autre solution est possible: la vente de l'ensemble du site (raffinerie et usine chimique), qui est globalement rentable, à un acquéreur moins sensible à la logique boursière que le groupe américain propriétaire du site. Il est intéressant de savoir à cet égard que le PDG de LyondellBasell s'est vu attribuer l'année dernière
des millions de stock-options, qu'il est en train de vendre depuis 4 mois, empochant au passage 2 millions de dollars supplémentaires par mois. Moins d'un an après leur attribution, il a déjà vendu 20 % de ses actions. On comprend son intérêt pour l'abandon de la raffinerie de Berre, qui doit permettre de maintenir à un bon niveau le cours de l'action!!

     Je sais bien que l'industrie française du raffinage subit le contre coup de l'évolution inéluctable du marché de l'énergie. Mais ce n'est pas une raison pour laisser de telles opérations de gribouille se multiplier, à l'image de ce qu'on a déjà vu avec le triste feuilleton de Molex.

     Si le gouvernement actuel ne se montre pas capable d'agir en ce sens -ce qui semble probable- la gauche doit annoncer qu'elle saura, le moment venu, prendre ses responsabilités pour endiguer cette véritable désindustrialisation de notre pays.

     Ces instants passés sur le site de Berre m'ont permis de manifester ma solidarité profonde avec le personnel qui, toutes catégories confondues, s'est engagé dans un combat courageux et déterminé, qui mérite d'être popularisé et soutenu.
____________________________________________________

 

* site comprenant une raffinerie de pétrole et une usine chimique appprovisionnée par cette raffinerie en naphta et en VGO (gasoil) pour la production de plastiques.

** LyondellBasell

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Politique française
commenter cet article
28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 10:02

Sondages.jpg        
     Si vous croyez encore que les sondages donnent le résultat d'une élection, lisez cette remarquable analyse de Rémy Lefèbvre dans Le monde sur "la démocratie sondagière".
      
    Voir aussi sur ce blog: "la sondomanie est une maladie dangereuse"

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Réflexions à haute voix
commenter cet article
26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 09:53

      L'échec de la droite aux élections sénatoriales de ce dimanche est non seulement la conséquence des victoires de la gauche aux précédentes élections locales, mais aussi le contrecoup du climat particulièrement délétère dans lequel évolue le pouvoir en ce moment.

  Essai couverture [Résolution de l'écran]En écoutant depuis hier soir les réactions et les commentaires, j'ai eu envie de relire ce que nous disions sur les élections sénatoriales dans le livre que nous avons écrit, Marie Noëlle Lienemann, Renaud Chenu et moi à l'été 2010, "18 mois chrono".
    
  Bien entendu, il ne s'agissait que d'une fiction, mais nous nous étions appuyés pour l'écrire sur notre connaissance du monde politique et sur ses réactions....parfois prévisibles.

     La lecture des pages 252 à 257 montrera à ceux qui découvrent avec retard certaines réalités que l'analyse prospective présente quelques mérites!

 

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans 18 mois chrono
commenter cet article
22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 23:10

Une émision de France 2 (dimanche 25 septembre, à 13h15)

racontera l'histoire de la peine de mort.

J'y serai interviewé pour parler notamment de

 l'engagement de François Mitterrand

de l'abolir dès son arrivée à l'Elysée.

 

     Au pénitencier de Jackson (Géorgie), Troy Davis, un Noir de 42 ans, vient d'être exécuté pour le meurtre d'un policier blanc qu'il a assuré jusqu'au bout ne pas avoir commis.

     On éprouve de la colère et de la honte devant cet acte de barbarie. Comme le dit  Larry Cox, directeur d'Amnesty International USA, cette exécution est "le symbole de tout ce qui est cassé, de tout ce qui va mal" avec la peine capitale aux Etats-Unis. 

     L'ancien président américain Jimmy Carter déclare même: "Si l'un de nos concitoyens peut être exécuté avec autant de doutes sur sa culpabilité, alors le système de peine de mort dans notre pays est injuste et dépassé.....Nous espérons que cette tragédie nous poussera en tant que Nation sur le chemin d'un rejet total de la peine capitale".

     Les défenseurs de Troy Davis espèrent qu'il n'est pas mort en vain et que l'
exceptionnelle injustice de cette exécution va hâter la fin de la peine de mort aux Etats-Unis.

     Parmi les très nombreuses réactions d'indignation, je retiens celle de ce pasteur américain, que je trouve particulièrement pertinente:
"Comment peut-on aller en Iran ou dans d'autres pays du Moyen-Orient pour leur dire comment ils doivent gouverner ou comment ils doivent être plus justes avec leurs citoyens quand on ne peut pas le faire soi-même ici aux Etats-Unis?"

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans International et défense
commenter cet article
21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 15:14

Playmobils.jpgJe vous recommande de regarder ce petit film très pédagogique sur les dangereuses conséquences des décisions du gouvernement sur l'école.

Les playmobils à l'école de la République
 

Nul doute que ce triste constat sera au coeur des débats de la

3ème assemblée des gauches et des écologistes,

organisée par le club Gauche Avenir

et qui se tiendra à Belfort samedi 24 septembre.

 

Voir sur ce blog: Refondons l'école républicaine

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Gauche Avenir
commenter cet article
21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 14:15

 Jaurès Armée nouvelleLa première publication de L’Armée nouvelle, ouvrage clef de la pensée jaurésienne et incontournable élément de notre histoire politique et militaire, date du 14 novembre 1910 : il s’agit de l’édition parlementaire, puisque l’ouvrage se présente comme l’introduction à une proposition de loi socialiste.

Comme livre, L'Armée nouvelle a été éditée en 1911 et nous célébrons donc le centenaire de la publication de cette oeuvre monumentale de Jean Jaurès. Pour commémorer cet anniversaire, il a été décidé de lui consacrer une journée d’interventions et de débats liant une approche historique et un regard contemporain. La réunion aura lieu le vendredi 23 septembre 2011 à l’auditorium Austerlitz des Invalides, le choix du Musée de l’Armée étant à lui seul significatif de la portée de ce centenaire.

  

Placée sous la responsabilité scientifique de Jean-François Chanet, professeur des universités à Sciences Po Paris, la rencontre est organisée en commun par les différentes institutions et associations partenaires,  la  Société d’études jaurésiennes, le Club Raspail, la Fondation Charles de Gaulle, la Fondation Jean-Jaurès et l’Office universitaire de recherche socialiste. 

            
 Je participerai à la table ronde de conclusion de cette journée sur le thème "L'Armée nouvelle d'hier à aujourd'hui"

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Jaurès
commenter cet article
19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 18:03

Après le vote du 23 septembre à l’ONU,

pourra-t-on éviter un nouveau conflit ?  
Tribune publiée sur le site de Mediapart    



          Une large majorité d’États membres de l’ONU reconnait déjà, au niveau bilatéral, la Palestine comme État. Seuls l’Europe, les États-Unis et Israël se démarquent de cette réalité diplomatique.

          La démarche palestinienne à l’ONU se heurtera à un veto américain au Conseil de sécurité, puisque les États-Unis ont fait savoir qu’ils s’opposeraient à une solution qui ne serait pas négociée préalablement entre Israël et l’Autorité palestinienne. Il faudra donc que les Palestiniens se contentent d’un vote largement symbolique de l’Assemblée générale élevant la Palestine au statut d’« État non membre observateur ».

          L’Europe apparaît une nouvelle fois divisée. Après l’avoir été sur l’Irak, puis sur la Libye, l’Union européenne va probablement aborder en ordre dispersé le vote sur la reconnaissance de la Palestine comme État. Si tel est le cas, elle montrera son incapacité à prendre la mesure de ce rendez-vous historique, comme elle a déjà du mal à se positionner face aux révolutions arabes.

          En 1999 et 2010 pourtant, l’UE s’était engagée à une telle reconnaissance, « le moment venu », même si cette prise de position s’appliquait à une « solution négociée » alors que la démarche actuelle des Palestiniens reste unilatérale, en raison principalement du blocage complet des négociations.

Que peut-il se passer ?

          Le scénario le plus probable est que l’Assemblée générale de l’ONU aille dans le sens palestinien, avec le soutien d’une partie des États européens. Mais cette reconnaissance, qui devrait souligner de manière spectaculaire l’isolement diplomatique du gouvernement Netanyahu, pourrait aussi avoir des répercussions négatives sur la situation politique du Proche Orient.

          Les Palestiniens attendront des résultats concrets de cette prise de position d’une large partie de la communauté internationale en leur faveur et nul ne doute que certains groupes radicaux y trouvent une justification pour des actions de violence. La population palestinienne s’inspirera probablement des révolutions arabes pour manifester en faveur d’un retrait israélien de Cisjordanie et de Jérusalem Est. Une radicalisation de ces manifestations se heurterait à une répression plus dure encore.

          De son côté, Israël pourrait être tenté par des actions hostiles telles que le gel des transferts de droits de douane et de TVA dus à l’Autorité palestinienne. De telles mesures, que pourrait aggraver la suspension par la Chambre des représentants républicaine de toute aide américaine à la Palestine, ne manqueraient pas de pousser davantage encore les Palestiniens à la révolte.

          Les Israéliens, qui, après avoir perdu leur alliance stratégique avec la Turquie, se trouvent désormais en délicatesse en Égypte, ne pourront compter que sur l’indéfectible allié américain et, à moindre échelle, sur certains pays européens. Mais l’administration Obama ne pourra que bloquer le vote au Conseil de sécurité, tout en s’efforçant de conserver un minimum d’influence dans le monde arabe qui, sans nul doute, lui tiendra rigueur de ce nouveau véto en faveur de l’État hébreu.

          Si les tensions devaient s’accroître et provoquer une intensification des violences entre Palestiniens et Israéliens [1], la scène proche-orientale pourrait rapidement s’embraser.

          Le territoire égyptien peut en effet offrir un passage à des groupes armés palestiniens vers Gaza. Au Liban, le Hezbollah, qui est au gouvernement, pourrait rejoindre le conflit, certainement pas en attaque frontale, mais à la suite d’incidents entraînés par la nervosité générale, voire de provocations. D’autres incidents pourraient également se produire sur la ligne de démarcation du plateau du Golan, ce qui permettrait à Damas de faire oublier sa sanglante répression. Quant à la Jordanie, dont la population est au moins pour moitié d’origine palestinienne, elle n’hypothèquerait sûrement pas la fragile stabilité du royaume hachémite en se rangeant clairement du côté israélien. Enfin, les acteurs régionaux que sont la Turquie, l’Arabie saoudite et l’Iran, verraient certainement dans cette situation de troubles l’occasion d’accroître leur influence, tout en évitant de trop brusquer les États-Unis. Quant à la Ligue arabe, déchirée par les révolutions, elle ferait certainement corps autour des Palestiniens, nouvel objet de cohésion, surtout après le rejet israélien de son plan de paix multipartite.

Une paix négociée est-elle encore possible?

          Elle ne semble pas évidente, car la fenêtre d’action est très réduite. Il faudrait que les Européens, tout en s’efforçant d’adopter une position commune en faveur de la démarche palestinienne à l’ONU, envoient un signal fort à Israël, en lui expliquant qu’ils maintiennent la pression sur les Palestiniens pour empêcher toute manifestation ou action susceptible d’aggraver les tensions, mais aussi en lui faisant valoir que des actions de rétorsion seraient à la fois inutiles et dangereuses du point de vue même des intérêts de sécurité israéliens.

          L’Europe devra s’engager fortement pour que la période qui suivra le vote de l’ONU marque le retour des Israéliens et des Palestiniens à des négociations bilatérales limitées par une date butoir à court terme (3 à 6 mois) pour la partie concernant les frontières et les garanties de sécurité, les autres questions, notamment celle des réfugiés, devant être traitées dans un délai de l’ordre d’un an. La probable victoire symbolique de la Palestine à l’ONU ne pourra en effet avoir de sens que si, à l’issue de ces négociations, Israël la reconnaît à son tour comme État.

          L’Europe pourrait jouer un rôle central dans cette optique, tant en lien avec les Américains, afin de peser sur un gouvernement israélien tenté par le pur et simple recours à la force, qu’avec les acteurs du monde arabo-musulman, afin de peser sur une politique palestinienne fortement disparate malgré son unité de façade.

          Les récentes propositions françaises, notamment de conférence de paix internationale, ne seront à l’évidence pas acceptées par Israël. Le temps n’est pas à une restructuration du cadre de médiation extérieur, mais bien à la reprise du processus de paix entre Israéliens et Palestiniens, pour aboutir enfin à une solution sur le statut des territoires occupés. Les équipes de négociation des deux parties se connaissent et savent parfaitement bien quelles sont leurs options. Il manque une volonté politique, qui devra être encouragée par une pression déterminée, unitaire et ciblée de l’Union européenne. Cette pression aura d’autant plus de chances d’être efficace que le vote de l’Assemblée générale à l’ONU sera large. Mais dans la nouvelle situation créée par ce vote, l’Europe et ses partenaires du Quartet [2] auront aussi la lourde responsabilité d’en gérer les conséquences, pour éviter tout dérapage et débordement sur le terrain. 


[1]  Tsahal a entraîné dernièrement les colons dans l’éventualité d’affrontements.

[2]  ONU, Etats-Unis, Europe, Russie

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans International et défense
commenter cet article
18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 09:40

     Voici 30 ans exactement, le 18 septembre 1981, Robert Badinter présentait la loi abolissant la peine de mort en France à l’Assemblée nationale, qui l’adoptait par 363 voix contre 117.

     Je me souviens d’avoir alors ressenti de la fierté en contribuant, par mon vote, à ce que la France, une des dernières démocraties occidentales à abolir la peine de mort, fasse disparaître de son droit cette peine indigne et inefficace, héritée des temps anciens.

FM-cartes-sur-table.jpgJe me souviens aussi de la reconnaissance que j’ai éprouvée à l’égard de François Mitterrand, dont la promesse était tenue. Pendant sa campagne, je l’avais vu braver une opinion publique majoritairement défavorable à cette mesure. Je n’ai pas oublié par exemple comment, lors de l’émission télévisée « Cartes sur table » du 16 mars 1981, il avait affiché avec force ses convictions, alors que tant de gens considérait qu’il « prenait un risque » ! Un grand moment que vous aurez plaisir à voir ou à revoir.

     Aujourd’hui, les Français sont majoritairement favorables à l’abolition de la peine capitale, mais la tentation de la rétablir existe toujours chez certains partis politiques et dans une partie de la population, particulièrement au moment de faits divers odieux surmédiatisés.

     Dans le monde, 58 États continuent de recourir à la peine capitale ! Plus de 20 000 personnes attendent toujours dans les couloirs de la mort et des milliers de personnes sont exécutées chaque année. En 2009, d’après les chiffres officiels, 18 pays ont procédé à des exécutions et 714 personnes ont été exécutées*.

     Aux Etats-Unis, le maintien de la peine de mort donne lieu à de terribles dérives, comme on peut le voir dans l’article de Pascal Riché publié sur Rue89 : « Pour la quatrième fois, Troy Davis doit être exécuté »

     N’hésitez pas à consulter l’excellent site de l’association « Ensemble contre la peine de mort », organisation francophone de référence de lutte contre la peine capitale dans le monde, qui « s'attache à fédérer et à mobiliser les forces abolitionnistes internationales, à enseigner l'abolition et à agir pour et auprès des condamnés à mort et de leurs défenseurs ». 

_________________________________________________

* Le peu de transparence dans l’information donnée par les pays pratiquant des exécutions (Chine, Iran…) fait craindre que le nombre de personnes exécutées soit beaucoup plus élevé 

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Politique française
commenter cet article
17 septembre 2011 6 17 /09 /septembre /2011 17:27

     Je trouve beaucoup de défauts à l’élection du Président de la République au suffrage universel* …et pourtant, je vote ! Depuis 37 ans, à chaque élection présidentielle, je soutiens un candidat et il m’est même arrivé de diriger la campagne d’un candidat.

     J’ai clairement et publiquement exprimé mes réserves au sujet des primaires socialistes….et pourtant, je vais voter ! J’appelle même à participer à ce scrutin celles et ceux qui souhaitent un vrai changement en mai 2012.

 

     Dans les deux cas (élection présidentielle et primaires), je tiens simplement compte d’une situation que je n’ai pas voulue et dont je connais les inconvénients.

 

     Dans les deux cas, je considère que ne pas voter reviendrait à laisser à d’autres le soin de faire le choix de celle ou de celui qui incarnera la volonté de changement que manifeste de plus en plus la société française, qui en a assez des injustices, des promesses non tenues, de l’accroissement des inégalités, de la façon dont est gouverné le pays, des discours de division….  

 

      En paraphrasant la fameuse phrase de Paul Valéry sur la politique,  je dirai que « si vous ne vous sentez pas concernés par les primaires, le résultat des primaires vous concernera » ! A celles et ceux qui hésitent à voter, je demande simplement d’imaginer un instant leur déception et peut-être leur rage si le candidat choisi n’a pas la capacité d’incarner et de mettre en œuvre ce changement.

 

     Car c’est bien cela qu’il s’agira de juger lors de ces primaires, à travers quatre déterminants :

 

- l’aptitude à rassembler la gauche au 2ème tour de l’élection présidentielle ;

 

- la volonté de défendre les points forts du programme accepté par tous les socialistes, notamment sur les plans économique, social, environnemental et international ;

 

- la vision claire et conforme au message de la gauche du rôle d’un président de la République soucieux d’un meilleur équilibre des pouvoirs au sein de nos institutions ;

 

- les qualités personnelles (expérience, solidité, détermination).

 

     Martine Aubry me paraît à cet égard la mieux placée pour répondre positivement à ces critères. Directeur de la campagne victorieuse de François Mitterrand en 1981, je crois connaître les qualités nécessaires à un candidat de gauche pour l’emporter et j’ai pu vérifier au cours des dernières semaines que Martine Aubry les a.  

     Que ce soit lors de son intervention au récent meeting de Toulouse, lors du débat télévisé et lors d’échanges personnels que j’ai eus avec elle, j’ai constaté la force de son engagement et la clarté de ses choix. Voilà pourquoi j’appelle à voter pour elle dès le 9 octobre. J'y reviendrai.

__________________________________________________________________________

* Mode d'élection qui a fait du Président un véritable monarque républicain, politiquement irresponsable, touchant à tout, parlant de tout, qui a réduit le rôle du Premier ministre à celui d'une sorte de directeur de cabinet et qui a transformé dans plusieurs domaines le Parlement en chambre d'enregistrement. Pour mieux analyser ce phénomène et débattre des réformes que la gauche devrait proposer, une prochaine "Assemblée des gauches et des écologistes" sera consacrée aux institutions de la Vème République.

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Primaires
commenter cet article

Recherche

Cordes sur Ciel

CORDES

Faites connaissance avec

la cité médiévale

dont Paul Quilès est le maire
cordes-nuages-8-bp--R-solution-de-l--cran-.jpg

 Avant de venir à Cordes, consultez:

     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez