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13 janvier 2021 3 13 /01 /janvier /2021 18:51
Les voeux d'IDN

Chères amies et chers amis,


2020 fut une année difficile, marquée par la pandémie et ses conséquences. Pour le désarmement nucléaire, elle a été synonyme de recul, entre modernisation des arsenaux et retrait des traités. Dans un contexte anxiogène et incertain, 2020 a aussi été source de solidarité et d’espoir. Malgré le report de l’événement JANUS en raison du confinement, IDN a poursuivi son développement avec un nouveau site internet, la création des Interviews d’IDN et les premières phases à distance des concours de JANUS.


En tant que Président de cette association et au-delà de mes voeux personnels, je souhaite que l’année 2021 vous apporte tous les éléments permettant de comprendre l’importance de notre combat. IDN espère que 2021 sera synonyme de la reprise du processus multilatéral de désarmement nucléaire dans le monde, avec la prolongation du traité New START entre les États-Unis et la Russie et le maintien de l’accord nucléaire avec l’Iran.


Le 22 janvier prochain, l’entrée en vigueur du Traité sur l’interdiction des armes (TIAN) doit permettre une prise de conscience sur l’illégitimité des armes nucléaires. Il est très regrettable que les puissances nucléaires, dont la France, et leurs alliés, continuent de s’opposer à cette interdiction, alors que les armes nucléaires ne pourraient être employées qu’en violation du droit international humanitaire.


Je souhaite donc que vous rejoigniez le combat que mène IDN avec d’autres organisations pour que ce traité ne soit pas ignoré, parce qu’il marque le rejet mondial d’un système de sécurité fondé sur la capacité de perpétrer des massacres massifs de civils.


Nous aurons besoin de vous. Vos idées d’actions nous sont précieuses, et nous souhaitons renforcer, en 2021, nos liens avec vous. De même, vos dons et adhésions à IDN sont la preuve du bien-fondé de notre action et garantissent notre liberté de parole. Nous espérons ainsi vous compter parmi nos prochains membres.


Toute l’équipe d’IDN se joint à moi pour vous remercier de votre soutien en 2020 et vous souhaiter santé, bonheur et réussites en 2021.


Paul Quilès, Président d’IDN

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10 janvier 2021 7 10 /01 /janvier /2021 17:49
Donald Trump ne devrait pas avoir les codes nucléaires
Donald Trump ne devrait pas avoir les codes nucléaires
Donald Trump ne devrait pas avoir les codes nucléaires
Donald Trump ne devrait pas avoir les codes nucléaires
Donald Trump ne devrait pas avoir les codes nucléaires

     Ce qui s’est passé aux Etats-Unis avec l'envahissement du Capitole par des agitateurs, en grande partie d'extrême droite, est grave. Cette manifestation violente, encouragée par Donald Trump, ne remet pas en cause la démocratie, mais elle l'affaiblit fortement.

     De plus, il est une question qui a été insuffisamment soulevée à cette occasion : le danger de la possession des codes nucléaires par le seul Président des Etats-Unis. Cet aspect est très bien analysé par le texte d'Abolition 2000* que voici.

* Abolition 2000 est une ONG (organisation non-gouvernementale) internationale qui lutte pour l'abolition des armes nucléaires.

*******

     « La Présidente de la Chambre des représentants américaine, Nancy Pelosi, a raison de poser des questions sur la possession des codes nucléaires par Donald Trump. Un président américain sans doute déséquilibré, plein de rage et de rancune, qui ne pense qu'à la manière de riposter à ses "ennemis" imaginaires, n'est probablement pas la personne à qui vous devriez demander un jugement éclairé à 3 heures du matin pour savoir si les missiles qui arrivent sont réels, avec six minutes pour décider.

      Pourtant, c'est exactement ce que fait le système actuel avec la « mallette nucléaire ». Un président peut être réveillé dans son lit à 3 heures du matin avec une demande de lancement d'une opération à partir de ce qui pourrait être en fait un bug informatique ou une cybermenace. L'officier militaire supérieur qui détient la mallette redoutera d'entendre : « Apportez-moi la mallette, officier ». Le sort du monde pourrait dépendre d’une réponse de cet officier comme « je ne trouve pas les clés, monsieur le Président ».

      Le système américain de commandement et de contrôle nucléaire repose sur la décision d'un seul homme, qui se trouve être actuellement Donald Trump. C’est à lui de décider ou non de lancer des actions qui pourraient, si les choses tournent mal, entraîner le lancement de plusieurs milliers d'ogives à partir de missiles balistiques intercontinentaux terrestres et de sous-marins nucléaires.

      Il semble que d'autres pays disposant d'importants arsenaux nucléaires ont un système de commandement dual, c'est-à-dire qu'il faut au moins deux mallettes nucléaires pour déclencher l'apocalypse. Par exemple, celles du président et du ministre de la défense ou du chef des forces stratégiques. Même cela constituerait une amélioration par rapport à la situation actuelle aux États-Unis, où le président a le pouvoir illimité et incontesté de lancer une frappe nucléaire et où le processus ne dure que six minutes (ou moins).

      On peut se dire : « il reste environ dix jours, et la responsabilité sera alors celle de Joe Biden, qui au moins ne semble pas être fou ». Mais c'est une responsabilité qu'AUCUN être humain, aussi équilibré et rationnel soit-il, ne devrait jamais avoir.

     Abolition 2000 a récemment écrit* à Joe Biden, l'exhortant à envisager un certain nombre de mesures destinées à réduire le risque de guerre nucléaire.»

____________________________________________________

* Lettre co-signée par Marc Finaud, vice-Président d'IDN

Donald Trump ne devrait pas avoir les codes nucléaires
Donald Trump ne devrait pas avoir les codes nucléaires

Lire aussi le communiqué d'IDN

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8 janvier 2021 5 08 /01 /janvier /2021 15:35
A propos de François Mitterrand

     En ce 25ème anniversaire de la disparition de François Mitterrand, il n’est pas inutile de répondre à des questions légitimes sur la trace qu’il laissera dans l’Histoire et les enseignements qu’on peut retenir de son action.

     C’est ce que j’ai fait aujourd’hui dans 2 interviews :

-  sur France Culture (journal de 12h30)  entre 18’56 et 28’

sur Radio Orient (5'23)

     Si vous souhaitez en savoir plus et mieux connaître l'homme, sa pensée, son action, vous retrouverez sur ce blog, classés et regroupés, plus d’une cinquantaine de textes le concernant et relatifs à des évènements que j'ai vécus, à des souvenirs ou à des analyses de la politique qu'il a conduite….plus quelques images.

       - Les textes

       - Les images

A propos de François MitterrandA propos de François MitterrandA propos de François Mitterrand
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6 janvier 2021 3 06 /01 /janvier /2021 19:55
Mitterrand dans l’Histoire

      Sans avoir fait partie des « intimes » de François Mitterrand, je crois pouvoir dire que j’ai bien connu l’homme politique pendant près de 20 ans. Je l’ai découvert au cours de la période précédant la campagne présidentielle de 1981. J’en ai été un collaborateur proche pendant cette campagne, dont il m’avait confié la direction. J’ai été ministre à cinq reprises dans ses gouvernements entre 1983 et 1993. Autant dire que j’ai beaucoup écrit sur François Mitterrand, qui appartient désormais à l’Histoire.

 

C’est pourquoi, alors qu’il est question de faire de 2021 « l’année Mitterrand » et que l'on va commémorer le 8 janvier le 25ème anniversaire de sa disparition, je préfère donner ici des extraits d’un article que j’ai écrit en 2006 et qui me semble toujours pertinent, même dans le contexte perturbé actuel.

****************

Ce que François Mitterrand nous a appris

 

« Dix ans après la disparition de François Mitterrand, les témoignages et les rétrospectives sur le seul président de gauche élu par les Français sous la Vème République affluent. Qu'on ait aimé ou pas l'homme qu'il fut, force est de reconnaître qu'il laissera une trace dans l'histoire de notre pays. François Mitterrand ne nourrissait aucune illusion sur les ressorts profonds de la nature humaine en politique. Il ne serait donc pas surpris d'entendre ceux de ses "amis" qui l'ont tant dénigré, surtout vers la fin, lui rendre aujourd'hui de vibrants hommages et se réclamer de sa filiation. Il sourirait certainement -et les apprécierait à leur juste mesure- en lisant les commentaires parfois élogieux de certains de ses adversaires, qui, après l'avoir durement combattu, reconnaissent aujourd'hui les qualités de l'homme politique et la valeur de ses enseignements.

 

Le bilan des deux septennats de François Mitterrand est contrasté. Les responsables politiques ont naturellement tendance à le juger sans faire totalement abstraction de leurs engagements partisans. Quant aux commentateurs, il n'est pas évident qu'ils disposent encore d'assez de recul pour juger sereinement de cette tranche d'histoire.

 

On entend dire qu'il s'agissait alors d'une "autre époque". Il est vrai que le monde a bougé depuis ce qu'on a appelé "les années Mitterrand". La scène internationale a vu l'influence de certains acteurs se renforcer. La mondialisation des échanges est devenue un enjeu majeur des relations entre Etats. Des lignes nouvelles de fracture sont apparues, sous les coups de boutoir des extrémismes, qui se manifestent avec plus de vigueur, notamment à travers les dérives islamistes et le terrorisme mondialisé.

 

En France aussi, la vie politique, les rapports de force, les débats ont évolué…même si les changements dans ce domaine sont probablement moins forts qu'on semble parfois le croire. Ce qui est sûr, c'est que les électeurs supportent de moins en moins le carcan de la Vème République, que François Mitterrand avait malheureusement accepté et qui rend aujourd'hui le débat politique au sein des institutions trop fréquemment décalé par rapport aux réalités vécues par les citoyens.

 

Pour autant, en dépit de ces évolutions, il est des enseignements de la vie publique de François Mitterrand qui perdurent. Je pense essentiellement au rôle que celui-ci attribuait dans la conduite de son action à la volonté et à la méthode.

 

Volonté par exemple d'approfondir la construction européenne sans détruire la France, en liaison avec notre partenaire allemand. Volonté de moderniser l'économie de notre pays en l'appuyant sur des secteurs publics forts. Volonté de rechercher la justice sociale, même si la crise et certains manques d'audace n'ont pas permis d'aller assez loin.

 

Quant à la méthode qui fut celle de Mitterrand et qui a toujours guidé sa démarche, personne ne peut nier qu'elle reste d'actualité : des objectifs politiques clairement définis, une stratégie bien affichée, le souci permanent du rassemblement (des socialistes, de la gauche, des Français).

 

Ceux qui, comme moi, ont eu la chance de connaître cet homme de près retiendront également un autre trait de sa personnalité, auquel il dut faire appel à de multiples occasions au cours de sa vie : une exceptionnelle capacité de résistance à l'adversité. C'est sa ténacité et la volonté qu'il manifestait dans l'action, jointes à la clarté de ses objectifs qui expliquent sans doute pourquoi ce personnage au caractère trempé, qui pouvait parfois apparaître froid et distant, avait la capacité rare de savoir mobiliser et entraîner les hommes. Souhaitons que d'autres responsables politiques sachent s'inspirer de cette leçon, pour redonner l'espoir qui manque tant aujourd'hui à notre pays. »

***************************

Je suis intervenu le 8 janvier 2021 sur France Culture (journal de 12h30)

 

Ecouter (entre 18'56 et 28')

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31 décembre 2020 4 31 /12 /décembre /2020 09:11
Ce que je vous souhaite pour 2021

 

     Peut-on se contenter cette année de répéter la formule traditionnelle "Joyeuses fêtes du Nouvel an et Bonne année 2021" 

 

     Certes, ces fêtes peuvent être joyeuses à condition de les vivre avec ce que j'ai appelé récemment une "nostalgie positive". C’est ainsi que j’ai passé d'excellentes fêtes de Noël avec plusieurs rencontres familiales (en respectant les règles sanitaires bien sûr): bien mangé, bien bu, bien ri....de quoi apporter l'optimisme nécessaire pour supporter l'ambiance délétère actuelle.

 

     S’agissant des vœux à souhaiter pour l’année qui va commencer, on ne peut faire l’impasse sur le bilan -même rapide- de celle qui se termine.

 

    Pour moi, elle a été marquée par plusieurs événements personnels forts : fin de mes mandats politiques (après 42 ans de vie publique), départ de Cordes (où j’ai été maire pendant 25 anset quelques sérieux problèmes de santé.

 

    Globalement, 2020 aura été une année éprouvante, voire terrible.

   La pandémie de Covid-19 semble avoir modifié en profondeur notre mode de vie et parfois notre mode de pensée. Essayons quand même de relativiser en pensant aux effroyables drames sanitaires qui ont ravagé la planète depuis des milliers d’années. Il est vrai qu’on ne disposait ni des mêmes moyens de communication qu’aujourdhui, ni des mêmes réponses médicales….ni des réseaux sociaux !

    Ce qui marque l’année qui se termine, c’est aussi, ne l’oublions pas, le recul de la démocratie dans beaucoup de pays et l’incapacité des grands dirigeants à prendre des mesures sérieuses pour répondre aux menaces qui pèsent sur l’avenir même de l’humanité : les conséquences des énormes inégalités dans le monde, les graves effets de la modification du climat en raison des activités humaines, l’épuisement accéléré des ressources naturelles non renouvelables, le risque d’utilisation d’armes nucléaires (volontaire ou accidentelle).

 

     Mais 2020 a également vu des avancées qu’il ne faut pas négliger.

    La réaction à la pandémie a fait l’objet d’une mobilisation internationale exceptionnelle, notamment pour la mise au point rapide de plusieurs vaccins.

   L’ampleur de la crise a fait prendre conscience de la fragilité de nos sociétés complexes et non maîtrisées.

    De son côté, l’Europe, souvent critiquée, a réussi à terminer le malheureux feuilleton du Brexit, grâce à son unité et sa fermeté. Son plan de relance financier, économique et social de 750 milliards d’euros est aussi un bon exemple de solidarité, de même que l’abandon des règles budgétaires "sacrées".

    L’élection de Joë Biden à la Présidence des Etats-Unis, sans tout régler dans les crises internationales entretenues par Donald Trump, aidera probablement à préférer la recherche de solutions diplomatiques au déclenchement de dangereux conflits.

   Enfin, dans un domaine qui m’est cher, j’ai été heureux d’apprendre que 13 découvertes scientifiques majeures avaient marqué l’année 2020 (lire dans Ouest France)

 

    Que puis-je maintenant vous souhaiter pour 2021 ?

    D’abord que les événements à venir soient supportables, ce qui devrait être rendu possible par l’accélération de la mise œuvre des vaccins.

    Je vous souhaite aussi de trouver les moyens de surmonter les soucis qui sont apparus au cours de la période difficile et parfois angoissante que nous avons connue en 2020.

    Je vous souhaite enfin de savoir vous adresser aux nouvelles générations pour qu'elles regardent l’avenir avec confiance et qu'elles agissent pour la construction du "monde qui vient" .

 

   Ce rapide tour d'horizon étant fait, je pense que l'expression "Bonne année 2021" prend tout son sens et c'est simplement ce que je vous souhaite!

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29 décembre 2020 2 29 /12 /décembre /2020 20:13
Crédits photo : ICAN

Crédits photo : ICAN

     Ce traité multilatéral, adopté en juillet 2017 par 122 Etats, soit les deux tiers de la communauté internationale, ayant recueilli plus de 50 ratifications, entrera en vigueur le 22 janvier 2021. Il interdit notamment la mise au point, l’essai, la possession, le transfert, l’emploi ou la menace d’emploi des armes nucléaires.

 

      IDN regrette vivement que la France, ainsi que les autres puissances nucléaires et leurs alliés, continuent de s’opposer à cette interdiction et considèrent les armes nucléaires comme légitimes, alors qu’elles ne pourraient être employées qu’en violation du droit international humanitaire qui protège les civils. La France, en adhérant en 1992 au Traité de non-prolifération (TNP), s’était pourtant engagée en faveur du désarmement nucléaire.

 

      L’entrée en vigueur du TIAN intervient au moment même où le monde célèbre le 75ème anniversaire des Nations unies, dont la première décision concernait l’abolition des armes nucléaires. Il donc grand temps que celle-ci devienne enfin une réalité.

 

      Une fois en vigueur, ce Traité ne pourra être ignoré, même par les pays qui s’y sont opposé avec vigueur, car il marque le rejet mondial d’un système de sécurité fondé sur la capacité de perpétrer des massacres massifs de civils.

 

Communiqué d’IDN

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27 décembre 2020 7 27 /12 /décembre /2020 09:01
Magie des chiffres

Si vous voulez montrer à vos enfants ou vos petits-enfants que les maths peuvent être distrayants et parfois mystérieux, proposez-leur le jeu suivant, que vous pouvez essayer vous-même !

Choisissez un jour et un mois de l’année. Par exemple le 26 mai (26 et 05)
Multipliez le chiffre du jour (26) par 25 et ajoutez 30. Cela donne le chiffre A.
Multipliez A par 80 et ajoutez 2 fois le chiffre du mois (05). Cela donne le chiffre B.

Communiquez-moi le chiffre B que vous avez trouvé en le publiant comme commentaire en bas de ce texte et je vous donnerai le jour et le mois que vous avez choisis. Magique, non ?

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23 décembre 2020 3 23 /12 /décembre /2020 10:24
Joyeux Noël quand-même!
Joyeux Noël quand-même!

Difficile de souhaiter cette année « Joyeux Noël » comme si rien n'était!

Serait-ce un signe de lassitude devant les contraintes qu'on nous impose et dont ne voit pas la fin ?

Serait-ce, pire encore, l'expression d'une forme de résignation dans l'attente de nouvelles catastrophes, épidémiques, environnementales, guerrières ?

Et pourquoi ne serait-ce pas l'occasion d'une prise de conscience que la crise actuelle peut remettre en cause d'anciennes habitudes ? Cela ne signifie pas qu’il faut refuser cette sorte de nostalgie du monde d'avant, qui peut être positive, si l’on pense à la célébration de cette fête.

Personnellement, elle me rappelle ces rassemblements familiaux de plusieurs générations, que j’ai connus comme fils, père et grand-père, ces délicieux repas, ces grands moments de rire.

Elle me rappelle aussi, bien sûr, l’arbre emblématique de Noël, le sapin. Pas uniquement celui que l’on retrouve muni de ses lumières et de ses guirlandes, mais le fameux « roi des forêts ». Je l’ai découvert à la montagne en même temps que le ski, au Maroc (mais oui !) où j’ai vécu jusqu’à 16 ans, puis plus longuement en France : pendant près d'une trentaine d'années à partir de de la maison familiale en Haute Savoie (d’où était originaire mon grand-père maternel), lieu de départ de courses en montagne mémorables et de journées épuisantes de ski ; en région parisienne, dans la nouvelle maison familiale, où nous avons planté plusieurs sapins du nom des premières petites-filles ; à Cordes, où, pendant 25 ans, j’ai apprécié son apport au patrimoine naturel de la cité médiévale.

A chaque fois et sous des formes différentes, le sapin était là et réjouissait mon regard.

Bien sûr, cette « nostalgie positive » ne me conduit pas à caresser l’espoir naïf de retrouver demain le monde d’avant à l’identique. On aura l’occasion d’en reparler abondamment….

En attendant et dans cet esprit, je vous souhaite

Joyeux Noël quand- même!

 

*******************

Et puis, il faut rire aussi…

Dépêchez-vous de prendre connaissance de ce document d’ici demain !

Joyeux Noël quand-même!
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22 décembre 2020 2 22 /12 /décembre /2020 18:56
Célébration du 40ème anniversaire du premier lancement d’Ariane

Je regrette que la célébration du 40ème anniversaire du premier lancement d’Ariane à Kourou le 24 décembre 1979 n’ait pas pu se dérouler dans des conditions normales, compte tenu des contraintes imposées par la crise sanitaire.

 

On m’a demandé de parler des premières années de vie du programme Ariane après son succès initial magistral, ce que je fais volontiers ici. Voir aussi le livret rassemblant les interventions des personnalités qui se sont exprimées au cours de cette commémoration.

 

*****

 

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,

 

Au cours de la décennie 80, j’ai eu à plusieurs reprises l’occasion d’être acteur dans ce qu’on peut appeler l’aventure Ariane, en tant que ministre de tutelle du CNES (avec le soutien éclairé et efficace de Jean-Yves Le Gall, conseiller espace dans les 2 cabinets de 1988- 1991 et 1991-1992).

 

Au-delà, j’ai conservé un lien affectif privilégié avec l’Espace, notamment dans l’exercice de ma fonction de maire de Cordes sur Ciel (manifestation annuelle en été « le ciel sur Cordes », en partenariat avec le CNES).

 

J’ai eu aussi l’occasion, il y a quelques années, de mener un travail très intéressant -et, je l’espère, utile- sur les relations entre l’ESA, l’Union européenne et les citoyens européens, avec 6 autres anciens ministres européens en charge de l’espace, à la demande du directeur général de l’ESA de l’époque, Jean-Jacques Dordain.

 

J’ai choisi de vous parler de la politique spatiale qui a été menée dans le cadre de la politique industrielle et de recherche du président Mitterrand et de ses gouvernements au cours de la décennie 80.

             

ARIANE PARMI LES GRANDS TRAVAUX DU PRESIDENT MITTERRAND

 

François Mitterrand a poursuivi, dans la lignée des grands travaux menés par ses prédécesseurs, le Général de Gaulle et Georges Pompidou (rappelés par B. Esambert), avec l’engagement de la France dans les programmes spatiaux européens, d’abord avec le programme Europa de l’ELDO, puis avec celui d’Ariane 1 de l’ESA, dont la mise en œuvre eu lieu sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing qui, après une courte période d’hésitation, a entretenu cet élan initial jusqu’à son plein succès.

 

François Mitterrand s’est, lui aussi, engagé dans de grands travaux, dans le cadre général d’une politique industrielle, de recherche et culturelle, dont les grandes lignes méritent d’être rappelées, pour mieux comprendre les évolutions qui ont concerné plus particulièrement le secteur spatial.

 

Les nationalisations du début du premier septennat.   

 

Je rappelle d’abord qu’au niveau national, le Président Mitterrand, prolongeant en quelque sorte les nationalisations décidées par le Général de Gaulle en 1945, a restructuré le milieu industriel et bancaire au début de son mandat, en procédant à une série de nationalisations qui ont touché des banques et de grandes entreprises dont Thomson, Saint-Gobain, Rhône-Poulenc, Pechiney-Ugine-Kuhlmann, Usinor, Sacilor, Suez, la Compagnie générale d'électricité. Dans le secteur spatial, le Groupe Matra n’a pas été concerné, ce qui facilitera par la suite la constitution d’un grand groupe aéronautique et spatial à l’échelle européenne, en permettant le rapprochement de sociétés publiques et privées. De même, le groupe Dassault n’a pas été nationalisé à 100%. L’ensemble de ces mesures fera l’objet de la loi de nationalisation du 13 février 1982.

 

Dans ce contexte, comment le secteur spatial a-t-il été traité ?

 

L’Europe et la France disposaient avec Ariane d’un lanceur permettant une certaine autonomie d’accès à l’espace, notamment pour lancer des satellites de télécommunication de taille moyenne. Le gouvernement de l’époque s’est attaché, en liaison étroite avec nos partenaires européens à engager de grands programmes d’application, qui répondaient à des besoins non encore satisfaits à l’époque et en pleine évolution, avec une taille et un poids croissants pour les satellites de télécommunication.

 

Il fallait donc soutenir les efforts du CNES, de l’ESA et de l’industrie pour adapter le lanceur Ariane à des missions de plus en plus ambitieuses.

 

Je citerai d’abord un programme d’application naissant, celui des satellites de reconnaissance, à l’origine d’une filière militaire qui s’est renforcée au fil du temps et qui connait en ce moment une sorte de reconnaissance institutionnelle nationale au niveau des forces armées.

 

Dans le domaine militaire, la première génération de satellites de reconnaissance est apparue avec le satellite Hélios, dont le programme a été imaginé dès 1982 et développé avec une participation de l'Espagne (7 %) et de l'Italie (14,1 %). Ses deux premiers satellites seront déployés en 1995 et 1999. Prenant la suite du projet SAMRO (SAtellite Militaire de Reconnaissance Optique),  le programme Hélios a été lancé en 1985 avec pour objectif principal la surveillance du bloc soviétique (qui était alors une réalité puisqu’on se trouvait avant la chute du mur de Berlin en 1989). À l'époque, la France a pu s'appuyer sur la connaissance technique acquise dans le cadre de notre programme d'observation civil français SPOT développé par le CNES et dont le premier satellite a été lancé en 1986 (j’étais alors ministre de la défense). Les principaux composants (capteurs, optiques, systèmes d'enregistrement et de transmission, plate-forme) en ont été repris pour développer le satellite de reconnaissance militaire.

 

Le défi lancé par Ariane au Space Shuttle

 

La période des années 80 est surtout marquée par la montée en puissance du programme Ariane. Celui-ci a dû affronter la redoutable concurrence du programme de la navette spatiale américaine, le Space Shuttle, qui devait devenir l’outil universel de lancement des satellites civils américains et occidentaux, les militaires américains ayant gardé les lanceurs consommables pour satisfaire leurs propres besoins.

 

C’est au cours de cette même période des années 80, correspondant aux deux mandats du Président américain Ronald Reagan, que fut menée par ce dernier une politique internationale marquée par la crise des euromissiles et la relance de la course aux armements, ainsi que par la hausse du budget militaire, pour notamment financer le projet d'Initiative de défense stratégique (IDS). Cette course aux armements fut entamée au début des années 1980 et contribua probablement aux difficultés de l'URSS, qui a eu du mal à assumer un tel effort budgétaire et technologique, compte tenu de l’état de son économie.

 

Lors d'un discours à Berlin, Ronald Reagan appela symboliquement Mikhaïl Gorbatchev à faire tomber le rideau de fer, ce qui se produisit fin 1989. Ronald Reagan, désormais perçu comme le grand vainqueur de la Guerre froide, n’avait plus besoin de développer un coûteux programme d’exploration spatiale. L’entretien de l’existant suffisait pour assurer la suprématie américaine, après l’éclatant succès du programme Apollo dans les années 70. La navette spatiale, le Space Shuttle, devait en principe suffire pour répondre aux besoins civils de transport spatial de satellites pour les Etats-Unis et leurs alliés.

 

Le déclin de la navette et la montée en puissance d’Ariane 

 

En concevant au début des années 1970 un engin spatial réutilisable, la NASA avait espéré pouvoir abaisser fortement les coûts du lancement de satellites, qui avait été jusque-là effectué par des fusées consommables à chaque lancement. Mais, comme certains orateurs l’ont dit, les compromis techniques retenus à la conception pour des raisons financières, et surtout la complexité inhérente au concept, ont induit des coûts de développement et d'exploitation très élevés (500 millions de dollars par lancement). Lorsque sa carrière opérationnelle a débuté en 1982, tous les lancements de satellites américains devaient être pris en charge par la flotte des quatre navettes spatiales existantes. Un dumping important pratiqué sur les prix de la navette en début de programme devait permettre d’occuper une place dominante sur le marché des lancements commerciaux. Mais il est rapidement apparu que la navette ne pouvait pas devenir un moyen de lancement concurrentiel par rapport aux fusées classiques, parce que la cadence des lancements espérée n’a pas pu être tenue, en raison des difficultés de mise au point notamment des moteurs cryogéniques principaux. Après la destruction de la navette spatiale Challenger début 1986, qui a entraîné la perte de son équipage, l'utilisation de la navette a été limitée au lancement des satellites non commerciaux et aux expériences scientifiques en orbite.

 

C’est donc un véritable boulevard qui s’est ouvert pour Ariane et Arianespace, dont la place dans le marché du lancement des satellites commerciaux de télécommunication est devenue de plus en plus importante. Les gouvernements des pays européens, et le premier d’entre eux, le gouvernement français, ont soutenu avec vigueur les programmes dérivés d’Ariane 1 au sein de l’ESA, notamment le programme Ariane 4.

 

Ce programme, proposé par le CNES, approuvé par le gouvernement français en 1981, puis en 1982 par l’ESA, a permis de fédérer près de 60 sociétés, de 11 pays européens, autour de la réalisation du projet. La France a participé majoritairement au financement à hauteur de 52 %. Son statut de maître d’œuvre lui a également conféré la responsabilité du développement et du suivi technique du programme. Ce lanceur de nouvelle génération, très modulable, véritable cheval de bataille de l’Europe, a été l’unique lanceur de la famille Ariane utilisé entre 1988 et juin 1995. 46 exemplaires en ont été tirés, dont 43 avec succès, (93% de taux de réussite) et 74 satellites ont été mis en orbite, permettant de servir la météorologie, avec Météosat, la télégestion avec Spot, la télévision avec Télécom, Astra, Eutelsat, Intelsat, ... On peut dire que la notion d’espace utile a pris toute sa dimension au cours de cette période.

 

L’espace comme outil de construction de l’Europe.

 

Au niveau européen, François Mitterrand s’est montré visionnaire en exaltant cette Europe de l’espace, capable d’entrer dans le club très fermé des puissances spatiales, sans naturellement atteindre le volume d’activités des deux superpuissances de l’époque dans ce domaine, les Etats Unis et l’Union soviétique.

 

Malgré le refus allemand de participer au projet Hermès de vols habités ainsi qu’à la construction d’un satellite d’observation, auquel a été préféré le projet EUREKA, François Mitterrand a considéré que ce dernier « ne postule ni n’exclut aucun choix stratégique et vise simplement, en amont du civil et du militaire, à mettre l’Europe en prise avec sur les technologies dont les retombées et applications bouleverseront, domineront en toutes certitudes les données du futur ». Et, de fait, cela a permis de faire progresser de façon pragmatique la cohésion européenne autour de grands projets.

 

Je mentionnerai aussi dans un autre domaine le tunnel sous la Manche, dont le projet fut entériné le 20 janvier 1986 par le Premier ministre britannique Margaret Thatcher et le président  François Mitterrand. Il fut inauguré le 6 mai 1994 et reste encore un élément de rapprochement de la Grande-Bretagne de l’Europe, qui s’est consolidé au fil du temps et que le Brexit n’a pas affecté. C’est pour moi un souvenir fort, puisque la négociation a été finalisée lors d’un sommet franco-britannique à l’Elysée en 1985, auquel j’ai participé en tant que ministre des transports.    

 

Finalement, on peut dire que le Président Mitterrand a montré un réel intérêt pour le spatial, en tant qu’activité de recherche, d’innovation et de production industrielle à haut risque.

 

Il s’est fait l’avocat des vols spatiaux habités, fruit de la coopération avec l’URSS conclue initialement par le Général de Gaulle, puis avec les Etats-Unis. Il a eu notamment l’occasion de féliciter chaleureusement notre astronaute, Jean-Loup Chrétien, à 2 reprises. D’abord en 1982, lors de la mission franco-soviétique PVH, puis en 1988, lorsque Jean-Loup Chrétien décolla de Baïkonour à bord du vaisseau Soyouz TM-7 pour réaliser un vol de longue durée (25 jours) à bord de la nouvelle station Mir, qui comprenait une sortie extravéhiculaire. Ce fut un motif de fierté pour les Français, puisqu’il a été le premier astronaute non Russe et non Américain à réaliser une telle sortie.

 

Mes souvenirs du départ de la mission Aragatz sont d’autant plus forts que j’étais présent à Baïkonour ce 26 novembre 1988, en compagnie de François Mitterrand, d’Hubert Curien et du ministre soviétique des Affaires étrangères, Edouard Chevardnadze.

 

François Mitterrand aurait aimé que nos amis allemands nous accompagnent dans l’aventure Hermès, pour donner à l’Europe un accès autonome aux vols habités. Même si le programme n’a pas pu se réaliser, pour diverses raisons liées notamment à ce renoncement, le programme Ariane 5, faisant suite à Ariane 4, a été lancé en 1987 par les états membres de l’ESA. Conçu pour les vols habités avec Hermès, mais aussi pour les lancements de satellites géostationnaires de télécommunication, le programme Ariane 5 a connu un succès considérable. Il a conforté l’Europe dans sa détermination à conserver cette autonomie d’accès à l’espace tant recherchée pour la gamme de satellites lourds de télécommunication qui allaient envahir l’orbite des satellites géostationnaires à 36 000 km de la Terre. Arianespace, sous l’impulsion de ses PDG successifs, Frédéric d’Allest et Jean-Yves Le Gall, a pu acquérir 50% du marché commercial, ce qui est tout à fait remarquable compte-tenu de la volonté de domination américaine dans ce domaine. Les autres missions d’observation de la Terre ainsi que les missions scientifiques complexes allaient aussi pouvoir se réaliser avec Ariane 5, ce qui a conféré à la France un rôle de premier plan et qui a facilité la coopération avec nos compétiteurs principaux, les Etats-Unis et la Russie, mais aussi la Chine et l’Inde.

 

En ce qui concerne plus particulièrement Ariane, puisque nous sommes ici pour célébrer le 40ème anniversaire du premier lancement à Kourou le 24 décembre 1979 et les premières années du programme, je voudrais citer une intervention de François Mitterrand, qui a connu les hauts et les bas du programme, mais qui n’a jamais cessé de le soutenir. Voici ce qu’il déclarait lors d’un déplacement en Guyane en 1985, pour assister à un lancement qui s’est malheureusement soldé par un échec :

 

« À Kourou, en Guyane, j’ai assisté au lancement par Ariane de deux satellites. On sait que ce quinzième tir, comme avant lui le deuxième et le cinquième, a échoué. Et j’en ai éprouvé, et beaucoup de Français avec moi, une vive déception. Mais nous ne devons pas oublier les réussites qui, dans cette discipline, placent avec Ariane la France et l’Europe au premier rang du monde. J’ai admiré l’exceptionnelle qualité de nos équipes d’ingénieurs et de techniciens. Je les ai remerciés au nom de la France pour les services rendus au pays. J’étais venu m’associer à leur joie, ma place était encore, plus encore, parmi eux alors qu’ils étaient dans la peine. Je leur exprime ici ma gratitude et ma confiance. Quant au programme des tirs suivants, il s’exécutera comme prévu, retardé sans doute d’un mois. » (15/9/1985- RFO)  

 

Comme j’ai tenté de vous le montrer au cours de ce trop bref rappel, la période des années 80 a été riche. Elle a contribué à donner un essor exceptionnel au programme Ariane avec la version particulièrement réussie du modèle Ariane 4, qui a permis d’engager avec confiance le programme Ariane 5.

 

Je souhaite aux équipes du CNES et de l’ESA, ainsi qu’aux industriels européens le plein succès dans la mise en exploitation du lanceur Ariane 6. Certes, le contexte a changé, les compétiteurs montent en puissance, notamment aux Etats-Unis, mais aussi en Chine et ailleurs. La solidarité européenne ne doit pas se démentir dans cette période difficile, qu’il s’agisse d’achever le développement du lanceur et des installations associées, ou de privilégier son utilisation ultérieure, notamment pour les missions gouvernementales....

 

Vive le CNES ! Vive l’ESA ! Vive Ariane !

Célébration du 40ème anniversaire du premier lancement d’Ariane

Mes responsabilités gouvernementales sous la présidence du Président Mitterrand :

Octobre 1983 - Septembre 1985 : ministre de l'Urbanisme et du Logement (et des Transports à partir du 19 juillet 1984).

 Septembre 1985 - Mars 1986 : ministre de la Défense

Mai 1988 – Mai 1991 : ministre des Postes et Télécommunications et de l'Espace.

Mai 1991 - Avril 1992 : ministre de l'Équipement, du Logement, du Transport et de l'Espace

Avril 1992 – Mars 1993 : ministre de l’Intérieur et de la Sécurité Publique

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20 décembre 2020 7 20 /12 /décembre /2020 00:30
Les propositions d'IDN pour éviter la catastrophe nucléaire
Les propositions d'IDN pour éviter la catastrophe nucléaire
Les propositions d'IDN pour éviter la catastrophe nucléaire
Les propositions d'IDN pour éviter la catastrophe nucléaire
Les propositions d'IDN pour éviter la catastrophe nucléaire
Les propositions d'IDN pour éviter la catastrophe nucléaire
Les propositions d'IDN pour éviter la catastrophe nucléaire
Les propositions d'IDN pour éviter la catastrophe nucléaire
Les propositions d'IDN pour éviter la catastrophe nucléaire

Si vous arrivez à trouver quelques instants en cette fin d’année compliquée et, par certains aspects, angoissante, je vous suggère de lire ce texte. Il peut sembler long, mais il est facile à comprendre et il vous rassurera en vous prouvant qu’il existe des réponses pour réduire le risque d’une guerre nucléaire, dont de nombreuses éminentes personnalités disent qu’il n’a jamais été aussi élevé depuis la Guerre froide (par exemple, l’ex-Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, l’ancien dirigeant soviétique Mikhail Gorbatchev ou l’ancien Secrétaire à la Défense américain William Perry)

 

Pendant des décennies, la dissuasion nucléaire a été présentée comme un instrument destiné à empêcher la guerre, reposant sur la peur de représailles dévastatrices en cas d’agression. Or les évolutions récentes tant des doctrines que des choix ou des aléas technologiques contribuent à briser ce tabou du « non-emploi ». Elles abaissent dangereusement le seuil d’utilisation des quelque 13 410 armes nucléaires existantes et entraînent le monde vers le cataclysme : recours aux missiles de croisière voire aux missiles hypersoniques, miniaturisation des têtes nucléaires, scénarios d’escalade vers le nucléaire en cas d’attaque conventionnelle, chimique, biologique, voire cybernétique, risques croissants d’utilisation accidentelle ou terroriste et de piratage informatique, etc.

 

Ce risque est aggravé par les crises régionales (Inde-Pakistan, Moyen-Orient, Péninsule coréenne), la démolition systématique de l’architecture de contrôle qui avait assuré jusqu’ici la stabilité (traités ABM, INF, New START, Accord sur le Nucléaire iranien) et la course effrénée aux armements à laquelle se livrent les puissances nucléaires.

 

L’association Initiatives pour le Désarmement Nucléaire (IDN), que je préside, est convaincue que la seule façon efficace d’empêcher la guerre nucléaire consiste non pas à accumuler, moderniser et rendre plus utilisables les armes nucléaires, mais à les éliminer. C’est pourquoi elle a présenté ou soutenu plusieurs mesures qui auraient pour effet, à court terme, de réduire le danger de guerre nucléaire, à moyen terme, d’empêcher la prolifération des armes nucléaires et, à et long terme, de les éliminer dans le cadre d’un processus multilatéral, progressif et contrôlé. La France peut jouer un rôle moteur dans ce processus et retrouver ainsi un espace d’initiative et d’influence.

 

Ces propositions, préparées  notamment par Marc Finaud, sont formulées dans la perspective de la Conférence d’examen du Traité de Non-Prolifération (TNP) de 2020, reportée à 2021.

 

*************************

A court terme : réduire d’urgence le risque d’utilisation des armes nucléaires

 

1) Diminuer au niveau le plus bas possible le niveau d’alerte de forces nucléaires

 

Sur les quelque 3 320 armes nucléaires déployées par les Etats-Unis et la Russie, environ la moitié sont placées en alerte maximale, permettant un tir dans les minutes suivant la détection d’un lancement adverse. C’est ce statut qui risque de provoquer le déclenchement accidentel, par erreur ou non autorisé d’une guerre nucléaire. En particulier, les armes doivent être séparées de leurs vecteurs afin de laisser du temps aux décideurs d’intervenir pour éviter une telle catastrophe.

 

2) Négocier sans délai et sans condition préalable la dénucléarisation de la Péninsule coréenne dans un cadre multilatéral permettant des avantages mutuels

 

En priorité, le gel du programme nucléaire et balistique nord-coréen en échange du gel des exercices militaires américano-sud-coréens doit permettre de renouer avec les négociations multilatérales (Pourparlers à Six), seul cadre possible pour aboutir à une dénucléarisation effective de la Péninsule coréenne et la levée des sanctions à l’égard de Pyongyang.

 

3) Annoncer le retrait des armes nucléaires tactiques américaines déployées dans cinq pays de l’OTAN (Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Italie, Turquie) en échange du retrait total des armes nucléaires tactiques russes d’Europe

 

Ces armes américaines dites tactiques (bombes à gravitation B61) sont destinées à être utilisées sur le sol européen et dans le cadre d’une escalade nucléaire entre les Etats-Unis et la Russie. Leur déploiement, loin d’assurer la sécurité de l’OTAN, accroît le risque que des pays européens deviennent la cible d’attaques nucléaires. Leur neutralisation, dans un premier temps, puis leur élimination favoriseront la négociation de nouvelles réductions des arsenaux nucléaires américains et russes.

 

4) Adoption par toutes les puissances nucléaires d’une politique de non-emploi en premier par la renonciation à riposter avec des armes nucléaires à des attaques non nucléaires (conventionnelles, chimiques, biologiques, cybernétiques)

 

En dehors de la Chine et de l’Inde, toutes les puissances nucléaires incluent, dans leur doctrine, des scénarios de recours à l’arme nucléaire contre des attaques non nucléaires perpétrées par d’autres puissances nucléaires ou par des Etats non dotés d’armes nucléaires (exceptions aux « garanties négatives de sécurité ». Seule une politique de non-emploi en premier des armes nucléaires réduira significativement le risque de recours aux armes nucléaires. En effet, seule une attaque nucléaire est de nature à mettre en cause les intérêts vitaux d’un pays. Tous les autres scénarios sont de nature à être dissuadés efficacement par des armements conventionnels ou d’autres formes de défense. La Conférence du désarmement, où sont représentées toutes les puissances nucléaires, est le cadre idéal pour négocier un tel accord.

 

5) Mettre en place un système de transparence sur les armes nucléaires

 

Les puissances nucléaires membres du TNP se sont engagées à présenter des rapports périodiques sur les mesures prises pour favoriser le désarmement nucléaire. Force est de constater que ces rapports sont de qualité inégale et contribuent peu à la transparence. Or celle-ci serait de nature à rassurer les pays non dotés d’armes nucléaires que leurs engagements de non-prolifération sont équilibrés par des efforts de désarmement nucléaire. La Conférence d’examen du TNP de 2021 devrait offrir l’occasion de la mise en place d’un tel système de transparence.

 

A moyen terme : Renforcer la non-prolifération des armes nucléaires

 

6) Œuvrer à l’entrée en vigueur du Traité sur l’interdiction des essais nucléaires (TICE)

 

L’entrée en vigueur de ce traité, adopté en 1996, est toujours dépendante de la ratification de huit pays (Chine, Corée du Nord, Egypte, Etats-Unis, Inde, Iran, Israël, Pakistan), même si son application provisoire a démontré la capacité de son régime de vérification de détecter les essais nord-coréens. Une ratification conjointe des Etats-Unis et de la Chine suivie d’une campagne internationale aurait un effet d’entraînement sur les autres Etats et renforcerait encore la norme d’interdiction des essais, élément essentiel du régime de non-prolifération.

 

  1. Amorcer sans tarder la négociation d’un Traité d’interdiction de la production de matières fissiles destinées aux armes nucléaires (FMCT)

 

Même si la plupart des puissances nucléaires ont décrété des moratoires unilatéraux de production, tant leurs stocks sont élevés, une nouvelle norme d’interdiction de production serait un moyen efficace d’empêcher le développement de nouveaux programmes nucléaires. Si le Pakistan continue de bloquer l’amorce de la négociation à la Conférence du désarmement, le cadre de l’Assemblée générale de l’ONU devrait permettre une telle négociation. Afin de faciliter celle-ci, la simple interdiction de toute production future doit s’accompagner d’un engagement des puissances nucléaires de ne pas puiser dans leurs stocks existants pour produire de nouvelles armes.

 

  1. Réaffirmer solennellement l’engagement déjà formulé dans le cadre du Traité de non-prolifération, d’« accomplir davantage de progrès pour réduire le rôle attribué aux armes nucléaires dans les politiques de sécurité »

 

Découlant des obligations contenues dans l’Article VI du TNP visant au désarmement nucléaire dans le cadre d’un désarmement général et complet, cet engagement vise à rendre la sécurité des Etats moins dépendantes des armes nucléaires et donc celles-ci moins attractives pour des Etats tentés par la prolifération. Au minimum, les puissances nucléaires devraient discuter ensemble de leurs doctrines nucléaires afin de réduire les incompréhensions ou interprétations erronées susceptibles de nourrir une dangereuse course aux armements.

 

  1. Agir en faveur de la négociation d’une zone exempte d’armes de destruction massive au Moyen-Orient

 

Ce projet est à l’ordre du jour de l’ONU et du TNP depuis 1991. Malgré plusieurs tentatives en 1995 et 2010, le processus de négociation en vue de l’établissement d’une telle zone reste bloqué par le dilemme « désarmement en premier » (pays arabes, Iran) et « paix en premier » (Israël, Etats-Unis). La conférence annuelle lancée au sein de l’ONU en novembre 2019 devrait permettre un compromis combinant des mesures de confiance et de sécurité et des mesures de désarmement. L’Accord sur le programme nucléaire iranien (JCPOA), malgré la crise provoquée par le retrait américain et les rétorsions iraniennes, devrait être considéré comme un modèle en termes de non-prolifération et de vérification, notamment en excluant la production d’uranium hautement enrichi et de plutonium au Moyen-Orient.

 

A long terme : Eliminer les armes nucléaires progressivement et sous contrôle

 

  1. Annoncer de nouvelles réductions négociées des arsenaux nucléaires

 

Détenteurs de 90% des armes nucléaires mondiales, les Etats-Unis et la Russie ont la responsabilité principale de négocier en priorité de nouvelles réductions substantielles et vérifiables de leurs arsenaux en incluant toutes les catégories (stratégiques déployées et non déployées, non stratégiques) ainsi que la défense anti-missile et les composantes spatiales. Un tel abaissement des plafonds facilitera l’association des autres puissances nucléaires à la négociation et à l’étude en commun de systèmes de vérification fiables. Le gel des programmes actuels de modernisation et de lancement de nouveaux types d’armes (missiles de croisière américains à ogive à faible puissance, missiles hypersoniques ou drones nucléaires sous-marins russes) devrait être le point de départ de ces nouvelles négociations, de même que l’inclusion des missiles à portée intermédiaire couverts par l’ancien traité FNI et la prorogation intérimaire du traité New START, qui expire en février 2021.

 

  1. Procéder à de nouvelles réductions unilatérales

 

Plusieurs puissances nucléaires, dont la France, ont déjà procédé à des réductions unilatérales de leurs stocks d’armes nucléaires. Le Royaume-Uni a renoncé à la composante aéroportée et ne conserve que la composante sous-marine. La France a renoncé à la composante terrestre et elle pourrait abandonner progressivement à la composante aérienne et aéronavale, jugée onéreuse, vulnérable et inutile. De même, ayant modernisé ses missiles sous-marins, elle peut sans dommage réduire leur nombre et celui des ogives dont ils sont équipés. Ces mesures intérimaires concrétiseraient l’engagement de désarmement nucléaire inscrit dans le TNP.

 

  1. Adhérer au mécanisme prévu par le Traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN)

 

Ce traité, adopté par 122 Etats à l’ONU, entre en vigueur le 22 janvier 2021. Bien que sa négociation ait été boycottée par les puissances nucléaires, il comble une lacune juridique importante : après les armes biologiques et chimiques, il établit la norme d’interdiction de l’arme nucléaire, dernière catégorie d’arme de destruction massive à être prohibée car impossible à utiliser dans le respect du droit international humanitaire qui protège les civils non combattants. Il prévoit que les Etats dotés de cette arme ont le choix pour adhérer à ce traité : soit éliminer leurs armes et s’y joindre, soit devenir parties au traité et annoncer aux autres Etats parties un plan de désarmement vérifiable (le cas échéant négocié avec les autres puissances nucléaires). Lorsque le TIAN sera en vigueur, il ne sera plus possible juridiquement aux puissances nucléaires d’affirmer que la possession, la menace d’emploi ou l’emploi de l’arme nucléaire sont légitimés par le TNP ou la Charte de l’ONU.

 

Lire nos livres 

 

Lire nos revues de presse 

 

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Faites connaissance avec IDN

 (Initiatives pour le désarmement nucléaire),

dont Paul Quilès est président.

IDN travaille chaque jour à la réduction des arsenaux nucléaires et du risque, intentionnel ou non, d’utilisation de l’arme nucléaire.

IDN oeuvre à construire un monde sans armes nucléaires, pour une paix et une sécurité internationale durables.

Faites connaissance avec

Cordes sur Ciel,

la cité médiévale dont Paul Quilès a été le maire pendant 25 ans.

cordes-nuages-8-bp--R-solution-de-l--cran-.jpg 

site de l'Office du tourisme 

Bibliographie

- 2018: L'illusion nucléaire- La face cachée de la bombe atomique (avec Jean-Marie Collin et Michel Drain)

- 2017: Quelques citations sur les armes nucléaires

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  

- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu) 

- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff ) 

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï) 

- 1992: Nous vivons une époque intéressante 

- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez