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31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 08:52
Dessin publié avec l'aimable autorisation de Plantu, paru dans Le Monde du 1er janvier 1984. ©Plantu 2016. Tous droits réservés.

Dessin publié avec l'aimable autorisation de Plantu, paru dans Le Monde du 1er janvier 1984. ©Plantu 2016. Tous droits réservés.

J'ai publié cette tribune sur le site du Huffington Post

 

****

 

La France s’oppose à l’adoption par l’ONU

d’une résolution d’interdiction des armes nucléaires

 

      Depuis des mois, la France ne cesse d’aller à l’encontre de la volonté exprimée par une majorité de pays d’établir une norme juridique contraignante de prohibition des armes nucléaires. Le 27 octobre dernier, à l’ONU, elle a confirmé cette position en votant contre le projet de résolution L.41 proposé par 34 États, intitulé « Faire avancer les négociations multilatérales sur le désarmement nucléaire ». Elle a émis le même vote que les États-Unis, le Royaume-Uni mais aussi la Russie et Israël ; un non-sens total ! Les pays non nucléaires de l’OTAN ont voté dans le même sens, de peur de contrarier leur protecteur américain, seuls les Pays-Bas s’abstenant sous la pression de leur Parlement.

 

     Opposés aux puissances nucléaires, 123 États (Autriche, Suède, Irlande, Mexique, Brésil, Afrique du Sud, Malaisie, Nouvelle Zélande…) ont voté cette résolution, qui va faire de 2017 l’année de la négociation d’un « instrument juridiquement contraignant visant à interdire les armes nucléaires en vue de leur élimination complète ».

 

      Il faut rappeler que les armes nucléaires sont les dernières armes de destruction massive à ne pas être soumises à une interdiction (Convention sur l'interdiction des armes biologiques - 1972, Convention sur l'interdiction des armes chimiques - 1993).

 

     Depuis 1970 (entrée en vigueur du Traité de Non-Prolifération- TNP) cinq pays bénéficient du droit de disposer de ces armes, mais à la condition d’en négocier « de bonne foi » l’élimination. Or, quarante-six ans plus tard, il existe toujours plus de 15 000 armes nucléaires et tout est bloqué dans les faits en matière de désarmement nucléaire multilatéral depuis 1996, date de la signature du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires.

 

     Le projet d’interdiction internationale de l’arme nucléaire dont il est question aujourd’hui est porté depuis de nombreuses années par un grand nombre d’ONG, comme la Croix Rouge ou la Campagne Internationale pour l’Abolition des Armes Nucléaires (ICAN). Il ne s’agit pas de la revendication d’un mouvement d’idéalistes, mais d’un objectif concret de politique internationale pour près des deux tiers des pays de la planète.

 

     Le vote négatif de la France –qui est intervenu dans un regrettable silence médiatique - contredit tous les beaux discours de ses représentants sur le renforcement de la sécurité internationale et la lutte contre la prolifération nucléaire. Il heurte la conscience et le bon sens. Imagine-t-on aujourd’hui un pays qui s’opposerait à l’interdiction des armes de destruction massive chimiques ou biologiques ?

 

     Pour s’opposer à l’adoption du principe d’interdiction totale et complète des armes nucléaires, la représentante permanente de la France à la Conférence du désarmement a affirmé[1] qu’il fragiliserait le TNP et serait de ce fait préjudiciable au maintien de la paix et de la sécurité internationales. Cela signifie-t-il que les armes nucléaires garantissent la paix et la sécurité internationale ? Ce n’est pas la conclusion la plus évidente que l’on peut tirer de la succession actuelle des crises et conflits. Quant à notre représentant permanent adjoint, il est allé plus loin encore en affirmant qu’un traité d’interdiction allait « ouvrir une brèche en matière de non-prolifération » ; alors même qu’au contraire il a pour objet de rendre ces armes illégales… De tels discours pourraient eux-mêmes être considérés comme des incitations involontaires à la prolifération nucléaire !

 

     La perspective d’un traité d’interdiction des armes nucléaires est soutenue par un vaste mouvement d’opinion à l’échelle mondiale. C’est ainsi que les parlementaires européens viennent d’adopter le 25 octobre 2016, à une large majorité, une résolution appuyant le projet de l’ONU. Ils y soulignent, contrairement à la plupart des gouvernements de l’Union européenne, « qu'une telle démarche viendra étayer les objectifs et obligations consacrés par le TNP en matière de non-prolifération et de désarmement, et contribuera à créer des conditions favorables pour la sécurité internationale et un monde sans armes nucléaires ». Ce mouvement global d’opinion s’explique notamment par une prise de conscience de plus en plus aigüe des conséquences humanitaires d’une explosion, délibérée ou accidentelle, d’un engin nucléaire.

 

      Les votes récents de l’Assemblée générale des Nations Unies sont le signe d’un changement profond. Désormais, les États non nucléaires, en très grande majorité, s’apprêtent à accroître leur pression sur les puissances nucléaires en se saisissant de l’agenda du désarmement. Une nouvelle période de l’histoire du désarmement nucléaire s’ouvrira en 2017. Avec l’organisation Initiatives pour le Désarmement Nucléaire (IDN)[2], nous souhaitons que la France y participe de manière constructive. Devant la gravité des enjeux, la poursuite de la politique de la chaise vide serait irresponsable et contradictoire avec les valeurs que la diplomatie de notre pays entend défendre et promouvoir.


[1] Déclaration faite au nom du P3 (États-Unis, Royaume-Uni, France)

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29 octobre 2016 6 29 /10 /octobre /2016 18:07
Le bourrage de crânes

      Cette photo montre la façon dont on explique aux élèves de 3ème "comment l'arme nucléaire permet de soutenir la liberté et la démocratie" (sic)

 

      Il s’agit du « cahier d'Enseignement Moral et Civique » destiné aux élèves de 3ème. L’éditeur (Hachette éducation) présente ce manuel de 64 pages comme "prêt à l'emploi pour mettre en oeuvre le nouveau programme de 3ème et traiter les 4 domaines des programmes d'Enseignement Moral et Civique : culture de la sensibilité, culture de la règle et du droit, culture du jugement, culture de l'engagement".

 

      Après cela, il ne faut pas s'étonner de l'indifférence de l'opinion à l'égard des événements qui concernent cette arme de destruction massive, dont j'ai souvent l'occasion de parler sur ce blog.

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28 octobre 2016 5 28 /10 /octobre /2016 06:56
Le vote négatif de la France à l'ONULe vote négatif de la France à l'ONU

      Un événement rare et historique vient se produire cette nuit à l'ONU. Une résolution en faveur de la rédaction d'un traité d'interdiction des armes nucléaires a été votée par la 1ère commission à une très large majorité.

 

      123 pays (dont l'Autriche, la Suède, le Mexique, le Brésil, l'Afrique du Sud, ...) ont voté en faveur de cette résolution.

 

      38 pays ont voté contre, dont la France.

 

     16 se sont abstenus, dont la Chine, l'Inde, le Pakistan,la Finlande, les Pays-Bas, la Corée du Nord).

 

      Je considère le vote de la France comme contradictoire avec tous les beaux discours sur la recherche d'une plus grande sécurité dans le monde et de la lutte contre la prolifération nucléaire.

 

      Pour faire court, ce vote est honteux. J'y reviendrai.

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19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 16:35
Lettre aux parlementaires françaisLettre aux parlementaires français

Je viens d'adresser cette lettre à l'ensemble des parlementaires français

(Assemblée nationale, Sénat)

_________________________________________________________________

 

Paul Quilès

Ancien Ministre de la défense,

Ancien Président de la Commission de la défense de l’Assemblée nationale

 

 

Madame la députée, Monsieur le député,

Madame la sénatrice, Monsieur le sénateur,

 

Je souhaite vous apporter des informations concernant deux sujets sur lesquels, en tant que parlementaire, vous serez peut-être amené(e) à intervenir dans les prochaines semaines.

 

Le niveau du budget consacré à la dissuasion nucléaire.

 

La presse a fait état de déclarations de responsables civils et militaires évoquant une hausse substantielle du budget de la Défense, qui passerait d’ici 2020, de 32,7 à 41 milliards d’euros. Il est indiqué par ailleurs : « En réalité, une exigence éminente prime : le coût de la dissuasion nucléaire va doubler. » (Le Monde- 8 septembre 2016). Cela signifierait que le budget de la dissuasion nucléaire serait doublé, pour atteindre le montant de 6 milliards d’euros dans les prochaines années.

 

Le débat budgétaire sera l’occasion de vérifier si les affirmations des participants de la récente Université de la défense se confirment. C’est évidemment au Parlement de prendre de telles décisions (budget annuel, lois de programmation militaire), mais c’est aussi à lui de s’interroger sur la pertinence d’investissements massifs destinés à renouveler les outils de dissuasion nucléaire.

 

Pour une large part, les nouveaux programmes doivent rendre les armes nucléaires plus précises, d’une puissance réglable en fonction des objectifs retenus et donc plus utilisables dans des scénarios dits de «rétablissement de la dissuasion ».

 

C’est donc la guerre nucléaire qui se prépare, ce qui constitue non seulement un danger pour la paix et pour l’existence même de l’humanité, mais aussi une violation flagrante du traité de non-prolifération (TNP) qui oblige les États nucléaires signataires à mener « de bonne foi » des négociations en vue de la cessation de la course aux armements nucléaires «à une date rapprochée » Que dirait-on si des Etats non nucléaires prenaient autant de liberté avec la lettre et l’esprit du TNP ?

 

Il me semble important que le Parlement débatte de l’opportunité de voir la France s’engager dans ce qui apparaît comme une nouvelle course aux armements nucléaires sans aucune légitimité stratégique, alors que nos besoins de sécurité réclament de nouveaux concepts et de nouveaux moyens.

 

Le Traité d’interdiction des armes nucléaires.

 

Les armes nucléaires sont la dernière catégorie d’arme de destruction massive à ne pas être soumise à une interdiction (Convention sur l'interdiction des armes biologiques - 1972, Convention sur l'interdiction des armes chimiques - 1993).

 

Un projet de résolution « Pour faire avancer les négociations multilatérales sur le désarmement nucléaire » a été déposé à l’ONU le 28 septembre 2016, à l’initiative de 6 Etats (l'Autriche, l'Irlande, le Brésil, le Mexique, le Nigeria, l'Afrique du Sud). Soutenu par plus d’une centaine d’Etats, il est l’aboutissement de nombreuses réunions internationales.

 

Ce projet doit être adopté fin octobre ou début novembre par la première commission de l’Assemblée générale de l’ONU (Désarmement et sécurité internationale) puis début décembre par l’Assemblée générale elle-même en séance plénière. Il prévoit que dès 2017 une conférence de l’ONU négociera un traité d’interdiction des armes nucléaires conduisant à leur élimination totale, ce qui constituerait une avancée majeure pour le renforcement de la sécurité internationale et l’universalisation du régime de non-prolifération nucléaire.

 

Un tel évènement peut favoriser l’évolution du contexte stratégique qu’a souhaitée le Président Hollande dans son discours d’Istres (février 2015). C’est pourquoi il me semble opportun que les parlementaires interpellent le gouvernement sur la position de la France, qui paraît vouloir s’opposer à la résolution, alors même qu’une majorité écrasante d’Etats soutient le démarrage de ces négociations.

 

Je reste à votre disposition pour vous donner d’autres informations, si vous le souhaitez. 

 

Bien cordialement.

 

    Paul Quilès                         

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13 octobre 2016 4 13 /10 /octobre /2016 10:09
Premier tête à tête entre Mikhaïl Gorbatchev et Ronald Reagan le 11 octobre 2016 à Reykjavik (Islande). Les deux hommes ont été tout proche d’éliminer toutes les armes nucléaires en 10 ans. Crédit: National Archives/Ronald Reagan Presidential Library

Premier tête à tête entre Mikhaïl Gorbatchev et Ronald Reagan le 11 octobre 2016 à Reykjavik (Islande). Les deux hommes ont été tout proche d’éliminer toutes les armes nucléaires en 10 ans. Crédit: National Archives/Ronald Reagan Presidential Library

Présentation par Guillaume Sérina de son livre

 

"Reagan/Gorbatchev. Reykjavik 1986, le sommet de tous les espoirs"

 

      Il y a 30 ans, Reagan et Gorbatchev ont voulu éliminer les armes nucléaires de la planète. Ce fut un échec, mais la question mérite aujourd’hui d’être posée, dans un contexte international bien plus complexe qu’à l’époque : et si on décidait de vivre dans un monde sans arme nucléaire?

 

      Décrite par ses critiques comme un “dogme”, la dissuasion nucléaire coûte cher. Trop cher par rapport à son utilité stratégique dans le monde d’aujourd’hui, où elle semble inadaptée. Plusieurs voix respectées et des organisations se font entendre. Il est grand temps d’ouvrir le débat.  (…)

 

Lire l’article

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9 octobre 2016 7 09 /10 /octobre /2016 23:10
Ils ont failli renoncer à l’arme nucléaire !

     Cela s’est passé à Reykjavik (Islande) il y a exactement 30 ans, les 11 et 12 octobre 1986, au cours d’un sommet américano-soviétique. Les discussions entre Reagan et Gorbatchev auraient pu se conclure par un accord historique sur l’élimination de l’armement nucléaire des deux grandes puissances en l’espace de 10 ans [1].

 

      Pour rappeler cet évènement, un livre passionnant vient d’être publié[2]Il révèle le contenu des débats et des négociations qui se sont déroulés au cours de cette rencontre, les réactions et les arguments échangés par les leaders des deux super- puissances, le rôle de leurs conseillers, les causes de l’échec.

 

     On comprend mieux par exemple comment l’obstination de Reagan – qui voulait rendre les armes nucléaires « impuissantes et obsolètes »- à conserver l’IDS [3] (Initiative de Désarmement Stratégique, plus connue sous le nom de Guerre des étoiles) est en grande partie responsable de l’échec du sommet.

 

     La rencontre de Reykjavik a néanmoins ouvert la voie à des traités de réduction des arsenaux nucléaires et à des accords concrets sur les fusées à portée intermédiaire et sur les armes stratégiques, mais il est vrai que l’objectif du désarmement nucléaire général n’a pas été atteint.

 

      Certains en tirent argument pour affirmer que cette idée est impossible à envisager, qu’elle est utopique, voire irresponsable ! Alors que la course aux armements (notamment nucléaires) reprend de plus belle aux Etats-Unis, en Chine, en Russie, que les discours bellicistes rappelant l’époque de la Guerre froide se multiplient, la France devrait au contraire manifester sa volonté de faire évoluer le « contexte stratégique », comme l’a souhaité François Hollande dans son discours d’Istres sur la dissuasion nucléaire (février 2015).

 

     Une occasion va lui être donnée dans les prochains mois, à l’ONU, de montrer, comme il l’affirmait dans ce même discours, que « l’outil diplomatique de la France, la politique étrangère de la France, restent pleinement mobilisés en faveur du désarmement ». Il suffira que la France ne s’oppose pas à la résolution « Pour faire avancer les négociations multilatérales sur le désarmement nucléaire » déposée à l’ONU le 28 septembre 2016, soutenue par plus d’une centaine d’Etats.

 

     Ce projet prévoit que, dès 2017, une conférence de l’ONU négociera un traité d’interdiction des armes nucléaires conduisant à leur élimination totale, ce qui constituerait une avancée majeure pour le renforcement de la sécurité internationale et l’universalisation du régime de non-prolifération nucléaire.

 

« Le désarmement nucléaire ne peut pas être une incantation ou même une invitation ! Il doit être démontré et d’abord par l’Etat qui le proclame. » (François Hollande)

____________________________________________________________________

 

[1] Voir le reportage du JT d’Antenne 2 du 12 octobre 1986 (Claude Sérillon et Georges Bartoli).

 

[2] Lire les 11 premières pages du livre.

 

[3] J’avais eu l’occasion, comme ministre de la défense, de dénoncer fin 1985 ce projet délirant qui aurait conduit à une militarisation de l’espace….et qui sera abandonné par les Américains dans les années 90.

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5 octobre 2016 3 05 /10 /octobre /2016 11:22
Qui sommes-nous?

Un peu d'humour peut parfois aider à remettre les idées en place!

Pour répondre au délire et à certaines analyses sommaires

qui ont cours dans cette période de démagogie extrême,

rien de tel que d'écouter

cette courte intervention de François Mitterrand. 

 

Ecouter   (1'47)

 

      "Nous sommes français, nos ancêtres les Gaulois, un peu germains, un peu romains, un peu juifs, un peu italiens, de plus en plus portugais, un peu polonais, et je me demande si nous ne sommes pas de plus en plus arabes (rires dans la salle), voici une phrase imprudente, c'est celle qui sera épinglée...

 

      Tout cela se lie à des choix politiques, je voudrais que ces choix n'altèrent pas ces convictions, que tous, quelle que soit leur appartenance politique, sachent s'allier pour refuser tous les appels de l'inconscient, d'un subconscient mal réglé, pour choisir l'unité de la France à construire... "

 

(Extrait de l'allocution prononcée par François MITTERRAND à l'occasion d'un colloque sur "La France et la pluralité des cultures" organisé à la Sorbonne le 18 mai 1987) 

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3 octobre 2016 1 03 /10 /octobre /2016 09:34
Le lobby nucléaire s’invite à l’Université de la Défense

Tribune de Michel DRAIN,

membre du bureau d'IDN et de Justice et Paix  

publiée sur le Forum de La Croix                

 

      L’Université d’été traditionnellement organisée par les présidents des commissions de la Défense de l’Assemblée nationale et du Sénat a donné aux différents lobbys de la défense l’occasion de faire valoir leurs intérêts sans que ceux-ci soient toujours en phase avec les réels besoins de sécurité du pays. Un certain corporatisme militaire s’y est allié avec les porte-parole des industries d’armement pour demander une hausse substantielle du budget de la Défense, ce qui le ferait passer d’ici 2020, de 32,7 à 41 milliards d’euros.

 

     Notre environnement stratégique, notre participation à de nombreuses opérations extérieures et nos engagements dans le cadre de l’OTAN, rendent sans doute inévitable un certain accroissement des dépenses de défense. Il est en revanche extrêmement surprenant, pour ne pas dire choquant, que cet accroissement serve d’abord à financer un doublement de la part du nucléaire dans le budget de la Défense.

 

      En effet, la préoccupation essentielle des tenants du « budget militaire à 2% du PIB » est en réalité de garantir la « modernisation » d’ensemble des forces nucléaires. Ce projet a un coût considérable : plus de six milliards d’euros annuellement, soit le double de l’effort actuel. Lorsque notre association, IDN, avait publié ce chiffre, les experts et les autorités militaires ou gouvernementales avaient refusé de le confirmer : la vérité sur le coût de l’arme nucléaire transpire seulement maintenant.

 

Un danger pour la paix

 

      Pour une large part, ces nouveaux programmes doivent rendre les armes nucléaires plus précises, d’une puissance réglable en fonction des objectifs retenus et donc plus utilisables dans des scénarios dits de « rétablissement de la dissuasion ». C’est donc la guerre nucléaire qui se prépare, en France comme aux États-Unis ou en Russie. Il s’agit non seulement d’un danger pour la paix et pour l’existence même de l’humanité, mais aussi d’une violation flagrante du traité de non-prolifération (TNP) qui oblige les États nucléaires signataires à mener « de bonne foi » des négociations en vue de la cessation de la course aux armements nucléaires « à une date rapprochée ». Que dirait-on si des Etats non nucléaires prenaient autant de liberté avec la lettre et l’esprit du TNP ?

 

     La France de ce fait s’engage dans une nouvelle course aux armements nucléaires sans aucune légitimité stratégique et sans aucun débat public ou parlementaire, alors que nos besoins de sécurité réclament de nouveaux concepts et de nouveaux moyens. C’est donc une autre politique de sécurité et de défense qu’il convient de suivre : une politique centrée sur les menaces réelles auxquelles notre pays est confronté ; cohérente avec une diplomatie de paix visant la résolution des conflits générateurs de terrorisme ; en harmonie enfin avec une stratégie résolue de désarmement écartant les risques grandissants de guerre nucléaire.    

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29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 16:32
Alep : à qui profite le crime ?

     Comme toutes les images de guerre, de destruction de bâtiments, de massacres de civils, ce qui nous est montré du carnage d’Alep ne peut que nous bouleverser. Notre indignation, nos cris d’horreur devant ce déchaînement de barbarie ne suffiront malheureusement pas à convaincre les parties en présence  d’arrêter le terrible engrenage.

 

    Trop souvent la compréhension des conflits est obscurcie par des approximations, des mensonges et des affirmations de propagande, qui empêchent de juger les responsabilités des acteurs. Cela se traduit par des discours hypocrites, qui ne valent pas mieux que certains silences honteux.

 

     Dans cette « bataille d’Alep », quels sont précisément les acteurs et leurs objectifs ?

 

     Non, ce n’est pas de la guerre contre Daech qu’il s’agit. Celle-ci est menée par la coalition internationale à 300 kms d’Alep. Ici, c’est l’insurrection contre le régime syrien, née en mars 2011, que Bachar el Assad veut éliminer. Son seul objectif est de conserver le pouvoir à tout prix. Les Russes, qui entendent faire la preuve de leur capacité d’intervention au Moyen-Orient, lui apportent, sans état d’âme, leur aide militaire pour écraser le territoire tenu par la rébellion sous leurs bombes.

 

     La motivation unique de ces rebelles est le départ immédiat d’Assad, ce qui est contraire aux termes des négociations ayant fixé les conditions de la trêve. A leurs côtés combattent les djihadistes du Front Al Nosra (rebaptisé Fateh Al-Cham et issu de la mouvance d’Al Qaïda), ce qui donne un alibi à Assad et aux Russes pour prétendre qu’ils luttent contre les « terroristes ».

 

     D’autres forces (Arabie Saoudite, Qatar), moins visibles, mais toujours présentes en sous-main dans le conflit syrien, poussent les rebelles à prendre des positions « jusqu’au-boutistes » (jusqu’au dernier civil ?) pour combattre Assad, l’allié de l’Iran chiite.

 

    Dans cette confusion, les Etats-Unis semblent impuissants à faire respecter la trêve qu’ils ont négociée avec les Russes.

 

     Quant à l’ONU, dont le secrétaire général n’a pas de mot assez dur pour dénoncer les crimes de guerre commis à Alep, on aimerait qu’elle consacre tous ses efforts à exiger un retour à un cessez le feu durable et à la mise en place d’un couloir humanitaire.

 

     A qui profite le crime ? Parmi tous ces acteurs du drame syrien, il en est probablement qui pensent tirer parti de ces affrontements criminels pour atteindre leurs objectifs. Ce qui est sûr par contre, c’est que la population civile en est la principale victime.

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28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 14:23
Shimon Peres et Yasser Arafat, en 1994, peu après la remise du prix Nobel de la paix que les deux hommes ont partagé avec Ytzhak Rabin | UMA PRESS/MAXPPP/MAXPPP

Shimon Peres et Yasser Arafat, en 1994, peu après la remise du prix Nobel de la paix que les deux hommes ont partagé avec Ytzhak Rabin | UMA PRESS/MAXPPP/MAXPPP

    A la suite de la disparition de Shimon Peres, les réactions sont nombreuses* et, pour la plupart, élogieuses.

 

      Rien de plus normal, s’agissant d’un homme qui a marqué fortement l’histoire de l’Etat d’Israël et qui fut un personnage clé dans les multiples tentatives pour trouver une solution au conflit israélo-palestinien.

 

       Coïncidence, j’ai appris sa mort quelques heures après avoir regardé sur ARTE les 2 films (premier film, second film) du réalisateur israélien Shimon Doton  intitulés « les colons ». Même s’il ne présente qu’un volet de cette violence (le côté israëlien), ce documentaire remarquable montre comment la violence et la haine se sont développées depuis les premières implantations de colons en Cisjordanie …..à l’égard desquelles Shimon Pérès eut d’ailleurs une attitude ambiguë.

 

       J’ai rencontré Shimon Pérès, ainsi qu’Yitzhak Rabin, au cours d’une visite en Israël dans les années 80 et je me souviens de l’opposition, parfois vive, qui existait entre les deux leaders du parti travailliste. Elle ne les a pas empêchés de signer avec Yasser Arafat les fameux « accords d’Oslo » le 13 octobre 1993 et de recevoir le prix Nobel de la paix quelques mois plus tard. Les campagnes de haine des extrémistes eurent raison de ce projet de paix, qui passait notamment par un compromis territorial entre Israéliens et Palestiniens.

 

     De façon paradoxale, Shimon Peres, qui fut le « père » de la bombe atomique israélienne**, est reconnu comme un artisan de la paix, en raison de sa contribution aux « accords d’Oslo ». Il a montré que la recherche de la paix passe toujours par des compromis avec les adversaires, même si ce combat n’est jamais définitivement gagné, comme on l’a malheureusement vu après l’assassinat d’Yitzhac Rabin en 1995. Encore faut-il, bien entendu, que les dirigeants aient la volonté d’être des artisans de paix qui ne considèrent pas que seule la violence des armes peut régler les conflits. Vaste programme….

___________________________________________________________________

 

* Voir notamment l'analyse de Cyrille Louis dans Le Figaro et la vidéo d'Alain Frachon sur le site du Monde

 

** Voir ici l’origine de cette bombe atomique israélienne, dont on se demande bien à quoi elle peut servir aujourd’hui…..à supposer qu’elle ait pu être d’une quelconque utilité dans le passé !

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Cordes sur Ciel

CORDES

Faites connaissance avec

la cité médiévale

dont Paul Quilès est le maire
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 Avant de venir à Cordes, consultez:

     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez